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	<title>Ages et transmissions</title>
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	<description>Cr&#233;&#233;e en 97, Ages et Transmissions est une asbl pluraliste bruxelloise permettant aux a&#238;n&#233;s de jouer un r&#244;le actif dans la soci&#233;t&#233;. Elle est reconnue comme organisme d'&#233;ducation permanente par la F&#233;d&#233;ration Wallonie-Bruxelles.</description>
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		<title>Ages et transmissions</title>
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		<title>L'exode, dernier &#233;pisode (Adrien)</title>
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		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Les v&#233;los reprennent leur place dans une remise dans l'attente d'une r&#233;vision m&#233;rit&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Toutes portes et fen&#234;tres grandes ouvertes, la maison &#233;limine l'haleine f&#233;tide de renferm&#233; qu'elle a accumul&#233;e pendant deux semaines. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je me pr&#233;cipite dans ma chambre pour y retrouver les objets qui meublent mon univers et proc&#232;de &#224; leur inventaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout y est : les jouets en bois et en fer &#233;maill&#233;, les journaux de Spirou, les livres illustr&#233;s parmi lesquels tr&#244;ne &#171; Un bon petit diable &#187; de la comtesse de S&#233;gur, un jeu (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique78" rel="directory"&gt;L'exode (Adrien)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L150xH100/arton354-6026b.jpg?1776944576' width='150' height='100' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les v&#233;los reprennent leur place dans une remise dans l'attente d'une r&#233;vision m&#233;rit&#233;e.&lt;br /&gt;
Toutes portes et fen&#234;tres grandes ouvertes, la maison &#233;limine l'haleine f&#233;tide de renferm&#233; qu'elle a accumul&#233;e pendant deux semaines.&lt;br /&gt;
Je me pr&#233;cipite dans ma chambre pour y retrouver les objets qui meublent mon univers et proc&#232;de &#224; leur inventaire.&lt;br /&gt;
Tout y est : les jouets en bois et en fer &#233;maill&#233;, les journaux de Spirou, les livres illustr&#233;s parmi lesquels tr&#244;ne &#171; Un bon petit diable &#187; de la comtesse de S&#233;gur, un jeu de loto, un jeu de l'oie, une toupie, un sac de billes, un ours en peluche ainsi que des soldats de plomb repr&#233;sentant des militaires belges et anglais. J'esp&#232;re pouvoir y ajouter bient&#244;t des r&#233;pliques de soldats allemands afin de leur faire subir de cuisantes d&#233;faites sur les champs de bataille que je ferai se d&#233;rouler sur la grande table de la salle &#224; manger.&lt;br /&gt;
Pendant ce temps mon p&#232;re se rend &#224; son pigeonnier pour y r&#233;tablir la discipline qu'une longue absence a d&#251; transformer en douce anarchie.&lt;br /&gt;
Les volatiles le reconnaissent et entament un ballet a&#233;rien autour de lui, ballet accompagn&#233; par une symphonie cacophonique de claquements d'ailes et de roucoulements joyeux.&lt;br /&gt;
Les pillards ne les ont pas d&#233;couverts.&lt;br /&gt;
Heureusement, car la quantit&#233; de petits pois vol&#233;s laisse imaginer le sort funeste qui aurait &#233;t&#233; le leur en cas d'investigation plus pouss&#233;e des voleurs.&lt;br /&gt;
Ma m&#232;re part faire des emplettes dans des &#233;piceries concurrentes. N&#233;cessit&#233; fait loi.&lt;br /&gt;
Milda d&#233;fait les bagages et trie leur contenu, amoncelant une montagne de linge sale.&lt;br /&gt;
J'y d&#233;pose ce qui aurait pu me faire office de masque &#224; gaz, le grand mouchoir rouge &#224; pois blancs de mon p&#232;re. Il a servi uniquement &#224; &#233;ponger sur mon front les flots de sueur que le soleil torride y distillait sans cesse. &lt;br /&gt;
Je pressens que la vie va reprendre son cours. Peut-&#234;tre pas tout &#224; fait le m&#234;me que celui qui a men&#233; mon pass&#233;.&lt;br /&gt;
Le principal est pr&#233;serv&#233;, en tous cas en ce qui me concerne.&lt;br /&gt;
Les aventures v&#233;cues pendant les deux derni&#232;res semaines ont la densit&#233; de celles que vivent les h&#233;ros de mes BD. J'ai la certitude qu'elles resteront &#224; tout jamais grav&#233;es dans ma m&#233;moire.&lt;br /&gt;
Confus&#233;ment je sens qu'une page va se tourner. Et comme &#224; la lecture d'un livre, j'ignore totalement le contenu de celle qui va suivre.&lt;br /&gt;
Replac&#233; dans mon cadre de vie, je n'&#233;prouve aucune crainte pour l'avenir.&lt;br /&gt;
Ma m&#232;re rentre d&#233;courag&#233;e de ses emplettes. Les denr&#233;es sont rares et ch&#232;res. Elle a termin&#233; sa tourn&#233;e chez le beau-p&#232;re de ma s&#339;ur Yvonne qui est &#233;galement &#233;picier. Devant le d&#233;sarroi de ma m&#232;re, il s'est plong&#233; dans les tr&#233;fonds obscurs de son comptoir et avec la dext&#233;rit&#233; d'un magicien sortant un lapin de son chapeau en a retir&#233; un assortiment de bo&#238;tes et de paquets. Il a plac&#233; le tout dans le sac &#224; provision tendu vers lui avec un &#171; Et pour Madame ce sera tout ? &#187; car un soldat allemand venait de p&#233;n&#233;trer dans le magasin.&lt;br /&gt;
Je demande l'autorisation &#224; ma m&#232;re de partir &#224; la recherche de mes copains. Je la sens h&#233;sitante. Elle acquiesce cependant mais &#224; la condition expresse que Milda m'accompagne. Ma s&#339;ur accepte avec un plaisir mal dissimul&#233;. Elle pourra mettre la sortie &#224; profit pour reprendre contact avec les pr&#233;tendants qu'elle avait satellis&#233;s avant notre d&#233;part.&lt;br /&gt;
Dehors le soleil luit. Sa lumi&#232;re crue inonde chaque &#234;tre, chaque objet.&lt;br /&gt;
Sur la plaine j'aper&#231;ois un de mes copains qui joue seul aux billes.&lt;br /&gt;
Je l&#226;che la main de ma s&#339;ur et cours vers lui en criant son nom. Il me reconna&#238;t et crie le mien.&lt;br /&gt;
Des billes s'entrechoquent dans la poche de ma culotte avec un son plus doux &#224; mes oreilles que celui du cristal le plus pur...&lt;br /&gt;
Pour un moment je quitte le monde cruel des adultes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'exode, &#233;pisode 14 (Adrien)</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;L'&#233;motion nous &#233;treint &#224; l'approche de notre maison. Nous y sommes ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Les v&#233;los et les valises sont d&#233;pos&#233;s le long de la fa&#231;ade et tout le monde se pr&#233;cipite &#224; la porte d'entr&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ma m&#232;re essaye de glisser la cl&#233; dans la serrure mais n'y parvient pas. Elle constate que le chambranle de la porte pr&#233;sente une trace de r&#233;paration &#224; l'endroit de la g&#226;che. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous regardons, &#233;berlu&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mon p&#232;re se pr&#233;cipite chez le voisin Octave et revient avec lui. Octave, une cl&#233; neuve &#224; la main a la mine compass&#233;e de celui qui (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L150xH100/arton355-1747c.jpg?1776944576' width='150' height='100' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'&#233;motion nous &#233;treint &#224; l'approche de notre maison. Nous y sommes !&lt;br /&gt;
