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    C’est vraiment un attachement sentimental que j’éprouve pour ma ville. Je la connais, elle est ma propriété. La plupart des quartiers me rappellent des gens que j’ai connus, des évènements que j’ai vécus, certains très heureux d’autres moins. Circuler dans les rues, à pied ou en voiture, reste pour moi une source de plaisir.

    Dans ma jeunesse, toute économie étant bonne à faire, on évitait de prendre le tram, j’ai parcouru les rues de mon quartier avec ma mère et ma sœur. De la rue du Maelbeek, nous nous rendions régulièrement à la rue de la Vallée, près des Etangs d’Ixelles. C’était là que se trouvaient les bureaux de l’AIVG (Aide aux Israélites Victimes de la Guerre). Au moins une fois par mois, pour recevoir la maigre allocation dont nous vivions après 1945, ma mère nous emmenait par la sinistre rue Gray jusqu’aux beaux quartiers au-delà de la place Flagey. Je rêvais que plus tard j’habiterais dans l’un de ces beaux immeubles qui étaient érigés près de l’eau où plongeait le feuillage des saules pleureurs.

    Parfois, pour faire des courses au Sarma de la chaussée d’Ixelles, ou exceptionnellement, pour aller voir un film à grand spectacle (je me souviens de Quo Vadis, projeté au cinéma Queens de la Porte de Namur, le billet d’entrée coûtait 40 F), nous montions la chaussée de Wavre, à peine moins misérable que la rue Gray.

    D’autres fois, quand les commerçants nous donnaient des billets d’affiches, on prenait la chaussée de Wavre dans l’autre sens, jusqu’à la Chasse, où se trouvaient également des salles de cinéma, le Léopold et l’Albert. On revenait par l’avenue d’Auderghem et la rue du Général Leman, le chemin était un peu plus long mais plus agréable.

    Le samedi, où de toute façon il m’était interdit de prendre le tram, j’allais rendre visite à mes amies en traversant la ville en de longues promenades solitaires qui ne m’ennuyaient pas du tout. Je m’amusais à placer mes pieds sur les pavés ou les dalles sans toucher les bords. Je faisais des paris sur les n° des plaques de voiture. Je comptais mes pas entre 2 coins de rue et je laissais mon imagination me raconter le bonheur que je vivrais quand je serais adulte.

    Mon amie Dina Dreyfus, habitait à la rue St François, à St Josse. Je montais la rue Belliard, longeais les boulevards de la petite ceinture jusqu’au Botanique. Sur tout le chemin j’admirais les magnifiques hôtels de maîtres qui dans les années 50 se dressaient encore sur ces artères. A la belle saison les grands arbres qui garnissaient les allées centrales des boulevards offraient leur verdure. Du haut du Botanique, jusqu’à la Basilique de Koekelberg les longues files de marronniers étaient beaux à voir. J’ai mal au cœur aujourd’hui quand je roule dans le flot des voitures sur ces voies autoroutières bordées d’immeubles à bureaux sans caractère. Une autre compagne de classe, Myriam Halberstadt, vivait avec sa famille nombreuse, dans une maison de l’avenue Rogier à Schaerbeek. Le trajet était long aussi et tout aussi distrayant. Pour y arriver j’empruntais les rues Froissart et d’Archimède, je traversais le square Ambiorix, puis je prenais l’avenue de la Brabançonne qui montait fort jusqu’à la place Dailly, ensuite l’avenue Dailly m’amenait jusqu’à la place des Bienfaiteurs. Le parc Josaphat n’était pas loin, nous y allions souvent.

    Un trajet que j’ai effectué des dizaines de fois à pied, à cette époque, était celui qui m’amenait vers la rue de Mérode, près de la gare du Midi, où j’allais rejoindre Myriam Waijntraub. Monter vers la Porte de Namur, parcourir le bd de la Toison d’Or en admirant les vêtements et les chaussures derrière les vitrines des boutiques, descendre vers la Porte de Hal et la rue d’Angleterre.

    Pour le retour, après le coucher du soleil qui marquait la fin du Shabbat les parents de mes amies me donnaient de la monnaie pour pouvoir rentrer en tram jusqu’à la place Jourdan.

