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	<title>Ages et transmissions</title>
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	<description>Cr&#233;&#233;e en 97, Ages et Transmissions est une asbl pluraliste bruxelloise permettant aux a&#238;n&#233;s de jouer un r&#244;le actif dans la soci&#233;t&#233;. Elle est reconnue comme organisme d'&#233;ducation permanente par la F&#233;d&#233;ration Wallonie-Bruxelles.</description>
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		<title>Ages et transmissions</title>
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		<title>La lib&#233;ration : 3 septembre 1944 (Adrien)</title>
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		<dc:date>2016-09-02T07:43:10Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre 40-45</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;3 septembre 1944, Enghien &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a peu de monde &#224; la messe ce dimanche matin Le capucin de service ne semble pas avoir le c&#339;ur &#224; son ouvrage d'officiant. Les fid&#232;les parlent entre eux presque &#224; voix haute. Je per&#231;ois des bribes de leurs conversation : &#171; Radio Londres a annonc&#233; hier soir que les troupes am&#233;ricaines sont entr&#233;es en Belgique &#187;, &#171; Arras a &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e avant-hier &#187;, &#171; Ils vont certainement arriver aujourd'hui &#187;, &#171; Un drapeau belge a &#233;t&#233; plant&#233; cette nuit sur la tour de la grande &#233;glise &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt; L'espoir (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique80" rel="directory"&gt;La lib&#233;ration (Adrien)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot191" rel="tag"&gt;Guerre 40-45&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L143xH150/arton475-be5b3.jpg?1776944056' width='143' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3 septembre 1944, Enghien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Il y a peu de monde &#224; la messe ce dimanche matin Le capucin de service ne semble pas avoir le c&#339;ur &#224; son ouvrage d'officiant. Les fid&#232;les parlent entre eux presque &#224; voix haute. Je per&#231;ois des bribes de leurs conversation : &#171; Radio Londres a annonc&#233; hier soir que les troupes am&#233;ricaines sont entr&#233;es en Belgique &#187;, &#171; Arras a &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e avant-hier &#187;, &#171; Ils vont certainement arriver aujourd'hui &#187;, &#171; Un drapeau belge a &#233;t&#233; plant&#233; cette nuit sur la tour de la grande &#233;glise &#187;.	&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'espoir est palpable. Le bonheur qui en est le corollaire d&#233;ride tous les visages et y dessine des amorces de sourires.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ite missa est &#187;. Le &#171; Deo gratias &#187; qui suit se perd dans le brouhaha provoqu&#233; par la sortie pr&#233;cipit&#233;e des ouailles que Dieu a d&#251; trouver bien ti&#232;des en cette belle matin&#233;e de septembre.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon p&#232;re n'arr&#234;te pas de tousser, nerveusement. Une inqui&#233;tude perce la cuirasse de sa joie. Probablement la crainte de violents combats ou de bombardements imminents.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour rentrer &#224; la maison nous devons traverser une rue qu'encombre une pitoyable soldatesque &#224; l'uniforme vert de gris. Les militaires progressent en deux files. La premi&#232;re comporte des v&#233;hicules hippomobiles et des soldats se mouvant &#224; pied dans le d&#233;sordre le plus complet. La deuxi&#232;me se compose de camions, motos, camionnettes, autochenilles, chars et canons tract&#233;s. Le convoi fortement camoufl&#233; de branchages fait songer &#224; une for&#234;t en marche. Le d&#233;fil&#233; se poursuit jour et nuit depuis pr&#232;s d'une semaine. Les fuyards abrutis par la fatigue avancent comme des automates, le regard vide de toute expression. Est-ce l&#224; tout ce qui reste de cette fi&#232;re arm&#233;e conqu&#233;rante de mai 1940 ? Le soleil &#233;clatant et le ciel profond&#233;ment bleu sont les seuls points communs entre les journ&#233;es d'invasion et ce dimanche de d&#233;b&#226;cle.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233; &#224; la maison, mon p&#232;re d&#233;place le couvercle en b&#233;ton d'une citerne ext&#233;rieure laquelle, vid&#233;e de ses eaux, nous a servi d'abri lors d'alertes a&#233;riennes. J'aime descendre dans ce lieu, me fondre dans sa p&#233;nombre, savourer sa fra&#238;cheur et lancer des petits cris que l'&#233;cho fait rebondir sur les parois ciment&#233;es&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est l'heure de la sieste, mais elle ne sera pas respect&#233;e aujourd'hui.
&lt;br /&gt;
Tous les habitants du quartier post&#233;s sur le pas de leur porte s'interpellent et se communiquent des nouvelles qui, pour la plupart, s'apparentent plut&#244;t &#224; des rumeurs. Des tirs provenant de l'ext&#233;rieur de la ville arr&#234;tent net les conversations. Soudain un avion de chasse anglais nous survole &#224; basse altitude. Au ronronnement assourdissant de son puissant moteur suivent des d&#233;tonations de mitrailleuses et des explosions successives. Les commentaires vont bon train. Le combat doit se d&#233;rouler dans les environs du cimeti&#232;re. La mitraillade se renouvelle &#224; plusieurs reprises. Tr&#232;s peu de temps apr&#232;s l'avion passe &#224; nouveau, en sens inverse, presque &#224; la hauteur des toits. Un peu plus tard, une nouvelle rumeur prend corps, une colonne blind&#233;e allemand aurait &#233;t&#233; an&#233;antie au lieu-dit &#171; Le Patriote &#187;. Un cycliste appara&#238;t, la chemise tremp&#233;e de transpiration. Il confirme le massacre dont il se dit avoir &#233;t&#233; le t&#233;moin. Il pr&#233;tend aussi que les Allemands ont fusill&#233; un groupe de r&#233;sistants. Et les rumeurs se transforment en nouvelles.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La joie se m&#234;le &#224; la tristesse, l'espoir &#224; la crainte. De l'excitation rehauss&#233;e d'appr&#233;hension naissent des &#233;clats de rires nerveux.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la fa&#231;ade d'une maison de la rue vient d'&#234;tre hiss&#233; un grand drapeau belge. La demeure est occup&#233;e par un collaborateur notoire. A la stupeur et la consternation provoqu&#233;es par ce revirement grotesque suit une bienfaisante hilarit&#233;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une demi heure plus tard, une jeune femme d&#233;boule dans la rue et la voix vibrante d'&#233;motion s'&#233;crie : &#171; Les Anglais sont l&#224; ! Ils sont &#224; la rue de Bruxelles ! &#187;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A quoi peuvent bien ressembler ces dieux que la propagande nazie ne nous a montr&#233;s que morts ou prisonniers ?&lt;br /&gt;
Les gens du quartier se h&#226;tent vers la rue de Bruxelles, situ&#233;e &#224; moins de cent m&#232;tres de chez moi.&lt;br /&gt;
Le bruit d'une fusillade nourrie stoppe net la ru&#233;e. Encore quelques coups de feu suivis d'un silence intriguant. Le courant s'inverse, tout le monde se pr&#233;cipite vers son domicile et s'y calfeutre.&lt;br /&gt;
Mon p&#232;re et moi regardons dans la rue par le ch&#226;ssis grillag&#233; de la porte du magasin. Un soldat allemand tourne le coin de la rue qui relie la mienne &#224; la rue de Bruxelles. Il boite, titube, se rattrape aux portes des maisons, s'appuie sur les fa&#231;ades. Il s'assied sur le perron en pierre bleue de la maison situ&#233;e en face de notre poste d'observation. Avec lenteur il replie son pied gauche et en entoure la cheville de ses deux mains. Une aur&#233;ole sanglante colore son bas, une balle a fracass&#233; son pied. Il l&#232;ve plusieurs fois la t&#234;te au ciel comme pour en implorer une aide et pousse des r&#226;les &#224; plusieurs reprises. Inquiet, il tourne la t&#234;te sans arr&#234;t scrutant les deux c&#244;t&#233;s de la rue d'o&#249; pourrait surgir un nouveau danger. Un k&#233;pi &#224; longue visi&#232;re lui conf&#232;re encore une allure agressive et cela en d&#233;pit de son &#233;tat et l'absence d'armement.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mart&#232;lement de bottes prend naissance au coin de la rue, s'amplifie et s'approche. Trois r&#233;sistants en uniforme de toile beige viennent se placer face au bless&#233; et braquent sur lui une mitraillette Sten.&lt;br /&gt;
Apr&#232;s un bref conciliabule et une fouille rapide, deux d'entre eux rel&#232;vent le mis&#233;rable &#233;clop&#233;, l'entourent et placent ses bras sur leurs &#233;paules. Les quatre hommes s'&#233;loignent &#224; grands pas. La jambe inerte du bless&#233; rebondit sur les pav&#233;s dans un raclement de cr&#233;celle. Un quart d'heure plus tard, vers 16H30, mes parents, quelques voisins et moi reprenons le chemin de la rue de Bruxelles. Dans une rue adjacente, une femme jette des seaux d'eau sur une &#233;norme flaque de sang &#233;tal&#233;e sur un trottoir et balaie le liquide ros&#226;tre dans le caniveau. Elle nous explique qu'un militaire allemand s'est tra&#238;n&#233; sur une cinquantaine de m&#232;tres pour venir succomber devant sa porte. Elle ne cesse de se lamenter sur le sort affreux de ce tr&#232;s jeune soldat dont elle a entendu les derni&#232;res cris et r&#226;les. Elle ajoute qu'il faisait partie d'une &#233;quip&#233;e de militaires fuyant &#224; bord d'une voiture particuli&#232;re. D&#233;bouchant dans la rue de Bruxelles, ils se sont retrouv&#233;s face &#224; un char anglais arr&#234;t&#233; vers lequel s'avan&#231;aient des civils en joie.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'en suivit un combat rapide et in&#233;gal. Une mitrailleuse du char per&#231;a la voiture d'une multitude de projectiles, y semant la mort et la d&#233;solation. Un seul occupant se rendit, indemne. Les autres furent tu&#233;s ou bless&#233;s. L'&#233;clop&#233; de ma rue faisait partie de ces fuyards.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous atteignons le convoi des lib&#233;rateurs. Le bonheur que j'ai ressenti &#224; ce moment s'est greff&#233; &#224; tout jamais dans la m&#233;moire de mon c&#339;ur.&lt;br /&gt;
La foule entoure les chars et les jeeps &#224; l'arr&#234;t. Elle veut toucher le mat&#233;riel arborant une &#233;toile blanche &#224; cinq branches comme pour se persuader qu'elle ne r&#234;ve pas, que le cauchemar se termine. Des soldats se penchent, acceptent en souriant les fleurs que leurs tendent des mains fr&#233;n&#233;tiques. Des hommes et des femmes se hissent sur les chars et se glissent dans les jeeps et les chenillettes. Des jeunes filles embrassent leurs lib&#233;rateurs qui leur rendent leurs baiser avec une innocence toute feinte. Aux cris d'all&#233;gresse se m&#234;lent les pleurs des plus &#233;mus.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les militaires alli&#233;s doivent reprendre la route. Les moteurs d&#233;marrent dans un nuage bleut&#233; de gaz d'&#233;chappement.&lt;br /&gt;
Et d&#233;filent sans fin les v&#233;hicules salu&#233;s par des centaines de mains. Le crissement des chenilles sur les pav&#233;s fait vibrer les vitres des maisons et fr&#233;mir mes entrailles. Quatre ann&#233;es de souffrances, de faim, de peur, d'humiliations, s'estompent dans les hurlements de joie que ne parvient pas &#224; surmonter le rugissement du charroi guerrier. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La voiture allemande mitraill&#233;e a &#233;t&#233; pouss&#233;e dans une rue adjacente. Les impacts des balles ne peuvent se compter. La plupart des objets qu'elle contenait ont &#233;t&#233; enlev&#233;s par les habitants. Seuls y tra&#238;nent encore quelques v&#234;tements souill&#233;s de sang.&lt;br /&gt;
Une foule en liesse remplit les rues de la ville. Beaucoup de gens s'embrassent, rient, laissent &#233;clater leur bonheur avec une exaltation proche du d&#233;lire.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le balcon de l'h&#244;tel de ville quatre femmes tondues font face aux passants. L'une d'elle pleure &#224; chaudes larmes. Des insultes et quolibets scabreux fusent de toute part. La vue de femmes chauves me stup&#233;fie et me heurte, je ne pouvais m'imaginer une femme tondue. Ma m&#232;re m'explique qu'elles se sont mal conduites avec des Allemands. Certaines en ont m&#234;me &#233;pous&#233;s.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attroupement &#233;trange sur la grande place, en face de la maison communale et le long de l'&#233;glise. Une cinquantaine de soldats &#224; l'uniforme inconnu conversent dans une langue baroque. On nous apprend que ce sont des prisonniers russes que les Allemands employaient dans un d&#233;p&#244;t de munition &#233;tabli au Bois de Strioux. L'occupant l'a fait sauter il y a quelques jours. Les Russes aimeraient qu'on les prenne en charge et qu'on les rapatrie rapidement. Mais personne ne semble se soucier d'eux.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus loin, sur le perron d'une maison patricienne, un coiffeur s'affaire &#224; tondre la t&#234;te d'une femme. Cinq autres, sur le trottoir, attendent leur tour, certaines avec r&#233;signation. L'une d'elle est v&#234;tue d'une simple combinaison. Deux autres, parmi les plus jeunes, pleurent en se tenant par la main. Des s&#339;urs probablement. Des injures et quelques rires gras s'&#233;l&#232;vent de la foule : &#171; Salopes ! Putains ! &#187;. La plupart des spectateurs demeurent cependant silencieux. Une grande tristesse m'envahit. Leur crime a-t-il donc &#233;t&#233; si grave pour provoquer un tel ch&#226;timent, de telles humiliations ? La fille en combinaison me fait penser &#224; ma s&#339;ur lorsqu'elle se d&#233;shabillait le soir dans notre chambre commune. Au moment o&#249; elle &#244;tait ce sous-v&#234;tement, je devais tourner mon regard vers le mur. Le bruissement soyeux des dessous enflammait mon imagination de gamin et &#233;veillait d'impr&#233;cises envies &#224; l'&#233;rotisme inconscient.&lt;br /&gt;
