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	<title>Ages et transmissions</title>
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	<description>Cr&#233;&#233;e en 97, Ages et Transmissions est une asbl pluraliste bruxelloise permettant aux a&#238;n&#233;s de jouer un r&#244;le actif dans la soci&#233;t&#233;. Elle est reconnue comme organisme d'&#233;ducation permanente par la F&#233;d&#233;ration Wallonie-Bruxelles.</description>
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		<title>Ages et transmissions</title>
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		<title>Ma jupe bleue (Johanna P.)</title>
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		<dc:subject>Argent, pauvret&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Ecole, &#233;tudes</dc:subject>
		<dc:subject>Couture, v&#234;tement</dc:subject>

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&lt;p&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; 123 j'ai vu - Des seniors d'aujourd'hui racontent leur enfance d'hier &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; Rien ne se perdait chez nous. Maman avait un sens exag&#233;r&#233; de l'&#233;conomie et, depuis le d&#233;but de la guerre, cette qualit&#233; s'&#233;tait encore accentu&#233;e. Elle ne voulait rien acheter parce que tout devenait de plus en plus cher. Elle se r&#233;servait de faire ses achats quand la guerre serait finie croyant qu'alors, les prix redeviendraient normaux. Et en attendant, (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Couture, v&#234;tement&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L99xH150/arton897-cf0d3.jpg?1779361348' width='99' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article530' class='spip_in'&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; 123 j'ai vu - Des seniors d'aujourd'hui racontent leur enfance d'hier &#187;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien ne se perdait chez nous. Maman avait un sens exag&#233;r&#233; de l'&#233;conomie et, depuis le d&#233;but de la guerre, cette qualit&#233; s'&#233;tait encore accentu&#233;e. Elle ne voulait rien acheter parce que tout devenait de plus en plus cher. Elle se r&#233;servait de faire ses achats quand la guerre serait finie croyant qu'alors, les prix redeviendraient normaux. Et en attendant, Maman faisait de la r&#233;cup&#233;ration. Avec les draps de lit usag&#233;s qui se d&#233;chiraient par le milieu, Maman confectionnait, dans les bords encore solides, des essuies de cuisine, des draps de bain, des gants de toilette. Les restes des draps, les plus us&#233;s, servaient encore comme torchons de sol et lavettes de vaisselle. Avec les chemises que Papa avait trop port&#233;es et qui finissaient par s'effilocher, Maman transformait les morceaux encore bons en mouchoirs de poche. Elle travaillait avec art. Tous ces linges de r&#233;cup&#233;ration &#233;taient soigneusement lessiv&#233;s, blanchis, coup&#233;s aux mesures exactes, ourl&#233;s &#224; la machine, repass&#233;s &#224; la perfection et finalement rang&#233;s dans l'armoire en piles bien droites. Nous avions toujours &#224; notre disposition du linge modeste mais parfaitement entretenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, Maman eut l'id&#233;e lumineuse et &#233;conomique de transformer le pantalon de mon fr&#232;re, devenu trop court et &#233;troit pour lui, en jupe pour moi. Cela paraissait d'abord impossible, mais Maman a beaucoup travaill&#233;. Elle a ouvert toutes les coutures du pantalon et, ensuite, elle a d&#233;coup&#233;, dans le tissu, des rectangles et des carr&#233;s de diff&#233;rentes dimensions suivant la possibilit&#233;. Ensuite elle a rassembl&#233; tous ces morceaux pour former un grand rectangle dont elle fit une jupe pour moi. La jupe &#233;tait bien confectionn&#233;e, avec un ourlet, une ceinture et des bretelles. Mais faite de 36 morceaux ! Maman avait eu la coquetterie de mettre les plus grands morceaux au devant de la jupe et les plus petits au dos. J'&#233;tais donc, heureusement, un peu plus pr&#233;sentable de face que de dos. &lt;br&gt;
En ce qui concernait les travaux manuels, Maman &#233;tait une artiste modeste : &#171; C'est une jupe pour aller &#224; l'&#233;cole &#187; s'excusait-elle. J'avais honte de ma jupe. Pour me pr&#233;senter en classe devant la ma&#238;tresse et mes compagnes, j'aurais d&#233;sir&#233; &#234;tre aussi belle que possible...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier jour o&#249; je me suis rendue en classe avec ma &#171; nouvelle jupe &#187;, j'avais huit ans et j'&#233;tais en 2i&#232;me ann&#233;e primaire. J'ai toujours &#233;t&#233; une des plus grandes &#233;l&#232;ves de ma classe. Aussi, j'&#233;tais toujours assise &#224; l'avant-dernier banc. Le tout dernier banc &#233;tait r&#233;serv&#233; aux plus mauvaises &#233;l&#232;ves qui perturbaient les cours. Dans le fond de la classe, celles-ci se faisaient moins remarquer.&lt;br&gt;
Avec ma nouvelle jupe, je suis entr&#233;e en classe en, me faisant aussi petite que possible et me dissimulant derri&#232;re les autres fillettes. J'eus vite fait d'enfiler le tablier noir r&#233;glementaire. Mais notre ma&#238;tresse, que nous devions appeler &#171; Ch&#232;re S&#339;ur &#187;, avait remarqu&#233; mon attitude et entrevu ma jupe. Elle me fixait d'un &#339;il surpris. Toutes les &#233;l&#232;ves install&#233;es, elle m'appela &#224; son bureau. Elle me demanda d'enlever mon tablier noir et de monter sur l'estrade. Ch&#232;re S&#339;ur fixait ma jupe et on voyait qu'elle essayait de comprendre le mod&#232;le. Apr&#232;s m'avoir inspect&#233;e de face, elle me demanda de me retourner. De cette fa&#231;on, je me montrai &#224; elle et &#224; mes petites compagnes sur toutes les coutures. Ch&#232;re S&#339;ur, fort surprise, ne comprenait toujours pas et me demanda des explications. &#171; C'est Maman, lui dis-je, elle a transform&#233; la vieille culotte de mon fr&#232;re en jupe pour moi &#187;. Ch&#232;re S&#339;ur resta pensive et laissa tomber ces deux mots : &#171; Quel ordre ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'&#233;tais pas contente de porter cette jupe, mais je respectais d&#233;sormais le travail de Maman et voulais malgr&#233; tout lui faire plaisir. Rentr&#233;e &#224; la maison, j'ai racont&#233; &#224; Maman comment Ch&#232;re S&#339;ur avait appr&#233;ci&#233; et dit ces mots &#171; Quel ordre ! &#187; Maman &#233;clata de fiert&#233; et toute joyeuse fit part de l'appr&#233;ciation de Ch&#232;re S&#339;ur &#224; mon p&#232;re. Ensuite je l'ai entendue raconter son triomphe &#224; toutes les voisines et amies. Il y a de ceci presque 60 ans, mais je suis toujours heureuse d'avoir donn&#233; ce grand plaisir &#224; Maman. On ne regrette jamais le bien que l'on a fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es de guerre passaient, mais je portais toujours la m&#234;me jupe. Elle &#233;tait bien longue au d&#233;part et pourvue d'un ourlet. Au fil des ann&#233;es de guerre, je grandissais, mais je ne grossissais pas. Trois ans plus tard, la jupe m'allait toujours, sauf qu'elle devenait de plus en plus courte. Finalement, m&#234;me si j'&#233;tais fort maigre, les os de mes hanches s'&#233;largissaient. La jupe, dont le tissu se tendait sur les hanches et les fesses, prenait exactement mes formes, mais le bas de la jupe restait &#233;troit. Parfois je me regardais dans le miroir : la jupe tombait droite au devant mais, vue de profil, elle suivait la forme des fesses puis celle des cuisses. Elle &#233;tait devenue une minijupe fourreau. Autre particularit&#233; de celle-ci : &#224; force de m'&#234;tre assise pendant des ann&#233;es sur les bancs de bois de l'&#233;cole, le dos de la jupe &#233;tait devenu lustr&#233; et brillant . J'avais, sans exag&#233;rer, un miroir au cul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la jupe bleue, je portais les chemises de mon fr&#232;re. Ces chemises &#233;taient toujours soigneusement lav&#233;es et repass&#233;es par Maman. Mais il &#233;tait bien visible que je portais des chemises de gar&#231;on. Les manches &#233;taient trop &#233;troites, la fermeture &#233;tait masculine, de gauche &#224; droite et surtout, tandis que les fillettes portaient des cols ronds, qu'on appelait &#171; cols Claudine &#187;, mes cols &#224; moi &#233;taient &#224; longues pointes. Une petite laine m'&#233;tait n&#233;cessaire pour r&#233;chauffer le tout. Maman me tricota un cardigan avec des restes de laines de toutes les couleurs. Devant mon attitude d&#233;courag&#233;e, elle m'annon&#231;a que tout finirait bien car, le cardigan termin&#233;, elle le plongerait dans une teinture bleu fonc&#233;, ce qui &#233;galiserait le ton du v&#234;tement. Maman avait beaucoup d'id&#233;es et surtout de l'espoir. Finalement, mon cardigan fut bleu de tous les tons, ce qui ne cachait en rien l'origine de cette r&#233;alisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et lorsque mon manteau fut devenu trop petit, j'ai port&#233; la redingote de mon fr&#232;re. Alors je devins un vrai gar&#231;on. Passant une visite m&#233;dicale accompagn&#233;e de Maman, le m&#233;decin, voyant la redingote, demanda : &#171; quel &#226;ge a votre fils ? &#187;. &#171; Mais docteur, r&#233;pondit-elle, c'est une fille. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Un jour, une dame apitoy&#233;e lui demanda : &#171; Madame, vous devez &#234;tre bien pauvre pour &#234;tre oblig&#233;e d'habiller si mal votre fille. &#187; Maman qui n'avait pas sa langue dans sa poche, surtout quand on la vexait, s'&#233;cria d'une voix forte : &#171; Mais, Madame, j'ai les moyens d'habiller ma fille avec des v&#234;tements neufs chaque jour et de toutes les couleurs, si je le voulais. &#187;&lt;br&gt;
