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	<title>Ages et transmissions</title>
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	<description>Cr&#233;&#233;e en 97, Ages et Transmissions est une asbl pluraliste bruxelloise permettant aux a&#238;n&#233;s de jouer un r&#244;le actif dans la soci&#233;t&#233;. Elle est reconnue comme organisme d'&#233;ducation permanente par la F&#233;d&#233;ration Wallonie-Bruxelles.</description>
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		<title>Ages et transmissions</title>
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		<title>Mohamed L.</title>
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		<dc:subject>Amour, mariage, divorce</dc:subject>
		<dc:subject>Education hors &#233;cole</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration nord africaine et descendants</dc:subject>

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&lt;p&gt;Paroles recueillies et mises en texte par Yassine, fils de Na&#239;ma et petit-fils de Mohamed et A&#239;cha. &lt;br class='autobr' /&gt; Mohamed L., mon grand-p&#232;re, voit le jour le 1er janvier 1934 dans une famille de paysans dans le petit village de Beni Yatfa situ&#233; &#224; trente kilom&#232;tres de la ville c&#244;ti&#232;re d'Al-Hoce&#239;ma, dans le Rif, territoire aride et montagneux au Nord du Maroc. Mohamed est l'a&#238;n&#233; d'une famille de huit enfants, quatre filles et quatre gar&#231;ons. Son p&#232;re, Omar avait &#233;pous&#233; une des plus belles filles du village, (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique180" rel="directory"&gt;Maroc - Belgique, Aller simple&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot135" rel="tag"&gt;Amour, mariage, divorce&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot143" rel="tag"&gt;Education hors &#233;cole&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L115xH150/arton1328-c86e6.jpg?1776944406' width='115' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paroles recueillies et mises en texte par Yassine, fils de Na&#239;ma &lt;br class='autobr' /&gt;
et petit-fils de Mohamed et A&#239;cha.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mohamed L., mon grand-p&#232;re, voit le jour le 1er janvier 1934 dans une famille de paysans dans le petit village de Beni Yatfa situ&#233; &#224; trente kilom&#232;tres de la ville c&#244;ti&#232;re d'Al-Hoce&#239;ma, dans le Rif, territoire aride et montagneux au Nord du Maroc. Mohamed est l'a&#238;n&#233; d'une famille de huit enfants, quatre filles et quatre gar&#231;ons. Son p&#232;re, Omar avait &#233;pous&#233; une des plus belles filles du village, Fatouch. Mohamed aime beaucoup ses s&#339;urs, Rahma, Fatima, Mina et Zayna. Mais elles d&#233;c&#232;dent quasi toutes en bas-&#226;ge sauf Rahma, dont Mohamed se souvient encore. Elle meurt &#224; l'&#226;ge de onze ans des suites d'une pneumonie. Ses fr&#232;res, Hayachi, Boutahar et Abdelkrim sont plus costauds. Ils vivront tr&#232;s longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;A huit ans, responsable de famille&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Etant donn&#233; qu'il est n&#233; &#224; la campagne et qu'il est l'a&#238;n&#233;, Mohamed n'ira jamais &#224; l'&#233;cole. Il faut aider &#224; la ferme. En 1942, alors qu'il n'est &#226;g&#233; que de huit ans, c'est le drame : son p&#232;re les abandonne, sa m&#232;re, lui et ses trois fr&#232;res. Alors, il faut se d&#233;brouiller seuls. Il trouve un travail et un logement pour lui et ses proches, offert par les habitants du village. La g&#233;n&#233;rosit&#233; est grande entre paysans. Mohamed se l&#232;ve tous les jours &#224; l'aube pour aller chercher de l'eau au puits, travaille durement la terre, emm&#232;ne les troupeaux pa&#238;tre et vend quelques grains de bl&#233; au march&#233; dominical situ&#233; &#224; vingt kilom&#232;tres de sa maison. Tr&#232;s t&#244;t il devient responsable d'une