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	<title>Ages et transmissions</title>
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	<description>Cr&#233;&#233;e en 97, Ages et Transmissions est une asbl pluraliste bruxelloise permettant aux a&#238;n&#233;s de jouer un r&#244;le actif dans la soci&#233;t&#233;. Elle est reconnue comme organisme d'&#233;ducation permanente par la F&#233;d&#233;ration Wallonie-Bruxelles.</description>
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		<title>Ages et transmissions</title>
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		<title>Pourquoi avoir quitt&#233; la Hongrie ? (Elisabeth)</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sylvie (A&amp;T)</dc:creator>


		<dc:subject>Solidarit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Guerres autres</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte fait partie du feuilleton d'Elisabeth &#034;Entre Hongrie et Belgique, un chemin d'immigration&#034; Lire l'ensemble &lt;br class='autobr' /&gt;
Ayant &#233;t&#233; sollicit&#233;e pour &#233;crire sur les motivations qui ont pouss&#233; mes parents &#224; quitter leur pays le 21 d&#233;cembre 1957, il n'est pas simple pour moi de remonter l'horloge du temps de bient&#244;t 60 ann&#233;es, surtout qu'il n'y a plus personne que je puisse interroger sur ce sujet. Donc je vais creuser en mes propres souvenirs et en ce que j'entendis raconter par mes parents plus tard. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que je (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique164" rel="directory"&gt;Entre Hongrie et Belgique, un chemin d'immigration (Elisabeth H.)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot163" rel="tag"&gt;Solidarit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot192" rel="tag"&gt;Guerres autres&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L150xH97/arton1134-58baa.jpg?1776712217' width='150' height='97' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie du feuilleton d'Elisabeth &#034;Entre Hongrie et Belgique, un chemin d'immigration&#034; &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique164' class='spip_in'&gt;Lire l'ensemble&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ayant &#233;t&#233; sollicit&#233;e pour &#233;crire sur les motivations qui ont pouss&#233; mes parents &#224; quitter leur pays le 21 d&#233;cembre 1957, il n'est pas simple pour moi de remonter l'horloge du temps de bient&#244;t 60 ann&#233;es, surtout qu'il n'y a plus personne que je puisse interroger sur ce sujet. Donc je vais creuser en mes propres souvenirs et en ce que j'entendis raconter par mes parents plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je sais, c'est qu'avoir chang&#233; de pays n'a pas trop boulevers&#233; l'enfant de 8 ans que j'&#233;tais : l'enfant se sent toujours bien l&#224; o&#249; sont ses parents. Ce sont eux qui se sont charg&#233;s de tout le poids de la vie, ayant &#224; coeur de nous laisser vivre le plus longtemps possible l'insouciance de l'enfance. Mes fr&#232;res et moi ignorions tout concernant leur d&#233;cision et les pr&#233;paratifs se sont faits clans la plus grande discr&#233;tion. Nous n'avons m&#234;me pas salu&#233; nos copains ou copines de classe avant de partir. En interrogeant aujourd'hui mes fr&#232;res jumeaux, de trois ans mes a&#238;n&#233;s, eux non plus n'ont que peu de souvenirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfant ne regarde pas en arri&#232;re, il se projette toujours dans le futur. Ainsi, je ne garde de ma vie en Hongrie que des flashs, sans aucun autre ressenti que d'avoir &#233;t&#233; entour&#233;e, prot&#233;g&#233;e par des parents aimants, d'une grand-m&#232;re, un parrain et une marraine et une tante encore c&#233;libataire. Il y avait aussi un cousin du m&#234;me &#226;ge que mes fr&#232;res ainsi qu'une cousine plus grande que nous mais qui ne partageait plus nos jeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; de papa il n'y avait plus de famille &#224; part le grand-p&#232;re paternel habitant &#224; Budapest, qui se situait &#224; 2.00 km au nord de notre ville. Il serait venu l'une ou l'autre fois pour passer No&#235;l avec nous, mais je ne garde aucun souvenir de lui. Donc notre famille n'&#233;tait pas bien grande. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui, ne restent plus que le cousin et la cousine, et la famille qui s'est agrandie par les mariages et les naissances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre le motif de notre d&#233;part, il faut que je raconte l'histoire de mon p&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
H est n&#233; le 25 juin 1914 &#224; Budapest. Donc toute son enfance et sa jeunesse se sont d&#233;roul&#233;es pendant les ann&#233;es d'entre-deux guerres, dans la capitale, o&#249; la vie n'&#233;tait pas facile ; &#224; cette &#233;poque les gens vivaient mieux &#224; la campagne, para&#238;t-il. Apr&#232;s lui, avec quelques ann&#233;es de distance, mon grand-p&#232;re ayant sans doute &#233;t&#233; mobilis&#233; durant la guerre 14-18, sont n&#233;es encore deux petites soeurs. Ma grand-m&#232;re avait une sant&#233; pr&#233;caire : une maladie l'a emport&#233;e trop t&#244;t, laissant &#224; charge de son mari deux petites filles autour de 10 ans et mon p&#232;re qui devait avoir 15 ou 16 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rapidement mon p&#232;re devint apprenti dans un garage ce qu'il n'aimait pas. Voulant continuer ses &#233;tudes, d&#232;s que possible, il les a financ&#233;es lui-m&#234;me et s'est retrouv&#233; avec des futurs ing&#233;nieurs sur les bancs d'&#233;cole en cours d'apr&#232;s-midi et en cours du soir. Son dipl&#244;me en mains, il n'&#233;chappa pourtant pas au service militaire qui &#233;tait de 4 ann&#233;es. Comme la guerre s'&#233;tait d&#233;clar&#233;e entretemps, il a investi 7 ann&#233;es de sa vie au service de son pays. Donc il &#233;tait d&#233;cid&#233; de rattraper au plus vite le temps perdu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant m&#234;me sa totale d&#233;mobilisation, &#233;tant donn&#233; son dipl&#244;me, il a obtenu une place stable comme ing&#233;nieur de ponts et chauss&#233;es. Il s'&#233;tablit dans notre ville o&#249; il prit un logement chez l'habitant, un couple tr&#232;s gentil. Assez rapidement, ce couple lui a pr&#233;sent&#233; une jeune fille &#224; marier qui fut ma m&#232;re. Tous deux avaient d&#233;j&#224; 31 ans, voulaient se marier et fonder une famille. Le mariage s'est fait simplement, le 2 d&#233;cembre 1945, en plein hiver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Papa avait un m&#233;tier de direction. Il &#233;tait charg&#233; de faire remettre en &#233;tat les routes dans toute notre province et pour cela il avait une &#233;quipe d'ouvriers sous ses ordres. Mes parents habitaient une maison de fonction o&#249;, l'ann&#233;e apr&#232;s leur mariage, l'arriv&#233;e de jumeaux a donn&#233; le bonheur et la fiert&#233; &#224; mes parents. Cette fonction-l&#224;, papa n'a pas pu la garder plus de 4 ou 5 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la guerre, les russes n'ont jamais tout &#224; fait quitt&#233; la Hongrie et le r&#233;gime communiste devint de plus en plus oppressant. Tout le monde devait se faire membre du 'Parti', surtout ceux qui occupaient une fonction importante dans la soci&#233;t&#233;. Papa, donnant le mauvais exemple &#224; ses ouvriers en refusant de se faire communiste, a &#233;t&#233; invit&#233; &#224; c&#233;der sa place, non pas &#224; un plus comp&#233;tent que lui, mais &#224; un plus ob&#233;issant. A cette &#233;poque, il fallait suivre les indications d'une famille politique manipulatrice et de plus en plus corrompue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant les 7 ann&#233;es de service militaire, il avait suffisamment ob&#233;i &#224; des &#171; ordres stupides &#187; comme il disait, donc il &#233;tait d&#233;cid&#233; dor&#233;navant &#224; mener sa vie en suivant d'autres valeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il obtint une place &#224; la banque r&#233;gionale de sa ville. L&#224;, il avait une bonne vue sur les magouilles et les d&#233;penses absurdes dans la gestion du bien commun. Comme il n'avait pas un caract&#232;re &#224; garder sa langue en poche, il revendiquait la libert&#233; d'expression et de foi. Tous les dimanches il se rendait &#224; l'&#233;glise du centre-ville avec sa famille. Nous, les enfants, suivions le cours de religion et allions au cat&#233;chisme pour faire notre premi&#232;re communion. Ceci n'&#233;tait pas au go&#251;t du r&#233;gime communiste qui rassemblait les enfants, &#233;tonnamment tous les dimanches matin et les cong&#233;s scolaires, pour les endoctriner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, papa fut convoqu&#233; devant un conseil o&#249; les accusations pleuvaient. Il s'est d&#233;fendu bec et ongles, connaissant bien tous les articles de loi du nouveau r&#233;gime, en stipulant les failles et les contradictions que comportaient les accusations. Il f&#251;t rel&#226;ch&#233; avec les avertissements n&#233;cessaires de se tenir calme car, une prochaine fois, il n'&#233;chapperait plus &#224; une condamnation et un enfermement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En octobre 1956, il y eut l'insurrection : les &#233;tudiants et la classe intellectuelle en avaient assez de l'oppression russe et voulaient g&#233;rer le pays sans ing&#233;rence. Ce fut un bain de sang. Comme c'&#233;taient les d&#233;buts de la t&#233;l&#233;vision, ici en Belgique, la TV diffusait en continu les &#233;v&#233;nements qui se d&#233;roulaient &#224; Budapest et dans les autres grandes villes du pays. Les chars russes sont parvenus &#224; r&#233;primer l'insurrection. Apr&#232;s quoi, ce fut le d&#233;part massif de beaucoup de Hongrois qui ne pouvaient plus accepter l'oppression et ceux qui avaient particip&#233; activement &#224; la r&#233;volution, craignaient pour leur vie. En effet, ont suivi des interrogatoires muscl&#233;s et des actes de torture pour obtenir des d&#233;nonciations, de fausses accusations. Et avec cela, des enfermements, des ex&#233;cutions, des pendaisons, des d&#233;portations en Sib&#233;rie, des accidents provoqu&#233;s pour faire dispara&#238;tre des personnes g&#234;nantes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon p&#232;re n'a pas pris part active &#224; cette insurrection, ne voulant pas compromettre sa famille. Toute la population pourtant a subi les cons&#233;quences de cette r&#233;volution d'octobre. Je me souviens tr&#232;s vaguement d'une anecdote o&#249;, un soir, mes parents nous ont avertis que nous irions peut-&#234;tre nous r&#233;fugier &#224; la cave la nuit. Ce ne fut pas n&#233;cessaire. Moi, comme enfant, je n'ai aucun autre souvenir de cette p&#233;riode. Les grandes personnes recevaient de jour en jour les nouvelles de proches qui disparaissaient et ils vivaient dans l'angoisse de ce qui pouvait bien encore leur arriver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie de tous les jours serait d&#233;sormais diff&#233;rente apr&#232;s cette insurrection &#233;touff&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A un certain moment, mon p&#232;re apprit que des juifs avaient obtenu des papiers pour &#233;migrer en Am&#233;rique. Il s'est dit : je ne suis pas juif et je ne veux pas aller en Am&#233;rique, mais j'ai deux soeurs qui habitent depuis de longues ann&#233;es en Belgique. Je vais faire la demande pour les rejoindre avec toute ma famille, on verra bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant les ann&#233;es '30, la Belgique avait organis&#233; des vacances pour des enfants hongrois dans des familles d'accueil. Ils arrivaient par trains entiers. Ainsi les deux soeurs de papa sont venues en Belgique, une &#224; Poperinge et l'autre &#224; Ypres. Les familles belges respectives les faisaient revenir les ann&#233;es suivantes aussi. Lorsqu'elles devinrent adultes, elles ont d&#233;cid&#233; de rester d&#233;finitivement en Belgique. Tante Th&#233;r&#232;se s'est mari&#233;e assez tardivement et a eu un fils. Tante Elisabeth ne s'est jamais mari&#233;e mais est rest&#233;e habiter toute sa vie durant, dans sa famille d'accueil o&#249; elle a connu six g&#233;n&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc papa, encourag&#233; par ses deux soeurs et leurs familles respectives, a fait la demande de visa pour immigrer avec sa femme et trois enfants en Belgique. C'est invraisemblable, mais il a obtenu les papiers apr&#232;s avoir motiv&#233; sa demande. Naturellement, il ne pouvait invoquer le r&#233;gime communiste qui ne lui convenait pas. II a donn&#233; comme motivation sa sant&#233; : en effet il n'y avait pas si longtemps qu'il avait &#233;t&#233; op&#233;r&#233; d'un ulc&#232;re et que deux tiers de son estomac avait &#233;t&#233; enlev&#233;s. &#171; Il voulait mettre ses enfants et sa femme en s&#233;curit&#233; pr&#232;s de ses soeurs en Belgique, au cas o&#249; sa sant&#233; n&#233;cessiterait d'autres soins &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les autorit&#233;s hongroises c'&#233;tait clair et net que notre d&#233;part serait d&#233;finitif, sans possibilit&#233; de retour. D'ailleurs, tout ce que nous laisserions derri&#232;re nous serait confisqu&#233;. Ainsi, la femme et le fils d'un sergent nous ont &#233;t&#233; impos&#233;s et sont venus occuper la plus belle pi&#232;ce de notre maison, d&#233;j&#224; plusieurs mois avant notre d&#233;part. Apr&#232;s notre d&#233;part, ils habiteront toute la maison !