En classe, nous devions porter le tablier noir qui &#233;tait cens&#233; prot&#233;ger nos v&#234;tements. Avec ce tablier noir, j'&#233;tais contente de cacher ma tenue. Mais parfois, nous avions la visite en classe de &#171; Madame l'inspectrice &#187; ou de l'une ou l'autre personnalit&#233; de l'instruction publique. Dans ce cas, Ch&#232;re S&#339;ur nous donnait l'ordre d'enlever nos tabliers. Ces moments-l&#224; &#233;taient pour moi les plus p&#233;nibles car j'exposais devant tous mes humbles v&#234;tements. Je ne savais pas quelle attitude prendre tant j'avais honte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec ma tenue vestimentaire, je n'avais pas beaucoup d'amies. Les &#233;l&#232;ves et m&#234;me Ch&#232;re S&#339;ur &#233;taient attir&#233;es par les petites filles coquettement habill&#233;es. On me prenait pour une pauvresse sans grande valeur. Seules mes deux amies Lily et Loulou m'aimaient beaucoup. &#171; Ne t'en fais pas pour les autres &#187; me disait Loulou, &#171; ce sont toutes des fi&#232;res-cacas &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maman avait un don tr&#232;s particulier, celui de passer d'une d&#233;cision extr&#234;me &#224; l'autre. Elle disait : &#171; Je n'ach&#232;te jamais rien, mais quand je prends la peine de faire une d&#233;pense, je choisis ce qu'il y a de plus beau. &#187; Cette vue de l'esprit avait pour r&#233;sultat qu'aux grandes occasions, j'&#233;tais habill&#233;e comme une princesse.&lt;br&gt;
Je me souviens d'une belle robe. Elle &#233;tait extraordinaire, en velours rouge, avec un col en plumetis blanc garni de dentelles. Je la portais les jours de f&#234;te &#224; l'&#233;cole et pour la remise des bulletins. Ces jours-l&#224;, Maman ne tressait pas mes cheveux ; j'avais une belle chevelure blonde qui ondulait jusqu'&#224; ma taille. Ou bien Maman me mettait des bigoudis ; j'avais alors de longues boucles, avec un beau ruban blanc nou&#233; dans les cheveux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disons aussi un mot de mon superbe manteau blanc avec lequel je portais un chapeau &#171; cow-boy &#187; en feutre blanc. Ainsi, toute de blanc v&#234;tue, &#171; comme un b&#233;b&#233; &#187; disaient les langues de vip&#232;res, j'allais chaque jeudi apr&#232;s-midi &#224; ma le&#231;on priv&#233;e de piano. Maman adorait la musique, j'avais un piano et chaque jour, apr&#232;s avoir termin&#233; mes devoirs et le&#231;ons pour l'&#233;cole, j'effectuais une heure d'exercices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pourrais encore d&#233;crire longuement ma robe en organdi blanc, parsem&#233;e de roses minuscules brod&#233;es &#224; la main ou &#233;piloguer sur mon chapeau &#171; Deanna Durbin &#187;, fid&#232;le copie de celui que portait cette jeune vedette de cin&#233;ma. En fait, j'aurais tout simplement souhait&#233; &#234;tre habill&#233;e &#171; comme tout le monde &#187; car j'avais autant honte du chapeau &#171; cow-boy &#187; blanc que de ma fameuse &#171; jupe bleue &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les pensionnats (A.W.)</title>
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		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Ecole, &#233;tudes</dc:subject>
		<dc:subject>Juif.ve (&#234;tre)</dc:subject>
		<dc:subject>Religion, valeurs et &#233;thique</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre 40-45</dc:subject>

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&lt;p&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; 123 j'ai vu - Des seniors d'aujourd'hui racontent leur enfance d'hier &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; En septembre 1942, j'entrai &#224; l'&#226;ge de 12 ans comme &#233;l&#232;ve interne au pensionnat &#171; Mes enfants &#187;, en 6&#232;me latine. Ce pensionnat se trouvait &#224; l'avenue Brugmann, pr&#232;s de la place Vanderkindere, dans deux maisons bourgeoises r&#233;unies et am&#233;nag&#233;es en &#233;cole. Il &#233;tait tenu par deux directrices, Mademoiselle Berthe et Mademoiselle Marthe. Nous ne connaissions que (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot191" rel="tag"&gt;Guerre 40-45&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L99xH150/arton907-f6946.jpg?1779361348' width='99' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article530' class='spip_in'&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; 123 j'ai vu - Des seniors d'aujourd'hui racontent leur enfance d'hier &#187;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre 1942, j'entrai &#224; l'&#226;ge de 12 ans comme &#233;l&#232;ve interne au pensionnat &#171; Mes enfants &#187;, en 6&#232;me latine. Ce pensionnat se trouvait &#224; l'avenue Brugmann, pr&#232;s de la place Vanderkindere, dans deux maisons bourgeoises r&#233;unies et am&#233;nag&#233;es en &#233;cole. Il &#233;tait tenu par deux directrices, Mademoiselle Berthe et Mademoiselle Marthe. Nous ne connaissions que Mademoiselle Berthe, car Mademoiselle Marthe se mourait d'un cancer de la gorge. Nous entendions ses cris affreux, ses hurlements de souffrance qui nous gla&#231;aient les sangs. Mademoiselle Berthe se partageait entre la gestion de l'&#233;cole, les cours, et les soins &#224; sa s&#339;ur. L'&#233;cole &#233;tait fr&#233;quent&#233;e par des filles de la bonne bourgeoisie, qui, pour la plupart, &#233;taient gentilles et bien &#233;lev&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon gros probl&#232;me, au d&#233;but, c'&#233;taient les mani&#232;res &#224; table. Mademoiselle Berthe qui pr&#233;sidait chaque repas &#233;tait tr&#232;s stricte et m&#234;me m&#233;prisante envers celles qui ne les respectaient pas. J'ai donc rapidement appris qu'on brise un &#339;uf &#224; la coque avec une cuill&#232;re et non un couteau, qu'on coupe ses pommes de terre avec sa fourchette et non avec son couteau, qu'on d&#233;pose ses couverts pendant qu'on mastique, qu'on s'essuie les l&#232;vres avant et apr&#232;s avoir bu, etc. Je m'effor&#231;ais de copier toutes les autres tant j'avais peur des remarques sarcastiques et humiliantes de Mademoiselle Berthe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai vite appris. Quand, le samedi, je rentrais &#224; la maison et je retrouvais ma famille, je remarquais qu'ils mangeaient autrement, qu'ils ne savaient rien de toutes ces nobles mani&#232;res que je venais d'appendre et je ne savais plus comment me situer. J'&#233;tais, en quelque sorte, mont&#233;e d'un cran par rapport &#224; eux, et en m&#234;me temps, comme je les aimais plus que tout, je ne voulais pas me distancier d'eux. Chaque week-end me demandait une r&#233;adaptation. Le dimanche soir, apr&#232;s le souper, j'embrassais mes parents, ma s&#339;ur et mon fr&#232;re, et je prenais le tram 49 &#224; la barri&#232;re de Saint Gilles pour retourner &#224; l'&#233;cole et redevenir une petite bourgeoise mani&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'ensemble, j'&#233;tais tr&#232;s heureuse dans ce pensionnat. C'&#233;tait une p&#233;dagogie d'avant-garde et respectueuse des &#233;l&#232;ves. J'aimais surtout le cours de latin qui &#233;tait donn&#233; par Monsieur Jaumain. Pour autant que je me souvienne, il devait avoir une soixantaine d'ann&#233;es, il boitait, il nous appelait &#171; Mademoiselle &#187; et il ne plaisantait pas. Il faisait beaucoup de rapprochements entre le latin et le fran&#231;ais, s'&#233;tendant souvent avec complaisance sur les &#233;tymologies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, &#233;tudiant la troisi&#232;me d&#233;clinaison, nous sommes tomb&#233;s sur le mot &#171; puber &#187;. Aussit&#244;t il a demand&#233; : &#171; Quel mot fran&#231;ais correspond au latin puber ? &#187; Silence. Il insiste. Personne ne sait. Il s'&#233;nerve : &#171; Mais, vous &#234;tes des filles des cavernes. Comment, vous ne savez pas ? Puber a donn&#233; le mot pubert&#233;. &#187;&lt;br&gt;
Silence. Nous le regardons avec des yeux ronds. &lt;br&gt;
&#8211; Vous ne savez pas ce que veut dire le mot pubert&#233; ?&lt;br&gt;
Nous, timidement : &#171; Non, Monsieur. &#187;&lt;br&gt;
Alors il dit : &#171; &#199;a veut dire adolescence. &#187;&lt;br&gt;
Aussit&#244;t je me l&#232;ve et je dis : &#171; Monsieur, j'ai d&#233;j&#224; rencontr&#233; ce mot dans mes lectures, mais je ne sais pas exactement ce que &#231;a veut dire. &#187;&lt;br&gt;
Lui : &#171; C'est la p&#233;riode qui s&#233;pare l'enfance de l'&#226;ge adulte. &#187;&lt;br&gt;
Moi : &#171; Oui, &#231;a je le sais. Je l'ai vu dans le dictionnaire. Mais quand est-ce que cela commence et quand est-ce que cela finit ? &#187;&lt;br&gt;
Lui : &#171; C'est variable. Pour certaines, c'est onze ou douze ans, pour d'autres, c'est quatorze ou m&#234;me seize. &#187;&lt;br&gt;
Moi : &#171; Mais alors, je suis peut-&#234;tre adolescente ? &#187;&lt;br&gt;
Lui : &#171; Oui, peut-&#234;tre. &#187;&lt;br&gt;
Moi : &#171; Comment le savoir ? Est-ce que je dois aller &#224; la commune comme pour la carte d'identit&#233; ? &#187;&lt;br&gt;
Lui : &#171; Non, Mademoiselle. &#187;&lt;br&gt;
Moi : &#171; Mais alors, comment je vais faire pour savoir si je suis adolescente ? &#187;&lt;br&gt;
Lui : &#171; Vous vous en apercevrez &#224; certains ph&#233;nom&#232;nes. &#187;&lt;br&gt;
Moi : &#171; Ah bon ! Quels ph&#233;nom&#232;nes ? &#187;&lt;br&gt;
Lui : &#171; Mademoiselle, vous demanderez &#224; votre maman. &#187;&lt;br&gt;
Moi : &#171; Ma m&#232;re ne sait pas car elle n'a pas fait de latin. &#187;&lt;br&gt;
Lui : &#171; Taisez-vous, je ne veux plus vous entendre et je ne r&#233;pondrai &#224; aucune question. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais mortifi&#233;e. Lui qui nous poussait toujours &#224; aller au fond des choses, voil&#224; qu'il se d&#233;robait dans une question purement linguistique. &lt;br&gt;Incompr&#233;hensible ! Quand le cours fut termin&#233; et qu'il eut quitt&#233; la classe, les filles se tourn&#232;rent vers moi avec col&#232;re me disant que c'&#233;tait honteux de poser des questions pareilles et l'une d'elles me lan&#231;a : &#171; Tu n'as jamais &#233;t&#233; indispos&#233;e ? &#187;. &lt;br&gt;