famille. C'est le pr&#233;f&#233;r&#233; de sa m&#232;re qui le dorlote avec peu de moyens et beaucoup d'affection. La famine, la s&#233;cheresse, la faim et la douleur n'auront pas raison des liens qui unissent la famille. Les quatre fr&#232;res grandissent entour&#233;s de l'amour d'une m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;A quinze ans, premi&#232;re migration &#224; Tanger&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Quelques ann&#233;es plus tard, &#224; l'&#226;ge de quinze ans, Mohamed d&#233;cide de quitter sa campagne natale pour tenter l'aventure &#224; Tanger. A l'&#233;poque, cette ville situ&#233;e au croisement de l'Atlantique et de la M&#233;diterran&#233;e jouit d'un grand prestige : elle a un statut international entre 1925 et 1956, ann&#233;e de l'ind&#233;pendance du Maroc. Il y a donc du travail pour tout le monde. Il part de nuit avec septante dirhams en poche (six euros) rejoindre son fr&#232;re Hayachi, qui, arriv&#233; quelques mois plus t&#244;t, avait le souhait de faire venir sa m&#232;re et ses fr&#232;res. Mohamed part donc en second. Il d&#233;couvre une tr&#232;s grande ville, en comparaison &#224; son village natal et ne s'y sent pas tr&#232;s bien. Tant pis, il reste et trouve quand m&#234;me un petit travail de concierge dans un immeuble, il y dort, mange et prie Allah pour une meilleure vie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques mois plus tard, rien n'y fait, il a le mal du pays. Son fr&#232;re et lui sont des paysans et ils &#233;prouvent tous les deux quelques difficult&#233;s &#224; s'acclimater. En 1952, ils d&#233;cident de retourner au Rif. Surprise de les voir de retour, leur m&#232;re leur promet de les rejoindre &#224; Tanger avec les deux autres fr&#232;res. C'est ainsi qu'en 1953, la famille &#224; nouveau recompos&#233;e s'installe dans le quartier populaire de Larhzifatte, un ancien bidonville.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;A vingt-deux ans, propri&#233;taire de deux magasins
&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Mohamed est motiv&#233; et veut rendre sa m&#232;re fi&#232;re de lui. Il trouve un travail dans une petite &#233;picerie. Il fait d'abord le m&#233;nage, ensuite il gagne la confiance du patron, devient caissier et enfin g&#233;rant. Tout cela en trois ans. En 1956, il devient propri&#233;taire de l'&#233;picerie, et d&#233;cide de la mettre entre les mains de son petit fr&#232;re Boutahar. Il se sent bien, mais il en veut plus. Il ouvre sa propre boutique de tissus, foulards, sacs &#224; mains et autres accessoires pour femmes sur la plus belle avenue de Tanger de l'&#233;poque, avenue de Fez. Il est heureux et sa boutique marche tr&#232;s bien. C'est plut&#244;t un bel homme, respectueux et qui sait parler aux clientes.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Coup de foudre et mariage&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'il rencontre A&#239;cha en mai 1959, c'est le v&#233;ritable coup de foudre. Elle est orpheline de p&#232;re et m&#232;re, vit et travaille &#224; Tanger depuis quelques ann&#233;es. A&#239;cha a laiss&#233; ses quatre grands fr&#232;res et s&#339;urs dans le petit village de Hede Rouadi, non loin du village natal de Mohamed. Elle a aussi tent&#233; sa chance &#224; Tanger. Elle est la cadette et lui l'a&#238;n&#233;. Leurs histoires se ressemblent quelque peu et ils s'appr&#233;cient tout de suite. Ils ont connu la famine, la mis&#232;re et ne cessent d'&#233;changer leur parcours &#8230; Quelle co&#239;ncidence ! Tous les soirs, apr&#232;s le boulot, il la retrouve au Caf&#233; Paris o&#249; ils sirotent un th&#233; &#224; la menthe fra&#238;che. Ils se prom&#232;nent ensuite pendant des heures sur les boulevards Pasteur et Mohamed V. Et c'est tout naturellement qu'au printemps 1960, il demande sa main &#224; son cousin et tuteur. &lt;br class='autobr' /&gt;