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, un photographe vint &#224; la maison pour faire une s&#233;rie de photos. C'&#233;tait certainement n&#233;cessaire pour ajouter le portrait de chacun de nous aux documents et pour donner un souvenir &#224; la famille que nous laissions derri&#232;re nous ainsi qu'aux familles qui nous attendaient en Belgique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un premier temps, les autorit&#233;s belges ont mis leur veto pour nous accueillir pour une dur&#233;e ind&#233;termin&#233;e : ils avaient donn&#233; acc&#232;s &#224; des milliers de r&#233;fugi&#233;s hongrois pendant et apr&#232;s la r&#233;volution d'octobre '56 et ils ne voulaient pas accueillir davantage de personnes. La famille belge de mes deux tantes a donn&#233; toute la garantie n&#233;cessaire aux autorit&#233;s belges, pour notre accueil : elle assurait le travail pour papa, ainsi que le logement et notre mise en route pour d&#233;buter une nouvelle vie. Plus tard nous avons appris que la famille belge &#233;tait m&#234;me all&#233;e en p&#232;lerinage &#224; Lourdes pour confier &#224; la Sainte Vierge la r&#233;ussite de notre arriv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes parents n'auraient jamais consenti &#224; risquer le passage de la fronti&#232;re ou du rideau de fer comme clandestins, risquant leur vie ou la n&#244;tre. Etonnamment, tout s'est fait d'une mani&#232;re enti&#232;rement r&#233;glement&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes partis avec un jour de retard, parce que, arriv&#233;s &#224; Budapest, les autorit&#233;s de la gare devaient rev&#233;rifier tous nos documents avant de d&#233;livrer le ticket de train. Plus tard, le train prit du retard &#224; la fronti&#232;re parce que, &#224; nouveau, les gardes-fronti&#232;res devaient t&#233;l&#233;phoner &#224; Budapest pour se renseigner &#224; notre sujet. Notre d&#233;part, retard&#233; d'un jour, fut providentiel puisque le train que nous aurions d&#251; prendre eut un grave accident en cours de route. La famille qui nous attendait, ayant appris l'accident au journal, &#233;tait dans l'angoisse jusqu'au moment o&#249; un t&#233;l&#233;gramme leur parvint annon&#231;ant notre arriv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai tr&#232;s peu de souvenirs concernant notre d&#233;part ainsi que de notre voyage en train. Je sais vaguement que nous avons dormi &#224; Budapest, chez des amis de papa, les deux nuits avant notre d&#233;part. Moi je dormais sur deux fauteuils mis l'un en face de l'autre. Ensuite, je me vois dans le compartiment couchette de Vienne &#224; Ostende o&#249; un filet fut tir&#233; entre tes cieux couchettes d'en haut dans lequel je pouvais dormir. Pour le reste, je suppose que, pour les enfants que nous &#233;tions, mes fr&#232;res et moi, le voyage devait &#234;tre excitant, probablement aussi fatigant puisqu'assez long.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s &#233;tonnamment, je me souviens tr&#232;s bien de notre arriv&#233;e &#224; Ostende, le 22 d&#233;cembre 1957 et de l'accueil que la 'famille belge' nous fit. J'ai m&#234;me le souvenir pr&#233;cis de la fa&#231;on dont j'&#233;tais habill&#233;e... &#201;tant la plus petite, je me suis sentie directement tr&#232;s entour&#233;e. Cette sensation n'a jamais &#233;t&#233; d&#233;mentie et je me suis tr&#232;s vite acclimat&#233;e &#224; mon nouvel entourage. Nous avons habit&#233; durant deux ann&#233;es et demie &#224; Poperinge et j'en garde beaucoup de tr&#232;s bons souvenirs mais ce sera un nouveau chapitre &#224; &#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article1135' class='spip_in'&gt;Lire la suite&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Premier No&#235;l et d&#233;but d'une nouvelle vie en Belgique (Elisabeth)</title>
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		<dc:creator>Sylvie (A&amp;T)</dc:creator>


		<dc:subject>Ecole, &#233;tudes</dc:subject>
		<dc:subject>Solidarit&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte fait partie du feuilleton d'Elisabeth &#034;Entre Hongrie et Belgique, un chemin d'immigration&#034; Lire l'ensemble &lt;br class='autobr' /&gt;
Trois jours apr&#232;s notre arriv&#233;e en Belgique, c'&#233;tait No&#235;l. Notre famille belge a tout fait pour nous rendre cette f&#234;te agr&#233;able. J'ai re&#231;u une poup&#233;e avec de vrais cheveux mais elle n'a jamais remplac&#233; ma poup&#233;e b&#233;b&#233;, grandeur nature, qui &#233;tait rest&#233;e en Hongrie. Elle s'appelait Dodo. Plus tard maman a cousu toute une s&#233;rie de v&#234;tements pour cette poup&#233;e pour que j'apprenne &#224; la ch&#233;rir mais rien (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L109xH150/arton1135-7be53.jpg?1776712217' width='109' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie du feuilleton d'Elisabeth &#034;Entre Hongrie et Belgique, un chemin d'immigration&#034; &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique164' class='spip_in'&gt;Lire l'ensemble&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Trois jours apr&#232;s notre arriv&#233;e en Belgique, c'&#233;tait No&#235;l. Notre famille belge a tout fait pour nous rendre cette f&#234;te agr&#233;able. J'ai re&#231;u une poup&#233;e avec de vrais cheveux mais elle n'a jamais remplac&#233; ma poup&#233;e b&#233;b&#233;, grandeur nature, qui &#233;tait rest&#233;e en Hongrie. Elle s'appelait Dodo. Plus tard maman a cousu toute une s&#233;rie de v&#234;tements pour cette poup&#233;e pour que j'apprenne &#224; la ch&#233;rir mais rien n'y a fait, je ne l'ai jamais vraiment adopt&#233;e et elle ne re&#231;ut jamais de nom. Ma maman &#233;tait g&#234;n&#233;e vis-&#224;-vis de la famille qui me l'avait offerte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous habitions provisoirement dans une maison qui &#233;tait destin&#233;e &#224; la d&#233;molition. La maison qui &#233;tait pr&#233;vue pour nous n'allait se lib&#233;rer que quelques mois plus tard. En attendant c'&#233;taient le froid et l'humidit&#233; qui entraient par toutes les fissures mais il y avait quand m&#234;me le strict n&#233;cessaire pour d&#233;marrer. Mes parents &#233;taient &#233;tonn&#233;s de l'absence de salle de bain ; plus tard ils apprirent que la Belgique avait du retard sur la Hongrie en ce qui concernait le confort sanitaire. M&#234;me notre famille d'accueil qui &#233;tait ais&#233;e n'avait de l'eau courante que dans la cuisine. Chaque chambre &#224; coucher avait une cr&#233;dence avec une bassine et une cruche assortie en porcelaine. Les lavabos n'existaient pas encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La famille belge de ma tante Elisabeth poss&#233;dait un grand magasin de meubles avec trois niveaux d'exposition et un coin o&#249; ils vendaient aussi des jouets. Dans un b&#226;timent annexe se trouvaient l'entrep&#244;t de meubles et de jouets ainsi qu'un atelier. Plusieurs ouvriers y travaillaient et trois servantes s'occupaient du nettoyage, de la lessive et du m&#233;nage. Trois g&#233;n&#233;rations vivaient sous le m&#234;me toit, avec en plus, ma tante. Les trois enfants de la famille se sont mari&#233;s l'un apr&#232;s l'autre ces ann&#233;es-l&#224; et ont quitt&#233; la maison. Mon p&#232;re fut engag&#233; pour le travail dans l'atelier et pour le transport des meubles ainsi que pour la conduite des trois camions de taille diff&#233;rente qu'ils poss&#233;daient. Il devait se rendre disponible selon les n&#233;cessit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s les vacances de No&#235;l, au mois de janvier, j'entrais dans ma nouvelle &#233;cole (Grauwe Zusters Penitenten) en poursuivant ma 2&#232;me ann&#233;e. J'ai le tr&#232;s bon souvenir que l'enseignante s'investissait pour que je m'ins&#232;re au plus vite. Elle poss&#233;dait un dictionnaire pour se faire comprendre. Les religieuses aussi qui tenaient l'&#233;cole &#233;taient bienveillantes envers l'unique &#233;l&#232;ve &#233;trang&#232;re que comptait leur &#233;cole. Mes deux fr&#232;res ont &#233;t&#233; accueillis au mois de janvier en 1&#232;re primaire dans l'&#233;cole des gar&#231;ons. Ils y sont rest&#233;s jusqu'aux grandes vacances. L'ann&#233;e d'apr&#232;s, ils ont refait la 5&#232;me primaire qu'ils avaient entam&#233;e en Hongrie. Pour eux, ce changement et cette r&#233;gression n'&#233;taient pas &#224; leur avantage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques fois, les r&#233;fugi&#233;s hongrois des deux Flandres se rassemblaient. En y allant la premi&#232;re fois, mon p&#232;re fut offusqu&#233; de la distribution de colis alimentaires. &#171; Comment donc, je ne suis pas venu en Belgique pour recevoir la charit&#233; ! Je gagne ma vie et j'ach&#232;te moi-m&#234;me ce dont ma famille a besoin l &#187; Il accepta n&#233;anmoins quelques jouets comme cadeaux pour les enfants. Il lui avait fallu d&#233;j&#224; accepter le n&#233;cessaire pour red&#233;marrer sa vie avec sa famille, c'&#233;tait suffisant ! Nous n'aimions pas trop ces rencontres o&#249; chacun se plaisait &#224; raconter son douloureux v&#233;cu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme j'&#233;tais fort ch&#233;rie par ma tante et toute sa famille belge, surtout par Greta qui avait 18 ans, j'allais souvent chez eux. Leur grande maison, les salles d'expositions, l'atelier et surtout l'entrep&#244;t des jouets devenaient mon terrain de jeu. J'avais acc&#232;s et champ libre partout. J'appris vite la langue puisque toutes les personnes que j'y rencontrais m'adressaient la parole. Rapidement je lus tous les livres Spirou, Marsupilami, Tintin que je trouvais dans la maison. Le premier &#233;t&#233;, je fus &#233;galement envoy&#233;e dans une colonie de vacances pour bien apprendre la langue, tandis que mes parents, avec mes fr&#232;res, allaient &#224; Bruxelles pour visiter l'expo '58.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assez rapidement maman a ressenti que les relations avec les deux soeurs de papa n'&#233;taient pas aussi chaleureuses qu'avec ses propres soeurs rest&#233;es en Hongrie. Papa aussi a bien compris que retrouver ses deux s&#339;urs, apr&#232;s plus de 20 ans de s&#233;paration n'&#233;tait pas ce qu'il avait esp&#233;r&#233;. En fait, ils ont peu v&#233;cu ensemble et sans leur m&#232;re, d&#233;c&#233;d&#233;e trop jeune. Leur p&#232;re n'avait pas r&#233;ussi &#224; souder la famille.&lt;br class='autobr' /&gt;
Probablement pour mettre du baume sur la nostalgie de maman, &#224; l'approche de notre 2&#232;me No&#235;l, notre grand-m&#232;re est venue nous rendre visite. Un de mes fr&#232;res avait attrap&#233; la jaunisse et &#233;tait interdit d'&#233;cole pendant deux ou trois mois. C'est &#224; ce moment-l&#224; que grand-m&#232;re est venue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle m'a rapport&#233; la grande poup&#233;e Dodo qui me manquait toujours. Cette poup&#233;e, aujourd'hui, se trouve chez moi. Je l'ai r&#233;cup&#233;r&#233;e chez mes parents, apr&#232;s que ma ni&#232;ce et mon neveu l'aient maltrait&#233;e dans leurs jeux d'enfants mais elle a surv&#233;cu. La venue de grand-m&#232;re servait surtout &#224; consoler maman qui avait le mal du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le seul endroit o&#249; mes parents ne se sentaient pas d&#233;pays&#233;s, c'&#233;tait en allant &#224; la messe le dimanche. C'&#233;tait le temps o&#249; les messes se disaient en gr&#233;gorien, il n'y fallait pas comprendre grande chose &#224; cette &#233;poque. Ils &#233;taient heureux de pouvoir vivre leur foi ici, en pleine libert&#233;, et que nous, les enfants, fr&#233;quentions des &#233;coles catholiques o&#249; la pri&#232;re trouvait sa place avant les cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Habiter &#224; Poperinge devenait doucement trop lourd. Dans cette ville, il n'y avait aucune distraction. Si nous voulions faire une promenade, il n'y avait que le cimeti&#232;re. Nous promener en ville attirait l'attention de tous les passants : nous &#233;tions les seuls &#233;trangers dans cette ville et tout le monde nous connaissait et, rien que par leur regard, ils nous faisaient ressentir que nous &#233;tions diff&#233;rents d'eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s deux ann&#233;es, papa a trouv&#233; &#224; Anvers un autre travail. Il a lou&#233; une chambre dans la Maison Hongroise qui existait &#224; l'&#233;poque et revenait toutes les fins de semaine avec des grosses oranges pour nous, les enfants, et des poivrons pour maman. Ces denr&#233;es alimentaires nous manquaient &#233;norm&#233;ment, puisque indispensables dans toute pr&#233;paration de la cuisine hongroise. Pour les grandes vacances 1950, papa a trouv&#233; un appartement o&#249; nous avons d&#233;m&#233;nag&#233;. Nous y avons habit&#233; jusqu'&#224; l'achat de notre maison, dix ans apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Papa voulut donc se d&#233;tacher de notre premier enracinement belge. Le travail de transporteur de meubles ne convenait pas pour sa sant&#233; et il se sentait aussi devenir de plus en plus l'homme &#224; tout faire de la famille. Il ne voulait pas non plus &#234;tre dans l'obligation de rester redevable durant toute sa vie &#224; ceux qui nous ont accueillis avec beaucoup de bienveillance. Ils nous ont aid&#233;s &#224; red&#233;marrer dans la vie, pour cela il restait reconnaissant, mais il ne voulait pas se laisser enfermer dans une non-libert&#233;, en se mettant enti&#232;rement &#224; la disposition de notre famille d'accueil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vu son &#226;ge, d&#233;j&#224; 45 ans, et ne connaissant pas ais&#233;ment la langue, il &#233;tait difficile pour papa de trouver un m&#233;tier qui corresponde &#224; sa formation. ll trouva une offre d'emploi dans un garage FIAT &#224; Anvers, tout ce qu'il avait d&#233;test&#233; dans sa jeunesse. Pourtant, gr&#226;ce &#224; son habilet&#233; manuelle, son savoir-faire et sa d&#233;brouillardise, il devint un ouvrier appr&#233;ci&#233; par son patron. Durant les 10 ann&#233;es qu'il y a travaill&#233;, il s'est sp&#233;cialis&#233; dans la r&#233;paration, surtout des moteurs. Ensuite, ayant achet&#233; une maison avec un grand garage, il devint son propre patron. Par ce travail bien stable, il a offert &#224; sa famille un &#233;quilibre, une stabilit&#233; et un avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article1136' class='spip_in'&gt;Lire la suite&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Mon pays, ma patrie (Elisabeth)</title>