J'ai dit oui. &lt;br&gt;
&#8211; Et qu'est-ce que tu as eu ?&lt;br&gt;
&#8211; J'ai eu mal &#224; la t&#234;te et j'ai vomi.&lt;br&gt;
Alors elles se moqu&#232;rent de moi mais aucune ne voulut m'expliquer. Il fallut que je sois dans un autre pensionnat avec ma cousine qui &#233;tait plus &#226;g&#233;e que moi pour que ce myst&#232;re soit enfin &#233;clairci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; ***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour d'avril 1943, mon oncle vint me chercher au pensionnat. Je dus rapidement faire mes bagages et partir avec lui sans savoir m&#234;me pourquoi et sans avoir pu dire au revoir &#224; mes camarades de classe. Je ne me souviens m&#234;me pas si je revis la directrice tant ce d&#233;part fut pr&#233;cipit&#233;. Dans le train qui nous emmenait vers Tournai, mon oncle m'apprit que mes parents avaient &#233;t&#233; d&#233;nonc&#233;s &#224; la Gestapo mais qu'ils avaient pu fuir. Moi aussi, j'avais &#233;t&#233; d&#233;nonc&#233;e comme &#233;l&#232;ve du pensionnat. Ma pr&#233;sence mettait donc tout le monde en danger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pr&#238;mes un tram vers Templeuve et nous arriv&#226;mes chez les S&#339;urs de la Providence, chez lesquelles je me cacherai sous un faux nom jusqu'&#224; la fin de la guerre. Avant la guerre, cet internat &#233;tait fr&#233;quent&#233; par les jeunes filles ais&#233;es du Nord de la France. Mais depuis la guerre, c'&#233;tait un pensionnat mixte, filles et gar&#231;ons, pour les enfants des campagnes de Lille, Roubaix, Tourcoing. Pour moi qui venais de ce pensionnat chic et distingu&#233;, le coup fut rude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#232;re sup&#233;rieure qui nous accueillit &#233;tait une femme affable, tr&#232;s douce, qui &#233;levait rarement la voix tout en &#233;tant tr&#232;s d&#233;termin&#233;e. Mon oncle parti, je restai avec la Sup&#233;rieure, M&#232;re Marie-G&#233;rard. Celle-ci me fit promettre de ne jamais r&#233;v&#233;ler, &#224; qui que ce soit et sous aucun pr&#233;texte, que j'&#233;tais juive et m'annon&#231;a que dor&#233;navant je serais protestante, ce qui n'avait aucun sens pour moi. De ce fait, je ne devrais aller ni &#224; communion, ni &#224; confesse. J'&#233;tais tr&#232;s embarrass&#233;e car je croyais que c'&#233;taient des lieux g&#233;ographiques et je ne savais pas o&#249; ils se trouvaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle me conduisit alors dans ma classe o&#249; l'aum&#244;nier donnait un cours de religion. J'&#233;coutai de toutes mes oreilles car j'avais h&#226;te d'apprendre tout ce qui concernait la religion chr&#233;tienne pour &#234;tre comme les autres.&lt;br&gt;
Or &#224; un moment donn&#233;, l'aum&#244;nier demanda : &#171; Combien y a-t-il de p&#233;ch&#233;s capitaux ? &#187; &#171; Vous &#187;, a-t-il fait en me montrant du doigt. Je ne savais pas ce qu'&#233;tait un p&#233;ch&#233; et encore moins qu'ils &#233;taient capitaux. Mais puisqu'il avait dit combien, il fallait bien r&#233;pondre par un nombre. Alors, &#224; tout hasard, je r&#233;pondis &#171; quatorze &#187;. Stupeur dans la classe puis un immense &#233;clat de rire. Alors l'aum&#244;nier dit : &#171; Bon, vous voyez double &#187; et je compris qu'il y en avait 7. Quelques enfants se mirent &#224; me harceler : &#171; Tu es vraiment protestante ? Jure-le ! &#187; Ils me posaient des questions sur la religion protestante. Je r&#233;pondais n'importe quoi, tremblant qu'ils ne me d&#233;couvrent. Ils me laiss&#232;rent bient&#244;t tranquille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai rapidement appris toutes les pri&#232;res. J'&#233;tais la premi&#232;re &#224; la messe et bient&#244;t je fus s&#233;duite par cette religion qui m'apportait le salut. J'appris qu'il y avait un &#171; Dieu &#187;, qu'il m'aimait personnellement, qu'il allait prendre soin de moi, qu'il allait me sauver, moi et mes parents, et que d'ailleurs il &#233;tait mort pour moi sur la croix. Tout cela me paraissait sublime. Surtout l'au-del&#224;. Et je ne comprenais pas pourquoi les croyants pleuraient leurs morts puisqu'ils allaient au ciel, pr&#232;s de Dieu, qu'ils &#233;taient beaucoup plus heureux l&#224;-haut qu'ici, et que, de toute fa&#231;on, tout le monde se retrouverait un jour l&#224;-bas. J'&#233;tais tr&#232;s pieuse et les s&#339;urs me r&#233;compensaient avec des images que je mettais d&#233;votement dans mon missel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant j'avais encore des coins d'ignorance. Tous les matins et tous les soirs, avant le b&#233;n&#233;dicit&#233;, tous les enfants, debout devant la table, r&#233;citaient une courte pri&#232;re dont je n'arrivais pas &#224; capter une seule parole et qu'il m'&#233;tait donc impossible de retrouver dans mon livre de pri&#232;res. Finalement je demandai &#224; une fille en laquelle j'avais confiance et cette fameuse pri&#232;re, c'&#233;tait : &#171; M&#232;re Sup&#233;rieure, mes S&#339;urs et mesdemoiselles, nous vous souhaitons le bonjour &#187; et, le soir, &#171; M&#232;re Sup&#233;rieure, etc., nous vous souhaitons le bonsoir. &#187;&lt;br&gt;
Je baignais dans une f&#233;licit&#233; religieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque temps plus tard, ma s&#339;ur et mon fr&#232;re me rejoignirent. Ma s&#339;ur avait neuf ans, mon fr&#232;re six. Je n'eus de cesse de leur faire partager cette extase et je leur appris qu'il y avait un dieu, qu'il s'appelait J&#233;sus, qu'il &#233;tait n&#233; dans une &#233;table, avec un b&#339;uf et un &#226;ne, qu'il allait tous nous sauver car il &#233;tait tr&#232;s bon. Ma s&#339;ur m'&#233;couta avec des yeux ronds. Quand j'eus termin&#233;, elle me dit : &#171; Tu sais, si tu continues &#224; raconter des b&#234;tises comme &#231;a, Papa va rire de toi &#187;. Patatras. Ma foi tomba &#224; mes pieds et se brisa avec un bruit de cristal. J'entendis litt&#233;ralement ce bruit et revins instantan&#233;ment &#224; la r&#233;alit&#233; ath&#233;e, cessant d'&#234;tre sur ce petit nuage o&#249; la guerre n'avait pas cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; ***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie quotidienne &#233;tait tr&#232;s monotone. Chaque matin, la religieuse responsable de notre dortoir entrait en battant des mains et r&#233;citait &#224; voix tr&#232;s forte le &#171; je vous salue Marie &#187; pour nous &#233;veiller. Aussit&#244;t, les filles sautaient du lit et tout en accompagnant la S&#339;ur dans ses pri&#232;res, se pr&#233;cipitaient sur leur pot de chambre et urinaient en priant. Chaque enfant disposait d'une cuvette et d'un broc d'eau froide. Nous nous d&#233;barbouillions le visage et les mains. Apr&#232;s nous &#234;tre rapidement habill&#233;es, nous allions &#224; la messe. Que cela me paraissait long et ennuyeux ! Puis, en rang et en silence, nous allions prendre le petit d&#233;jeuner. C'&#233;tait tous les jours, du pain gris et collant avec de la margarine et parfois de la confiture. Les rations &#233;taient largement insuffisantes et nous avions faim tout le temps. Certains enfants mangeaient leur dentifrice. Moi, je mangeais le plus lentement possible, &#224; toutes petites bouch&#233;es. Il me semblait que cela calmait mieux ma faim permanente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pensionnaires fran&#231;ais qui rentraient chaque week-end dans leurs familles ramenaient des provisions qu'ils se gardaient bien de partager. Nous, les enfants cach&#233;s, nous recevions de temps en temps un colis de nos parents. Par quel miracle arrivaient-ils &#224; se procurer quelques douceurs et &#224; nous les faire parvenir est une question que je ne me suis jamais pos&#233;e. Cela me paraissait naturel et normal. Nous d&#233;gustions ces provisions avec parcimonie. Tant qu'elles duraient, nous &#233;tions en lien avec nos parents. Elles compl&#233;taient les lettres que nous &#233;changions &#233;pisodiquement. Le jour des lettres &#233;tait un &#233;v&#233;nement. Une fois le repas termin&#233;, la M&#232;re Sup&#233;rieure appelait par leurs noms ceux qui recevaient soit une lettre soit un colis. C'&#233;tait le bonheur ou l'horrible d&#233;ception et, surtout, l'angoisse : sont-ils encore vivants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le petit d&#233;jeuner, nous allions en classe. S&#339;ur Marie qui &#233;tait la religieuse la plus &#226;g&#233;e, elle devait bien avoir 75 ans, faisait office d'institutrice en fran&#231;ais et en calcul. Elle n'y connaissait rien du tout. Elle se servait d'une juxta* qu'elle suivait &#224; la lettre, m&#234;me quand celle-ci contenait une erreur, ce qui arrivait de temps en temps. Son ignorance l'emp&#234;chait de le reconna&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'ensemble, les religieuses &#233;taient tr&#232;s frustes. Elles n'avaient aucune culture d'aucune sorte. Leur foi &#233;tait remplie de superstition. L'hiver 1943-1944 fut tr&#232;s rude et la provision de charbon s'amenuisait. La M&#232;re Sup&#233;rieure avait beau harceler le marchand de charbon, rien n'y faisait. Il lui promettait de le lui livrer aussit&#244;t que lui-m&#234;me aurait re&#231;u sa marchandise, mais cela tardait. Il fallait faire quelque chose. Apr&#232;s avoir abondamment pri&#233; St Joseph, mais en vain, les S&#339;urs se rendirent &#224; l'&#233;vidence : il faisait la sourde oreille. Alors, dans un mouvement de r&#233;torsion, elles le punirent. Elles