Deux femmes arborent un cr&#226;ne totalement chauve. L'impitoyable tondeuse poursuit sa sinistre t&#226;che et se faufile dans la permanente d'une fille blonde. Elle alimente par une intermittente cascade de cheveux une mer ondoyante de m&#232;ches de tons divers &#233;tal&#233;es sur le perron.&lt;br /&gt;
Mes parents m'&#233;loignent de ce navrant spectacle qu'ils ne semblent d'ailleurs pas approuver.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des soldats de l'arm&#233;e secr&#232;te appel&#233;e aussi Arm&#233;e Blanche par opposition aux uniformes noirs des volontaires belges enr&#244;l&#233;s dans l'arm&#233;e nazie, encadrent un groupe de civils en marche. Tous portent une valise ou un baluchon. Ces hommes sont d'anciens collaborateurs avec l'ennemi. Des poings se l&#232;vent vers eux, des invectives fusent de partout.&lt;br /&gt;
La ville enti&#232;re se retrouve dans la rue. Pas un seul Enghiennois n'est demeur&#233; chez lui. Chacun savoure la libert&#233; retrouv&#233;e. Termin&#233;s les contr&#244;les d'identit&#233;, les rafles, la censure des m&#233;dias, la propagande agressive, les d&#233;nonciations vraies ou fausses, l'autocensure du verbe et de l'&#233;criture, les fouilles corporelles et des bagages avec des armes point&#233;es vers soi, le m&#233;pris de l'occupant, les prises et ex&#233;cutions d'otages, la bassesse des collaborateurs et autres tra&#238;tres, l'&#233;ducation tronqu&#233;e, la haine des Juifs, la Gestapo, la torture, la clandestinit&#233;, le camp de Breendonk, l'appr&#233;hension du jour m&#234;me et du lendemain. Bref, c'est le retour &#224; une vie d&#233;cente dont l'&#233;panouissement va pouvoir se d&#233;velopper dans le cadre de la d&#233;mocratie renaissante. Le soulagement est immense, l'espoir proche de la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#224; suivre : &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article476' class='spip_in'&gt;La lib&#233;ration : 4 septembre 44&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>La lib&#233;ration : 4 septembre 1944 (Adrien)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article476</link>
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		<dc:subject>Guerre 40-45</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;(lire le d&#233;but de l'article : La lib&#233;ration 3 septembre 44) &lt;br class='autobr' /&gt;
Lundi 4 septembre, Enghien &lt;br class='autobr' /&gt;
Accompagn&#233; de mon neveu Joseph, je parcours les rues de la ville. Des interminables convois alli&#233;s traversent la cit&#233; en direction de Bruxelles dont l'avant-garde des troupes anglaises a atteint les portes hier soir. &lt;br class='autobr' /&gt; Fabriqu&#233;s &#224; la h&#226;te, de nombreux drapeaux belges, am&#233;ricains, anglais, fran&#231;ais et russes font &#233;clater leurs couleurs vives sur les fa&#231;ades des maisons, joyeux bariolages qui ajoutent encore &#224; (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique80" rel="directory"&gt;La lib&#233;ration (Adrien)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot191" rel="tag"&gt;Guerre 40-45&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L143xH150/arton476-9cda6.jpg?1776944612' width='143' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;(lire le d&#233;but de l'article : &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article475' class='spip_in'&gt;La lib&#233;ration 3 septembre 44&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lundi 4 septembre, Enghien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Accompagn&#233; de mon neveu Joseph, je parcours les rues de la ville. Des interminables convois alli&#233;s traversent la cit&#233; en direction de Bruxelles dont l'avant-garde des troupes anglaises a atteint les portes hier soir.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fabriqu&#233;s &#224; la h&#226;te, de nombreux drapeaux belges, am&#233;ricains, anglais, fran&#231;ais et russes font &#233;clater leurs couleurs vives sur les fa&#231;ades des maisons, joyeux bariolages qui ajoutent encore &#224; l'atmosph&#232;re ambiante de f&#234;te.&lt;br /&gt;
Le ciel bleu arbore toujours un soleil &#233;clatant.&lt;br /&gt;
Joseph et moi faisons le point de tous les r&#233;cits qui nous sont parvenus.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hier matin, les Allemands au cours de leur d&#233;b&#226;cle ont abattu un cheval &#233;puis&#233; sur une place de la ville. De nombreuses personnes se sont ru&#233;es sur la b&#234;te et se sont livr&#233;es &#224; son &#233;quarrissage avec des moyens de fortune. Des m&#233;nag&#232;res sont rentr&#233;es chez elles, le cabas rempli, les mains couvertes de sang.&lt;br /&gt;
Plusieurs combats violents se sont d&#233;roul&#233;s entre les militaires allemands et l'Arm&#233;e Blanche. Toutes les victimes belges ne seraient pas des partisans. Un groupe d'hommes surpris par les SS &#224; piller des chevaux et du mat&#233;riel militaire a &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233; sur la place de leur d&#233;lit.&lt;br /&gt;
Mais pour les Enghiennois aucune distinction ne sera faite entre les h&#233;ros et les autres. En effet, est-ce un forfait que de d&#233;lester l'ennemi de ses biens ? Une aura patriotique enveloppe d&#233;j&#224; toutes les actions qui ont &#233;t&#233; entreprises envers l'adversaire. Et puis, la conscience ne s'accommode-t-elle pas toujours de transgressions qu'elle rel&#232;gue avec facilit&#233; au rayon des fautes v&#233;nielles ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Labliau, Gerald Sorensen, un aviateur am&#233;ricain recueilli par une famille belge avait rejoint la r&#233;sistance locale, le maquis de Saint Marcoult. Son avion, une forteresse volante B17 dont il &#233;tait le mitrailleur de queue, avait &#233;t&#233; abattu en mai 1944 pr&#232;s d'Enghien. Il a &#233;t&#233; tu&#233; hier, au combat, avec huit de ses r&#233;cents compagnons d'armes dont le fils de sa famille d'accueil. Le maquis de Saint-Marcoult s'est vaillamment illustr&#233; dans plusieurs engagements avec l'ennemi. Ces r&#233;sistants ont fait prisonniers environ 1750 soldats allemands.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon beau-fr&#232;re Charles, &#224; l'insu de toute sa famille et de son &#233;pouse, faisait partie de l'arm&#233;e secr&#232;te. Hier apr&#232;s-midi il a fait le coup de feu sur les Allemands dans les environs de Rebecq. Il accompagnait des artilleurs anglais. Deux chars allemands ont &#233;t&#233; mis hors de combat. Bricoleur de g&#233;nie, Charles, &#224; l'aide d'un tournevis improvis&#233;, a enlev&#233; le p&#233;riscope d'un des chars. Il reste tr&#232;s discret sur ses activit&#233;s de soldat de l'ombre. Ma s&#339;ur nous a racont&#233; qu'il poss&#233;dait un pistolet am&#233;ricain parachut&#233; avec d'autres armes et munitions par une nuit claire, pr&#232;s de Saint-Marcoult. Il poss&#232;de &#233;galement un ceinturon ayant appartenu &#224; un soldat de la Croix-Rouge allemande. Pendant toute la dur&#233;e de la guerre, il a tenu secret le fait qu'il avait abattu un soldat allemand en 1940. Il en a parl&#233; hier, tout en restant discret sur les circonstances de cet acte. A-t-il tu&#233; d'autres ennemis ? Il n'a pas &#233;t&#233; possible de le savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Brigade Piron a pass&#233; la nuit &#224; Enghien. Leur accueil par la population tenait du d&#233;lire. &lt;br /&gt;
Des tentes militaires pars&#232;ment le parc communal ainsi que le grand parc, propri&#233;t&#233; du baron Empain. Devant la st&#232;le du monument aux morts de la guerre 14-18, &#224; l'entr&#233;e du premier parc, la Wehrmacht a abandonn&#233; un nebelwerfer, textuellement lanceur de brouillard. Il s'agit d'un canon &#224; six f&#251;ts dispos&#233;s en cercle. L'engin est capable de lancer en quelques secondes six roquettes de gros calibre sur une cible distante de six mille m&#232;tres. Les Russes l'appellent &#171; orgues de Staline &#187;. Avec d'autres enfants nous essayons de d&#233;placer la pi&#232;ce d'artillerie. Un soldat anglais sorti d'on ne sait o&#249; nous fait signe de nous &#233;loigner de cette arme redoutable. Nous l'abandonnons &#224; regret et essayons de p&#233;n&#233;trer dans le grand parc mais l&#224; &#233;galement une sentinelle, par des gestes significatifs, nous ordonne de prendre le large. &lt;br /&gt;
D&#233;pit&#233;s, Joseph et moi d&#233;cidons de nous rendre au lieu-dit Le Patriote. Comme un cycliste nous l'avait signal&#233; hier, de rudes combats s'y sont d&#233;roul&#233;s et une colonne allemande y a &#233;t&#233; totalement d&#233;cim&#233;e par un avion alli&#233;, celui qui nous a survol&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cimeti&#232;re communal se trouve sur notre chemin. Une grande animation r&#232;gne &#224; son entr&#233;e. Nous en demandons la cause au gardien des lieux. Il nous explique qu'on creuse une grande fosse commune pour y ensevelir tous les soldats germaniques tu&#233;s au cours des combats d'hier. Il rejette avec vigueur notre demande d'assister &#224; l'inhumation. &#171; Ce n'est pas un spectacle pour les enfants ! &#187;. D&#233;cid&#233;ment, la journ&#233;e s'annonce &#171; enfants non admis &#187;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Patriote, l'Apocalypse semble avoir envoy&#233; ses quatre cavaliers exterminateurs. La sc&#232;ne qui s'&#233;tale devant nos yeux nous effare autant qu'elle nous &#233;merveille. Un grand nombre de chenillettes et de camions allemands, la plupart carbonis&#233;s, jonchent les abords de la route. Un impressionnant canon comme ceux que j'ai vu aux actualit&#233;s, cribl&#233; d'impacts, pointe son f&#251;t vers le ciel. Et l&#224;, par bonheur, aucun adulte pour nous interdire l'acc&#232;s au mat&#233;riel militaire d&#233;vast&#233;. Avec d'autres enfants, nous nous pr&#233;cipitons sur ce champ de bataille grandeur nature et nous y livrons au simulacre ludique de la guerre. Je me suis r&#233;fugi&#233; dans une chenillette. Un genou pos&#233; dans des d&#233;combres carbonis&#233;s, partiellement cach&#233; par les flancs rehauss&#233;s de l'engin, je lance des s&#233;ries de tacatac et de pan pan vers mes ennemis. Ils se sont r&#233;fugi&#233;s dans d'autres v&#233;hicules ou derri&#232;re le canon. R&#233;aliser que de nombreux soldats ont &#233;t&#233; tu&#233;s ou bless&#233;s hier &#224; cet endroit et peut-&#234;tre m&#234;me dans ce char d&#233;cuple mon plaisir. Mais la petite guerre prend fin non pas faute de combattants mais faute de victimes. Personne, en effet, ne veut s'identifier aux vaincus de la bataille. Un de mes ennemis de jeu me signale que deux canons intacts ont &#233;t&#233; abandonn&#233;s devant le coll&#232;ge Saint Augustin &#224; la suite d'un combat entre Allemands et maquisards. En route donc vers ce nouveau centre d'int&#233;r&#234;t.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En chemin, nous nous arr&#234;tons devant la grille d'un couvent situ&#233; &#224; proximit&#233; de l'&#233;tang de la Dodane, vestige d'une douve m&#233;di&#233;vale. L'endroit a &#233;t&#233; transform&#233; en h&#244;pital. Deux brancardiers allemands effectuent un transport particulier vers un petit b&#226;timent isol&#233;. Un cadavre recouvert d'une couverture g&#238;t sur leur civi&#232;re. Son k&#233;pi et quelques effets personnels dont un portefeuille s'&#233;talent &#224; ses c&#244;t&#233;s. Un bras s'est d&#233;gag&#233; de la couverture et s'agite mollement dans le vide au gr&#233; des balancements du brancard. Nous ne doutons pas qu'ici &#233;galement les enfants sont ind&#233;sirables et nous nous rendons au coll&#232;ge.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le long de la fa&#231;ade du b&#226;timent deux canons abandonn&#233;s semblent attendre le retour de leurs servants. Nouveau miracle, aucun surveillant &#224; l'horizon pour nous emp&#234;cher d'assouvir nos envies guerri&#232;res. Et les fantassins de tout &#224; l'heure se muent en d'habiles artilleurs. Aucune manette, aucun levier, aucune manivelle qui ne soit lev&#233;e, abaiss&#233;e ou tourn&#233;e en tous sens. La fiert&#233; devait briller dans mes yeux lorsque je parvins &#224; hausser ou &#224; descendre le f&#251;t d'un des canons.&lt;br /&gt;
