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	<title>Ages et transmissions</title>
	<link>https://agesettransmissions.be/</link>
	<description>Cr&#233;&#233;e en 97, Ages et Transmissions est une asbl pluraliste bruxelloise permettant aux a&#238;n&#233;s de jouer un r&#244;le actif dans la soci&#233;t&#233;. Elle est reconnue comme organisme d'&#233;ducation permanente par la F&#233;d&#233;ration Wallonie-Bruxelles.</description>
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		<title>Ages et transmissions</title>
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		<title>Le premier centre pluraliste de planning familial (Gis&#232;le)</title>
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		<dc:date>2021-10-28T07:23:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Engagement (social,politique)</dc:subject>
		<dc:subject>Femme, f&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Contraception, avortement</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les ann&#233;es 60 t&#233;moignent d'un bouleversement des conceptions de vie familiale, professionnelle. Le contr&#244;le de la f&#233;condit&#233; est &#224; l'ordre du jour. Celui-ci modifie les relations, les r&#244;les de chacun au sein du couple, le mod&#232;le familial et la relation famille-soci&#233;t&#233;. A l'&#233;poque, se rassembler et d&#233;passer les cloisonnements philosophiques sur ces questions conjugales et familiales, est un grand d&#233;fi. &lt;br class='autobr' /&gt; Mon engagement dans le premier centre pluraliste de planning familial date de 1968. Nous &#233;tions un groupe (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique154" rel="directory"&gt;Au travail !&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot187" rel="tag"&gt;Contraception, avortement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L150xH150/arton1356-a5d56.jpg?1776943898' width='150' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les ann&#233;es 60 t&#233;moignent d'un bouleversement des conceptions de vie familiale, professionnelle. Le contr&#244;le de la f&#233;condit&#233; est &#224; l'ordre du jour. Celui-ci modifie les relations, les r&#244;les de chacun au sein du couple, le mod&#232;le familial et la relation famille-soci&#233;t&#233;. A l'&#233;poque, se rassembler et d&#233;passer les cloisonnements philosophiques sur ces questions conjugales et familiales, est un grand d&#233;fi. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon engagement dans le premier centre pluraliste de planning familial date de 1968. Nous &#233;tions un groupe tr&#232;s motiv&#233; qui regroupait Jean Corbisier de la Ligue des familles, Monique Rifflet de la Famille Heureuse, le Chanoine de Locht du Centre Chr&#233;tien ainsi que Catherine Osterrieth. Cet engagement est le fruit de mon long parcours o&#249;, avec d&#233;termination, j'ai construit ma vie professionnelle et personnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai eu une enfance difficile. Ma m&#232;re &#233;tant gravement d&#233;prim&#233;e et mon p&#232;re alcoolique et violent, ayant lui-m&#234;me beaucoup souffert dans son enfance, j'ai d&#251; &#171; batailler &#187; pour commencer mes &#233;tudes d'infirmi&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Juin 1947, j'allais avoir 14 ans&#8230; Je voulais arr&#234;ter mes &#233;tudes en &#171; Coupe-couture &#187; et devenir infirmi&#232;re. Ma m&#232;re trouva l'&#233;nergie pour sortir de son lit et d&#233;clarer : &#171; Ou tu continues coupe-couture ou tu vas travailler &#187;. Voulait-elle me convaincre ou faire de moi une petite employ&#233;e comme elle l'avait &#233;t&#233; d&#232;s l'&#226;ge de 14 ans ? Devant mon silence, elle me pr&#233;senta quelques jours plus tard, v&#234;tue d'une nouvelle robe, achet&#233;e au march&#233; de la Place Saint Denis, au directeur d'une petite entreprise. Sans me donner la parole un instant, il me prit 15 jours &#224; l'essai pour trier et classer ses documents et convint avec ma m&#232;re de mon salaire. Il ne m'associa &#224; rien comme si j'&#233;tais sourde et muette ou encore une enfant incapable d'avoir des sentiments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lundi soir, apr&#232;s ma premi&#232;re journ&#233;e de travail, en larmes, je suis all&#233;e voir la sup&#233;rieure de l'&#233;cole de &#171; coupe-couture &#187;. Devant mon d&#233;sarroi et ma d&#233;termination, elle me proposa de parler &#224; ma m&#232;re et &#224; une religieuse de l'&#233;cole des Ursulines de Forest qui organisaient une classe d'humanit&#233;s modernes, non payante. Cette classe regroupait plusieurs ann&#233;es et &#233;tait tenue par une religieuse &#226;g&#233;e. Nous n'avions aucun contact avec les jeunes filles de l'&#233;cole payante. Son entr&#233;e &#233;tait dans une autre rue&#8230; Le samedi suivant, &#224; pied, je me rendis &#224; la grille et je ressentis la col&#232;re et la honte de ne pas &#234;tre dans l'&#233;cole luxueuse mais je maintins ma d&#233;cision. Je suis arriv&#233;e &#224; convaincre mon amie et sa maman plus souple que la mienne. Elle t&#233;l&#233;phona &#224; ma m&#232;re qui, du bout des l&#232;vres, donna son accord. Pendant deux ans, j'ai v&#233;cu dans une classe d'une quinzaine d'adolescentes pas toujours faciles. Chacune, soutenue par la religieuse qui avait beaucoup de patience, travaillait selon son &#226;ge et son niveau. Notre classe &#233;tait chauff&#233;e par un po&#234;le &#224; bois qu'il fallait charger toute la journ&#233;e.&#8230; A midi, nous y r&#233;chauffions notre gamelle. Nous ne sortions gu&#232;re de la classe. S&#233;par&#233;es, par une cour, des gr&#233;co-latines de l'&#233;cole payante, &#224; l'uniforme impeccable et conduite g&#233;n&#233;ralement par un parent, nous exprimions notre jalousie par de nombreuses moqueries. Je devais prendre un bus puis un tram et ensuite un trolleybus pour me rendre &#224; l'&#233;cole&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux ann&#233;es plus tard, en juin 1949, apr&#232;s avoir bien r&#233;fl&#233;chi, j'ai arr&#234;t&#233; mes humanit&#233;s modernes pour commencer des &#233;tudes de pu&#233;ricultrice aux Deux Alice. C'&#233;tait l'&#233;tape vers mes &#233;tudes d'infirmi&#232;re. Je n'avais pas l'&#226;ge requis mais j'ai r&#233;ussi l'examen d'entr&#233;e et je fus accept&#233;e. Nous &#233;tions au cours avec les infirmi&#232;res de 1&#232;re ann&#233;e. J'ai travaill&#233; &#224; 5 heures du matin en maternit&#233; et la nuit en p&#233;diatrie : mettre les nouveau-n&#233;s au sein, les changer&#8230; soigner et surveiller les enfants malades, faire des piq&#251;res, prendre la temp&#233;rature, pr&#233;parer et donner les biberons&#8230; Bref je travaillais comme une infirmi&#232;re dipl&#244;m&#233;e&#8230; et je me pr&#233;parais &#224; devenir professionnelle. A 18 ans j'ai commenc&#233; les &#233;tudes d'infirmi&#232;re mais en 2&#232;me ann&#233;e, contamin&#233;e par la poliomy&#233;lite, j'ai du abandonner mon r&#234;ve&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant la cr&#233;ation du centre pluraliste et son installation rue de Stalle &#224; Uccle, je faisais des animations &#224; &#171; Aimer &#224; l'ULB &#187; et je travaillais &#233;galement, depuis quelque temps dans un autre centre de planning. Il nous a fallu quelques mois pour organiser le centre pluraliste. Nous avons ouvert officiellement ses portes, dans des locaux d&#233;finitifs, le 7 octobre 1969. J'assurais une permanence trois jours/semaine, recevais en consultations conjugales, r&#233;pondais au t&#233;l&#233;phone et fixais les rendez-vous. L'&#233;quipe comprenait gyn&#233;cologue, juriste et assistante sociale. Chacun avait la cl&#233; et accueillait les personnes qui avaient une demande d'aide discr&#232;te. Les d&#233;buts furent difficiles. A No&#235;l, nous avons partag&#233; le contenu de la caisse qui n'&#233;tait pas bien lourde&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intervenant, quelles que soient son opinion, ses interrogations, re&#231;oit la souffrance des personnes et les aide &#224; ne pas se sentir jug&#233;es et &#224; prendre des d&#233;cisions. Il est bien difficile de d&#233;m&#234;ler la part de l'imaginaire, des r&#233;ticences personnelles, des conditions sociales, du pass&#233;, des r&#234;ves qui s'&#233;croulent, des r&#233;actions des parents&#8230; Etre enceinte &#224; 16 ans, avoir encore un enfant alors que l'on tire le diable par la queue ou croire que la m&#233;nopause est l&#224; alors que c'est une grossesse, autant de situations de d&#233;tresse auxquelles j'&#233;tais confront&#233;e. Quel avenir pour ce petit, pour la maman, le couple, les autres enfants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque j'ai d&#233;but&#233;, je ressentais surtout une solidarit&#233; avec cet enfant &#224; na&#238;tre, capable de se battre pour vivre&#8230; Je me suis interrog&#233;e sur mon enfance et sur mes premi&#232;res grossesses. En 1956, alors que j'attendais un nouvel enfant et m'en r&#233;jouissais, un m&#233;decin d'une clinique catholique, en raison de mes probl&#232;mes de sant&#233;, m'avait propos&#233; un avortement th&#233;rapeutique. Il faut dire qu'&#224; l'&#233;poque la contraception se limitait &#224; l'abstinence, le pr&#233;servatif ou la bien al&#233;atoire m&#233;thode Ogino. Ce retour sur mon histoire, sur mes luttes m'a permis de mieux &#233;couter et de mieux comprendre les femmes, les couples et les jeunes. Plusieurs fois, dans ma 2 chevaux, &#224; mes frais, j'en ai accompagn&#233; plusieurs en Hollande pour une interruption de grossesse. Le conseil d'administration voulait l'ignorer mais manifestait sa d&#233;sapprobation vis-&#224;-vis de mes prises de position. Et puis je m'absentais une journ&#233;e laissant le centre &#224; une accueillante b&#233;n&#233;vole&#8230; Ce travail oblige les intervenants &#224; s'interroger sur leur enfance et sur leur rapport au couple, &#224; la naissance, &#224; l'avortement&#8230; Le Docteur Willy Peers, incarc&#233;r&#233; en 1973 pour avoir pratiqu&#233; des avortements &#224; la Clinique de Namur, disait volontiers : &#171; Si l'enfant est seul, abandonn&#233;, il survivra peut-&#234;tre mais il ne parlera pas, ne pensera pas, ne marchera pas&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant 35 ans, j'ai travaill&#233; dans deux centres de plannings familiaux. Dans ces deux centres j'ai travaill&#233; dans une &#233;quipe pluridisciplinaire respectueuse, attentive, tol&#233;rante, se mettant en question en &#233;quipe, dans les formations et les supervisions avec un psychanalyste. Depuis 1968, bien des choses ont &#233;volu&#233;. A l'initiative de Marc Abramovicz, de Monique Rifflet et de moi-m&#234;me, nous avons cr&#233;&#233; &#171; La f&#233;d&#233;ration des centres pluralistes &#187;. Actuellement les 22 centres existants sont f&#233;d&#233;r&#233;s, ils sont reconnus par les pouvoirs publics et les &#233;quipes se sont &#233;toff&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fil du temps, les demandes se sont &#233;largies : grossesse inattendue, d&#233;cision d'un avortement, contraception, mais aussi les droits des jeunes, l'endettement, le deuil, le divorce&#8230; Les centres sont aussi sollicit&#233;s pour des animations dans les &#233;coles ou au centre sur la sexualit&#233;, l'homosexualit&#233;, l'&#233;ducation sexuelle&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui, j'ai l'impression que les tr&#232;s jeunes ont un acc&#232;s plus facile &#224; la contraception. Ils peuvent en parler avec d'autres jeunes, et souvent avec leur maman. Mais cela ne veut pas dire que la sexualit&#233; est devenue simple. En apparence le jeune est surinform&#233; mais ses peurs, ses questions sur l'amour, l'attachement demeurent. Le passage &#224; l'acte non pr&#233;par&#233;, non prot&#233;g&#233; reste une r&#233;alit&#233;. Il peut se passer sans amour par simple d&#233;sir de satisfaire l'autre, d'&#234;tre &#171; comme les autres &#187;&#8230; Mais il existe des situations plus d&#233;licates : la petite s&#339;ur sollicit&#233;e par les grands fr&#232;res, abus&#233;e par un p&#232;re, un adulte &#233;tranger, ami de la famille&#8230; dans un contexte de silence, de souffrance&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le planning familial, j'ai rencontr&#233; des personnes de tout &#226;ge, des jeunes en qu&#234;te de leur identit&#233; sexuelle, des couples, des adultes souffrant d'une s&#233;paration, d'un d&#233;c&#232;s, des familles recompos&#233;es avec les probl&#232;mes entre les enfants de deux lits&#8230; Tout ceci n&#233;cessite d'approcher la douleur de l'&#233;chec, de ne pas renoncer, de tenter de comprendre les contradictions, l'incompr&#233;hension de part et d'autre, d'entendre la souffrance de chacun. Tout ce travail peut aboutir &#224; la s&#233;paration mais aussi &#224; un d&#233;passement de ses blocages et &#224; une reprise du dialogue qui laisse place &#224; des changements progressifs de chacun et &#224; l'analyse de ses responsabilit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce travail m'a permis de me d&#233;velopper comme personne et de construire un vrai trajet professionnel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Et toi, plus tard, tu feras quoi ? (Isabelle D.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1384</link>
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		<dc:date>2021-10-03T08:00:00Z</dc:date>
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		<dc:subject>Travail</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Je suis une enfant de la crise. N&#233;e en 1970, le mot &#171; crise &#187; je l'ai toujours entendu. Pourtant je garde le souvenir que lorsque j'&#233;tais petite, on se penchait vers moi et on me demandait : &#171; Et toi, plus tard, qu'est-ce que tu feras ? &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