retourn&#232;rent sa statue, nez contre le mur. Rien n'y fit, le charbon n'arrivait pas. St Joseph s'obstinait. On verrait bien qui aurait le dernier mot. Alors elles prirent la statue, la soulev&#232;rent et all&#232;rent la placer sous la goutti&#232;re o&#249; le pauvre Saint re&#231;ut plus de pluie qu'il n'en pouvait supporter. Et l&#224;, le miracle se produisit : le 19 mars, jour de la St Joseph, le charbonnier fit son apparition avec le charbon tant attendu. St Joseph les avait exauc&#233;es. Il avait bien fallu le pousser, mais l'essentiel &#233;tait l&#224;. Et leur foi s'en trouva r&#233;confort&#233;e. Nous re&#231;&#251;mes tous une image de St Joseph qui prit sa place dans chaque missel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la classe du matin, nous nous dirigions en rang et en silence vers le r&#233;fectoire. C'&#233;tait une grande salle garnie de longues tables rectangulaires recouvertes de toile cir&#233;e blanche. Silencieux, impatients, affam&#233;s, nous attendions l'entr&#233;e des religieuses et de la M&#232;re Sup&#233;rieure. Aussit&#244;t le b&#233;n&#233;dicit&#233; termin&#233;, nous pouvions nous asseoir et de chaque table un enfant se levait et se dirigeait vers S&#339;ur Marie qui remplissait les assiettes suivant le nom de l'enfant, c'est-&#224;-dire suivant l'&#226;ge et le sexe : les gar&#231;ons recevaient plus que les filles et les grands plus que les petits. Apr&#232;s le repas, par tous les temps, trois religieuses nous emmenaient dans une interminable promenade dans les champs. Ces promenades qui auraient pu &#234;tre un moment agr&#233;able &#233;taient en fait un vrai supplice auquel tous les enfants tentaient sans succ&#232;s d'&#233;chapper. Cette marche silencieuse, en rang, rythm&#233;e au pas des religieuses nous paraissait interminable. Pour moi, cela symbolisait l'attente. L'attente de la fin de la guerre. L'attente de la s&#233;paration d'avec mes parents. Nous portions tous un b&#233;ret blanc, et en nous apercevant, les enfants des villages environnants ricanaient en nous criant &#171; les capiaux blancs, v'l&#224; les capiaux blancs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, nous revenions au pensionnat, encore une ou deux heures de classe, le go&#251;ter, les devoirs, le d&#238;ner, temps libre et puis le lit. Et le lendemain matin, je vous salue Marie tout en pissant. Les religieuses s'effor&#231;aient de discipliner les enfants, petits paysans des environs dont beaucoup &#233;taient bagarreurs, querelleurs, grossiers, pour tout dire mal &#233;lev&#233;s. La soumission, l'ob&#233;issance, la r&#233;signation &#233;taient des vertus cardinales. Leur p&#233;dagogie &#233;tait des plus simplistes : un enfant qui faisait pipi au lit &#233;tait tenu de se promener toute la journ&#233;e avec ses draps souill&#233;s nou&#233;s autour du cou comme une cape sous les yeux moqueurs des autres. Pourtant, dans l'ensemble, elles &#233;taient douces et gentilles et profond&#233;ment d&#233;vou&#233;es aux enfants. La S&#339;ur Marie Alphonse s'occupait des plus petits. Elle les lavait, changeait leur linge, le raccommodait, bref veillait &#224; leur bien-&#234;tre. Un jour, comme celle-ci &#233;tait malade, je du prendre mon petit fr&#232;re en charge. Quand je l'eus d&#233;shabill&#233; pour le laver, je vis que son corps &#233;tait blanc du front au nombril, moins du nombril aux genoux et blanc des genoux aux orteils. La sainte pudeur de S&#339;ur Marie Alphonse l'avait emp&#234;ch&#233;e de lui laver les fesses et le zizi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie s'&#233;coulait immuable et monotone. Tout ce qui se passait dans le monde ext&#233;rieur, la guerre m&#234;me, s'arr&#234;tait aux portes du pensionnat : pas de journaux, pas de radio, aucune nouvelle. Les moindres d&#233;tails faisaient figure d'&#233;v&#233;nement. L'arriv&#233;e d'un nouveau pensionnaire rompait pour un moment le cours de la vie. Ainsi est arriv&#233;e un jour une petite Alice. Elle &#233;tait toute rousse, elle avait cinq ans, elle riait, elle courait partout, elle se jetait dans les bras des religieuses &#233;bahies. Petit &#224; petit, gentiment mais fermement, les religieuses la calm&#232;rent et elle devint comme nous, sage, silencieuse, disciplin&#233;e. Elle aussi, de temps en temps, recevait un colis. Elle retrouvait &#224; ce moment toute sa fougue, toute sa vivacit&#233;, puis elle rentrait dans le rang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques semaines apr&#232;s l'arriv&#233;e d'Alice, deux nouvelles pensionnaires sont venues nous rejoindre, deux petites s&#339;urs hollandaises de quatre et six ans. La s&#233;paration avec leur maman a &#233;t&#233; d&#233;chirante. Finalement, leur maman s'est enfuie et les deux petites Mieke et Zusje sont rest&#233;es avec nous. Elles ont pleur&#233; pendant huit jours dans les bras l'une de l'autre. Personne ne pouvait les consoler, personne ne parlait n&#233;erlandais. Puis elles se sont calm&#233;es. Elles se sont rapproch&#233;es d'Alice et peu &#224; peu elles ont appris le fran&#231;ais et sont entr&#233;es dans leur nouvelle vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques mois plus tard, nous &#233;tions en promenade. Elles marchaient devant moi. Elles parlaient de leur maman. Je tendis l'oreille :&lt;br&gt;
&#8211; Tu crois que Maman nous a oubli&#233;es ?&lt;br&gt;
&#8211; Je ne sais pas. Peut-&#234;tre que oui.&lt;br&gt;
&#8211; Alice re&#231;oit des colis et nous jamais.&lt;br&gt;
&#8211; Non, nous jamais. Et pas de lettre non plus.&lt;br&gt;
Puis elles ont parl&#233; d'autres choses. Moi, j'avais le c&#339;ur bris&#233;. En rentrant au pensionnat, j'ai rapport&#233; cette conversation &#224; la M&#232;re Sup&#233;rieure et, en secret, nous avons confectionn&#233; un colis avec ce que beaucoup d'enfants ont apport&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le lendemain, &#224; la distribution du courrier, elles ont re&#231;u, comme tout le monde, une lettre et un colis. Un peu de bonheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pas ce qu'elles sont devenues, si apr&#232;s la guerre, elles ont retrouv&#233; leurs parents ou s'ils ont &#233;t&#233; d&#233;port&#233;s et assassin&#233;s dans un camp d'extermination. Plus de soixante-cinq ans apr&#232;s, j'en pleure encore.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le petit gar&#231;on qui regardait passer les trains (Jacques B.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article917</link>
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		<dc:date>2012-08-28T09:52:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Technologie (&#233;volution)</dc:subject>
		<dc:subject>Vacances</dc:subject>

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&lt;p&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; 123 j'ai vu - Des seniors d'aujourd'hui racontent leur enfance d'hier &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; Ag&#233; d'une dizaine d'ann&#233;es, j'&#233;tais en vacances chez ma grand-m&#232;re &#224; Braine-le-Comte. Ce matin-l&#224;, je regardais passer les trains, juch&#233; sur la cl&#244;ture en b&#233;ton qui bordait les voies, pr&#232;s du passage &#224; niveau. Laissez-moi vous raconter ce qui est arriv&#233; ce jour-l&#224;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Plusieurs fois d&#233;j&#224;, une locomotive de man&#339;uvre est pass&#233;e et repass&#233;e devant moi, tant&#244;t (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique146" rel="directory"&gt;1,2,3 j'ai vu ...&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot165" rel="tag"&gt;Technologie (&#233;volution)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot168" rel="tag"&gt;Vacances&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L99xH150/arton917-8cfc8.jpg?1779361348' width='99' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article530' class='spip_in'&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; 123 j'ai vu - Des seniors d'aujourd'hui racontent leur enfance d'hier &#187;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ag&#233; d'une dizaine d'ann&#233;es, j'&#233;tais en vacances chez ma grand-m&#232;re &#224; Braine-le-Comte. Ce matin-l&#224;, je regardais passer les trains, juch&#233; sur la cl&#244;ture en b&#233;ton qui bordait les voies, pr&#232;s du passage &#224; niveau. Laissez-moi vous raconter ce qui est arriv&#233; ce jour-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs fois d&#233;j&#224;, une locomotive de man&#339;uvre est pass&#233;e et repass&#233;e devant moi, tant&#244;t seule, tant&#244;t en tirant ou poussant quelques wagons destin&#233;s &#224; un train de marchandises en formation dans la gare, cinq cents m&#232;tres plus loin.&lt;br&gt;
