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    Extrait de "Nous racontons notre vie", à la Maison des Femmes de Molenbeek, 2016-2017

    Né en 1934, j’ai passé mon enfance à Uccle. Mon père était un tyran, mes parents étaient désunis et donc l’ambiance à la maison était très mauvaise. Mais heureusement, j’avais une échappatoire : la paroisse, où j’avais des amis de mon âge. J’y trouvais la paix et j’y ai rencontré un prêtre protecteur qui est devenu pour moi un père de substitution. A 18 ans je suis entré au séminaire.

    Devenir prêtre-jardinier

    Pour devenir prêtre, il fallait accepter le célibat et renoncer à une profession. On était entièrement au service de l’Eglise. Avant le séminaire, j’avais étudié l’horticulture, j’aimais ça. La prêtrise était considérée comme une vocation, pas un métier. Pourtant moi, je le considère aujourd’hui comme un métier.

    Après 8 ans de travail pastoral, j’ai demandé à aller travailler en tant que prêtre-ouvrier. Ma motivation était de mieux connaître le monde populaire. Et j’ai été engagé comme manœuvre-jardinier. Quand on dit jardinier, les gens croient que cela consiste à cueillir des fleurs. Mais l’aménagement des jardins est un travail très dur, parfois dans la boue, avec des brouettes lourdes et peu maniables. A l’époque, on n’avait pas de matériel moderne pour faciliter la tâche. Je me souviens avoir pleuré un jour de découragement : il avait plu et il y avait plein de boue.

    Je suis néanmoins resté prêtre-ouvrier pendant 6 ans. J’avais de bonnes relations avec les ouvriers qui ont ignoré pendant tout un temps que j’étais prêtre. Je me souviens qu’un ouvrier apprenant que j’étais prêtre m’a dit : « tu as raison de venir travailler, tes affaires vont tout de même à la ruine ! » Quand un client a demandé à me rencontrer, un ouvrier a dit : « c’est normal ces gens-là aiment parler avec les prêtres ».

    Cela m’a apporté beaucoup dans la connaissance de la condition ouvrière. Les contacts étaient bons. J’ai découvert que les ouvriers parlaient en patois flamand ; c’était un refuge, afin de ne pas être compris par les patrons ou les clients francophones. Cette expérience m’a beaucoup servi car j’ai été par la suite dans différentes paroisses très populaires et assez difficiles.

    Etre homme et prêtre

    Mes parents ne m’ont jamais parlé des choses de l’amour.

    Quand je suis entré au séminaire, nous avons eu des cours de biologie, nous avons étudié le corps humain. Le professeur nous a dit : la semaine prochaine j’aborderai le cours d’éducation génitale, ce sera en latin et vous ne poserez pas de questions ! Ce cours a été très clair et précis sur les organes de l’homme et de la femme. C’est tout !

    Dans ma vie de prêtre, j’ai vu beaucoup de femmes car à l’église ce sont elles les plus présentes ; pour elles j’étais « le mâle inoffensif ». Elles me faisaient confiance. J’ai fait des camps avec des guides, des cheftaines qui avaient à peu près mon âge, il n’y a jamais eu de problème. Au départ, on était protégé par la soutane. Ensuite, c’était comme une sorte de soutane invisible. Si j’avais des attirances, elles étaient vite refoulées … ou sublimées.

    D’Uccle à Molenbeek, je choisis les milieux populaires

    J’ai été responsable de plusieurs paroisses, d’abord à Uccle mais à ma demande j’ai souhaité exercer dans des paroisses plus populaires : Schaerbeek, St Josse, Molenbeek : quel dépaysement par rapport à Uccle ! Je me sens chez moi là où je vis.

    Je suis très fier du « Clou », une maison de jeunes de quartier que j’ai créée à St Josse près du Botanique. Cela a commencé il y a quarante ans : 4 -5 garçons et filles sont venus me voir pour faire un club ; ils m’ont dit : « on est trop jeunes pour aller danser dans un dancing ». On a commencé dans le local d’un ancien couvent ; initialement cela s’appelait « Le Couvent ». On y a installé un « juke-box » ce qui permettait de faire des après-midis dansantes de 16 à 22h. Je pouvais ainsi les surveiller.

    Le lieu c’est transformé petit à petit en maison de jeunes belgo-italiens, belgo-grecs et actuellement belgo-marocains. C’est devenu une maison de jeunes reconnue ; son public est aujourd’hui quasi exclusivement masculin. Cela m’a donné une entrée extraordinaire dans le monde des jeunes immigrés.

    Depuis 40 ans je vis au milieu de personnes d’origine étrangère dans des communes multiculturelles. Mon rêve fou : une société égalitaire ! Ma devise : « heureux ceux qui rêvent et qui sont capables d’en payer le prix » !

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