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	<title>Ages et transmissions</title>
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	<description>Cr&#233;&#233;e en 97, Ages et Transmissions est une asbl pluraliste bruxelloise permettant aux a&#238;n&#233;s de jouer un r&#244;le actif dans la soci&#233;t&#233;. Elle est reconnue comme organisme d'&#233;ducation permanente par la F&#233;d&#233;ration Wallonie-Bruxelles.</description>
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		<title>Ages et transmissions</title>
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		<title>La &#171; honte &#187; d'&#234;tre flamande (Agn&#232;s)</title>
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&lt;p&gt;Ce texte a &#233;t&#233; &#233;dit&#233; dans le recueil &#034;C'est mon histoire...La Belgique&#034;, pour publics alpha et FLE, &#233;dit&#233; en 2016 par Ages et Transmissions. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis n&#233;e &#224; Ostende en 1940 dans une famille flamande. Ostende est une ville situ&#233;e en Flandre occidentale, sur la c&#244;te belge. J'allais &#224; l'&#233;cole primaire du quartier. &#192; 6 ans, j'ai eu une maladie grave : la dipht&#233;rie. Mes parents m'ont confi&#233;e &#224; mes grands-parents maternels. Ils avaient une ferme pr&#232;s d'Ypres, une autre ville flamande. La famille de mon papa habitait (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;Tranches de vie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce texte a &#233;t&#233; &#233;dit&#233; dans le recueil &lt;a href=&#034;https://agesettransmissions.be/spip.php?article1117&amp;lang=fr&#034;&gt;&#034;C'est mon histoire...La Belgique&#034;&lt;/a&gt;, pour publics alpha et FLE, &#233;dit&#233; en 2016 par Ages et Transmissions.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233;e &#224; Ostende en 1940 dans une famille flamande. Ostende est une ville situ&#233;e en Flandre occidentale, sur la c&#244;te belge. J'allais &#224; l'&#233;cole primaire du quartier.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 6 ans, j'ai eu une maladie grave : la dipht&#233;rie. Mes parents m'ont confi&#233;e &#224; mes grands-parents maternels. Ils avaient une ferme pr&#232;s d'Ypres, une autre ville flamande. La famille de mon papa habitait dans le m&#234;me village. Tout le monde respectait les deux familles. L&#224; aussi, je parlais le flamand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; 11 ans, j'ai rejoint mes parents qui avaient d&#233;m&#233;nag&#233; &#224; Bruxelles. &#192; l'&#233;poque, il n'y avait qu'une seule &#233;cole n&#233;erlandophone pour filles. Elle &#233;tait dans le bas de la ville. Nous habitions &#224; Ixelles, dans le haut de la ville. Maman me disait : &#171; C'est dangereux pour une jeune fille de circuler seule en ville ! &#187; C'est pourquoi, mes parents m'ont inscrite dans une &#233;cole proche de la maison. Je pouvais y aller &#224; pied. C'&#233;tait une &#233;cole francophone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines filles de l'&#233;cole se moquaient des Flamands. Elles disaient :
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Les Flamands s'habillent mal, parlent mal. Ils n'ont pas de culture. Ils sont seulement de bons travailleurs.
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Le flamand n'est pas une vraie langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je suis arriv&#233;e &#224; l'&#233;cole, je ne connaissais pas bien le fran&#231;ais. Pendant la dict&#233;e, je faisais une faute &#224; chaque mot ! Mais j'ai vite rattrap&#233; mon retard. &#192; la fin de l'ann&#233;e, j'&#233;tais premi&#232;re en grammaire. J'&#233;tais bonne &#233;l&#232;ve. Mes compagnes et mes professeurs avaient de l'estime pour moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; 18 ans, je suis all&#233;e &#224; l'Universit&#233; de Louvain &#224; Leuven. Elle &#233;tait encore bilingue &#224; l'&#233;poque. Certains de mes compagnons se moquaient des Flamands. Ils les appelaient &#034;les sales Flamands&#034;. Ils imitaient l'accent flamand de mani&#232;re grossi&#232;re et vulgaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin de mes &#233;tudes, je suis all&#233;e faire des stages en France. &#192; Paris, on disait que les Flamands &#233;taient courageux, travailleurs, malins et r&#233;alistes. Les Fran&#231;ais se moquaient volontiers des francophones parce qu'ils avaient un accent belge.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout au long de ma vie, j'ai senti le m&#233;pris des francophones pour les Flamands : dans les magasins en ville, &#224; l'&#233;cole, &#224; l'universit&#233;, au travail. Mais petit &#224; petit, j'ai enlev&#233; de ma t&#234;te cette &#171; honte &#187; d'&#234;tre flamande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vu mon exp&#233;rience de vie, je comprends les personnes qui souffrent &#224; cause d'attitudes et de paroles racistes. J'ai appris &#224; mes enfants &#224; ne jamais m&#233;priser quelqu'un &#224; cause de sa langue et de ses origines. J'ai transmis &#224; mes enfants la curiosit&#233; d'autres langues et d'autres cultures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Texte &#233;crit en 2014&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>La gr&#232;ve de la FN (Charles)</title>
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		<description>
&lt;p&gt;Ce texte a &#233;t&#233; &#233;dit&#233; dans le recueil &#034;C'est mon histoire...La Belgique&#034;, pour publics alpha et FLE, &#233;dit&#233; en 2016 par Ages et Transmissions. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis n&#233; en 1944 dans la r&#233;gion de Li&#232;ge. Pendant la guerre, mon p&#232;re est prisonnier en Allemagne. Quand il revient, sa boucherie est en faillite. Il va travailler &#224; la FN, la Fabrique Nationale d'armes de guerre. Elle se situe &#224; Herstal, pr&#232;s de Li&#232;ge. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mes parents ont quatre enfants. Ma m&#232;re s'occupe de la famille. Mais le couple a des dettes. Maman doit (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce texte a &#233;t&#233; &#233;dit&#233; dans le recueil &lt;a href=&#034;https://agesettransmissions.be/spip.php?article1117&amp;lang=fr&#034;&gt;&#034;C'est mon histoire...La Belgique&#034;&lt;/a&gt;, pour publics alpha et FLE, &#233;dit&#233; en 2016 par Ages et Transmissions.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233; en 1944 dans la r&#233;gion de Li&#232;ge. Pendant la guerre, mon p&#232;re est prisonnier en Allemagne. Quand il revient, sa boucherie est en faillite. Il va travailler &#224; la FN, la Fabrique Nationale d'armes de guerre. Elle se situe &#224; Herstal, pr&#232;s de Li&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes parents ont quatre enfants. Ma m&#232;re s'occupe de la famille. Mais le couple a des dettes. Maman doit travailler &#224; la FN, elle aussi. Elle sera &#171; femme machine &#187;. Elle part tous les matins &#224; l'usine. Elle doit surveiller plusieurs machines en m&#234;me temps. Tout doit aller tr&#232;s vite. Chaque geste est minut&#233;. Les pauses sont tr&#232;s courtes et peu nombreuses. La semaine est de 45 heures. Le travail est dur. Les femmes gagnent beaucoup moins que les hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1966, les ouvri&#232;res d&#233;cident de faire gr&#232;ve. Elles veulent un salaire &#233;gal &#224; celui de l'homme. La radio annonce l'arr&#234;t total du travail. Nous sommes en f&#233;vrier. Il fait tr&#232;s tr&#232;s froid. Mais toutes les femmes sont dans la rue. Elles manifestent, elles crient : &#171; &#192; travail &#233;gal, salaire &#233;gal &#187;. L'usine est &#224; l'arr&#234;t. Les hommes sont au ch&#244;mage technique. Les salaires ne sont plus pay&#233;s. L'argent manque dans toutes les familles. &lt;br class='autobr' /&gt;
Devant l'usine, les gr&#233;vistes sont en col&#232;re. Les patrons proposent une petite augmentation de salaire. Ce n'est pas suffisant. Les femmes refusent. Les syndicats soutiennent les femmes. Sur la place communale, 3800 femmes discutent, crient, se r&#233;voltent. J'ai 22 ans et je les admire. Elles sont tr&#232;s courageuses. Bien s&#251;r, je les soutiens, moi aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les semaines passent, sans changement. L'atmosph&#232;re est lourde. Ma m&#232;re pleure souvent. Elle se demande comment nous nourrir et nous chauffer. Nous n'avons plus d'argent. L'angoisse est terrible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 16 mai, enfin, la gr&#232;ve est termin&#233;e. Un accord est sign&#233;. Le travail sera de 44 heures par semaine au lieu de 45 heures. Les salaires sont augment&#233;s. Maman pleure de joie. La vie redevient normale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette gr&#232;ve de trois mois &#233;tait n&#233;cessaire pour les femmes. Elles sont all&#233;es jusqu'au bout, avec courage et volont&#233;. Les ouvri&#232;res ont gagn&#233; un premier combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le slogan &#171; &#192; travail &#233;gal, salaire &#233;gal &#187; sera repris aux 4 coins du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, des diff&#233;rences de salaire entre hommes et femmes existent encore. C'est fort injuste. Le combat continue.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#233;volution du travail d'infirmi&#232;re (Jacqueline T.)</title>