Les v&#233;los et les valises sont d&#233;pos&#233;s le long de la fa&#231;ade et tout le monde se pr&#233;cipite &#224; la porte d'entr&#233;e.&lt;br /&gt;
Ma m&#232;re essaye de glisser la cl&#233; dans la serrure mais n'y parvient pas. Elle constate que le chambranle de la porte pr&#233;sente une trace de r&#233;paration &#224; l'endroit de la g&#226;che.&lt;br /&gt;
Nous nous regardons, &#233;berlu&#233;s. &lt;br /&gt;
Mon p&#232;re se pr&#233;cipite chez le voisin Octave et revient avec lui. Octave, une cl&#233; neuve &#224; la main a la mine compass&#233;e de celui qui va &#234;tre oblig&#233; d'annoncer une mauvaise nouvelle.&lt;br /&gt;
Il nous raconte qu'une nuit, avant l'arriv&#233;e des Allemands, des gens sommairement masqu&#233;s se sont rassembl&#233;s devant notre maison, la plupart munis de charrettes &#224; bras.&lt;br /&gt;
Ils ont forc&#233; la porte &#224; l'aide d'un pied de biche et, en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, ont vid&#233; le magasin de son contenu.&lt;br /&gt;
Ils se sont ensuite enfonc&#233;s dans la nuit que l'occultation obligatoire et un ciel nuageux avaient rendue aussi noire qu'un ramoneur s&#233;n&#233;galais.&lt;br /&gt;
Ils &#233;taient nombreux. Octave avoue en baissant les yeux qu'il n'a pas os&#233; intervenir. Il a d&#251; consid&#233;rer avec raison que le risque ne justifiait pas un h&#233;ro&#239;sme de pacotille.&lt;br /&gt;
Il fait remarquer un peu embarrass&#233; qu'il a, &#233;tant donn&#233; le caract&#232;re al&#233;atoire de notre retour, proc&#233;d&#233; aux r&#233;parations strictement indispensables.&lt;br /&gt;
Il tourne la cl&#233; dans la nouvelle serrure, pousse la porte et nous c&#232;de le passage.&lt;br /&gt;
Le spectacle est affligeant.&lt;br /&gt;
Les rayons du magasin sont totalement vides. Le sol est jonch&#233; de farine, de vermicelle, de sucre et d'autres marchandises dont les vandales ont d&#233;chir&#233; l'emballage dans la bousculade et la pr&#233;cipitation.&lt;br /&gt;
Sur le sol, dans un coin du magasin, une bouteille de rhum g&#238;t &#233;clat&#233;e. Son contenu projet&#233; en tous sens s'est m&#233;lang&#233; avec de la farine qu'un sac &#233;ventr&#233; avait &#233;parpill&#233;e, dessinant ainsi sur le pavement une &#233;toile de caillots brun&#226;tres.&lt;br /&gt;
Des sachets d'emballage en papier se m&#234;lent aux marchandises &#233;tal&#233;es. D'autres pendent encore au comptoir et semblent attendre d&#233;sesp&#233;r&#233;ment le chaland.&lt;br /&gt;
Le spectacle se renouvelle dans le local voisin qui sert de r&#233;serve.&lt;br /&gt;
Tout le mobilier priv&#233; a heureusement &#233;t&#233; laiss&#233; sur place, intact.&lt;br /&gt;
Mes parents p&#233;trifi&#233;s semblent &#234;tre un long moment frapp&#233;s par l'immobilit&#233; des statues.&lt;br /&gt;
Je revois en pens&#233;e tous ces magasins que nous avons d&#233;pass&#233;s sur le chemin de l'exode et que des masses affam&#233;es avaient pill&#233;s sans &#233;tat d'&#226;me. &lt;br /&gt;
Mais la raison a t&#244;t fait de prendre le pas sur l'&#233;motion.&lt;br /&gt;
Ma m&#232;re nous fait remarquer que, et d'un, la marchandises appartient &#224; une coop&#233;rative, et de deux que nous ne sommes pas responsables d'un cas de force majeure, et de trois que nous sommes tous en vie, en bonne sant&#233; et r&#233;unis.&lt;br /&gt;
C'est alors que nous constatons qu'Yvonne ne se trouve plus avec nous. Elle est all&#233;e sonner chez tous les voisins afin de s'enqu&#233;rir de nouvelles &#233;ventuelles qui leurs seraient parvenues de son mari. Elle y apprend qu'il est vivant mais retenu dans un camp de prisonniers.&lt;br /&gt;
Entre pleurs et sourire elle vient nous annoncer la bonne nouvelle. Puis, accompagn&#233;e de Joseph, elle se dirige vers la maison voisine qu'elle habite pour y r&#233;tablir un minimum de conditions de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article354' class='spip_in'&gt;Lire la suite&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'exode, &#233;pisode 13 (Adrien)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article356</link>
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		<dc:date>2008-01-04T13:34:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Mon p&#232;re revient de ses investigations lilloises avec de bonnes nouvelles. Sur la grande place les Allemands ont organis&#233; un service de transport destin&#233; &#224; ramener les r&#233;fugi&#233;s dans leur pays. &lt;br class='autobr' /&gt;
Demain matin des camions prendront la direction de Bruxelles. Rendez-vous a &#233;t&#233; fix&#233; sur la grande place &#224; huit heures du matin. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous y arrivons bien avant l'heure convenue. &lt;br class='autobr' /&gt;
La place est noire de monde. De nombreux camions militaires non b&#226;ch&#233;s y sont r&#233;partis en groupes distincts. &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s une heure de (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L150xH100/arton356-c16cf.jpg?1776944576' width='150' height='100' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mon p&#232;re revient de ses investigations lilloises avec de bonnes nouvelles. Sur la grande place les Allemands ont organis&#233; un service de transport destin&#233; &#224; ramener les r&#233;fugi&#233;s dans leur pays.&lt;br /&gt;
Demain matin des camions prendront la direction de Bruxelles. Rendez-vous a &#233;t&#233; fix&#233; sur la grande place &#224; huit heures du matin.&lt;br /&gt;
Nous y arrivons bien avant l'heure convenue.&lt;br /&gt;
La place est noire de monde. De nombreux camions militaires non b&#226;ch&#233;s y sont r&#233;partis en groupes distincts. &lt;br /&gt;
Apr&#232;s une heure de recherches, nous d&#233;couvrons celui qui devra nous ramener chez nous.&lt;br /&gt;
Des bancs en bois, fix&#233;s aux ridelles, sont pris d'assaut par une foule jacassante.&lt;br /&gt;
Nous trouvons place &#224; l'arri&#232;re. Les v&#233;los sont entass&#233;s sur le plancher, les valises gliss&#233;es sous les bancs.&lt;br /&gt;
Deux jeunes soldats coiff&#233;s d'un calot entrent dans la cabine du v&#233;hicule et font tourner le moteur. Un autre demande aux r&#233;fugi&#233;s de se serrer un peu plus encore afin qu'il puisse &#233;galement faire partie du voyage.&lt;br /&gt;
Mon p&#232;re est ahuri par la correction des Teutons et commence &#224; douter du bien-fond&#233; de sa d&#233;cision de fuir.&lt;br /&gt;
Les voyageurs se sont calm&#233;s d&#232;s qu'ils ont trouv&#233; une place sur les bancs. Tout le monde parle tr&#232;s haut.&lt;br /&gt;