    Depuis 1956, quand nous avons quitté la rue du Maelbeek, jusqu’en 1963 lorsque je suis allée vivre avec Richard, nous avons habité à Forest. D’abord au Bd Guillaume Van Haelen, dans un petit appartement sans chauffage central ni salle de bain, comme si nous ne pouvions pas, en une étape, passer de notre taudis vers un logement avec le confort moderne. Un an plus tard, ma mère avait fait une hémorragie cérébrale et avait été hospitalisée pendant plusieurs semaines, nous nous sommes enfin autorisées à louer, à l’avenue du Roi, un appartement plus confortable. Dans ce quartier je faisais de longues promenades avec ma mère qui devenait de plus en plus dépendante. Elle aimait le parc de Forest tout proche, avec ses beaux massifs et ses grandes pelouses bien soignées et fleuries. En été quand il faisait chaud, on allait jusqu’au parc Duden, plus sauvage, avec ses grands arbres, on y trouvait toujours de la fraicheur.

    A l’époque de mes études universitaires j’ai exploré avec Richard, les environs de l’ULB. Il y avait les ballades au Bois de la Cambre et dans le jardin de l’abbaye du même nom. On descendait aussi vers Boitsfort où, passé la jolie petite chapelle de Boendael, on voyait encore des vaches dans les prés.

    Nous habitions à la rue Meyerbeer, près de la place de l’Altitude 100, vers la fin de l’année 1974, quand Richard a repris une Maison de Repos, située à Laeken. Ce fut une période très pénible pour moi mais j’ai eu tout de même une petite consolation car cela m’a permis de découvrir le nord de Bruxelles que je connaissais peu. Je traversais Molenbeek, Koekelberg, et Jette avant d’arriver à mon nouveau lieu de travail. J’allais chez des fournisseurs ou faisais des courses pour les pensionnaires, rue Marie Christine, bd Emile Bockstael et Houba de Strooper, je conduisais les pensionnaires à l’hôpital Brugmann. Un an plus tard nous déménagions près du Bd du Prince de Liège, à Dilbeek, pour réduire la distance de notre domicile jusqu’à Laeken. Encore de nouvelles zones de ma ville à découvrir. Là nous avions loué une maison avec un grand jardin, dans une petite rue bien tranquille. A dix minutes, en voiture, de la Bourse on se trouvait à la campagne. Pendant 5 ans nous ne sommes pas partis en week-end, ni en vacances, heureusement il y avait les longues promenades, avec mon chien, sur les sentiers champêtres de Dilbeek, d’Itterbeek et d’Anderlecht (l’hôpital Erasme n’existait pas encore et le tronçon du ring entre Drogenbos et Grand Bigard n’était pas encore construit).

    J’ai toujours aimé aussi rouler dans Bruxelles, je crois que le métier de chauffeur de taxis m’aurait bien plu. Je m’amuse à trouver des itinéraires qui comportent un minimum de feux rouges et qui ne sont pas encombrés, même aux heures de pointe. A 6 h du soir, je mets régulièrement 30 minutes pour revenir au Globe depuis les étangs Mellarts à Woluwé.

    Maintenant que le temps m’est disponible à volonté, j’aimerais marcher encore dans Bruxelles mais la circulation rend la chose moins agréable. Je le fais parfois, pour aller au cinéma dans le quartier de la Toison d’Or ou à une exposition près de la place Royale, je ne manque pas alors de faire un crochet par le jardin du Palais d’Egmond où la statue de Peter Pan n’a pas bougé depuis que j’y jouais avec d’autres enfants pendant les offices religieux de la synagogue de la rue de la Régence où nous nous rendions, à pied évidemment, lors des fêtes du Nouvel An juif.

    J’ai remplacé les marches dans les rues de ma ville par les ballades dans la Forêt de Soignes. Quel bonheur cette forêt que je parcours dans tous les sens, pendant des heures, depuis 20 ans. Je l’aime en toutes saisons, je me la suis appropriée, agrandissant de cette manière ma ville qui est à moi et à laquelle j’appartiens.

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    • message  2524

      « Bruxelles, ma belle ». par Mina G.

      29 juillet 2010, par Micheline

      Bonjour Madame,
      Mon frère ainé est né en 1939 et moi en 1948 à l’Hopital Brugmann. Sur nos actes de naissance est mentionné Bruxelles II. Que veut dire Bruxelles II et sur quel site de l’Hopital, puisqu’il y en a trois, étaient effectués les accouchements. Nous n’habitons pas en Belgique. Merci. Micheline Theunissen


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    • message  1497

      « Bruxelles, ma belle ». par Mina G.

      10 janvier 2010, par J.K

      Bonjour Mina,
      je pense être de ta génération: celle qui marche, qui a marché, qui marchera encore
      quel plaisir de marcher le nez en l’air pour regarder les façades de la ville;
      avec une amie nous avons fait régulièrement des sorties à Bruxelles de découvertes … à pieds bien entendu
      marchons et profitons tant que cela nous est possible !
      J K


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