A cette &#233;poque, A&#239;cha travaille aupr&#232;s d'une riche famille de juifs marocains qui la consid&#232;rent comme leur fille. Etant donn&#233; qu'il se marie, Mohamed souhaite que sa femme ne travaille plus. Comme dans toutes les familles de l'&#233;poque, les fr&#232;res mari&#233;s vivent ensemble dans la maison familiale avec la maman qui veille sur ses belles-filles lorsque les hommes vont travailler. A&#239;cha est contente mais elle r&#234;ve d'autre chose et surtout d'agrandir la famille. Elle fait trois fausses-couches et sa peine ne fait que grandir &#224; chaque fois que sa belle-s&#339;ur met au monde ses enfants. &lt;br class='autobr' /&gt;
Par un beau jour d'&#233;t&#233; 1962, alors que les t&#233;l&#233;visions et radios ne cessent de parler depuis quelques semaines de possibles conventions entre le Maroc et la Belgique pour l'envoi de travailleurs, A&#239;cha demande &#224; Mohamed d'aller se renseigner. Il semblerait que des voisins soient d&#233;j&#224; partis sur ce contient o&#249; le travail et l'argent ne manquent pas. Il faut tenter sa chance &#8230; Mais, Mohamed est tr&#232;s prudent et prend le temps de la r&#233;flexion. Il a pu certes quitter son village natal et s'installer en ville mais il s'agit maintenant de partir en Belgique, et donc de se frotter &#224; une autre langue, une autre culture, un autre paysage et un autre climat ! Il n'en est pas question : il n'a jamais &#233;t&#233; &#224; l'&#233;cole, et puis, se s&#233;parer de sa famille va &#234;tre trop dur &#8230; Mais A&#239;cha a des arguments plus convaincants. Elle lui parle d'ind&#233;pendance du couple, de se prendre r&#233;ellement en charge et de ne pas continuer &#224; d&#233;pendre des fr&#232;res et belles-s&#339;urs. La vie en &#171; communaut&#233; &#187; n'est pas aussi simple et il arrive souvent que des conflits &#233;clatent entre belles-s&#339;urs et belle-m&#232;re. A&#239;cha est respectueuse des valeurs traditionnelles mais n'a pas sa langue en poche.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;part en &#233;claireur pour la Belgique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Et c'est ainsi que le 20 mai 1963, Mohamed arrive &#224; la Gare du Midi &#224; Bruxelles, avec quelques amis du quartier. Il est parti en &#171; &#233;claireur &#187;. A&#239;cha est rest&#233;e &#224; Tanger. Avant de la quitter, Mohamed a dit &#224; sa femme : &#171; Je te promets que si la vie est bonne en Belgique, je reviens te chercher au plus vite. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une nouvelle vie commence pour lui. Sa devise en t&#234;te, &#171; Celui qui a des yeux et une langue, ne se perd jamais &#187;, il arpente les rues de Bruxelles &#224; la d&#233;couverte de celle qui allait devenir la Capitale de l'Europe. Quelle ville ! Ici tout est gris et les gens sont tristes. Les rues sont toujours calmes, les trottoirs sont propres et les enfants jouent avec leurs bicyclettes. Il ne comprend rien &#224; cette langue mais il est accompagn&#233; de son ami Ahmed qui a &#233;t&#233; &#224; l'&#233;cole et qui parle un peu le Fran&#231;ais. Le r&#234;ve se transforme tr&#232;s vite en cauchemar. Mohamed vit dans une petite arri&#232;re-maison tr&#232;s peu &#233;clair&#233;e avec quelques compatriotes. Ils dorment sur des matelas &#224; m&#234;me le sol et ils cuisinent &#224; tour de r&#244;le des tajines de l&#233;gumes pour se souvenir de leur pays. Il se souvient r&#233;guli&#232;rement de la grande maison familiale qu'il a achet&#233;e avec ses trois fr&#232;res et o&#249; il a laiss&#233; son &#233;pouse. Il pense souvent &#224; elle et se demande si elle pense &#224; lui. Heureusement, il trouve tr&#232;s vite un emploi. Rien &#224; voir avec son &#171; business &#187; au Maroc. Ici, il travaille dans une usine de ressorts &#224; Koekelberg.