Nous d&#233;cidons d'essayer de nous introduire dans le coll&#232;ge transform&#233; en h&#244;pital. Mais une animation provoqu&#233;e par un d&#233;part de soldats l&#233;g&#232;rement bless&#233;s vers un camp de prisonniers ainsi qu'une sentinelle post&#233;e devant la porte d'entr&#233;e des lieux nous en dissuade. Nous nous livrerons &#224; une autre tentative demain.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos p&#233;r&#233;grinations se poursuivent par la visite de notre &#233;cole r&#233;quisitionn&#233;e par l'arm&#233;e anglaise. Nous demandons au directeur de l'&#233;tablissement que nous apercevons dans la cour de r&#233;cr&#233;ation de nous permettre une rapide visite des lieux. Il accepte et profite de l'opportunit&#233; pour nous signaler qu'il d&#233;sire que nous assistions &#224; l'enterrement prochain des victimes enghiennoises. Il nous annonce &#233;galement que des classes provisoires seront ouvertes sans tarder dans des &#233;tablissements publics. Je croise le regard de Joseph qui en dit long sur l'absence d'enthousiasme provoqu&#233;e par ces nouvelles.&lt;br /&gt;
Le pr&#233;au de la cour des gar&#231;ons abrite une cuisine roulante. Il est quatre heures. Une odeur agr&#233;able qui m'est inconnue s'&#233;chappe d'une grande cuve fumante. Un cuistot nous accoste, une louche et deux cruchons en aluminium &#224; la main et par gestes nous propose ce qu'il appelle du &#171; tea &#187;. Suffisamment fut&#233;s pour deviner qu'il s'agit de th&#233; nous acceptons avec une joie non dissimul&#233;e. Nous ne connaissons cette boisson que de nom. Arros&#233; de lait en poudre et lest&#233; de sucre ce breuvage s'av&#232;re d&#233;licieux. Joseph s'adresse au cuisinier et sort la phrase que tout enfant a vite fait d'apprendre et qui tend d&#233;j&#224; vers l'universalit&#233; : &#171; Chocolat' for mama, cigaret' for papa, chwingom for m&#238; &#187;. Je m'interrogerai plus tard sur l'orthographe de ces mots. Pour le moment seule compte leur prononciation. Et cette derni&#232;re n'a pu &#234;tre prise en d&#233;faut car nous quittons l'&#233;cole les poches pleines de friandises, de cigarettes Players et de menus souvenirs militaires. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joseph propose de nous rendre au bois de Strioux o&#249; le d&#233;p&#244;t allemand de munitions a explos&#233;. Il doit bien y tra&#238;ner encore quelques objets int&#233;ressants. Mais il est temps de rentrer &#224; la maison. La visite est remise &#224; demain. Il nous reste &#233;galement &#224; jeter un coup d'&#339;il sur plusieurs camps de prisonniers de guerre ainsi que, si possible, sur l'h&#244;pital du coll&#232;ge.&lt;br /&gt;
Nous convenons de ne raconter &#224; nos parents qu'une partie de nos activit&#233;s. Avant de partir, nous avions, en effet, d&#251; promettre de ne toucher &#224; aucun objet d'origine militaire.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma m&#232;re a rouvert le magasin mais les denr&#233;es manquent toujours. Elle m'annonce que Bruxelles a &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e aujourd'hui. Elle me signale &#233;galement qu'un bal populaire sera organis&#233; samedi soir &#224; la place de la station, au milieu des ruines du bombardement de mai 1940. Les organisateurs n'ont pas le choix de l'endroit, toutes les autres places de la ville sont encombr&#233;es de tentes et de mat&#233;riel appartenant &#224; l'arm&#233;e de lib&#233;ration.&lt;br /&gt;
Mon p&#232;re a pr&#233;sent&#233; ses services de cuisinier aux Anglais et a &#233;t&#233; enr&#244;l&#233; &#224; la cantine des officiers, au grand parc. Il commence demain. Ce sera sa premi&#232;re fr&#233;quentation de la gent militaire.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon beau fr&#232;re Pierre s'est promen&#233; toute la journ&#233;e dans la ville, ne voulant perdre aucune parcelle de sa libert&#233; retrouv&#233;e. Il aspire &#224; oublier sa longue s&#233;questration et les p&#233;nibles moments pass&#233;s dans sa cachette sous l'&#233;vier de sa cuisine. La menace de retourner en Allemagne comme travailleur obligatoire s'est soudainement et d&#233;finitivement &#233;vapor&#233;e.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La joie g&#233;n&#233;rale qui a explos&#233; hier s'est mu&#233;e en un bonheur serein.&lt;br /&gt;
Je vis intens&#233;ment le moment pr&#233;sent. Quoi qu'il advienne, le futur sera pr&#233;f&#233;rable au pass&#233;. &lt;br /&gt;
Le western va bient&#244;t se terminer et le mot &#171; Fin &#187; va s'inscrire sur les derniers m&#232;tres de la pellicule. Les &#171; m&#233;chants &#187; ont parfaitement interpr&#233;t&#233; leur r&#244;le. Les &#171; bons &#187; se sont montr&#233;s parfois d&#233;cevants. Leurs rangs ont souvent &#233;t&#233; infiltr&#233;s par des f&#233;lons. Mais comme souvent la cavalerie est apparue alors que tout semblait perdu. Les &#171; mauvais &#187; et les tra&#238;tres subiront bient&#244;t le ch&#226;timent m&#233;rit&#233;.&lt;br /&gt;
Assis dans le fauteuil, mon chat sur les genoux, j'&#233;coute la radio d'o&#249; filtre une entra&#238;nante musique am&#233;ricaine.&lt;br /&gt;
Je sors mon butin de guerre de mes poches. Son inventaire me procure une voluptueuse impression de richesse : deux tablettes de chewing gum, le reste d'un morceau de chocolat, une douille de cartouche, un galon de caporal, une cigarette &#233;cras&#233;e, un penny et un insigne de b&#233;ret britannique.&lt;br /&gt;
Le ciel teinte de couleur bleue le toit vitr&#233; de la v&#233;randa. Le chat ronronne, les pigeons entament une sarabande autour de mon p&#232;re.&lt;br /&gt;
Je me tiens coi, de crainte de briser ce nouvel enchantement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Aujourd'hui (Adrien)</title>
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		<dc:date>2008-09-11T06:53:49Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ce texte fait partie du feuilleton &#034;Mes premiers amours&#034;, &#233;crit par Adrien Lire l'ensemble &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ignore totalement ce qu'il est advenu de Gaby. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui il ne me reste d'elle que son image en miniature sur une petite photo aux bords rogn&#233;s. Je contemple &#224; la loupe le visage de mon premier amour. J'y reconnais son regard et sa bouche mutines. Et une foule de souvenirs se bousculent dans mon c&#339;ur suivis de regrets persistants ainsi que de m&#233;pris, fille a&#238;n&#233;e de la haine. M&#233;pris de ceux qui nous ont (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique79" rel="directory"&gt;Mes premiers amours (Adrien)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L150xH100/arton463-e8fb7.jpg?1776944612' width='150' height='100' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie du feuilleton &#034;Mes premiers amours&#034;, &#233;crit par Adrien &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique79' class='spip_in'&gt;Lire l'ensemble&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'ignore totalement ce qu'il est advenu de Gaby.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui il ne me reste d'elle que son image en miniature sur une petite photo aux bords rogn&#233;s. Je contemple &#224; la loupe le visage de mon premier amour. J'y reconnais son regard et sa bouche mutines. Et une foule de souvenirs se bousculent dans mon c&#339;ur suivis de regrets persistants ainsi que de m&#233;pris, fille a&#238;n&#233;e de la haine. M&#233;pris de ceux qui nous ont tant bless&#233;s en confondant biens&#233;ance et apparences, pudeur et pudibonderie. M&#233;pris aussi d'une p&#233;riode o&#249; s&#233;vissaient des pr&#233;cepteurs religieux et la&#239;cs dont la morale born&#233;e avait pris naissance en de lointaines nuits d'obscurantisme. Cette morale, ils la voulaient intangible quel qu'en soit le prix, fut-ce celui de l'hypocrisie. M&#233;pris encore pour la b&#234;tise des &#234;tres persuad&#233;s de d&#233;tenir la v&#233;rit&#233; et d&#233;cid&#233;s &#224; maintenir au fond de son puits la seule v&#233;rit&#233;, celle aux mille visages et au corps nu.&lt;br /&gt;
O&#249; es-tu ma petite rousse aux rires &#233;clatants, muse &#233;ph&#233;m&#232;re de mes premi&#232;res lettres d'amour, princesse au bois dormant replong&#233;e dans le sommeil sit&#244;t r&#233;veill&#233;e ? Te souviens-tu encore de la premi&#232;re rencontre de nos regards, du premier fr&#244;lement de nos mains, du premier contact de nos l&#232;vres, de la sensualit&#233; retenue de nos premiers attouchements par trop pudiques ?&lt;br /&gt;
Sais-tu que notre &#233;cole a &#233;t&#233; d&#233;molie r&#233;cemment ? Qu'il ne subsiste rien du pr&#233;au sous lequel tu t'abritais, &#224; la limite de la pluie, afin que je puisse te contempler &#224; sati&#233;t&#233;, mon arrosoir &#224; la main.&lt;br /&gt;
Qu'il ne reste rien du cabinet d'aisances que je transformais, en me pin&#231;ant le nez, en salon de lecture pour y d&#233;chiffrer tes doux billets ?&lt;br /&gt;
Peu avant la d&#233;molition, par un dimanche maussade, accompagn&#233; de mon chien, je me suis rendu &#224; mon ancienne cour de r&#233;cr&#233;ation. Le pr&#233;au y avait &#233;t&#233; transform&#233; en garages. Avec mon yorkshire en laisse j'ai fait le parcours du carr&#233; rouge des punis o&#249; j'ai tourn&#233; un jour, les bras crois&#233;s, parce que j'avais commis l'impudence de t'aimer. Je me suis replac&#233; devant les larges vitres de la classe maternelle et ton image sautillante d'adorable adolescente m'est apparue. Je t'ai fait le signe conventionnel de la main attendant en retour ton baiser stylis&#233; mais tu ne m'as pas r&#233;pondu. Ton fant&#244;me s'est confondu dans le crachin d'une apr&#232;s-midi d'automne. Peut-&#234;tre n'a tu pas reconnu,apr&#232;s plus d'un demi-si&#232;cle de s&#233;paration, l'amoureux passionn&#233; de tes treize ans. &lt;br /&gt;
Et je suis reparti avec mon chien et mon vieux r&#234;ve inabouti, heureux de la derni&#232;re vision d'un amour ancien mais toujours pr&#233;sent &#224; un d&#233;tour de mes souvenirs. D'un amour qui fut mon premier et dont le parfum enivrant me poursuit toujours.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Autant en emporte le vent (Adrien)</title>
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		<dc:date>2008-08-28T08:57:28Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Ecole, &#233;tudes</dc:subject>
		<dc:subject>Education hors &#233;cole</dc:subject>
		<dc:subject>Chr&#233;tien.ne (&#234;tre)</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte fait partie du feuilleton &#034;Mes premiers amours&#034;, &#233;crit par Adrien Lire l'ensemble &lt;br class='autobr' /&gt;
Un mercredi apr&#232;s-midi, je suis convoqu&#233; chez un p&#232;re j&#233;suite fran&#231;ais dans le jardin d'un des nombreux couvents qui pars&#232;ment la ville. Cet eccl&#233;siastique se rend parfois dans notre classe, d'une fa&#231;on informelle, pour essayer de nous faire saisir le lien rarement &#233;vident entre les th&#233;ories chr&#233;tiennes dont nous avons &#233;t&#233; gav&#233;s et leur application dans la vie courante. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant que nous nous promenons, entour&#233;s de (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot142" rel="tag"&gt;Ecole, &#233;tudes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot143" rel="tag"&gt;Education hors &#233;cole&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot186" rel="tag"&gt;Chr&#233;tien.ne (&#234;tre)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L150xH100/arton462-86e63.jpg?1776944612' width='150' height='100' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie du feuilleton &#034;Mes premiers amours&#034;, &#233;crit par Adrien &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique79' class='spip_in'&gt;Lire l'ensemble&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Un mercredi apr&#232;s-midi, je suis convoqu&#233; chez un p&#232;re j&#233;suite fran&#231;ais dans le jardin d'un des nombreux couvents qui pars&#232;ment la ville. Cet eccl&#233;siastique se rend parfois dans notre classe, d'une fa&#231;on informelle, pour essayer de nous faire saisir le lien rarement &#233;vident entre les th&#233;ories chr&#233;tiennes dont nous avons &#233;t&#233; gav&#233;s et leur application dans la vie courante.&lt;br /&gt;
Pendant que nous nous promenons, entour&#233;s de gamins se disputant un ballon de foot, il me parles de choses insignifiantes. Puis soudain, il attaque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Je suis au courant de ton aventure avec une fille de ton &#233;cole. Avant tout je voudrais te dire que j'ai fait part &#224; ton directeur combien j'estimais les punitions disproportionn&#233;es &#224; la faute.&lt;br /&gt;
On n'attrape pas les mouches avec du vinaigre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Mon p&#232;re, est-ce une faute que d'aimer une fille de mon &#226;ge ?&lt;br /&gt;
En vrai j&#233;suite il r&#233;plique :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; C'est une faute et ce n'est pas une faute. C'est en tout cas un &#233;garement. Dieu t'a trac&#233; une voie et tu t'en es &#233;cart&#233; exag&#233;r&#233;ment. Tu as cru trop t&#244;t entendre l'appel de l'amour. Il faut une certaine maturit&#233; pour approcher une fille comme tu l'as fait. Tes sentiments sont probablement moins spontan&#233;s que tu le crois. Ne seraient-ils pas uniquement le fruit d'une transformation physique dont tu fais l'objet comme tous les autres gar&#231;ons de ton &#226;ge ?&lt;br /&gt;
