Septembre 1940, j’ai presque six ans. Des images de guerre, de fuite en France, de soldats allemands se bousculent dans ma tête.
C’est la rentrée de classes à l’école Notre dame des anges à Courtrai. Ma sœur et moi revêtons notre robe d’uniforme bleu marine avec un col blanc. Maman nous conduit, de l’avenue Jean Breydel à l’école ; nous marchons pendant une vingtaine de minutes. Mon frère pleure parce que je ne serai plus avec lui à l’école maternelle. Pour moi c’est la grande aventure ; je rentre en première primaire ! Ma sœur aînée forte de son expérience me fait de grandes recommandations. Avec une certaine appréhension je franchis la porte de la salle des fêtes. Les élèves de première primaire dans le rang à gauche me dit on. Sœur Gérardine nous accueille. La directrice sœur Maria Pia donne un vigoureux coup de cloche. . Nous montons au premier étage, devant la classe, voici les porte- manteaux nous mettons notre tablier en vichy de couleur bleu et blanc. Commençons par la prière ordonne la sœur. Catastrophe cela commence mal ! Je connais mes prières, mais maman me les a apprises en langue française, et ici il s’agit de « Onze Vader et Wees gegroet Maria » Ouf ! Je ne suis pas la seule francophone ; on nous donne une semaine pour les mémoriser dans la langue de Vondel.. Je soupire devant l’énormité du travail .Joie de sortir mon nouveau plumier, mon ardoise et mon cahier. Je regarde avec nostalgie par la fenêtre pour contempler le carrousel dans le parc de l’école, j’aimais tellement y aller quand j’étais en maternelle. Je lève mon doigt et demande si on va bientôt jouer. La religieuse me répond que je suis grande maintenant et que, je suis à l’école pour étudier. Me voilà avertie ! Nous sortons notre ardoise et nous devons écrire les voyelles. Dans notre livre de lecture flambant neuf nous lisons la première phrase joliment illustrée, je me souviens encore de cette phrase apprise il y a plusieurs décennies : Mike eet een eitje en Fonske eet een boterham.
Voici l’heure de la récréation. Je joue à touche touche avec mes nouvelles amies.
Elle est bien courte cette récréation !
Midi maman vient nous chercher nous déjeunons et nous disputons la parole.
A quatorze heure nous sommes à nouveau assises à notre pupitre. Leçon d’étude du milieu. Ce cours là se donne en langue française, nous devons apprendre simultanément à lire et écrire dans les deux langues. La journée se termine par de la couture, je déteste cette activité. Faire le point de croix me semble un travail de Titan. Ma voisine Yolande experte en la matière a pitié de moi et fait le travail à ma place. Je lui voue une reconnaissance éternelle.
Quatre heure, retour à la maison, un goûter tartines et confiture nous attend. Sans état d’âme une fois le repas expédié je me précipite dans ma chambre pour jouer avec mes poupées. Maman me rappelle que j’ai un devoir à faire et une leçon à étudier. Je pleure un peu en récitant ma prière. Je parle déjà le flamand ayant fréquenté l’école maternelle, mais ce n’est pas ma langue maternelle.
Papa rentre et je puis enfin me plaindre et raconter que la sœur Gérardine toute de noir vêtue est vraiment trop sévère, et qu’on ne peut presque plus jouer. Je me suis heureusement fait de nouvelles amies. Papa me fait rire en me racontant que lui était seul garçon dans une école de filles. .Voici cette première journée de classe avec des rires et des larmes. J’ai de toute façon hâte d’apprendre à lire. De beaux livres qui ont appartenus à ma mère sont rangés dans ma bibliothèque, je pourrai bientôt les lire seule.