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		<dc:creator>Sylvie (A&amp;T)</dc:creator>


		<dc:subject>Religion, valeurs et &#233;thique</dc:subject>
		<dc:subject>Solidarit&#233;</dc:subject>

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&lt;p&gt;Ce texte fait partie du feuilleton d'Elisabeth &#034;Entre Hongrie et Belgique, un chemin d'immigration&#034; Lire l'ensemble &lt;br class='autobr' /&gt;
En d&#233;m&#233;nageant &#224; Anvers, mon enfance insouciante est rest&#233;e &#224; Poperinge. Je l'ai retrouv&#233;e encore quelques fois en retournant en vacances chez ma tante. &lt;br class='autobr' /&gt;
Papa avait trouv&#233; pour moi une &#233;cole francophone, se disant qu'avec le fran&#231;ais, j'irais plus loin qu'avec le n&#233;erlandais. Le temps d'affronter des difficult&#233;s commen&#231;ait pour moi. Pour m'encourager, il s'inscrivit lui-m&#234;me en cours du soir (...)&lt;/p&gt;


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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie du feuilleton d'Elisabeth &#034;Entre Hongrie et Belgique, un chemin d'immigration&#034; &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique164' class='spip_in'&gt;Lire l'ensemble&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En d&#233;m&#233;nageant &#224; Anvers, mon enfance insouciante est rest&#233;e &#224; Poperinge. Je l'ai retrouv&#233;e encore quelques fois en retournant en vacances chez ma tante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Papa avait trouv&#233; pour moi une &#233;cole francophone, se disant qu'avec le fran&#231;ais, j'irais plus loin qu'avec le n&#233;erlandais. Le temps d'affronter des difficult&#233;s commen&#231;ait pour moi. Pour m'encourager, il s'inscrivit lui-m&#234;me en cours du soir pour apprendre le fran&#231;ais et souvent je l'accompagnais. A cette &#233;poque, il ne connaissait pas encore bien les questions linguistiques de pays d'accueil. Le nouveau pacte scolaire de 1960 stipulait que chaque r&#233;gion ne devait avoir que des &#233;coles dans sa langue respective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole o&#249; il m'inscrivit &#233;tait une &#233;cole priv&#233;e fr&#233;quent&#233;e surtout par des enfants de diplomates. ll y avait une classe unique pr&#233;vue pour tous les &#233;l&#232;ves en apprentissage du fran&#231;ais. Seulement apr&#232;s la connaissance suffisante de la langue, nous pouvions retrouver notre classe respective. A peine le n&#233;erlandais bien appris, me voil&#224; &#224; recommencer dans une nouvelle langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fois-ci, je n'ai plus retrouv&#233; la bienveillance &#224; mon &#233;gard et je ne trouvais pas bien ma place dans cette &#233;cole o&#249; les &#233;l&#232;ves &#233;taient de confessions et d'origines diff&#233;rentes. Le cours de religion regroupait en une seule classe les &#233;l&#232;ves de diff&#233;rents niveaux. Je me souviens douloureusement qu'un jour, &#224; mon retour de celui-ci, la titulaire de ma classe d'accueil me confisqua tout un paquet d'images pieuses, re&#231;ues juste auparavant, et qu'elle le jeta dans la poubelle. Ce geste m'avait boulevers&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s deux ann&#233;es plus un trimestre, je suis retourn&#233;e dans une &#233;cole n&#233;erlandophone pour ne pas prendre encore plus de retard dans ma scolarit&#233;. Ce changement, en cours d'ann&#233;e d&#233;j&#224; entam&#233;e, me co&#251;ta une ann&#233;e de retard : je changeais de section Moderne vers la section Latin-Grec. Tout au long de mes ann&#233;es d'humanit&#233;s, je me suis sentie en d&#233;calage de deux ann&#233;es avec mes compagnes de classe, puisque n&#233;e au mois de d&#233;cembre, je suis entr&#233;e en premi&#232;re ann&#233;e primaire &#224; 7 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Huit ann&#233;es apr&#232;s notre arriv&#233;e en Belgique, comme tous les autres Hongrois, nous avons fait la demande pour &#234;tre naturalis&#233;s belges. A cette &#233;poque, la proc&#233;dure durait deux ann&#233;es. Ayant obtenu sans probl&#232;me les documents, nous avons commenc&#233; &#224; retourner en Hongrie pour les vacances. J'avais 18 ans quand j'ai revu le pays de mon enfance et la famille hongroise qui s'&#233;tait agrandie depuis les 10 derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes deux fr&#232;res qui avaient tout juste 21 ans, donc majeurs, ont remis &#224; plus tard l'acceptation de la naturalisation, ne voulant pas faire de service militaire. Ils sont rest&#233;s des '&#233;trangers' plus longtemps, ce qui n'&#233;tait &#224; leur avantage lors des demandes d'embauche. Ils sont devenus belges autour de leurs 27 ans en payant les frais administratifs. Ensuite, eux aussi ont commenc&#233; &#224; red&#233;couvrir le pays que nous avions quitt&#233;. Chacun y retournait &#224; son propre rythme. Mais jamais plus nous ne nous y sommes retrouv&#233;s tous ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes parents &#233;taient-ils heureux d'&#234;tre venus en Belgique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Papa n'aurait jamais avou&#233; le contraire. ll se sentait surtout libre de g&#233;rer sa vie et celle de sa famille comme il l'entendait. Maman a toujours gard&#233; la nostalgie. Elle est toujours rest&#233;e femme au foyer. En Hongrie, avant son mariage, elle gagnait sa vie et aidait sa m&#232;re veuve avec trois enfants, en travaillant comme couturi&#232;re ind&#233;pendante. Pour apprendre la langue, elle a essay&#233; de travailler dans un atelier de couture &#224; Anvers. Les jeunes filles avec qui elle travaillait, au lieu de l'aider dans l'apprentissage de la langue, se sont tellement moqu&#233;es d'elle qu'elle n'a pas tenu bien longtemps. Sur ce point, papa trouvait plus important que les trois enfants aient une maman qui prenne soin d'eux plut&#244;t qu'une maman qui aurait pu devenir une malade nerveuse dans un milieu hostile. Ainsi, maman n'a jamais vraiment appris la langue du pays. Plus tard, avec ma belle-s&#339;ur belge et les deux petits-enfants qui sont venus tr&#232;s souvent &#224; la maison, elle a quand m&#234;me appris les rudiments du n&#233;erlandais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es ont pass&#233;, nos parents ont sacrifi&#233; leur vie pour que nous, les enfants, nous puissions bien nous int&#233;grer dans notre nouveau pays. Notre avenir a pris forme. Avec le temps, malgr&#233; sa nostalgie permanente, m&#234;me maman avait compris que sa place &#233;tait pr&#232;s de ses enfants et petits-enfants. Sa belle-fille flamande, qui avait bien adopt&#233; toute notre famille hongroise, y a certainement contribu&#233; activement. Mon fr&#232;re et ma belle-soeur sont all&#233;s tous les deux ans en Hongrie pour leurs vacances avec leurs deux enfants. Maintenant que ces enfants sont devenus adultes, ma ni&#232;ce avec son mari et leurs deux enfants respectifs continuent eux aussi ce rythme de vacances en Hongrie tous les deux ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jamais nous n'avons envisag&#233; un seul instant retourner d&#233;finitivement en Hongrie. La Belgique est devenue enti&#232;rement notre pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois les parents d&#233;c&#233;d&#233;s ainsi que tous ceux qui nous ont connus comme enfants en Hongrie, les liens se sont &#233;cart&#233;s pour moi de plus en plus. En ce qui me concerne, j'y vais de moins en moins. C'est ici que j'ai tiss&#233; ma vie et je ne connais aucune nostalgie ou attirance majeure. Je ne le nie pas, quand je revois encore des membres de ma famille en Hongrie, je me sens tout &#224; fait bien avec eux et ils nous font &#224; chaque fois toujours la f&#234;te. Pourtant, une fois en dehors de ma vision, je les sens loin de ce qu'est devenue ma vie. Quand je reviens, apr&#232;s avoir pass&#233; des vacances l&#224;-bas, je sens bien qu'ici nous vivons d'autres valeurs, nous avons d'autres centres d'int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut savoir choisir clans la vie, une fois le choix fait, ne plus regarder en arri&#232;re. On ne peut vivre ici et ailleurs en m&#234;me temps et nous n'avons qu'une seule vie &#224; vivre. Notre avenir est devant nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souvent les hommes se rendent mutuellement la vie impossible. Des pays se font la guerre et certains sont contraints &#224; faire des choix, en &#226;me et en conscience, auparavant non envisag&#233;s. Mes parents ont fait leur choix avec des cons&#233;quences difficiles pour eux et pour leurs enfants aussi. Voil&#224; que le rideau de fer et le mur de Berlin sont tomb&#233;s, mais l'histoire se r&#233;p&#232;te et la b&#234;tise humaine ne tonnait pas de fin : d'autres murs s'&#233;rigent&#8230; Les r&#233;fugi&#233;s ne sont pas les bienvenus. Il nous sera toujours offert des occasions pour grandir en humanit&#233; en reconnaissant l'autre qui est diff&#233;rent comme un fr&#232;re. Peut-&#234;tre a-t-il aussi besoin de mon aide et de ma bienveillance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seule l'histoire nous dira o&#249; va notre plan&#232;te avec ces brassages de populations. Moi, j'ai donn&#233; ma r&#233;ponse : toute personne humaine a une valeur sacr&#233;e, cela personne ne peut le lui enlever. Nous sommes tous des fr&#232;res et soeurs en humanit&#233;. Pour apprendre &#224; g&#233;rer notre terre et la vie des hommes, apprenons &#224; vivre dans un esprit honn&#234;te et fraternel. Que nous vivions dans un pays ou dans un autre, pour Dieu, cela n'a pas d'importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Belgique n'a pas &#233;t&#233; le paradis r&#234;v&#233; pour mes parents. Leur choix et leurs sacrifices m'ont permis de devenir celle que je suis aujourd'hui et cela est &#233;norme. Jamais l&#224;-bas je n'aurais pu faire le choix de vie que j'ai fait ici. C'est la foi qui m'a ouvert la porte du bonheur. La bienveillance de mes parents et de mon entourage m'y ont aid&#233;e. De patrie, je n'en ai qu'une seule et je vis d&#233;j&#224; dedans : c'est le Royaume de Dieu. Cette d&#233;couverte c'est la Belgique qui m'a permis de le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour bien construire son avenir, je pense qu'il est bon de se rem&#233;morer les bienfaits dont nous avons &#233;t&#233; b&#233;n&#233;ficiaires. Il n'est pas bon pourtant de s'&#233;terniser sur le pass&#233; c'est l'avenir qui est devant nous. Cet avenir je peux le recevoir comme un don, gr&#226;ce &#224; l'intervention de tous les intervenants du pass&#233; et ceux d'aujourd'hui. Parmi eux, Dieu s'est toujours d&#233;clar&#233; 'pr&#233;sent' C'est une autre mani&#232;re de lire sa propre histoire et celle de sa famille, si le coeur vous en dit, essayez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article1137' class='spip_in'&gt;Lire la suite&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Etre implant&#233;e quelque part (Elisabeth)</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sylvie (A&amp;T)</dc:creator>


		<dc:subject>Amour, mariage, divorce</dc:subject>
		<dc:subject>Religion, valeurs et &#233;thique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte fait partie du feuilleton d'Elisabeth &#034;Entre Hongrie et Belgique, un chemin d'immigration&#034; Lire l'ensemble &lt;br class='autobr' /&gt;
