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    Extrait de "Nous racontons notre vie", à l’ONA, 2015-2016

    Je m’appelle Salvatore et suis né il y a 52 ans de parents italiens. Salvatore veut dire « sauveur » ; si vous regardez dans la Bible, « il salvatore », c’est le sauveur… Quand je travaillais à la SABENA, je travaillais en cuisine et on m’appelait « Le Sauveur ». Je faisais bien mon travail.

    Je suis d’origine italienne mais j’ai toujours vécu en Belgique. Je me sens bien en Belgique. Une fois par an, on retournait en Italie pour voir la famille. J’ai un frère et deux sœurs.

    Je suis divorcé et je vis seul à Schaerbeek. J’ai deux filles, une de 28 ans et une de 26 ans.

    Mon métier, c’est mécanicien : je répare les voitures. Actuellement, je suis une formation en lecture et écriture.

    Enfance

    Je suis né en 1963 à Hermal sous Argentaux, entre Cheratte et Visé. J’ai vécu à Eupen durant mon enfance. Nous étions une grande famille et on se réunissait toujours pendant les fêtes : Noël, Pâques et Nouvel an. C’était chouette parce que tous les cousins, cousines se retrouvaient et on pouvait jouer ensemble. On attendait ce moment avec impatience. C’était trop bien ! On ne recevait pas de cadeaux mais on se voyait, on chantait, on rigolait. À Pâques, s’il faisait bon, on faisait un pique-nique. On jouait avec rien…

    J’étais toujours dans la campagne avec mon chien et les amis. On se voyait, on allait dans le parc et on jouait, on n’arrêtait pas de jouer. Je suis resté un grand enfant parce que je joue encore maintenant !

    Des cadeaux ? Je n’en ai jamais reçus de mes parents. Ma mère, elle n’a jamais reçu de cadeaux quand elle était petite et donc elle a refait ce que ses parents ont fait…

    En fait, ce n’est pas tout à fait vrai : mon frère aîné a reçu tout ce qu’il voulait quand il était enfant. Et à partir de 18 ans, il n’a fait que des bêtises, il a fait le bandit. Ma mère m’a dit alors : « Bon, toi, tu veux quelque chose ? Tu vas travailler, tu te le payeras ! ». Et pour ça, je la remercie !

    De temps en temps, mon oncle me donnait un cadeau. Le plus beau cadeau qu’il m’ait donné, c’est un projecteur super 8… C’était vraiment un super cadeau ! Je l’ai gardé longtemps. Je regardais sans me lasser 2 dessins animés : Bugs Bunny et les Schtroumpfs.

    J’allais à l’école, je m’amusais beaucoup, même si je n’apprenais rien. J’aimais l’école parce qu’à 10h, c’était la récréation ! Pourquoi je n’apprenais rien à l’école ? Je ne sais pas moi-même… J’allais dormir très tard le soir vers minuit, une heure. Le matin, quand je me réveillais, j’étais encore fatigué. J’arrivais à l’école, je m’endormais puis je me réveillais. Je faisais rigoler toute la classe !

    En plus, j’avais très difficile à apprendre à lire. Les cours étaient donnés en allemand ou en français. Moitié-moitié. Parce qu’on était à la frontière allemande. L’allemand m’est venu naturellement.

    J’ai été à l’école jusqu’à l’âge de treize ans. À 14 ans, on est arrivé à Bruxelles avec mes parents. Ma mère a voulu m’inscrire dans une école… ils ont fait des tests et ils ont vu que je ne savais rien du tout. Ils ont refusé de me prendre. Alors, j’ai commencé à travailler dans le restaurant de mes parents.

    Entre ici et là-bas

    Mes parents avaient quitté la Calabre, en Italie, car il n’y avait pas de travail pour eux là-bas. Mon père est arrivé en 1949 en Belgique pour travailler à la mine dans la région de Liège. Ma mère l’a rejoint un an après et elle a commencé à travailler à la FN à Herstal.