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		<dc:subject>Travail</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Au d&#233;but de ma carri&#232;re d'infirmi&#232;re, j'avais l'impression d'&#234;tre en stage permanent. Petit &#224; petit, j'ai gagn&#233; en autonomie, puis en responsabilit&#233;s. Depuis mes &#233;tudes en 1967, j'ai vu &#233;voluer la m&#233;decine et les techniques : il fallait constamment se tenir &#224; jour. Plus tard, en maison de repos, le rythme des &#233;volutions &#233;tait moins marqu&#233;, mais le probl&#232;me r&#233;current restait le m&#234;me : le manque de personnel. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai toujours connu la p&#233;nurie. Les raisons sont simples : salaires bas, horaires difficiles, peu de (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Au d&#233;but de ma carri&#232;re d'infirmi&#232;re, j'avais l'impression d'&#234;tre en stage permanent. Petit &#224; petit, j'ai gagn&#233; en autonomie, puis en responsabilit&#233;s. Depuis mes &#233;tudes en 1967, j'ai vu &#233;voluer la m&#233;decine et les techniques : il fallait constamment se tenir &#224; jour. Plus tard, en maison de repos, le rythme des &#233;volutions &#233;tait moins marqu&#233;, mais le probl&#232;me r&#233;current restait le m&#234;me : le manque de personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai toujours connu la p&#233;nurie. Les raisons sont simples : salaires bas, horaires difficiles, peu de reconnaissance. &#202;tre infirmi&#232;re est vraiment une vocation. Il faut beaucoup prendre sur soi : c'&#233;tait tr&#232;s dur, par exemple de concilier ce travail avec une vie de famille, surtout avec des enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fil des ann&#233;es, j'ai vu plus d'hommes entrer dans le m&#233;tier, et beaucoup d'aides-soignantes en formation, souvent d'origine africaine. Les profils du personnel d'h&#244;pital ont chang&#233;, tout comme les patients : ils restent de moins en moins longtemps, ce qui rend le travail plus difficile, plus press&#233;, parfois plus frustrant. A mon d&#233;part &#224; la pension en 2007, j'ai pu constater qu'il y avait moins de contacts humains par rapport &#224; mon d&#233;but de carri&#232;re : on n'a plus le temps. L'infirmi&#232;re fait beaucoup plus qu'avant, mais elle est maintenant tr&#232;s d&#233;consid&#233;r&#233;e et toujours &#233;puis&#233;e. Pourtant, elle porte une lourde responsabilit&#233; : une erreur, un oubli peuvent entra&#238;ner des cons&#233;quences graves pour le patient. Et l'informatisation n'aide pas vraiment notre secteur. Au contraire, on passe un temps fou &#224; de l'administratif qui se multiplie sans vraiment de sens.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#233;volution du travail de fonctionnaire (Bernard M.)</title>
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		<dc:subject>Travail</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le monde du travail a profond&#233;ment &#233;volu&#233; et, dans la fonction publique, cela s'est ressenti tr&#232;s t&#244;t. Autrefois, le travail dans les bureaux des minist&#232;res &#233;tait tr&#232;s hi&#233;rarchis&#233;, il reposait sur un important travail &#233;crit, avec l'appui d'un impressionnant staff de dactylos, l'usage de machines &#224; calculer &#224; ruban et du t&#233;l&#233;phone fixe comme outil central de communication. Progressivement, certaines t&#226;ches ont &#233;t&#233; m&#233;canis&#233;es gr&#226;ce aux cartes perfor&#233;es, puis avec l'informatisation. Mais tout s'est fait (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le monde du travail a profond&#233;ment &#233;volu&#233; et, dans la fonction publique, cela s'est ressenti tr&#232;s t&#244;t. Autrefois, le travail dans les bureaux des minist&#232;res &#233;tait tr&#232;s hi&#233;rarchis&#233;, il reposait sur un important travail &#233;crit, avec l'appui d'un impressionnant staff de dactylos, l'usage de machines &#224; calculer &#224; ruban et du t&#233;l&#233;phone fixe comme outil central de communication. Progressivement, certaines t&#226;ches ont &#233;t&#233; m&#233;canis&#233;es gr&#226;ce aux cartes perfor&#233;es, puis avec l'informatisation. Mais tout s'est fait lentement : &#224; ses d&#233;buts, un seul &#233;cran pouvait &#234;tre partag&#233; par 60 personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le temps, le traitement de texte s'est g&#233;n&#233;ralis&#233;, entra&#238;nant la disparition de la fonction de dactylo. De nouvelles m&#233;thodes de management ont aussi vu le jour, transformant les rapports hi&#233;rarchiques et les pratiques professionnelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui, l'intelligence artificielle s'installe dans nos environnements de travail. Elle pose des questions cruciales : comment l'utiliser de mani&#232;re utile ? Comment garder un esprit critique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres d&#233;fis compliquent aussi le travail du fonctionnaire : comment trouver un &#233;quilibre entre t&#233;l&#233;travail et pr&#233;sence physique ? Les dialogues entre coll&#232;gues deviennent parfois plus complexes &#224; distance, les choix &#233;thiques plus pr&#233;sents. La d&#233;fense de la neutralit&#233; dans l'application des lois gr&#226;ce au statut du fonctionnaire est remise en question au profit d'un statut contractuel d&#233;pendant du bon vouloir d'un pouvoir politique. Cela ouvre des questions importantes pour les jeunes g&#233;n&#233;rations, tant sur le sens du travail que sur sa politisation croissante.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#233;volution du travail d'artisan orf&#232;vre (Sabine H.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1575</link>
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		<dc:date>2025-11-19T10:50:57Z</dc:date>
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		<dc:subject>Travail</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ma formation d'orf&#232;vre dans une &#233;cole sup&#233;rieure ne m'a pas pr&#233;par&#233;e &#224; la r&#233;alit&#233; du m&#233;tier. &#192; l'&#233;poque, en fili&#232;re artistique, parler de vente &#233;tait presque tabou. Tr&#232;s jeune, en sortant des &#233;tudes, j'ai ouvert mon magasin. L'accompagnement d'un ind&#233;pendant dans sa cr&#233;ation d'entreprise n'existait pas ou &#233;tait tr&#232;s peu visible. Rapidement, j'ai &#233;t&#233; d&#233;bord&#233;e par la charge de travail. Je devais faire un choix : soit refuser des commandes, soit d&#233;l&#233;guer, sous-traiter. D'artisane, je suis peu &#224; peu devenue cheffe (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ma formation d'orf&#232;vre dans une &#233;cole sup&#233;rieure ne m'a pas pr&#233;par&#233;e &#224; la r&#233;alit&#233; du m&#233;tier. &#192; l'&#233;poque, en fili&#232;re artistique, parler de vente &#233;tait presque tabou. Tr&#232;s jeune, en sortant des &#233;tudes, j'ai ouvert mon magasin. L'accompagnement d'un ind&#233;pendant dans sa cr&#233;ation d'entreprise n'existait pas ou &#233;tait tr&#232;s peu visible. Rapidement, j'ai &#233;t&#233; d&#233;bord&#233;e par la charge de travail. Je devais faire un choix : soit refuser des commandes, soit d&#233;l&#233;guer, sous-traiter. D'artisane, je suis peu &#224; peu devenue cheffe d'entreprise. Je ne travaillais plus souvent de mes mains, je me concentrais sur les prototypes et la cr&#233;ation de bijoux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; tout j'ai ador&#233; mon m&#233;tier. Le contact avec les clients et le travail en &#233;quipe m'ont apport&#233; &#233;norm&#233;ment de plaisir et satisfaction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le secteur a profond&#233;ment chang&#233;. Aujourd'hui, on ach&#232;te beaucoup en ligne sans rencontrer personne. La production est aujourd'hui en grande partie faite dans des pays o&#249; les conditions de travail sont pr&#233;caires. Pour un artisan en Belgique, la concurrence &#233;trang&#232;re devient &#233;crasante. Il faudrait pourtant plut&#244;t pouvoir penser en termes de bijou &#233;thique et responsable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impression 3D et les machines &#224; commande num&#233;rique ont aussi fait leur apparition : on envoie des fichiers en Asie, et la pi&#232;ce revient toute faite. La gravure laser qui a d&#233;tr&#244;n&#233; la gravure &#171; fait-main &#187; est parfaite, mais sans &#226;me, sans sensibilit&#233;. Le lien humain se perd.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vrais cr&#233;ateurs, ceux qui perp&#233;tuent la tradition du fait main, deviennent rares. L'informatique a aussi boulevers&#233; la mani&#232;re de vendre et de payer dans tous les secteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui les jeunes se lancent souvent via les r&#233;seaux sociaux. Ils ont &#224; leur disposition plus d'aide au d&#233;marrage : du coaching, des plateformes, des conseils. Mais la formation technique reste un point noir. Trop souvent, les fili&#232;res manuelles sont d&#233;valoris&#233;es. Les &#233;coles techniques n'ont plus la cote. En bijouterie la formation en alternance pose des probl&#232;mes, car les stages deviennent difficiles &#224; trouver. De moins en moins de magasins ont leur propre atelier pour accueillir des &#233;l&#232;ves. Les artisans n'ont plus le temps de former les jeunes et de transmettre leur savoir. En F&#233;d&#233;ration Wallonie-Bruxelles il n'y a aucune &#233;cole sup&#233;rieure enseignant la bijouterie, contrairement &#224; la Flandre o&#249; un master est possible et m&#234;me un doctorat.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mon entr&#233;e &#224; l'arm&#233;e avec les premi&#232;res femmes militaires, le 2 juin 1975 (Nadia R.)</title>
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		<dc:subject>Travail</dc:subject>
		<dc:subject>Femme, f&#233;minisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;Texte &#233;crit dans le cadre de &#034;Nous &#233;crivons notre vie&#034; 2023-25 &lt;br class='autobr' /&gt;
En 1975, j'&#233;tais prof de gym dans les &#233;coles primaires de la Ville de Bruxelles, et je n'aimais pas &#231;a du tout. Je voulais quitter l'enseignement, je ne m'y plaisais pas et de surcro&#238;t je ne m'y voyais pas rester pendant toute ma carri&#232;re. Je voulais quitter. Mais pour faire quoi ? &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est alors que l'arm&#233;e a ouvert ses portes aux femmes. C'est sur le conseil d'un ami ex-capitaine de la Force terrestre, revenu &#224; la vie civile dans son job (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte &#233;crit dans le cadre de &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article1404' class='spip_in'&gt;&#034;Nous &#233;crivons notre vie&#034;&lt;/a&gt; 2023-25&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En 1975, j'&#233;tais prof de gym dans les &#233;coles primaires de la Ville de Bruxelles, et je n'aimais pas &#231;a du tout. Je voulais quitter l'enseignement, je ne m'y plaisais pas et de surcro&#238;t je ne m'y voyais pas rester pendant toute ma carri&#232;re. Je voulais quitter. Mais pour faire quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que l'arm&#233;e a ouvert ses portes aux femmes. C'est sur le conseil d'un ami ex-capitaine de la Force terrestre, revenu &#224; la vie civile dans son job d'instituteur, que j'ai saut&#233; sur l'occasion. Aux vacances de P&#226;ques, je donnais purement et simplement ma d&#233;mission. L'Inspecteur &#233;tait fort ennuy&#233;, il n'avait personne pour me remplacer, mais ma d&#233;cision &#233;tait prise, pour rien au monde je ne changerais d'avis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon r&#234;ve &#233;tait alors d'int&#233;grer la gendarmerie dans la cavalerie. J'ai pris rendez-vous avec le bureau de renseignements &#171; Gendarmerie &#187; pour tenter d'y entrer. Mais ce n'&#233;tait pas &#224; l'ordre du jour. La gendarmerie attendait de voir comment &#231;a allait se passer dans les autres Forces arm&#233;es avant de s'engager sur la m&#234;me voie. De plus, jamais les femmes ne seraient cavali&#232;res. Les raisons avanc&#233;es &#233;taient que la cavalerie &#233;tait surtout engag&#233;e dans les manifestations, ce qui &#233;tait en g&#233;n&#233;ral tr&#232;s risqu&#233; et violent, donc pas pour les dames&#8230; ! D&#233;ception.