Vers la fin du mois d'octobre 2016, une petite dame de 89 ans que j'ai appris &#224; conna&#238;tre il y a deux ans me t&#233;l&#233;phone. Elle me demande de l'accompagner &#224; la Maison Hongroise o&#249; allait avoir lieu une s&#233;ance acad&#233;mique &#224; l'occasion des comm&#233;morations des 60 ans de la r&#233;volution d'octobre 1956. Beaucoup plus par esprit de serviabilit&#233; que par conviction personnelle, nous nous y sommes rendues. (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot160" rel="tag"&gt;Religion, valeurs et &#233;thique&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L150xH113/arton1137-d94d5.jpg?1776712217' width='150' height='113' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie du feuilleton d'Elisabeth &#034;Entre Hongrie et Belgique, un chemin d'immigration&#034; &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique164' class='spip_in'&gt;Lire l'ensemble&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Vers la fin du mois d'octobre 2016, une petite dame de 89 ans que j'ai appris &#224; conna&#238;tre il y a deux ans me t&#233;l&#233;phone. Elle me demande de l'accompagner &#224; la Maison Hongroise o&#249; allait avoir lieu une s&#233;ance acad&#233;mique &#224; l'occasion des comm&#233;morations des 60 ans de la r&#233;volution d'octobre 1956. Beaucoup plus par esprit de serviabilit&#233; que par conviction personnelle, nous nous y sommes rendues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la suite, j'appris que toute une s&#233;rie de manifestations allaient avoir lieu ce week-end du 22-23 octobre conf&#233;rences, t&#233;moignages, festivit&#233;s &#224; l'esplanade du Cinquantenaire, messe &#224; la Cath&#233;drale, suivie d'une procession de lumi&#232;res jusqu'&#224; la Colonne du Congr&#232;s, concert dans la grande salle de Flagey, et la sortie d'un livre avec les t&#233;moignages des Hongrois arriv&#233;s en Belgique il y a 60 ans. Je me suis donc plong&#233;e durant ce week-end dans mes racines pour exp&#233;rimenter ce que j'allais ressentir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vrai, c'&#233;tait bien agr&#233;able de savoir que j'avais ma place quelque part dans tout cela, que je pouvais tout comprendre, participer activement aux chants, &#224; la pri&#232;re...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai rafraichi un peu ma connaissance historique des faits :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; la r&#233;sistance en octobre '56 avait dur&#233; 20 jours ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 33 ann&#233;es d'oppression ont suivi jusqu'&#224; la chute du mur de Berlin en 1989 ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; 200.000 &#224; 300.000 hongrois se sont dispers&#233;s dans tous les pays du monde ;&lt;/li&gt;&lt;li&gt; dont 2.000 &#224; 3.000 en Belgique en un premier moment. D'autres ont suivi apr&#232;s.&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;A part cela, ayant c&#244;toy&#233; un millier de personnes durant ce week-end, je n'ai pas trouv&#233; plus que cinq visages connus mais j'ai essay&#233; d'entrer en contact avec quelques inconnus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est ce qui me lie encore &#224; cette communaut&#233; hongroise &#224; part la langue et une m&#234;me origine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certainement pas un nationalisme qui par moment essaye de prendre le dessus. Notre v&#233;cu est si diff&#233;rent les uns des autres : les Hongrois de '56 et les autres, ceux que l'on appelle 'les nouveaux Hongrois de l'Europe' qui ont un pied en Belgique et un autre pied dans leur pays. Il y a ceux qui ont pay&#233; leur libert&#233; en acceptant le d&#233;racinement de leur pays, les nouveaux arriv&#233;s d'aujourd'hui qui sont &#224; la recherche d'une aisance &#233;conomique et d'autres qui deviennent les nouveaux riches...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abolition des fronti&#232;res est une chose, vivre les uns avec les autres dans une m&#234;me entente et le respect en est une autre. Des diff&#233;rences et des ressemblances, je peux en trouver dans chaque personne que je rencontre. L'approche et l'unit&#233; que je recherche avec l'autre, je dois d'abord les chercher et essayer de les vivre en moi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien assumer ses racines est une r&#233;alit&#233; &#224; construire, un d&#233;fi &#224; relever. Une plong&#233;e d&#233;mesur&#233;e vers ses racines peut signifier que l'on est toujours &#224; la recherche de l'unit&#233; de sa personne. La nostalgie emp&#234;che de vivre le quotidien que la vie impose ou propose. Le d&#233;ni de ses origines n'est qu'un camouflage de la v&#233;rit&#233; sans laquelle une vie sereine est impossible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avoir aussi d'autres racines est une richesse que rien ni personne ne nous enl&#232;vera. Elle nous donne une ouverture d'esprit avec la possibilit&#233; d'int&#233;grer en nous toutes les diff&#233;rences. Vivre ici, tout en venant d'ailleurs, est aussi un atout pour voir clair et pour se distancier quand un nationalisme mal plac&#233; veut prendre le dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est bon de savoir que nous avons des origines implant&#233;es quelque part mais il est surtout important de savoir qu'avant toute chose, la plupart d'entre nous ont &#233;t&#233; implant&#233;s sous le coeur protecteur d'une maman, fruit d'un acte d'amour de deux &#234;tres humains. Parfois ce premier implant fait d&#233;faut. Mais, m&#234;me si les enfants dont la vie est accompagn&#233;e par l'amour de leurs parents ont une longueur d'avance, la vie est assez longue pour que chacun d&#233;couvre que l'amour existe vraiment. Nous ne sommes pas &#233;gaux devant la vie et quelle que soit notre origine en venant au monde, se construire est la mission de tous et de chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute vie se d&#233;roule sous la pluie et le soleil, et les couleurs de l'arc-en-ciel sont les m&#234;mes pour chacun de nous : le violet, l'indigo, le bleu pastel, le vert, le jaune-or, l'orange, le rouge, ces couleurs nous les retrouvons dans notre v&#233;cu. L'arc-en-ciel symbolise que le ciel et la terre sont reli&#233;s par un anneau de fian&#231;ailles qu'il nous est propos&#233; d'accepter ou pas. Etre enracin&#233; dans une terre est important, &#234;tre reli&#233; par cet anneau de fian&#231;ailles est autrement important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de d&#233;couvrir que j'&#233;tais enracin&#233;e puis d&#233;racin&#233;e de mon pays, j'ai d&#233;couvert que j'&#233;tais enracin&#233;e dans l'amour de mes parents qui ont tenu bon, &#224; travers tous les orages de leur vie, parce qu'ils &#233;taient eux-m&#234;mes enracin&#233;s dans un amour plus grand qui pr&#233;c&#233;dait leur capacit&#233; d'aimer. Depuis, j'ai assum&#233; mes origines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sais qu'il y a un Dieu bienveillant pour chacun de nous, qu'on le sache ou pas. Cet amour nous pr&#233;c&#232;de peu importe o&#249; m&#232;ne notre vie. La d&#233;couverte de cet amour m'a permis de vivre ma vie dans la recherche de la hauteur, la profondeur, la largeur et le tout, sans fronti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque je ne peux vivre ma vie d'une mani&#232;re d&#233;sincarn&#233;e, je vis ma vie ici et maintenant. L'horloge du temps ne peut &#234;tre tourn&#233;e en arri&#232;re donc, je garde mon regard fix&#233; vers l'avant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Rester toujours attentive au rythme que la vie me donne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Veiller &#224; ne pas se laisser emporter par des vagues trop fortes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Garder jalousement l'unit&#233; et la s&#233;r&#233;nit&#233; acquises tout au long des ann&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Partager ce qui peut &#234;tre avec celui ou celle qui cherche aussi des contacts dans un partage r&#233;ciproque.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; comment j'envisage mon avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un plus un font un (1+1=1). Une racine, plus une deuxi&#232;me racine n'en font pas deux, mais font l'originalit&#233; de quelque chose de nouveau qui s'inscrit d&#233;j&#224; dans l'&#233;ternit&#233;...&lt;br class='autobr' /&gt;
A chacun sa route, &#224; chacun son chemin.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La lib&#233;ration : 3 septembre 1944 (Adrien)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article475</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article475</guid>
		<dc:date>2016-09-02T07:43:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre 40-45</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;3 septembre 1944, Enghien &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a peu de monde &#224; la messe ce dimanche matin Le capucin de service ne semble pas avoir le c&#339;ur &#224; son ouvrage d'officiant. Les fid&#232;les parlent entre eux presque &#224; voix haute. Je per&#231;ois des bribes de leurs conversation : &#171; Radio Londres a annonc&#233; hier soir que les troupes am&#233;ricaines sont entr&#233;es en Belgique &#187;, &#171; Arras a &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e avant-hier &#187;, &#171; Ils vont certainement arriver aujourd'hui &#187;, &#171; Un drapeau belge a &#233;t&#233; plant&#233; cette nuit sur la tour de la grande &#233;glise &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt; L'espoir (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L143xH150/arton475-be5b3.jpg?1776944056' width='143' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3 septembre 1944, Enghien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Il y a peu de monde &#224; la messe ce dimanche matin Le capucin de service ne semble pas avoir le c&#339;ur &#224; son ouvrage d'officiant. Les fid&#232;les parlent entre eux presque &#224; voix haute. Je per&#231;ois des bribes de leurs conversation : &#171; Radio Londres a annonc&#233; hier soir que les troupes am&#233;ricaines sont entr&#233;es en Belgique &#187;, &#171; Arras a &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e avant-hier &#187;, &#171; Ils vont certainement arriver aujourd'hui &#187;, &#171; Un drapeau belge a &#233;t&#233; plant&#233; cette nuit sur la tour de la grande &#233;glise &#187;.	&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'espoir est palpable. Le bonheur qui en est le corollaire d&#233;ride tous les visages et y dessine des amorces de sourires.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ite missa est &#187;. Le &#171; Deo gratias &#187; qui suit se perd dans le brouhaha provoqu&#233; par la sortie pr&#233;cipit&#233;e des ouailles que Dieu a d&#251; trouver bien ti&#232;des en cette belle matin&#233;e de septembre.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon p&#232;re n'arr&#234;te pas de tousser, nerveusement. Une inqui&#233;tude perce la cuirasse de sa joie. Probablement la crainte de violents combats ou de bombardements imminents.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour rentrer &#224; la maison nous devons traverser une rue qu'encombre une pitoyable soldatesque &#224; l'uniforme vert de gris. Les militaires progressent en deux files. La premi&#232;re comporte des v&#233;hicules hippomobiles et des soldats se mouvant &#224; pied dans le d&#233;sordre le plus complet. La deuxi&#232;me se compose de camions, motos, camionnettes, autochenilles, chars et canons tract&#233;s. Le convoi fortement camoufl&#233; de branchages fait songer &#224; une for&#234;t en marche. Le d&#233;fil&#233; se poursuit jour et nuit depuis pr&#232;s d'une semaine. Les fuyards abrutis par la fatigue avancent comme des automates, le regard vide de toute expression. Est-ce l&#224; tout ce qui reste de cette fi&#232;re arm&#233;e conqu&#233;rante de mai 1940 ? Le soleil &#233;clatant et le ciel profond&#233;ment bleu sont les seuls points communs entre les journ&#233;es d'invasion et ce dimanche de d&#233;b&#226;cle.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233; &#224; la maison, mon p&#232;re d&#233;place le couvercle en b&#233;ton d'une citerne ext&#233;rieure laquelle, vid&#233;e de ses eaux, nous a servi d'abri lors d'alertes a&#233;riennes. J'aime descendre dans ce lieu, me fondre dans sa p&#233;nombre, savourer sa fra&#238;cheur et lancer des petits cris que l'&#233;cho fait rebondir sur les parois ciment&#233;es&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est l'heure de la sieste, mais elle ne sera pas respect&#233;e aujourd'hui.
&lt;br /&gt;
Tous les habitants du quartier post&#233;s sur le pas de leur porte s'interpellent et se communiquent des nouvelles qui, pour la plupart, s'apparentent plut&#244;t &#224; des rumeurs. Des tirs provenant de l'ext&#233;rieur de la ville arr&#234;tent net les conversations. Soudain un avion de chasse anglais nous survole &#224; basse altitude. Au ronronnement assourdissant de son puissant moteur suivent des d&#233;tonations de mitrailleuses et des explosions successives. Les commentaires vont bon train. Le combat doit se d&#233;rouler dans les environs du cimeti&#232;re. La mitraillade se renouvelle &#224; plusieurs reprises. Tr&#232;s peu de temps apr&#232;s l'avion passe &#224; nouveau, en sens inverse, presque &#224; la hauteur des toits. Un peu plus tard, une nouvelle rumeur prend corps, une colonne blind&#233;e allemand aurait &#233;t&#233; an&#233;antie au lieu-dit &#171; Le Patriote &#187;. Un cycliste appara&#238;t, la chemise tremp&#233;e de transpiration. Il confirme le massacre dont il se dit avoir &#233;t&#233; le t&#233;moin. Il pr&#233;tend aussi que les Allemands ont fusill&#233; un groupe de r&#233;sistants. Et les rumeurs se transforment en nouvelles.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La joie se m&#234;le &#224; la tristesse, l'espoir &#224; la crainte. De l'excitation rehauss&#233;e d'appr&#233;hension naissent des &#233;clats de rires nerveux.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la fa&#231;ade d'une maison de la rue vient d'&#234;tre hiss&#233; un grand drapeau belge. La demeure est occup&#233;e par un collaborateur notoire. A la stupeur et la consternation provoqu&#233;es par ce revirement grotesque suit une bienfaisante hilarit&#233;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une demi heure plus tard, une jeune femme d&#233;boule dans la rue et la voix vibrante d'&#233;motion s'&#233;crie : &#171; Les Anglais sont l&#224; ! Ils sont &#224; la rue de Bruxelles ! &#187;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A quoi peuvent bien ressembler ces dieux que la propagande nazie ne nous a montr&#233;s que morts ou prisonniers ?&lt;br /&gt;
Les gens du quartier se h&#226;tent vers la rue de Bruxelles, situ&#233;e &#224; moins de cent m&#232;tres de chez moi.&lt;br /&gt;
Le bruit d'une fusillade nourrie stoppe net la ru&#233;e. Encore quelques coups de feu suivis d'un silence intriguant. Le courant s'inverse, tout le monde se pr&#233;cipite vers son domicile et s'y calfeutre.&lt;br /&gt;