Mais cette fois, la machine s'arr&#234;te devant moi dans un grand panache de vapeur blanche et, du haut de sa cabine, le m&#233;canicien m'adresse la parole.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Bonjour Petit, que fais-tu l&#224; ? &#187; Je lui r&#233;ponds : &#171; Je suis en vacances chez mes grands-parents &#187; et il me demande : &#171; Comment s'appelle ton grand-p&#232;re ? &#187; Je lui r&#233;ponds et il s'exclame : &#171; Emile, mais je le connais bien, nous avons travaill&#233; ensemble dans le temps ! Aimerais-tu faire un tour en locomotive avec nous ? &#187; J'ai d&#251; dire oui, car il se penche par-dessus la cl&#244;ture, me soul&#232;ve puis me d&#233;pose sur le plancher de sa cabine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une main, il actionne un curieux robinet pour desserrer les freins et, de l'autre, il d&#233;place un grand levier en fer pour lancer la vapeur dans les cylindres : la machine s'&#233;branle dans un &#233;norme nuage blanc tandis que la chemin&#233;e, l&#224;-haut devant nous, crache des jets de fum&#233;e noire en poussant de grands soupirs enrag&#233;s. Je suis tr&#232;s impressionn&#233;, je me tais. Le m&#233;canicien et le chauffeur sont un peu comme des mineurs sortant de leur mine, la gueule noire de la poussi&#232;re de ce bon charbon belge encore abondant &#224; l'&#233;poque. Ils m'observent en riant. Au ras du plancher, entre les deux hommes, il y a une grande ouverture par laquelle le chauffeur jette r&#233;guli&#232;rement des pellet&#233;es de charbon dans le feu d'enfer de la chaudi&#232;re. En y repensant, je garderai longtemps le souvenir vivace de la chaleur sur mon visage et de la lumi&#232;re qui en rayonnait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous arrivons cahin-caha &#224; la gare, nous nous y arr&#234;tons pour reprendre de l'eau, car notre locomotive en a grand besoin pour produire cette belle vapeur blanche. Ensuite un contrema&#238;tre vient faire ma connaissance pendant que des man&#339;uvres attellent d'autres wagons &#224; notre locomotive. Apr&#232;s un coup de sifflet assourdissant, un signal nous indique enfin que la voie est libre et, apr&#232;s avoir jet&#233; un coup d'&#339;il sur ses myst&#233;rieux manom&#232;tres, le m&#233;canicien red&#233;marre la machine. Vous ne me croirez jamais, mais il me propose alors de la conduire ! Il me montre la man&#339;uvre &#224; effectuer et, sur la pointe des pieds, je l'ex&#233;cute tant bien que mal, mais &#231;a marche ! Et c'est ainsi que nous revenons pr&#232;s du passage &#224; niveau. L'un des deux hommes me d&#233;pose alors du bon c&#244;t&#233; de la cl&#244;ture. Ils me font tous deux un grand geste de la main et repartent dans leur &#233;norme machine en riant de plus belle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et je remonte la rue de Ronqui&#232;res en courant, pour raconter cette aventure &#224; mes grands-parents. Ils m'&#233;coutent attentivement mais je vois bien qu'ils ne me croient pas. Et d'ailleurs je n'insiste pas. Il me restera de cette aventure un vif int&#233;r&#234;t pour tout ce qui roule sur terre ou vole dans l'air, que ce soit gr&#226;ce au charbon ou au p&#233;trole. Serait-ce pour cela que je deviendrai un jour ing&#233;nieur ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Y a d'la joie (Jeannine K.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article922</link>
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		<dc:date>2012-08-09T12:54:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Loisirs, jeux</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; 123 j'ai vu - Des seniors d'aujourd'hui racontent leur enfance d'hier &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; &#8211; Tu joues au b&#232;b&#232; ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; T'en as un ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Oui, regarde, un tout nouveau qui glisse bien. &lt;br class='autobr' /&gt; J'exhibe un superbe morceau de bois bien lisse ; il ne quitte jamais ma poche durant la p&#233;riode du b&#232;b&#232;. Nous tra&#231;ons sur le trottoir, &#224; la craie, des carr&#233;s superpos&#233;s num&#233;rot&#233;s jusqu'&#224; huit. Le num&#233;ro neuf est le paradis. On lance le bout de bois dans un carr&#233;, puis (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L99xH150/arton922-28012.jpg?1779361348' width='99' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article530' class='spip_in'&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; 123 j'ai vu - Des seniors d'aujourd'hui racontent leur enfance d'hier &#187;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tu joues au b&#232;b&#232; ? &lt;br&gt;
&#8211; T'en as un ?&lt;br&gt;
&#8211; Oui, regarde, un tout nouveau qui glisse bien. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'exhibe un superbe morceau de bois bien lisse ; il ne quitte jamais ma poche durant la p&#233;riode du b&#232;b&#232;. Nous tra&#231;ons sur le trottoir, &#224; la craie, des carr&#233;s superpos&#233;s num&#233;rot&#233;s jusqu'&#224; huit. Le num&#233;ro neuf est le paradis. On lance le bout de bois dans un carr&#233;, puis en sautant sur un pied on va d'une case &#224; l'autre, en &#233;vitant celle o&#249; se trouve le b&#232;b&#232; qu'on r&#233;cup&#232;re au passage, sans toucher les lignes ni perdre l'&#233;quilibre. La partie se gagne surtout par l'habilet&#233; &#224; lancer le b&#232;b&#232; au bon endroit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France ce jeu s'appelle la Marelle, &#224; Li&#232;ge le Tah&#232;, &#224; Bruxelles le B&#232;b&#232;. Les filles s'y amusent pendant des heures et, si un gar&#231;on vient se joindre &#224; elles, c'est parce qu'il n'a pas trouv&#233; de copain disponible pour les billes ou le ballon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la rue, nous sommes une petite bande d'enfants du m&#234;me &#226;ge &#224; jouer le plus souvent &#224; l'ext&#233;rieur, &#224; profiter de cet espace naturel qui nous semble sans limites et sans danger. Le quartier est situ&#233; en lisi&#232;re de campagne. Aucun perturbateur, pas de voiture. Parfois les charrettes &#224; cheval des fournisseurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Allez jouer ailleurs. Regardez ce que vous avez fait&#8230;&lt;br&gt; Certains propri&#233;taires hostiles ne supportent pas que l'on salisse leurs trottoirs d&#233;j&#224; &#233;prouv&#233;s par le passage continu des patins &#224; roulettes, jeu dans lequel nous sommes pass&#233;s ma&#238;tres. Les roues en m&#233;tal griffent les pav&#233;s et le bruit agace les oreilles sensibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Chiche que tu n'oses pas sonner &#224; la porte du tailleur.&lt;br&gt;
&#8211; J'ose pas c'est toi qui le dis. Je l'ai d&#233;j&#224; fait. &lt;br&gt;
&#8211; Oui mais aux trois sonnettes en m&#234;me temps &#8230;&lt;br&gt;
&#8211; D'accord mais ne me laissez pas tomber, hein ?&lt;br&gt;
&#8211; Vite vite courez&#8230; elle a sonn&#233;&#8230;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;motion, la peur d'&#234;tre pris sur le fait et la fiert&#233; d'avoir os&#233; se m&#234;lent alors au plaisir d'imaginer la t&#234;te de la victime que nous n'avons jamais l'occasion de guetter tant nous sommes press&#233;s de nous sauver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Nous avons choisi un terrain vague de la rue Thiernesse. Un d&#233;but de fondation pour une future maison a laiss&#233; b&#233;ant un &#233;norme trou. Cet endroit est pour nous un lieu d'escalade et la base d'un campement pompeusement baptis&#233; &#171; le kot &#187; gr&#226;ce &#224; une cabane situ&#233;e au fond du terrain. Elle sera rapidement transform&#233;e en &#171; Q.G. &#187; (Quartier G&#233;n&#233;ral ). Toutes les d&#233;cisions concernant &#171; la bande &#187;, les jeux, les batailles avec les gosses des autres rues, les escapades vers le bois du Scheutbos, se d&#233;roulent au &#171; kot &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La trottinette est tr&#232;s appr&#233;ci&#233;e : deux roues aux gros pneus en caoutchouc, jointes par une planchette sur laquelle peuvent facilement se placer deux enfants. Un guidon, h&#233;las sans frein, nous permet de diriger l'engin dans les virages. Le pied commande l'acc&#233;l&#233;ration et les man&#339;uvres de blocage. Nous participons &#224; des courses de vitesse autour du p&#226;t&#233; de maisons o&#249; nous sommes autoris&#233;s &#224; nous d&#233;placer. &lt;br&gt;
Et puis catastrophe &#8230; Un jour de course particuli&#232;rement effr&#233;n&#233;e privil&#233;giant les d&#233;nivellations de certains trottoirs, mon fr&#232;re et moi, &#224; deux sur la trottinette, ne pouvons esquiver l'obstacle : chute spectaculaire sur le sol rugueux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant les mois d'&#233;t&#233;, les plus grands organisent des joutes de &#171; balle-chasseur &#187;. Il faut &#234;tre nombreux. Chaque camp doit atteindre avec le ballon les jambes de ceux du camp adverse. C'est l'occasion de faire la paix avec les gosses de la rue Jacques Manne, qui ne ratent aucun pr&#233;texte pour nous provoquer et saboter les installations du kot. Ensuite ce sont les parties de cache-cache palpitantes au milieu des champs qui s'y pr&#234;tent particuli&#232;rement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les filles sortent leurs poup&#233;es. Les petites mamans les c&#226;linent, &#233;chafaudent des histoires de maladies, de probl&#232;mes scolaires, de punitions s&#233;v&#232;res. Elles reproduisent en quelques minutes tout le quotidien des parents. Pour ma part je poss&#232;de un superbe landau de style anglais dans lequel j'installe mon b&#233;b&#233; pr&#233;f&#233;r&#233; bien au chaud sous un remarquable couvre-lit garni de broderie anglaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous faisons aussi des concours de dext&#233;rit&#233; &#224; la balle. Nous en lan&#231;ons une ou deux &#224; la fois contre un mur en r&#233;alisant une s&#233;rie de figures compliqu&#233;es. Nous mesurons l'habilet&#233; des mouvements et confrontons les progr&#232;s de chacune :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Regarde &#8230;Regarde&#8230;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avoue que je m'exerce r&#233;guli&#232;rement en solitaire afin de ne pas perdre la face&#8230;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La corde &#224; sauter conna&#238;t par p&#233;riodes un franc succ&#232;s. Nous passons des heures et des heures &#224; faire des bonds de plus en plus hauts ou &#224; tourner la corde rapidement, ex&#233;cutant diff&#233;rents moulinets et fantaisies acrobatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis vient le temps du cerceau qui nous fait courir &#224; perdre haleine. Mon cerceau est en bois, l&#233;ger et de belle circonf&#233;rence, exigeant une grande v&#233;locit&#233;. A l'aide d'une baguette, je le fais rouler, rectifie la trajectoire, acc&#233;l&#232;re ou ralentis le rythme. A cette &#233;poque nous ne pensons pas &#224; le faire tourner autour de la taille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon fr&#232;re et moi avons la permission de sortir avec le phonographe portatif. C'est une valisette &#171; La voix de son ma&#238;tre &#187; qui permet, apr&#232;s avoir actionn&#233; la manivelle, de faire tourner des disques 78 tours en gomme laque. &lt;br&gt;