Le sermon commence &#224; me peser. J'ai plut&#244;t envie de jouer au ballon avec les autres enfants alors que le football m'int&#233;resse autant qu'un concerto de cithare et castagnettes.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Et puis, vois-tu mon fils, l'amour qui est une &#233;manation divine a &#233;t&#233; partiellement r&#233;cup&#233;r&#233; par Satan. C'est lui qui fait se d&#233;vier les sentiments au moment o&#249; le corps aspire &#224; de nouvelles d&#233;couvertes, &#224; l'approche des filles.&lt;br /&gt;
Je n'ai pas envie de pr&#234;ter le flanc &#224; ces insinuations. Comment !? Ce serait le prince des t&#233;n&#232;bres qui m'aurait pouss&#233; dans les bras de Gaby, qui aurait fait exploser cet irr&#233;sistible &#233;moi, qui aurait ouvert mon c&#339;ur &#224; une forme jusque l&#224; inconnue de l'amour. Si c'est lui l'auteur de tout ces d&#233;licieux moments je lui vouerai une reconnaissance sans bornes. Toute cette d&#233;rision fait na&#238;tre sur mon visage un sourire qui n'&#233;chappe gu&#232;re &#224; mon interlocuteur. Peut &#234;tre en suppose-t-il une origine d&#233;moniaque ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Je ne vais pas te retenir plus longtemps. Je prierai pour toi et demanderai &#224; Dieu qu'il te fasse d&#233;couvrir le juste chemin.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Puis-je poser une question mon p&#232;re ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Mais bien &#233;videmment.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Ai-je v&#233;ritablement p&#233;ch&#233; en aimant une fille ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Et toi, crois-tu avoir p&#233;ch&#233; ?&lt;br /&gt;
J'apprend ainsi qu'une des m&#233;thodes pr&#233;f&#233;r&#233;es des j&#233;suite consiste &#224; r&#233;pondre &#224; une question par une autre question.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Non mon p&#232;re et je ne compte pas m'en confesser. D'ailleurs, puis-je encore aller &#224; confesse tant que je ressentirai envers ceux qui me font vivre mes tourments une haine profonde ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Questionne ta conscience mon fils, elle te conseillera.&lt;br /&gt;
Je quitte le fastidieux personnage dont le pr&#234;che ne m'a convaincu d'aucune mani&#232;re. &lt;br /&gt;
L'image de Gaby ne m'a pas quitt&#233; durant cet entretien. Je sens &#224; nouveau un sourire s'imprimer sur mes l&#232;vres. Mais peut-&#234;tre est-ce encore une man&#339;uvre de Satan pour acqu&#233;rir mon amiti&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la maison mes parents ont repris leurs esprits et n'abordent plus jamais le sujet qui les a &#233;galement chamboul&#233;s.&lt;br /&gt;
Deux semaines apr&#232;s le triste bouleversement, j'ai l'occasion d'approcher Gaby d'un peu plus pr&#232;s.&lt;br /&gt;
La statue originale de la vierge de Fatima sera d&#233;ambul&#233;e un dimanche par les rues de la ville et fera un arr&#234;t &#224; chacune des &#233;coles. Le directeur a insist&#233; pour que le plus grand nombre d'&#233;l&#232;ves assiste &#224; l'&#233;v&#233;nement. Mais comme la manifestation aura lieu un dimanche, aucune pr&#233;sence n'est obligatoire. Gaby et moi serons pr&#233;sents. Nous ne voulons rater aucune occasion de nous revoir.&lt;br /&gt;
Les &#233;l&#232;ves dispos&#233;s dans la cour de l'&#233;cole des filles, les gar&#231;ons d'une part, les filles de l'autre attendent l'arriv&#233;e de la procession. Une table recouverte d'une nappe blanche, pos&#233;e entre les deux groupes, en face de la classe de la maternelle, recueillera la statue de la vierge Marie. Des banni&#232;res et oriflammes d&#233;corent la fa&#231;ade du b&#226;timent.&lt;br /&gt;
Gaby est pr&#233;sente &#224; c&#244;t&#233; de sa s&#339;ur. Je puis enfin la fixer sans risquer la moindre remarque ou punition. Nous ne nous quitterons pas des yeux jusqu'&#224; la fin de la c&#233;r&#233;monie et ne cesserons de nous sourire.&lt;br /&gt;
J'ai peur de l'apercevoir pour la derni&#232;re fois.&lt;br /&gt;
Des chants d'abord lointains, puis proches annoncent l'arriv&#233;e du cort&#232;ge virginal.&lt;br /&gt;
La statue p&#233;n&#232;tre dans l'enceinte de l'&#233;cole port&#233;e par quatre hommes. Elle est suivie par le doyen, de trois cur&#233;s, de deux enfants de choeur et d'une l&#233;gion de religieuses provenant de tous les couvents de la ville.&lt;br /&gt;
J'observe le doyen pendant un court instant. Sa pr&#233;sence m'indiff&#232;re totalement. Le probl&#232;me qu'il m'a pos&#233; en &#233;t&#233; me semble d&#233;j&#224; lointain. J'esp&#232;re que la solennit&#233; durera longtemps pour rester longuement en contemplation devant Gaby.&lt;br /&gt;
Apr&#232;s de nombreux discours, chants, pri&#232;res et g&#233;nuflexions le doyen adresse un dernier hommage &#224; la vierge. Le cort&#232;ge se remet en route vers une autre &#233;cole.&lt;br /&gt;
Mon c&#339;ur devient lourd comme un lingot de plomb. Les groupes se disloquent. Gaby qui marche devant moi dans la foule retourne la t&#234;te &#224; maintes reprises. Je risque des signes de la main, personne ne peut deviner &#224; qui ils sont destin&#233;s. Je la revois &#224; la rue flanqu&#233;e de sa s&#339;ur et de son p&#232;re et les suis jusqu'&#224; un carrefour o&#249; l'affluence se disperse. Un dernier regard, un dernier geste de la main, une derni&#232;re pose de doigts sur la bouche et mon amour dispara&#238;t, peut &#234;tre &#224; jamais. &lt;br /&gt;
Le lendemain matin, &#224; la cour de r&#233;cr&#233;, Henri m'annonce avec une tristesse qu'il ne peut dissimuler que son oncle a d&#233;cid&#233; de placer sans d&#233;lai ses filles dans un pensionnat &#224; Hal.&lt;br /&gt;
Mes yeux explosent de larmes, ma vue se trouble, un geignement strident s'&#233;chappe de ma gorge.&lt;br /&gt;
Je traverse les hordes d'enfants qui jouent en lan&#231;ant des cris joyeux, me heurte aux plus turbulents d'entre eux et quitte la cours au moment o&#249; la sonnerie de fin de r&#233;cr&#233;ation retentit. Je prends le chemin de mon domicile en pleurant de plus belle et en r&#233;p&#233;tant sans cesse le nom de Gaby. Je r&#233;alise que j'ai oubli&#233; mon cartable sur le seuil d'une fen&#234;tre de l'&#233;cole mais cela me laisse totalement indiff&#233;rent.&lt;br /&gt;
Ma m&#232;re en me voyant entrer a saisi l'ampleur de ma d&#233;tresse. Depuis quelque temps d&#233;j&#224; elle avait senti l'arriv&#233;e de l'orage et s'&#233;tait montr&#233;e plus compr&#233;hensive envers moi. Elle me serre contre elle comme lorsque petit enfant j'&#233;tais afflig&#233; d'une grande peine. A ses mots de consolation se m&#234;lent des mots de regrets. Elle ne me pose aucune question et me conseille de pleurer tout mon saoul. Elle me dit aussi de ne pas m'en faire, qu'elle avertira le directeur de l'&#233;cole que mon absence est due &#224; un probl&#232;me de sant&#233;. &lt;br /&gt;
Lorsque mon p&#232;re rentre de son travail, ma m&#232;re l'attire &#224; la cour o&#249; elle lui relate mon retour path&#233;tique. Mon p&#232;re vient se placer devant moi, place ses mains sur mes &#233;paules et me dit d'une voix tendre : &#171; Pardonne-moi. J'esp&#232;re que tu sera bient&#244;t grand. &#187;&lt;br /&gt;
Le lendemain je retourne &#224; l'&#233;cole. Un photographe expose &#224; la cour des clich&#233;s pris pendant la c&#233;r&#233;monie dominicale. Sur une des photos je reconnais Gaby et Georgette. Gaby y appara&#238;t de face. Le diam&#232;tre de sa figure ne d&#233;passe pas le millim&#232;tre mais le doute n'est pas permis c'est bien elle et elle semble me regarder. Je passe imm&#233;diatement commande de la photo.&lt;br /&gt;
Quand elle me parvient, je la glisse dans le tiroir de ma table de nuit en me jurant de la garder jusqu'&#224; la fin de mes jours.&lt;br /&gt;
Pendant quelques mois encore, Henri fera suivre nos correspondances. Comme il ne rencontre Gaby qu'environ une fois par mois nos d&#233;p&#234;ches finissent par s'espacer. Elles seront inexistantes pendant la p&#233;riode des vacances. Notre amour s'effiloche, inexorablement. L'ann&#233;e scolaire suivante sera la derni&#232;re que je passerai en compagnie d'Henri. Les nouvelles se feront de plus en plus rares Le temps meurtrier aura raison des derniers vestiges de notre amour d'adolescents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article463' class='spip_in'&gt;Lire la suite&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Au grand jour (Adrien)</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Ecole, &#233;tudes</dc:subject>
		<dc:subject>Education hors &#233;cole</dc:subject>

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&lt;p&gt;Ce texte fait partie du feuilleton &#034;Mes premiers amours&#034;, &#233;crit par Adrien Lire l'ensemble &lt;br class='autobr' /&gt;
Fin novembre, un d&#233;but de soir&#233;e comme tant d'autres. Je suis attabl&#233; devant mes devoirs, mon p&#232;re lit son journal dans le fauteuil pr&#232;s du feu, le chat dort douillettement blotti dans son bac pos&#233; derri&#232;re le po&#234;le de Louvain. Au magasin, le chaland se livre &#224; des emplettes. &lt;br class='autobr' /&gt;
La t&#234;te de ma m&#232;re appara&#238;t par l'entreb&#226;illement de la porte. Elle me regarde comme si j'&#233;tais diff&#233;rent du fils qu'elle aper&#231;oit tous les (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique79" rel="directory"&gt;Mes premiers amours (Adrien)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot142" rel="tag"&gt;Ecole, &#233;tudes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot143" rel="tag"&gt;Education hors &#233;cole&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L150xH100/arton461-538da.jpg?1776944612' width='150' height='100' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie du feuilleton &#034;Mes premiers amours&#034;, &#233;crit par Adrien &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique79' class='spip_in'&gt;Lire l'ensemble&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Fin novembre, un d&#233;but de soir&#233;e comme tant d'autres. Je suis attabl&#233; devant mes devoirs, mon p&#232;re lit son journal dans le fauteuil pr&#232;s du feu, le chat dort douillettement blotti dans son bac pos&#233; derri&#232;re le po&#234;le de Louvain. Au magasin, le chaland se livre &#224; des emplettes.&lt;br /&gt;
La t&#234;te de ma m&#232;re appara&#238;t par l'entreb&#226;illement de la porte. Elle me regarde comme si j'&#233;tais diff&#233;rent du fils qu'elle aper&#231;oit tous les jours.&lt;br /&gt;
Elle s'adresse &#224; mon p&#232;re.&lt;br /&gt;
&#171; Jacques, tu peux venir un instant au magasin ? &#187;&lt;br /&gt;
Je continue mes devoirs mais ou bout d'un quart d'heure, l'absence prolong&#233;e de mon p&#232;re commence &#224; m'intriguer. A pas feutr&#233;s je me glisse dans le local de r&#233;serve contigu &#224; l'&#233;choppe.&lt;br /&gt;
Une conversation &#224; voix &#233;touff&#233;es entre trois personnes se d&#233;roule dans la boutique. Je ne per&#231;ois pas le sujet du colloque mais reconnais la voix assourdie de la troisi&#232;me personne. Elle appartient au directeur de mon &#233;cole. Je regagne la salle &#224; manger et me replonge dans mes devoirs.&lt;br /&gt;
La sonnerie automatique de la porte signale le d&#233;part du dirigeant scolaire et mes parents r&#233;apparaissent. Mon p&#232;re a l'air abattu, ma m&#232;re a troqu&#233; le sourire dont elle se d&#233;partit rarement contre une mine que je ne lui connaissait pas, celle d'un garde-chiourme de Cayenne contrari&#233; par l'&#233;vasion d'un prisonnier.&lt;br /&gt;
C'est mon p&#232;re qui s'exprime en premier lieu.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Ainsi donc, tu vas &#224; la messe tous les matins.&lt;br /&gt;
Je m'effondre sur ma chaise. La catastrophe appr&#233;hend&#233;e a surgi et j'en pressens d&#233;j&#224; les lourdes cons&#233;quences.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Ben oui, pourquoi ?&lt;br /&gt;
Une main dont je n'imaginais ni l'&#233;norme envergure ni la force de frappe s'abat violemment sur ma joue.&lt;br /&gt;
Des larmes jaillissent de mes yeux, je ne puis emp&#234;cher des pleurs.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Menteur ! Que faisais-tu tous les matins au lieu d'assister &#224; la messe comme tu l'avais annonc&#233; ?&lt;br /&gt;
Que r&#233;pondre ? Il vaut mieux continuer &#224; pleurer pour gagner du temps.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; . Je vais te le dire moi : tu courais les filles !&lt;br /&gt;
Je garde le silence.&lt;br /&gt;
Les verbes conjugu&#233;s &#224; l'imparfait me donnent la chair de poule.&lt;br /&gt;
Ma m&#232;re intervient.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Il ne courait qu'une fille &#224; ce que je sache.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Il y a un d&#233;but &#224; tout m&#234;me aux mauvaises choses. Ce n'est pas croyable ! A son &#226;ge !&lt;br /&gt;
Je parviens &#224; d&#233;biter une phrase entrecoup&#233;e de nombreux hoquets et d'aspirations bruyantes de morve.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Je me promenais avec Henri et ses cousines et rien de plus. Personne ne peut pr&#233;tendre le contraire.&lt;br /&gt;
La paluche paternelle se rel&#232;ve mais une main diligente de ma m&#232;re arr&#234;te le geste rageur.&lt;br /&gt;
Mon p&#232;re :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Tu ne vas tout de m&#234;me pas me donner tort !&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Non, mais ce n'est pas une raison pour le battre comme pl&#226;tre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Bon, ce sera sa parole contre celle de Mademoiselle Andr&#233; car elle assiste &#224; la messe tous les matins, elle.&lt;br /&gt;