A la fin de mes &#233;tudes universitaires, mon dipl&#244;me en poche, je suis all&#233;e m'inscrire au ch&#244;mage et j'ai entam&#233; des &#233;tudes en secr&#233;tariat de direction. C'&#233;tait la crise. Tous les dipl&#244;m&#233;s en sciences humaines postulaient grosso modo pour les m&#234;mes emplois. J'avais (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L96xH150/arton1384-3e09f.jpg?1776944964' width='96' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je suis une enfant de la crise. N&#233;e en 1970, le mot &#171; crise &#187; je l'ai toujours entendu. Pourtant je garde le souvenir que lorsque j'&#233;tais petite, on se penchait vers moi et on me demandait : &#171; Et toi, plus tard, qu'est-ce que tu feras ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin de mes &#233;tudes universitaires, mon dipl&#244;me en poche, je suis all&#233;e m'inscrire au ch&#244;mage et j'ai entam&#233; des &#233;tudes en secr&#233;tariat de direction. C'&#233;tait la crise. Tous les dipl&#244;m&#233;s en sciences humaines postulaient grosso modo pour les m&#234;mes emplois. J'avais l'impression qu'on m'avait menti : on m'avait fait croire que je pourrais tout faire, devenir ce que je voudrais, et la v&#233;rit&#233; c'est qu'il n'y avait pas d'emploi pour tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis rest&#233;e deux ans au ch&#244;mage. J'envoyais des lettres de motivation de ci de l&#224;, postulant dans ma branche. Mon curriculum vitae ne contenait pas grand chose de plus que mes &#233;tudes, je n'avais aucune exp&#233;rience &#224; faire valoir. Dans le meilleur des cas, je recevais une r&#233;ponse n&#233;gative. Dans la plupart des cas, aucune r&#233;ponse. J'avais le dipl&#244;me requis, mais pas l'exp&#233;rience. Et plus le temps passait, plus je perdais confiance en moi. Je sortais de moins en moins de peur qu'on me demande : &#171; Et toi, tu fais quoi dans la vie ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette exp&#233;rience marquante a tr&#232;s probablement influenc&#233; mon rapport au travail. Je me sentais rejet&#233;e par le monde du travail qui ne me voulait pas et j'ai d&#233;cid&#233; que jamais je ne laisserais le travail me d&#233;finir. Non, je ne serais pas ce que je ferais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une formation aupr&#232;s de la Ligue d'Enseignement et d'Education Permanente qui m'a ouvert les yeux et fait conna&#238;tre le secteur non marchand et d'embl&#233;e ce fut une &#233;vidence : c'&#233;tait dans ce secteur que je travaillerais. J'y suis entr&#233;e par la petite porte (avec mon dipl&#244;me de secr&#233;taire) et six mois plus tard, j'ai d&#233;croch&#233; un emploi comme responsable de communication (universitaire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis rest&#233;e 1 an &#189; dans ce premier emploi mal pay&#233;. Tr&#232;s vite la question de la reconnaissance devint centrale. Je quittai cet emploi temps plein pour un travail &#224; mi-temps dans lequel je gagnais le m&#234;me salaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Durant les ann&#233;es qui ont suivi, j'ai test&#233; tous les temps de travail : mi-temps, &#190; temps, 4/5 temps, plein temps et inversement. Au gr&#233; de mes besoins, de ma vie priv&#233;e, de ma vie familiale, j'augmentais ou diminuais mon temps de travail. J'avais la chance d'avoir un dialogue franc et ouvert avec ma patronne sur ces questions-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai jamais eu peur de perdre mon travail et cela m'a donn&#233; une grande force dans le dialogue avec mon employeur. J'ai fait plusieurs fois des choix risqu&#233;s. J'ai quitt&#233; plusieurs fois mon emploi. Toujours par choix. J'ai renonc&#233; &#224; plusieurs postes &#224; temps plein. Au fur et &#224; mesure, la question de l'&#233;quilibre entre mes choix, entre mes vies est devenue primordiale. Travailler, oui, mais pas au d&#233;triment d'autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui encore, &#224; 43 ans, ma position n'a pas chang&#233;. Elle s'est m&#234;me renforc&#233;e : la p&#233;riode du plein emploi est bel et bien finie. S'il n'y a pas assez de travail pour tout le monde, il faut partager le g&#226;teau et inventer d'autres modes de vie, d'autres modes de travail. Vive la d&#233;croissance ! Vive la transmission des savoirs ! Vive l'&#233;change de services et de biens !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si aujourd'hui, j'ai l'impression d'&#234;tre heureuse dans mes choix et sans crainte par rapport &#224; l'avenir malgr&#233; qu'il soit &#233;vident que ma pension ne repr&#233;sentera pas grand chose, je ne peux pas m'emp&#234;cher de me questionner sur l'avenir de mes enfants&#8230; et de me demander de quels outils et de quelles qualit&#233;s ils auront besoin pour trouver une place dans le monde de demain.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Je ne travaille pas ! (Lucile B.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1383</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article1383</guid>
		<dc:date>2021-10-03T07:59:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Engagement (social,politique)</dc:subject>
		<dc:subject>Femme, f&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Lors de la premi&#232;re rencontre avec un groupe, il est normal de se pr&#233;senter : &#171; Je suis femme au foyer &#187;, ou mieux encore &#171; Je ne travaille pas &#187; ! Ces petites phrases assassines m'ont toujours fait mal, m'ont attrist&#233;e car j'ai travaill&#233;, je travaille &#8230; Mais peut-&#234;tre pas &#224; faire ce qu'on imagine quand on peut dire : &#171; Je travaille &#224; l'ext&#233;rieur de chez moi, je gagne ma vie &#187;, &#171; J'ai un patron, des coll&#232;gues &#187;, &#171; Je n'ai plus le temps de rien faire &#224; la maison &#187;, ce qui conf&#232;re imm&#233;diatement un &#171; statut &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
En (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L96xH150/arton1383-9561f.jpg?1776943898' width='96' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lors de la premi&#232;re rencontre avec un groupe, il est normal de se pr&#233;senter : &#171; Je suis femme au foyer &#187;, ou mieux encore &#171; Je ne travaille pas &#187; ! Ces petites phrases assassines m'ont toujours fait mal, m'ont attrist&#233;e car j'ai travaill&#233;, je travaille &#8230; Mais peut-&#234;tre pas &#224; faire ce qu'on imagine quand on peut dire : &#171; Je travaille &#224; l'ext&#233;rieur de chez moi, je gagne ma vie &#187;, &#171; J'ai un patron, des coll&#232;gues &#187;, &#171; Je n'ai plus le temps de rien faire &#224; la maison &#187;, ce qui conf&#232;re imm&#233;diatement un &#171; statut &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1961, d&#232;s la naissance de notre premier enfant, je pressentais que je ne retournerais pas au bureau. Je crois qu'en fait je n'ai jamais imagin&#233; me partager entre la vie de famille et un travail. Evidemment, vivre avec un seul salaire, m&#234;me s'il &#233;tait confortable, nous a oblig&#233;s &#224; regarder la fin du mois avec un petit pincement au c&#339;ur, et &#224; craindre les al&#233;as de la vie : accidents, frais m&#233;dicaux, de dentiste, pannes de voiture, etc&#8230; Mon mari estimait qu'il gagnait bien sa vie et qu'il fallait se d&#233;brouiller avec ce qui venait. Il a pu ainsi se permettre de d&#233;ployer sa carri&#232;re, les probl&#232;mes familiaux &#233;tant assum&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;placements auxquels nous a expos&#233;s la carri&#232;re de mon mari m'ont coup&#233;e de toute vell&#233;it&#233; de m'&#233;chapper de la maison et m'ont oblig&#233;e &#224; me centrer sur les enfants qui, tous les dix-huit mois, changeaient de langue, de continent et d'habitat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement install&#233;e &#224; Bruxelles, j'ai pris amplement ma part du travail dans une maison centenaire, avec jardin, et surtout avec nos trois enfants et un papa trop souvent absent. Des corniches du rez-de-chauss&#233;e aux grandes fen&#234;tres du deuxi&#232;me &#233;tage, je grattais, je peignais, je retapais. Les voisins me regardaient avec surprise et ne m'ont pas &#233;pargn&#233; les remarques. Perch&#233;e sur les rampes d'escalier, je blanchissais les plafonds, tapissais les murs, d&#233;pla&#231;ais le mobilier&#8230; &#171; Aurais-tu &#233;pous&#233; un singe ? &#187; a-t-on demand&#233; un jour &#224; mon mari.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ception des bulletins scolaires et les rencontres avec les professeurs &#233;taient de mon ressort : les &#171; Peut mieux faire &#187; jetaient une ombre sur les vacances et allumaient mes col&#232;res. Les multiples d&#233;cisions m&#233;dicales et de dentisterie &#233;taient prises sans consulter mon mari, et les enfants ont appris tr&#232;s t&#244;t &#224; se r&#233;f&#233;rer &#224; moi seule. Le papa devint un peu un intrus quand il se pr&#233;occupait tout &#224; coup des choses de la maison. L'un de nos fils avait une sant&#233; pr&#233;occupante et ma fille me disait il n'y a pas longtemps : &#171; Je voyais que vous aviez des difficult&#233;s avec Bernard et je me suis &#233;cras&#233;e &#187;&#8230; Dans le feu de l'action, je ne me rendais pas compte qu'elle n'&#233;tait pas &#233;pargn&#233;e. J'avais tout &#224; d&#233;cider, j'ai parfois trouv&#233; la t&#226;che lourde et les copains un peu malveillants disaient que &#171; je portais la culotte &#187;. Ah, le regard des autres !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, d&#232;s le d&#233;but de notre mariage, nous avons pris des engagements ext&#233;rieurs et b&#233;n&#233;voles : pr&#233;paration au mariage, groupes de cat&#233;ch&#232;se paroissiaux, association de parents, groupes de recherche dans une &#233;cole secondaire et participation au PO, formation continue des adultes, Centre de Planning Familial, ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai mont&#233; chez moi un secr&#233;tariat o&#249; j'ai, entre autres, form&#233; au travail une de mes belles-filles. L&#224; j'ai pu donner le meilleur de moi-m&#234;me en soutenant des petites entreprises qui d&#233;marraient, mettant en page des id&#233;es g&#233;niales, car les ing&#233;nieux n'ont pas toujours le sens pratique. J'ai soutenu et aid&#233; des &#233;tudiants affol&#233;s qui n'en finissaient plus avec leur m&#233;moire, et l'ordinateur tournait &#224; plein r&#233;gime. Rester en prise avec les jeunes m'a emp&#234;ch&#233;e de vieillir trop vite et m'a oblig&#233;e &#224; apprendre les nouvelles technologies. Nous avions le feu sacr&#233; et il ne nous a pas quitt&#233;s, nous donnons encore du temps au b&#233;n&#233;volat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en reste pas moins que mes enfants aussi me percevaient comme une maman &#171; qui ne travaille pas &#187;. Ils m'ont parfois demand&#233; pourquoi je n'avais pas de profession et je sentais comme un reproche. Ils ne mesuraient pas le temps que je leur consacrais, trouvaient normal que j'emm&#232;ne &#224; la maison de vacances, pendant les cong&#233;s scolaires, des cousins et des camarades dont la maman &#171; travaillait &#187;. &#171; Tu peux venir quand tu veux &#187; disaient-ils, et &#224; toute heure je rencontrais des inconnus dans la maison. Mes enfants trouvaient cela chouette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis souvent pos&#233; la question : et si j'avais &#171; travaill&#233; &#187;, qui aurait fait tout cela ? Je me suis enrichie de toutes sortes de fa&#231;ons, je suis devenue curieuse de la chose publique ou politique, je suis tr&#232;s attentive &#224; ce qui se passe dans la vie courante, je me construis encore aujourd'hui. Travaillant &#224; l'ext&#233;rieur avec la m&#234;me charge &#224; la maison, comment aurais-je fait pour concilier mon int&#233;r&#234;t personnel et l'int&#233;r&#234;t familial ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, j'ai mal v&#233;cu les questions et les remarques, y compris dans la famille, du type &#171; On sait que tu n'as rien &#224; faire ! &#187; Il y avait du m&#233;pris. Je n'entrevois pas de solution id&#233;ale mais je me d&#233;fends : j'ai &#233;norm&#233;ment travaill&#233; mais pas dans un bureau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Qui est gagnant ? Je ne sais, et je ne d&#233;sire pas porter sur les autres le jugement qu'on m'applique. Je tra&#238;ne une col&#232;re mais je ne sais &#224; qui ou &#224; quoi elle s'adresse. Si c'&#233;tait &#224; refaire&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Un combat syndical au f&#233;minin (Danielle G.)</title>
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		<dc:date>2021-10-03T07:57:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Engagement (social,politique)</dc:subject>