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon second r&#234;ve &#233;tait d'entrer &#224; la Force navale pour naviguer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis donc inscrite pour passer les tests psychotechniques au Petit Ch&#226;teau, ainsi que tous les autres examens pr&#233;vus pour entrer &#224; l'arm&#233;e. J'ai tout bien r&#233;ussi, class&#233;e bonne pour le service, je devais encore me pr&#233;senter &#224; l'interview. Les emplois r&#233;serv&#233;s aux femmes &#233;taient au nombre de 3 si je me souviens bien : dactylo, radariste, steward. J'ai imm&#233;diatement choisi steward. L'interviewer &#233;tait &#233;tonn&#233;, car mes r&#233;sultats me permettaient apparemment &#171; beaucoup mieux &#187;. Il m'a demand&#233; ce que ce job signifiait pour moi. Eh bien, ai-je r&#233;pondu, c'est pour servir &#224; table sur les bateaux. Et l&#224;, catastrophe, les femmes ne sont pas admises &#224; bord ! re-d&#233;ception. J'ai alors opt&#233; pour dactylo, du moins aurais-je d&#233;j&#224; un pied dans la place !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 2 juin 1975, je faisais mes premiers pas dans la cour de la caserne Luitenant de Vaisseau (luitenant-ter-zee) Victor Billiet de Bruges Sainte Croix (Brugge Sint Kruis) avec une soixantaine d'autres femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait l'effervescence, tant du c&#244;t&#233; des femmes pr&#233;sentes que du personnel du quartier. La presse aussi &#233;tait de la partie, nous &#233;tions les toutes premi&#232;res &#224; entrer &#224; l'arm&#233;e, avant les autres Forces arm&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On nous a expliqu&#233; des tonnes de choses nouvelles dont je ne me souviens plus, on nous a group&#233;es par r&#233;gime linguistique : un peloton de francophones (FR) et un autre de n&#233;erlandophones (NL), 2 x 30 femmes d'un coup !!! Et qui allaient rester l&#224; et vivre dans la caserne&#8230; On peut imaginer ce que &#231;a a d&#251; &#234;tre comme chamboulement dans les habitudes de tous ces hommes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens &#234;tre pass&#233;e chez le coiffeur militaire le premier jour, on &#233;tait encore en civil. Ils nous ont parl&#233; de la coupe de cheveux, soit courts soit remont&#233;s en chignon ou queue de cheval, selon la tenue. Les miens &#233;taient courts, j'adorais aller chez le coiffeur, je m'y suis pr&#233;sent&#233;e avec plaisir. Ce fut vite fait, pas de shampooing, pas de chipotage, juste une coupe&#8230; et bien faite. Super !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis on nous a &#233;quip&#233;es de pied en cap, et avec tout notre barda on est all&#233;es dans nos chambres. Et l&#224; alors c'est la cerise sur le g&#226;teau : ils ont vir&#233; les officiers de leurs chambres pour y mettre les femmes, femmes qui &#224; ce stade n'&#233;taient encore que des matelots autrement dit des soldats ! Ils n'ont pas d&#251; aimer !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce b&#226;timent se trouvait &#224; l'ext&#233;rieur de la caserne, &#224; 10m, mais hors des murs. Une maison entour&#233;e d'herbe, avec un &#233;tage. Nous avions chacune notre chambre ! Je pense que les sanitaires &#233;taient communs. Les hommes qui, comme nous, entraient pour suivre leur instruction primaire, eux dormaient &#224; 20 par dortoir et bien entendu &#224; l'int&#233;rieur de la caserne. J'imagine &#224; peine la t&#234;te des Officiers qu'on a chass&#233;s pour nous&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'&#233;poque, on ne s'en souciait pas du tout, la chose n'avait aucune importance pour nous, nous avions une chambre, c'est tout ce qui comptait. Nos coll&#232;gues masculins arriv&#233;s en m&#234;me temps que nous, nous ont jalous&#233;es, et avec raison. Nous avons plaid&#233; pour que le m&#234;me r&#233;gime soit appliqu&#233; aux hommes, et non l'inverse. Sans succ&#232;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette ann&#233;e-l&#224;, l'&#233;t&#233; a &#233;t&#233; magnifique, et quelques-unes ont pris des bains de soleil en bikini dans le &#171; jardin &#187; autour de &#171; notre maison &#187;. On a vite &#233;t&#233; rappel&#233;es &#224; l'ordre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu de temps apr&#232;s notre arriv&#233;e, une situation interm&#233;diaire a &#233;t&#233; mise en place. Un b&#226;timent a &#233;t&#233; construit dans l'enceinte de la caserne et r&#233;serv&#233; exclusivement aux femmes. Des chambr&#233;es d'une dizaine de matelotes, pas davantage. Des installations sanitaires communes. Chaque matin, c'&#233;tait corv&#233;e d'entretien. Un tour de r&#244;le &#233;tait d&#233;fini, et nous voil&#224; avec seau et torchon &#224; briquer notre bloc. S'ensuit l'inspection par le Commandant de Compagnie accompagn&#233; du chef des Sous-Officiers de la Cie. On a appris &#224; nettoyer jusque dans les coins et sous les lits !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; d&#233;sign&#233;e &#171; chef de promotion &#187; pour les francophones et Claire pour les n&#233;erlandophones. Nous avions chacune un dipl&#244;me de r&#233;gente, elle en &#171; art m&#233;nager &#187;, moi en &#171; &#233;ducation physique et biologie &#187;. On n'a pas eu de grade pour autant, non, pas si vite, mais un brassard bleu. Nous sommes devenues &#171; instructeurs &#187; pour les nouveaux pelotons de femmes. Mais rapidement, leur nombre a diminu&#233; et elles ont &#233;t&#233; incluses dans les pelotons masculins devenus mixtes du coup. Au bout d'un certain temps, il n'y eut plus aucune femme, les tests physiques d'entr&#233;e &#233;taient devenus trop durs pour elles. Claire et moi avons continu&#233; &#224; donner cours aux pelotons de &#171; premi&#232;re instruction &#187;, quelle qu'ait &#233;t&#233; leur composition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand il y avait une question particuli&#232;re, voire un probl&#232;me, nous &#233;tions appel&#233;es aupr&#232;s du Commandant de Compagnie pour r&#233;gler la question. C'est ainsi qu'on s'est retrouv&#233;es toutes les 2 devant un Officier tr&#232;s g&#234;n&#233;, il ne savait comment aborder ce qui le pr&#233;occupait. Il voulait savoir s'il nous fallait des poubelles sp&#233;ciales dans les toilettes pour les protections hygi&#233;niques ! Il a tourn&#233; autour du pot, Claire et moi on n'osait pas se regarder pour ne pas &#233;clater de rire. La question suivante a &#233;t&#233; : &#171; Pr&#233;f&#233;rez-vous recevoir vos sous-v&#234;tements par la cha&#238;ne militaire ou plut&#244;t une prime mensuelle ? &#187;. On imaginait d&#233;j&#224; des soutiens et des slips pens&#233;s par les militaires masculins (ou leurs &#233;pouses ?), &#224; l'instar des cale&#231;ons dits &#171; toboggan o&#249; rien ne pend, tout descend &#187; ainsi qu'on l'a appris plus tard ! Nous avons choisi de commun accord et sans nous concerter, la prime mensuelle. Je ne sais plus &#224; combien elle s'&#233;levait, mais dans mon souvenir c'&#233;tait beaucoup, d'autant plus qu'elle &#233;tait mensuelle. Comme si chaque mois il nous fallait de nouvelles culottes, de nouveaux soutiens&#8230; Je n'ai pas &#233;t&#233; la seule &#224; m'acheter de jolies chemises de nuit. Et bien entendu il fallait rentrer une facture, on s'arrangeait avec la commer&#231;ante pour que &#231;a passe&#8230; &#199;a a march&#233; un petit temps, mais ils ont vite arr&#234;t&#233; cette mensualit&#233;, elle est peut-&#234;tre devenue annuelle ? Je ne sais plus, mais on n'a pas pour autant re&#231;u de sous-v&#234;tements militaires, ouf !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces hommes nous consid&#233;raient comme on consid&#233;rait les femmes &#224; l'&#233;poque (1975) c'est-&#224;-dire comme des petites choses fragiles, toutes fabriqu&#233;es selon le m&#234;me mod&#232;le&#8230; mais nous &#233;tions en pleine p&#233;riode hippie, les choses avaient chang&#233;, et visiblement la plupart d'entre eux n'avaient pas bien suivi le mouvement ! Bon c'est vrai que l'arm&#233;e est plut&#244;t conservatrice&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre chef de peloton &#233;tait le chef Denis. Un gentil, et amusant, et parfait dans son r&#244;le. Tous les Sous-officiers &#224; la Force navale (FN) quel que soit le grade sont appel&#233;s &#171; Chef &#187;, c'est facile, pas moyen de se tromper ! Et notre instruction a commenc&#233;, identique &#224; celle des gar&#231;ons. Pour &#231;a, pas de probl&#232;me. Mais comme nous &#233;tions les premi&#232;res, la presse d&#233;barquait souvent ainsi que d'autres autorit&#233;s. On nous interviewait, on nous emmenait partout dans la ville, en &#171; tenue de sortie &#187; bien s&#251;r. Et cet uniforme de la FN (la Marine maintenant) est tr&#232;s flatteur. Chemisier blanc, avec un lis&#233;r&#233; bleu marine sur le bord du col, une lavalli&#232;re bleu marine, avec une petite ancre dor&#233;e au milieu, tailleur veste cintr&#233;e/jupe droite bleu marine, collant (beurk pour moi et quelques autres) et souliers talon noir + une sacoche noire (tr&#232;s moche). Le couvre-chef blanc avec un bord bleu marine et l'&#233;cusson de la FN sur le devant. Tr&#232;s joli aussi. Puis il y a eu un probl&#232;me avec le fabricant de chapeaux et pendant plusieurs mois, ann&#233;es peut-&#234;tre, on a port&#233; le b&#233;ret de marin. Puis le couvre-chef des damars (pour dame de la marine) est revenu, c'est celui qu'elles portent encore aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip-content&#034;&gt;&lt;strong&gt;Publi&#233; le 21-07-2019 &#224; 07h00 dans l'Avenir : En 1975, pour la premi&#232;re fois, des femmes soldats &#224; la F&#234;te nationale. &lt;/strong&gt; &lt;br class='manualbr'&gt;
&lt;br class='manualbr'&gt;
