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    Ce récit est extrait du projet "Je raconte ma vie" dans un groupe multiculturel à la Fonderie en 2018

    « Je suis née en 1929. Mes parents étaient commerçants et j’habitais rue du Comte de Flandre à Molenbeek. Là où vous sortez du métro maintenant, vous marchez sur le terrain où j’habitais. Pour jouer, les enfants pouvaient aller au marché l’après-midi et le soir. Dès mon plus jeune âge, j’ai été impliquée dans la boutique de mes parents. Nous vendions des vêtements de travail, des pantalons à rubans comme on voit dans les livres d’histoire.»

    « Dans ce temps-là, à Molenbeek, avant-guerre, il y avait chaque année (maintenant je crois que c’est le weekend de l’ascension) la kermesse de Molenbeek et il y avait procession. Et quand la procession sortait, la rue était remplie de monde. Le marché de Molenbeek était rempli. Et au moment où le curé passait – il y avait toutes les petites filles communiantes à la procession – quand papa voyait arriver le curé, il disait « viens, on rentre ». Le soir, papa aimait jouer au jacquet : avec les cornets, on jetait les dés. On jouait aussi aux cartes et au jeu de dame. Parfois, on écoutait la radio. De la musique, un feuilleton… Puis on bavardait. »

    « Notre musique, c’était Rina Ketty, Tino Rossi ou bien les opérettes, les valses de Vienne… On a eu un tourne-disque. »

    « Parmi mes camarades, il y avait une fille qui habitait Anderlecht et on se retrouvait au parc Marie-Josée ou bien chez elle, à Scheut, près du boulevard Prince de Liège. Quand j’avais 12 ou 13 ans, j’ai reçu une paire de patins à roulettes, avec des lanières au-dessus. Et je me souviens avoir dévalé depuis Prince de Liège jusqu’au cimetière de Molenbeek en patins à roulettes, et retour, avec mes copines. Il n’y avait quasiment aucune maison et pas de trafic. On patinait là où maintenant il y a des centaines et des milliers de voitures. C’était notre plaisir de vacances. Pendant les vacances, il n’était pas question de voyage. C’était la guerre ! On allait au solarium, au Daring, là où il y a maintenant des terrains de foot. Il y avait une piscine en plein air. Je me souviens d’un maillot que j’avais à l’époque : tricoté. »

    Ecole

    « J’étais inscrite à l’école primaire en 1935. Maman voulait m’inscrire en français mais j’ai dû entrer à l’école en flamand. C’était ici, chaussée de Merchtem. Comme j’avais fait trois mois à l’école à Anvers, j’ai dû faire l’école en flamand. La loi disait que quand on avait débuté dans une langue, on devait faire tout le circuit dans cette langue. »

    La guerre

    La guerre a commencé le 10 mai 1940 et nous avons été occupés à Bruxelles jusqu’au 4 septembre 1944. J’avais onze ans au début de la guerre et je me souviens très bien des sirènes et de tout ce chambardement. On avait un smokeleir (vendeur au marché noir) qui venait à la maison voir ce dont nous avions besoin. Il avait une combine avec des timbres. Nous, on n’a pas vraiment eu faim. Mais papa allait à la campagne avec des essuie-mains ou une paire de draps de lit. Il allait vendre à des paysans. Pendant toute la guerre, on a eu le bonheur d’avoir – derrière la cuisinière – un jambon suspendu. Quand on n’avait pas de viande de l’une ou l’autre maraîchère, on découpait un bout de jambon. Il était emballé dans un torchon avec des petits carreaux. Maman faisait du pain perdu. Et on avait toutes sortes de petites recettes de guerre. »

    « Le soir, pendant la guerre, entre mes onze et mes quinze ans, on écoutait radio Londres, et comme papa était sourd, il écoutait avec un cornet « ici Londres, les Français parlent aux Français » et on écoutait ça religieusement. Et les messages personnels codés : « le chat a des nouvelles chaussettes ». Ca avait du sens pour les résistants. C’était interdit d’écouter Radio Londres. Parfois, papa voulait mettre fort. Mais alors on veillait à fermer toutes les portes à clé. Et quand c’était fini, quand on éteignait le poste, on veillait à changer de fréquence. Le poste était dans une pièce derrière le magasin.

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