Mon p&#232;re et moi regardons dans la rue par le ch&#226;ssis grillag&#233; de la porte du magasin. Un soldat allemand tourne le coin de la rue qui relie la mienne &#224; la rue de Bruxelles. Il boite, titube, se rattrape aux portes des maisons, s'appuie sur les fa&#231;ades. Il s'assied sur le perron en pierre bleue de la maison situ&#233;e en face de notre poste d'observation. Avec lenteur il replie son pied gauche et en entoure la cheville de ses deux mains. Une aur&#233;ole sanglante colore son bas, une balle a fracass&#233; son pied. Il l&#232;ve plusieurs fois la t&#234;te au ciel comme pour en implorer une aide et pousse des r&#226;les &#224; plusieurs reprises. Inquiet, il tourne la t&#234;te sans arr&#234;t scrutant les deux c&#244;t&#233;s de la rue d'o&#249; pourrait surgir un nouveau danger. Un k&#233;pi &#224; longue visi&#232;re lui conf&#232;re encore une allure agressive et cela en d&#233;pit de son &#233;tat et l'absence d'armement.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mart&#232;lement de bottes prend naissance au coin de la rue, s'amplifie et s'approche. Trois r&#233;sistants en uniforme de toile beige viennent se placer face au bless&#233; et braquent sur lui une mitraillette Sten.&lt;br /&gt;
Apr&#232;s un bref conciliabule et une fouille rapide, deux d'entre eux rel&#232;vent le mis&#233;rable &#233;clop&#233;, l'entourent et placent ses bras sur leurs &#233;paules. Les quatre hommes s'&#233;loignent &#224; grands pas. La jambe inerte du bless&#233; rebondit sur les pav&#233;s dans un raclement de cr&#233;celle. Un quart d'heure plus tard, vers 16H30, mes parents, quelques voisins et moi reprenons le chemin de la rue de Bruxelles. Dans une rue adjacente, une femme jette des seaux d'eau sur une &#233;norme flaque de sang &#233;tal&#233;e sur un trottoir et balaie le liquide ros&#226;tre dans le caniveau. Elle nous explique qu'un militaire allemand s'est tra&#238;n&#233; sur une cinquantaine de m&#232;tres pour venir succomber devant sa porte. Elle ne cesse de se lamenter sur le sort affreux de ce tr&#232;s jeune soldat dont elle a entendu les derni&#232;res cris et r&#226;les. Elle ajoute qu'il faisait partie d'une &#233;quip&#233;e de militaires fuyant &#224; bord d'une voiture particuli&#232;re. D&#233;bouchant dans la rue de Bruxelles, ils se sont retrouv&#233;s face &#224; un char anglais arr&#234;t&#233; vers lequel s'avan&#231;aient des civils en joie.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'en suivit un combat rapide et in&#233;gal. Une mitrailleuse du char per&#231;a la voiture d'une multitude de projectiles, y semant la mort et la d&#233;solation. Un seul occupant se rendit, indemne. Les autres furent tu&#233;s ou bless&#233;s. L'&#233;clop&#233; de ma rue faisait partie de ces fuyards.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous atteignons le convoi des lib&#233;rateurs. Le bonheur que j'ai ressenti &#224; ce moment s'est greff&#233; &#224; tout jamais dans la m&#233;moire de mon c&#339;ur.&lt;br /&gt;
La foule entoure les chars et les jeeps &#224; l'arr&#234;t. Elle veut toucher le mat&#233;riel arborant une &#233;toile blanche &#224; cinq branches comme pour se persuader qu'elle ne r&#234;ve pas, que le cauchemar se termine. Des soldats se penchent, acceptent en souriant les fleurs que leurs tendent des mains fr&#233;n&#233;tiques. Des hommes et des femmes se hissent sur les chars et se glissent dans les jeeps et les chenillettes. Des jeunes filles embrassent leurs lib&#233;rateurs qui leur rendent leurs baiser avec une innocence toute feinte. Aux cris d'all&#233;gresse se m&#234;lent les pleurs des plus &#233;mus.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les militaires alli&#233;s doivent reprendre la route. Les moteurs d&#233;marrent dans un nuage bleut&#233; de gaz d'&#233;chappement.&lt;br /&gt;
Et d&#233;filent sans fin les v&#233;hicules salu&#233;s par des centaines de mains. Le crissement des chenilles sur les pav&#233;s fait vibrer les vitres des maisons et fr&#233;mir mes entrailles. Quatre ann&#233;es de souffrances, de faim, de peur, d'humiliations, s'estompent dans les hurlements de joie que ne parvient pas &#224; surmonter le rugissement du charroi guerrier. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La voiture allemande mitraill&#233;e a &#233;t&#233; pouss&#233;e dans une rue adjacente. Les impacts des balles ne peuvent se compter. La plupart des objets qu'elle contenait ont &#233;t&#233; enlev&#233;s par les habitants. Seuls y tra&#238;nent encore quelques v&#234;tements souill&#233;s de sang.&lt;br /&gt;
Une foule en liesse remplit les rues de la ville. Beaucoup de gens s'embrassent, rient, laissent &#233;clater leur bonheur avec une exaltation proche du d&#233;lire.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le balcon de l'h&#244;tel de ville quatre femmes tondues font face aux passants. L'une d'elle pleure &#224; chaudes larmes. Des insultes et quolibets scabreux fusent de toute part. La vue de femmes chauves me stup&#233;fie et me heurte, je ne pouvais m'imaginer une femme tondue. Ma m&#232;re m'explique qu'elles se sont mal conduites avec des Allemands. Certaines en ont m&#234;me &#233;pous&#233;s.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attroupement &#233;trange sur la grande place, en face de la maison communale et le long de l'&#233;glise. Une cinquantaine de soldats &#224; l'uniforme inconnu conversent dans une langue baroque. On nous apprend que ce sont des prisonniers russes que les Allemands employaient dans un d&#233;p&#244;t de munition &#233;tabli au Bois de Strioux. L'occupant l'a fait sauter il y a quelques jours. Les Russes aimeraient qu'on les prenne en charge et qu'on les rapatrie rapidement. Mais personne ne semble se soucier d'eux.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus loin, sur le perron d'une maison patricienne, un coiffeur s'affaire &#224; tondre la t&#234;te d'une femme. Cinq autres, sur le trottoir, attendent leur tour, certaines avec r&#233;signation. L'une d'elle est v&#234;tue d'une simple combinaison. Deux autres, parmi les plus jeunes, pleurent en se tenant par la main. Des s&#339;urs probablement. Des injures et quelques rires gras s'&#233;l&#232;vent de la foule : &#171; Salopes ! Putains ! &#187;. La plupart des spectateurs demeurent cependant silencieux. Une grande tristesse m'envahit. Leur crime a-t-il donc &#233;t&#233; si grave pour provoquer un tel ch&#226;timent, de telles humiliations ? La fille en combinaison me fait penser &#224; ma s&#339;ur lorsqu'elle se d&#233;shabillait le soir dans notre chambre commune. Au moment o&#249; elle &#244;tait ce sous-v&#234;tement, je devais tourner mon regard vers le mur. Le bruissement soyeux des dessous enflammait mon imagination de gamin et &#233;veillait d'impr&#233;cises envies &#224; l'&#233;rotisme inconscient.&lt;br /&gt;
Deux femmes arborent un cr&#226;ne totalement chauve. L'impitoyable tondeuse poursuit sa sinistre t&#226;che et se faufile dans la permanente d'une fille blonde. Elle alimente par une intermittente cascade de cheveux une mer ondoyante de m&#232;ches de tons divers &#233;tal&#233;es sur le perron.&lt;br /&gt;
Mes parents m'&#233;loignent de ce navrant spectacle qu'ils ne semblent d'ailleurs pas approuver.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des soldats de l'arm&#233;e secr&#232;te appel&#233;e aussi Arm&#233;e Blanche par opposition aux uniformes noirs des volontaires belges enr&#244;l&#233;s dans l'arm&#233;e nazie, encadrent un groupe de civils en marche. Tous portent une valise ou un baluchon. Ces hommes sont d'anciens collaborateurs avec l'ennemi. Des poings se l&#232;vent vers eux, des invectives fusent de partout.&lt;br /&gt;
La ville enti&#232;re se retrouve dans la rue. Pas un seul Enghiennois n'est demeur&#233; chez lui. Chacun savoure la libert&#233; retrouv&#233;e. Termin&#233;s les contr&#244;les d'identit&#233;, les rafles, la censure des m&#233;dias, la propagande agressive, les d&#233;nonciations vraies ou fausses, l'autocensure du verbe et de l'&#233;criture, les fouilles corporelles et des bagages avec des armes point&#233;es vers soi, le m&#233;pris de l'occupant, les prises et ex&#233;cutions d'otages, la bassesse des collaborateurs et autres tra&#238;tres, l'&#233;ducation tronqu&#233;e, la haine des Juifs, la Gestapo, la torture, la clandestinit&#233;, le camp de Breendonk, l'appr&#233;hension du jour m&#234;me et du lendemain. Bref, c'est le retour &#224; une vie d&#233;cente dont l'&#233;panouissement va pouvoir se d&#233;velopper dans le cadre de la d&#233;mocratie renaissante. Le soulagement est immense, l'espoir proche de la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&#224; suivre : &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article476' class='spip_in'&gt;La lib&#233;ration : 4 septembre 44&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La lib&#233;ration : 4 septembre 1944 (Adrien)</title>
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		<dc:date>2016-09-02T07:43:08Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre 40-45</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;(lire le d&#233;but de l'article : La lib&#233;ration 3 septembre 44) &lt;br class='autobr' /&gt;
Lundi 4 septembre, Enghien &lt;br class='autobr' /&gt;
Accompagn&#233; de mon neveu Joseph, je parcours les rues de la ville. Des interminables convois alli&#233;s traversent la cit&#233; en direction de Bruxelles dont l'avant-garde des troupes anglaises a atteint les portes hier soir. &lt;br class='autobr' /&gt; Fabriqu&#233;s &#224; la h&#226;te, de nombreux drapeaux belges, am&#233;ricains, anglais, fran&#231;ais et russes font &#233;clater leurs couleurs vives sur les fa&#231;ades des maisons, joyeux bariolages qui ajoutent encore &#224; (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique80" rel="directory"&gt;La lib&#233;ration (Adrien)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot191" rel="tag"&gt;Guerre 40-45&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L143xH150/arton476-9cda6.jpg?1776944612' width='143' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;(lire le d&#233;but de l'article : &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article475' class='spip_in'&gt;La lib&#233;ration 3 septembre 44&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lundi 4 septembre, Enghien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/strong&gt;Accompagn&#233; de mon neveu Joseph, je parcours les rues de la ville. Des interminables convois alli&#233;s traversent la cit&#233; en direction de Bruxelles dont l'avant-garde des troupes anglaises a atteint les portes hier soir.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fabriqu&#233;s &#224; la h&#226;te, de nombreux drapeaux belges, am&#233;ricains, anglais, fran&#231;ais et russes font &#233;clater leurs couleurs vives sur les fa&#231;ades des maisons, joyeux bariolages qui ajoutent encore &#224; l'atmosph&#232;re ambiante de f&#234;te.&lt;br /&gt;
Le ciel bleu arbore toujours un soleil &#233;clatant.&lt;br /&gt;
Joseph et moi faisons le point de tous les r&#233;cits qui nous sont parvenus.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hier matin, les Allemands au cours de leur d&#233;b&#226;cle ont abattu un cheval &#233;puis&#233; sur une place de la ville. De nombreuses personnes se sont ru&#233;es sur la b&#234;te et se sont livr&#233;es &#224; son &#233;quarrissage avec des moyens de fortune. Des m&#233;nag&#232;res sont rentr&#233;es chez elles, le cabas rempli, les mains couvertes de sang.&lt;br /&gt;
Plusieurs combats violents se sont d&#233;roul&#233;s entre les militaires allemands et l'Arm&#233;e Blanche. Toutes les victimes belges ne seraient pas des partisans. Un groupe d'hommes surpris par les SS &#224; piller des chevaux et du mat&#233;riel militaire a &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233; sur la place de leur d&#233;lit.&lt;br /&gt;
Mais pour les Enghiennois aucune distinction ne sera faite entre les h&#233;ros et les autres. En effet, est-ce un forfait que de d&#233;lester l'ennemi de ses biens ? Une aura patriotique enveloppe d&#233;j&#224; toutes les actions qui ont &#233;t&#233; entreprises envers l'adversaire. Et puis, la conscience ne s'accommode-t-elle pas toujours de transgressions qu'elle rel&#232;gue avec facilit&#233; au rayon des fautes v&#233;nielles ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Labliau, Gerald Sorensen, un aviateur am&#233;ricain recueilli par une famille belge avait rejoint la r&#233;sistance locale, le maquis de Saint Marcoult. Son avion, une forteresse volante B17 dont il &#233;tait le mitrailleur de queue, avait &#233;t&#233; abattu en mai 1944 pr&#232;s d'Enghien. Il a &#233;t&#233; tu&#233; hier, au combat, avec huit de ses r&#233;cents compagnons d'armes dont le fils de sa famille d'accueil. Le maquis de Saint-Marcoult s'est vaillamment illustr&#233; dans plusieurs engagements avec l'ennemi. Ces r&#233;sistants ont fait prisonniers environ 1750 soldats allemands.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon beau-fr&#232;re Charles, &#224; l'insu de toute sa famille et de son &#233;pouse, faisait partie de l'arm&#233;e secr&#232;te. Hier apr&#232;s-midi il a fait le coup de feu sur les Allemands dans les environs de Rebecq. Il accompagnait des artilleurs anglais. Deux chars allemands ont &#233;t&#233; mis hors de combat. Bricoleur de g&#233;nie, Charles, &#224; l'aide d'un tournevis improvis&#233;, a enlev&#233; le p&#233;riscope d'un des chars. Il reste tr&#232;s discret sur ses activit&#233;s de soldat de l'ombre. Ma s&#339;ur nous a racont&#233; qu'il poss&#233;dait un pistolet am&#233;ricain parachut&#233; avec d'autres armes et munitions par une nuit claire, pr&#232;s de Saint-Marcoult. Il poss&#232;de &#233;galement un ceinturon ayant appartenu &#224; un soldat de la Croix-Rouge allemande. Pendant toute la dur&#233;e de la guerre, il a tenu secret le fait qu'il avait abattu un soldat allemand en 1940. Il en a parl&#233; hier, tout en restant discret sur les circonstances de cet acte. A-t-il tu&#233; d'autres ennemis ? Il n'a pas &#233;t&#233; possible de le savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Brigade Piron a pass&#233; la nuit &#224; Enghien. Leur accueil par la population tenait du d&#233;lire. &lt;br /&gt;