Evidemment ils sont tr&#232;s vite griff&#233;s ce qui provoque la r&#233;p&#233;tition ininterrompue de la derni&#232;re parole chant&#233;e. Assis en rond, nous &#233;coutons avec ravissement Charles Trenet et Maurice Chevalier : Y a d'la joie&#8230; Un ma&#231;on chantait une chanson&#8230; Prosper youp la boum Je suis swing&#8230;, derni&#232;re chanson &#224; la mode de Johnny Hess.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les 78 tours doivent &#234;tre manipul&#233;s avec douceur : ils se cassent au moindre choc et la chaleur les fait fondre et les d&#233;forme. Les aiguilles de phonographe s'usent tr&#232;s vite et ab&#238;ment les fragiles sillons. Si la manivelle n'est pas tourn&#233;e &#224; fond, la vitesse de lecture ralentit et l'audition devient p&#233;nible. Toutes ces pr&#233;cautions ne sont pas toujours respect&#233;es mais n'alt&#232;rent nullement notre plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque parent a une fa&#231;on particuli&#232;re de nous appeler quand l'heure est venue de r&#233;int&#233;grer nos domiciles. Mon p&#232;re siffle vigoureusement dans ses doigts : un long appel ininterrompu. La petite Monique r&#233;pond sans tarder &#224; un sifflement de sa maman modul&#233; en plusieurs tonalit&#233;s. La m&#232;re de Loulou utilise un sifflet de scout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir, je m'endors en repensant aux jeux de la rue. Ce sont alors mes parents qui passent des heures &#224; jouer au &#171; jacquet &#187;, englob&#233; dans un beau coffret en acajou &#224; l'int&#233;rieur recouvert de feutre vert. J'entends le roulement caract&#233;ristique des d&#233;s et le d&#233;placement sonore des pions en bois dans les cases. De temps en temps, l'exclamation approbative d'un beau coup me confirme que ce jeu-l&#224; doit &#234;tre passionnant. J'ai envie d'&#234;tre un peu plus grande pour en profiter moi aussi. Un fond musical rythme la soir&#233;e : Charles Trenet chante &#171; Y a d'la joie, y a d'la joie par dessus les toits&#8230; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Saint Nicolas d'antan (Bernadette B.)</title>
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		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>F&#234;tes</dc:subject>

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&lt;p&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; 123 j'ai vu - Des seniors d'aujourd'hui racontent leur enfance d'hier &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Les souvenirs les plus grandioses de mon enfance (je parle des ann&#233;es 50) sont les f&#234;tes de Saint-Nicolas. Je dis bien &#171; LES &#187; f&#234;tes, car il s'agissait de toute une s&#233;rie de festivit&#233;s, non pas commerciales comme aujourd'hui, mais plut&#244;t intimistes et familiales, tr&#232;s excitantes. La pression montait jusqu'au 6 d&#233;cembre et je crois bien qu'&#224; ce petit jeu (...)&lt;/p&gt;


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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article530' class='spip_in'&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; 123 j'ai vu - Des seniors d'aujourd'hui racontent leur enfance d'hier &#187;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les souvenirs les plus grandioses de mon enfance (je parle des ann&#233;es 50) sont les f&#234;tes de Saint-Nicolas. Je dis bien &#171; LES &#187; f&#234;tes, car il s'agissait de toute une s&#233;rie de festivit&#233;s, non pas commerciales comme aujourd'hui, mais plut&#244;t intimistes et familiales, tr&#232;s excitantes. La pression montait jusqu'au 6 d&#233;cembre et je crois bien qu'&#224; ce petit jeu les parents s'amusaient autant que les enfants !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers la mi-novembre, on commen&#231;ait &#224; se pr&#233;parer, &#224; s'efforcer d'&#234;tre sage pour que le grand Saint vienne, la nuit, d&#233;poser une friandise dans les pantoufles align&#233;es devant la chemin&#233;e. Si nous ne l'avions pas m&#233;rit&#233;, c'&#233;tait &#224; son terrible adjoint, P&#232;re Fouettard, de nous sanctionner. Je me souviens ainsi d'avoir d&#233;couvert au lever, &#224; la place de la douceur convoit&#233;e, une vulgaire baguette baignant dans un verre de vinaigre, ce qui me laissa fort mortifi&#233;e. Mais ce qui me sid&#233;ra fut de voir Maman, ignorant que je l'observais, se saisir du verre et en reverser le contenu dans sa bouteille de vinaigre : j'en restai fort perplexe&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les longues soir&#233;es d'automne se passaient &#224; chanter les ritournelles d'usage pour implorer la venue du grand Saint, tout en faisant des rondes endiabl&#233;es autour de Maman et parfois, le jeudi, autour de tante Jeanne. Toutes deux faisaient mine d'&#234;tre tr&#232;s occup&#233;es &#224; leurs travaux d'aiguilles mais stimulaient l'ardeur de nos invocations jusqu'au moment miraculeux o&#249; un d&#233;ferlement de noix, noisettes, bonbons, friandises nous tombait dessus. Tante Jeanne nous certifiait avoir vu une main gant&#233;e de blanc sortir de la chemin&#233;e ; elle en rajoutait m&#234;me, jurant ses grands dieux qu'elle avait vu s'enfuir la queue fourchue de P&#232;re Fouettard. Inutile de dire que notre &#233;motion &#233;tait grande !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un moment fort &#233;tait aussi celui de la r&#233;daction de la lettre &#224; Saint-Nicolas. Elle devait &#234;tre d&#233;pos&#233;e au pied de la chemin&#233;e la veille du 6 d&#233;cembre, dernier d&#233;lai ! On y apportait grand soin : les a&#238;n&#233;es, qui savaient d&#233;j&#224; &#233;crire, la r&#233;digeaient pour elles-m&#234;mes, puis pour les petits qui n'en &#233;taient pas encore &#224; ce stade mais avaient &#224; c&#339;ur d'apporter leur touche personnelle en dessinant le cadeau convoit&#233; afin d'&#233;viter toute m&#233;prise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et enfin, le grand jour arrivait. M&#234;me si nous bouillions d'impatience d&#232;s le petit matin, il fallait attendre que tout le monde soit debout et, au signal, on s'alignait derri&#232;re Papa, la plus jeune lui collant &#224; l'arri&#232;re-train, suivie des plus grands par rang d'&#226;ge, pour terminer par Maman. Papa prenait un malin plaisir &#224; parcourir ainsi toute la maison : il passait la t&#234;te dans une pi&#232;ce et lan&#231;ait de tonitruants &#171; OH ! &#187; de surprise qui nous faisaient bondir et pousser par l'arri&#232;re&#8230; Bien entendu, la pi&#232;ce se r&#233;v&#233;lait banale, sans la moindre trace de cadeaux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux fois, trois fois le sc&#233;nario se r&#233;p&#233;tait, en fonction des pi&#232;ces de la maison susceptibles d'avoir &#233;t&#233; choisies par le grand saint. Evidemment, c'&#233;tait la toute derni&#232;re du circuit qui &#233;tait la bonne. La curiosit&#233; avait &#233;t&#233; port&#233;e &#224; son paroxysme, si bien que le spectacle des cadeaux, jeux et friandises qui s'offrait &#224; nos yeux nous laissait &#233;merveill&#233;s. Le nombre et la vari&#233;t&#233; des couleurs y &#233;taient sans doute pour beaucoup, certainement plus que la valeur des cadeaux qui, &#224; l'&#233;poque, n'atteignaient pas les budgets d'aujourd'hui : c'&#233;tait un livre, un album &#224; colorier, un jeu de soci&#233;t&#233;, une bo&#238;te de couleurs, un plumier garni, une poup&#233;e&#8230; Tout faisait notre ravissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos premiers livres de Tintin furent ainsi des cadeaux de Saint-Nicolas : Monique re&#231;ut &#171; Le Lotus bleu &#187;, &#224; Ghislaine &#233;chut &#171; Le sceptre d'Ottokar &#187;, quant &#224; moi, c'est &#171; Tintin au Congo &#187; qui fit mon bonheur. J'&#233;tais encore loin d'imaginer &#224; l'&#233;poque &#224; quel point c'&#233;tait pour moi un clin d'&#339;il pr&#233;monitoire, puisqu'apr&#232;s mon mariage, j'eus la chance d'aller vivre en Afrique. Papa et Maman nous regardaient pousser des Oh ! et des Ah ! d'&#233;merveillement. Ils &#233;taient heureux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dimanche qui suivait, c'&#233;tait au tour de tante Jeanne d'apporter tout ce que le patron des enfants lui avait confi&#233; &#224; notre intention. Son filleul, L&#233;on, l'amenait en voiture : c'&#233;tait bien n&#233;cessaire, vu le nombre impressionnant de colis qui remplissaient le coffre et l'habitacle de la Fiat 500. Il e&#251;t &#233;t&#233; impossible pour elle de prendre le tram pour venir chez nous ce jour-l&#224;. A peine un petit bonjour, et hop !, ils disparaissaient tous deux au salon. Nous &#233;tions consign&#233;s dans la salle &#224; manger. La curiosit&#233; &#233;tait &#224; son comble et nous tentions, malgr&#233; tout, de regarder par la vitre de la porte donnant sur l'enfilade de la &#171; belle salle-&#224;-manger &#187; et du salon, mais Maman ou Papa montaient bonne garde. Enfin, tante Jeanne, flanqu&#233;e de L&#233;on, venait donner le feu vert !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai gard&#233; longtemps, jusqu'&#224; mon mariage je crois, la superbe poup&#233;e en biscuit qui ouvrait et fermait les yeux comme une coquette qu'elle &#233;tait, rev&#234;tue d'une robe f&#233;erique en tulle bleu et rose, la t&#234;te coiff&#233;e d'une capeline de teinte identique. Elle allait m&#234;me, supr&#234;me raffinement pour l'&#233;poque, jusqu'&#224; crier &#171; Maman &#187; quand on la ber&#231;ait d'avant en arri&#232;re&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, last but not least, c'&#233;tait au tour de mon parrain L&#233;on de nous convier chez lui aux r&#233;jouissances de la Saint-Nicolas. Outre l'assiette de friandises bien garnie, chacun avait droit &#224; un livre appropri&#233; &#224; son &#226;ge, et le fait d'&#234;tre sa filleule renfor&#231;ait &#224; mes yeux la valeur de mon cadeau. A l'heure actuelle, certains des livres re&#231;us de mon parrain figurent toujours en bonne place dans ma biblioth&#232;que et je lui en garde une reconnaissance attendrie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Il &#233;tait une fois un livre (Danielle W.)</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Education hors &#233;cole</dc:subject>