&lt;p&gt;Ce 21 juillet, comme chaque ann&#233;e &#224; l'occasion de la F&#234;te nationale, aura lieu le traditionnel d&#233;fil&#233; militaire. En 1975, pour la premi&#232;re fois, les femmes y &#233;taient, elles aussi, enfin, convi&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1975, pour la premi&#232;re fois, la F&#234;te nationale et son traditionnel d&#233;fil&#233; militaire accueillent des femmes. Elles viennent d'int&#233;grer les forces de la D&#233;fense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une v&#233;ritable &#233;volution soci&#233;tale qui aura mis du temps &#224; voir le jour. Par la d&#233;cision du ministre de la D&#233;fense d'alors, Paul Van den Boeynants. On est alors le 5 mai 1975 quand il autorise le recrutement des femmes dans l'arm&#233;e. Mais elles seront toutefois cantonn&#233;es aux t&#226;ches administratives dans un premier temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles rejoignent d'abord la marine puis la force terrestre et a&#233;rienne et enfin le service m&#233;dical. Ce n'est qu'en 1977, deux ans plus tard, que les femmes pourront acc&#233;der au rang de sous-officier. Mais d&#233;j&#224; en 1976, un an apr&#232;s l'appel, les candidates se pressent et ce sont plus de mille femmes qui ont rejoint les rangs.})&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce premier 21 juillet 1975, les femmes militaires ont d&#233;fil&#233; avec fiert&#233;. En &#171; tenue de sortie &#187; (couvre-chef, tailleur jupe, souliers &#224; talons, sacoche et gants noirs pour toutes, blancs pour la Force navale). Pour cette grande premi&#232;re, les d&#233;tachements (60 militaires) de femmes militaires avaient &#233;t&#233; rassembl&#233;s en une colonne, tout en restant par Force. Je ne sais plus si j'en ai fait partie. Dans ce d&#233;tachement, la plus grande qui formait le coin avant droit &#233;tait Patricia (une NL). Elle avait pour mission principale de garder le cap, notamment lorsqu'on passait devant le Roi, car toutes les autres devaient faire &#171; t&#234;te &#224; droite &#187; sauf elle. C'est pr&#233;vu ainsi pour tous les d&#233;tachements. Marcher au pas sur les gros pav&#233;s de la place des Palais en souliers &#224; talons en nylon&#8230; est arriv&#233; ce qui devait arriver : une chute en plein devant la tribune royale ! Pas moi, et pas &#224; la Force navale&#8230; Par la suite, il y a eu des am&#233;nagements : des bottes au Service m&#233;dical o&#249; je suis pass&#233;e plus tard, puis finalement en tenue de terrain pantalon/bottines. Il a fallu beaucoup d'ann&#233;es pour que &#231;a change, mais on y est arriv&#233;es. Ne restent que les &#233;l&#232;ves femmes de l'&#201;cole Royale militaire (ERM) qui portent encore la jupe pour d&#233;filer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai ensuite toujours fait partie des d&#233;fil&#233;s du 21 juillet, et lorsque je suis devenue Offr au Service m&#233;dical de l'Arm&#233;e, j'ai command&#233; des d&#233;tachements de femmes toutes Forces confondues, puis d&#233;tachements mixtes du Service m&#233;dical, puis j'ai &#233;t&#233; porteuse &#233;tendard pendant plusieurs ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux moments marquants dans cette derni&#232;re t&#226;che :&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;li&gt; Le premier a &#233;t&#233; de commander le d&#233;tachement des porte-drapeaux et &#233;tendards de toutes les Forces arm&#233;es. Un grand moment, car je cumulais les &#171; tares &#187;, &#224; savoir, &#234;tre une femme et du Service m&#233;dical, devant tous les autres qui &#233;taient hommes de Forces bien plus prestigieuses (pensaient-ils).&lt;/li&gt;&lt;li&gt; Le second a &#233;t&#233; de participer aux fun&#233;railles du Roi Baudouin le 7 ao&#251;t 1993 en tant que porte-&#233;tendard du Service m&#233;dical. Place des Palais, un monde fou se presse derri&#232;re les barri&#232;res, l'&#233;motion est tangible. Les militaires prennent place selon un sch&#233;ma pr&#233;cis, les porte-&#233;tendards et porte-drapeaux de chacune des 4 Forces s'alignent le long du cercueil au garde-&#224;-vous. La Braban&#231;onne retentit et nos drapeaux/&#233;tendard sont mis en berne (ils sont abaiss&#233;s vers le cercueil). J'ai eu beaucoup de mal &#224; retenir mes larmes, mon &#233;motion. L'air vibrait de toute cette &#233;nergie, cette solidarit&#233; autour du Roi d&#233;funt. Surtout ne pas l&#226;cher mon &#233;tendard&#8230; ! Quelle exp&#233;rience ! Ensuite, toute la famille royale est sortie du Palais, Fabiola, toute de blanc v&#234;tue, un autre moment fort. Puis le catafalque est parti en direction de la Cath&#233;drale Sainte Gudule et Michel accompagn&#233; d'une foule compacte tout le long du parcours. Terriblement &#233;mouvant, cet &#233;lan populaire&#8230;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;br class='manualbr'&gt;
&lt;p&gt;Voici donc un petit aper&#231;u de mes d&#233;buts dans les Forces arm&#233;es belges. Ce fut une exp&#233;rience &#224; nulle autre pareille. Je n'ai jamais regrett&#233; d'avoir quitt&#233; le civil et l'&#233;cole, mais au final j'ai continu&#233; &#224; donner cours pendant toute ma carri&#232;re ! On ne se refait pas !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'&#233;volution du travail de professeure de langues (Lidia R.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1574</link>
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		<dc:subject>Travail</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;J'ai commenc&#233; &#224; enseigner au milieu des ann&#233;es 1970, avec pour seuls outils un livre, un tableau noir et de la craie. Le mat&#233;riel a &#233;volu&#233; progressivement : on a introduit les magn&#233;tophones, puis les cassettes audios, suivis par la t&#233;l&#233;vision. Il fallait non seulement apprendre &#224; les utiliser, mais aussi aller les chercher, souvent &#224; l'autre bout de l'&#233;tablissement, s'organiser avec les coll&#232;gues pour le pr&#234;t. &#192; la fin de ma carri&#232;re, j'ai connu l'arriv&#233;e d'internet et des tableaux interactifs. L&#224; aussi il (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'ai commenc&#233; &#224; enseigner au milieu des ann&#233;es 1970, avec pour seuls outils un livre, un tableau noir et de la craie. Le mat&#233;riel a &#233;volu&#233; progressivement : on a introduit les magn&#233;tophones, puis les cassettes audios, suivis par la t&#233;l&#233;vision. Il fallait non seulement apprendre &#224; les utiliser, mais aussi aller les chercher, souvent &#224; l'autre bout de l'&#233;tablissement, s'organiser avec les coll&#232;gues pour le pr&#234;t. &#192; la fin de ma carri&#232;re, j'ai connu l'arriv&#233;e d'internet et des tableaux interactifs. L&#224; aussi il a fallu apprendre, s'adapter, g&#233;rer. Aujourd'hui, les &#233;l&#232;ves n'&#233;crivent presque plus : ils prennent simplement des photos du tableau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enseignement du fran&#231;ais comme langue &#233;trang&#232;re a &#233;galement chang&#233;. Au d&#233;part, les textes &#233;taient plut&#244;t litt&#233;raires ou compl&#232;tement farfelus. Puis, peu &#224; peu, ils se sont adress&#233;s &#224; un public d&#233;sirant avoir une ma&#238;trise minimale de la langue et de la culture du pays qu'ils allaient visiter. Les situations &#233;taient explicites : apprendre &#224; se pr&#233;senter, demander son chemin, commander une boisson ou un repas, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personnellement, j'ai aim&#233; utiliser la technologie comme soutien. Ce qui &#233;tait le plus important pour moi, c'&#233;tait de faire parler les &#233;tudiants, de cr&#233;er du lien, d'&#233;tablir une relation. Je n'ai jamais enseign&#233; &#224; distance. Les &#233;tudiants n'aiment pas cela en g&#233;n&#233;ral, car ils prennent plaisir &#224; se retrouver en salle, &#224; &#233;changer, &#224; vivre un moment ensemble. Une classe est faite de relations humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis investie humainement dans mon m&#233;tier, et les &#233;tudiants me le rendaient bien. Ce lien humain, justement, me semble menac&#233; aujourd'hui. Je crains que le professeur de demain ne regarde plus vraiment ses &#233;l&#232;ves en &#233;tant viss&#233; &#224; son &#233;cran d'ordinateur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Bernadette : un parcours d'&#233;mancipation </title>
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		<dc:date>2025-10-10T09:29:15Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Femme, f&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Religion, valeurs et &#233;thique</dc:subject>
		<dc:subject>Deuils, mort</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Extrait de &#034;Nous racontons notre vie&#034; 2024-25 &lt;br class='autobr' /&gt;
Enfance &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis n&#233;e en 1946 dans la commune de Huy o&#249; je suis rest&#233;e jusqu'&#224; mon mariage. Je suis la 10e d'une famille de 11 enfants. De l'a&#238;n&#233; au plus jeune, il y a quasiment une g&#233;n&#233;ration. Dans ma famille, il y avait une s&#233;rie de r&#232;gles tacites, mais qui &#233;taient respect&#233;es, par exemple, les places &#224; table. Les plus petits du c&#244;t&#233; de maman et les plus grands du c&#244;t&#233; de papa. Je trouvais que ce n'&#233;tait pas facile de se faire une place dans une si grande (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot140" rel="tag"&gt;Deuils, mort&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait de &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article1340' class='spip_in'&gt;&#034;Nous racontons notre vie&#034;&lt;/a&gt; 2024-25&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Enfance&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233;e en 1946 dans la commune de Huy o&#249; je suis rest&#233;e jusqu'&#224; mon mariage. Je suis la 10e d'une famille de 11 enfants. De l'a&#238;n&#233; au plus jeune, il y a quasiment une g&#233;n&#233;ration. Dans ma famille, il y avait une s&#233;rie de r&#232;gles tacites, mais qui &#233;taient respect&#233;es, par exemple, les places &#224; table. Les plus petits du c&#244;t&#233; de maman et les plus grands du c&#244;t&#233; de papa. Je trouvais que ce n'&#233;tait pas facile de se faire une place dans une si grande famille. Quand j'&#233;tais petite, j'ai r&#233;agi &#224; ce probl&#232;me-l&#224; en m'isolant. J'aimais bien jouer seule, parler seule, m'inventer des amis. Une des grandes caract&#233;ristiques de notre famille c'est que nous sommes tous de grands joueurs : il y a toujours eu des jeux de soci&#233;t&#233; &#224; disposition. On se rassemblait et on s'entendait tous tr&#232;s bien autour de cette activit&#233;-l&#224;. Ce plaisir du jeu a d'ailleurs &#233;t&#233; transmis aux plus jeunes g&#233;n&#233;rations. La Saint-Nicolas &#233;tait un moment tr&#232;s joyeux, 13 assiettes &#233;taient plac&#233;es pour que Saint-Nicolas les remplisse et chacun recevait un cadeau. C'&#233;tait f&#233;&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais vous raconter un &#233;v&#233;nement marquant et douloureux. &#192; mes 9 ans, j'ai perdu mon papa, soudainement, suite &#224; une congestion c&#233;r&#233;brale. &#199;a a &#233;t&#233; une rupture assez brutale. Ma petite s&#339;ur et moi-m&#234;me avons &#233;t&#233; envoy&#233;es chez des voisins lors du passage du m&#233;decin. &#192; notre retour, on nous a dit : &#171; Allez dire au revoir &#224; votre papa une derni&#232;re fois &#187;. On a d&#251; comprendre seules qu'il &#233;tait mort vu que tout avait &#233;t&#233; dit &#224; demi-mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons ensuite &#233;t&#233; confi&#233;es &#224; notre grand-m&#232;re, qui avait eu un accident vasculaire c&#233;r&#233;bral et dont une de ses filles, qui &#233;tait c&#233;libataire, s'occupait. Nous n'avons pas pu assister &#224; l'enterrement de notre papa. J'&#233;tais dans une tristesse terrible et me sentais abandonn&#233;e. Nous avons &#233;t&#233; totalement coup&#233;es de notre famille pour vivre ce moment de deuil. Apr&#232;s l'enterrement de papa, nous sommes rentr&#233;es &#224; la maison. Le lendemain, je suis all&#233;e &#224; l'&#233;cole et des copines de classe m'ont dit : &#171; nous sommes all&#233;es &#224; l'enterrement de ton papa et on ne t'a pas vue !