		<dc:subject>Femme, f&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;1979 ? La m&#233;moire me fait d&#233;faut. 1980 ? Peut-&#234;tre&#8230; Cela fait maintenant pr&#232;s de 10 ans que je travaille dans la m&#234;me institution. A plusieurs reprises, mon chef de service a demand&#233; pour moi une promotion. Mais rien ne vient. Je ne m'en inqui&#232;te gu&#232;re la premi&#232;re fois ni la deuxi&#232;me estimant que, sans aucun doute, d'autres ont des m&#233;rites bien sup&#233;rieurs aux miens et qu'on ne peut satisfaire tout le monde. Au troisi&#232;me refus, je commence &#224; me poser de s&#233;rieuses questions. Serais-je si nulle ? Pourquoi un (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L96xH150/arton1382-1b83a.jpg?1776943898' width='96' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;1979 ? La m&#233;moire me fait d&#233;faut. 1980 ? Peut-&#234;tre&#8230; Cela fait maintenant pr&#232;s de 10 ans que je travaille dans la m&#234;me institution. A plusieurs reprises, mon chef de service a demand&#233; pour moi une promotion. Mais rien ne vient. Je ne m'en inqui&#232;te gu&#232;re la premi&#232;re fois ni la deuxi&#232;me estimant que, sans aucun doute, d'autres ont des m&#233;rites bien sup&#233;rieurs aux miens et qu'on ne peut satisfaire tout le monde. Au troisi&#232;me refus, je commence &#224; me poser de s&#233;rieuses questions. Serais-je si nulle ? Pourquoi un tel et un tel et pas moi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je d&#233;cide de rencontrer le responsable de la commission qui accorde les promotions. Je le connais un peu, nous avons de bonnes relations. Son bureau est dans le m&#234;me couloir que le mien, &#231;a facilite les choses. Accueil cordial, explications feutr&#233;es dans un premier temps : &#171; Non Madame, vous n'avez pas d&#233;m&#233;rit&#233;, mais vous savez, il y a beaucoup de demandes et peu d'&#233;lus. Et puis l'&#233;tat de nos finances ne nous permet pas de faire ce que nous souhaiterions. &#187; Puis, ce monsieur tr&#232;s affable consulte ces dossiers, me regarde et, dans un acc&#232;s de sinc&#233;rit&#233;, me dit : &#171; Vous savez, en commission des promotions, nous avons une liste sur laquelle nous devons nous prononcer. Quand nous voyons sur cette liste une femme et, qui plus est, &#224; temps partiel, nous passons. Ce n'est pas prioritaire &#187;. C'est un choc. Violent. Ce monsieur semble croire vraiment &#224; ce qu'il dit, m&#234;me s'il me para&#238;t un peu g&#234;n&#233; aux entournures. Impression fugitive&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis fix&#233;e sur mon sort&#8230; et effray&#233;e. Je d&#233;couvre un aspect que je n'imaginais m&#234;me pas. Que faire ? J'en parle autour de moi, &#224; d'autres femmes, et je d&#233;couvre la dure r&#233;alit&#233; : &#234;tre une femme au travail n'est pas une sin&#233;cure. Apr&#232;s quelques h&#233;sitations, je d&#233;cide de m'engager au syndicat. D&#233;cision qui ne va pas de soi pour quelqu'un comme moi, issue de la bourgeoise catholique bien-pensante d'un bassin industriel o&#249; l'on vilipende volontiers les syndicalistes. Qu'importe, je franchis le pas de ce qui sera pour moi un des plus beaux apprentissages de toute ma carri&#232;re, une des exp&#233;riences les plus marquantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je &#171; milite &#187;, je m'engage dans plusieurs conflits difficiles. Ils ne manquent pas. L'institution est en pleine tourmente et se restructure, se red&#233;ploie comme on dit pudiquement. La situation des femmes continue &#224; me pr&#233;occuper. Au syndicat, je prends conscience de bien des choses et entre autres d'une discrimination importante d&#233;nonc&#233;e &#224; plusieurs reprises d&#233;j&#224;. Depuis 1969, l'institution verse aux chefs de m&#233;nage d'une partie de son personnel des allocations familiales compl&#233;mentaires relativement importantes. Or, &#224; cette &#233;poque, la majorit&#233; des chefs de m&#233;nage sont des hommes. C'est donc eux qui, &#224; plus de 90%, b&#233;n&#233;ficient de ce compl&#233;ment de salaire. On compte sur les doigts d'une main les femmes chefs de m&#233;nage qui le re&#231;oivent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une d&#233;l&#233;gu&#233;e syndicale, Francine P., et moi-m&#234;me d&#233;cidons d'agir. La d&#233;l&#233;gation rencontre le banc patronal qui reconna&#238;t que la situation n'est pas normale mais qui r&#233;siste. Et pour cause ! Un des membres du CA est &#233;galement administrateur dans une soci&#233;t&#233; o&#249; se pose le m&#234;me probl&#232;me. &#171; Pensez-vous, Mesdames, si on vous accorde cela, il faudra l'accorder &#224; toutes les femmes ! Nous n'en n'avons pas les moyens. Ce serait ouvrir la bo&#238;te de Pandore... &#187; Nous, de Pandore, on s'en f&#8230; ! Un enfant doit &#234;tre &#233;gal &#224; un enfant. Mon fils, S&#233;bastien, a autant droit &#224; ces allocations qu'Arnaud, le fils de mon coll&#232;gue masculin. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous h&#233;sitons sur la marche &#224; suivre. Nous tentons encore la n&#233;gociation mais en vain. Alors, fin 1985, avec le soutien de coll&#232;gues y compris masculins et malgr&#233; certaines r&#233;sistances, nous d&#233;posons plainte pour discrimination indirecte. Nous sommes 2 au d&#233;part, puis 15, puis 117&#8230; La machine est lanc&#233;e, elle ne s'arr&#234;tera plus. Mais nous n'imaginions pas que notre parcours de combattantes serait si long ! Il aura fallu 11 ans de d&#233;marches, justifications, explications, n&#233;gociations. 11 ans de proc&#232;s, plaidoiries, remises de s&#233;ances et lenteurs juridiques. 11 ans de patience pour qu'enfin, nous obtenions gain de cause. Une convention collective est sign&#233;e d&#233;but 1997. A partir de ce moment, les allocations familiales compl&#233;mentaires seront &#233;tendues &#224; tous les enfants des membres du personnel concern&#233;, qu'ils soient hommes ou femmes, chefs de m&#233;nage ou pas. &lt;br class='autobr' /&gt;
Victoire collective de la d&#233;termination et de la patience !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et votre promotion, me direz-vous ? Inutile de vous expliquer que je cumulais d&#233;sormais toutes les tares. Femme, m&#232;re de famille, travailleuse &#224; temps partiel et d&#233;l&#233;gu&#233;e syndicale&#8230; Il n'en fallait pas davantage, mon cas &#233;tait d&#233;sesp&#233;r&#233; ! Ayant appris mon engagement syndical, mon chef de service de l'&#233;poque m'avait d'ailleurs avertie : &#171; Maintenant que tu es d&#233;l&#233;gu&#233;e, tu peux &#234;tre certaine que je ne demanderai pas de promotion pour toi ! &#187;. Toutes ces &#171; qualit&#233;s &#187; m'avaient rel&#233;gu&#233;e pour longtemps encore au bas de la liste des &#171; promotionnables &#187;. J'y eus enfin droit fin 1992, apr&#232;s 23 ans de carri&#232;re. Mais qu'importe. Le combat que nous avions men&#233; collectivement valait bien cela. Ces engagements syndicaux m'avaient permis de vivre des moments de solidarit&#233; qui d&#233;passaient toutes les promotions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8 mars 2012. Journ&#233;e internationale de la femme. Je lis dans le journal Le Soir sous la plume de B&#233;atrice Delvaux : &#171; La place des femmes et le respect et l'&#233;galit&#233; qu'on leur doit sont toujours une exigence. Longtemps, nous avons mis&#233; sur l'&#233;mancipation et l'&#233;ducation pour que les choses bougent. Or, on se rend compte que sans lois, sans quotas, nombreux sont encore ceux, hommes et m&#234;me femmes, &#224; nourrir plus de doutes d&#232;s lors qu'ils doivent promouvoir ou r&#233;mun&#233;rer une femme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La partie n'est pas encore gagn&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Construire un lieu th&#233;rapeutique en autogestion : une aventure ! (Andr&#233;e W.)</title>
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		<dc:date>2021-10-03T07:56:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Education hors &#233;cole</dc:subject>
		<dc:subject>Engagement (social,politique)</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Sans la reconnaissance humaine de la folie, c'est l'homme m&#234;me qui dispara&#238;t. Fran&#231;ois Tosquelles &lt;br class='autobr' /&gt;
4 mars 1974, nous ouvrons la Ferme du Soleil&#8230; Au flanc d'une colline du Pays de Herve, la maison est l&#224;, pr&#234;te pour accueillir les dix premiers enfants &#226;g&#233;s de 3 &#224; 14 ans. Ren&#233;, Bertrand, Julie, Jean,&#8230; je les revois en ce premier jour tout aussi inquiets que leurs parents et nous&#8230; L'inconnu, une premi&#232;re s&#233;paration, de nouvelles rencontres, la mise en &#339;uvre de nos choix th&#233;rapeutiques&#8230; Notre projet de (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot144" rel="tag"&gt;Engagement (social,politique)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot166" rel="tag"&gt;Travail&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L96xH150/arton1381-b0dac.jpg?1776943898' width='96' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sans la reconnaissance humaine de la folie, c'est l'homme m&#234;me qui dispara&#238;t. &lt;/i&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Fran&#231;ois Tosquelles&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 mars 1974, nous ouvrons la Ferme du Soleil&#8230; Au flanc d'une colline du Pays de Herve, la maison est l&#224;, pr&#234;te pour accueillir les dix premiers enfants &#226;g&#233;s de 3 &#224; 14 ans. Ren&#233;, Bertrand, Julie, Jean,&#8230; je les revois en ce premier jour tout aussi inquiets que leurs parents et nous&#8230; L'inconnu, une premi&#232;re s&#233;paration, de nouvelles rencontres, la mise en &#339;uvre de nos choix th&#233;rapeutiques&#8230; Notre projet de psychoth&#233;rapie institutionnelle va vivre et nous allons d&#233;couvrir, dans le quotidien, l'alchimie d'un groupe qui se constitue&#8230; L'&#233;quipe de base s'est &#233;largie et nous sommes neuf &#224; commencer le travail. Le projet, devenu r&#233;alit&#233;, existe depuis 40 ans et les &#233;volutions (cr&#233;ation d'un centre de jour et d'un centre de th&#233;rapie familiale) n'en ont pas modifi&#233; les fondamentaux ni dans le travail avec les enfants et les familles, ni dans l'organisation des prises de d&#233;cisions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela fait quatre ans qu'Etienne et moi en avons r&#234;v&#233;. Les travaux de Bruno Bettelheim nous ont orient&#233;s ainsi que les travaux de l'antipsychiatrie et de la psychoth&#233;rapie institutionnelle&#8230; Quel plaisir de lire les travaux de Tosquelles, Laing, Oury et bien d'autres&#8230; d'&#233;changer jusqu'&#224; pas d'heures&#8230; de construire ensemble une institution que nous voulons &#171; r&#233;volutionnaire &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Avant d'&#233;tudier la psychologie &#224; l'UCL, j'avais fait une premi&#232;re ann&#233;e &#224; l'Ecole d'Educateurs sp&#233;cialis&#233;s de Li&#232;ge. Elle s'&#233;tait ouverte en 1958 et d&#233;veloppait, d&#233;j&#224; &#224; l'&#233;poque, des pratiques d'apprentissage centr&#233;es sur le travail de groupe et sur la personne de l'apprenant. D&#232;s la fin de la licence, j'y avais &#233;t&#233; engag&#233;e, malgr&#233; mon jeune &#226;ge, comme formatrice. Je travaillais aussi au Centre d'aide &#233;ducative qui avait ouvert une petite unit&#233; de jour pour des enfants autistes et psychotiques. C'est l&#224; que j'ai fait, tout en m'engageant dans une psychanalyse, mes premi&#232;res exp&#233;riences de psychoth&#233;rapeute d'enfants. Je vivais dans un climat de libert&#233; de penser, d'innover, de transformer les modes d'action avec les personnes en souffrance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons constitu&#233; l'association avec deux coll&#232;gues de l'&#233;cole. Nous &#233;tions jeunes, j'avais 28 ans, Etienne Dessoy 30, Sylvie Goffin 26 et Michel Thiteux 24. Nous n'avions rien, pas un centime, mais nous avions l'intime conviction que nous pouvions d&#233;velopper un projet qui serait autog&#233;r&#233;, o&#249; les d&#233;cisions seraient prises par les travailleurs, par les personnes engag&#233;es dans le travail, o&#249; chaque personne, quelle que soit sa fonction, m&#233;decin, &#233;ducateur, cuisini&#232;re, personnel d'entretien, aurait le m&#234;me pouvoir dans les d&#233;cisions de gestion. Notre projet se voulait th&#233;rapeutique mais aussi politique. Pendant mes &#233;tudes &#224; Louvain, j'ai fait du syndicalisme &#233;tudiant et je participais avec d'autres &#224; un mouvement de gauche. C'&#233;tait l'&#233;poque des jeans et des pulls noirs, de Sartre, Marx, Marcuse et bien s&#251;r, en tant que psychologue, de Freud. C'&#233;tait le temps de longues soir&#233;es o&#249; le th&#233; et le vin arrosaient nos &#233;changes, o&#249; Ferr&#233;, Brassens, Brel, Anne Sylvestre, Barbara, r&#233;sonnaient dans nos nuits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voulons construire un lieu o&#249; tout sera centr&#233; sur un cadre de vie o&#249; les enfants et les adultes seront &#224; l'&#233;coute les uns des autres, o&#249; les adultes prendront le temps de comprendre chacun et o&#249; les r&#232;gles seront centr&#233;es sur l'espace et le temps et non sur des r&#232;glements, tr&#232;s souvent abscons&#8230; Les enfants seront libres d'aller et venir&#8230; pas de portes ferm&#233;es si ce n'est pour les personnes ext&#233;rieures, les repas seront certes &#224; heure fixe mais si un enfant ne mange pas, la cuisine avec son frigo sera toujours ouverte, des ateliers seront organis&#233;s mais si un enfant n'arrive pas &#224; y &#234;tre, un adulte sera &#224; proximit&#233;, un lieu o&#249; les sympt&#244;mes ne seront pas sanctionn&#233;s mais o&#249; nous essayerons de donner du sens et de mettre en place des relations &#171; soignantes &#187;. Un psychiatre li&#233;geois &#224; qui j'expliquais le projet m'a dit &#171; Mais c'est la psychiatrie de l'an 2000 que vous voulez ! Vous verrez, il ne faudra pas un mois pour que vous fermiez les portes &#187;. Quarante ans ont pass&#233; et les portes sont toujours ouvertes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant trois ans, nous avons cherch&#233; un lieu dans la r&#233;gion li&#233;geoise : vieille ferme &#224; r&#233;nover, ch&#226;teau &#224; l'abandon vendu, &#224; l'&#233;poque, pour une bouch&#233;e de pain&#8230; Mais nos moyens financiers n'&#233;taient pas suffisants&#8230; L'oncle de Sylvie, qui avait une petite ferme &#224; Soumagne, a accept&#233; de nous la vendre &#171; pas cher &#187;, ma m&#232;re a mis un bien en hypoth&#232;que et j'ai fait un cr&#233;dit&#8230; Notre force de conviction soulevait des montagnes&#8230; Un architecte, Louis Leroy, a accept&#233; de nous suivre dans nos r&#234;ves. Il a lu, visit&#233; avec nous des institutions en Hollande et en Belgique, discut&#233; des plans pendant des heures et pourtant nous n'avions que notre enthousiasme et notre volont&#233; comme pour toute ressource.