		<dc:subject>Loisirs, jeux</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; 123 j'ai vu - Des seniors d'aujourd'hui racontent leur enfance d'hier &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; Ah, ces histoires cont&#233;es par un Papa aimant ! Et ces pages tourn&#233;es par une enfant ravie d'entendre les mots qui racontent ! Parmi tous les livres de mon enfance, il en est un dominant tous les autres : &#171; Mitchi l'ourson &#187; ! Unique par sa taille, ses h&#233;ros, son intrigue. Savoureux par ce jaillissement d'&#233;motions provoqu&#233;es tout au long de la lecture. (...)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L99xH150/arton920-4332a.jpg?1779361348' width='99' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article530' class='spip_in'&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; 123 j'ai vu - Des seniors d'aujourd'hui racontent leur enfance d'hier &#187;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah, ces histoires cont&#233;es par un Papa aimant ! Et ces pages tourn&#233;es par une enfant ravie d'entendre les mots qui racontent ! Parmi tous les livres de mon enfance, il en est un dominant tous les autres : &#171; Mitchi l'ourson &#187; ! Unique par sa taille, ses h&#233;ros, son intrigue. Savoureux par ce jaillissement d'&#233;motions provoqu&#233;es tout au long de la lecture. L'intr&#233;pide &#171; Mitchi &#187; m'entra&#238;nait au c&#339;ur de la for&#234;t, &#224; la rencontre d'un univers magique o&#249; petites et grosses b&#234;tes se c&#244;toyaient, s'entraidaient, se fuyaient, se d&#233;voraient. Avec ce livre, m'a-t-on dit, j'accrus mon vocabulaire. Je me mis aussi &#224; construire mes premi&#232;res phrases. Sous forme d'onomatop&#233;e ou de mot solitaire, je nommai mes sensations de peur, surprise, enthousiasme, d&#233;sappointement. Je m'appropriai ainsi l'histoire autant que son support, le livre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette &#233;poque, les albums jeunesse ne figuraient dans aucune biblioth&#232;que. Pas plus, bien s&#251;r, que les animations autour du livre illustr&#233;. Heureusement, &#224; la maison, il me suffisait d'ouvrir une armoire pour d&#233;couvrir petits &#171; livres d'or &#187;, contes de Grimm ou de Perrault, albums du P&#232;re Castor&#8230; Il arrivait aussi qu'un conte pour adulte soit lu aux trois petites filles assises ci et l&#224; autour du p&#232;re qui doucement entamait la lecture de Maeterlinck ou d'Alphonse Daudet. Parfois, mon p&#232;re qui voulait s'amuser nous lisait une fable bruxelloise comique mais surtout vibrante de cet accent marollien parfaitement mis en sc&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme j'&#233;tais &#233;prise de livres d&#232;s le plus jeune &#226;ge, mes parents n'h&#233;sit&#232;rent pas &#224; m'inscrire en premi&#232;re ann&#233;e alors que j'allais seulement f&#234;ter mon cinqui&#232;me anniversaire. Le matin du 15 septembre 1952, j'enfilai pour la premi&#232;re fois cette sombre robe marine qui, pour rester nette, serait d&#232;s mon arriv&#233;e &#224; l'&#233;cole, couverte d'un grand tablier noir. Oscillant entre fiert&#233; et r&#233;serve, je fis mon entr&#233;e dans la classe de M&#232;re Saint Antoine de Padoue. Une trentaine de fillettes et une petite dizaine de gar&#231;onnets &#233;taient assis l&#224;, chacun &#224; son banc, silencieux, attentifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'apprentissage des six voyelles serait rapidement suivi des premi&#232;res consonnes. Au rythme d'un m&#233;tronome, nous lisions, &#224; tour de r&#244;le, les petites phrases st&#233;r&#233;otyp&#233;es des manuels scolaires : Remi a une rame. Papa fume la pipe. L&#233;a garde le b&#233;b&#233;&#8230; Pas question d'&#226;nonner ! Il fallait suivre la mesure du petit instrument &#224; pendule en d&#233;chiffrant les syllabes, voire les mots, avec exactitude et rapidit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fin de semaine, quand la ma&#238;tresse avait per&#231;u notre bonne volont&#233; mais aussi notre capacit&#233; &#224; int&#233;grer nouvelles lettres, nouveaux sons, nouveaux vocables, nous &#233;tions honor&#233;s d'une belle carte dor&#233;e accompagn&#233;e d'un TB en lecture. Nombreuses furent mes cartes d'excellence durant cette ann&#233;e. Peu importe si les ann&#233;es suivantes, elles prirent la couleur rose ou verte ! Au son de cloche signalant le retour &#224; la maison, je rangeais m&#233;thodiquement ce tr&#233;sor dans la petite poche avant de mon cartable. Arriv&#233;e chez moi, alors que je n'avais pas encore retir&#233; &#233;charpe et manteau, je brandissais, &#233;clatante de lumi&#232;re, mon troph&#233;e. A cet instant, j'oubliais tous mes efforts. Seuls restaient l'ivresse de l'apprentissage, le r&#233;confort du r&#233;sultat et le sourire heureux de mes p&#232;re et m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vite, je fus r&#233;compens&#233;e de ces progr&#232;s. En effet, mon p&#232;re ne tarda pas &#224; mettre dans mes mains la litt&#233;rature de la Comtesse de S&#233;gur. Les malheurs de Sophie ouvrirent la s&#233;rie. Aussi d&#233;su&#232;te que puisse appara&#238;tre aujourd'hui cette &#233;criture, je mordis &#224; pleines dents dans tous les romans de cette &#233;crivaine. Ses h&#233;ros devinrent mes compagnons de jour et de soir&#233;e. Qu'ils prennent la tenue de petites filles mod&#232;les ou d'une autre capricieuse, qu'ils surgissent en femme autoritaire ou en g&#233;n&#233;ral moustachu, qu'ils se complaisent en cousin fid&#232;le ou en diablotin, tous me fascinaient, me transportant de l'auberge au ch&#226;teau, de la route &#224; pied &#224; la diligence, de la crainte du fouet aux &#233;loges bienfaisants. La collection ne fut pas suffisamment &#233;toff&#233;e pour combler ma soif d'aventures et de relations imag&#233;es. Tous ces bouquins furent lus et relus. Parfois cach&#233;s sous la couverture quand mes parents jugeaient qu'il &#233;tait trop tard pour garder la lumi&#232;re allum&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi vint l'heure du camouflage. Dans les ann&#233;es qui suivirent celle o&#249; la lecture de tous les phon&#232;mes fut rendue accessible, je me d&#233;sint&#233;ressai progressivement des autres apprentissages. Plut&#244;t que d'&#233;tudier mes le&#231;ons, je saisissais mon roman qui, lorsque ma m&#232;re arrivait intempestivement dans ma chambre, glissait adroitement sous d'autres livres sortis tout droit du cartable. Ce petit sc&#233;nario resta toujours inconnu &#224; d'autres que moi. Pr&#233;cieux souvenir d'un temps g&#233;r&#233; comme je l'entendais, hors de toute directive, tout ennui, tout contr&#244;le. Mieux, je me sentais soutenue par ce pass&#233; encore proche o&#249; mon p&#232;re avait tout mis en &#339;uvre pour me donner le go&#251;t des mots, des histoires, des livres. Je ne voyais donc aucun inconv&#233;nient &#224; tricher de la sorte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des collections enti&#232;res d&#233;fil&#232;rent sous mes yeux. L'une d'entre elles, &#171; Belle Humeur &#187; portait un nom &#233;loquent, capable d'&#233;vacuer toute lassitude, morosit&#233;, aust&#233;rit&#233;. Certes, les livres furent mes compagnons les plus fid&#232;les. Gr&#226;ce &#224; eux, je ne me sentais jamais vraiment seule. Ma capacit&#233; d'identification &#233;tait sans mesure. Avec aisance, je me retrouvais dans tel personnage ou face &#224; lui, dans telle r&#233;plique ou en r&#233;ponse &#224; celle-ci, au c&#339;ur de telle aventure ou discr&#232;tement aux c&#244;t&#233;s de ce qui se vivait. Certains h&#233;ros avaient mes faveurs : l'enfant d&#233;muni, le jeune espi&#232;gle, la m&#233;chante femme, le professeur tyrannique. Tout mon rapport &#224; l'autorit&#233; se jouait au c&#339;ur de ces histoires que je buvais comme du petit lait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vint le jour o&#249; mon p&#232;re jugea que je pouvais aborder une autre litt&#233;rature. Le passage se fit douloureusement. Suscitant, au d&#233;part, peu d'&#233;motions, ces nouveaux romans me laiss&#232;rent d&#233;pit&#233;e. Jusqu'au moment o&#249; je d&#233;couvris Cesbron, Bazin, Mauriac. Avec eux, je retrouvais mes h&#233;ros pr&#233;f&#233;r&#233;s. Quel soulagement ! L'adolescente que j'&#233;tais devenue n'&#233;tait pas abandonn&#233;e par les Grands de la litt&#233;rature fran&#231;aise. Et le go&#251;t de la lecture reprit doucement &#8230;Tant&#244;t encourag&#233;e par un livre passionnant, tant&#244;t d&#233;senchant&#233;e par une contrainte scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dois-je rendre gr&#226;ce &#224; cette &#233;poque o&#249; ni la t&#233;l&#233;vision, ni les jeux vid&#233;o, ni l'Internet, ni les GSM ne pouvaient d&#233;tr&#244;ner la passion du livre ? Dois-je imaginer que le livre serait passe-temps d&#233;risoire si, en ce 21&#232;me si&#232;cle, j'&#233;tais enfant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, entrer dans une biblioth&#232;que ou une librairie est un plaisir. Acheter un livre est toujours un geste fort. Que ce soit pour moi ou pour l'offrir. Parmi tous les livres, les albums illustr&#233;s pour enfants occupent une place de choix. Quelle joie de voir mes petits-enfants me tendre un livre ! Quel r&#233;gal de saisir leur visage tout ouvert &#224; l'histoire qui se racontera ! Quel bonheur de sentir, au fil des pages tourn&#233;es adroitement par leurs petits doigts, la relation de proximit&#233; qui se noue entre eux et moi ! Quel enthousiasme enfin quand je constate leur pr&#233;f&#233;rence, celle de la lecture au DVD !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Le cin&#233;ma (Annie B.)</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Loisirs, jeux</dc:subject>

