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    Ce texte est issu de notre recueil d’histoires vécues imprimé sous forme de livre « 123 j’ai vu - Des seniors d’aujourd’hui racontent leur enfance d’hier »

    En 1945, j’entrai en première année primaire. D’emblée, j’adorai l’école. Un univers s’ouvrait à moi. J’allais apprendre à lire, écrire et compter. Le plus attrayant était la lecture. Toutes les histoires du monde à ma portée ! Vous vous rendez compte ? J’étais curieuse de tout.

    Les choses se gâtèrent un peu en troisième année. Le cours amusant et créatif de bricolage du vendredi après-midi fut remplacé par « les ouvrages ».

    A partir de petits échantillons de coton blanc, nous apprenions les points endroit, arrière, les coutures anglaises, le placement de pièce pour réparer un trou, les ourlets, le surfilage, …

    Le plus amusant pour moi était la création d’un « album d’ouvrages » où toutes ces pièces laborieusement confectionnées se retrouvaient exposées comme dans un catalogue. On y apposait une légende et même de jolis dessins.

    Un beau sac à ouvrages enfermait le fruit de ces vendredis honnis. Le mien était particulièrement esthétique. En toile beige brodée de fleurs au point de croix. Mon horreur de ces travaux de couture n’avait d’égal que l’enthousiasme de Maman qui excellait en ce domaine. Mon beau sac le prouvant à souhait.

    Le pire était à venir : le tricot. D’abord des échantillons de différents points : mousse, jersey, côtes, point de riz, trou-trous, etc.. Et ces points qui s’échappaient malicieusement des aiguilles rendant la tâche encore plus ardue !

    Très pénible aussi la confection de chaussettes d’un gris affreux avec quatre aiguilles qui ne tenaient pas en place. L’angle droit à réaliser pour former le talon était une terrible épreuve de dextérité, la pointe pour couvrir les orteils n’était pas mal non plus.

    En classe, je chipotais, laissais tomber les points que la maîtresse récupérait et le temps passait. Toute une stratégie pour combler ces heures difficiles. Je comptais sur les mains expertes de Maman pour finaliser les projets infernaux de cette chère maîtresse.

    En sixième année, il lui vint l’horrible idée de nous faire tricoter un pull (on disait une « blouse ») en points ajourés. Travail de patience et d’adresse manuelle incompatibles avec cette enfant qui ne tenait pas en place. On me nommait d’ailleurs « le mouvement perpétuel ».

    Trois échantillons à difficultés croissantes furent réalisés afin de choisir son modèle. Maman préférait bien sûr le plus élaboré et insista fortement pour que je le choisisse.
    – Mais je n’y arriverai jamais !
    – Ne t’inquiète pas, je t’aiderai. Ce point est vraiment le plus beau.
    J’arrive donc fièrement en classe avec un début d’ouvrage parfait. Les côtes sont terminées et le joli motif s’étalant sur huit rangs à répéter fait bien 10 cm. Merci Maman !

    La maîtresse qui n’était pas née de la dernière pluie :
    – Comme tu as bien travaillé ! Viens sur l’estrade et montre à la classe comment tu t’y es prise.

    Catastrophe, je blêmis, mes jambes flageolent. Rassemblant ce qu’il me reste de courage, je m’exécute et lis lentement d’une voix quelque peu tremblante, chaque ligne du descriptif des points ajourés : deux mailles ensemble, un jeté, trois mailles endroits… J’ai laissé mon ouvrage sur mon pupitre. Surtout ne pas me mettre les aiguilles sous les bras et faire une démonstration pratique. Mon cœur bat la chamade. Je sens le sang me monter au visage. J’ai très chaud tout à coup.

    La maîtresse a dû avoir pitié de ma détresse. Elle n’a rien exigé d’autre que cette lecture didactique. Ouf ! sauvée.

    Mais la leçon avait porté. Ma mère pourrait avoir tous les désirs esthétiques qu’elle voulait, plus jamais je ne m’engagerais dans des réalisations aussi périlleuses avec un tel risque de honte à la clef.

    Le comble, c’est qu’aujourd’hui, j’adore tricoter et plus c’est compliqué, plus j’y prends plaisir.

    Curieux, la nature humaine.

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