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trouver les fonds, une part importante de l'aventure&#8230; Au d&#233;part, une collecte au Standard nous a donn&#233; les moyens d'imprimer des autocollants, un grand soleil dessin&#233; par Sylvie : 20 francs (0,50 euro) multipli&#233; par&#8230; Nous avions besoin de 4 millions (125.000 euros)&#8230; pour construire l'internat, r&#233;nover partiellement la vieille ferme et assurer un an de fonctionnement. Une famille qui souhaitait que nous accueillions leur fils, effray&#233;e par nos petits moyens, nous a mis en contact avec le directeur du journal &#171; la Meuse &#187; et une grande vente de &#171; soleil &#187; nous a permis de r&#233;unir pr&#232;s de la moiti&#233; de la somme&#8230; Pendant 4 ans, nous avons vendu des cr&#234;pes et des brochettes aux 24 heures de Francorchamps, particip&#233; &#224; des foires o&#249; nous vendions des aquarelles peintes par Sylvie, o&#249; des artistes vendaient des &#339;uvres et nous versaient les b&#233;n&#233;fices&#8230; Autour de notre groupe, un r&#233;seau d'amis s'&#233;tait constitu&#233; et l'impossible &#233;tait devenu r&#233;alit&#233;. Je n'ai pas de mots pour &#233;voquer tous les petits gestes, les heures de partage, de fatigue, les angoisses, les moments hilarants v&#233;cus dans cette recherche d'argent : notre camionnette bleue d&#233;filant avec la caravane publicitaire du circuit car nous &#233;tions arriv&#233;s, apr&#232;s sa fermeture, avec toute la viande &#8230; une vente d'autocollants, dans un Rotary, o&#249;, apr&#232;s notre passage, une dame au d&#233;collet&#233; plongeant nous a pris le panier des mains et est pass&#233;e &#224; nouveau entre les tables&#8230; Elle en a vendu le double&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons &#171; tout &#187; fait&#8230; Je me souviens du premier chantier international des compagnons b&#226;tisseurs o&#249; Sylvie et moi avons d&#251;, de mani&#232;re impr&#233;vue, faire face &#224; l'organisation du chantier et aux travaux de r&#233;novation de la vieille ferme : installer l'eau, organiser les d&#233;molitions, trouver une b&#233;tonni&#232;re, faire du ciment, monter des murs tout en veillant &#224; l'intendance et &#224; l'animation&#8230; Heureusement mon p&#232;re surveillait les travaux et calculait les &#171; poutres de b&#233;ton &#187;&#8230; Que de fatigue mais aussi que de rires&#8230; Plus tard, Etienne et Michel r&#233;aliseront les ch&#226;ssis de fen&#234;tres, les meubles des chambres, la structure du salon en copiant des mod&#232;les de Roche et Bobois. Sylvie et moi, nous &#233;tions mandat&#233;es pour aller &#224; Li&#232;ge, prendre les dimensions avec nos mains, nos bras&#8230; A la machine &#224; coudre, nous avons piqu&#233; les coussins, les tentures&#8230; J'ai appris &#224; ma&#231;onner, plafonner, &#224; utiliser les ciseaux &#224; bois,&#8230; J'ai d&#233;couvert le plaisir du travail manuel, plaisir qui ne m'a jamais quitt&#233;e. Pendant 4 ans nous avons v&#233;cu tous nos loisirs &#224; faire vivre le projet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps, nous devions pr&#233;senter le dossier &#224; la Sant&#233; Publique, obtenir les subsides &#224; la cr&#233;ation et les garanties que notre projet serait pris en charge au niveau du fonctionnement. L'accueil avait &#233;t&#233; tr&#232;s positif, la Sant&#233; Publique a accept&#233; de subventionner la construction &#224; concurrence de 40% et nous promettait un changement des normes d'encadrement &#224; la mesure de notre projet. L'&#233;poque mettait en cause les grosses structures institutionnelles. La psychiatrie de l'enfant et la prise en charge des personnes en souffrance affective s'orientaient vers de nouvelles formes. Les petites structures voyaient le jour et &#233;taient privil&#233;gi&#233;es dans les options politiques. C'&#233;tait une &#233;poque de foisonnement d'id&#233;es, de recherche d'alternatives&#8230; Les exp&#233;riences nouvelles &#233;taient bienvenues et encourag&#233;es. Cependant, apr&#232;s quelques mois de fonctionnement, nous devrons mener un nouveau combat car les normes d'encadrement annonc&#233;es seront revues &#224; la baisse&#8230; Avec d'autres petites institutions et avec le soutien de parents, nous nous engagerons dans un conflit avec le minist&#232;re de la Sant&#233; Publique et apr&#232;s deux mois de luttes nous obtiendrons gain de cause par le passage &#224; l'Institut National d'Assurance Maladie et Invalidit&#233; (INAMI) et l'intervention des mutuelles. C'&#233;tait cela ou la fin du projet. Pour l'&#233;quipe, il &#233;tait hors de question de travailler dans les conditions d'encadrement propos&#233;es. Ce fut un moment intense o&#249; le fait d'&#234;tre en autogestion nous a donn&#233; une force inestimable dans les n&#233;gociations. Nous avons d&#233;cid&#233; de nous donner un pr&#233;avis et de continuer de travailler comme b&#233;n&#233;voles tout en &#233;tant au ch&#244;mage&#8230; Ce fut un argument de poids !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait une &#233;poque de transformation des mentalit&#233;s&#8230; J'y ai v&#233;cu des moments intenses tant au niveau professionnel qu'affectif. J'y ai d&#233;couvert la puissance du travail en &#233;quipe et l'obligation interne de la formation permanente avec ce qu'elle comporte d'analyse et de r&#233;flexion sur ce que &#171; je &#187; mets en &#339;uvre dans les relations &#224; l'autre. Encore aujourd'hui, cela me para&#238;t indispensable pour travailler avec des personnes en difficult&#233;s et pour cheminer dans notre soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Le balai lib&#233;r&#233; : une exp&#233;rience d'autogestion (Raymonde H.)</title>
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		<dc:date>2021-10-03T07:48:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Engagement (social,politique)</dc:subject>
		<dc:subject>Femme, f&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 70, en France et en Belgique, e.a., tout un courant de la gauche fait de l'autogestion un th&#232;me de pr&#233;dilection. Des exp&#233;riences se mettent en place. &lt;br class='autobr' /&gt;
En 1975, apr&#232;s trois semaines de gr&#232;ve pour obtenir de meilleures conditions de travail, 42 ouvri&#232;res de l'entreprise Anic (qui g&#232;re le nettoyage des b&#226;timents de l'Universit&#233;) d&#233;cident de &#171; liquider leur patron &#187;. Elles lui enverront une vraie lettre de licenciement et g&#233;reront elles-m&#234;mes leur entreprise. Soutenues par le syndicat de la (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot166" rel="tag"&gt;Travail&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L96xH150/arton1380-3d6af.jpg?1776944964' width='96' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 70, en France et en Belgique, e.a., tout un courant de la gauche fait de l'autogestion un th&#232;me de pr&#233;dilection. Des exp&#233;riences se mettent en place.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En 1975, apr&#232;s trois semaines de gr&#232;ve pour obtenir de meilleures conditions de travail, 42 ouvri&#232;res de l'entreprise Anic (qui g&#232;re le nettoyage des b&#226;timents de l'Universit&#233;) d&#233;cident de &#171; liquider leur patron &#187;. Elles lui enverront une vraie lettre de licenciement et g&#233;reront elles-m&#234;mes leur entreprise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Soutenues par le syndicat de la CSC, par les d&#233;l&#233;gu&#233;s syndicaux de l'Universit&#233; et des &#233;tudiant(e)s, essentiellement de l'Institut Cardyn, les travailleuses font pression sur le Conseil d'administration de l'UCL pour obtenir le contrat de nettoyage. Le 10 mars 1975, elles se constituent en association sans but lucratif, appel&#233;e dans l'enthousiasme g&#233;n&#233;ral &#171; Le Balai Lib&#233;r&#233; &#187;. Elles engagent en outre des laveurs de vitres et deux animatrices pour la gestion administrative du personnel et la coordination du travail entre les &#233;quipes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'&#233;tais pas pr&#233;sente au d&#233;but de cette lutte, de ce combat. Je dis bien combat car beaucoup &#233;taient sceptiques sur les chances de r&#233;ussite de cette aventure ! Et les maris des travailleuses n'&#233;taient pas les derniers : &#171; Des femmes, vous vous imaginez et des nettoyeuses de surcro&#238;t ! &#187;. J'ai rejoint l'aventure en 1977.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 13 ans au Br&#233;sil, je cherchais un travail &#171; alternatif &#187; et l'on me proposa de remplacer les deux premi&#232;res animatrices qui souhaitaient exercer leur profession.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elles &#233;taient entr&#233;es au Balai Lib&#233;r&#233; directement apr&#232;s leurs &#233;tudes de r&#233;gendat et pensaient qu'il &#233;tait temps pour elles de s'engager dans l'enseignement de peur de perdre les acquis de leurs &#233;tudes. C'est avec une joie, m&#234;l&#233;e de crainte, que j'ai accept&#233;. Cinquante travailleuses &#233;taient au boulot, l'Universit&#233; &#233;tait encore un immense chantier et de nouveaux b&#226;timents sortaient de terre de mois en mois. Il fallait trouver mes rep&#232;res et organiser le travail. Parfois, je nettoyais avec les travailleuses, surtout lorsqu'il y avait des malades &#224; remplacer. Le travail de nettoyage, une journ&#233;e durant, ce n'est pas rien : le dos trinque ; il faut trouver les meilleures fa&#231;ons de se tenir ; il faut laver les immenses tableaux des auditoires, en vitesse, sur le temps de midi ; on le sent dans les bras, les &#233;paules&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aimais ce travail d'administration, d'animation et de formation. Dans mon r&#244;le, je devais former des nettoyeuses &#224; l'administration, aux formalit&#233;s d'embauche, aux proc&#233;dures en cas d'accident, de maladie, etc. Au Balai Lib&#233;r&#233;, il ne s'agissait pas de garder le pouvoir dans les mains d'une seule personne mais d'initier toute travailleuse qui le souhaitait &#224; la l&#233;gislation sociale, aux formalit&#233;s administratives&#8230; et de l'inviter &#224; prendre des initiatives nouvelles. Il s'agissait non seulement de plonger dans les seaux mais aussi d'inventer car nous n'avions pas vraiment de mod&#232;le pour vivre l'autogestion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prendre en commun les d&#233;cisions n&#233;cessite de faire circuler les informations et d'animer les r&#233;unions. Chaque lundi matin, le &#171; comit&#233; de gestion &#187; compos&#233; d'un membre de chaque &#233;quipe se r&#233;unissait. Ensemble, nous traitions des questions, des probl&#232;mes et nous prenions les d&#233;cisions n&#233;cessaires. Qui engager pour les nouveaux b&#226;timents ouverts, comment remplacer les malades mais aussi r&#233;gler les r&#233;clamations venant de l'universit&#233;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les &#171; assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales &#187; p&#233;riodiques, nous d&#233;battions de questions internes, nous mettions au courant de probl&#232;mes plus larges qui int&#233;ressaient les travailleuses. Des r&#233;unions de formation &#233;taient organis&#233;es sur le site ou au syndicat. Nous participions &#224; des manifestations qui impliquaient tous les travailleurs. Une fois l'an, nous partions aussi en excursion avec la moiti&#233; du groupe, l'autre groupe restait au travail sur le site. Je ne m'ennuyais pas un instant, les activit&#233;s &#233;taient tr&#232;s vari&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un moment crucial de l'ann&#233;e &#233;tait la rencontre avec l'Universit&#233; pour &#233;tablir le budget de l'ann&#233;e suivante. D&#232;s le d&#233;part, les dirigeants syndicaux avaient pour projet d'arriver &#224; une &#233;galit&#233; des salaires entre les nettoyeuses et les laveurs de vitres. L'&#233;cart &#233;tait assez important, on &#233;tait loin de l'&#233;galit&#233; hommes/femmes. Le passage &#224; l'autogestion supprimait &#171; les gros salaires &#187; et la r&#233;tribution d'actionnaires. Cela permettait d'augmenter le salaire f&#233;minin, d'investir dans du nouveau mat&#233;riel tout en restant concurrentiel par rapport &#224; d'autres firmes de nettoyage. Mais l'exercice annuel du budget &#233;tait difficile, l'universit&#233; nous reprochant m&#234;me l'organisation des journ&#233;es de formation pour le personnel&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors du dixi&#232;me anniversaire, nous avons fait un bilan sur les questions de la solidarit&#233;, du fonctionnement et de l'emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Balai Lib&#233;r&#233;, les gestes d'entraide entre les membres d'une m&#234;me &#233;quipe, les coups de main d'une &#233;quipe &#224; l'autre &#233;taient nombreux. Cela n'allait pas toujours de soi : &#171; On voit son petit horizon et pas le collectif Balai&#8230; &#187;. Ces gestes &#233;taient concrets et changeaient le train-train quotidien du nettoyage : l'aide &#224; des femmes n'ayant pas acc&#232;s &#224; la s&#233;curit&#233; sociale, l'acceptation de personnes d'autres nationalit&#233;s, la formation d'une jeune handicap&#233;e&#8230; Apr&#232;s 10 ans, les travailleuses ont soulign&#233; l'importance de pouvoir partager leurs joies et leurs difficult&#233;s : s&#233;parations difficiles, d&#233;m&#234;l&#233;s avec les organismes de cr&#233;dit, perte du travail du mari suite aux fermetures de British Leyland, Henricot, Van Hoegarden&#8230;. &#171; Si je n'avais pas eu l'&#233;quipe, je ne sais pas ce que je serais devenue&#8230; &#187;. Mais bien s&#251;r l'expression, la communication pouvaient encore &#234;tre am&#233;lior&#233;es. &#171; Parfois on n'est pas tr&#232;s clair entre nous. On ne se dit pas tout&#8230; A certains moments il y a un manque d'&#233;coute, un manque de confiance&#8230; Trop de cancans, des peurs, des r&#233;actions de d&#233;fense, &#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au fonctionnement du Balai, le bilan a mis en &#233;vidence la question du pouvoir, des