Certaines personnes d&#233;ballent des tartines, vont m&#234;me jusqu'&#224; proposer &#224; leurs voisins directs de les partager avec elles. La bonne humeur s'installe et devient vite communicative.&lt;br /&gt;
Une file constitu&#233;e d'une dizaine de camions quitte la ville. Le ciel est &#224; nouveau d'azur et le soleil darde &#224; plomb.&lt;br /&gt;
Des conversations s'&#233;tablissent entre des gens qui ne se connaissaient pas ce matin. M&#234;me le soldat y prend part dans un baragouin qui provoque de nombreux &#233;clats de rire. Lui aussi prend plaisir au r&#233;sultat joyeux de son massacre involontaire de la langue fran&#231;aise.&lt;br /&gt;
Le vent provoqu&#233; par le d&#233;placement du camion rend la chaleur supportable mais soufflette d&#233;sagr&#233;ablement les pavillons de nos oreilles.&lt;br /&gt;
Le convoi roule en double file d&#233;passant la caravane de droite constitu&#233;e des m&#234;mes v&#233;hicules h&#233;t&#233;roclites surcharg&#233;s qui, il y a quelques jours &#224; peine, fuyaient en direction inverse.&lt;br /&gt;
De temps &#224; autre je reconnais un endroit o&#249; nous sommes pass&#233;s &#224; l'aller.&lt;br /&gt;
Des v&#233;hicules abandonn&#233;s sur le bord des routes semblent attendre le retour de leur propri&#233;taire.&lt;br /&gt;
Des carcasses de charrettes jalonnent la chauss&#233;e comme autant de rappels de la barbarie r&#233;cente.&lt;br /&gt;
Tous les cadavres ont &#233;t&#233; enlev&#233;s.&lt;br /&gt;
Partout des maisons incendi&#233;es nous pr&#233;sentent leurs entrailles calcin&#233;es.&lt;br /&gt;
En une demi journ&#233;e nous effectuons le trajet qui nous aura n&#233;cessit&#233; une quinzaine de jours en sens inverse.&lt;br /&gt;
Le mot Enghien appara&#238;t en lettres noires sur le fond jaune d'un panneau de signalisation liser&#233; de rouge. Cet assemblage des couleurs nationales a, compte tenu des circonstances, quelque chose de d&#233;risoire.&lt;br /&gt;
Devant les b&#226;timents du coll&#232;ge, &#224; l'entr&#233;e de la ville, stationnent de nombreuses ambulances allemandes. Les b&#226;timents scolaires doivent &#234;tre transform&#233;s en h&#244;pital militaire.&lt;br /&gt;
Le camion s'arr&#234;te sur la grande place.&lt;br /&gt;
La ville ne semble pas avoir subi d'autres dommages que ceux des bombardements de mai. Nous descendons du camion et r&#233;cup&#233;rons v&#233;los et bagages.&lt;br /&gt;
Le v&#233;hicule reprend sa route en direction de Bruxelles. Nous saluons nos &#233;ph&#233;m&#232;res compagnons de route par de larges signes du bras. Ils nous saluent de m&#234;me jusqu' &#224; ce qu'un tournant de la rue les fasse dispara&#238;tre de notre vue.&lt;br /&gt;
Le c&#339;ur se serre. Dans quelques minutes nous aurons rejoint notre maisons ou peut &#234;tre ce qu'il en reste.&lt;br /&gt;
Vais-je retrouver tous mes livres ainsi que tous mes jouets ? Les voisins et mes amis qui ont fui sont-ils rentr&#233;s ? Comment va se d&#233;rouler notre existence sous l'occupation allemande ?&lt;br /&gt;
Des femmes, un cabas &#224; la main, font des emplettes. Des hommes passent en v&#233;lo. Rien n'a chang&#233; en apparence. &lt;br /&gt;
Seul l'uniforme feldgrau des militaires allemands jette une note inhabituelle au tableau et impressionne d&#233;sagr&#233;ablement nos r&#233;tines.&lt;br /&gt;
Plusieurs soldats nous croisent. Ils n'ont l'air ni m&#233;chants ni agressifs.&lt;br /&gt;
Deux d'entre eux nous saluent en allemand. Ils lancent un sourire qui se veut entendu &#224; mes s&#339;urs ainsi que des propos que nous ne comprenons pas mais qui doivent rev&#234;tir un caract&#232;re graveleux. Ils partent en effet tous deux d'un grand &#233;clat de rire et s'&#233;loignent en se retournant plusieurs fois.&lt;br /&gt;
Depuis le d&#233;but des temps et donc des conflits, l'humour manifest&#233; par les guerriers vainqueurs en territoire occup&#233; n'a jamais provoqu&#233; des &#233;clats de rire aupr&#232;s des populations vaincues.&lt;br /&gt;
Les Allemands ne font pas exception &#224; cette r&#232;gle. Nous non plus d'ailleurs. Notre sourire est aussi pinc&#233; que celui d'un gentleman anglais press&#233; d'annoncer &#224; son voisin de club qu'il vient de s'asseoir sur son chapeau melon.&lt;br /&gt;
Une bouff&#233;e de bonheur me submerge lorsque j'aper&#231;ois ma maison.. Les volets sont toujours ferm&#233;s.&lt;br /&gt;
Le paysage n'a pas chang&#233;. Les maisons de la rue sont intactes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article355' class='spip_in'&gt;Lire la suite&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'exode, &#233;pisode 12 (Adrien)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article357</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article357</guid>
		<dc:date>2007-12-11T22:25:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Lille, fin mai 1940. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons trouv&#233; &#224; nous loger dans la cave d'un immeuble occup&#233; par une veuve sexag&#233;naire, &#224; proximit&#233; du centre de la ville. &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s notre arriv&#233;e nous apprenons que l'arm&#233;e Belge a capitul&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
La nouvelle attriste mes parents. Yvonne par contre s'en r&#233;jouit. Cette reddition augmente les chances de survie de son soldat de mari. &lt;br class='autobr' /&gt;
Avec l'aide de la propri&#233;taire, nous nous installons dans un confort certes relatif mais incomparablement plus agr&#233;able que celui des g&#238;tes pr&#233;c&#233;dents. &lt;br class='autobr' /&gt;
Deux (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L150xH100/arton357-1a0ee.jpg?1776944576' width='150' height='100' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lille, fin mai 1940.&lt;br /&gt;
Nous avons trouv&#233; &#224; nous loger dans la cave d'un immeuble occup&#233; par une veuve sexag&#233;naire, &#224; proximit&#233; du centre de la ville.&lt;br /&gt;
D&#232;s notre arriv&#233;e nous apprenons que l'arm&#233;e Belge a capitul&#233;.&lt;br /&gt;
La nouvelle attriste mes parents. Yvonne par contre s'en r&#233;jouit. Cette reddition augmente les chances de survie de son soldat de mari.&lt;br /&gt;
Avec l'aide de la propri&#233;taire, nous nous installons dans un confort certes relatif mais incomparablement plus agr&#233;able que celui des g&#238;tes pr&#233;c&#233;dents.&lt;br /&gt;
Deux nuits pass&#233;es sur des matelas et de longues siestes gomment quelque peu la fatigue occasionn&#233;e par notre longue promenade forc&#233;e au soleil.&lt;br /&gt;
Notre logeuse s'occupe efficacement de notre approvisionnement.&lt;br /&gt;
Gr&#226;ce &#224; un grand &#233;vier en pierre polie &#233;quip&#233; d'une pompe &#224; levier, nous nous r&#233;concilions avec l'hygi&#232;ne corporelle.&lt;br /&gt;
Joseph et moi avons repris nos jeux de billes dans le jardin de l'immeuble. Chacun de nous avait &#233;t&#233; autoris&#233; &#224; emmener quatre billes.&lt;br /&gt;
Nous jouons dans la lumi&#232;re vive r&#233;fl&#233;chie par des rang&#233;es de linge blanc s&#233;chant au soleil.&lt;br /&gt;