Mademoiselle Andr&#233; ! Mon ancienne institutrice de premi&#232;re ann&#233;e. Elle est &#224; la bigoterie ce que le paratonnerre est &#224; la foudre. Lors d' une vie ant&#233;rieure elle doit avoir &#233;t&#233; grenouille dans un b&#233;nitier. Il est notoire que sa haine des hommes n'a d'&#233;gale que la longueur de ses jupes.&lt;br /&gt;
Mon p&#232;re se racle la gorge et poursuit.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Elle t' a aper&#231;u dans le parc, la main dans la main avec une fille de ton &#233;cole.&lt;br /&gt;
Le glissement de terrain du d&#233;part se transforme en avalanche. Je perds pied mais rel&#232;ve la t&#234;te et dans une r&#233;action col&#233;rique :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Mais tout le monde sait qu'elle est bigleuse !&lt;br /&gt;
L&#224; je devrais marquer un point car ce n'est un myst&#232;re pour personne, mademoiselle Andr&#233; est incapable de faire la distinction entre une taque d'&#233;gout et un tas de crottin de cheval pas plus qu'entre un camion-citerne gris fonc&#233; et un hippopotame ob&#232;se. Mais ma victoire sera de courte dur&#233;e.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; D'autres personnes qui n'ont pas voulu se faire conna&#238;tre vous ont vu p&#233;n&#233;trer dans le cachke de Saint G&#233;rard.&lt;br /&gt;
Mon p&#232;re me fixe avec des grands yeux attendant une r&#233;action. Comme elle ne vient pas il continue, scandalis&#233;.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Le cachke de Saint G&#233;rard ! Tu te rends compte ! L'endroit le plus mal fam&#233; de la ville, celui o&#249; se rencontrent des couples adult&#232;res, des obs&#233;d&#233;s de toute sorte. Vraiment, je suis fier de toi ! Qu'est-ce que les gens vont dire !?&lt;br /&gt;
Ma m&#232;re prend le relais.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Ton directeur d'&#233;cole est furieux. Il estime que la r&#233;putation de son &#233;tablissement est en jeu.&lt;br /&gt;
Il commencera par te coller un z&#233;ro en conduite. S'il apprend que tu essayes de revoir cette gamine, tu seras renvoy&#233; illico. La directrice de l'&#233;cole des filles va se mettre en rapport avec les parents de ta donzelle. Et toi tu ne sortiras plus pendant deux semaines. Et n'attends pas la moindre cl&#233;mence de notre part.&lt;br /&gt;
Je dois ressentir une d&#233;tresse aussi profonde que celle de l'accus&#233; auquel le juge lit l'acte de condamnation &#224; mort et qui sait d&#233;j&#224; que toute gr&#226;ce lui sera refus&#233;e.&lt;br /&gt;
Il s'agit de pr&#233;venir imm&#233;diatement mes compagnons du d&#233;sastre afin qu'ils puissent essayer de se forger une d&#233;fense. Ni leurs parents ni les miens ne sont raccord&#233;s au t&#233;l&#233;phone. Et quand bien m&#234;me ils le seraient il me serait refus&#233; de l'utiliser.&lt;br /&gt;
Il est des moments o&#249; le fatalisme reste le seul rempart contre la d&#233;pression. Je vis pleinement l'un de ces p&#233;nibles moments. Mais si j'accepte la fatalit&#233; je ne me r&#233;signe pas pour autant.&lt;br /&gt;
Une grande tristesse m&#234;l&#233;e &#224; une totale incompr&#233;hension me hante. Qu'ai-je donc fait qui m&#233;rite une si brutale r&#233;action. Je pressens que je ne suis pas au bout de mes peines et m'inqui&#232;te pour Gaby, pour notre avenir. Comment allons-nous sortir de cette impasse ?&lt;br /&gt;
D&#232;s le souper termin&#233;, je suis envoy&#233; au lit. Mon chat qui partage ma couche sera le seul t&#233;moin de mon chagrin. Il ne saura jamais &#224; quel point sa pr&#233;sence et ses ronronnements m'auront apais&#233; en cette sombre nuit d'insomnie&lt;br /&gt;
Mon premier but, le lendemain en arrivant &#224; l'&#233;cole est de pr&#233;venir Henri de la situation. Il en fera part &#224; Gaby et &#224; Georgette quand il les reverra tout &#224; l'heure. Il a l'air inquiet.&lt;br /&gt;
Arriv&#233;s en classe, le professeur, avant m&#234;me la pri&#232;re du matin ordonne &#224; Henri de quitter la place qu'il occupait &#224; c&#244;t&#233; de moi sur le banc pour aller s'installer &#224; l'autre bout du local. Apr&#232;s la pri&#232;re il fait part aux &#233;l&#232;ves que je quitte mon office d'arroseur de plantes et proc&#232;de laborieusement &#224; mon remplacement. Il me punit d'une semaine de retenue sans faire part du motif, pr&#233;cisant toutefois que je ne dois certainement pas l'ignorer. Pendant les r&#233;cr&#233;ations de ce jour, je devrai marcher, les bras crois&#233;s en suivant les c&#244;t&#233;s d'un carr&#233; dessin&#233; par des dalles rouges ins&#233;r&#233;es dans le pavement gris de la cour. &#171; C'est pour te tenir en forme pour tes prochaines coureries &#187; persifle l'enseignant avec un sourire entendu. Tous les regards se posent sur moi, interrogateurs. Je r&#233;prime difficilement une envie de pleurer. Pourquoi tant d'inimiti&#233; ? Pourquoi tant d'acharnement ? Je fais la connaissance d'un sentiment curieux que je per&#231;ois redoutable : la haine.&lt;br /&gt;
Pour la premi&#232;re fois je souhaite une mort affreuse &#224; une s&#233;rie de personnes.&lt;br /&gt;
Lors de la r&#233;cr&#233;, Henri racontera &#224; qui voudra l'entendre la raison de toutes les r&#233;torsions dont je fais l'objet. J'y gagnerai la sympathie de tous les &#233;l&#232;ves, sympathie qui se marquera imm&#233;diatement et intens&#233;ment. Cette marque d'estime ne d&#233;posera cependant qu'un l&#233;ger baume sur ma grande d&#233;tresse. Gaby me manque cruellement. Son image, son sourire, ses yeux rieurs, son insouciance, sa tendresse m'accompagnent chaque seconde de la journ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain Henri m'apprend que la directrice de l'&#233;cole &#224; inform&#233; les parents de Gaby de son amourette. Cela ne s'est pas bien pass&#233;. Le p&#232;re des jumelles a d&#233;cid&#233; de les retirer de l'&#233;cole et de les placer dans un autre &#233;tablissement, dans une autre ville. Pour le reste mon copain refuse de m'en dire plus.&lt;br /&gt;
Henri a tout d&#233;voil&#233; spontan&#233;ment &#224; ses parents. Ils ont hauss&#233; les &#233;paules et demand&#233; &#224; leur fils de me faire savoir qu'ils ne m'en voulaient pas mais qu'il vaudrait mieux, dans un esprit de s&#233;r&#233;nit&#233; familiale, que je m'abstienne de leur rende visite dans les prochains mois.&lt;br /&gt;
Je ne parviendrai plus &#224; parler &#224; Gaby. De temps &#224; autre elle m'appara&#238;t furtivement derri&#232;re les vitres de l'&#233;cole maternelle. A chaque fois je lui adresse un rapide signe de la main et mon plus doux sourire. A chaque fois son regard vert brille de son immuable &#233;clat. A chaque fois elle pose sa main sur la bouche. Nous avons convenu, par les contacts &#233;pistolaires que nous autorisent encore la complicit&#233; d'Henri que ces signes repr&#233;senteront l'envoi d'un baiser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article462' class='spip_in'&gt;Lire la suite&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Trucs et astuces (Adrien)</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Ecole, &#233;tudes</dc:subject>

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&lt;p&gt;Ce texte fait partie du feuilleton &#034;Mes premiers amours&#034;, &#233;crit par Adrien Lire l'ensemble &lt;br class='autobr' /&gt;
Lundi matin, heure de la r&#233;cr&#233;ation. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le c&#339;ur battant, je me rends devant la grande fen&#234;tre de l'&#233;cole maternelle d'o&#249; je devrais apercevoir Gaby dans sa cour de r&#233;cr&#233;ation. Elle est au rendez-vous de l'autre c&#244;t&#233; du local et regarde dans ma direction. Nos yeux se rencontrent, nos sourires se croisent. A force de penser &#224; elle depuis hier, son visage s'&#233;tait un peu brouill&#233; dans ma m&#233;moire. Mais tout s'est remis en (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L150xH100/arton460-5f361.jpg?1776944612' width='150' height='100' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie du feuilleton &#034;Mes premiers amours&#034;, &#233;crit par Adrien &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique79' class='spip_in'&gt;Lire l'ensemble&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lundi matin, heure de la r&#233;cr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le c&#339;ur battant, je me rends devant la grande fen&#234;tre de l'&#233;cole maternelle d'o&#249; je devrais apercevoir Gaby dans sa cour de r&#233;cr&#233;ation. Elle est au rendez-vous de l'autre c&#244;t&#233; du local et regarde dans ma direction. Nos yeux se rencontrent, nos sourires se croisent. A force de penser &#224; elle depuis hier, son visage s'&#233;tait un peu brouill&#233; dans ma m&#233;moire. Mais tout s'est remis en place, ses yeux verts qui sourient en m&#234;me temps que ses fines l&#232;vres et ses cheveux roux qu'un vent l&#233;ger essaye en vain de d&#233;m&#234;ler.&lt;br /&gt;
Je rejoins vite les copains. Il vaut mieux ne pas attirer l'attention des instituteurs &#224; la morale amidonn&#233;e comme un col de notaire et plus raide qu'un membre amput&#233; de grognard pendant la campagne de Russie.&lt;br /&gt;
Pour se rendre &#224; l'&#233;cole et pour retourner chez eux, Henri et les deux jumelles prennent le m&#234;me train. Mon copain sera donc un entremetteur r&#234;v&#233;, r&#244;le qu'il propose d'ailleurs spontan&#233;ment.&lt;br /&gt;
Il glisse dans ma poche un petit mot que ma dulcin&#233;e lui a confi&#233; ce matin. Je me pr&#233;cipite aux toilettes &#224; l'allure d'un train de probl&#232;me d'arithm&#233;tique et me plonge dans la lecture du billet rose.&lt;br /&gt;
La charge romantique qui se diffuse &#224; ce moment dans le petit lieu d'aisances est plus importante pour moi que celles qui &#233;manent du Pont des Soupirs, du Taj Mahal et des chutes du Niagara r&#233;unis.&lt;br /&gt;
Je r&#233;pondrai &#224; la charmante missive en d&#233;but de soir&#233;e, pendant la r&#233;daction de mes devoirs.&lt;br /&gt;
Le rendez-vous furtif et discret se renouvelle lors de l'interruption des cours de l'apr&#232;s-midi, et le lendemain et les journ&#233;es suivantes.&lt;br /&gt;
Tous les jours, apr&#232;s l'&#233;cole, j'accompagne mes amis &#224; la station de chemin de fer. Mon amiti&#233; notoire avec Henri renforce l'alibi de ces parcours.&lt;br /&gt;
Aujourd'hui, environ deux semaines apr&#232;s ma rencontre avec Gaby, le ma&#238;tre d'&#233;cole fait part &#224; l'assembl&#233;e qu'un des &#233;coliers de la classe va nous quitter. Son p&#232;re, agent colonial, doit reprendre son service au Congo. Sa femme et son fils l'accompagneront bien &#233;videmment.&lt;br /&gt;
Or, cet &#233;l&#232;ve avait la charge, pendant les r&#233;cr&#233;ations, d'arroser les plantes de toutes les classes de l'&#233;cole des gar&#231;ons. Il lui faut donc trouver un rempla&#231;ant de toute urgence. La demande d'un volontaire est suivie d'un long silence. Pendant que mes compagnons de classe &#233;chafaudent des excuses pour &#233;chapper &#224; cette corv&#233;e je r&#233;alise l'opportunit&#233; qu'elle pr&#233;sente. La fa&#231;ade arri&#232;re du b&#226;timent contigu&#235; avec la cour des filles offre au premier &#233;tage une vue plongeante qui devrait me permettre d'observer ma petite amie en toute qui&#233;tude entre l'humidification de deux v&#233;g&#233;taux. Et cela d'autant plus ais&#233;ment que les plantes &#224; soigner sont dispos&#233;es tout pr&#232;s d' immenses fen&#234;tres ouvrant une large perspective sur la cour. Je l&#232;ve le doigt en signe d'assentiment. Cette acceptation unique et spontan&#233;e soulage manifestement le professeur. De quelques chuchotements d&#233;sapprobateurs se d&#233;gagent les mots de l&#232;che-cul et de frotte-manches. Tant pis, je garde le bras lev&#233; et re&#231;ois sur le champ l'investiture peu envi&#233;e d'arroseur de verdure attitr&#233;. &lt;br /&gt;
L'arrosage des plantes dispos&#233;es vers la cour des gar&#231;ons s'effectue &#224; une allure de sportif olympique. Il me sera reproch&#233; plus tard d'avoir &#233;t&#233; plus attentionn&#233; pour les plantes d&#233;pos&#233;es pr&#232;s de l'autre fa&#231;ade.&lt;br /&gt;
Et deux fois par jour, aux r&#233;cr&#233;ations, m'est donn&#233; le grand bonheur d'observer ma mie &#224; ma guise.&lt;br /&gt;
Gaby se d&#233;place de fa&#231;on &#224; rester constamment dans mon champ de vue. &lt;br /&gt;
De nombreux sourires naissent et s'&#233;changent avec un constant ravissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains samedis, les jumelles sont autoris&#233;es &#224; rester en ville chez une amie commune. D'ing&#233;nieux pr&#233;textes leur permettent de quitter la maison de leurs h&#244;tes. Gaby en profite pour me rejoindre &#224; une des sorties de la ville, dans un petit bois de taillis qui ont prolif&#233;r&#233; entre les b&#226;timents incendi&#233;s d'une sucrerie. Derri&#232;re les ruines, les champs s'&#233;tendent &#224; perte de vue. Cet endroit isol&#233; appel&#233; les Wempkes fourmille de petits lieux prot&#233;g&#233;s du regard de possibles intrus. Il nous arrive d'y croiser d'autres couples d'adolescents dont les sentiments et les pr&#233;occupations doivent ressembler aux n&#244;tres. Une salutation rapide, un croisement de sourires complices et chaque couple a disparu de la vue de l'autre.&lt;br /&gt;