&#034;. Avec le temps, j'ai r&#233;ussi &#224; dire que j'avais &#233;t&#233; f&#226;ch&#233;e de ne pas &#234;tre l&#224;, ce &#224; quoi on m'a r&#233;pondu que c'&#233;tait pour me prot&#233;ger ainsi que ma petite s&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Bonne-maman &#224; canne &#187;&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait la maman de ma maman. Apr&#232;s la guerre, elle avait fait un AVC et &#233;tait devenue h&#233;mipl&#233;gique du c&#244;t&#233; gauche, du coup, elle marchait avec une canne. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle avait un grand sens de l'autod&#233;rision. Je me souviens que, lors d'une f&#234;te de famille avec nos cousins et cousines, nous avions fait une ronde et &#171; Bonne-maman &#224; canne &#187; s'&#233;tait mise au centre de la ronde et avait tap&#233; la mesure pendant qu'on chantait : &#171; Elle avait une jambe de bois et pour que &#231;a ne se voie pas, elle avait mis par en dessous des roulettes en caoutchouc &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle vivait avec une de ses filles qui &#233;tait c&#233;libataire. Elle avait mis au point toute une s&#233;rie d'astuces pour pouvoir faire encore des choses et se rendre utile. Elle avait un m&#233;tier &#224; tisser qu'on mettait sur la table et elle r&#233;alisait des &#233;charpes. Le dimanche, elle &#233;coutait la messe &#224; la radio et, en m&#234;me temps, elle d&#233;bitait en petits morceaux les journaux de la semaine pour avoir une r&#233;serve de papier toilette pour toute la semaine.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;&#202;tre femme&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Je pense que le f&#233;minisme a pris chez moi de la place &#224; mon insu. Quand j'&#233;tais toute petite, il y avait des diff&#233;rences faites entre filles et gar&#231;ons &#224; la maison. Nous &#233;tions 8 filles et 3 gar&#231;ons. Les filles &#233;taient appr&#233;ci&#233;es pour ce qu'elles faisaient et les gar&#231;ons pour ce qu'ils &#233;taient. Rien n'&#233;tait impos&#233; par mes parents aux gar&#231;ons, c'&#233;tait naturel, automatique. Je n'ai jamais vu mes fr&#232;res laver la vaisselle, &#233;tendre le linge, faire la lessive ou la cuisine. Avec du recul, je me rends compte que les gar&#231;ons &#233;taient comme des coqs en p&#226;te. Il a fallu que je quitte la maison pour me rendre compte de &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e o&#249; je suis sortie de l'&#233;cole secondaire, il y avait moyen de faire des &#233;tudes d'institutrice en 1 an. Ma m&#232;re &#233;tait d&#233;sireuse que je suive ce parcours, car elle avait envie de nous voir acqu&#233;rir un dipl&#244;me pour avoir une ind&#233;pendance rapidement. Moi, je voulais &#233;tudier la psychologie. J'ai d&#251; faire un compromis et j'ai &#233;tudi&#233; la logop&#233;die, car ces &#233;tudes duraient 1 an de moins. Un de mes fr&#232;res, lui, a pu commencer des &#233;tudes universitaires. Il ne les a pas termin&#233;es, il a pr&#233;f&#233;r&#233; se mettre &#224; travailler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai appris les choses de l'amour par la d&#233;brouille, les chansons de Georges Brassens et par la lecture de livres et magazines. Une de mes s&#339;urs m'a expliqu&#233; ce qu'&#233;taient les menstruations, avec beaucoup de pudeur et une volont&#233; de garder notre intimit&#233;. Malgr&#233; la grande famille dans laquelle je vivais, je n'ai pas &#233;t&#233; beaucoup aid&#233;e dans mes questionnements. Je crois que la proximit&#233; permanente entre fr&#232;res et s&#339;urs impliquait &#233;galement une certaine distance pour se prot&#233;ger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque, fille et gar&#231;ons &#233;tudiaient dans des &#233;coles s&#233;par&#233;es. De plus nous &#233;tions s&#233;par&#233;s par la Meuse et chacun sur une rive diff&#233;rente. Le moyen de nous rencontrer entre filles et gar&#231;ons, c'&#233;taient les activit&#233;s religieuses et les mouvements de jeunesse, des lieux o&#249; il y avait des bases communes de valeurs partag&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s mon mariage, j'ai particip&#233; avec mon conjoint &#224; des r&#233;unions de pr&#233;paration au mariage, en tant qu'animatrice, avec 3 autres couples. Lors d'une de ces r&#233;unions, un des pr&#233;parateurs qui &#233;tait psychologue a dit aux femmes pr&#233;sentes : &#171; Soyez femmes ! &#187;. L&#224;, je me suis dit : &#171; Qu'est-ce que je dois faire ? Qu'est-ce qu'il veut dire par l&#224; ? &#187;. &#192; un moment donn&#233;, j'ai vu sa femme, qui &#233;tait la fille d'un bijoutier tr&#232;s en vue dans la ville. Elle &#233;tait comme un sapin de No&#235;l : elle &#233;tait tr&#232;s appr&#234;t&#233;e, elle avait des boucles d'oreille, des bagues, une montre en or et &#233;tait permanent&#233;e. Sur le moment, je me suis dit : &#171; Ah voil&#224;, c'est &#231;a &#234;tre femme ! &#187;. Et c'est longtemps apr&#232;s, en y repensant, que je me suis dit : &#171; C'est incroyable, car &#224; ce moment-l&#224;, j'&#233;tais enceinte de 8 mois, alors si on ne voyait pas que j'&#233;tais une femme !!! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon mari s'est retrouv&#233; dans une situation plus au moins similaire. Il &#233;tait l'ain&#233; de 6 enfants et &#233;tait format&#233; pour &#234;tre responsable. Il a eu aussi besoin de prendre de la distance. Apr&#232;s notre mariage, nous avons mis une distance de 60 km entre nous et nos familles. Nous avons essay&#233; de ne pas &#233;duquer nos enfants de la m&#234;me fa&#231;on que nous avions &#233;t&#233; &#233;duqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Ce en quoi je crois&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233;e dans une famille catholique. Je me souviens des rituels. Par exemple, le matin, mon p&#232;re faisait une croix &#224; l'arri&#232;re du pain pour le b&#233;nir. On faisait un signe de croix avant de manger. Dans chaque chambre, il y avait un petit b&#233;nitier et, chaque fois qu'on entrait dans la pi&#232;ce, on faisait le signe de croix. Ce que j'ai retenu de la religion ? C'est un code de conduite. Mais je n'ai jamais vraiment senti la foi. Je n'ai pas vraiment r&#233;ussi &#224; rentrer dedans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous allions parfois &#224; la confession le samedi apr&#232;s-midi - j'en garde un souvenir de honte - et &#224; la messe tous les dimanches. Apr&#232;s celle-ci, on d&#233;jeunait avec des petits pains et du boudin blanc. Je suis all&#233;e &#224; l'&#233;cole catholique. On faisait la pri&#232;re tous les matins. On avait cours de religion tous les jours. Et les points valaient autant que les autres mati&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En me mariant, j'ai pris mes distances par rapport &#224; cela, mais j'ai gard&#233; le souci d'une vie spirituelle. Par exemple, &#224; travers des m&#233;ditations ou par l'&#233;coute d'&#233;missions religieuses &#224; la radio. Les valeurs sociales qui m'animent sont la justice, la fiabilit&#233;, l'engagement, la confiance, le respect de l'autre. Ce sont des valeurs transmises par la religion catholique et je les transmets &#224; mon tour. Je suis contente, car mes enfants ne sont pas tomb&#233;s dans le consum&#233;risme, le mat&#233;rialisme. Une phrase importante pour moi, c'est &#171; Trouve ton &#233;toile et suis-la ! &#187;. Mon &#233;toile &#224; moi, c'est une force vive toujours pr&#233;sente, un d&#233;sir de grandir. Je crois &#224; quelque chose qui nous d&#233;passe et qui justifie que l'on soit l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Les changements dont je suis t&#233;moin&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; con&#231;ue &#224; la fin de la guerre 45. Notre institutrice nous appelait &#171; les enfants de la guerre &#187;, elle nous trouvait turbulents. J'ai grandi dans une famille catholique conformiste, il y avait beaucoup de non-dit, de tabous : sur les ath&#233;es, sur les autres religions. Cela ne m'aidait pas &#224; grandir en confiance ni &#224; d&#233;velopper ma curiosit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis enfin n&#233;e au monde quand j'ai commenc&#233; mes &#233;tudes sup&#233;rieures &#224; Bruxelles. La fin des ann&#233;es 60 m'a ouverte &#224; l'art, la politique, le f&#233;minisme. C'&#233;tait l'&#233;poque des premiers pas sur la lune, des d&#233;buts de l'&#233;cologie, de Maurice B&#233;jart, du &#171; Walen buiten &#187;, de la pilule et, plus tard, de la d&#233;p&#233;nalisation de l'avortement. Je me suis mari&#233;e en surfant sur cette vague pleine de libert&#233;, de projets, d'envie de cr&#233;er un autre monde : par exemple, en r&#234;vant d'une autre &#233;cole pour nos enfants. Une nouvelle litt&#233;rature jeunesse se d&#233;veloppait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On cherche &#224; se r&#233;aliser avec ces nouvelles valeurs, mais des catastrophes nous secouent et nous obligent &#224; ajuster nos r&#234;ves. L'ind&#233;pendance du Congo, en 1960, nous a fait ouvrir les yeux sur les m&#233;faits de la colonisation : avant celle-ci, nous admirions les coloniaux de notre famille. L'accident de Tchernobyl, en 86, a amen&#233; la pollution &#224; notre porte. Heureusement, la chute du mur de Berlin a apport&#233; une belle respiration en 1989. L'affaire Dutroux, en 1996, a questionn&#233; nos attitudes de parents, nous a culpabilis&#233;s : nous devions mieux prot&#233;ger nos enfants, mais, en fait, nous les avons emprisonn&#233;s dans nos peurs. Deux autres &#233;v&#233;nements tragiques m'ont &#233;galement marqu&#233;e : le g&#233;nocide du Rwanda en 1994 et une explosion de gaz &#224; Theux, o&#249; j'habitais, d&#233;truisant le centre-ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La plus belle invention pour moi ? La lessiveuse automatique ! Beaucoup d'inventions sont belles, mais on les pervertit rapidement. Par exemple, le smartphone qui, aujourd'hui, nous coupe de la communication ici et maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Une fiert&#233;&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Je suis fi&#232;re d'avoir choisi un nouveau nouveau projet de vie &#224; 75 ans en int&#233;grant un habitat group&#233; participatif pour seniors, loin de chez moi. J'ai d&#233;m&#233;nag&#233; de Theux o&#249; j'avais v&#233;cu 50 ans, je suis partie de rien et j'ai d&#251; recr&#233;er un r&#233;seau social et culturel. N'est-ce pas la premi&#232;re fois que j'ai vraiment d&#233;cid&#233; toute seule ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Theux, pendant 50 ans, j'ai toujours &#233;t&#233; dans un milieu assez ferm&#233;, avec des personnes qui se ressemblent. Dans cette commune, le bourgmestre pr&#233;f&#233;rait donner de l'argent &#224; la ville de Verviers que de construire des logements sociaux. Quand il y avait un &#233;tranger sur une des photos de classe de mes enfants, c'&#233;tait un enfant adopt&#233; ! Rencontrer des personnes &#171; &#233;trang&#232;res &#187;, avec &#194;ges et Transmissions, m'aide &#224; visualiser autrement ces personnes, &#224; leur donner une &#233;paisseur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Djamilia, exil&#233;e de Tch&#233;tch&#233;nie </title>