Des tentes militaires pars&#232;ment le parc communal ainsi que le grand parc, propri&#233;t&#233; du baron Empain. Devant la st&#232;le du monument aux morts de la guerre 14-18, &#224; l'entr&#233;e du premier parc, la Wehrmacht a abandonn&#233; un nebelwerfer, textuellement lanceur de brouillard. Il s'agit d'un canon &#224; six f&#251;ts dispos&#233;s en cercle. L'engin est capable de lancer en quelques secondes six roquettes de gros calibre sur une cible distante de six mille m&#232;tres. Les Russes l'appellent &#171; orgues de Staline &#187;. Avec d'autres enfants nous essayons de d&#233;placer la pi&#232;ce d'artillerie. Un soldat anglais sorti d'on ne sait o&#249; nous fait signe de nous &#233;loigner de cette arme redoutable. Nous l'abandonnons &#224; regret et essayons de p&#233;n&#233;trer dans le grand parc mais l&#224; &#233;galement une sentinelle, par des gestes significatifs, nous ordonne de prendre le large. &lt;br /&gt;
D&#233;pit&#233;s, Joseph et moi d&#233;cidons de nous rendre au lieu-dit Le Patriote. Comme un cycliste nous l'avait signal&#233; hier, de rudes combats s'y sont d&#233;roul&#233;s et une colonne allemande y a &#233;t&#233; totalement d&#233;cim&#233;e par un avion alli&#233;, celui qui nous a survol&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cimeti&#232;re communal se trouve sur notre chemin. Une grande animation r&#232;gne &#224; son entr&#233;e. Nous en demandons la cause au gardien des lieux. Il nous explique qu'on creuse une grande fosse commune pour y ensevelir tous les soldats germaniques tu&#233;s au cours des combats d'hier. Il rejette avec vigueur notre demande d'assister &#224; l'inhumation. &#171; Ce n'est pas un spectacle pour les enfants ! &#187;. D&#233;cid&#233;ment, la journ&#233;e s'annonce &#171; enfants non admis &#187;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Patriote, l'Apocalypse semble avoir envoy&#233; ses quatre cavaliers exterminateurs. La sc&#232;ne qui s'&#233;tale devant nos yeux nous effare autant qu'elle nous &#233;merveille. Un grand nombre de chenillettes et de camions allemands, la plupart carbonis&#233;s, jonchent les abords de la route. Un impressionnant canon comme ceux que j'ai vu aux actualit&#233;s, cribl&#233; d'impacts, pointe son f&#251;t vers le ciel. Et l&#224;, par bonheur, aucun adulte pour nous interdire l'acc&#232;s au mat&#233;riel militaire d&#233;vast&#233;. Avec d'autres enfants, nous nous pr&#233;cipitons sur ce champ de bataille grandeur nature et nous y livrons au simulacre ludique de la guerre. Je me suis r&#233;fugi&#233; dans une chenillette. Un genou pos&#233; dans des d&#233;combres carbonis&#233;s, partiellement cach&#233; par les flancs rehauss&#233;s de l'engin, je lance des s&#233;ries de tacatac et de pan pan vers mes ennemis. Ils se sont r&#233;fugi&#233;s dans d'autres v&#233;hicules ou derri&#232;re le canon. R&#233;aliser que de nombreux soldats ont &#233;t&#233; tu&#233;s ou bless&#233;s hier &#224; cet endroit et peut-&#234;tre m&#234;me dans ce char d&#233;cuple mon plaisir. Mais la petite guerre prend fin non pas faute de combattants mais faute de victimes. Personne, en effet, ne veut s'identifier aux vaincus de la bataille. Un de mes ennemis de jeu me signale que deux canons intacts ont &#233;t&#233; abandonn&#233;s devant le coll&#232;ge Saint Augustin &#224; la suite d'un combat entre Allemands et maquisards. En route donc vers ce nouveau centre d'int&#233;r&#234;t.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En chemin, nous nous arr&#234;tons devant la grille d'un couvent situ&#233; &#224; proximit&#233; de l'&#233;tang de la Dodane, vestige d'une douve m&#233;di&#233;vale. L'endroit a &#233;t&#233; transform&#233; en h&#244;pital. Deux brancardiers allemands effectuent un transport particulier vers un petit b&#226;timent isol&#233;. Un cadavre recouvert d'une couverture g&#238;t sur leur civi&#232;re. Son k&#233;pi et quelques effets personnels dont un portefeuille s'&#233;talent &#224; ses c&#244;t&#233;s. Un bras s'est d&#233;gag&#233; de la couverture et s'agite mollement dans le vide au gr&#233; des balancements du brancard. Nous ne doutons pas qu'ici &#233;galement les enfants sont ind&#233;sirables et nous nous rendons au coll&#232;ge.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le long de la fa&#231;ade du b&#226;timent deux canons abandonn&#233;s semblent attendre le retour de leurs servants. Nouveau miracle, aucun surveillant &#224; l'horizon pour nous emp&#234;cher d'assouvir nos envies guerri&#232;res. Et les fantassins de tout &#224; l'heure se muent en d'habiles artilleurs. Aucune manette, aucun levier, aucune manivelle qui ne soit lev&#233;e, abaiss&#233;e ou tourn&#233;e en tous sens. La fiert&#233; devait briller dans mes yeux lorsque je parvins &#224; hausser ou &#224; descendre le f&#251;t d'un des canons.&lt;br /&gt;
Nous d&#233;cidons d'essayer de nous introduire dans le coll&#232;ge transform&#233; en h&#244;pital. Mais une animation provoqu&#233;e par un d&#233;part de soldats l&#233;g&#232;rement bless&#233;s vers un camp de prisonniers ainsi qu'une sentinelle post&#233;e devant la porte d'entr&#233;e des lieux nous en dissuade. Nous nous livrerons &#224; une autre tentative demain.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos p&#233;r&#233;grinations se poursuivent par la visite de notre &#233;cole r&#233;quisitionn&#233;e par l'arm&#233;e anglaise. Nous demandons au directeur de l'&#233;tablissement que nous apercevons dans la cour de r&#233;cr&#233;ation de nous permettre une rapide visite des lieux. Il accepte et profite de l'opportunit&#233; pour nous signaler qu'il d&#233;sire que nous assistions &#224; l'enterrement prochain des victimes enghiennoises. Il nous annonce &#233;galement que des classes provisoires seront ouvertes sans tarder dans des &#233;tablissements publics. Je croise le regard de Joseph qui en dit long sur l'absence d'enthousiasme provoqu&#233;e par ces nouvelles.&lt;br /&gt;
Le pr&#233;au de la cour des gar&#231;ons abrite une cuisine roulante. Il est quatre heures. Une odeur agr&#233;able qui m'est inconnue s'&#233;chappe d'une grande cuve fumante. Un cuistot nous accoste, une louche et deux cruchons en aluminium &#224; la main et par gestes nous propose ce qu'il appelle du &#171; tea &#187;. Suffisamment fut&#233;s pour deviner qu'il s'agit de th&#233; nous acceptons avec une joie non dissimul&#233;e. Nous ne connaissons cette boisson que de nom. Arros&#233; de lait en poudre et lest&#233; de sucre ce breuvage s'av&#232;re d&#233;licieux. Joseph s'adresse au cuisinier et sort la phrase que tout enfant a vite fait d'apprendre et qui tend d&#233;j&#224; vers l'universalit&#233; : &#171; Chocolat' for mama, cigaret' for papa, chwingom for m&#238; &#187;. Je m'interrogerai plus tard sur l'orthographe de ces mots. Pour le moment seule compte leur prononciation. Et cette derni&#232;re n'a pu &#234;tre prise en d&#233;faut car nous quittons l'&#233;cole les poches pleines de friandises, de cigarettes Players et de menus souvenirs militaires. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joseph propose de nous rendre au bois de Strioux o&#249; le d&#233;p&#244;t allemand de munitions a explos&#233;. Il doit bien y tra&#238;ner encore quelques objets int&#233;ressants. Mais il est temps de rentrer &#224; la maison. La visite est remise &#224; demain. Il nous reste &#233;galement &#224; jeter un coup d'&#339;il sur plusieurs camps de prisonniers de guerre ainsi que, si possible, sur l'h&#244;pital du coll&#232;ge.&lt;br /&gt;
Nous convenons de ne raconter &#224; nos parents qu'une partie de nos activit&#233;s. Avant de partir, nous avions, en effet, d&#251; promettre de ne toucher &#224; aucun objet d'origine militaire.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma m&#232;re a rouvert le magasin mais les denr&#233;es manquent toujours. Elle m'annonce que Bruxelles a &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e aujourd'hui. Elle me signale &#233;galement qu'un bal populaire sera organis&#233; samedi soir &#224; la place de la station, au milieu des ruines du bombardement de mai 1940. Les organisateurs n'ont pas le choix de l'endroit, toutes les autres places de la ville sont encombr&#233;es de tentes et de mat&#233;riel appartenant &#224; l'arm&#233;e de lib&#233;ration.&lt;br /&gt;
Mon p&#232;re a pr&#233;sent&#233; ses services de cuisinier aux Anglais et a &#233;t&#233; enr&#244;l&#233; &#224; la cantine des officiers, au grand parc. Il commence demain. Ce sera sa premi&#232;re fr&#233;quentation de la gent militaire.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon beau fr&#232;re Pierre s'est promen&#233; toute la journ&#233;e dans la ville, ne voulant perdre aucune parcelle de sa libert&#233; retrouv&#233;e. Il aspire &#224; oublier sa longue s&#233;questration et les p&#233;nibles moments pass&#233;s dans sa cachette sous l'&#233;vier de sa cuisine. La menace de retourner en Allemagne comme travailleur obligatoire s'est soudainement et d&#233;finitivement &#233;vapor&#233;e.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La joie g&#233;n&#233;rale qui a explos&#233; hier s'est mu&#233;e en un bonheur serein.&lt;br /&gt;
Je vis intens&#233;ment le moment pr&#233;sent. Quoi qu'il advienne, le futur sera pr&#233;f&#233;rable au pass&#233;. &lt;br /&gt;
Le western va bient&#244;t se terminer et le mot &#171; Fin &#187; va s'inscrire sur les derniers m&#232;tres de la pellicule. Les &#171; m&#233;chants &#187; ont parfaitement interpr&#233;t&#233; leur r&#244;le. Les &#171; bons &#187; se sont montr&#233;s parfois d&#233;cevants. Leurs rangs ont souvent &#233;t&#233; infiltr&#233;s par des f&#233;lons. Mais comme souvent la cavalerie est apparue alors que tout semblait perdu. Les &#171; mauvais &#187; et les tra&#238;tres subiront bient&#244;t le ch&#226;timent m&#233;rit&#233;.&lt;br /&gt;
Assis dans le fauteuil, mon chat sur les genoux, j'&#233;coute la radio d'o&#249; filtre une entra&#238;nante musique am&#233;ricaine.&lt;br /&gt;
Je sors mon butin de guerre de mes poches. Son inventaire me procure une voluptueuse impression de richesse : deux tablettes de chewing gum, le reste d'un morceau de chocolat, une douille de cartouche, un galon de caporal, une cigarette &#233;cras&#233;e, un penny et un insigne de b&#233;ret britannique.&lt;br /&gt;
Le ciel teinte de couleur bleue le toit vitr&#233; de la v&#233;randa. Le chat ronronne, les pigeons entament une sarabande autour de mon p&#232;re.&lt;br /&gt;
Je me tiens coi, de crainte de briser ce nouvel enchantement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Bonne-Maman (Yvette M.)</title>
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		<dc:date>2014-02-10T13:06:36Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Raton Laveur</dc:creator>


		<dc:subject>Grands-parents</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte fait partie du feuilleton d'Yvette Lire l'ensemble &lt;br class='autobr' /&gt;
De mes quatre grands-parents, je n'ai connu que ma grand-m&#232;re maternelle. Nous l'appelions Bonne-Maman. Je n'avais que 7 ans quand elle est d&#233;c&#233;d&#233;e, mes souvenirs sont donc rares et tr&#232;s flous. C'&#233;tait juste apr&#232;s la guerre qui avait laiss&#233; mes parents, comme presque tous les villageois alentour, compl&#232;tement sinistr&#233;s. La maison de Bonne-Maman, une des rares qui poss&#233;dait encore 4 murs, &#233;tait voisine du baraquement o&#249; mes parents et leurs 4 (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie du feuilleton d'Yvette &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique155' class='spip_in'&gt;Lire l'ensemble&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;De mes quatre grands-parents, je n'ai connu que ma grand-m&#232;re maternelle. Nous l'appelions Bonne-Maman. Je n'avais que 7 ans quand elle est d&#233;c&#233;d&#233;e, mes souvenirs sont donc rares et tr&#232;s flous. C'&#233;tait juste apr&#232;s la guerre qui avait laiss&#233; mes parents, comme presque tous les villageois alentour, compl&#232;tement sinistr&#233;s. La maison de Bonne-Maman, une des rares qui poss&#233;dait encore 4 murs, &#233;tait voisine du baraquement o&#249; mes parents et leurs 4 enfants habitaient. L'&#233;cole du village, avec le logement y attenant o&#249; nous &#233;tions n&#233;s tous les 4, avait enti&#232;rement br&#251;l&#233;. Les all&#233;es-venues entre la ferme de Bonne-Maman et notre baraquement se faisaient dans les deux sens. Il suffisait de traverser un pr&#233;.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bonne-Maman, veuve depuis ses quarante-six ans, vivait dans sa maison avec son plus jeune, mon parrain, qui n'&#233;tait pas encore mari&#233;. Aid&#233;s de domestiques, ils recommen&#231;aient &#224; faire tourner l'exploitation agricole.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mes souvenirs sont gustatifs et olfactifs. &lt;br&gt;
Chez Bonne-Maman, apr&#232;s la traite des vaches et l'&#233;cr&#233;mage du lait, je pouvais tremper mes petits doigts dans le seau de cr&#232;me pour les l&#233;cher ensuite. Un vrai d&#233;lice !&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai retrouv&#233; une fois en France l'odeur d'une pr&#233;paration faite par Bonne-Maman. C'&#233;tait, je crois, &#224; base de pommes de terre, r&#233;chauff&#233;es &#224; la po&#235;le, avec du lait ajout&#233; ? Peut-&#234;tre.&lt;br&gt;