    On vivait dans une baraque en bois à Herstal puis dans une maison. Par après, mes parents ont ouvert une pizzeria à Chênée. Mais elle ne fonctionnait pas bien, alors ils en ont ouvert une autre à Eupen et là, ça a très bien marché.

    À la maison, on parlait français. Avec les oncles et tantes, en famille, on parlait plutôt italien, mais aussi un peu le français pour qu’ils apprennent.

    Mes parents ont eu aussi un restaurant à Bruxelles quand j’étais adolescent. Ils étaient très bien intégrés. Une fois à la retraite, ils ont voulu rentrer en Italie, dans leur région d’origine, en Calabre. Moi, je leur ai dit que ce n’était pas une bonne idée car s’ils étaient malades, nous, les enfants, on ne pourrait rien faire de si loin. Ils sont repartis quand même vivre en Calabre. Quand ils étaient encore vivants, j’allais une fois par an en Italie pour les voir.

    Moi, je n’ai pas envie d’aller vivre en Italie car mon pays c’est la Belgique. C’est trop beau ici ! L’Italie aussi c’est beau, mais j’ai des attaches ici. Mes petits-enfants sont ici. Et puis il y a des choses que je n’aime pas dans la mentalité là-bas : quand j’arrive, on dit « Voilà le Belge » sur un ton de jalousie car ils pensent qu’en Belgique on est bien et qu’on a du travail, alors qu’en Calabre, il n’y en a pas… En plus, je n’aime pas la chaleur. J’aime aussi beaucoup la mentalité d’ici, la liberté d’expression. En Italie, on interprète mal les choses : si par exemple, je m’arrête pour parler avec une fille, directement, les gens jasent…

    Ici, en Belgique, je n’ai jamais souffert de racisme.

    De la difficulté à lire et écrire à l’âge adulte

    À l’école, j’ai eu des problèmes pour apprendre à lire et écrire. Le calcul, ça allait. À 14 ans, quand je suis arrivé à Bruxelles, l’école n’a pas voulu de moi parce que je ne savais ni lire ni écrire. Mes parents m’ont payé des cours particuliers, mais ça n’allait pas.

    C’était très difficile. Tous mes amis lisaient des BD. Ils me disaient « T’as lu, ça, c’est chouette ! » et moi je ne savais que regarder les images.

    Pour me repérer dans la ville, je demandais, sinon je me perdais.

    Je n’ai pas pu suivre mes enfants à l’école. C’est mon ex-femme qui le faisait, mais elle n’avait pas un bon niveau non plus… Heureusement, les enfants n’ont pas eu les mêmes problèmes que moi. Ils ont eu leurs diplômes.

    Dans les administrations, je devais savoir lire ce que m’on demandait, c’était très difficile. Quand j’allais au bureau de chômage ou au travail, je devais toujours passer chez quelqu’un qui savait écrire. J’ai travaillé à la SABENA en cuisine, mais il fallait quand-même remplir des papiers par exemple pour les congés. En fait, je suis toujours tombé sur des gens gentils : je leur expliquais mon problème et ils m’aidaient, même à l’administration communale.

    Quand j’ai arrêté à la Sabena à cause de la faillite, c’est devenu plus critique : je me présentais chez un patron, je prenais les papiers ; j’allais les faire remplir et ensuite je revenais avec les papiers complétés.

    Alors je me suis dit « pense un peu à toi, et essaie de t’améliorer ». J’ai commencé à aller à Lire et Ecrire, en 1995-96, il y a 20 ans. Au début, j’avais un peu honte, je ne savais pas qui allait être en face de moi, si on allait se moquer de moi ou pas. Finalement, cela s’est bien passé. Aujourd’hui, je sais lire même si je ne lis pas assez. Je sais aussi écrire mais je fais encore beaucoup de fautes.

    Même en ne sachant pas lire et écrire, je me suis bien débrouillé dans la vie. J’ai appris des métiers, sur le tas, en regardant. Peut-être que si j’avais su lire et écrire, je n’aurais pas pu le faire.

    Je suis fier de moi.

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