Pendant ce temps la guerre se poursuit. Le canon gronde dans le lointain comme un chien dont on menace de voler l os qu'il grignote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'arm&#233;e fran&#231;aise a d&#233;cid&#233; de d&#233;fendre Lille &#224; tout prix &lt;br /&gt;
L'avant-garde des troupes allemandes a atteint les faubourgs de la ville et de violents combats s'y d&#233;roulent.&lt;br /&gt;
Le bruit du canon se rapproche de nous.&lt;br /&gt;
Des soldats fran&#231;ais crois&#233;s en rue nous pr&#233;viennent que l'assaut final aura probablement lieu demain. Tous sont pessimistes quant &#224; l'issue du combat.&lt;br /&gt;
Nous retournons nous r&#233;fugier dans ce que nous appelons d&#233;j&#224; &#171; notre &#187; cave.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dernier jour de mai.&lt;br /&gt;
Ce matin, le canon aboie de plus en plus fort. Des combats de rue font rage dans des quartiers proches du n&#244;tre.&lt;br /&gt;
Nous nous sommes plaqu&#233;s contre le mur d'une cave comme lors des bombardements d'Enghien. &lt;br /&gt;
Cette fois-ci, des combats ont lieu dans notre rue. Des coups de feu se m&#234;lent &#224; l'explosion de grenades.&lt;br /&gt;
Une mitrailleuse tire &#224; rafales r&#233;p&#233;t&#233;es. Des ordres sont lanc&#233;s dans une langue gutturale.&lt;br /&gt;
Le claquement pr&#233;cipit&#233; de bottes p&#233;n&#232;tre par le soupirail de la cave &#224; rue.&lt;br /&gt;
Encore quelques coups de feu, encore quelques cris et le silence s'installe dans la rue. La bataille se poursuit dans les rues avoisinantes.&lt;br /&gt;
Nous restons encore un temps dans notre refuge. Les bruits des combats se font lointains.&lt;br /&gt;
Notre h&#244;tesse nous rejoint au sous-sol.&lt;br /&gt;
Elle a suivi les combats de rue, cach&#233;e derri&#232;re les rideaux de son salon. Son inconscience ou son courage inutile nous laissent pantois.&lt;br /&gt;
Elle nous raconte que les Allemands ont emmen&#233; tous les bless&#233;s, les leurs et ceux de leurs ennemis. Ils ont &#233;galement &#233;vacu&#233; les corps de leurs soldats tu&#233;s. Les cadavres des Fran&#231;ais n'ont pas encore &#233;t&#233; &#233;vacu&#233;s.&lt;br /&gt;
Un soldat allemand passant devant sa fen&#234;tre lui a fait comprendre, par gestes, que tout &#233;tait termin&#233; et qu'elle pouvait sortir.&lt;br /&gt;
Nous risquons un regard par la porte d'entr&#233;e. Des militaires allemands dont certains, les manches de chemises retrouss&#233;es, courent vers le fond de la rue le doigt appuy&#233; sur la g&#226;chette de leur arme.&lt;br /&gt;
Une demi-douzaine de corps de soldat fran&#231;ais sont &#233;tal&#233;s sur l'aire des combats.&lt;br /&gt;
Deux d'entre eux sont couch&#233;s c&#244;te &#224; c&#244;te, dans une imposante flaque de sang, derri&#232;re l' escalier en pierre d' un perron. Un fusil mitrailleur est pos&#233; sur la marche sup&#233;rieure parsem&#233;e de douilles. Le casque d'un des soldats g&#238;t renvers&#233; &#224; son c&#244;t&#233;.&lt;br /&gt;
De nombreux impacts de balles ont labour&#233; les fa&#231;ades.&lt;br /&gt;
Je suis surpris que mes parents me laissent regarder ce spectacle ou la mort &#224; nouveau tient le r&#244;le principal.&lt;br /&gt;
Le soir, notre logeuse vient nous annoncer que la ville est tomb&#233;e enti&#232;rement entre les mains &lt;br /&gt;
Cette nouvelle nous inqui&#232;te et nous soulage en m&#234;me temps. Demain il faudra organiser le retour au pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article356' class='spip_in'&gt;Lire la suite&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'exode, &#233;pisode 11 (Adrien)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article358</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article358</guid>
		<dc:date>2007-12-11T22:15:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ma s&#339;ur a pris du retard sur les autres membres de la famille qui ont d&#233;j&#224; d&#233;pass&#233; les derni&#232;res maisons du village. Nous atteignons seulement la place de l'&#233;glise. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai l'impression qu'un buvard coinc&#233; dans ma bouche a absorb&#233; la derni&#232;re mol&#233;cule de ma salive. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'implore un arr&#234;t et l'ouverture imm&#233;diate de la gourde d'eau. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'objet en aluminium passablement bossel&#233;, est ferm&#233; par un bouchon en fa&#239;ence cercl&#233; d'un joint en caoutchouc rouge. &lt;br class='autobr' /&gt;
Assis au bord du trottoir je tends une main impatiente vers le (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L150xH100/arton358-91d7e.jpg?1776944576' width='150' height='100' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ma s&#339;ur a pris du retard sur les autres membres de la famille qui ont d&#233;j&#224; d&#233;pass&#233; les derni&#232;res maisons du village. Nous atteignons seulement la place de l'&#233;glise.&lt;br /&gt;
J'ai l'impression qu'un buvard coinc&#233; dans ma bouche a absorb&#233; la derni&#232;re mol&#233;cule de ma salive.&lt;br /&gt;
J'implore un arr&#234;t et l'ouverture imm&#233;diate de la gourde d'eau.&lt;br /&gt;
L'objet en aluminium passablement bossel&#233;, est ferm&#233; par un bouchon en fa&#239;ence cercl&#233; d'un joint en caoutchouc rouge.&lt;br /&gt;
Assis au bord du trottoir je tends une main impatiente vers le flacon que me pr&#233;sente Milda. Le bruit provoqu&#233; par l'eau contre les parois int&#233;rieures de la gourde me fait penser &#224; celui du ressac de l'Escaut contre le mur d'un embarcad&#232;re, un jour d'&#233;t&#233;.&lt;br /&gt;
Pendant que je me d&#233;salt&#232;re, je songe &#224; ce voyage r&#233;cent &#224; Anvers, avec mes parents, lors d'une visite familiale.&lt;br /&gt;
Quel spectacle extraordinaire que celui de ce fleuve majestueux, des quais bord&#233;s de lourds navires, du vol des mouettes provenant de la mer toute proche.&lt;br /&gt;
Quand verrais-je enfin cette mer, objet d'une longue et incessante curiosit&#233; ? Mes parents m'avaient promis de m'y emmener cet &#233;t&#233;. Je crains que cette promesse ne pourra &#234;tre tenue avant longtemps.&lt;br /&gt;
Le ronflement grandissant d'un moteur d'avion me tire soudainement de ma r&#234;verie. Tout se passe comme en un &#233;clair.&lt;br /&gt;
Milda me plaque contre un mur et se colle &#224; moi, transformant son corps en bouclier humain.&lt;br /&gt;
Des mitrailleuses claquent comme mille fouets de cirque mani&#233;s par mille dresseurs de chevaux.&lt;br /&gt;
Je ne vois que le tissu de la robe de ma s&#339;ur, mais j'entends le clappement sec des balles sur les pav&#233;s.&lt;br /&gt;
Des hurlements de douleur me glacent le sang.&lt;br /&gt;
Je me sens soulev&#233; par les hanches et jet&#233; sans m&#233;nagement sur le porte-bagages du v&#233;lo.&lt;br /&gt;
Ma convoyeuse p&#233;dale en danseuse avec l'intensit&#233; et la technique d'un coureur cycliste lors d'un sprint final.&lt;br /&gt;
