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    Une famille burundaise

    Je suis né au Burundi en 1951. Je me souviens de ma grand-mère paternelle : elle nous aimait beaucoup et nous préparait des repas de fête ! C’était une riche commerçante. De caractère très sévère, elle a voulu donner une bonne éducation à son fils, mon père. Celui-ci a fait du commerce et est devenu riche. Il a voyagé beaucoup, au Congo, en Tanzanie et au Kenya. Il a eu un magasin et des camions de transport. Il a vendu des vêtements, des boissons, …

    Mon père a voulu m’initier au commerce et m’a incité à faire des études. Il voulait que je le remplace. Ma mère était femme au foyer. Nous étions 9 enfants à la maison : 5 garçons et 4 filles.

    La famille, pour moi, c’est très important. On ne sait pas vivre sans. La famille en Afrique, ce sont aussi les oncles, les tantes, les grands-parents, les cousins et cousines …

    Des langues à l’informatique en passant par des camps pour réfugiés

    Mon père a été d’abord commerçant ambulant puis détaillant et ensuite grossiste. Ma mère était femme au foyer mais elle a aussi travaillé dans l’extraction de l’huile de palme et dans l’agriculture.

    Quant à moi, j’ai beaucoup aimé l’école primaire. Je voulais devenir instituteur. En secondaire, j’ai été à l’école normale. Ensuite, en 1972, j’ai dû quitter le Burundi à cause de la guerre et je me suis établi au Rwanda. Etant donné que j’étais fort en langues étrangères, j’ai suivi l’institut supérieur pédagogique pour devenir professeur d’anglais et de français. J’ai exercé ce métier dans une école secondaire de 1977 à 1994. En 1993, de nouveau, à cause de la guerre, je suis retourné au Burundi. Après l’assassinat du président élu démocratiquement, le pays est tombé dans une période troublée. J’ai fui encore une fois au Congo et enfin en Tanzanie. J’ai travaillé comme travailleur social dans des camps pour réfugiés jusqu’en 2000. J’ai suivi des formations, e.a. de médiateur en Tanzanie, en Namibie, en Autriche. Quand j’étais en Autriche, j’ai appris que j’étais recherché par le gouvernement du Burundi. Je suis arrivé en Belgique où j’ai demandé le statut de réfugié. Je l’ai eu et je me suis naturalisé belge. Après 3 ans, mes enfants et mon épouse, burundaise, ont pu me rejoindre. Dans le cadre de l’article 60, j’ai travaillé pendant 2 ans au CPAS de St Gilles ; un travail en rapport avec des personnes âgées. Ce travail m’intéressait beaucoup. Puis, j’ai travaillé à Bruxelles Formation comme formateur de français et à Molenbeek en tant qu’agent administratif. J’ai arrêté de travailler à 60 ans. Maintenant, je donne des cours d’informatique aux seniors à Bruxelles-Ville.

    Etre un homme

    J’ai été éduqué différemment de mes sœurs. Etant garçon et aîné de la famille, je devais succéder à mon père plus tard surtout le remplacer dans son commerce.

    Mes sœurs s’occupaient de la vaisselle, des enfants. Elles jouaient avec des poupées, elles apprenaient comment porter un bébé, comment préparer la nourriture, …

    Moi, je devais m’affirmer comme futur chef de famille. Je devais apprendre à commander, à imposer ma loi, à grimper dans les palmiers pour couper les régimes de noix de palme, … Contrairement à mes sœurs, j’ai été poussé à faire des études.

    A l’âge de 25 ans, je me suis marié au Rwanda. J’étais enseignant et ma femme faisait du petit commerce. Nous avions des boys pour s’occuper du ménage et des enfants. Nous étions considérés comme des personnes très riches. D’autres femmes étaient jalouses de ma femme. On a cherché à l’empoisonner quatre fois !

    Je plaide pour l’égalité des hommes et des femmes devant la loi. Mais je suis mal à l’aise devant des travaux trop lourds demandés aux femmes. Dans notre foyer, je trouve que nous nous complétons.