Par temps de pluie un carneau de chemin&#233;e construit en tunnel, partiellement d&#233;truit, nous offre son refuge. &lt;br /&gt;
Et puis il faut se s&#233;parer et attendre lundi prochain pour se sourire &#224; nouveau, pour retrouver la pr&#233;sence aim&#233;e, pour lire en cachette les mots doux qu'Henri distribuera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais toutes ces rencontres ne suffisent pas &#224; l'&#233;lan de nos c&#339;urs et je con&#231;oit un sc&#233;nario hardi dont la mise &#224; ex&#233;cution devra me permettre de rejoindre ma petite copine tous les matins. Je simule aupr&#232;s de ma m&#232;re un miraculeux et subit penchant mystique qui me pousse &#224; communier avec Dieu tous les jours d&#232;s potron-minet en l'&#233;glise paroissiale. La r&#233;action ne se fait pas attendre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Mais tu es cingl&#233; ! Tous les jours &#224; la messe de sept heures trente !? Mais tu as cours &#224; neuf heures moins le quart. Et quand vas-tu manger ? &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; J'emporterai une tartine. J'aurai le temps de la manger avant de rentrer en classe. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Tu ne vas quand m&#234;me pas devenir cur&#233; ou capucin ou Dieu sait quoi encore.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Si tous ceux qui vont &#224; la messe du matin devaient entrer dans les ordres &#8230;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Bon. Mais il est hors de question d'aller te geler dans l'&#233;glise pendant l'hiver.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Nous ne sommes qu'au d&#233;but du mois de novembre, maman. Attendons pour voir.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Soit. Et tu commences quand ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Apr&#232;s-demain.&lt;br /&gt;
C'est gagn&#233; ! Demain il faudra que je fasse part &#224; Henri des d&#233;tails de mon plan. Je me rendrai tous les matins &#224; la gare &#224; sept heures cinquante moment d'arriv&#233;e du train. La suite des activit&#233;s sera improvis&#233;e chaque jour en fonction des circonstances : beau ou mauvais temps, retard du train, envies de chaque membre du groupe et possibilit&#233; de conciliation de ces envies.&lt;br /&gt;
Et pendant pr&#232;s d'un mois je regagne chaque matin la station par des chemins d&#233;tourn&#233;s, le c&#339;ur palpitant, fier de mon stratag&#232;me mais aussi l&#233;g&#232;rement inquiet. Il suffirait d'une rencontre malencontreuse pour que mon plan s'&#233;croule comme un vulgaire ch&#226;teau de cartes.&lt;br /&gt;
Il existe pr&#232;s de la station un chemin discret bord&#233; de haies et qui forme la limite entre la ville et les champs. Il porte le nom de cachke de Saint G&#233;rard. C'est le lieu de rencontre des amoureux, principalement &#224; la tomb&#233;e de la nuit. Les reliques de Saint G&#233;rard doivent se retourner plusieurs fois par jour dans leur ch&#226;sse avec des claquements d'osselets bouscul&#233;s.&lt;br /&gt;
Je m'y rends souvent avec Gaby et y passons des moments d&#233;licieux.&lt;br /&gt;
Pendant ce temps, Henri et Georgette patientent dans la salle d'attente de la gare comme ils faisaient pr&#233;c&#233;demment jusqu'&#224; l'heure d'ouverture des grilles de l'&#233;cole.&lt;br /&gt;
Parfois nous nous promenons au parc communal pratiquement d&#233;sert en ces heures matinales. Les deux autres complices nous devancent ou nous suivent lors de ces ballades. Gaby et moi nous nous abritons de leur regard derri&#232;re des gros marronniers dont celui qui m'offrit protection, un jour, au cours d'un combat aux marrons entre deux bandes ennemies de gamins batailleurs.&lt;br /&gt;
Et chaque jour, avant d'entrer en classe, je mange la tartine pr&#233;par&#233;e par ma m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article461' class='spip_in'&gt;Lire la suite&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Premier pas (Adrien)</title>
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		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ce texte fait partie du feuilleton &#034;Mes premiers amours&#034;, &#233;crit par Adrien Lire l'ensemble &lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re &#233;trang&#232;re &#224; qui l'on a dit &#171; tu &#187;, &lt;br class='autobr' /&gt;
(Mon c&#339;ur t'en souviens-tu ?) &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme elle nous &#233;tait ch&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
BRASSENS &#8211; La premi&#232;re fille &lt;br class='autobr' /&gt;
Dieu dans son infinie sagesse avait cru bon ou de me mettre &#224; l'&#233;preuve ou de se moquer ouvertement de moi. Mais pourquoi ? C'&#233;tait probablement encore un de ces nombreux myst&#232;res dont lui seul poss&#233;dait la cl&#233; et dont il usait sans mod&#233;ration. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'assaut des grandes vacances avec (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique79" rel="directory"&gt;Mes premiers amours (Adrien)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L150xH100/arton459-4db72.jpg?1776944612' width='150' height='100' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie du feuilleton &#034;Mes premiers amours&#034;, &#233;crit par Adrien &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique79' class='spip_in'&gt;Lire l'ensemble&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La premi&#232;re &#233;trang&#232;re &#224; qui l'on a dit &#171; tu &#187;,&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;(Mon c&#339;ur t'en souviens-tu ?)&lt;br /&gt;
Comme elle nous &#233;tait ch&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;BRASSENS &#8211; La premi&#232;re fille&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Dieu dans son infinie sagesse avait cru bon ou de me mettre &#224; l'&#233;preuve ou de se moquer ouvertement de moi. Mais pourquoi ? C'&#233;tait probablement encore un de ces nombreux myst&#232;res dont lui seul poss&#233;dait la cl&#233; et dont il usait sans mod&#233;ration.&lt;br /&gt;
L'assaut des grandes vacances avec leurs joies r&#233;p&#233;t&#233;es tout au long des longues journ&#233;es d'&#233;t&#233; a r&#233;ussi &#224; estomper progressivement mon pitoyable &#233;tat de croyant molest&#233;. &lt;br /&gt;
Je ne pense plus gu&#232;re &#224; ma m&#233;saventure ou si peu. A la fin des cong&#233;s, seul un l&#233;ger bleu &#224; l'&#226;me parvient encore &#224; perturber quelque peu mes plaisirs d'adolescent. &lt;br /&gt;
C'est dans cet &#233;tat d'esprit que je me rends &#224; la kermesse d' H&#233;rines, petit village flamand du Pajottenland proche de ma ville.&lt;br /&gt;
Je suis invit&#233; par les parents d'Henri, un copain de classe habitant le village, &#224; passer le dimanche de ducasse &#224; la ferme qu'ils exploitent.&lt;br /&gt;
La table a &#233;t&#233; dress&#233;e dans la grande cour jouxtant l'habitation.&lt;br /&gt;
Le d&#233;jeuner se termine et les nombreux convives s'allient dans la joie pour faire dispara&#238;tre les plats, ustensiles de cuisines et reliefs du repas.&lt;br /&gt;
Henri me fait faire le tour du propri&#233;taire. La ferme n'a pas de secret pour lui. La grange et son parfum d'herbe s&#233;ch&#233;e me rappellent l'exode et les moelleux matelas collectifs cr&#233;&#233;s &#224; la h&#226;te dans la paille et le foin.&lt;br /&gt;
Au moment de quitter le fenil deux filles de notre &#226;ge, d&#233;bordantes de bonne humeur et d'apparence d&#233;lur&#233;e,se dirigent vers nous.&lt;br /&gt;
Henri me lance : &#171; Regarde qui voil&#224;, mes cousines pr&#233;f&#233;r&#233;es ! Tu vas voir elles sont chouettes. Ce sont des jumelles. Celle avec sa robe &#233;cossaise s'appelle Gaby, l'autre c'est Georgette. &#187;&lt;br /&gt;
Je suis frapp&#233; par la teinte rousse de leurs cheveux soyeux et par la douceur de leurs yeux couleur vert mente &#224; l'eau.&lt;br /&gt;
Elles embrassent mon copain et me saluent en souriant. Leur fran&#231;ais est agr&#233;ablement d&#233;form&#233; comme il l'est tout au long de la fronti&#232;re linguistique. Du brassage des deux principales langues nationales avec le patois local est n&#233; un idiome &#224; consonance fran&#231;aise. Les accents toniques s'y entrechoquent &#224; la cadence des genoux d'un caissier de banque lors d'un hold-up et les inflexions gutturales s'y bousculent comme des m&#233;g&#232;res un premier jour des soldes . &lt;br /&gt;
Gaby se penche vers moi et me d&#233;pose un b&#233;cot sur une joue. Le contact est plus l&#233;ger qu'un friselis de plume de moineau. Je r&#233;ponds par un petit baiser que je place maladroitement pr&#232;s d'un &#339;il, sur une ravissante peau de p&#234;che parsem&#233;e de mille projections rouss&#226;tres. Elle tourne l&#233;g&#232;rement la t&#234;te en souriant mais n'exprime aucun sentiment de g&#234;ne. Elle est plant&#233;e devant moi, le dos au soleil. Les rayons de l'astre s'insinuent dans la couronne de ses cheveux la faisant rougeoyer comme un feu de forge. Son visage se m&#233;tamorphose en un nouveau soleil que sa face ombr&#233;e saupoudr&#233;e d'infinies taches de son &#233;clipse partiellement. Ce spectacle inopin&#233; me surprend autant qu'il me ravit.&lt;br /&gt;
Henri propose un tour &#224; la foire du village, suggestion accept&#233;e &#224; l'unanimit&#233;.&lt;br /&gt;
En marchant, je me place &#224; c&#244;t&#233; de Gaby. Je pressens confus&#233;ment qu'il faut engager une conversation, ne laisser la place &#224; aucun temps mort.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Tu habites H&#233;rinnes ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Non, je suis de Tollembeek. J'y suis n&#233;e. Et toi ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Moi je suis d'Enghien.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Ah ! C'est marrant, j'y vais &#224; l'&#233;cole.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Moi aussi, &#224; l'&#233;cole communale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Mais moi &#233;galement ! Comment se fait-il que nous ne nous soyons jamais aper&#231;us !?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Tu sais combien la s&#233;paration entre filles et gar&#231;ons est stricte et la surveillance draconienne. &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Je sais. Hitler serait dans ta classe que je ne le saurais m&#234;me pas.&lt;br /&gt;
Nous progressons vers la foire. Un vent faible nous rabat une cacophonie de bruits et de sons o&#249; s'entrem&#234;lent des flonflons de musique, des fracas de man&#232;ges, des hurlements de haut-parleurs et des claquements secs de projectiles de plomb s'&#233;crasant sur les parois de tirs forains.&lt;br /&gt;
La foule s'est soudainement m&#234;l&#233;e &#224; nous. Henri et Georgette disparaissent dans sa masse mouvante. &lt;br /&gt;
Gaby m'adresse un sourire en haussant les &#233;paules. J'en d&#233;duis que la disparition de sa s&#339;ur et de son cousin ne la pr&#233;occupe gu&#232;re.&lt;br /&gt;
Nous d&#233;ambulons d'un man&#232;ge &#224; l'autre. Tous nous sollicitent mais seuls ceux qu'aimante notre envie commune ont droit &#224; notre visite. &lt;br /&gt;
J'essaye d'impressionner mon amie par mon habilet&#233; au stand de tir. Je l'aurais voulu &#233;blouie par mes r&#233;sultats mais l'effort &#233;vident qu'elle d&#233;ploie pour para&#238;tre admirative me convainc du contraire.&lt;br /&gt;
Nous virevoltons c&#244;te &#224; c&#244;te assis dans les nacelles suspendues d'un tournoyant man&#232;ge &#224; balan&#231;oires. La force centrifuge nous &#233;loigne rapidement du centre du moulin et le vent provoqu&#233; par la vitesse de rotation soul&#232;ve gaillardement la jupe de ma voisine. J'observe &#224; la sauvette ses cuisses nues ainsi que la rougeur accentu&#233;e de ses joues. Enlever la main d'une cha&#238;ne de la nacelle pour r&#233;tablir l'ordre vestimentaire la d&#233;s&#233;quilibrerait et risquerait de la ferai tournoyer sans fin. Gaby reste donc immobile mais pousse quelques glapissements pour marquer une r&#233;probation sens&#233;e sauvegarder les apparences. Le joli spectacle se termine avec l'arr&#234;t du man&#232;ge. Descendus &#224; terre, elle appuie sa t&#234;te pench&#233;e contre ma poitrine comme pour vouloir cacher sa honte. Je lui rel&#232;ve le menton et lui souris, sans prononcer de commentaire afin d' &#233;viter toute r&#233;action que la morale pourrait devoir lui dicter. Elle devine que le spectacle ne m'a pas d&#233;plu et, toute honte bue, part en riant, m'attirant vers une autre attraction.&lt;br /&gt;
La m&#234;me force centrifuge nous projette l'un contre l'autre dans le char d'une montagne russe. Imitant tous les autres m&#226;les du man&#232;ge, je passe mon bras autour des &#233;paules de ma compagne d'&#233;motions fortes pour la rassurer de ma pr&#233;sence. Mais a-t-elle vraiment besoin d'&#234;tre rassur&#233;e ? Elle accole son flanc au mien et d&#233;pose sur ma poitrine son poing droit qu'enrobe sa paume gauche comme le ferait un jeune enfant avant de sombrer dans le sommeil.&lt;br /&gt;
De retour dans l'affluence festive, une barbe &#224; papa &#224; la main, nous voyons s'approcher de nous Georgette et Henri. Ils ne nous ont pas encore remarqu&#233;s. Gaby me prend par la main et m'entra&#238;ne en courant dans une autre direction. Nos compagnons, &#224; leur insu, sont devenus des intrus. Les paumes de nos mains restent jointes et c'est bien ainsi. Nous d&#233;ambulons sans but dans la foule en liesse. Une &#233;trange sensation de bonheur emplit mon c&#339;ur.&lt;br /&gt;