Nous d&#233;passons la file d'expatri&#233;s en amont de l'attaque a&#233;rienne.&lt;br /&gt;
De nombreuses personnes, clou&#233;es sur place, regardent en direction de l'&#233;glise.&lt;br /&gt;
Ma s&#339;ur s'arr&#234;te brutalement devant mon p&#232;re qui vient de surgir de la foule hagarde.&lt;br /&gt;
Nous rejoignons rapidement le reste de la famille.&lt;br /&gt;
Le corps de Milda tremble de la t&#234;te aux pieds comme celui d'un parkinsonien prenant connaissance d'un redressement fiscal.&lt;br /&gt;
Quelque minutes plus tard, deux ambulances venant de Lille tout proche, les phares allum&#233;s, le klaxon bloqu&#233;, se ruent vers le centre du village.&lt;br /&gt;
Mes parents discutent en apart&#233; puis viennent nous annoncer leur d&#233;cision de terminer l'exode &#224; Lille que nous devrions avoir atteint ce soir.&lt;br /&gt;
Yvonne et Milda poussent un profond soupir de soulagement. &lt;br /&gt;
Les Allemands nous rattraperont donc &#224; Lille. Nous acceptons cette perspective avec le fatalisme de l'orchestre du Titanic jouant un dernier hymne.&lt;br /&gt;
Il s'agit maintenant de trouver un refuge s&#251;r car la ville va certainement &#234;tre assi&#233;g&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article357' class='spip_in'&gt;Lire la suite&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'exode, &#233;pisode 10 (Adrien)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article359</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article359</guid>
		<dc:date>2007-12-11T22:10:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ce matin, une fine pluie nous a surpris autant qu'elle nous a rafra&#238;chis. Mais tr&#232;s vite le soleil br&#251;lant a repris sa place sur son tr&#244;ne z&#233;nithal et nous dispense ses rayons d&#233;bilitants. &lt;br class='autobr' /&gt;
Des bruits lointains d'explosions et de mitraillage parviennent jusqu'&#224; nous. Des fum&#233;es noires s'&#233;l&#232;vent derri&#232;re la ligne d'horizon. &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s plus d'une heure de marche, nous atteignons un carrefour que l'Apocalypse vient de foudroyer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Plusieurs maisons ach&#232;vent de se consumer et crachent un dernier souffle de fum&#233;e &#226;cre. (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce matin, une fine pluie nous a surpris autant qu'elle nous a rafra&#238;chis. Mais tr&#232;s vite le soleil br&#251;lant a repris sa place sur son tr&#244;ne z&#233;nithal et nous dispense ses rayons d&#233;bilitants.&lt;br /&gt;
Des bruits lointains d'explosions et de mitraillage parviennent jusqu'&#224; nous. Des fum&#233;es noires s'&#233;l&#232;vent derri&#232;re la ligne d'horizon.&lt;br /&gt;
Apr&#232;s plus d'une heure de marche, nous atteignons un carrefour que l'Apocalypse vient de foudroyer.&lt;br /&gt;
Plusieurs maisons ach&#232;vent de se consumer et crachent un dernier souffle de fum&#233;e &#226;cre.&lt;br /&gt;
Les routes du carrefour sont labour&#233;es par des entonnoirs de bombes entre lesquels zigzague la colonne. &lt;br /&gt;
Le spectacle est hallucinant !&lt;br /&gt;
Des charrettes gisent disloqu&#233;es, certaines sans roues. Leur contenu a &#233;t&#233; projet&#233; sur toute la surface du carrefour : linge, chaises, matelas, valises, r&#233;chauds, v&#234;tements,...Quelques restes de v&#233;los compl&#232;tent ce douloureux inventaire.&lt;br /&gt;
Une automobile enti&#232;rement incendi&#233;e, les quatre porti&#232;res ouvertes, est r&#233;duite &#224; un amas de ferraille fumante.&lt;br /&gt;
Des chevaux morts sont &#233;tendus sur le flanc. D'autres sont couch&#233;s sur le dos, les pattes dress&#233;es vers le ciel comme en un geste de mal&#233;diction. Beaucoup ont le ventre ouvert laissant appara&#238;tre des &#233;cheveaux d'intestins sanglants.&lt;br /&gt;
Et puis il y a les corps sans vie d'hommes, de femmes, d'enfants.&lt;br /&gt;
Quelques uns ont &#233;t&#233; recouverts d'un v&#234;tement tel qu'un manteau ou une robe. D' autres ont le visage cach&#233; par un lambeau de tissu recueilli dans les d&#233;bris. &lt;br /&gt;
Plusieurs, probablement des fuyards isol&#233;s, gisent sans aucune forme de linceul parmi ce &#233;parpillement lugubre. &lt;br /&gt;
L'ombre projet&#233;e par des pans de murs prot&#232;ge du soleil des bless&#233;s &#233;tendus &#224; m&#234;me le sol. Ils attendent avec r&#233;signation une aide qui ne viendra probablement jamais. Nous apprenons en effet que des ambulanciers militaires ont emport&#233; des bless&#233;s vers des h&#244;pitaux, laissant sur place ceux pour lesquels tout espoir de survie leur semblait vain.&lt;br /&gt;
A notre arriv&#233;e sur ces lieux, ma s&#339;ur tente de d&#233;tourner mon regard de toutes ces horreurs en collant d'une main ma figure contre son flanc.&lt;br /&gt;
Cette position n'est pas longtemps tenable pour une personne de constitution normale oblig&#233;e de guider d'une seule main un v&#233;lo au travers d'une moisson d'objets &#233;parpill&#233;s, de crat&#232;res de bombes et de cadavres.&lt;br /&gt;
Elle desserre donc rapidement son &#233;treinte et l'&#233;pouvantable carnage frappe ma vue de plein fouet.&lt;br /&gt;
J'avais d&#233;j&#224; vu le cadavre d'un cheval, au d&#233;but du printemps. La pauvre b&#234;te avait gliss&#233; sur les pav&#233;s de ma rue et s'&#233;tait fractur&#233; une patte. Un v&#233;t&#233;rinaire l'avait euthanasi&#233;e sur le lieu m&#234;me de l'accident, sc&#232;ne qui m'avait heureusement &#233;t&#233; &#233;pargn&#233;e. &lt;br /&gt;
La pr&#233;sence de chevaux morts ne me surprend donc pas r&#233;ellement. Mais que des humains puissent se retrouver dans le m&#234;me &#233;tat d&#233;passe totalement mon entendement.&lt;br /&gt;
Jusqu'au soir, et m&#234;me longtemps apr&#232;s, mes pens&#233;es seront tourment&#233;es par la mort et particuli&#232;rement celle des enfants.&lt;br /&gt;
Je viens surtout de r&#233;aliser que moi aussi je suis mortel. &lt;br /&gt;
A Enghien, mes parents s'&#233;taient d&#233;j&#224; trouv&#233;s dans l'obligation de m'annoncer le d&#233;c&#232;s d'un proche ou d'une personne connue. Mais il s'agissait toujours d'un adulte souvent &#226;g&#233;.&lt;br /&gt;
Il me fut expliqu&#233; alors qu'un tr&#233;pass&#233; ne sentait, n'entendait et ne voyait plus rien. Il &#233;tait de plus r&#233;duit &#224; l'immobilit&#233; compl&#232;te ce qui rendait d'ailleurs particuli&#232;rement difficile l'enfilage, suivant le cas, de son costume trois pi&#232;ces ou de sa robe empes&#233;e.&lt;br /&gt;
On l'emmenait ensuite &#224; l'&#233;glise dans un corbillard noir empli de fleurs. Deux chevaux tr&#232;s souvent noirs eux aussi, une houppe sombre fix&#233;e verticalement sur la t&#234;te et le dos recouvert d'un grand drap gris fonc&#233; brod&#233; de motifs et d'initiales religieux, tiraient le char fun&#232;bre.&lt;br /&gt;
Il &#233;tait suivi par une foule de gens &#224; la t&#234;te de laquelle marchaient des hommes et des femmes, habill&#233;s de noir ou portant sur un bras un cr&#234;pe du m&#234;me ton. Le chagrin rougissait leurs yeux. Quelques femmes tentaient de cacher leurs pleurs sous la voilette d'un chapeau sombre.&lt;br /&gt;