    Etre une femme est plus difficile parce qu’elle est plus faible physiquement. Moi, qui ai connu en Afrique beaucoup de conflits guerriers, j’ai connu beaucoup de femmes victimes de viol.

    Religion, valeurs, philosophie de vie

    Je suis né dans une famille chrétienne. Nous priions et allions dans une église protestante pentecôtiste. Le Burundi a été une colonie allemande avant d’être rattachée à la Belgique après la première guerre mondiale. Dans ma famille, on parlait beaucoup de Dieu. Moi, je voulais plaire à Dieu et je le craignais. J’ai été à l’école primaire et ensuite à l’école secondaire chez les missionnaires pentecôtistes suédois. Tous les élèves suivaient obligatoirement le cours de religion protestante. On priait beaucoup à l’école, à la maison. Je chantais dans une chorale. Tous les jeudis, nous allions, tous les élèves, à l’église pour l’étude biblique.

    En 1972, c’était la guerre entre les Hutus et les Tutsis. Un pasteur tutsi qui nous donnait cours a trahi ses frères pasteurs et les élèves hutus en les donnant aux bourreaux. Cela m’a énormément choqué : « Comment un homme de Dieu peut trahir des jeunes innocents ? ».

    Par après, j’ai quitté le Burundi et j’ai été à l’université au Rwanda. J’ai adhéré à l’Eglise pentecôtiste. Là aussi, j’ai vu des conflits entre un pasteur tutsi et un pasteur missionnaire allemand. « Comment est-ce possible ? » J’ai écrit une lettre officielle pour réconcilier les deux pasteurs. Le pasteur hutu m’a reproché d’avoir écrit la lettre. « Vous avez détruit les Eglises pentecôtistes au Burundi. Vous voulez faire la même chose ici ? ». Pourtant je voulais qu’ils se réconcilient.

    Au fil du temps, j’ai continué à croire en mon Dieu. Pour moi, il n’y a pas de hasard. Quand on demande quelque chose à Dieu, il peut y répondre. Pour moi, Dieu est un esprit supérieur qui dirige tout. Des lois ont été fixées par lui.

    Ma relation avec mon Dieu est plus importante que la religion (qui est exploitée par les hommes ?).

    Je me pose cependant la question suivante : « Comment se fait-il que ce soit les Africains qui prient le plus et qui sont les plus pauvres ? ».

    Un objet qui m’est cher ?

    J’ai beaucoup réfléchi mais je n’ai rien trouvé.

    En 1972, j’ai fui la guerre au Burundi. Je n’ai pas eu le temps de prendre quelque chose. Depuis cette époque, je ne m’attache à aucun objet … Je ne veux pas m’attacher …

    Ensuite, j’ai étudié et travaillé au Rwanda et là aussi j’ai aussi dû fuir les conflits précipitamment. De nouveau, j’ai tout laissé. Ensuite au Congo, cela a recommencé … et en Tanzanie aussi …

    Ce dont je suis le plus fier ?

    J’ai traversé beaucoup de pays en guerre. J’ai connu beaucoup de gens dans ces pays, souvent dans la souffrance. Pour moi, en Afrique et en Europe, les gens sont les mêmes partout.

    Evidemment, en Afrique, on peut passer sa nuit sous un arbre. Le lieu favorise une certaine manière de vivre. En Europe, c’est différent, il fait plus froid …

    Rêve d’enfant, rêve d’adulte ? Je voulais faire beaucoup d’études et beaucoup de voyages Ce que j’ai fait …

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    • message  16810

      Sallum, belgo-burundais, voyageur et enseignant

      18 avril 2018, par JeannineKe

      quand on découvre ce parcours de vie , on ne peut qu’admirer le courage
      ce texte explique bien la situation de tant de personnes qui aujourd’hui vivent un enfer
      bravo Sallum, je suis contente de t’avoir rencontré


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