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		<dc:date>2025-10-10T09:28:51Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Immigration autre</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Extrait de &#034;Nous racontons notre vie&#034; 2024-25 &lt;br class='autobr' /&gt;
Enfance &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis n&#233;e en 1968 en Tch&#233;tch&#233;nie. J'ai grandi dans une famille recompos&#233;e de 10 enfants, une fratrie de 6 plus 4 cousins orphelins. Je suis l'avant-derni&#232;re. J'ai v&#233;cu une enfance joyeuse dans le sens o&#249;, &#233;tant nombreux, je ne me sentais jamais seule. Mais toute l'attention de mes parents &#233;tait tourn&#233;e vers ces 4 orphelins et je me sentais moins bien lotie, moins ch&#233;rie et g&#226;t&#233;e qu'eux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mes parents travaillaient beaucoup tous les deux, dans des (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait de &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article1340' class='spip_in'&gt;&#034;Nous racontons notre vie&#034;&lt;/a&gt; 2024-25&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Enfance&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233;e en 1968 en Tch&#233;tch&#233;nie. J'ai grandi dans une famille recompos&#233;e de 10 enfants, une fratrie de 6 plus 4 cousins orphelins. Je suis l'avant-derni&#232;re. J'ai v&#233;cu une enfance joyeuse dans le sens o&#249;, &#233;tant nombreux, je ne me sentais jamais seule. Mais toute l'attention de mes parents &#233;tait tourn&#233;e vers ces 4 orphelins et je me sentais moins bien lotie, moins ch&#233;rie et g&#226;t&#233;e qu'eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes parents travaillaient beaucoup tous les deux, dans des magasins du village. Ils partaient vers 7h30 et rentraient &#224; 19h. Pour les soulager, nous r&#233;partitions les t&#226;ches m&#233;nag&#232;res entre nous, les enfants. On s'occupait des repas, du rangement, du linge, du jardin, des soins aux animaux. Nous avions des vaches, des poulets et des moutons. Et en plus de cela, j'allais &#233;galement &#224; l'&#233;cole. Je n'ai donc pas eu une enfance ordinaire, mais, malgr&#233; cela, je ne me suis jamais plaint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; c&#244;t&#233; de la maison, il y avait un terrain de foot o&#249; tous les enfants du village jouaient du matin au soir. Ils faisaient expr&#232;s d'envoyer la balle dans la cour de ma maison avec l'espoir de me rencontrer puisque je restais &#224; la maison. Ils voulaient attirer mon attention, mais ils ne m'int&#233;ressaient pas.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Famille&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; de mon papa, il y a une longue esp&#233;rance de vie : mon grand-p&#232;re est mort &#224; 117 ans et ma grand-m&#232;re &#224; 106 ans. Du c&#244;t&#233; de ma maman, l'esp&#233;rance de vie a &#233;t&#233; plus courte : mon grand-p&#232;re a &#233;t&#233; pris en 1938 lors de la grande r&#233;pression/purge de Staline et ma grand-m&#232;re est morte &#224; 53 ans, je l'ai connue jusqu'&#224; mes 5 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon papa a &#233;tudi&#233; &#224; l'universit&#233; en Sib&#233;rie, lors de sa d&#233;portation, et maman a &#233;tudi&#233; jusqu'au coll&#232;ge. Ils &#233;taient tous 2 commer&#231;ants dans notre village. Mes fr&#232;res et s&#339;urs ont &#233;tudi&#233; &#224; l'universit&#233; de Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon papa &#233;tait tr&#232;s doux et ma maman &#233;tait stricte et s&#233;v&#232;re. Merci &#224; elle de l'avoir &#233;t&#233;, car je pense que c'est gr&#226;ce &#224; &#231;a que notre famille a aussi bien fonctionn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens que mon papa cuisinait tr&#232;s bien. On &#233;tait dehors et on se mettait tous en rond autour de lui quand il cuisinait et mon grand fr&#232;re et ma s&#339;ur jouaient de la guitare. On chantait et dansait. Les voisins venaient avec nous. On faisait &#231;a 2-3 fois par semaine. Pour le petit-d&#233;jeuner, on se rendait visite les uns les autres. Les femmes prenaient leur tricot dans un sac pour le continuer. On ne d&#233;jeunait jamais seul chez nous, c'&#233;tait un partage entre voisins et amis. C'est une tradition de vivre ces &#233;v&#233;nements en communaut&#233; et pas seulement en famille. Cela me manque.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;&#202;tre femme&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; mari&#233;e une premi&#232;re fois et me suis s&#233;par&#233;e alors que j'&#233;tais enceinte de 4 mois et demi de ma fille unique, Nayla. Mes parents m'ont accueillie, ils ne m'ont pas oblig&#233;e &#224; confier ma fille &#224; son papa, ce qui se fait traditionnellement chez nous. Ma fille et moi avons &#233;t&#233; choy&#233;es par eux. Je lui ai donn&#233; le sein pendant 3 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon p&#232;re est d&#233;c&#233;d&#233; quand Nayla a eu 3 ans. Nous avons port&#233; le deuil pendant 1 an avant de marier un de mes fr&#232;res. Moi, je me suis remari&#233;e &#224; Murad quand Nayla a eu 8 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis pas f&#233;ministe. Je suis pour d&#233;fendre les femmes, mais jusqu'&#224; une certaine limite. Par exemple, je ne trouve pas normal de voir de futures femmes m&#233;decins se souler lors de la Saint Verhaegen. Comment oser aller se faire soigner chez elles ?&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Travail&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Mes parents &#233;taient commer&#231;ants dans les tapis et j'ai suivi le m&#234;me parcours. En 1991, je travaillais dans un magasin et je faisais du commerce avec les Sovi&#233;tiques. On importait leurs marchandises qui &#233;taient moins couteuses. Apr&#232;s la chute de l'Union sovi&#233;tique, nous avons achet&#233; &#224; Duba&#239; tout ce qui &#233;tait &#233;lectronique et &#233;lectrom&#233;nager en passant par l'Ouzb&#233;kistan, car c'&#233;tait moins cher et qu'il n'y avait pas ou peu de taxe pour l'importation. Nous revendions ensuite ces objets &#224; des commer&#231;ants de Tch&#233;tch&#233;nie. &#192; ce moment, je gagnais tr&#232;s bien ma vie, j'avais 2 appartements. En 1994, avec l'arriv&#233;e de la guerre, j'ai arr&#234;t&#233; de travailler. Lors des bombardements, je suis rest&#233;e 18 jours dans une cave, ce qui m'a traumatis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la guerre, je me suis mari&#233;e avec Murad et suis venue en Belgique. Durant 4-5 ans j'ai suivi des th&#233;rapies pour soigner mes traumatismes, puis j'ai repris le travail, mais pas le commerce. J'ai travaill&#233; dans une boulangerie 2 ans, apr&#232;s j'ai &#233;t&#233; femme de chambre dans plusieurs h&#244;tels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Murad est parti &#224; Istanbul pour travailler, je l'ai suivi et j'ai quitt&#233; mon travail. &#192; notre retour en Belgique apr&#232;s 15 ans, j'ai song&#233; &#224; ouvrir un commerce, mais c'&#233;tait trop risqu&#233;, entre le pr&#234;t &#224; rembourser et la difficult&#233; pour trouver du personnel de confiance. Depuis, je suis femme au foyer et je m'occupe de mon mari, de ma fille et de mon petit-fils.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Entre ici et l&#224;&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;S'il n'y avait pas eu la guerre, je n'aurais jamais pens&#233; quitter mon pays. Au temps de l'Union sovi&#233;tique, les &#233;coles fonctionnaient bien, l'enseignement &#233;tait d'un bon niveau - le niveau scolaire des &#233;coles ici est moins bon qu'en Union sovi&#233;tique autrefois. Il y avait de la discipline, les m&#233;decins &#233;taient bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une chose difficile l&#224;-bas ? On ne pouvait pas quitter le pays. Tous les pays sous gouvernance sovi&#233;tique vivaient &#224; l'int&#233;rieur de leurs fronti&#232;res. La premi&#232;re fois que j'ai quitt&#233; le pays, c'&#233;tait &#224; 7 ans, lors d'un voyage en Jordanie. Beaucoup de Tch&#233;tch&#232;nes ont de la famille par l&#224;. J'y ai d&#233;couvert la libert&#233;, entre autres la libert&#233; de parole, car, en Union sovi&#233;tique, on devait toujours se m&#233;fier des autres. &#192; la chute de l'empire sovi&#233;tique, on a connu 3 ann&#233;es de grande libert&#233;. Mais apr&#232;s, en 1994, il y a eu la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis venue pour la premi&#232;re fois en Belgique en f&#233;vrier 1998, je suis arriv&#233;e avec Murad, qui &#233;tait un activiste en Tch&#233;tch&#233;nie. Nous avons fait un trajet &#224; pied de 4 mois pour arriver ici. Nous avons travers&#233; les pays de l'Est, souvent dans la neige. Mais nous avons choisi de rester en Belgique. Pourquoi ? Parce que c'est la capitale de l'Europe et que Murad pensait qu'il y avait plus de perspectives pour les universit&#233;s et le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma fille, qui avait alors 9 ans, est rest&#233;e avec ma m&#232;re en Tch&#233;tch&#233;nie. Elle ne m'a rejointe que 2 ans apr&#232;s, gr&#226;ce &#224; un cousin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mon arriv&#233;e en Belgique, nous avons &#233;t&#233; h&#233;berg&#233;s pendant 4 mois dans un centre de la Croix-Rouge &#224; Dinant. J'aimais bien cette ville, car cela ressemble au nord du Caucase. &#192; mon arriv&#233;e, j'&#233;tais stress&#233;e, malade, car j'avais perdu beaucoup de biens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s j'ai habit&#233; dans un appartement &#224; Schaerbeek, gr&#226;ce &#224; l'aide du CPAS. Murad suivait des cours de fran&#231;ais et n&#233;erlandais &#224; Uccle. C'&#233;tait l'&#233;poque de l'affaire Semira Adamu, cette jeune femme &#233;touff&#233;e par un coussin lors d'un retour forc&#233; en avion. Cette affaire tr&#232;s m&#233;diatis&#233;e a am&#233;lior&#233; la situation des r&#233;fugi&#233;s, elle a permis des r&#233;gularisations et davantage d'aides au logement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma m&#232;re est venue me voir en 99, mais elle n'est pas rest&#233;e : elle y avait une grande maison et voulait mourir en Tch&#233;tch&#233;nie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 8 ann&#233;es en Belgique, je suis partie en Turquie avec Murad, ma fille et mon petit-fils Mustafa. C'&#233;tait en 2006. Nous y sommes rest&#233;s 15 ann&#233;es. Pourquoi sommes-nous partis vivre l&#224; ? Car on y avait beaucoup d'amis et que la vie &#233;tait moins ch&#232;re qu'ici. Nous vivions dans un quartier r&#233;sidentiel d'Istanbul, tr&#232;s s&#251;r. Nous sommes revenus en Belgique parce qu'en 2020, il y a eu de la pand&#233;mie de Covid et la compagnie o&#249; travaillait Murad a fait faillite. De plus, l'enseignement &#233;tait trop cher pour notre petit-fils, car on devait aller dans des &#233;coles priv&#233;es internationales puisqu'on &#233;tait des &#233;trangers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2015, la Russie m'a permis de retourner en Tch&#233;tch&#233;nie pour voir ma maman qui &#233;tait paralys&#233;e, j'y suis rest&#233;e 15 jours, juste avant sa mort. Aujourd'hui, je ne voudrais pas retourner y vivre, car elle est dirig&#233;e par un tyran, un ami de Poutine. Il y a beaucoup de ressources p&#233;troli&#232;res et de gaz. Maintenant, c'est devenu moche, la Tch&#233;tch&#233;nie a &#233;t&#233; reconstruite de fa&#231;on moderne, il y a beaucoup de buildings.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand nous sommes arriv&#233;s en Belgique, j'ai dit &#224; Murad : &#171; On reste 4-5 ans et on repart &#187;, mais cela fait 26-27 ans qu'on est ici. La vie en Belgique est difficile, mais cela a de la valeur. Avant, j'&#233;tais riche de biens, maintenant, je suis riche de libert&#233;. Murad est pr&#233;cieux aussi pour moi, on est mari&#233;s depuis 30 ans. Je vis pour ma famille, ma fille et mon petit-fils. J'adore la Belgique, c'est ma maison, mais mon c&#339;ur est en Tch&#233;tch&#233;nie. Je n'ai pas pass&#233; un jour sans stresser en pensant &#224; ma famille au pays. Je suis tr&#232;s nostalgique. Si ton c&#339;ur n'est pas libre, ton esprit n'est pas libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique europ&#233;enne doit se renforcer contre le bloc russe et celui de Trump. M&#234;me ici, il y a des espions russes, on doit continuer &#224; se m&#233;fier. Ce qui arrive aujourd'hui en Ukraine &#233;tait pr&#233;visible depuis longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Ce en quoi je crois&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;En 1984, sous Gorbatchev, il n'y avait pas de religions. En tout cas, pas officiellement, car elles se vivaient clandestinement. Ma m&#232;re a toujours pri&#233; Allah avec toute la maison, m&#234;me s'il n'y avait pas de mosqu&#233;e. &#192; ce moment-l&#224;, les gens de diff&#233;rentes religions se respectaient. Il y avait beaucoup d'immigr&#233;s en Tch&#233;tch&#233;nie. Beaucoup de b&#233;b&#233;s ukrainiens ont &#233;t&#233; envoy&#233;s en Tch&#233;tch&#233;nie pour fuir la grande famine de 1928-1929, au temps de Staline. Ma grand-m&#232;re a adopt&#233; 5 b&#233;b&#233;s ukrainiens. Beaucoup de Juifs ont &#233;migr&#233; aussi en Tch&#233;tch&#233;nie. La cohabitation se passait bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense qu'il n'y a pas besoin de mosqu&#233;e pour prier. S'il n'y a pas de mosqu&#233;e, je peux aller prier dans une &#233;glise. Ici, je prie &#224; la maison, car la mosqu&#233;e d'ici n'est pas ouverte aux femmes. Maintenant, en Tch&#233;tch&#233;nie, il y a beaucoup de mosqu&#233;es tr&#232;s luxueuses, de synagogues. On a expropri&#233; beaucoup de personnes pour les construire. Moi, je ne veux pas y aller : il y a beaucoup d'or alors que certains n'ont m&#234;me pas &#224; manger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que la religion doit se passer dans le c&#339;ur et c'est la m&#234;me chose pour toutes les religions. Le plus important, ce sont les actions. Par exemple, donner l'aum&#244;ne, 10 pour cent de tes revenus. Ici, on s'invite aux f&#234;tes religieuses. Par exemple, au ramadan, j'invite ma voisine catholique, &#201;lisabeth, et je participe &#224; la f&#234;te de P&#226;ques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Fran&#231;ois, gardien de troupeau au Rwanda</title>
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		<dc:date>2025-10-10T09:28:34Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Immigration subsaharienne et descendants</dc:subject>
		<dc:subject>Homme (r&#244;le)</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Extrait de &#034;Nous racontons notre vie&#034; 2024-25 &lt;br class='autobr' /&gt;
Enfance et adolescence &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis n&#233; au Rwanda en 1946. Une journ&#233;e type pour moi se passait comme ceci : tr&#232;s t&#244;t le matin, je m'occupais du troupeau, puis j'allais &#224; l'&#233;cole qui &#233;tait &#224; 30 minutes &#224; pied de chez moi. Apr&#232;s l'&#233;cole, je retournais m'occuper du troupeau et ensuite je rentrais faire mes devoirs et manger. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aux alentours de mes 10 ans, je gardais un troupeau de 8 veaux appartenant &#224; mes parents. &#192; cette &#233;poque, il y avait encore beaucoup d'animaux (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;Tranches de vie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot194" rel="tag"&gt;Immigration subsaharienne et descendants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot152" rel="tag"&gt;Homme (r&#244;le)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait de &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article1340' class='spip_in'&gt;&#034;Nous racontons notre vie&#034;&lt;/a&gt; 2024-25&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Enfance et adolescence&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233; au Rwanda en 1946. Une journ&#233;e type pour moi se passait comme ceci : tr&#232;s t&#244;t le matin, je m'occupais du troupeau, puis j'allais &#224; l'&#233;cole qui &#233;tait &#224; 30 minutes &#224; pied de chez moi. Apr&#232;s l'&#233;cole, je retournais m'occuper du troupeau et ensuite je rentrais faire mes devoirs et manger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux alentours de mes 10 ans, je gardais un troupeau de 8 veaux appartenant &#224; mes parents. &#192; cette &#233;poque, il y avait encore beaucoup d'animaux sauvages, dont un f&#233;lin qui ressemblait &#224; un lynx. Dans mon troupeau, il y avait un petit taureau avec lequel je ne m'entendais pas tr&#232;s bien. Un jour, alors que je gardais le troupeau, ce taureau s'est fait attaquer au cou par le f&#233;lin. J'ai cri&#233; de peur et, pour prot&#233;ger le troupeau, j'ai fait de grands gestes avec ma lance afin de le d&#233;fendre. &#192; un moment, le f&#233;lin a ouvert sa gueule comme un chien qui veut te faire peur et j'ai r&#233;ussi &#224; enfoncer ma petite lance dans sa gueule et &#224; le tuer. Le fait d'avoir fait &#231;a m'a donn&#233; un statut particulier sur la colline. J'ai &#233;t&#233; f&#234;t&#233; et Nyamugemahica (&#034;tireur d'&#233;lite&#034;) m'a permis de boire &#224; la paille un peu d'alcool de banane &#224; la gourde des grands !&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Nyamugemahica &lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait l'homme le plus &#226;g&#233; que j'ai connu, un des ain&#233;s du village respect&#233; par tous. Il m'impressionnait. Les adultes l'&#233;coutaient et le respectaient autant que nous, les enfants, quand un adulte nous parlait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dont je me souviens, quand il venait &#224; la maison, c'est qu'on devait l'accompagner. On devait marcher devant lui et, quand il avait plu, il y avait un petit sentier trac&#233; par les pieds des adultes. Quand on arrivait dans des zones herbageuses, il fallait &#233;carter les hautes herbes touch&#233;es par la ros&#233;e, car il ne voulait pas que son pagne soit mouill&#233; ou sali.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est que plus tard que j'ai compris qu'il avait, comme d'autres hommes tr&#232;s &#226;g&#233;s, un r&#244;le particulier qui n'existe &#224; mon avis plus et qui existait dans plusieurs pays de la r&#233;gion. Ces anciens &#233;taient tr&#232;s respect&#233;s et n'&#233;taient pourtant pas les plus riches ni les plus forts. Ils avaient un statut qui ressemblait &#224; celui des pr&#234;tres. Aucune d&#233;cision importante n'&#233;tait prise, m&#234;me au niveau de l'&#233;tat, sans leur avis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces anciens avaient en t&#234;te toute l'histoire orale sur au moins 4 g&#233;n&#233;rations et ils d&#233;cidaient de la s&#233;quence. Il y avait un temps pour produire afin que le pays soit un peu plus riche, un temps pour pr&#233;parer la guerre, un temps pour la guerre et la r&#233;solution de conflit et un temps pour la paix avec une forte production agricole et du stockage.