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    A chaque grande occasion, la classe servait aussi de salle à manger pour nos nombreux invités.
    Chaque année, fin juin, avait lieu la fête du village, la kermesse. Ce dimanche-là, nous étions une bonne quinzaine à table. Maman rechignait chaque année mais pour Papa, il n’était pas question de renoncer à la tradition. Il y eut aussi trois communions solennelles qui furent autant de grands repas familiaux dans notre école transformée en salle de fête.

    Pour nous les enfants, ces fêtes étaient sources de réjouissance et d’excitation. Mais je me souviens très bien de la tension grandissante entre Papa et Maman. La mauvaise humeur de Maman était palpable. Heureusement, il n’y avait ni cris, ni pleurs. Maman n’a jamais pris plaisir à cuisiner. C’est un domaine où elle ne sentait pas à l’aise, sauf pour la pâtisserie, les tartes surtout.
    Dans les ruines de l’ancienne école il y avait des dépendances qui avaient mieux résisté au feu. Et là, il y avait un four, de l’autre côté de la grand-route.
    Le vendredi de la fête, c’était le jour des tartes. Papa était chargé d’allumer le feu dans le four et de le chauffer à point pour la cuisson d’une douzaine de tartes et de deux gâteaux. C’est important pour la préparation de la pâte levée que tout soit à bonne température. Maman chauffait sa cuisine. Le stress, ajouté à la chaleur ambiante, rendait son teint rouge coquelicot.

    J’étais fascinée de la voir pétrir, étendre les pâtons à l’aide d’une bouteille enfarinée, dorer les bords, graisser les « pelles » à tartes (platines) à l’aide d’un morceau de lard, garnir le tout. Il y avait des tartes au sucre, aux prunes, aux groseilles à maquereau, aux pommes, aux myrtilles parfois.
    Pour aligner les groseilles, les prunes, les pommes, nos petits doigts faisaient merveille. Je me souviens aussi des tartes à couvercle et d’autres au pudding (crème pâtissière). Le moment venu, on transportait le tout vers le four et là, c’était Papa qui officiait à l’aide d’outils longuement emmanchés : nettoyer le four des cendres et tisons, enfourner les tartes et gâteaux. Les tartes cuites, il fallait les démouler très vite en les faisant glisser sur une « volette » (claie). Alors, Maman levait chaque tarte à bout de bras pour en vérifier la cuisson : trop cuite parfois, pas assez ou juste à point. Le four n’était pas toujours un allié fidèle. Le thermostat, ce sera pour plus tard.

    J’entends encore Maman pester contre les « pelles » trop vieilles et pas assez plates, contre le four trop chaud ou pas assez, contre Papa trop pressé, contre tante Ghislaine qui avait l’avantage de passer en second lieu.
    Plus tard, dans la nouvelle école, Maman a continué à faire des tartes. Dans le four de sa cuisinière, elle maîtrisait mieux le processus. Ces tartes étaient toujours un vrai délice.
    C’est avec émotion et nostalgie que je me rappelle tous ces moments.

    D’autres fois, au nouvel an par exemple, elle nous faisait des « volettes » entières de galettes à la pâte levée. Une recette héritée de sa mère. Ma sœur a repris la tradition de ces galettes rustiques et délicates à la fois, car difficiles à bien réussir.
    Si on les tartine d’un peu de beurre et éventuellement de miel, c’est un régal. Bien sûr, elles sont liées à mon enfance et je ne suis pas certaine que vous les aimeriez autant que je les aime.

    Encore un souvenir de tartes : nous sommes alors des ados et vivons dans la nouvelle école.
    Maman a rangé ses belles tartes à la cave.

    Un mauvais plaisant, « Est-ce toi Maguy ? Ou toi Suzy ? », a façonné des petites boulettes de pâte brunie à la cassonade et les a semées sur les tartes.
    - « Les souris sont passées sur mes tartes ! Que faire Victor ? »
    Ni vu ni connu, Papa enlève délicatement tout ça, et Maman présente ses tartes à table, un peu dégoûtée tout de même.

    Les invités se régalent. Plus tard, Maman a appris la bonne farce qu’on lui avait faite. Elle a ri de bon cœur, Papa un peu moins.

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