mandats. Quelles sont les t&#226;ches des organisatrices du travail (instaur&#233;es lorsque le site est devenu plus &#233;tendu), du comit&#233; de gestion, du bureau, de l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale ? L'autogestion pose des questions de fond sur les relations entre l'individuel -&#171; Je suis libre et personne n'a rien &#224; me dire ! &#187;- et l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, la volont&#233; de survie du groupe, du maintien du revenu et du travail bien fait. Cela peut &#234;tre l'anarchie ou l'exercice d'un pouvoir qui est au service de tous et dont on doit rendre compte au groupe. Il n'est pas toujours ais&#233; d'exercer un mandat, cela s'apprend. Parfois le bureau a d&#251; prendre des responsabilit&#233;s, par ex. lorsqu'il fallait donner un avertissement ou m&#234;me, mais rarement, lors d'un licenciement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comit&#233; de gestion avait parfois peur d'assumer de telles d&#233;cisions. Le Balai a permis &#224; beaucoup de prendre des responsabilit&#233;s : de deux ans en deux ans, des &#233;quipes successives se sont relay&#233;es pour organiser le travail, trois nettoyeuses se sont form&#233;es &#224; la gestion administrative et comptable, d'autres ont pris en charge l'accueil des nouvelles, des journalistes, des &#233;tudiants&#8230; D'autres se sont engag&#233;es dans la d&#233;l&#233;gation syndicale &#8211; &#224; la fin nous &#233;tions pr&#232;s d'une centaine &#8211; dans le comit&#233; de s&#233;curit&#233; et d'hygi&#232;ne. Beaucoup ont appris &#224; s'exprimer en public, dans de petites &#233;quipes et dans l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale. Ce fut l'apprentissage de la confiance en soi, la d&#233;couverte de ses talents, l'exercice d'une autonomie partag&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Balai a permis d'am&#233;liorer les conditions de travail, le travail &#224; temps plein a toujours &#233;t&#233; privil&#233;gi&#233;, sans horaire d&#233;cal&#233;, avec des horaires de d&#233;part souples en fonction des moyens de transport et des n&#233;cessit&#233;s du travail. Les salaires des femmes ont augment&#233; par rapport &#224; la convention collective, les laveurs de vitres sont eux rest&#233;s au bar&#232;me l&#233;gal qui &#233;tait au d&#233;part plus &#233;lev&#233; que celui des nettoyeuses. Le salaire du personnel administratif &#233;tait identique &#224; celui des nettoyeuses. Les crit&#232;res d'embauche ont toujours &#233;t&#233; largement discut&#233;s : fallait-il donner priorit&#233; aux personnes qui vivaient des probl&#232;mes personnels ou suivre simplement la liste des inscriptions ? Parfois le c&#339;ur penchait vers l'entraide mais les r&#233;percussions sur le travail &#233;taient difficiles &#224; vivre. A certains moments, il fallait faire des remarques &#224; celles ou ceux qui abusaient&#8230; Que de discussions &#233;piques avec le syndicat !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aventure a dur&#233; plus de 12 ans et, en exigeant un appel d'offre public, l'Universit&#233; a mis fin &#224; l'exp&#233;rience. L'Universit&#233; avait divis&#233; le site en plusieurs secteurs. Les grandes entreprises priv&#233;es ont soumissionn&#233; tr&#232;s bas dans un secteur et nettement plus haut dans d'autres pour avoir une chance de mettre un pied dans l'endroit. Nous &#233;tions perdantes dans l'un ou l'autre secteur, mais si on regardait le prix de l'ensemble, nous &#233;tions les moins chers. Malheureusement, ce prix total n'avait pas &#233;t&#233; pr&#233;vu dans le cahier des charges. L'Universit&#233; a alors d&#233;cid&#233; de faire un deuxi&#232;me appel d'offres. Comme les firmes connaissaient nos prix, une a pr&#233;sent&#233; un prix extr&#234;mement bas et nous avons perdu notre chantier de travail. Une partie du personnel qui le souhaitait a &#233;t&#233; reprise par la nouvelle entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reste en admiration devant le d&#233;fi que ces travailleuses et ouvriers ont relev&#233;. Personne n'&#233;tait r&#233;ellement pr&#233;par&#233; &#224; une telle aventure. Je reste &#233;merveill&#233;e par la capacit&#233; de beaucoup &#224; prendre la parole dans des assembl&#233;es, par l'entraide qui a &#233;t&#233; apport&#233;e &#224; certaines qui vivaient de grandes difficult&#233;s familiales, par l'apprentissage &#224; la gestion que plusieurs ont acquis &#171; sur le tas &#187;. Bref, une multitude de possibilit&#233;s que j'ai d&#233;couvertes chez des personnes qui n'avaient pas fait beaucoup d'&#233;tudes, mais qui avaient un sens soit de l'organisation, de la justice, soit des qualit&#233;s de c&#339;ur et d'ouverture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tampon entre les exigences de l'Universit&#233; et les nettoyeuses, ma situation n'&#233;tait parfois pas facile non plus. Mais je le dis avec conviction, le Balai Lib&#233;r&#233; fut une aventure formidable, une &#339;uvre collective qui a marqu&#233; l'histoire du monde du travail.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le chirurgien est une femme : un combat quotidien (Annie B.)</title>
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		<dc:date>2021-10-03T07:44:00Z</dc:date>
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		<dc:subject>Femme, f&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>

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&lt;p&gt;Depuis l'&#226;ge de 15 ans (n&#233;e en 1942, c'&#233;tait donc en 1957), apr&#232;s une br&#232;ve h&#233;sitation, entre le barreau et la chirurgie, mon choix s'est port&#233; sur la chirurgie. Sauver des vies. Se trouver face &#224; face avec soi-m&#234;me et ses erreurs. Tout de suite. Sans possibilit&#233; de se d&#233;filer. Car le r&#233;sultat est l&#224;, concret, irr&#233;versible. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les sept ann&#233;es d'&#233;tudes de m&#233;decine touchent &#224; leur fin. Dernier obstacle : les examens. Celui de chirurgie se passe au mieux de mes esp&#233;rances. Je manifeste mes intentions de formation en (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot148" rel="tag"&gt;Femme, f&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot166" rel="tag"&gt;Travail&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L96xH150/arton1379-b56ab.jpg?1776944964' width='96' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis l'&#226;ge de 15 ans (n&#233;e en 1942, c'&#233;tait donc en 1957), apr&#232;s une br&#232;ve h&#233;sitation, entre le barreau et la chirurgie, mon choix s'est port&#233; sur la chirurgie. Sauver des vies. Se trouver face &#224; face avec soi-m&#234;me et ses erreurs. Tout de suite. Sans possibilit&#233; de se d&#233;filer. Car le r&#233;sultat est l&#224;, concret, irr&#233;versible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sept ann&#233;es d'&#233;tudes de m&#233;decine touchent &#224; leur fin. Dernier obstacle : les examens. Celui de chirurgie se passe au mieux de mes esp&#233;rances. Je manifeste mes intentions de formation en chirurgie. Et je suis accept&#233;e ! Je suis autoris&#233;e &#224; entamer les stages &#224; l'H&#244;pital acad&#233;mique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 1er ao&#251;t 1967, je patiente devant le bureau du Chef de service. Nous sommes plusieurs &#224; attendre notre affectation dans les diff&#233;rents secteurs de la chirurgie. J'ai de la chance. J'officierai dans une salle o&#249; sont rassembl&#233;s les cas compliqu&#233;s de chirurgie digestive. Sous la direction d'un chirurgien senior qui sera mon formateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a les formalit&#233;s administratives et les cruelles r&#233;alit&#233;s de la vie. Je suis &#171; b&#233;n&#233;vole &#187; de l'H&#244;pital universitaire. Mes prestations ne sont pas fix&#233;es mais elles impliquent un lien de subordination absolue &#224; la hi&#233;rarchie de l'Institution et de l'Universit&#233;. Je commence ma journ&#233;e &#224; 7 heures pour la terminer quand elle se terminera. Sans compter une garde r&#233;sidentielle de 24 heures par semaine, ainsi qu'une garde de week-end toutes les 3 semaines. Les conditions sont rudes mais quand on aime on ne compte pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux conditions financi&#232;res, il n'en est pas question. Le terme de &#171; b&#233;n&#233;vole &#187; implique que les services sont rendus gracieusement. De quoi vais-je vivre ? Aucune autonomie ne s'annonce &#224; l'horizon. Petit ballon d'oxyg&#232;ne en perspective : l'Union professionnelle des m&#233;decins offre chaque ann&#233;e une bourse &#224; des b&#233;n&#233;voles particuli&#232;rement m&#233;ritants. Une petite poire pour la soif de 7.000 francs belges (+/- 180 euros) par mois, non exempte d'imp&#244;ts. En outre, le &#171; b&#233;n&#233;vole &#187; doit veiller &#224; s'assurer contre la maladie, &#224; prendre une assurance professionnelle et assumer tout autre d&#233;pense li&#233;e &#224; son pseudo-contrat sui generi d'ind&#233;pendant. En clair cela signifie que, de ces &#233;moluments, il ne me reste quasi rien pour subvenir &#224; mes besoins minimaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un nouveau chapitre de ma vie commence&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s deux ans de ce r&#233;gime, je me vois contrainte, n'ayant aucune aide financi&#232;re de ma m&#232;re, de chercher &#224; modifier mon plan de stage. Apr&#232;s avoir pris conseils aupr&#232;s de chirurgiens seniors formateurs, je m'adressai alors &#224; un H&#244;pital reconnu pour les stages en Province.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contact avec le Chef de service se passa tr&#232;s bien. Les besoins du service me furent expos&#233;s. Les conditions de formation semblaient bonnes. De nombreuses interventions diversifi&#233;es. Un mentor s&#233;rieux aux qualit&#233;s p&#233;dagogiques indiscutables. Le salaire de base n'&#233;tait pas extraordinaire. Cependant le double de celui du &#171; b&#233;n&#233;vole &#187; avec la possibilit&#233; de l'am&#233;liorer lors des prestations de garde. L'accord est conclu. Mon plan de stage est modifi&#233;, accept&#233; par le Minist&#232;re. Je suis engag&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Bruxelles, les relations entre coll&#232;gues au sein de l'H&#244;pital acad&#233;mique avaient &#233;t&#233; excellentes. Du moins c'&#233;tait ainsi que je les avais per&#231;ues dans l'&#233;tat de b&#233;atitude dans lequel je me trouvais. Je me voyais confirm&#233;e dans mon id&#233;e &#8211; qui s'est av&#233;r&#233;e totalement fausse - qu'hommes et femmes &#233;taient trait&#233;s de fa&#231;on &#233;gale sur les lieux de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Province, la situation &#233;tait plus tendue bien que je n'en aie pas pris conscience d&#232;s le d&#233;but. Ma pr&#233;sence dans cet univers presque exclusivement masculin, faut-il le dire, &#233;tait une &#233;tranget&#233;. Bien s&#251;r, il y r&#233;gnait les infirmi&#232;res. Mais je n'appartenais pas &#224; leur monde, selon elles, et elles me le faisaient sentir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Chef de service me mit d&#232;s le lendemain de mon arriv&#233;e &#224; l'&#233;preuve. Aucun des op&#233;rateurs ne savait la veille quelle op&#233;ration il pratiquerait le lendemain. Le matin m&#234;me, le &#171; dictateur &#187; me d&#233;signa pour une chol&#233;cystectomie (ablation de la v&#233;sicule biliaire), en me chauffant psychologiquement par un peu aimable :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Et ne lambinez pas. Je vous donne 20 minutes de peau &#224; peau &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chol&#233;cystectomie &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme une intervention d&#233;licate. Un stagiaire ne l'effectuait en premier op&#233;rateur qu'au bout de sa troisi&#232;me ann&#233;e de stage en H&#244;pital acad&#233;mique. Mais le Chef de Province voulait montrer que sa formation &#233;tait plus dure qu'&#224; la capitale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'op&#233;ration n'&#233;tait pas facile. En outre, je devais op&#233;rer avec des gants de pointure 7 alors que mes mains &#233;taient beaucoup plus petites que celles des op&#233;rateurs du cru. &lt;i&gt;&#171; Pas de gants 6 pour Mademoiselle &#187; &lt;/i&gt; annon&#231;a l'infirmi&#232;re d&#233;sol&#233;e. Au bout d'un temps qui me parut court, alors que je refermais la peau, intervention termin&#233;e, je sentis un souffle bruyant sur ma nuque, recouverte de la cagoule op&#233;ratoire st&#233;rile. Une voix me cracha d'un ton exc&#233;d&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Alors, cela avance ? Vous avez encore 5 minutes pour enlever cette v&#233;sicule &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et moi de r&#233;pondre :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Je suis &#224; la fermeture de la peau. La v&#233;sicule est dans le bassin r&#233;niforme &#187; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caporal en chef quitta la sc&#232;ne op&#233;ratoire sans un mot. Je pensais que j'avais gagn&#233; ma place au soleil de la Province. Je me trompais lourdement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Femme et chirurgien&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois mois de stage s'&#233;taient d&#233;roul&#233;s. Si le caporal chef surveillait &#233;troitement mon &#233;volution chirurgicale, ce qui &#233;tait son r&#244;le en sa qualit&#233; de Ma&#238;tre de stage, il voulait &#233;galement contr&#244;ler ma vie personnelle. C'est ainsi que je fus convoqu&#233;e dans son bureau afin de recevoir des mises en garde &#224; propos de certains confr&#232;res, que je devais &#233;viter de fr&#233;quenter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;coutai poliment mais avec &#233;tonnement. De sorte que le Ma&#238;tre conclut, voyant mon embarras :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ecoutez, je vous avertis car je veux &#234;tre comme un p&#232;re pour vous. &#187;&lt;/i&gt;'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais 27 ans. Franchement, ses remarques et avertissements ne me convenaient aucunement. Je r&#233;torquai bien imprudemment :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Vous savez, Monsieur, je suis majeure et vaccin&#233;e. Quant &#224; mon p&#232;re, il est mort quand j'avais 18 ans. J'en ai &#233;t&#233; tr&#232;s contente. Et je n'ai pas besoin d'un p&#232;re de substitution ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mois passaient. Consid&#233;rant que j'&#233;tais le seul chirurgien c&#233;libataire, j'&#233;tais &#171; favoris&#233;e &#187; pour les prestations de garde. Le r&#244;le de garde &#233;tait fix&#233;, une fois pour toute, et de mani&#232;re incontestable. A la sovi&#233;tique ! Parmi les autres pions du service, un seul &#233;tait comme moi c&#233;libataire. Mais il b&#233;n&#233;ficiait d'un r&#233;gime plus l&#233;ger parce qu'il jouait le r&#244;le de senior, grade juste en dessous de celui d'Adjoint. Les autres vivaient une vie familiale avec femme et enfants. Il semblait logique que la derni&#232;re arriv&#233;e, femme et c&#233;libataire de surcro&#238;t, adopte un comportement flexible qui consistait &#224; remplacer, le plus souvent au pied lev&#233;, ses partenaires d&#233;faillants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'acquittais de bonne gr&#226;ce de ces remplacements. Ma motivation &#233;tait professionnelle. Plus j'aurais l'occasion de prendre en charge des cas lourds et de les op&#233;rer en premi&#232;re main, plus vite je ma&#238;triserais les gestes chirurgicaux essentiels. Le r&#233;sultat de cette fr&#233;n&#233;sie d'activit&#233;s fut double. Je n'avais quasi plus de vie priv&#233;e, et d'autre part le Chef de service de m&#233;decine interne lorgnait avec int&#233;r&#234;t cet assistant taillable et corv&#233;able &#224; merci. J'eus une proposition d'assurer occasionnellement des gardes pour la m&#233;decine interne. Cette &#171; proposition &#187; n'&#233;tait pas n&#233;gociable. J'assumai donc contre r&#233;mun&#233;rations suppl&#233;mentaires ce double service. Tout le monde &#233;tait satisfait. Moi, j'&#233;tais ext&#233;nu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un &#233;v&#233;nement allait pr&#233;cipiter mon destin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors d'une semaine d'attribution de tour de salle, je fus bip&#233;e en urgence en m&#233;decine interne pour rendre un avis chirurgical &#224; propos d'un cas m&#233;dical. L'infirmi&#232;re me pr&#233;senta le dossier d'admission de garde et m'indiqua la chambre o&#249; se trouvait la malade. Apr&#232;s une br&#232;ve lecture des &#233;l&#233;ments du dossier, j'entrai dans la chambre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me trouvai devant un ar&#233;opage m&#233;dico-chirurgical du plus haut niveau : chefs de service, adjoint et assistant senior, accompagn&#233;s du Corps infirmier de la Direction. Echou&#233;e dans son lit, une malade, manifestement dans le coma, une mousse ros&#233;e aux coins des l&#232;vres, la respiration stertoreuse, un abdomen volumineux d&#233;formant le drap d'une blancheur immacul&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Adjoint principal, charg&#233; de la formation des stagiaires, me questionne d'un ton moqueur :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Alors, Mademoiselle, qu'en pensez-vous ? &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais d&#233;j&#224; ma petite id&#233;e au vu de la situation clinique. Je m'enquis de diff&#233;rents &#233;l&#233;ments susceptibles d'&#233;tayer mon hypoth&#232;se diagnostic :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Quelle est sa tension ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 21/10 &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Quel &#226;ge a-t-elle ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; 35 ans &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je l'examinai. A la palpation de son abdomen je trouvai une masse, ferme, arrondie. Je r&#233;clamai un doigtier gyn&#233;cologique. Au fond du vagin, je butai contre t&#234;te d'un f&#339;tus arriv&#233; &#224; terme. Le col &#233;tait dilat&#233; &#224; pleine paume. Je d&#233;clarai tout de go :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Monsieur, ce que j'en pense, c'est qu'il s'agit d'une crise d'&#233;clampsie chez une parturiente &#226;g&#233;e. Si elle n'est pas transf&#233;r&#233;e rapidement en maternit&#233; pour une c&#233;sarienne, elle accouchera d'un b&#233;b&#233; mort. Voil&#224; mon diagnostic et le traitement que je pr&#233;conise. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'enlevai le doigtier gyn&#233;cologique. Je regardai l'assembl&#233;e. C'&#233;tait comme dans un film, lorsqu'il y a pause sur image. Ils &#233;taient tous l&#224; au pied du lit, le regard fixe, rempli de stupeur. Enfin le Chef de service de m&#233;decine interne me remercia et me signifia que je pouvais quitter la chambre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'appris quelque 48 heures plus tard que cette patiente avait &#233;t&#233; admise aux urgences au cours de la nuit pr&#233;c&#233;dant ma visite. L'assistant senior de chirurgie, &#224; qui un avis avait &#233;t&#233; demand&#233;, avait &#233;mis le diagnostic de pancr&#233;atite aigu&#235;. Des examens de laboratoire avaient &#233;t&#233; pratiqu&#233;s sans pour autant que la parturiente n'e&#251;t &#233;t&#233; examin&#233;e. Mon brillant diagnostic a pr&#233;cipit&#233; ma chute. L'assistant senior responsable se sentit humili&#233; et m'en voulut &#224; mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'appris plus de vingt ans apr&#232;s cette sc&#232;ne que les membres de l'Equipe chirurgicale m'en avaient fait voir de toutes les couleurs estimant que de toute fa&#231;on, j'&#233;tais une femme, que par cons&#233;quent j'abandonnerais la chirurgie pour me tourner vers une carri&#232;re de m&#232;re de famille soumise &#224; mon mari et Ma&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dure, dure la vie de chirurgien&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etre disponible, en forme, physiquement et moralement. Qualit&#233;s essentielles une bonne sant&#233;, la r&#233;sistance au stress, le sens des responsabilit&#233;s, l'autocritique. Sans oublier les comp&#233;tences manuelles et les capacit&#233;s intellectuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jour apr&#232;s jour, il me fallait prouver que j'&#233;tais capable d'exercer un m&#233;tier masculin. Jour apr&#232;s jour, je devais en faire plus que mes confr&#232;res masculins. En outre, j'&#233;tais mise sous haute surveillance. Aucune erreur n'aurait &#233;t&#233; tol&#233;r&#233;e. Normal, c'est la sant&#233; des patients qui est en jeu au bout du bistouri. J'&#233;tais scrut&#233;e, jug&#233;e, &#233;valu&#233;e par tous et toutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ao&#251;t 1973, mes efforts aboutirent enfin. Mon dossier introduit &#224; la Commission d'agr&#233;ment de chirurgie au Minist&#232;re est accept&#233;. Je suis sp&#233;cialiste en chirurgie. Cependant mon combat au quotidien pour me faire accepter allait continuer jusqu'&#224; la retraite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant plus de vingt ans, malgr&#233; l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233;, mon arriv&#233;e, dans les c&#233;nacles du pouvoir, a continu&#233;, vu l'absence d'autres femmes, &#224; provoquer l'&#233;tonnement voire le rejet. J'aurais pu &#234;tre une infirmi&#232;re, une secr&#233;taire, mais pas un chirurgien. Quelle audace, quelle impudence ! Souvent la parole n'est pas accord&#233;e, ou coup&#233;e, donc d&#233;ni&#233;e. Que quelqu'un parti de rien puisse rejoindre le club ferm&#233; des d&#233;cideurs, cela d&#233;passait leur entendement. Un coup de poignard dans leur ego, surtout pour des personnalit&#233;s narcissiques. Malgr&#233; tous les obstacles, parfois violents, j'ai r&#233;alis&#233; mon objectif, exercer le m&#233;tier le plus passionnant qui soit : celui de chirurgien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Moi, Paco, 34 ans, S&#233;n&#233;galais</title>
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		<dc:date>2021-10-03T07:41:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Ecole, &#233;tudes</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration subsaharienne et descendants</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Nous sommes au milieu des ann&#233;es 80. Les ind&#233;pendances sont fra&#238;chement acquises. Les &#233;tudiants de l'unique universit&#233; du S&#233;n&#233;gal endossent d&#233;j&#224; cette r&#233;putation de fain&#233;ants et d'assist&#233;s, sujets aux manipulations politiques. Chaque ann&#233;e, on compte par centaines le nombre de jeunes dipl&#244;m&#233;s qui viennent allonger la liste des ch&#244;meurs. &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;j&#224; tout petit, j'entendais dans mon entourage les gens dire que &#171; la chance valait mieux qu'une licence &#187;. N&#233;anmoins, l'&#233;cole fran&#231;aise avait fini de s&#233;duire l'&#233;crasante (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L96xH150/arton1378-b937e.jpg?1776944455' width='96' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous sommes au milieu des ann&#233;es 80. Les ind&#233;pendances sont fra&#238;chement acquises. Les &#233;tudiants de l'unique universit&#233; du S&#233;n&#233;gal endossent d&#233;j&#224; cette r&#233;putation de fain&#233;ants et d'assist&#233;s, sujets aux manipulations politiques. Chaque ann&#233;e, on compte par centaines le nombre de jeunes dipl&#244;m&#233;s qui viennent allonger la liste des ch&#244;meurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; tout petit, j'entendais dans mon entourage les gens dire que &#171; la chance valait mieux qu'une licence &#187;. N&#233;anmoins, l'&#233;cole fran&#231;aise avait fini de s&#233;duire l'&#233;crasante majorit&#233; de la population. Il faut admettre qu'un premier chef d'Etat, po&#232;te, y a fortement contribu&#233;. Mais certains cercles, encore tr&#232;s ferm&#233;s, comme celui de ma famille, &#233;taient toujours retranch&#233;s dans leurs id&#233;es conservatrices et voyaient en l'&#233;cole fran&#231;aise une &#233;ni&#232;me ruse de l'homme blanc pour nous imposer sa vision du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette &#233;poque, les rares enfants de ma famille qui ont &#233;chapp&#233; &#224; l'&#233;cole coranique au profit de l'&#233;cole fran&#231;aise, sont ressortis &#224; peine six ans plus tard. Selon nos parents, savoir lire et &#233;crire &#233;tait largement suffisant pour aider les siens dans les d&#233;marches administratives. S'aventurer au-del&#224; des six ans, aurait &#233;t&#233; pour eux s'exposer &#224; l'acculturation. Voil&#224; un &#233;chantillon de la vision r&#233;ductrice qu'avait ma famille de l'&#233;cole fran&#231;aise ; voil&#224; l'environnent dans lequel, moi, fils de commer&#231;ant, et petit-fils de commer&#231;ant, j'ai baign&#233; en fr&#233;quentant cette &#233;cole. Mais au lieu des six ans, j'y suis rest&#233; quinze ans ! Un rescap&#233;, c'est la mani&#232;re dont je me d&#233;finissais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1999, j'obtiens mon bac. Entre-temps, les m&#339;urs ont &#233;volu&#233; et le monde se pr&#233;sente sous d'autres formes. Ceux qui voulaient que j'arr&#234;te les &#233;tudes sont devenus, au fil du temps, mes plus fervents souteneurs. M'ayant tr&#232;s t&#244;t d&#233;couvert un go&#251;t prononc&#233; pour les lettres, j'ai voulu m'inscrire &#224; la Facult&#233; de Droit mais mon p&#232;re mit son veto. Je me rabattis alors sur mon second choix, la m&#233;decine. Un choix (un peu par d&#233;faut) qui enchantait tout le monde. On croyait avoir trouv&#233; alors un beau compromis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout de deux ans, cependant, je jette l'&#233;ponge ! J'en ai marre de l'anatomie, la biologie etc. J'ai l'impression de m'asphyxier jour apr&#232;s jour. Il n'y a rien &#224; faire, c'est un mariage forc&#233; et, malgr&#233; ma bonne volont&#233;, l'alchimie ne prend pas. Ironie du sort, beaucoup m'en veulent d'avoir arr&#234;t&#233; en si bon chemin ! Mais je reprends les r&#234;nes de ma vie et je me sens immunis&#233; contre les critiques qui fusent de partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abandonner l'universit&#233;, c'est une chose, se r&#233;orienter en est une autre ! On me harc&#232;le d'interrogations&#8230; Depuis un moment, une id&#233;e commence &#224; germer dans ma t&#234;te : monter un PME de distribution de mat&#233;riel informatique. En d'autres termes, faire du commerce ! La nouvelle provoque un toll&#233; et c'est sans doute l'un des moments les plus difficiles que j'aie connu. On a beau avoir une armure solide, elle ne prot&#232;ge pas contre la solitude ni l'incompr&#233;hension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un an plus tard, apr&#232;s avoir essay&#233; beaucoup de petits boulots, je lance mon projet avec un ami. On conna&#238;t des d&#233;buts difficiles mais, apr&#232;s deux ann&#233;es de vaches maigres, les fruits de nos investissements commencent &#224; arriver. S'ensuivent huit ann&#233;es f&#233;condes avec une certaine reconnaissance sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2010. Les affaires tournent au ralenti, la crise mondiale, qui a mis &#224; genoux beaucoup d'&#233;conomies, n'a pas &#233;pargn&#233; mes affaires. Et, lorsque le chef de l'Etat veut faire fi de l'opinion populaire et briguer un troisi&#232;me mandat ill&#233;gitime, le climat social se d&#233;grade nettement. Comme disait Norbert Zongo : &#034;Quand l'essentiel est en danger, s'opposer devient un devoir &#187;. Comme tout