Seules les fleurs &#233;chappaient &#224; la morosit&#233; du cort&#232;ge. Probablement parce qu'il n'existe pas de fleurs noires.&lt;br /&gt;
Des cloches sonnant &#224; toute vol&#233;e attiraient comme un aimant le mort et sa suite funeste.&lt;br /&gt;
J'ignorais ce qui se passait apr&#232;s la disparition du corbillard derri&#232;re le coin de ma rue.&lt;br /&gt;
Il m'avait &#233;t&#233; affirm&#233; que le tr&#233;pass&#233;, suivant qu'il ait &#233;t&#233; bon ou m&#233;chant durant sa vie, s'en allait au ciel ou en enfer. On n'avait jamais r&#233;pondu &#224; ma question relative aux d&#233;tails pratiques de ce voyage spatial.&lt;br /&gt;
Ce myst&#232;re ne me tourmentait pas outre mesure. J'&#233;tais en effet convaincu que mon entourage familial d&#233;tenait la v&#233;rit&#233;.&lt;br /&gt;
Mais en ce jour d'exode, le doute s'est insidieusement gliss&#233; dans mon cerveau. Les enfants meurent donc aussi. Pourquoi mes parents ne m'en ont-ils jamais rien dit ? &lt;br /&gt;
J'aimerais leur en parler mais je pressens que le moment n'est pas propice &#224; de quelconques investigations. La recherche constante de solutions aux probl&#232;mes r&#233;currents de nourriture et de logement ne doit pas les disposer &#224; s'int&#233;resser beaucoup &#224; mes pr&#233;occupations m&#233;taphysiques.&lt;br /&gt;
Je leur en parlerai plus tard, quand le calme sera revenu.&lt;br /&gt;
Mais reviendra-t-il jamais ? Et quand donc prendra fin cette folle &#233;migration ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article358' class='spip_in'&gt;Lire la suite&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'exode, &#233;pisode 9 (Adrien)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article360</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article360</guid>
		<dc:date>2007-11-26T19:05:38Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Devant nous, &#224; environ cent m&#232;tres, la file ralentit anormalement puis s'arr&#234;te. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un bouchon humain s'est form&#233; devant une plantation de peupliers en contrebas de la route. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ceux qui composent ce rassemblement contemplent un &#233;v&#233;nement que la distance qui nous en s&#233;pare nous emp&#234;che de distinguer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une partie des r&#233;fugi&#233;s qui s'&#233;tait arr&#234;t&#233;e poursuit son chemin d&#233;tricotant ainsi le bouchon. Des nouveaux arrivants le reforment. Et ainsi de suite jusqu'&#224; ce que nous le grossissions et nous arr&#234;tions &#224; notre (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique78" rel="directory"&gt;L'exode (Adrien)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L150xH100/arton360-56e54.jpg?1776944576' width='150' height='100' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Devant nous, &#224; environ cent m&#232;tres, la file ralentit anormalement puis s'arr&#234;te.&lt;br /&gt;
Un bouchon humain s'est form&#233; devant une plantation de peupliers en contrebas de la route.&lt;br /&gt;
Ceux qui composent ce rassemblement contemplent un &#233;v&#233;nement que la distance qui nous en s&#233;pare nous emp&#234;che de distinguer.&lt;br /&gt;
Une partie des r&#233;fugi&#233;s qui s'&#233;tait arr&#234;t&#233;e poursuit son chemin d&#233;tricotant ainsi le bouchon. Des nouveaux arrivants le reforment. Et ainsi de suite jusqu'&#224; ce que nous le grossissions et nous arr&#234;tions &#224; notre tour.&lt;br /&gt;
Un homme est solidement ligot&#233; &#224; un des peupliers. Deux cordes lui enserrent respectivement la poitrine et les cuisses.&lt;br /&gt;
Un soldat fran&#231;ais en tenue de combat, l'arme au pied, monte la garde &#224; trois m&#232;tres de lui. &lt;br /&gt;
Le prisonnier est un petit homme bedonnant, habill&#233; d'un complet gris fonc&#233;. Son col de chemise est largement ouvert ; son gilet et son veston enti&#232;rement d&#233;boutonn&#233;s.&lt;br /&gt;
Son front haut et rid&#233; se prolonge par un cr&#226;ne garni d'un l&#233;ger duvet sombre, t&#233;moin d'une d&#233;funte chevelure noire.&lt;br /&gt;
Il porte des grosses lunettes d'&#233;caille.&lt;br /&gt;
Ses yeux qui semblent regarder vers l'int&#233;rieur de sa t&#234;te d&#233;gagent une forte impression de tristesse et de r&#233;signation.&lt;br /&gt;
Un silence, troubl&#233; par quelques chuchotements provenant de l'attroupement, p&#232;se sur la sc&#232;ne singuli&#232;re.&lt;br /&gt;
Je saisis les mots &#171; espion &#187; et &#171; cinqui&#232;me colonne &#187;.&lt;br /&gt;
C'est donc ainsi, d'une fa&#231;on tellement banale, que se pr&#233;sentent ces ennemis de l'ombre.&lt;br /&gt;
Je les imaginais arrogants, s&#251;rs d'eux, f&#233;brilement en qu&#234;te de renseignements.&lt;br /&gt;
On dit d'eux qu'ils accomplissent aussi des actes de sabotage. Ils feraient &#233;galement circuler de fausses nouvelles afin de cr&#233;er la panique parmi les fuyards et provoquer ainsi des obstructions n&#233;fastes au d&#233;placement des troupes alli&#233;es.&lt;br /&gt;
Depuis quelques jours une rumeur pr&#233;tend m&#234;me que certains d'entre eux sont d&#233;guis&#233;s en gendarmes ou en nonettes. Ne vient-on pas d'arr&#234;ter il y a peu une fausse religieuse qu'une barbe de plusieurs jours a rendue suspecte ? &lt;br /&gt;
Nous quittons cet endroit lugubre en marchant sur la pointe des pieds comme on marche sur le sol d'un local o&#249; repose un mort.&lt;br /&gt;
L'apr&#232;s-midi se rapproche de la soir&#233;e. Il va falloir songer au logement pour la nuit.&lt;br /&gt;
C'est l'heure o&#249; les fermes abandonn&#233;es sont prises d'assaut par une foule de squatteurs avant la lettre.&lt;br /&gt;
Se m&#234;lent &#224; eux des formations de soldats encadr&#233;s d'officiers en route vers le front ou, en rangs dispers&#233;s, des militaires d&#233;penaill&#233;s fuyant un ennemi dont l'invincibilit&#233; se confirme de jour en jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article359' class='spip_in'&gt;Lire la suite&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'exode, &#233;pisode 8 (Adrien)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article361</link>
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		<dc:date>2007-11-26T19:05:31Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;On dirait que le soleil a d&#233;cid&#233; de se fixer d&#233;finitivement dans un ciel d'o&#249; les nuages paraissaient, par &#233;mulation, avoir pris le chemin de l'exode. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le long de la route des fermiers vendent de l'eau qu'ils puisent dans de grandes cruches &#224; lait en aluminium. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mon p&#232;re s'est refus&#233; jusqu'&#224; ce jour de c&#233;der &#224; ce commerce qu'il juge honteux. Mais devant nos supplications et nos mines burin&#233;es par la chaleur il sort son porte-monnaie et demande au marchand opportuniste de nous servir &#224; boire jusqu'&#224; sati&#233;t&#233;. (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L150xH100/arton361-e91b2.jpg?1776944576' width='150' height='100' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On dirait que le soleil a d&#233;cid&#233; de se fixer d&#233;finitivement dans un ciel d'o&#249; les nuages paraissaient, par &#233;mulation, avoir pris le chemin de l'exode.&lt;br /&gt;