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au bout de douze mois, il a assez d'&#233;conomies et d&#233;cide de rentrer au pays. Toutes fi&#232;res, sa m&#232;re et sa femme l'accueillent chaleureusement. Il reste trois mois &#224; Tanger et revient &#224; Bruxelles pour gagner encore de l'argent. A cette &#233;poque, il y avait assez de travail et les ouvriers n'avaient que l'embarras du choix. Mohamed retourne chez son premier employeur. Son objectif est de gagner beaucoup d'argent pour faire venir sa femme ch&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les jeunes &#233;poux r&#233;unis &#224; Bruxelles&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;A&#239;cha rejoint son mari en janvier 1967. Elle travaille quelques mois comme aide-m&#233;nag&#232;re et tombe enceinte. Mohamed lui demande d'arr&#234;ter de travailler afin de ne pas prendre de risques et de veiller &#224; la grossesse tant attendue. De nouveau, le drame s'abat sur eux : une fausse-couche au troisi&#232;me mois de grossesse ! A l'h&#244;pital Saint-Pierre, le gyn&#233;cologue d&#233;cide de faire un curetage. Il faut enlever les traces des pr&#233;c&#233;dentes grossesses. Elle re&#231;oit aussi un traitement hormonal. Tr&#232;s triste, elle maudit la situation, la Belgique et son climat. Le soleil aurait pu lui remonter le moral ! Alors elle passe son temps &#224; d&#233;couvrir la ville avec ses copines Habiba et Zohra. Elles d&#233;ambulent sur les grandes avenues du centre de Bruxelles, se rendent &#224; la Basilique pour une promenade au vert, d&#233;couvrent la tour Martini et les grands magasins comme le Bon March&#233;. A&#239;cha est tr&#232;s contente lorsqu'elle rencontre d'autres compatriotes. Le week-end, Mohamed l'emm&#232;ne chez des amis du village natal et ils passent leurs soir&#233;es &#224; jouer aux cartes, chanter, &#233;voquer le pays avec une certaine nostalgie.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La famille s'agrandit, Mohamed prend un second travail&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Au mois de juin 1967, A&#239;cha retombe enceinte et ne prend aucun risque, son mari et ses copines la dorlotent. Le 10 f&#233;vrier 1968, nait leur premier enfant en bonne sant&#233;, Nadia. Les parents sont aux anges. Ils d&#233;m&#233;nagent dans un appartement plus spacieux, dans le quartier de la Bourse. Mohamed d&#233;cide de prendre un second travail. La journ&#233;e, il travaille &#224; l'usine de Koekelberg entre 6 h et 16 h. De 18 h &#224; 21 h, il nettoie des bureaux du c&#244;t&#233; de la Bourse. A l'usine, son travail consiste &#224; fa&#231;onner diverses pi&#232;ces m&#233;caniques : ressorts pour voitures, pi&#232;ces pour armes et meubles, porte de garage. Il d&#233;charge des pi&#232;ces m&#233;talliques en provenance d'Allemagne. Elles sont plac&#233;es dans diff&#233;rentes machines pour qu'il les travaille. Ensuite elles sont coup&#233;es et lim&#233;es afin de leur donner une forme et finalement pass&#233;es au four durant 1 h &#224; 1 h 30. Apr&#232;s refroidissement, les ressorts sont emball&#233;s dans des caisses. Les caisses sont charg&#233;es dans des camions &#224; destination de diff&#233;rents pays : France, Allemagne, Pays-Bas, ainsi que certains pays du Moyen-Orient.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne parle pas, n'&#233;crit pas et ne lit pas le Fran&#231;ais. Mais ce n'est pas trop grave, car ici on parle le N&#233;erlandais ! Tous ses coll&#232;gues sont n&#233;erlandophones et lui enseignent quelques mots passe-partout du type &#171; goeien dag, om acht uur beginnen, tot morgen, twintig minuten, verdoem !, ... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Des voisins solidaires&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le 3 juin 1969, son fils Mustapha vient au monde. Un fils ! Quelle merveille ! Les naissances s'enchainent : le 9 juin 1970 et le 7 juillet 1971 deux autres filles, Anissa et Na&#239;ma, voient le jour. Quatre enfants, quelle joie ! La cinqui&#232;me grossesse se passe tr&#232;s bien mais une complication lors de l'accouchement provoque le d&#233;c&#232;s de la quatri&#232;me princesse. A&#239;cha revit les douleurs du pass&#233; mais elle n'a pas le temps de pleurer. Il y a quatre enfants qui r&#233;clament leur maman. Elle est fort touch&#233;e, mais malgr&#233; tout heureuse. La famille re&#231;oit de l'aide de tous les voisins, Belges, Italiens, Grecs ou Turcs. La solidarit&#233; est r&#233;elle. M&#234;me le cur&#233; vient leur donner des v&#234;tements. Les enfants n'oublieront jamais le voisin Emile qui leur donne les jouets que ses enfants devenus grands ne regardent plus.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Vacances au Maroc&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Une famille de quatre enfants n&#233;cessite des soins, de la nourriture, des v&#234;tements ... Alors, les vacances passent au second plan. Mohamed n'a pas vu sa m&#232;re depuis quatre ans. En &#233;t&#233; 1973, son patron lui octroie deux mois de vacances. Puisque le Maroc lui manque beaucoup, il d&#233;cide de partir avec sa famille. Il faut bien que les enfants rencontrent leur grand-m&#232;re ! Le voyage se fait en avion : une premi&#232;re pour tout le monde. Arriv&#233; dans son quartier, Mohamed s'empresse d'aller embrasser sa m&#232;re. Les retrouvailles avec la famille sont exceptionnelles. Les cousins marocains d&#233;couvrent les petits Belges. &#171; Finalement, ils nous ressemblent &#187; pouvait-on entendre de la bouche des uns et des autres. Les vacances se passent dans la joie et la bonne humeur. Ses enfants s'entendent bien avec leurs cousins et cousines. &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s avoir revu sa famille, il retourne voir son ancienne boutique, et il est surpris de voir que m&#234;me apr&#232;s avoir quitt&#233; le magasin, quelques ann&#233;es plus t&#244;t, il tourne toujours aussi bien. Le quotidien des vacances est rythm&#233; par des longues soir&#233;es familiales pendant lesquelles les quatre fr&#232;res et leurs familles respectives se retrouvent autour de la grand-m&#232;re qui r&#233;ussira tout au long de sa vie &#224; garder les liens entre ses fils.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les deux ann&#233;es suivantes, ils partent &#224; nouveau en vacances en avion au mois de juillet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mohamed n'a jamais pass&#233; son permis de conduire. Bien qu'en Belgique ce permis est &#171; distribu&#233; &#187; au d&#233;but des ann&#233;es septante, Mohamed a toujours refus&#233; de prendre le volant. Il ne voit pas l'int&#233;r&#234;t de disposer d'une voiture. Les bus roulent tr&#232;s bien. Et puis en voyant les &#233;normes tunnels creus&#233;s par d'autres de ses compatriotes et des immigr&#233;s turcs, il comprend que les m&#233;tros vont bient&#244;t faire leur apparition et r&#233;volutionner les transports. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les quatre enfants grandissent, et le prix du billet d'avion n'est plus accessible. Dor&#233;navant, le voyage vers le Maroc se fera en train. Le voyage dure deux nuits et trois jours. Le train part de la gare du Midi et arrive &#224; la gare d'Algesiras, &#224; la pointe de l'Espagne. Ensuite il faut prendre le bateau pour une travers&#233;e de deux heures trente jusqu'&#224; Tanger. Enfin, un taxi les emm&#232;ne &#224; la maison. Quatre semaines plus tard, c'est l'heure des adieux. La famille rentre en Belgique. Mohamed fait la promesse &#224; ses enfants que chaque ann&#233;e ils retourneront au pays, car il est important de maintenir le contact et de ne jamais renier ses origines.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Attention au rouge dans le bulletin !