bon citoyen, je descends dans la rue pour apporter ma pierre &#224; l'&#233;difice d'un rempart contre les d&#233;rives d'un octog&#233;naire qui, jusque-l&#224;, avait pourtant bien servi son pays. Mais le pouvoir rend fou et celui qui fut jadis un opposant farouche du totalitarisme est devenu un homme m&#233;connaissable, avide de pouvoir. Toute cette effervescence a r&#233;veill&#233; en moi l'envie d'aller voir ailleurs. Un mois avant les &#233;lections, je quitte mon pays, au bord du gouffre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je d&#233;barque en Belgique le 18 janvier 2012, un jour avant mon anniversaire. Je sais que parfois le hasard peut enfiler des habits qui ne sont pas les siens, mais une partie de moi veut croire que tout ceci est un nouveau d&#233;part. Un nouveau d&#233;part avec son lot d'espoir et d'incertitude&#8230; J'arrive dans un pays dont j'ignore les us et coutumes. Mais &#224; priori, ici aussi, il y a un cort&#232;ge de dissensions : un petit pays, trois communaut&#233;s, une fronti&#232;re linguistique, des Flamands s&#233;paratistes et des Wallons rattachistes. Entre le Sud et le Nord, c'est comme qui dirait &#171; Je t'aime, moi non plus &#187;. Cette vision, sans &#234;tre fausse, n'est que l'arbre qui cache la for&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, j'ai 34 ans et je suis en formation au FIJ afin de devenir technicien PC, support r&#233;seaux. Une nouvelle fois, je me retrouve dans une salle de classe avec des chaises dures, des tables uniformes, des murs nus et impersonnels&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Est-ce un recommencement ? Est-ce une seconde chance ? Ou est-ce simplement une suite lin&#233;aire dans la vie d'un gar&#231;on &#233;pris de libert&#233; d'un c&#244;t&#233; et passionn&#233; de l'autre ? J'avoue que je reste vague dans mes propres r&#233;ponses&#8230; Quand j'&#233;tais petit, contrairement &#224; beaucoup d'enfants, j'ignorais vraiment le m&#233;tier que je voulais faire plus tard. Par contre, je savais ce que je ne voulais pas faire. Quelque part, j'ai toujours pens&#233; que gagner ma vie en rendant service m'aurait pleinement satisfait. Aujourd'hui, j'apprends un m&#233;tier qui, je l'esp&#232;re, me permettra de concr&#233;tiser cette aspiration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout plaquer, quitter son chez-soi pour une destination loin d'&#234;tre &#233;vidente n'a pas &#233;t&#233; une chose ais&#233;e. Mais peut &#234;tre que grandir, c'est faire le tri dans ses r&#234;ves ? Lorsque je consulte mon r&#233;troviseur, je ne vois pas l'itin&#233;raire d'un vainqueur mais plut&#244;t le parcours d'un combattant. J'ai renonc&#233; &#224; certaines de mes ambitions et en ai mis en veille d'autres. Mais malgr&#233; un parcours irr&#233;gulier, cette envie de gagner ma vie en rendant service n'a jamais cess&#233; de br&#251;ler en moi. Le temps et les exp&#233;riences v&#233;cues m'ont permis de comprendre que r&#233;ussir sa vie, ce n'est pas forcement r&#233;ussir dans la vie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seize mois se sont &#233;coul&#233;s depuis mon arriv&#233;e en Belgique. Ce petit pays, capitale de l'Europe, au peuple &#171; melting-pot &#187;, dot&#233; de merveilles historiques, artistiques, architecturales et naturelles, m'a d&#233;j&#224; beaucoup donn&#233;. J'ai appris &#224; l'aimer sans avoir fini de le conna&#238;tre, parce que, dans mon d&#233;sert d'incertitudes, la Belgique a &#233;t&#233; mon oasis.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Mon premier emploi au Congo (Christian C.)</title>
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		<dc:subject>Colonisation</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>
		<dc:subject>Expatriation</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Un emploi dans l'hydro&#233;lectricit&#233; pendant la s&#233;cession katangaise &lt;br class='autobr' /&gt;
1958, exposition universelle de Bruxelles, dans le pavillon du Congo, j'admire la maquette du projet de la centrale hydro &#233;lectrique d'Inga dont certains r&#234;vaient d'en transporter l'&#233;nergie jusqu'au Caire et m&#234;me jusqu'en Europe via l'Espagne. &lt;br class='autobr' /&gt;
15 ao&#251;t 1962, dipl&#244;me d'ing&#233;nieur technicien en poche, je monte, avec un coll&#232;gue, dans un vol Sabena pour le Congo : Rome, Entebbe, N'Dola, la Rhod&#233;sie du Nord&#8230; Du hublot je d&#233;couvre cette Afrique qui (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L96xH150/arton1377-a7143.jpg?1776854100' width='96' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un emploi dans l'hydro&#233;lectricit&#233; pendant la s&#233;cession katangaise&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;1958, exposition universelle de Bruxelles, dans le pavillon du Congo, j'admire la maquette du projet de la centrale hydro &#233;lectrique d'Inga dont certains r&#234;vaient d'en transporter l'&#233;nergie jusqu'au Caire et m&#234;me jusqu'en Europe via l'Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 ao&#251;t 1962, dipl&#244;me d'ing&#233;nieur technicien en poche, je monte, avec un coll&#232;gue, dans un vol Sabena pour le Congo : Rome, Entebbe, N'Dola, la Rhod&#233;sie du Nord&#8230; Du hublot je d&#233;couvre cette Afrique qui m'a tant fait r&#234;ver : huttes, sentiers rouges, savane s&#232;che, liser&#233;s verts le long des rivi&#232;res&#8230; Nous gagnons Elisabethville en bus, le trajet est ralenti par les barrages de l'ONU. La s&#233;cession katangaise, proclam&#233;e par Mo&#239;se Tshomb&#233; le 11 juillet 1960, oblige. Pris imm&#233;diatement en charge, nous passons quelques jours dans la centrale de Mwadingusha, cr&#233;&#233;e en 1929, sur la Lufira, affluent du Congo. Mon coll&#232;gue y restera et je serai d&#233;sign&#233; pour la centrale de Delcommune, pr&#232;s de Kolwezi, sur l'affluent principal, le Lualaba.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ba,be,bi,bo,bu de la technique&#8230; jusqu'&#224; pr&#233;sent elle &#233;tait en deux dimensions, la voil&#224; en 3D&#8230; Le bruit et les vibrations au d&#233;marrage d'une turbine, les prises de parall&#232;les&#8230; un singe &#233;lectrocut&#233; dans les cellules de 6 kilovolts des services auxiliaires, un serpent qui s'engage entre deux phases&#8230;le voil&#224; cuit&#8230; ou encore un hippopotame qui se dresse sur la route du barrage&#8230; Mais outre la faune et la flore, il faut se faire au genre humain : une dizaine de Belges et leurs familles &#8211; ing&#233;nieurs, contrema&#238;tres, chef de cit&#233; auxiliaire m&#233;dical, &#233;lectriciens, m&#233;caniciens &#8211; et une centaine de Katangais. Les premiers vivent au centre urbain sur la colline dominant le lac de N'Zilo, les seconds dans la cit&#233; plus proche des rives. Tennis, piscine, jeu de quilles ou de boules, cercle avec films de Belmondo ou Fernandel, les mercredis et samedis soir, parties de poker, cocktails, mazout, p&#233;trole, bi&#232;re Simba ou Tembo&#8230; le tout &#171; r&#233;serv&#233; aux Blancs &#187; et&#8230; d'un mortel ennui. Il y a aussi les invitations du petit nouveau o&#249; les anciens, sourire en coin, font mettre la double dose de piments dans la moambe ou la calderade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une grande villa m'est attribu&#233;e. Patrice la g&#232;re, y fait le jardin, la cuisine. Une pr&#233;pos&#233;e belge coordonne les achats et les frais engag&#233;s. Deux fois par semaine, les jours du courrier, une camionnette descend faire les courses &#224; Kolwezi. On attend avec impatience les nouvelles de Belgique, parfois un colis. Ces missives sont le soutien moral des parents et des amis&#8230; il fallait plusieurs semaines pour recevoir une r&#233;ponse &#224; ses questions !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque dimanche, &#224; 10 h, la messe est c&#233;l&#233;br&#233;e par un p&#232;re franciscain. La chapelle de style n&#233;o-roman, en grosses pierres, est situ&#233;e &#224; mi-chemin entre le centre et la cit&#233;, vrai trait d'union entre deux mondes, mais j'y suis souvent le seul Blanc&#8230; Les chants des enfants r&#233;veillent en moi, aujourd'hui encore, d'heureux sentiments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Francq, chef de centrale, est charg&#233; de ma formation. Lors des troubles de l'Ind&#233;pendance, les plans de la centrale ont &#233;t&#233; perdus. Me voil&#224; passant d'un &#233;tage &#224; l'autre, parfois rampant, suivant un &#224; un les circuits d'huile, d'eau de refroidissement, d'air comprim&#233;. Je me familiarise avec les relais, les fileries des circuits de commande et de signalisation. Apr&#232;s quelques jours, je parviens &#224; distinguer un transformateur de courant, de puissance ou de tension. Dans le gr&#233;sillement et les &#233;tincelles, j'apprends, gant&#233; de caoutchouc et muni d'une perche, &#224; fermer ou ouvrir un sectionneur de moyenne tension ou de 115 KV. Les sch&#233;mas &#233;lectriques sont reconstitu&#233;s et simplifi&#233;s pour en faire des sch&#233;mas de principe. Ils me seront fort utiles lors des d&#233;pannages.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les menaces de guerre, suite &#224; la s&#233;cession katangaise, obligent &#224; modifier certains circuits de mani&#232;re &#224; emp&#234;cher le d&#233;marrage des turbines si elles tombaient aux mains de l'ennemi. Toute la s&#233;quence de d&#233;marrage doit se d&#233;rouler correctement mais, au moment d'entrer en service, la machine doit se mettre &#224; l'arr&#234;t. J'y arrive si bien qu'un jour je d&#233;clenche le groupe voisin qui fonctionnait : rugissement de la turbine qui monte en survitesse et fermeture de la vanne qui doit interrompre le passage de 40 m3 d'eau par seconde&#8230; Erreur de jeunesse qui me sera pardonn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La centrale est r&#233;cente, elle date de 1954, mais il faut d&#233;j&#224; repeindre l'int&#233;rieur des conduites forc&#233;es. Op&#233;rations pr&#233;liminaires : arr&#234;t complet de la centrale, pose des batardeaux, vidange du tunnel de 2 km et des conduites forc&#233;es. Le sablage sous pression permet de mettre le m&#233;tal &#224; nu afin d'assurer un bon accrochage du nouvel enduit bitumineux. Mais il y a un hic, c'est la saison des pluies. A peine le sable projet&#233; par air comprim&#233; a-t-il enlev&#233; la peinture qu'un l&#233;ger film couleur rouille appara&#238;t sur la t&#244;le&#8230; L'obstination est la principale qualit&#233; pour trouver des solutions. Jean Francq assure l'&#233;quipe de jour, moi celle de nuit. Le matin nous confrontons nos exp&#233;riences et nous d&#233;cidons d'assurer de meilleures purges de l'air &#224; la sortie des compresseurs&#8230; en vain. Le sable de la carri&#232;re voisine serait-il trop humide ? De grands bacs m&#233;talliques sur pied, un feu de bois d'enfer par dessous&#8230; un nombreux personnel pour remuer le sable avec de longs r&#226;teaux. La recette est affin&#233;e et le succ&#232;s assur&#233;. L'acier retrouve sa couleur gris m&#233;tal et les derni&#232;res heures de la nuit laissent la place aux peintres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Trois mois de cette &#233;cole m'ont appris plus que quatre ann&#233;es d'&#233;tudes ! En prise directe avec les probl&#232;mes, l'imagination est sans limites pour trouver d'heureuses issues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une petite note d'humour...historique : une conf&#233;rence d'&#233;tat major se d&#233;roule au cercle. J'y fais connaissance de Mo&#239;se Tshomb&#233;, Pr&#233;sident du Katanga. Il s'enquiert aupr&#232;s de M . Liekens, directeur, du bon fonctionnement des centrales. &#171; Oh, dit M. Liekens, la centrale de Delcommune est &#224; l'arr&#234;t pour travaux d'entretien. Mais ne vous en faites pas, la centrale Le Marinel tourne volle gaz ! &#187; &#171; Ah bon, r&#233;pond le Pr&#233;sident, vous ne tournez plus &#224; l'eau ? &#187;. Cette boutade fera le tour du Katanga.