Le long de la route des fermiers vendent de l'eau qu'ils puisent dans de grandes cruches &#224; lait en aluminium.&lt;br /&gt;
Mon p&#232;re s'est refus&#233; jusqu'&#224; ce jour de c&#233;der &#224; ce commerce qu'il juge honteux. Mais devant nos supplications et nos mines burin&#233;es par la chaleur il sort son porte-monnaie et demande au marchand opportuniste de nous servir &#224; boire jusqu'&#224; sati&#233;t&#233;.&lt;br /&gt;
L'eau doit certainement provenir d'un puits. Sa fra&#238;cheur oasienne emplit enti&#232;rement la bouche dans une explosion de bonheur. &lt;br /&gt;
Nous voici pr&#234;ts &#224; reprendre la route de l'enfer.&lt;br /&gt;
Milda pousse laborieusement le v&#233;lo &#224; l'arri&#232;re duquel je somnole en r&#234;vant &#224; mes jouets rest&#233;s &#224; la maison.&lt;br /&gt;
J'ouvre un &#339;il vague et constate que la d&#233;marche de ma s&#339;ur devient de plus en plus incertaine. Elle bifurque sans arr&#234;t en dodelinant tant&#244;t &#224; gauche, tant&#244;t &#224; droite.&lt;br /&gt;
Les objets verticaux qui emplissent mon champ de vue se muent lentement en obliques inqui&#233;tantes vacillant de gauche &#224; droite tels des balanciers de m&#233;tronomes g&#233;ants.&lt;br /&gt;
La perception d'une soudaine perte d'&#233;quilibre me tire d&#233;finitivement de mon demi sommeil.&lt;br /&gt;
Tous poumons d&#233;ploy&#233;s je hurle en voyant s'approcher &#224; une vitesse infernale le fond d'un foss&#233;.&lt;br /&gt;
Je heurte brutalement la terre, la vue limit&#233;e par le gros plan d'une toison d'herbe rousse.&lt;br /&gt;
Ma jambe droite se coince sous la roue arri&#232;re du v&#233;lo. Le garde boue vibre sous le choc et heurte les montants de la fourche en une vibration d'abeille m&#233;tallique.&lt;br /&gt;
Je poursuis en crescendo mon concert de hurlements que modulent la peur et la rage.&lt;br /&gt;
L'herbe que je n'avais jamais vue de si pr&#232;s fait place &#224; une paire de godillots noirs.&lt;br /&gt;
La roue du v&#233;lo ne p&#232;se plus sur ma jambe et des bras vigoureux m'extraient du foss&#233;.&lt;br /&gt;
Je crie un peu moins quand mon p&#232;re me place entre les bras rassurants de ma m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques inconnus se sont group&#233;s autour de moi, me sourient puis reprennent leur mine d&#233;faite et leur chemin.&lt;br /&gt;
Milda assise au bord du foss&#233; tient sa t&#234;te entre les mains. Yvonne lui parle sur un ton consolant.&lt;br /&gt;
Peu &#224; peu je r&#233;alise que ma s&#339;ur, &#233;cras&#233;e de fatigue et de soleil, s'est endormie en marchant...&lt;br /&gt;
Le v&#233;lo a r&#233;sist&#233; au choc et ma jambe droite est &#224; peine &#233;rafl&#233;e. Rien ne nous emp&#234;che donc de continuer.&lt;br /&gt;
L'ombre qu'un platane dessine sur un talus herbeux nous accueille pour une courte sieste troubl&#233;e &#224; peine par le brouhaha proche de la colonne en d&#233;bandade.&lt;br /&gt;
Un peu plus tard nous rejoignons la foule en nous glissant dans un interstice de la file sans fin, entre deux charrettes hippomobiles,&lt;br /&gt;
Mais cette fois, tel un chat &#233;chaud&#233; , je marche &#224; c&#244;t&#233; de Milda et de son v&#233;lo sur lequel une valise ventrue a pris ma place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article360' class='spip_in'&gt;Lire la suite&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'exode, &#233;pisode 7 (Adrien)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article362</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article362</guid>
		<dc:date>2007-11-26T19:05:27Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Soudain au-dessus de nos t&#234;tes retentit le hurlement caract&#233;ristique d'une sir&#232;ne de Stuka. Nous bondissons vers un bosquet qui longe la route Avec une synchronisation presque parfaite nous atterrissons sur l'humus sec du petit bois faisant na&#238;tre un l&#233;ger nuage de poussi&#232;re v&#233;g&#233;tale &lt;br class='autobr' /&gt;
Je rel&#232;ve lentement la t&#234;te en direction de la route et aper&#231;ois de profil, &#224; l'arri&#232;re d'un camion militaire d&#233;couvert, un soldat fran&#231;ais, tirant de br&#232;ves rafales de son fusil-mitrailleur point&#233; vers le ciel. &lt;br class='autobr' /&gt;
Etonnamment (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique78" rel="directory"&gt;L'exode (Adrien)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L150xH100/arton362-173ca.jpg?1776944576' width='150' height='100' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Soudain au-dessus de nos t&#234;tes retentit le hurlement caract&#233;ristique d'une sir&#232;ne de Stuka. Nous bondissons vers un bosquet qui longe la route Avec une synchronisation presque parfaite nous atterrissons sur l'humus sec du petit bois faisant na&#238;tre un l&#233;ger nuage de poussi&#232;re v&#233;g&#233;tale&lt;br /&gt;
Je rel&#232;ve lentement la t&#234;te en direction de la route et aper&#231;ois de profil, &#224; l'arri&#232;re d'un camion militaire d&#233;couvert, un soldat fran&#231;ais, tirant de br&#232;ves rafales de son fusil-mitrailleur point&#233; vers le ciel.&lt;br /&gt;
Etonnamment l'avion allemand n'a pas tir&#233; et prend rapidement de l'altitude.&lt;br /&gt;
Mon p&#232;re me dit &#224; voix basse, comme si le pilote pouvait nous entendre, qu'il s'agit peut &#234;tre d'une manoeuvre pour &#233;chapper &#224; un avion de chasse alli&#233; coll&#233; &#224; ses volets de freinage arri&#232;res.&lt;br /&gt;
En effet, je per&#231;ois le ronflement diff&#233;rent de deux moteurs lanc&#233;s au maximum de leur puissance.&lt;br /&gt;
Le cr&#233;pitement de deux mitrailleuses distinctes emplit le ciel et est suivi d'une violente explosion. Une deuxi&#232;me explosion moins importante succ&#232;de &#224; la premi&#232;re.&lt;br /&gt;
Je risque encore un bref regard devant moi. Le soldat fran&#231;ais qui maintenant me tourne le dos a d&#233;pos&#233; son arme dont le canon fume encore et regarde fixement le ciel. J'aper&#231;ois la queue d'un avion qui tournoie dans un silence irr&#233;el en se rapprochant du sol.&lt;br /&gt;
Elle dispara&#238;t derri&#232;re les cimes de petits arbres. &lt;br /&gt;
Un svastika dont j'ignore la signification d&#233;corait l'arri&#232;re de l'&#233;pave. J'en saisis la raison d'&#234;tre lorsque mon p&#232;re, qui a &#233;galement observ&#233; la sc&#232;ne, s'exclame cette fois-ci &#224; voix haute et presque joyeuse : &#171; C'est un allemand ! &#187;.&lt;br /&gt;
Quelques soldats fran&#231;ais s'enfoncent en courant dans le bosquet en direction de l'&#233;pave dont le dernier ballet m'a fascin&#233;.&lt;br /&gt;