L'odeur tr&#232;s caract&#233;ristique qui m'est revenue de si loin provenait probablement de la graisse qu'elle mettait dans sa po&#234;le. Du lard ?&#8230; Du saindoux ?&#8230;. Du beurre ?&#8230;.Plus personne ne peut me le dire.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En soir&#233;e, Bonne-Maman montait le pr&#233;. Chez nous, il faisait sans doute plus chaud et puis elle s'y sentait en famille, entour&#233;e de sa fille, son beau-fils, et nous quatre, les petiots.&lt;br&gt;
Elle s'asseyait sur une chaise coinc&#233;e entre un buffet et le po&#234;le crapaud qui servait aussi de cuisini&#232;re. Le bonheur &#233;tait de se r&#233;fugier sur ses genoux. Sans &#234;tre tr&#232;s grosse, elle avait la poitrine rebondie et accueillante. L&#224;, elle chantait volontiers : les comptines habituelles mais aussi le &#171; Grand Saint Alexis &#187; et la &#171; Complainte du juif errant &#187; dont ma s&#339;ur a&#238;n&#233;e a retrouv&#233; les paroles mais pas la m&#233;lodie, malheureusement.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas le souvenir d'avoir &#233;t&#233; grond&#233;e par Bonne-Maman. L'autorit&#233; chez nous, c'&#233;tait Papa et personne d'autre.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les photos que nous avons d'elle sont rares et d'autant plus pr&#233;cieuses. La derni&#232;re date de cette &#233;poque (1946-47), elle a un beau sourire et pourtant elle n'a plus toutes ses dents, ce qui lui donne un menton en galoche. Ce sont ses yeux qui sourient le mieux. Ses cheveux blancs sont tir&#233;s en arri&#232;re, en petit chignon port&#233; assez haut. Elle a des boucles d'oreilles en or qui tremblotent au moindre mouvement. Sur ses genoux, comme tout enfant c'est cela qui nous fascinait. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle s'habillait comme toute vieille dame en Ardenne. Ses robes descendaient &#224; la cheville. Ses corsages n'avaient jamais de d&#233;collet&#233;. Elle avait re&#231;u en cadeau de je ne sais qui, un petit ch&#226;le bleu au crochet. Il avait &#233;t&#233; parfum&#233; et le portait tr&#232;s rarement. Nous aimions le sortir de l'armoire et plonger notre nez dedans pour en sentir le d&#233;licieux parfum. Un peu de luxe dans notre d&#233;nuement d'apr&#232;s guerre. Notre grand-m&#232;re s'est &#233;teinte chez nous sans avoir &#233;t&#233; longtemps malade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article1004' class='spip_in'&gt;Lire la suite&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les hivers (Yvette M.)</title>
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		<dc:creator>Raton Laveur</dc:creator>



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&lt;p&gt;Ce texte fait partie du feuilleton d'Yvette Lire l'ensemble &lt;br class='autobr' /&gt;
Cet Hiver 2013, particuli&#232;rement rigoureux et long, me fait penser aux hivers de mon enfance. &lt;br class='autobr' /&gt; Dans notre baraquement, la vie se concentrait autour de trois endroits chauff&#233;s : la cuisine-salle &#224; manger, une chambre &#224; coucher et l'&#233;cole dont je vous ai d&#233;j&#224; parl&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; La cuisine avait une porte qui ouvrait directement vers le dehors, orient&#233;e &#224; l'Est. Papa la calfeutrait au mieux &#224; l'aide de papier journal. Au-dessus il y avait une imposte en (...)&lt;/p&gt;


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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cet Hiver 2013, particuli&#232;rement rigoureux et long, me fait penser aux hivers de mon enfance. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans notre baraquement, la vie se concentrait autour de trois endroits chauff&#233;s : la cuisine-salle &#224; manger, une chambre &#224; coucher et l'&#233;cole dont je vous ai d&#233;j&#224; parl&#233;.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cuisine avait une porte qui ouvrait directement vers le dehors, orient&#233;e &#224; l'Est. Papa la calfeutrait au mieux &#224; l'aide de papier journal. Au-dessus il y avait une imposte en verre arm&#233; qui avait &#233;t&#233; trou&#233; par une balle, de ce trou partaient des f&#234;lures en &#233;toile. Il &#233;tait bouch&#233; par une grosse boulette de papier journal. Le po&#234;le crapaud avan&#231;ait loin vers le centre de la pi&#232;ce. &lt;br&gt;
Maman se levait toujours la premi&#232;re et y allumait le feu. Quand ce feu &#233;tait bien lanc&#233;, le pot rougissait tellement qu'il a fini par p&#233;ter. Feu qu'il fallait nourrir continuellement. C'est Papa qui &#233;tait charg&#233; de fendre les grosses b&#251;ches, pr&#233;parer le petit bois ou les fagotins de ramilles, remplir la charbonni&#232;re. &lt;br&gt;
C'est dans cette pi&#232;ce que Maman cuisinait. Nous mangions l&#224; matin, midi et soir, tous les six autour de la table. Papa y lisait son journal. On y &#233;coutait la radio. Maman y recevait ses amies en soir&#233;e. &lt;br&gt;
Cette pi&#232;ce &#233;tait le c&#339;ur de la maison. Le samedi, c'est aussi l&#224; que l'on prenait son bain. Au d&#233;but en tout cas. Dans une cuvelle &#224; lessiver remplie d'eau chauff&#233;e &#224; bonne temp&#233;rature, les quatre enfants passaient dans la bassine. Maman nous lavait, Papa nous posait sur une chaise et nous essuyait. C'&#233;tait le jour o&#249; l'on changeait de chemise et de culotte. &lt;br&gt;
Plus tard, pour m&#233;nager nos pudeurs, Papa aid&#233; du forgeron du village, nous a fabriqu&#233; une baignoire selon le mod&#232;le des abreuvoirs &#224; vaches. On la posait &#224; c&#244;t&#233; du lit dans la chambre des parents. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette pi&#232;ce &#233;tait &#233;galement chauff&#233;e &#224; l'aide d'un po&#234;le appel&#233; continu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Alors, la soir&#233;e se passait dans cette chambre, pour nous les enfants. Les deux lits devenaient aires de jeux. Je me souviens tr&#232;s bien des soir&#233;es qui suivaient les St Nicolas. On &#233;talait nos friandises sur les lits et le plaisir &#233;tait de compter, d'&#233;changer, de commenter, de su&#231;oter, de remballer dans les beaux papiers d'argent. Ces soir&#233;es-l&#224;, pour moi, c'&#233;tait comme le paradis. St Nicolas ne nous avait pas oubli&#233;s : un m&#233;cano pour mon fr&#232;re, une poup&#233;e en cellulo&#239;d pour moi, la m&#234;me pour ma petite s&#339;ur. On s'endormait bien au chaud, la t&#234;te remplie de r&#234;ves enchant&#233;s.&lt;br&gt;
C&#224;, c'&#233;tait quand on allumait ce feu continu. Sinon, cette foutue baraque &#233;tait tr&#232;s mal isol&#233;e. Mon fr&#232;re m'a rappel&#233; que les pipis du soir, que nous faisions dans un vase de nuit gliss&#233; sous le lit, au matin, ils &#233;taient gel&#233;s !&lt;br class='autobr' /&gt;
Au matin aussi, le bord du drap de lit mouill&#233; par notre respiration, &#233;tait raidi par le gel.&lt;br&gt;
Un rituel des soir&#233;es d'hiver &#233;tait la pr&#233;paration des bouillottes fabriqu&#233;es aussi par Papa.&lt;br&gt;
Il avait r&#233;cup&#233;r&#233; des douilles d'obus en cuivre et avait soud&#233; au-dessus un rond de m&#233;tal muni d'un bouchon &#224; visser. C'est Papa aussi qui se chargeait de les transporter dans nos lits une ou deux heures avant le coucher. Papa aussi, avait cousu des housses en tissu pour qu'elles ne br&#251;lent pas. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En hiver sous nos robes, nous portions des sortes de pantalons de training qu'on appelait des grandes culottes. Pas encore d'anoraks &#224; capuchon. Nous avions des bonnets du genre passe-montagne. Aux pieds, pour les jeux dans la neige, des bottes en caoutchouc.&lt;br&gt;
La neige ! On l'accueillait chaque hiver avec des cris de joie : Maman, il a neig&#233; !&lt;br&gt;
Contrairement aux autres enfants du village, filles ou fils d'agriculteurs, et engag&#233; aux travaux de la ferme, nous ne manquions pas de loisirs. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;cr&#233;ation, les batailles de boules de neige &#233;taient le jeu favori des gar&#231;ons. Moi, ce que j'aimais le plus, c'&#233;tait m'&#233;lancer en courant pour glisser sur la glace ou la neige tass&#233;e. Tr&#232;s tr&#232;s longues glissades que je finissais &#224; croupetons. La cour &#233;tait en pente. Un vrai bonheur. Pour les glissades &#224; tra&#238;neaux, nous allions sur la route qui, au carrefour descendait vers l'Ouest. On l'appelait la rampe. Le garde champ&#234;tre nous a plus d'une fois envoy&#233;s jouer ailleurs. Aujourd'hui ce n'est plus possible, comme sont interdites dans les &#233;coles, les batailles de boules.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre souvenir de neige.&lt;br&gt;
Les bonshommes bien s&#251;r, mais aussi une sorte d'iglou creus&#233; dans un tas de neige gel&#233;e. On y entrait &#224; quatre pattes et &#224; l'int&#233;rieur, on ne pouvait que s'asseoir mais on en &#233;tait tr&#232;s fier.&lt;br&gt;
Dans la prairie derri&#232;re le baraquement, la toute premi&#232;re neige sans aucune trace de quoi que ce soit, inspirait notre cr&#233;ativit&#233;. Nous tracions d'&#233;normes cercles et leurs rayons en pi&#233;tinant la neige &#224; petits pas. Des &#171; crombs circles &#187; &#224; notre mesure.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; De ces hivers ardennais, il me revient des tas de souvenirs.&lt;br&gt; Encore un : Il avait beaucoup plu. Les pr&#233;s du c&#244;t&#233; du ruisseau &#233;taient en partie inond&#233;s. Et puis un beau jour, un gros coup de gel a fig&#233; toute cette eau et voil&#224; une patinoire. Quelle aubaine et quelle belle glissoire cela nous faisait ! On s'y est tellement amus&#233; un jour apr&#232;s l'&#233;cole qu'on n'a pas vu la nuit tomber. Papa enfin un peu inquiet, a fait retentir son sifflet pour nous rappeler. Nos parents n'&#233;taient-ils pas un peu trop insouciants ? Je me le demande parfois.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La neige pouvait &#234;tre tellement abondante que les enfants du village voisin ne venaient pas &#224; l'&#233;cole. Sauf Fernand, qui avait brav&#233; les cong&#232;res presque aussi hautes que lui, et qui &#233;tait pr&#233;sent, au grand &#233;tonnement de Papa. Fernand fut f&#233;licit&#233;, je m'en souviens. &lt;br&gt;
Les chasse-neige passaient sur les routes d&#232;s le matin mais quand le vent souffle c'est toujours &#224; recommencer. On l'a encore vu cet hiver.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma petite s&#339;ur est n&#233;e un 12 mars et il y avait ce jour-l&#224;, tellement de neige, que l'accoucheuse n'a pu venir &#224; temps. C'est Papa qui a aid&#233; Maman &#224; mettre son b&#233;b&#233; au monde. Plus tard, quand il racontait l'&#233;v&#233;nement, il pr&#233;cisait qu'il n'avait pas os&#233; couper le cordon. Quand le m&#233;decin est arriv&#233;, il a dit : Ce n'est pas difficile, regardez !&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre &#233;v&#233;nement dont je n'ai pas le souvenir, mais que Papa racontait : Il y avait &#224; Foy, mon village natal, un homme h&#233;mophile, Joseph. Un jour de grande neige, il dut se rendre &#224; la clinique de Bastogne pour arr&#234;ter une h&#233;morragie. Les routes n'&#233;taient pas d&#233;gag&#233;es, ne nombreux voisins et amis furent mobilis&#233;s pour accompagner la voiture qui le conduisait et d&#233;blayer la neige &#224; coups de pelles, devant les roues. De Foy &#224; Bastogne, il y a 5 km. Papa disait qu'il y avait tellement de neige qu'on ne voyait plus la route. Joseph arriva &#224; temps &#224; la clinique. C'&#233;tait cela aussi l'hiver en Ardenne, dans ces ann&#233;es-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article1003' class='spip_in'&gt;Lire la suite&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les animaux et moi (Yvette M.)</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Raton Laveur</dc:creator>


		<dc:subject>Nature, animaux</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte fait partie du feuilleton d'Yvette Lire l'ensemble &lt;br class='autobr' /&gt;
Vivre &#224; la campagne impliquait un rapport proche mais surtout utilitaire avec les animaux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mes grands-parents &#233;taient agriculteurs-&#233;leveurs, les oncles et cousins qui habitaient au village l'&#233;taient &#233;galement. Dans ce milieu-l&#224;, si on a des poules, c'est pour les &#339;ufs, les lapins on les tue et on les mange, le chat fait la chasse aux souris, le chien rassemble les troupeaux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ici &#224; Bruxelles c'est tr&#232;s diff&#233;rent. Le lien affectif semble (...)&lt;/p&gt;


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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Vivre &#224; la campagne impliquait un rapport proche mais surtout utilitaire avec les animaux.&lt;br&gt;
Mes grands-parents &#233;taient agriculteurs-&#233;leveurs, les oncles et cousins qui habitaient au village l'&#233;taient &#233;galement. Dans ce milieu-l&#224;, si on a des poules, c'est pour les &#339;ufs, les lapins on les tue et on les mange, le chat fait la chasse aux souris, le chien rassemble les troupeaux.&lt;br&gt;
Ici &#224; Bruxelles c'est tr&#232;s diff&#233;rent. Le lien affectif semble beaucoup plus fort. L'animal est une compagnie. Je n'ai jamais voulu avoir d'animal, pourtant je vis seule. Est-ce &#224; cause de ce v&#233;cu en milieu rural ? Je ne sais pas.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la guerre, Papa avait construit un poulailler afin d'y &#233;lever quelques poules. Mais elles traversaient imprudemment la route et mouraient sous les roues des voitures. Papa se d&#233;couragea et nous permis d'installer notre boutique dans le poulailler d&#233;saffect&#233; et nettoy&#233;.&lt;br&gt;