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin 1962, je suis envoy&#233; faire un remplacement au dispatching de Shituru &#224; Jadotville, centre d'interconnexion des r&#233;seaux de 110 et 220 kilovolts. Ce centre surveille les r&#233;seaux 24 h sur 24. Le travail est organis&#233; en trois pauses de 8 heures. Je loge &#224; 3 kms, dans la maison de passage. Je n'ai pas de voiture. J'ach&#232;te le v&#233;lo du fils d'un coll&#232;gue. Je me fais vite rep&#233;rer, je suis le seul Blanc &#224; me rendre au travail, &#224; bicyclette ! Longue mont&#233;e &#224; l'aller, descente douce au retour. La nuit, le passage de 3 &#224; 5 heures du matin est le plus p&#233;nible. Parfois je lime et polis une statuette en cuivre pour maintenir mon esprit en &#233;veil. No&#235;l approche et la reconqu&#234;te du Katanga est d&#233;cid&#233;e au Conseil de s&#233;curit&#233; de l'ONU. Mo&#239;se Tshomb&#233;, Pr&#233;sident du Katanga, harangue ses troupes mais la panique est plus forte et les gendarmes katangais fuient vers Kolwezi. Pour retarder la progression des casques bleus de l'ONU, les mercenaires europ&#233;ens et sud-africains &#8211; surnomm&#233;s &#171; les affreux &#187; par la population belge &#8211; voulaient imposer la politique de la terre br&#251;l&#233;e et faire sauter les barrages de Kolwezi mais le Pr&#233;sident katangais s'y opposera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nuit, toutes les alarmes s'activent : sonneries, klaxons, feux clignotants. Avec mon adjoint africain, nous gardons un calme tout relatif. Des lignes de 110 Kv. d&#233;clenchent, il faut effacer les alarmes en identifiant les d&#233;fauts apparus, remettre en concordance les boutons &#171; tourner-pousser &#187;. M. Van Cauwenberghe, directeur de Sogelec-Sogefor m'appelle d'Elisabethville : &#171; La ville est sans courant. Refermez les disjoncteurs qui ont d&#233;clench&#233; &#187;. Vaine tentative, les protections &#233;lectriques ayant fonctionn&#233; une premi&#232;re fois emp&#234;chent le r&#233;tablissement de la situation. Des &#171; affreux &#187; ont fait sauter des pyl&#244;nes d'angle provoquant &#171; le jeu de quilles &#187; des pyl&#244;nes interm&#233;diaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux jours plus tard, Jean Francq m'apprend que le barrage de Delcommune a &#233;t&#233; min&#233; et la centrale mise &#224; l'arr&#234;t. C'est au tour de Jadotville d'&#234;tre sans courant. A Shituru, un groupe de mercenaires p&#233;n&#232;tre au dispatching et nous donne l'ordre de saboter les installations. Je ne suis pas seul, M. de Rosenbaum, directeur, sa femme et M. Devos logent sur place. Avec mon adjoint africain et M. Devos, munis de cl&#233;s et de tournevis, nous d&#233;montons les pi&#232;ces de commande des disjoncteurs. Et tout &#224; coup, des bruits d'explosion. &#171; Couchez-vous ! &#187; Mon sens de commandement de chef scout refait surface&#8230; Des d&#233;bris retombent sur les toitures en t&#244;les ondul&#233;es. Au retour &#224; la salle de commande, les &#171; affreux &#187; raflent ma provision de chocolat C&#244;te d'Or&#8230; Les jours suivants sont sans &#233;lectricit&#233;, les usines et les ateliers pratiquement &#224; l'arr&#234;t. Les vieux &#171; diesel &#187; de secours seront remis en service et un strict rationnement permettra quelques heures de courant quartier par quartier. Mes parents seront rassur&#233;s sur ma sant&#233; par le correspondant italien d'un radioamateur. Le 3 janvier 1963, les casques bleus occupent Jadotville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je profite de quelques jours de r&#233;cup&#233;ration pour aller &#224; Elisabethville. Les ponts sur la Lufira ont saut&#233;. Des &#171; touques &#187;, f&#251;ts d'huile vides de 200 litres, reli&#233;es par des c&#226;bles servent de support &#224; un plancher grossier. Des Gurkhas indiens lancent un pont Bailey, pont m&#233;tallique pr&#233;fabriqu&#233;, pour r&#233;tablir le trafic routier. Les c&#226;bles &#233;lectriques des pyl&#244;nes de la ligne haute tension gisent sur plusieurs kilom&#232;tres&#8230; Des &#233;quipes de secours sont au travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses familles belges vivent &#224; Jadotville. Elles apprennent que j'ai fait du scoutisme. Me voil&#224; engag&#233; &#224; participer avec des jeunes chefs katangais &#224; un week-end de formation. Leur foi m'impressionne et les partages d'exp&#233;rience sont fructueux. Tr&#232;s vite je suis nomm&#233; chef de la troupe blanche. Un comit&#233; de parents demande que je reste &#224; Jadotville. Mais ma mission de remplacement est achev&#233;e et je retourne &#224; Delcommune o&#249; d'autres d&#233;fis m'attendent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on a un savoir-faire, il faut le faire savoir et donc former les Africains. Je donne de petits cours d'&#233;lectricit&#233; et de m&#233;canique. Les op&#233;rateurs ont de longues heures de veille pour apprendre. Cette initiative n'est pas toujours pris&#233;e par la hi&#233;rarchie&#8230; Heureusement Bruxelles me soutiendra dans ma d&#233;marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quarante mois de prise directe avec la r&#233;alit&#233; concr&#232;te m'ont form&#233; pour r&#233;soudre les questions hydro&#233;lectriques les plus complexes. Ma carri&#232;re s'arr&#234;tera en 2002. Les plus belles ann&#233;es &#233;taient encore &#224; venir : Colombie, Equateur, Mali, Nig&#233;ria, Br&#233;sil&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'amiti&#233; sans fronti&#232;res a d&#233;fi&#233; le temps. Une ou deux fois par an, j'ai encore un contact t&#233;l&#233;phonique avec Edouard Kaniki, secr&#233;taire de la centrale et adjoint au chef de la cit&#233;. Il est p&#232;re de 14 enfants et vit &#224; Kananga au Kasa&#239;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La maison TOBIE (Fran&#231;oise T.)</title>
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		<dc:date>2021-10-03T07:30:00Z</dc:date>
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		<dc:subject>Technologie (&#233;volution)</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>

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&lt;p&gt;Mon m&#233;tier d'institutrice n'a pas &#233;t&#233; le seul m&#233;tier de ma vie. J'y ai consacr&#233; cinq ann&#233;es, jusqu'en juillet 1963. Mon mari et moi venons de nous marier. Je comprends vite que mon mari est fait pour &#234;tre ind&#233;pendant car il est tr&#232;s personnel, n'aime pas l'autorit&#233; et poss&#232;de beaucoup de qualit&#233;s d'endurance. En f&#233;vrier 1964, apr&#232;s la naissance de notre premier fils, Pierre, nous d&#233;cidons de nous &#171; jeter &#224; l'eau &#187; : j'arr&#234;te l'&#233;cole &#8211; lui quitte son patron chez qui il est d&#233;panneur TV et nous ouvrons notre (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique154" rel="directory"&gt;Au travail !&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot165" rel="tag"&gt;Technologie (&#233;volution)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot166" rel="tag"&gt;Travail&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L96xH150/arton1376-d99e3.jpg?1776943959' width='96' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mon m&#233;tier d'institutrice n'a pas &#233;t&#233; le seul m&#233;tier de ma vie. J'y ai consacr&#233; cinq ann&#233;es, jusqu'en juillet 1963. Mon mari et moi venons de nous marier. Je comprends vite que mon mari est fait pour &#234;tre ind&#233;pendant car il est tr&#232;s personnel, n'aime pas l'autorit&#233; et poss&#232;de beaucoup de qualit&#233;s d'endurance.&lt;br class='autobr' /&gt;
En f&#233;vrier 1964, apr&#232;s la naissance de notre premier fils, Pierre, nous d&#233;cidons de nous &#171; jeter &#224; l'eau &#187; : j'arr&#234;te l'&#233;cole &#8211; lui quitte son patron chez qui il est d&#233;panneur TV et nous ouvrons notre magasin situ&#233; au 96 b, Chauss&#233;e de Tervueren &#224; Auderghem, pr&#232;s du Rouge Clo&#238;tre, quartier &#171; Sainte Anne &#187;. Nous sommes le premier distributeur TV de la commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre premi&#232;re TV, de marque &#171; Siera &#187; noir et blanc, est mise en vitrine : c'est la seule que nous ayons en stock et elle appartient &#224; mon mari.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis tellement &#233;mue lors de la premi&#232;re vente &#8230; que je fais la d&#233;monstration sans brancher l'antenne ! Devant toute cette neige sur l'&#233;cran, le client me demande : &#171; Ne faut-il pas brancher une antenne ? &#187; Nous rions &#8230; et la vente se fait. Ou plut&#244;t, elle se fera deux jours plus tard, le temps d'aller acheter la TV neuve chez Philips !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes parents nous pr&#234;tent alors 200.000 francs belges pour la location du magasin, l'achat d'une 2 CV Citro&#235;n camionnette et deux TV neuves. Philips nous fait d'embl&#233;e confiance en nous &#171; pr&#234;tant &#187; deux TV.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour chaque client qui ach&#232;te une TV, mon mari monte l'antenne pour &#171; les 2 Bruxelles et Lille &#187;. Son hauteur s'&#233;l&#232;ve entre 9 m et 13 m. C'est, pour lui, un m&#233;tier de plus.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les clients appr&#233;cient le fait d'avoir ce service-l&#224;, car la t&#233;l&#233;distribution n'existe pas &#224; l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel bon argument de vente, ce travail ! Pourtant ce n'est pas sans difficult&#233;s (les toits sont pentus, la m&#233;t&#233;o n'est pas toujours au beau fixe, &#8230;) ni sans risques : &#224; deux reprises, c'est la chute. La premi&#232;re fois, mon mari parvient &#224; se rattraper &#8230; Mais la deuxi&#232;me fois, seule une brave et solide corniche lui sauve la mise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le grand boum pour nous fut l'av&#232;nement de la TV couleur. Les premi&#232;res TV couleur arrivent sur le march&#233; en 1967. Elles sont bien plus volumineuses et lourdes que les TV noir et blanc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vite, elles inondent les vitrines des distributeurs TV car elles sont tr&#232;s attirantes. Presque tous les clients l'acqui&#232;rent &#224; cr&#233;dit, apr&#232;s avoir contract&#233; un pr&#234;t par la banque car le prix est plus que doubl&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 16 juillet 1969 a lieu le d&#233;collage de la capsule &#171; Appolo 11 &#187; de Floride qui atterrira sur la Lune avec Aldrin, Collins et Amstrong. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le 21 juillet &#224; 4 heures du matin, Amstrong pose les pieds sur la Lune et prononce &#171; un petit pas pour l'homme, &#8230; un grand pas pour l'humanit&#233; &#187;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les millions de t&#233;l&#233;spectateurs de par le monde n'oublieront jamais cette &#233;pop&#233;e !! A cette occasion, le chiffre de vente de nos TV atteint des sommets &#8230; quel engouement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le GB d'Auderghem commence &#224; vendre des TV aussi. C'est de cette &#233;poque que date notre formule &#171; Trois ann&#233;es de garantie totale &#187;. Le soir, chacun &#224; notre tour (car les enfants ne restent jamais seuls), nous distribuons nous-m&#234;mes la publicit&#233; dans les boites aux lettres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s quelques mois, nous apprenons que le GB d'Auderghem a renonc&#233; &#224; vendre des TV pour se rabattre sur l'&#233;lectrom&#233;nager.&lt;br class='autobr' /&gt;
A nouveau, nous sommes seuls.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous travaillons de jour comme de nuit, installant les antennes en journ&#233;e avec deux amis (car l'haubanage demande d'&#234;tre aux diff&#233;rents coins du toit, pour redresser le m&#226;t), d&#233;pannant le soir les TV &#224; domicile et livrant les TV neuves.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et il faut encore trouver du temps pour r&#233;parer &#224; l'atelier. &lt;br class='autobr' /&gt;
En 1969, nous d&#233;m&#233;nageons &#224; &#171; St Julien &#187;, chauss&#233;e de Wavre 1268, o&#249; nous achetons une maison &#224; deux fa&#231;ades, l'une donnant sur la chauss&#233;e de Wavre, l'autre sur la rue Valduc).&lt;br class='autobr' /&gt;
Le travail devient lourd et nous employons un voisin qui, le soir, livre les TV d&#233;pann&#233;es et les nouvelles TV.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi, je me contente d'&#234;tre la vendeuse attitr&#233;e, de r&#233;pondre au t&#233;l&#233;phone. J'ai appris &#224; &#233;couter. Chaque client raconte facilement &#8230; et les &#233;couter est tellement agr&#233;able pour eux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le reste du temps, j'&#233;l&#232;ve notre deuxi&#232;me fils Sim&#233;on (n&#233; en mars 1965) et je conduis les enfants &#224; l'&#233;cole. La comptabilit&#233; sera &#8230; pour le dimanche !&lt;br class='autobr' /&gt;
J'aime &#233;galement m'occuper de la publicit&#233; car j'ai compris que c'est un point des plus importants pour r&#233;ussir !&lt;br class='autobr' /&gt;
Aux f&#234;tes de quartier, on sillonne les rues principales avec la 2 CV camionnette en clamant dans le haut-parleur &#224; qui veut l'entendre&#8230; notre nouvelle formule de garantie totale de trois ans ! En roulant, on offre des ballons gonflables de couleur aux enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre magasin se situe &#224; hauteur de l'arr&#234;t de bus et les pi&#233;tons attendent leur bus en regardant la TV en vitrine. Mon mari a raccord&#233; un haut-parleur dans la cave par le soupirail.&lt;br class='autobr' /&gt;
La premi&#232;re vitrine incassable a &#233;t&#233; inaugur&#233;e chez nous apr&#232;s deux vols !&lt;br class='autobr' /&gt;
Un jour, un habitant de Ganshoren commande. Nous livrons avec promesse de paiement rapide. Nous n'avons jamais re&#231;u le moindre franc. Mon mari d&#233;cide d'aller rechercher sa TV. Il attend &#224; l'entr&#233;e de l'immeuble, t&#244;t le matin, que quelqu'un sorte pour rentrer dans le b&#226;timent. Il monte, sonne, s'annonce. La dame n'ouvre pas. Mon mari se f&#226;che et la dame se met &#224; rire. Lui, s'&#233;nerve et finit par d&#233;foncer la porte. En une fois, la porte tombe. Il reprend sa TV et part. Peu apr&#232;s, une plainte est d&#233;pos&#233;e et l'inspecteur de police d'Auderghem nous appelle. Mon mari s'explique sinc&#232;rement. L'inspecteur finit par prendre notre d&#233;fense en &#233;crivant aux coll&#232;gues de Ganshoren. L'affaire sera class&#233;e &#171; sans suite &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un samedi apr&#232;s-midi, un client me d&#233;pose sa TV en panne. Pas d'image. Il me supplie pour qu'elle soit r&#233;par&#233;e le jour m&#234;me&#8230; Le samedi apr&#232;s-midi mon mari ne rentre pas, vu son travail &#224; domicile. Alors, voyant l'heure avancer, je d&#233;cide d'ouvrir le panneau arri&#232;re &#8230; C'est d&#233;j&#224; toute une histoire ! Je teste une &#224; une les lampes. Finalement, je r&#233;sous la panne en rempla&#231;ant une lampe &#171; PL36 &#187;. Quelle fiert&#233; pour moi ! Le soir, le client vient r&#233;cup&#233;rer sa TV et me demande de bien remercier mon mari pour le d&#233;pannage suppl&#233;mentaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1977, apr&#232;s la naissance de Vasco, nous &#171; remettons &#187; notre magasin &#8230; magasin qui aujourd'hui encore porte l'enseigne de &#171; Maison Tobie &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s quelques ann&#233;es, je reprendrai mon m&#233;tier d'institutrice avec grand plaisir. Des enfants devant moi &#8230; c'est quand m&#234;me mille fois mieux que des TV !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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