Le danger pass&#233;, un flot de r&#233;fugi&#233;s quitte pr&#233;cipitamment les bosquets. Chacun se h&#226;te qui vers son v&#233;lo, qui vers sa voiture ou sa charrette qui vers tout autre moyen de transport.&lt;br /&gt;
Des chevaux, que le vacarme de la lutte a rendus fous, hennissent et tapent vigoureusement des fers sur le sol.&lt;br /&gt;
Le calme se r&#233;tablit peu &#224; peu et la caravane pitoyable reprend avec lenteur la route ext&#233;nuante de l'exode.&lt;br /&gt;
Mes jambes tremblent encore apr&#232;s la terrible peur que je viens d'&#233;prouver. Le vacarme de ces moments affreux s'est lov&#233; dans mes oreilles et semble ne plus vouloir en sortir.&lt;br /&gt;
Moi qui ne connaissais des armes que le pet asthmatique des carabines &#224; plombs des foires... Mon exp&#233;rience des explosions se limitait, elle, aux d&#233;tonations des p&#233;tards et &#224; &#233;clatement joyeux des feux d'artifice.&lt;br /&gt;
De retour au pays, je vais pouvoir en boucher un coin aux copains et principalement &#224; celui dont le grand fr&#232;re se gargarisait de conna&#238;tre les mesures prophylactiques &#224; observer en cas d'attaque au gaz.&lt;br /&gt;
Cette pens&#233;e m'am&#232;ne &#224; v&#233;rifier si le grand mouchoir &#224; poix rouges est rest&#233; en place lors de ces derniers &#233;v&#233;nements. Il n'a pas quitt&#233; ma poche.&lt;br /&gt;
Me voil&#224; partiellement rassur&#233;. Je ne le serai enti&#232;rement que lorsque j'aurai la certitude que ma vessie sera suffisamment fournie pour enclencher &#233;ventuellement la combinaison salvatrice dont je ne suis pas pr&#234;t d'oublier la formule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article361' class='spip_in'&gt;Lire la suite&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'exode, &#233;pisode 6 (Adrien)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article363</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article363</guid>
		<dc:date>2007-11-26T19:05:14Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ma m&#232;re nous fait part d'une m&#233;saventure qu'elle a v&#233;cue cette apr&#232;s-midi. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant que nous &#233;tions tous assis pour nous reposer &#224; l'or&#233;e d'un bois, elle s'est retir&#233;e discr&#232;tement, pouss&#233;e par un besoin naturel qui r&#233;clamait une satisfaction urgente. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au d&#233;but du chemin conduisant dans le bois &#233;tait gar&#233;e une automobile immatricul&#233;e aux Pays-Bas, vide de ses occupants. &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s avoir franchi quelques m&#232;tres du sentier qui devait la mener &#224; un proche taillis salvateur, elle s'est subitement trouv&#233;e nez &#224; nez - (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique78" rel="directory"&gt;L'exode (Adrien)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L150xH100/arton363-bad25.jpg?1776944576' width='150' height='100' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ma m&#232;re nous fait part d'une m&#233;saventure qu'elle a v&#233;cue cette apr&#232;s-midi.&lt;br /&gt;
Pendant que nous &#233;tions tous assis pour nous reposer &#224; l'or&#233;e d'un bois, elle s'est retir&#233;e discr&#232;tement, pouss&#233;e par un besoin naturel qui r&#233;clamait une satisfaction urgente.&lt;br /&gt;
Au d&#233;but du chemin conduisant dans le bois &#233;tait gar&#233;e une automobile immatricul&#233;e aux Pays-Bas, vide de ses occupants.&lt;br /&gt;
Apr&#232;s avoir franchi quelques m&#232;tres du sentier qui devait la mener &#224; un proche taillis salvateur, elle s'est subitement trouv&#233;e nez &#224; nez - mais l'expression est peut &#234;tre mal choisie - avec un couple &#233;tendu sur un matelas bleu ciel. Il y pratiquait des exercices que la morale, &#224; cette &#233;poque, r&#233;prouvait hors du cadre restreint, strict et sacr&#233; du mariage.&lt;br /&gt;
Apr&#232;s une seconde d'h&#233;sitation l'homme lui a lanc&#233; un &#171; D&#226;ag ! &#187; nonchalant avec un accent d'outre Moerdijk &#224; couper &#224; la scie tron&#231;onneuse.&lt;br /&gt;
Tout en poursuivant son devoir qui ne pouvait donc &#234;tre que conjugal, il a relev&#233; la partie arri&#232;re de son pantalon pour soustraire &#224; ma m&#232;re la vue plongeante de ses fesses d&#233;couvertes.&lt;br /&gt;
Elle a r&#233;pliqu&#233; par un &#171; Dag ! &#187; tout aussi nonchalant en poursuivant son chemin en qu&#234;te d'un autre endroit isol&#233; que la nature lui pressait instamment de trouver. &lt;br /&gt;
Lorsque, un peu plus tard, elle est repass&#233;e devant le lieu de la rencontre inopin&#233;e, le couple et le matelas avaient disparu.&lt;br /&gt;
Arriv&#233;e &#224; l'or&#233;e du bois, elle a aper&#231;u la voiture n&#233;erlandaise reprenant le chemin de l'exode, coiff&#233;e d'un grand matelas bleu ciel, avec peut-&#234;tre &#224; son bord un petit Batave en voie de gestation. &lt;br /&gt;
Elle conclut avec un certain optimisme que m&#234;me par ces temps sombres de violence et de mort, la vie ne perdait jamais tout &#224; fait ses droits.&lt;br /&gt;
Le r&#233;cit provoque l'hilarit&#233; de l'assembl&#233;e. Mais il ne m'est pas possible de la partager.&lt;br /&gt;
Il y a en effet encore dans ma connaissance du domaine de la sexualit&#233; pas mal de zones d'ombre. &lt;br /&gt;
Mes parents et mes s&#339;urs, que j'interroge souvent &#224; ce sujet, me dispensent &#224; chaque fois des r&#233;ponses diffuses qui me laissent totalement sur ma soif de connaissances.&lt;br /&gt;
Accompagn&#233; de Milda et de Joseph, je me tra&#238;ne jusqu'au fenil et m'effondre sur un tas de foin moelleux. &lt;br /&gt;
Jusqu'&#224; ce jour j'ignorais l'existence et l'odeur de ce fourrage confortable.&lt;br /&gt;
De nombreuses personnes se sont d&#233;j&#224; install&#233;es. Celles qui parlent le font &#224; mi-voix pour ne pas troubler le sommeil que Morph&#233;e a distribu&#233; &#224; profusion aux r&#233;fugi&#233;s harass&#233;s.&lt;br /&gt;
Des ronflements s'&#233;l&#232;vent dans la haute cath&#233;drale agricole et se diluent sous l'impressionnante charpente en ch&#234;ne &lt;br /&gt;
Je questionne Joseph, &#233;tendu &#224; mon c&#244;t&#233;, sur l'origine de l' hilarit&#233; qui fut la sienne &#224; la fin du r&#233;cit de ma maman. Il me pr&#233;tend avoir ri pour donner l'impression qu'il avait saisi tout le sel de l'anecdote mais qu'en r&#233;alit&#233; il n'est pas plus inform&#233; que moi sur le sujet qui me pr&#233;occupe.&lt;br /&gt;
A peine ai-je entendu la fin de sa derni&#232;re phrase qu'un sommeil lourd me fond dessus comme un hooligan sur un arbitre de football.&lt;br /&gt;
Sans le savoir, je viens de go&#251;ter aux joies des vacances au grand air.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article362' class='spip_in'&gt;Lire la suite&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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