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;&#202;tre homme&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Quand j'&#233;tais enfant, les filles s'occupaient de tout ce qui concerne l'int&#233;rieur des enclos de vie : b&#233;b&#233;s, propret&#233;, repas, lessives... Les gar&#231;ons de tout ce qui concerne l'ext&#233;rieur des enclos : gardiennage des veaux, puis des troupeaux. Une fois adultes et mari&#233;s, ils s'occupaient en plus conjointement des champs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment j'ai appris les choses de l'amour ? &#192; l'adolescence, j'ai commenc&#233; &#224; capter quelques bribes des secrets de l'amour aupr&#232;s des bergers, pendant les vacances. Par exemple, qu'il faut absolument satisfaire sa partenaire. Qu'il existait telle ou telle jeune veuve accueillante ; ou telle matrone, v&#233;ritable croque-mitaine, qui pouvait te faire fouetter si tu la frustrais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les filles b&#233;n&#233;ficiaient toutes d'une initiation collective par une tante ou une adulte reconnue. Les filles comme les gar&#231;ons &#233;taient &#233;duqu&#233;s &#224; se donner satisfaction. Du moins dans la partie du monde que j'ai connue. Ailleurs au contraire, j'ai appris plus tard qu'on allait, de fa&#231;on criminelle, jusqu'&#224; amputer de toutes jeunes filles (excision). Il y a deux Afriques tr&#232;s diff&#233;rentes sur cette question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'internat tenu par des religieux o&#249; j'avais &#233;t&#233; envoy&#233; tr&#232;s jeune, je n'ai pas eu acc&#232;s &#224; cette tranche amoureuse de vie des jeunes adultes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ai-je rencontr&#233; ma femme ? Quand nos regards se sont rencontr&#233;s, dans l'autocar qui nous conduisait &#224; une f&#234;te, nous avons compris que nous allions nous marier. En plus, le Ciel daigna b&#233;nir notre mariage. De la m&#234;me fa&#231;on, trois d&#233;cennies plus tard, nous nous sommes pacifiquement s&#233;par&#233;s. Toujours sans avoir &#224; parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acc&#232;s aux &#233;tudes pouss&#233;es et au travail, semble avoir litt&#233;ralement lib&#233;r&#233; les femmes, partout dans le monde o&#249; elles y ont eu acc&#232;s, surtout chez les citadines. Savoir que le respect de nos soeurs est normal et doublement payant &#233;pargne m&#234;me d'avoir &#224; &#234;tre f&#233;ministe. C'est une question de justice. Curieusement, malgr&#233; l'acc&#232;s &#224; l'autonomie, il me semble que c'est encore beaucoup plus facile d'&#234;tre un homme aujourd'hui, m&#234;me si c'est moins facile d'&#234;tre un m&#226;le.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Travail&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Mes parents avaient chacun un emploi. Ma maman &#233;tait m&#232;re au foyer et s'occupait de la supervision agricole. Mon p&#232;re &#233;tait responsable du b&#233;tail bovin et de l'entretien des routes. Il r&#233;alisait des plantations anti-&#233;rosion pour &#233;viter les &#233;boulements ou inondations. &#192; l'&#233;poque, l'argent et la th&#233;saurisation &#233;taient tr&#232;s suspects et pas accept&#233;s par nos p&#232;res et grands-p&#232;res, car traditionnellement c'&#233;tait le troc qui &#233;tait pratiqu&#233; et la richesse devait &#234;tre redistribu&#233;e. Cela a chang&#233; avec la colonisation, car, avec l'instauration de l'imp&#244;t, les gens ont commenc&#233; &#224; accumuler de l'argent pour pouvoir le payer. Aujourd'hui, tu es quelqu'un si tu as de l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le pays voisin, au Burundi, les J&#233;suites m'avaient octroy&#233; une bourse pour m'accueillir dans leur universit&#233;, ce qui me permettait d'avoir de l'argent. Pendant les grandes vacances, je travaillais &#233;galement pour avoir des sous que j'&#233;conomisais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon job &#233;tudiant &#233;tait aide-soignant, car je faisais des &#233;tudes de m&#233;decine. Puis, en Belgique, j'ai &#233;t&#233; chauffeur de taxi. Ces 2 emplois m'ont fait d&#233;couvrir un large spectre de la vie sociale, c'&#233;tait tr&#232;s gratifiant. Par exemple, le patron de la soci&#233;t&#233; Boeing qui se fait raccompagner &#224; son jet priv&#233; et qui p&#232;se tellement lourd que la voiture penche sur le c&#244;t&#233;, le cur&#233; dont tout le monde parle, car il fait les routes de campagne pour trouver des maisons closes, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la premi&#232;re fois que je parle de tout cela et j'aime cela. Je ne raconte pas ces souvenirs &#224; mes enfants et petits-enfants, mes parents ne l'ont pas fait non plus avec moi. Sans doute est-ce culturel ? Dans nos familles, au Rwanda, on est parfois plus proche d'une tante ou d'un oncle pour parler.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Entre ici et l&#224;-bas&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Je suis arriv&#233; en Europe &#224; 22 ans, je suis reparti au Rwanda &#224; 27 ans et suis revenu &#224; 32 ans pour ne plus quitter la Belgique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;curit&#233; est la principale richesse des pays occidentaux. Elle est install&#233;e depuis la 2e guerre, mais les jeunes g&#233;n&#233;rations ne comprennent pas qu'il faut la sauvegarder. La s&#233;curit&#233; juridique, la police, les institutions sont saines, mais cela commence &#224; s'effriter, c'est fragile. On le voit avec l'&#233;lection de Trump. L'Europe se fait remorquer par la puissance am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;curit&#233; est recherch&#233;e par la plupart des migrants, moi y compris, m&#234;me si au d&#233;but, ce sont les &#233;tudes qui m'ont attir&#233;. Je suis parti du Rwanda avec une petite valise, pour le Burundi, et ensuite la Belgique. C'est la paix et la s&#233;curit&#233; qui me manquaient le plus. Depuis 4 g&#233;n&#233;rations, ma r&#233;gion d'origine se d&#233;chire en conflits internes qui ont g&#233;n&#233;r&#233; une large diaspora partout dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mon arriv&#233;e en Belgique, j'ai v&#233;cu l'exp&#233;rience d'&#234;tre un &#171; sans papiers &#187; avant de reprendre pied et de retourner au Burundi. Je pensais y rester pour toujours, je m'y suis qualifi&#233;. Je me suis vu m&#234;me proposer un poste all&#233;chant, avant de brusquement fuir le pays et revenir me contenter de petits boulots en Belgique, mais du moins en s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mat&#233;rialisme conqu&#233;rant des pays dits riches m'a heurt&#233; d'embl&#233;e et d&#233;stabilis&#233; pendant une dizaine d'ann&#233;es. Surtout au d&#233;part, je ne savais pas y mettre un nom. Les gens ne communiquent pas ici, ils ont perdu la foi, c'est comme s'ils &#233;taient orphelins. En Afrique, m&#234;me si on ne se conna&#238;t pas, on communique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La paix et la s&#233;curit&#233; manquent dans plusieurs pays. La s&#233;curit&#233;, y compris sociale, est presque unique en Belgique et en France. Gr&#226;ce &#224; cela, on se sent impliqu&#233; et on a envie de contribuer. J'ai pu le faire en donnant quelques avis et j'ai eu la chance de constater qu'ils avaient &#233;t&#233; pris en compte. Dans quels domaines ? La r&#233;forme de la police, le rajeunissement du corps diplomatique en Afrique, la r&#233;gularisation des sans-papiers qui travaillent&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Ce en quoi je crois&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Tout jeune, on baignait dans la foi, c'&#233;tait comme cela. On n'avait pas besoin de croire ou pas. On &#233;tait monoth&#233;iste, m&#234;me avant la colonisation. Les cultures &#233;taient diff&#233;rentes, mais pas les valeurs : ne pas voler, ne pas mentir&#8230; J'ai voulu devenir pr&#234;tre, mais mes parents ne voulaient pas, car la r&#233;ussite pour eux c'&#233;tait se marier, faire de la politique, servir son pays&#8230; Quand j'ai &#233;t&#233; au s&#233;minaire, chez les P&#232;res blancs, j'ai appris la th&#233;ologie, la doctrine, mais, paradoxalement, cela m'a d&#233;connect&#233; de la religion. Je suis all&#233; jusqu'au bout de la formation, mais je n'ai pas poursuivi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeune, j'aimais m&#233;diter en me promenant, en r&#233;citant le chapelet. Mais une nuit, j'ai v&#233;cu une exp&#233;rience &#233;trange : je me suis senti comme foudroy&#233;. On m'a retrouv&#233; couch&#233;, pr&#232;s de la route, le lendemain matin. J'avais tout oubli&#233; et j'&#233;tais devenu soudainement ath&#233;e. Pourquoi Dieu permettait tout le malheur dans mon pays : les r&#233;fugi&#233;s, les massacres, le mat&#233;rialisme&#8230; ? &#199;a a dur&#233; 6 ann&#233;es, les plus p&#233;nibles de ma vie, j'&#233;tais comme d&#233;sax&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, &#224; 29 ans, j'ai r&#233;alis&#233; que le monde dans lequel on vit n'est qu'un monde parmi d'autres, qu'il est englob&#233; dans d'autres mondes. Savoir cela a fait que je n'ai plus eu besoin de croire ni d'appartenir &#224; une religion en particulier. Cela me donne beaucoup de paix, c'est une gr&#226;ce. Et cela me permet d'avoir parfois d'autres r&#233;actions que les autres personnes en cas de difficult&#233;. Mais j'ai du mal &#224; communiquer &#224; propos de cela.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Les changements dont je suis t&#233;moin&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Les changements technologiques ont &#233;t&#233; tr&#232;s rapides. Au d&#233;but des ann&#233;es 70, &#224; Li&#232;ge, la salle de t&#233;l&#233;vision, dans notre immeuble de 10 &#233;tages, se trouvait au rez-de-chauss&#233;e. Le t&#233;l&#233;phone mural, &#224; r&#233;server aupr&#232;s de la r&#233;ception, se situait au premier &#233;tage. Quand internet est arriv&#233;, je m'y suis int&#233;ress&#233;, mais je n'ai pas vraiment r&#233;ussi &#224; prendre le train en marche. Je me sens aujourd'hui en rupture num&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin des empires coloniaux a &#233;t&#233; marquante. Cela a cr&#233;&#233; de grands bouleversements au niveau mondial et le d&#233;s&#233;quilibre est toujours l&#224;. Pendant la colonisation, il y avait au Rwanda une certaine paix coloniale. Les d&#233;colonisations ont surpris les pays, les peuples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vols internationaux, en plus des t&#233;l&#233;communications, ont chang&#233; le visage du monde et brass&#233; les peuples. Actuellement, les GAFAM et l'intelligence artificielle permettent de nouveaux bouleversements. Le confort mat&#233;riel a augment&#233; et rendu la vie plus simple, ce qui ne veut pas dire que nous soyons plus heureux.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Une fiert&#233; ? Un r&#234;ve ?&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;J'ai toujours eu ce dont je r&#234;vais puis, quand je l'avais, un autre r&#234;ve arrivait. Enfant, j'ai r&#234;v&#233; d'avoir une montagne de richesse et d'argent pour pouvoir d&#233;velopper mon pays. Quand j'ai eu 29 ans, j'ai &#233;t&#233; riche et j'aurais pu le faire, mais j'ai &#233;t&#233; spoli&#233; et j'ai tout perdu. J'ai eu des r&#234;ves comme celui de faire la m&#233;decine et j'ai eu des occasions, mais ce n'est pas vraiment &#231;a la vraie vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'histoire du monde, il y a des p&#233;riodes surcharg&#233;es et puis des transitions. Apr&#232;s la 2e guerre, il y a eu plus de coh&#233;sion, un pas en avant dans l'unit&#233; de l'humanit&#233;. J'ai le r&#234;ve d'un monde qui se connaisse un peu mieux. Je me rends compte que la recherche scientifique avance en parall&#232;le avec la th&#233;ologie. Je pense que la science va &#224; un moment d&#233;montrer qu'il y a un monde parall&#232;le, un autre monde qui existe&#8230; Mes pressentiments se r&#233;alisent souvent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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