Une bousculade provoqu&#233;e par quelque f&#234;tards &#233;m&#233;ch&#233;s propage ses ondes violentes qui viennent se heurter &#224; moi. Elles me pr&#233;cipitent contre ma compagne nous obligeant &#224; nous accrocher l'un &#224; l'autre pour ne pas tomber. Gaby se retrouve en face de moi et pour la premi&#232;re fois nous nous regardons profond&#233;ment dans les yeux. Pendant un bref instant, ses paupi&#232;res sans fard recouvrent ses yeux verts puis se rel&#232;vent lib&#233;rant un regard tendre qui plonge intens&#233;ment dans le mien. Le temps s'arr&#234;te, le fracas de la foire n'atteint plus mes oreilles, le monde semble s'&#234;tre fig&#233;. Je ne sais qui a attir&#233; l'autre mais nos corps se sont joints dans une &#233;treinte dont la volupt&#233; allume mes sens d'adolescent. Je glisse une main caressante dans sa coiffure flamboyante. Des vibrations inconnues agitent mon corps.&lt;br /&gt;
Quelques adultes passent et nous regardent, plus intrigu&#233;s que r&#233;probateurs. Les enfants ne font pas attention &#224; nous.&lt;br /&gt;
Gaby rompt notre immobilit&#233;, m'attire dans une ruelle fort &#233;troite pr&#232;s de l'&#233;glise, et me plaque dans l'encoignure d'une porte probablement celle de la sacristie. Nos corps se rejoignent dans un nouvel &#233;lan, cette fois r&#233;ciproque. Nos t&#234;tes se rapprochent, nos l&#232;vres se touchent. Et c'est le premier baiser, celui qui va laisser dans mon c&#339;ur une empreinte ind&#233;l&#233;bile, un souvenir infiniment lumineux.&lt;br /&gt;
Je suis novice en la mati&#232;re mais ma partenaire compense ma maladresse par un savoir-faire &#233;vident. Sa langue s'introduit dans ma bouche en de douces circonvolutions. Puis sa t&#234;te s'&#233;loigne un peu de la mienne. L'&#233;clat &#233;meraude de ses yeux a c&#233;d&#233; la place &#224; une aura vaporeuse. Nos l&#232;vres se rejoignent &#224; nouveau et, en bon apprenti, je r&#233;ponds &#224; son baiser avec la m&#234;me fougue que la sienne. Je ne sais combien de temps nous passons dans ce petit coin discret. La musique d'une fanfare nous tire de la tendre torpeur dans laquelle nous a plong&#233;s notre amour naissant.&lt;br /&gt;
Ma petite fianc&#233;e me caresse la joue, tendrement. Ses yeux ont repris leur nuance menthe &#224; l'&lt;br /&gt;
eau.&lt;br /&gt;
&#171; Viens dit-elle avec regret, il se fait tard. Je dois rentrer. Allons rejoindre les autres. &#187;&lt;br /&gt;
Nous retrouvons Georgette et Henri devant l'&#233;tal d'un marchand de beignets. Une couche de sucre fin s'est &#233;parpill&#233;e sur leurs mains, leur bouche et une partie de leurs habits. Ils rient gomme des gosses. Des r&#233;miniscences de leur enfance s'accrochent encore &#224; leur adolescence toute neuve. Ils s'aper&#231;oivent que nous marchons la main dans la main. &#171; F&#233;licitations lance gaiement Georgette, les choses ne tra&#238;nent pas avec vous ! &#187; Henri ne dit rien. Aucun son ne parvient &#224; &#233;maner de sa bouche o&#249; s'entrechoquent encore ne nombreux vestiges de beignets.&lt;br /&gt;
Nous regagnons la demeure d'Henri &#224; pas lents. Je serre fermement la main de Gaby dans la mienne et la desserre &#224; contre c&#339;ur lorsque appara&#238;t la ferme de mes h&#244;tes.&lt;br /&gt;
D&#232;s que la fermi&#232;re nous aper&#231;oit elle claque des mains comme le ferait une institutrice pour provoquer un rassemblement dans une cour d'&#233;cole. &#171; J'ai pr&#233;par&#233; de la p&#226;te &#224; cr&#234;pes. Venez je vais vous en cuire quelques unes. Ce sont les meilleures du Pajottenland. Vous verrez, avec ma confiture maison ce sera d&#233;-li-ci-eux ! Et il reste &#233;galement quelques tartelettes au maton ! &#187; Henri et Georgette accueillent assez froidement cette nouvelle qui devrait normalement les r&#233;jouir. Mais ils mastiquent encore leurs derniers fragments de beignets et l'acuit&#233; de leur app&#233;tit doit tendre vers le z&#233;ro absolu.&lt;br /&gt;
Apr&#232;s le go&#251;ter qui fut &#224; la hauteur de la r&#233;clame qu'en avait dispens&#233;e la cuisini&#232;re, Georgette s'adresse &#224; sa s&#339;ur. &#171; Fillette, je crois qu'il est temps de rentrer. Qu'en penses-tu ? &#187; &#171; Oui&#8230; Oui, soeurette... Bien s&#251;r. Mais avant je voudrais aller v&#233;rifier &#224; la mare si mon canard pr&#233;f&#233;r&#233; s'y trouve. &#187; La perche tendue est grosse comme un phallus de dinosaure. Elle ne peut m'&#233;chapper.&#171; Si tu veux je puis t'accompagner, j'adore les canards. &#187; &lt;br /&gt;
Arriv&#233;s pr&#232;s du petit &#233;tang je jette un regard furtif vers la ferme. Personne ne nous a suivis.&lt;br /&gt;
La pi&#232;ce d'eau situ&#233;e au fond d'une prairie est aliment&#233;e par un petit ruisseau au bord duquel se dressent quelques saules t&#234;tards. &lt;br /&gt;
Gaby s'appuie contre l'un des saules, les mains derri&#232;re le dos, les souliers &#224; moiti&#233; enfouis dans la terre mar&#233;cageuse. Les yeux ferm&#233;s, alanguie, elle donne l'impression de baigner dans un &#233;tat second, un &#233;tat de total abandon.&lt;br /&gt;
Je m'approche d'elle, caresse tout naturellement ses tempes et ses cheveux fauves puis d&#233;pose un baiser sur son front. Elle me tend ses l&#232;vres que les miennes rejoignent apr&#232;s avoir fol&#226;tr&#233; entre ses sourcils et sur son petit nez joliment retrouss&#233;.&lt;br /&gt;
Le baiser, le dernier mais aussi le plus doux de cette merveilleuse journ&#233;e, semble ne devoir jamais prendre fin. Un bref instant je songe au baiser le plus passionn&#233; qu' &#233;changent sur l'&#233;cran Rett Butler et Scarlett O' Hara dans &#171; Autant en emporte le vent. &#187;&lt;br /&gt;
Je suis surpris de m'entendre chuchoter : &#171; Je t'aime, Gaby &#187;.&lt;br /&gt;
Elle ne dit rien, pose un doigt sur mes l&#232;vres comme pour me solliciter le silence et murmure : &#171; Maintenant il faut que je m'en aille. &#187; &#171; Vraiment ? &#187; &#171; Vraiment. &#187;&lt;br /&gt;
Nos pieds s'extraient de la boue avec un d&#233;sagr&#233;able bruit de succion.&lt;br /&gt;
Nous remontons vers la ferme en essuyant nos chaussures dans l'herbe pour en d&#233;gager la terre glaiseuse. Mon bras droit fr&#244;le cent fois son bras gauche transformant autant d'attouchements en caresses sensuelles.&lt;br /&gt;
&#171; Je te reverrai bient&#244;t. Je m'arrangerai avec mon cousin. Tu peux me faire confiance. &#187;&lt;br /&gt;
&#171; Fais-moi signe rapidement veux-tu ?. Demain, lors des r&#233;cr&#233;ations, je viendrai devant la grande fen&#234;tre de l'&#233;cole maternelle situ&#233;e entre nos deux cours. Je pourrai t'apercevoir de l'autre c&#244;t&#233;. &#187; &lt;br /&gt;
&#171; Promis. J'y serai sans faute. &#187;&lt;br /&gt;
Nous nous approchons de la ferme. Je m'appr&#234;te &#224; lui parler encore. Elle me ferme la bouche par un baiser &#224; peine perceptible comme ceux que doivent se donner les libellules ou les jeunes f&#233;es.&lt;br /&gt;
Apr&#232;s avoir remerci&#233; notre h&#244;tesse de ses prodigalit&#233;s, nous nous quittons par des embrassades conventionnelles aussi insipides qu'un d&#233;fil&#233; de mode de soutanes.&lt;br /&gt;
Henri me serre la main tout en me lan&#231;ant un clin d'&#339;il complice.&lt;br /&gt;
Je vois s'&#233;loigner les deux jumelles sur des bicyclettes jumelles elles aussi. Un dernier signe de la main vers la silhouette &#224; la robe &#233;cossaise et mon r&#234;ve s'&#233;vapore derri&#232;re l'angle d'une maison.&lt;br /&gt;
Un peu avant que le soleil t&#233;moin de mes &#233;mois sublimes ne disparaisse derri&#232;re la ligne de l'horizon, je rentre chez moi sur le v&#233;lo que ma s&#339;ur m'a pr&#234;t&#233;. &lt;br /&gt;
Mon c&#339;ur d&#233;borde d'une d&#233;licieuse chaleur que vient tourmenter d&#233;j&#224; le vide de l'absence.&lt;br /&gt;
Le bonheur ne peut-il donc &#234;tre parfait ?&lt;br /&gt;
Qu'importe. Aujourd'hui il est entr&#233; en moi par la grande porte. Peut-&#234;tre cette porte se fermera-t-elle un jour &#224; mon insu ou &#224; mon corps d&#233;fendant.&lt;br /&gt;
Mais j'ai veill&#233; &#224; ce que son portillon soit d&#233;pourvu de serrure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article460' class='spip_in'&gt;Lire la suite&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'exode, dernier &#233;pisode (Adrien)</title>
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		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Les v&#233;los reprennent leur place dans une remise dans l'attente d'une r&#233;vision m&#233;rit&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Toutes portes et fen&#234;tres grandes ouvertes, la maison &#233;limine l'haleine f&#233;tide de renferm&#233; qu'elle a accumul&#233;e pendant deux semaines. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je me pr&#233;cipite dans ma chambre pour y retrouver les objets qui meublent mon univers et proc&#232;de &#224; leur inventaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Tout y est : les jouets en bois et en fer &#233;maill&#233;, les journaux de Spirou, les livres illustr&#233;s parmi lesquels tr&#244;ne &#171; Un bon petit diable &#187; de la comtesse de S&#233;gur, un jeu (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique78" rel="directory"&gt;L'exode (Adrien)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L150xH100/arton354-6026b.jpg?1776944576' width='150' height='100' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les v&#233;los reprennent leur place dans une remise dans l'attente d'une r&#233;vision m&#233;rit&#233;e.&lt;br /&gt;
Toutes portes et fen&#234;tres grandes ouvertes, la maison &#233;limine l'haleine f&#233;tide de renferm&#233; qu'elle a accumul&#233;e pendant deux semaines.&lt;br /&gt;
Je me pr&#233;cipite dans ma chambre pour y retrouver les objets qui meublent mon univers et proc&#232;de &#224; leur inventaire.&lt;br /&gt;
Tout y est : les jouets en bois et en fer &#233;maill&#233;, les journaux de Spirou, les livres illustr&#233;s parmi lesquels tr&#244;ne &#171; Un bon petit diable &#187; de la comtesse de S&#233;gur, un jeu de loto, un jeu de l'oie, une toupie, un sac de billes, un ours en peluche ainsi que des soldats de plomb repr&#233;sentant des militaires belges et anglais. J'esp&#232;re pouvoir y ajouter bient&#244;t des r&#233;pliques de soldats allemands afin de leur faire subir de cuisantes d&#233;faites sur les champs de bataille que je ferai se d&#233;rouler sur la grande table de la salle &#224; manger.&lt;br /&gt;
Pendant ce temps mon p&#232;re se rend &#224; son pigeonnier pour y r&#233;tablir la discipline qu'une longue absence a d&#251; transformer en douce anarchie.&lt;br /&gt;
Les volatiles le reconnaissent et entament un ballet a&#233;rien autour de lui, ballet accompagn&#233; par une symphonie cacophonique de claquements d'ailes et de roucoulements joyeux.&lt;br /&gt;
Les pillards ne les ont pas d&#233;couverts.&lt;br /&gt;
Heureusement, car la quantit&#233; de petits pois vol&#233;s laisse imaginer le sort funeste qui aurait &#233;t&#233; le leur en cas d'investigation plus pouss&#233;e des voleurs.&lt;br /&gt;
Ma m&#232;re part faire des emplettes dans des &#233;piceries concurrentes. N&#233;cessit&#233; fait loi.&lt;br /&gt;
Milda d&#233;fait les bagages et trie leur contenu, amoncelant une montagne de linge sale.&lt;br /&gt;
J'y d&#233;pose ce qui aurait pu me faire office de masque &#224; gaz, le grand mouchoir rouge &#224; pois blancs de mon p&#232;re. Il a servi uniquement &#224; &#233;ponger sur mon front les flots de sueur que le soleil torride y distillait sans cesse. &lt;br /&gt;
Je pressens que la vie va reprendre son cours. Peut-&#234;tre pas tout &#224; fait le m&#234;me que celui qui a men&#233; mon pass&#233;.&lt;br /&gt;
Le principal est pr&#233;serv&#233;, en tous cas en ce qui me concerne.&lt;br /&gt;
Les aventures v&#233;cues pendant les deux derni&#232;res semaines ont la densit&#233; de celles que vivent les h&#233;ros de mes BD. J'ai la certitude qu'elles resteront &#224; tout jamais grav&#233;es dans ma m&#233;moire.&lt;br /&gt;
Confus&#233;ment je sens qu'une page va se tourner. Et comme &#224; la lecture d'un livre, j'ignore totalement le contenu de celle qui va suivre.&lt;br /&gt;
Replac&#233; dans mon cadre de vie, je n'&#233;prouve aucune crainte pour l'avenir.&lt;br /&gt;
Ma m&#232;re rentre d&#233;courag&#233;e de ses emplettes. Les denr&#233;es sont rares et ch&#232;res. Elle a termin&#233; sa tourn&#233;e chez le beau-p&#232;re de ma s&#339;ur Yvonne qui est &#233;galement &#233;picier. Devant le d&#233;sarroi de ma m&#232;re, il s'est plong&#233; dans les tr&#233;fonds obscurs de son comptoir et avec la dext&#233;rit&#233; d'un magicien sortant un lapin de son chapeau en a retir&#233; un assortiment de bo&#238;tes et de paquets. Il a plac&#233; le tout dans le sac &#224; provision tendu vers lui avec un &#171; Et pour Madame ce sera tout ? &#187; car un soldat allemand venait de p&#233;n&#233;trer dans le magasin.&lt;br /&gt;
Je demande l'autorisation &#224; ma m&#232;re de partir &#224; la recherche de mes copains. Je la sens h&#233;sitante. Elle acquiesce cependant mais &#224; la condition expresse que Milda m'accompagne. Ma s&#339;ur accepte avec un plaisir mal dissimul&#233;. Elle pourra mettre la sortie &#224; profit pour reprendre contact avec les pr&#233;tendants qu'elle avait satellis&#233;s avant notre d&#233;part.&lt;br /&gt;
