Dans les années 50, les familles bourgeoises de Liège étaient servies, à domicile, par des domestiques venues de Flandre

Une tradition, ces "petites bonnes flamandes" ! Dans leur couvent, les soeurs de Sainte-V... en abritaient plusieurs : de très jeunes filles à qui le récurage des parquets, des casseroles et autres travaux ménagers étaient censés apprendre le français, la morale et ces bonnes manières qui leur permettraient de bien "se placer".

Mes parents sont donc eux aussi allés chercher leur domestique en Flandre. Celle-ci servait toute la journée, bénéficiait de "ses "soirées, dormait sur son lieu de travail et rentrait chez elle le week-end. Un petit tram brinquebalant le long de la route de Tongres la ramenait.

Chez nous, ces "petites bonnes" successives occupaient une pièce exiguë au dernier étage de l’annexe : une fenêtre sur le jardin, un vieux lit en fer, une chaise et un antique meuble de toilette à dessus de marbre avec bassin et aiguière qui ferait aujourd’hui le bonheur d’un antiquaire. Pas d’eau courante, pas de chauffage, une armoire sur le palier...je doute que nos "petites" Flamandes aient sauté de joie, mais certaines sont restées.

Une des premières -sinon la première- fut Astrid, par nous les enfants affectueusement surnommée "Trau-Traude". Une fraîche et plantureuse jeune femme, d’après mes souvenirs, que mon frère appréciait hautement. En effet, elle faisait très bien "le cheval" : elle le prenait sur son dos et galopait ainsi à travers la maison... Nous étions allés la chercher à Tongres où elle habitait, avec sa famille, dans une roulotte immobilisée au centre d’un jardin potager : une vraie demeure de Romanichels, merveilleuse à mes yeux d’enfant... Trau-Traude est restée longtemps chez nous et, quand elle nous a quittés pour se marier, nous avons pleuré en lui disant au revoir.

Par après vint "celle-là de Maldegem". Bien moins drôle que Trau-Traude, la pauvre ! Elle avait le mal du pays et pleurait tout le temps... De plus habituée sans doute aux cuisines bien chauffées, elle avait froid chez nous et passait le plus clair de ses journées enfermée dans le local-chaufferie, assise tout contre la chaudière. Pour rentabiliser malgré tout son temps, maman la faisait tricoter. En pleurs, dans la semi-obscurité, elle nous a tricoté, à quatre aiguilles, d’innombrables paires de gants en laine brune. Elle n’est pas restée longtemps...