&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les enfants travaillent tr&#232;s bien &#224; l'&#233;cole. Etant donn&#233; que les parents ne parlent pas le fran&#231;ais, les enfants s'expriment tr&#232;s bien en arabe &#233;galement. A chaque bulletin hebdomadaire, A&#239;cha regarde avec beaucoup d'attention les points. Comme elle n'a jamais &#233;t&#233; &#224; l'&#233;cole, elle ne fait pas de diff&#233;rence entre les diff&#233;rentes notes, 10, 9, 8, 7, 6&#8230; et remarques, mais lorsqu'il y a du rouge, son regard se durcit. Elle comprend que la note est mauvaise et se f&#226;che en demandant &#224; un autre enfant de lui &#171; traduire &#187; le bulletin de son fr&#232;re ou de sa s&#339;ur. Par principe, elle ne demande jamais &#224; un enfant de lui lire ce que l'instituteur ou professeur a &#233;crit dans son propre bulletin. Na&#239;ma traduit celui d'Anissa, Anissa celui de Mustapha, Mustapha celui de Nadia et elle-m&#234;me celui de Na&#239;ma. Pas de mensonges ! A&#239;cha met un point d'honneur &#224; ce que ses enfants r&#233;ussissent &#224; l'&#233;cole.&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis toujours, Mohamed se rend aux r&#233;unions de parents de chaque enfant. Il ne parle pas fran&#231;ais convenablement mais r&#233;ussit &#224; dire aux instituteurs : &#171; Si Mustapha m&#233;chant, tu peux frapper. &#187; Il choque les professeurs qui lui r&#233;pondent : &#171; Monsieur, en Belgique on ne frappe pas les enfants. &#187; Mais c'est oublier que Mohamed, contrairement &#224; d'autres p&#232;res, n'a jamais lev&#233; la main sur un seul de ses enfants. C'est un v&#233;ritable papa-poule qui donne beaucoup d'amour &#224; ses enfants. A&#239;cha, quant &#224; elle, passe son temps &#224; les nourrir, les surprot&#233;ger et surtout &#224; leur donner l'envie d'&#233;tudier.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le temps passe &#8230;
&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but septembre 1985, alors qu'il n'a que 51 ans, Mohamed crache du sang et a une mauvaise toux. Tr&#232;s inquiet il va voir son m&#233;decin et celui-ci lui annonce que s'il continue &#224; fumer comme un turc, il va d&#233;velopper un cancer des poumons. C'est la douche froide. Il pense &#224; ses enfants et se dit qu'il ne peut pas leur faire cela. D&#232;s cet instant, il ne touchera plus une seule cigarette. Le 10 mars 1999, un nouveau drame a lieu : la maman de Mohamed d&#233;c&#232;de au Maroc. Sa peine est immense mais le 12 mars 1999, la naissance de son petit-fils Yassine, apaise sa douleur.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Parents fiers et grands-parents heureux&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, A&#239;cha et Mohamed sont fiers de leurs enfants. Ils ont tous fait des &#233;tudes et ont d&#233;croch&#233; de bons jobs. Nadia et Mustapha sont infirmiers, respectivement en g&#233;riatrie et p&#233;diatrie, Anissa est employ&#233;e dans une soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine de consultants et Na&#239;ma est cadre dans le secteur du marketing financier. Ils sont tous mari&#233;s et sont devenus parents. La famille se compose dor&#233;navant de quatre enfants et huit petits-enfants. Les r&#233;unions de famille du samedi apr&#232;s-midi sont tr&#232;s anim&#233;es et toujours pleine d'amour, de bonne humeur et partage &#224; l'image de ce couple qui est rest&#233; soud&#233; malgr&#233; les dures &#233;preuves de la vie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s avoir travaill&#233; durement pr&#232;s de trente ans dans l'usine de ressorts m&#233;caniques, Mohamed, marqu&#233; par ce travail, profite pleinement de sa pension aupr&#232;s d'A&#239;cha. Ils se consacrent &#224; leurs huit petits-enfants, qu'ils aiment plus que tout, et passent quatre mois par an &#224; Tanger dans le magnifique duplex que leurs enfants leur ont offert. Jamais ses enfants ne le remercieront assez pour ce qu'il a accompli en compagnie de sa femme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quel homme courageux mon grand-p&#232;re !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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