Dehors le soleil luit. Sa lumi&#232;re crue inonde chaque &#234;tre, chaque objet.&lt;br /&gt;
Sur la plaine j'aper&#231;ois un de mes copains qui joue seul aux billes.&lt;br /&gt;
Je l&#226;che la main de ma s&#339;ur et cours vers lui en criant son nom. Il me reconna&#238;t et crie le mien.&lt;br /&gt;
Des billes s'entrechoquent dans la poche de ma culotte avec un son plus doux &#224; mes oreilles que celui du cristal le plus pur...&lt;br /&gt;
Pour un moment je quitte le monde cruel des adultes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'exode, &#233;pisode 14 (Adrien)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article355</link>
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		<dc:date>2008-01-10T13:34:06Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;L'&#233;motion nous &#233;treint &#224; l'approche de notre maison. Nous y sommes ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Les v&#233;los et les valises sont d&#233;pos&#233;s le long de la fa&#231;ade et tout le monde se pr&#233;cipite &#224; la porte d'entr&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ma m&#232;re essaye de glisser la cl&#233; dans la serrure mais n'y parvient pas. Elle constate que le chambranle de la porte pr&#233;sente une trace de r&#233;paration &#224; l'endroit de la g&#226;che. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous nous regardons, &#233;berlu&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mon p&#232;re se pr&#233;cipite chez le voisin Octave et revient avec lui. Octave, une cl&#233; neuve &#224; la main a la mine compass&#233;e de celui qui (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique78" rel="directory"&gt;L'exode (Adrien)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L150xH100/arton355-1747c.jpg?1776944576' width='150' height='100' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'&#233;motion nous &#233;treint &#224; l'approche de notre maison. Nous y sommes !&lt;br /&gt;
Les v&#233;los et les valises sont d&#233;pos&#233;s le long de la fa&#231;ade et tout le monde se pr&#233;cipite &#224; la porte d'entr&#233;e.&lt;br /&gt;
Ma m&#232;re essaye de glisser la cl&#233; dans la serrure mais n'y parvient pas. Elle constate que le chambranle de la porte pr&#233;sente une trace de r&#233;paration &#224; l'endroit de la g&#226;che.&lt;br /&gt;
Nous nous regardons, &#233;berlu&#233;s. &lt;br /&gt;
Mon p&#232;re se pr&#233;cipite chez le voisin Octave et revient avec lui. Octave, une cl&#233; neuve &#224; la main a la mine compass&#233;e de celui qui va &#234;tre oblig&#233; d'annoncer une mauvaise nouvelle.&lt;br /&gt;
Il nous raconte qu'une nuit, avant l'arriv&#233;e des Allemands, des gens sommairement masqu&#233;s se sont rassembl&#233;s devant notre maison, la plupart munis de charrettes &#224; bras.&lt;br /&gt;
Ils ont forc&#233; la porte &#224; l'aide d'un pied de biche et, en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, ont vid&#233; le magasin de son contenu.&lt;br /&gt;
Ils se sont ensuite enfonc&#233;s dans la nuit que l'occultation obligatoire et un ciel nuageux avaient rendue aussi noire qu'un ramoneur s&#233;n&#233;galais.&lt;br /&gt;
Ils &#233;taient nombreux. Octave avoue en baissant les yeux qu'il n'a pas os&#233; intervenir. Il a d&#251; consid&#233;rer avec raison que le risque ne justifiait pas un h&#233;ro&#239;sme de pacotille.&lt;br /&gt;
Il fait remarquer un peu embarrass&#233; qu'il a, &#233;tant donn&#233; le caract&#232;re al&#233;atoire de notre retour, proc&#233;d&#233; aux r&#233;parations strictement indispensables.&lt;br /&gt;
Il tourne la cl&#233; dans la nouvelle serrure, pousse la porte et nous c&#232;de le passage.&lt;br /&gt;
Le spectacle est affligeant.&lt;br /&gt;
Les rayons du magasin sont totalement vides. Le sol est jonch&#233; de farine, de vermicelle, de sucre et d'autres marchandises dont les vandales ont d&#233;chir&#233; l'emballage dans la bousculade et la pr&#233;cipitation.&lt;br /&gt;
Sur le sol, dans un coin du magasin, une bouteille de rhum g&#238;t &#233;clat&#233;e. Son contenu projet&#233; en tous sens s'est m&#233;lang&#233; avec de la farine qu'un sac &#233;ventr&#233; avait &#233;parpill&#233;e, dessinant ainsi sur le pavement une &#233;toile de caillots brun&#226;tres.&lt;br /&gt;
Des sachets d'emballage en papier se m&#234;lent aux marchandises &#233;tal&#233;es. D'autres pendent encore au comptoir et semblent attendre d&#233;sesp&#233;r&#233;ment le chaland.&lt;br /&gt;
Le spectacle se renouvelle dans le local voisin qui sert de r&#233;serve.&lt;br /&gt;
Tout le mobilier priv&#233; a heureusement &#233;t&#233; laiss&#233; sur place, intact.&lt;br /&gt;
Mes parents p&#233;trifi&#233;s semblent &#234;tre un long moment frapp&#233;s par l'immobilit&#233; des statues.&lt;br /&gt;
Je revois en pens&#233;e tous ces magasins que nous avons d&#233;pass&#233;s sur le chemin de l'exode et que des masses affam&#233;es avaient pill&#233;s sans &#233;tat d'&#226;me. &lt;br /&gt;
Mais la raison a t&#244;t fait de prendre le pas sur l'&#233;motion.&lt;br /&gt;
Ma m&#232;re nous fait remarquer que, et d'un, la marchandises appartient &#224; une coop&#233;rative, et de deux que nous ne sommes pas responsables d'un cas de force majeure, et de trois que nous sommes tous en vie, en bonne sant&#233; et r&#233;unis.&lt;br /&gt;
C'est alors que nous constatons qu'Yvonne ne se trouve plus avec nous. Elle est all&#233;e sonner chez tous les voisins afin de s'enqu&#233;rir de nouvelles &#233;ventuelles qui leurs seraient parvenues de son mari. Elle y apprend qu'il est vivant mais retenu dans un camp de prisonniers.&lt;br /&gt;
Entre pleurs et sourire elle vient nous annoncer la bonne nouvelle. Puis, accompagn&#233;e de Joseph, elle se dirige vers la maison voisine qu'elle habite pour y r&#233;tablir un minimum de conditions de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article354' class='spip_in'&gt;Lire la suite&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'exode, &#233;pisode 13 (Adrien)</title>
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		<dc:date>2008-01-04T13:34:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>



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&lt;p&gt;Mon p&#232;re revient de ses investigations lilloises avec de bonnes nouvelles. Sur la grande place les Allemands ont organis&#233; un service de transport destin&#233; &#224; ramener les r&#233;fugi&#233;s dans leur pays. &lt;br class='autobr' /&gt;
Demain matin des camions prendront la direction de Bruxelles. Rendez-vous a &#233;t&#233; fix&#233; sur la grande place &#224; huit heures du matin. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous y arrivons bien avant l'heure convenue. &lt;br class='autobr' /&gt;
La place est noire de monde. De nombreux camions militaires non b&#226;ch&#233;s y sont r&#233;partis en groupes distincts. &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s une heure de (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique78" rel="directory"&gt;L'exode (Adrien)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L150xH100/arton356-c16cf.jpg?1776944576' width='150' height='100' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mon p&#232;re revient de ses investigations lilloises avec de bonnes nouvelles. Sur la grande place les Allemands ont organis&#233; un service de transport destin&#233; &#224; ramener les r&#233;fugi&#233;s dans leur pays.&lt;br /&gt;
Demain matin des camions prendront la direction de Bruxelles. Rendez-vous a &#233;t&#233; fix&#233; sur la grande place &#224; huit heures du matin.&lt;br /&gt;
Nous y arrivons bien avant l'heure convenue.&lt;br /&gt;
La place est noire de monde. De nombreux camions militaires non b&#226;ch&#233;s y sont r&#233;partis en groupes distincts. &lt;br /&gt;
Apr&#232;s une heure de recherches, nous d&#233;couvrons celui qui devra nous ramener chez nous.&lt;br /&gt;
Des bancs en bois, fix&#233;s aux ridelles, sont pris d'assaut par une foule jacassante.&lt;br /&gt;
Nous trouvons place &#224; l'arri&#232;re. Les v&#233;los sont entass&#233;s sur le plancher, les valises gliss&#233;es sous les bancs.&lt;br /&gt;
Deux jeunes soldats coiff&#233;s d'un calot entrent dans la cabine du v&#233;hicule et font tourner le moteur. Un autre demande aux r&#233;fugi&#233;s de se serrer un peu plus encore afin qu'il puisse &#233;galement faire partie du voyage.&lt;br /&gt;
Mon p&#232;re est ahuri par la correction des Teutons et commence &#224; douter du bien-fond&#233; de sa d&#233;cision de fuir.&lt;br /&gt;
Les voyageurs se sont calm&#233;s d&#232;s qu'ils ont trouv&#233; une place sur les bancs. Tout le monde parle tr&#232;s haut.&lt;br /&gt;
Certaines personnes d&#233;ballent des tartines, vont m&#234;me jusqu'&#224; proposer &#224; leurs voisins directs de les partager avec elles. La bonne humeur s'installe et devient vite communicative.&lt;br /&gt;
Une file constitu&#233;e d'une dizaine de camions quitte la ville. Le ciel est &#224; nouveau d'azur et le soleil darde &#224; plomb.&lt;br /&gt;
Des conversations s'&#233;tablissent entre des gens qui ne se connaissaient pas ce matin. M&#234;me le soldat y prend part dans un baragouin qui provoque de nombreux &#233;clats de rire. Lui aussi prend plaisir au r&#233;sultat joyeux de son massacre involontaire de la langue fran&#231;aise.&lt;br /&gt;
Le vent provoqu&#233; par le d&#233;placement du camion rend la chaleur supportable mais soufflette d&#233;sagr&#233;ablement les pavillons de nos oreilles.&lt;br /&gt;
Le convoi roule en double file d&#233;passant la caravane de droite constitu&#233;e des m&#234;mes v&#233;hicules h&#233;t&#233;roclites surcharg&#233;s qui, il y a quelques jours &#224; peine, fuyaient en direction inverse.&lt;br /&gt;
De temps &#224; autre je reconnais un endroit o&#249; nous sommes pass&#233;s &#224; l'aller.&lt;br /&gt;
Des v&#233;hicules abandonn&#233;s sur le bord des routes semblent attendre le retour de leur propri&#233;taire.&lt;br /&gt;
Des carcasses de charrettes jalonnent la chauss&#233;e comme autant de rappels de la barbarie r&#233;cente.&lt;br /&gt;
Tous les cadavres ont &#233;t&#233; enlev&#233;s.&lt;br /&gt;
Partout des maisons incendi&#233;es nous pr&#233;sentent leurs entrailles calcin&#233;es.&lt;br /&gt;
En une demi journ&#233;e nous effectuons le trajet qui nous aura n&#233;cessit&#233; une quinzaine de jours en sens inverse.&lt;br /&gt;
Le mot Enghien appara&#238;t en lettres noires sur le fond jaune d'un panneau de signalisation liser&#233; de rouge. Cet assemblage des couleurs nationales a, compte tenu des circonstances, quelque chose de d&#233;risoire.&lt;br /&gt;
Devant les b&#226;timents du coll&#232;ge, &#224; l'entr&#233;e de la ville, stationnent de nombreuses ambulances allemandes. Les b&#226;timents scolaires doivent &#234;tre transform&#233;s en h&#244;pital militaire.&lt;br /&gt;
Le camion s'arr&#234;te sur la grande place.&lt;br /&gt;
La ville ne semble pas avoir subi d'autres dommages que ceux des bombardements de mai. Nous descendons du camion et r&#233;cup&#233;rons v&#233;los et bagages.&lt;br /&gt;
Le v&#233;hicule reprend sa route en direction de Bruxelles. Nous saluons nos &#233;ph&#233;m&#232;res compagnons de route par de larges signes du bras. Ils nous saluent de m&#234;me jusqu' &#224; ce qu'un tournant de la rue les fasse dispara&#238;tre de notre vue.&lt;br /&gt;
Le c&#339;ur se serre. Dans quelques minutes nous aurons rejoint notre maisons ou peut &#234;tre ce qu'il en reste.&lt;br /&gt;
Vais-je retrouver tous mes livres ainsi que tous mes jouets ? Les voisins et mes amis qui ont fui sont-ils rentr&#233;s ? Comment va se d&#233;rouler notre existence sous l'occupation allemande ?&lt;br /&gt;
Des femmes, un cabas &#224; la main, font des emplettes. Des hommes passent en v&#233;lo. Rien n'a chang&#233; en apparence. &lt;br /&gt;
Seul l'uniforme feldgrau des militaires allemands jette une note inhabituelle au tableau et impressionne d&#233;sagr&#233;ablement nos r&#233;tines.&lt;br /&gt;
Plusieurs soldats nous croisent. Ils n'ont l'air ni m&#233;chants ni agressifs.&lt;br /&gt;
Deux d'entre eux nous saluent en allemand. Ils lancent un sourire qui se veut entendu &#224; mes s&#339;urs ainsi que des propos que nous ne comprenons pas mais qui doivent rev&#234;tir un caract&#232;re graveleux. Ils partent en effet tous deux d'un grand &#233;clat de rire et s'&#233;loignent en se retournant plusieurs fois.&lt;br /&gt;
Depuis le d&#233;but des temps et donc des conflits, l'humour manifest&#233; par les guerriers vainqueurs en territoire occup&#233; n'a jamais provoqu&#233; des &#233;clats de rire aupr&#232;s des populations vaincues.&lt;br /&gt;
Les Allemands ne font pas exception &#224; cette r&#232;gle. Nous non plus d'ailleurs. Notre sourire est aussi pinc&#233; que celui d'un gentleman anglais press&#233; d'annoncer &#224; son voisin de club qu'il vient de s'asseoir sur son chapeau melon.&lt;br /&gt;
Une bouff&#233;e de bonheur me submerge lorsque j'aper&#231;ois ma maison.. Les volets sont toujours ferm&#233;s.&lt;br /&gt;
Le paysage n'a pas chang&#233;. Les maisons de la rue sont intactes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article355' class='spip_in'&gt;Lire la suite&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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