L'&#233;levage des lapins lui dura tr&#232;s longtemps. Pour l'hiver, ils avaient des clapiers &#224; l'abri du froid. Papa pr&#233;parait leur p&#226;t&#233;e avec des &#233;pluchures de pommes de terre que l'on cuisait et auxquelles on ajoutait du son. On &#233;crasait le tout avec la main. D&#232;s que l'herbe se mettait &#224; pousser, on parquait les lapins dans de grandes cages sans fond de 4m2 environ. On d&#233;pla&#231;ait les cages d&#232;s que l'herbe &#233;tait ras&#233;e. Le syst&#232;me n'&#233;tait pas parfait : les lapins creusaient souvent des passages sous les cages afin d'aller plus loin ronger une herbe plus app&#233;tissante. Il fallait alors se pr&#233;cipiter et les r&#233;cup&#233;rer au plus vite. Pour &#231;a, Papa avait besoin de nous. Il nous obligeait aussi d'aller remplir les paniers de chicor&#233;es au bord des chemins. C'&#233;tait une corv&#233;e que nous n'aimions pas faire. Quand un lapin &#233;tait bon pour la casserole, Papa l'attrapait par les deux oreilles et lui ass&#233;nait un coup de b&#226;ton dans la nuque. C'est rapide et radical. Apr&#232;s &#231;a, le lapin &#233;tait accroch&#233; par les deux pattes arri&#232;res et &#224; partir de ses pattes, il &#233;corchait la b&#234;te en d&#233;tachant la peau de la chair, &#224; l'aide d'un bon couteau. L'animal &#233;corch&#233;, &#233;visc&#233;r&#233; et d&#233;bit&#233; en morceaux, mon P&#232;re passait le relais &#224; Maman qui devait le cuire. C'&#233;tait souvent une recette aux pruneaux. Si le lapin &#233;tait suffisamment gros on avait de la viande pour deux jours.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre &#233;levage qui occupait beaucoup Papa, c'&#233;tait les abeilles. Il s'&#233;tait fabriqu&#233; une quinzaine de ruches qu'il avait align&#233;es au fond du potager, de l'autre c&#244;t&#233; de la route. Je l'ai vu &#224; l'&#339;uvre dans toutes les phases du nourrissage et de la r&#233;colte du miel. Il s'&#233;tait peu &#224; peu perfectionn&#233; et &#233;tait m&#234;me devenu une r&#233;f&#233;rence chez les apiculteurs amateurs. Le nourrissage se faisait avant l'hiver. Il fondait du sucre qu'il distribuait &#224; chaque colonie pour remplacer le miel qu'il leur avait pr&#233;lev&#233;. Pour la r&#233;colte il s'&#233;tait &#233;quip&#233; de tout un mat&#233;riel : un extracteur, sorte d'essoreuse o&#249;, gr&#226;ce &#224; une manivelle on fait tourner les cadres. C'est la force centrifuge qui vide les alv&#233;oles de leur miel. Le miel tamis&#233; &#233;tait alors entrepos&#233; dans les maturateurs, grandes cuves de 1m de profondeur. L&#224;, nous &#233;tions charg&#233;s de m&#233;langer le miel &#224; l'aide de grandes spatules en bois. On faisait &#231;&#224; deux fois par jour pendant au moins une semaine. De cette fa&#231;on il s'&#233;paississait sans cristalliser. Enfin, c'&#233;tait la mise en bocaux. Tout un travail qui occupait chacun de nous. Nous avions des clients fid&#232;les. Comme dans tout &#233;levage, il fallait subir les al&#233;as du climat : un printemps pluvieux et c'&#233;tait une petite r&#233;colte qui ne suffisait pas &#224; satisfaire tout le monde. Une bonne ann&#233;e par contre, le miel en surabondance se conservait bien et se vendait l'ann&#233;e suivante. &lt;br&gt;
Mon fr&#232;re a poursuivi la tradition, ainsi que son fils qui a encore quelques ruches &#224; Li&#232;ge. Mais actuellement, les pauvres abeilles souffrent beaucoup. Il y a les pesticides qui les affaiblissent et les rendent vuln&#233;rables aux maladies et aux pr&#233;dateurs. C'est triste de constater la disparition du m&#233;tier d'apiculteur d&#233;courag&#233; par la mort de ses colonies.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon P&#232;re n'&#233;tait ni p&#234;cheur ni chasseur mais je me rappelle que mon fr&#232;re, encourag&#233; par un copain de classe, eut l'id&#233;e de poser des collets pour attraper des grives. &lt;br&gt;
Ses collets pr&#233;par&#233;s, il les avait accroch&#233;s dans un bois &#224; 1,50m du sol environ, suivant tout un trajet. Pour app&#226;ter les grives, il accrochait des sorbes. Je l'ai accompagn&#233; quelques fois pour voir si les pi&#232;ges avaient bien fonctionn&#233; et d&#233;crocher les grives ou les merles qui s'y &#233;taient fait prendre. Malheureusement il n'a pas eu beaucoup de chance. Quelqu'un passait-il avant nous ? L'endroit avait-il &#233;t&#233; mal choisi ? Mon fr&#232;re d&#233;crocha d&#233;finitivement ses collets.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre exp&#233;rience animale : j'avais plus ou moins dix ans. Ma petite s&#339;ur avait obtenu de nos parents l'autorisation d'&#233;lever un petit chevreau, que nous avions appel&#233; Bambi. Il &#233;tait mignon &#224; croquer. Son doux pelage blanc, sa belle petite t&#234;te avec ses grands yeux curieux, sa petite queue relev&#233;e, tout &#231;a nous comblait de plaisir, ma petite s&#339;ur et moi. Dans notre pr&#233;, il &#233;tait attach&#233; par une corde &#224; un pieu autour duquel il tournait pour brouter l'herbe mais apr&#232;s la classe, nous nous disputions pour aller le promener afin qu'il puisse manger autre chose. Les jeunes feuilles des arbres, il adorait &#231;a. La nuit on l'enfermait dans une cage avec couvercle. Ce couvercle, on le soulevait &#224; l'aide d'une corde. Cette maudite corde avec une boucle au bout fut cause de la mort pr&#233;matur&#233;e de cet amour de petit biquet. Et cela aussi &#224; cause de moi qui remis le couvercle &#224; l'envers, la corde tra&#238;nant alors dans la cage. Bambi s'y est &#233;trangl&#233;. Ma s&#339;ur me l'a reproch&#233; longtemps.&lt;br&gt;
Des souvenirs d'animaux j'en ai beaucoup. En voici encore un. Je suis alors adolescente. Des b&#251;cherons du village ont abattu un arbre au sommet duquel se trouvait un nid de petits &#233;cureuils. Fran&#231;ois, l'a&#238;n&#233; d'entre eux, a pens&#233; &#224; nous pour les nourrir et les &#233;lever. Papa a fabriqu&#233; une cage, nous avons achet&#233; un biberon pour poup&#233;e, et &#224; tout de r&#244;le nous avons nourri ces quatre b&#233;b&#233;s &#233;cureuils. Ils t&#233;taient de bon c&#339;ur et grandissaient &#224; vue d'&#339;il. On leur a donn&#233; des fruits secs, des pommes, toutes sortes de choses. Ils &#233;taient tous diff&#233;rents : L'un compl&#232;tement roux, un autre avec du noir sur les oreilles et la queue, un troisi&#232;me plus gris, le quatri&#232;me, j'ai oubli&#233;. Parfois on les sortait de leur cage et ma m&#232;re poussaient des cris de frayeur quand ils grimpaient autour des ses jambes. Ils &#233;taient plus ou moins apprivois&#233;s. Trois d'entre eux sont morts d'accident ou de carence alimentaire. Le dernier a profit&#233; d'une porte ouverte pour s'enfuir dans les arbres de la dr&#232;ve toute proche. C'est ma s&#339;ur a&#238;n&#233;e qui en eut le plus de chagrin.&lt;br&gt;
Nous avons aussi eu un chien ratier appel&#233; Milou. Plus tard nous avons recueilli un chat mais il ne chassait pas les souris. C'&#233;tait un chat paresseux.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand elle fut en premi&#232;re ann&#233;e secondaire, ma s&#339;ur Suzy ramena des souris blanches et entreprit d'en faire l'&#233;levage. Il fallut arr&#234;ter l'exp&#233;rience tant l'odeur envahissait notre logis. &lt;br&gt;
Comment parler des animaux sans &#233;voquer le beau cheval de trait que mon oncle L&#233;on a conserv&#233; jusqu'&#224; sa retraite et m&#234;me apr&#232;s. Oncle L&#233;on &#233;tait un r&#234;veur, pas tr&#232;s courageux et pas vraiment fait pour son m&#233;tier d'agriculteur. Quand tous ses voisins et son fr&#232;re, s'&#233;taient mis au tracteur, il continuait de labourer, tracter ses machines et ses chariots de foin gr&#226;ce &#224; son fid&#232;le compagnon.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je termine ce chapitre par les vaches. Le cousin de ma m&#232;re, Romain Cordonnier, avait aussi une ferme et habitait tr&#232;s pr&#232;s de chez nous. Apr&#232;s l'&#233;cole, leurs enfants, dont les plus jeunes avaient plus ou moins notre &#226;ge, &#233;taient engag&#233;s aux travaux de la ferme. Moi j'adorais descendre chez eux et je suivais Liline, la fille, dans toutes ses occupations. J'assistais &#224; la traite des vaches, au nourrissage des veaux. Je la suivais dans la laiterie o&#249; il fallait &#233;cr&#233;mer le lait, laver l'&#233;cr&#233;meuse avec beaucoup de soin. Quand je rentrais chez nous, je sentais l'&#233;table disait Maman. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>A propos des naissances (Yvette M.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1009</link>
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		<dc:date>2014-01-21T09:05:58Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Raton Laveur</dc:creator>


		<dc:subject>Education hors &#233;cole</dc:subject>

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&lt;p&gt;Ce texte fait partie du feuilleton d'Yvette Lire l'ensemble &lt;br class='autobr' /&gt;
De penser &#224; cette promiscuit&#233; oblig&#233;e et parfois mal ressentie de part et d'autre, je me souviens un peu des questions qui nous turlupinaient beaucoup. A cette &#233;poque les enfants restaient longtemps ignorants de la fa&#231;on dont on fait les b&#233;b&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Chez nous, Maman nous disait que le docteur ou l'accoucheuse L&#233;a Nadin apportait un b&#233;b&#233; aux femmes qui avaient &#233;t&#233; malades ou avaient fait une chute. Comme un cadeau pour acc&#233;l&#233;rer la gu&#233;rison ? Pour (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique155" rel="directory"&gt;Mon enfance en Ardennes (Yvette M.)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot143" rel="tag"&gt;Education hors &#233;cole&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie du feuilleton d'Yvette &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique155' class='spip_in'&gt;Lire l'ensemble&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;De penser &#224; cette promiscuit&#233; oblig&#233;e et parfois mal ressentie de part et d'autre, je me souviens un peu des questions qui nous turlupinaient beaucoup.&lt;br class='autobr' /&gt;
A cette &#233;poque les enfants restaient longtemps ignorants de la fa&#231;on dont on fait les b&#233;b&#233;s.&lt;br&gt;
Chez nous, Maman nous disait que le docteur ou l'accoucheuse L&#233;a Nadin apportait un b&#233;b&#233; aux femmes qui avaient &#233;t&#233; malades ou avaient fait une chute. Comme un cadeau pour acc&#233;l&#233;rer la gu&#233;rison ? Pour compenser une d&#233;veine quelconque ?&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tante Ghislaine &#233;tait une petite femme et quand elle &#233;tait enceinte, &#231;a se voyait beaucoup. Elle aurait presque pu rouler comme un gros ballon qu'elle &#233;tait. Le jour fatidique il &#233;tait hors de question qu'on reste l&#224; ; on aurait entendu les cris et les g&#233;missements. Maman nous envoyait ailleurs chez les cousins Cordonnier. Enfin quand on pouvait rentrer chez nous, on nous annon&#231;ait l'arriv&#233;e d'un b&#233;b&#233;. Tante Ghislaine avait retrouv&#233; sa ligne, elle &#233;tait contente que L&#233;a Nadin ne l'ait pas oubli&#233;e.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maman et Papa n'ont jamais trouv&#233; les mots pour nous expliquer. A nos questions, Maman nous ressassait la m&#234;me chose : &#171; Tante Ghislaine avait command&#233; une petite fille, L&#233;a la lui a apport&#233;e &#187;&lt;br&gt;
Entre nous, en r&#233;cr&#233;ation surtout, nous en parlions. Les autres aussi, pourtant filles de fermiers &#233;taient aussi ignorantes que moi. Un jour, un gar&#231;on nous a dit cr&#251;ment : &#171; Les parents ils font comme les taureaux et les vaches et les b&#233;b&#233;s sortent du pet des mamans ! &#187;&lt;br&gt;
Tant de questions, de suppositions qui avaient enfin un d&#233;but de r&#233;ponse. Je devais avoir 10-11 ans. Pourtant j'avais vu des vaches v&#234;ler, j'avais vu, de loin il est vrai, un &#233;talon monter une jument. Marie-Th&#233;r&#232;se nous avait dit qu'elle avait conduit &#171; sa bibique &#224; bouc &#187;.&lt;br&gt;
Papa &#233;levait des lapins et l&#224; on &#233;tait au courant de la fa&#231;on dont cela se passait. Mais c'est un peu comme si les hommes et les femmes avaient invent&#233; une fa&#231;on de faire moins animale, un peu ang&#233;lique.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cette longue diversion, je reviens au baraquement qui fut notre logement durant 13 ans environ : notre enfance et notre adolescence. Papa s'&#233;tait tr&#232;s vite accommod&#233; de la situation.&lt;br&gt;
Pour Maman ce fut plus difficile. Elle aimait nous rappeler que sa maison d'enfance et de jeune-fille &#233;tait la premi&#232;re &#224; &#234;tre fleurie de g&#233;raniums chaque &#233;t&#233;. Cela gr&#226;ce &#224; elle. Elle fut heureuse d'entretenir et d'embellir sont logis de jeune mari&#233;e. Elle en &#233;tait fi&#232;re. Mais ce foutu baraquement elle ne l'a jamais vraiment investi.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec Papa qui &#233;tait tr&#232;s bricoleur, elle aurait pu lui demander des am&#233;nagements, des embellissements. Elle nous disait : &#171; J'ai perdu le go&#251;t &#187;. La commune fit le projet d'une nouvelle &#233;cole situ&#233;e entre les deux villages, au lieu dit : &#171; Le Poteau &#187;, un peu &#224; l'&#233;cart donc. Elle ne se r&#233;jouissait pas d'aller habiter au Poteau. Elle avait toujours v&#233;cu au centre, le long de la grand-route et cette nouvelle &#233;cole lui paraissait loin de tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article1008' class='spip_in'&gt;Lire la suite&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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