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&lt;p&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; 123 j'ai vu - Des seniors d'aujourd'hui racontent leur enfance d'hier &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; Le samedi apr&#232;s-midi, l'&#233;cole &#233;tait ferm&#233;e. Quel dommage, j'y serais bien all&#233;e, y compris le dimanche. Pour m'emp&#234;cher de faire des b&#234;tises durant ce demi-jour de cong&#233;, ma m&#232;re m'envoya d&#232;s mon plus jeune &#226;ge au cin&#233;ma, voir les films &#171; enfants admis &#187;. Il faut dire que juste en face du magasin que tenait ma m&#232;re, il y avait un cin&#233;ma. Ainsi me suffisait-il (...)&lt;/p&gt;


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		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article530' class='spip_in'&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; 123 j'ai vu - Des seniors d'aujourd'hui racontent leur enfance d'hier &#187;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le samedi apr&#232;s-midi, l'&#233;cole &#233;tait ferm&#233;e. Quel dommage, j'y serais bien all&#233;e, y compris le dimanche. Pour m'emp&#234;cher de faire des b&#234;tises durant ce demi-jour de cong&#233;, ma m&#232;re m'envoya d&#232;s mon plus jeune &#226;ge au cin&#233;ma, voir les films &#171; enfants admis &#187;. Il faut dire que juste en face du magasin que tenait ma m&#232;re, il y avait un cin&#233;ma. Ainsi me suffisait-il de traverser la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je recevais quelques pi&#232;ces de monnaie, de la caisse du magasin, pour me nourrir tant l'estomac que l'esprit. Munie de trois pi&#232;ces de 1 franc, de deux pi&#232;ces de 50 centimes et de quatre pi&#232;ces de 25 centimes (avec un trou au milieu), j'allais d'abord &#224; la p&#226;tisserie Ottoy, distante de 3-4 maisons. L&#224;, je commandais quatre &#171; piccolos &#187; l&#233;g&#232;rement sucr&#233;s &#224; 25 centimes l'unit&#233;, que je d&#233;gusterais pendant la projection en veillant &#224; ne pas abandonner de miettes sur mes v&#234;tements. Il me restait des sous pour payer les 1 franc 25 centimes de la place la plus ch&#232;re. Le solde des 5 francs devait &#234;tre remis &#224; ma m&#232;re sans en avoir perdu ou d&#233;pens&#233; plus que le prix des sandwichs mous et de la place de cin&#233;ma. Pas question de frisko !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le spectacle se d&#233;clinait en trois parties. En premi&#232;re partie, un pianiste, un chanteur ou un comique venait tristement gagner son cachet. Je n'aimais pas le piano dont le son discordant choquait mes oreilles enfantines. J'aimais encore moins le chanteur qui braillait tristement une ritournelle dont je ne comprenais pas les paroles et encore moins le sens. Quant au comique, je ne sais pas qui il faisait rire et certainement pas moi ! Que ces artistes pay&#233;s au cachet me semblaient courageux de venir sur sc&#232;ne se produire dans de si tristes levers de rideau. Mais enfin il fallait bien qu'ils vivent ! Donc je les applaudissais de toutes mes forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me partie, les actualit&#233;s, &#233;tait pr&#233;c&#233;d&#233;e par des publicit&#233;s rudimentaires dont la fin &#233;tait scell&#233;e par un sympathique petit noir qui vantait la marque d'un d&#233;licieux chocolat ! Les actualit&#233;s concernaient la plupart du temps des &#233;v&#233;nements politiques ou de la colonie, le Congo belge, dont je ne comprenais pas grand-chose sauf s'il &#233;tait question des fameux g&#233;n&#233;raux russes que je connaissais si bien par leurs images dans le Soir Illustr&#233;. Les actualit&#233;s &#233;taient d&#233;bit&#233;es d'une voix rocailleuse par un pr&#233;sentateur, probablement tr&#232;s expert mais diablement monocorde. L'entracte venait mettre un terme aux deux premi&#232;res parties. C'&#233;tait l'occasion d'acheter des b&#226;tons de cr&#232;me glac&#233;e qui m'&#233;taient interdits, par crainte des caries ! Mais j'en profitais pour franchir un rideau rouge d'une propret&#233; douteuse pour me rendre &#224; l'endroit d'aisances afin de me soulager avant le grand film.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, un lourd rideau de velours rouge s'ouvrait, l'&#233;cran s'illuminait pour la projection d'extraits du film de la semaine suivante, ensuite le grand film commen&#231;ait. Zorro muet jou&#233; par Douglas Fairbanks Senior. J'en avais plein les yeux. J'&#233;tais amoureuse de ce tr&#232;s bel homme qui sauvait les pauvres et les opprim&#233;s et enlevait sur son fougueux cheval noir la belle de l'histoire. Le d&#233;roulement de l'intrigue &#233;tait chaotique, la bande de projection &#233;tait de pi&#232;tre qualit&#233; et sautait aux moments les plus palpitants. La toile &#233;tait travers&#233;e de stries bizarres comme s'il pleuvait. Qu'&#224; cela ne tienne, je me sentais vivre les aventures de ce Zorro silencieux mais si expressif. La nuit, je me r&#234;vais accomplissant ses exploits, surtout contre le gros sergent Garcia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je restais en g&#233;n&#233;ral deux s&#233;ances, c'est-&#224;-dire toute l'apr&#232;s-midi. Je rentrais chez moi lorsque les lumi&#232;res de la rue &#233;taient d&#233;j&#224; allum&#233;es, dont le r&#233;verb&#232;re, plant&#233; devant la vitrine du magasin, dernier vestige d'une &#233;poque r&#233;volue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je devins incollable sur les titres et les acteurs de cette filmographie : les com&#233;dies musicales avec le couple form&#233; par Yvonne Printemps et Pierre Fresnay, les ballets aquatiques d'Esther Williams, les aventures de Tarzan avec Johnny Weissmuller et plus tardivement les films en couleurs comme &#171; Aladin et la lampe merveilleuse &#187; et le splendide &#171; Autant en emporte le vent &#187; avec Vivien Leight et Clark Gable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que de samedis insouciants pass&#233;s &#224; user mes fesses sur les si&#232;ges des salles obscures !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Jouets et jeux interdits (Annie B.)</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Education hors &#233;cole</dc:subject>
		<dc:subject>F&#234;tes</dc:subject>
		<dc:subject>Loisirs, jeux</dc:subject>

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&lt;p&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; 123 j'ai vu - Des seniors d'aujourd'hui racontent leur enfance d'hier &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; Mon p&#232;re, conscient de sa sant&#233; pr&#233;caire et des temps difficiles qui s'annon&#231;aient depuis son mariage en 1937, et de fa&#231;on encore plus pr&#233;occupante de la mont&#233;e du nazisme, voulait absolument assurer l'ind&#233;pendance &#233;conomique de son &#233;pouse. &lt;br class='autobr' /&gt;
Alors que jeune couple, ils louaient, chauss&#233;e d'Alsemberg &#224; Uccle, dans la partie commer&#231;ante de la rue, un petit (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot174" rel="tag"&gt;Loisirs, jeux&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L99xH150/arton918-d69e3.jpg?1779361348' width='99' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article530' class='spip_in'&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; 123 j'ai vu - Des seniors d'aujourd'hui racontent leur enfance d'hier &#187;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon p&#232;re, conscient de sa sant&#233; pr&#233;caire et des temps difficiles qui s'annon&#231;aient depuis son mariage en 1937, et de fa&#231;on encore plus pr&#233;occupante de la mont&#233;e du nazisme, voulait absolument assurer l'ind&#233;pendance &#233;conomique de son &#233;pouse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que jeune couple, ils louaient, chauss&#233;e d'Alsemberg &#224; Uccle, dans la partie commer&#231;ante de la rue, un petit appartement au-dessus d'un coiffeur, mon p&#232;re, expert-comptable de formation et de profession, envisageait l'achat d'une maison &#224; double usage : habitation et commerce, de mani&#232;re &#224; ce que son &#233;pouse puisse se livrer &#224; domicile &#224; des occupations commerciales dans le textile, domaine dans lequel elle avait d&#233;j&#224; travaill&#233; pendant plus de 11 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma conception, non d&#233;sir&#233;e d'apr&#232;s ma m&#232;re, parce que mon p&#232;re n'aimait pas les enfants, se fit en d&#233;but de guerre 1940-1945. Si mes calculs sont exacts, en me basant sur ma date de naissance, elle dut avoir lieu dans un frisson glac&#233; fin octobre 1941. Lorsque j'eus 18 mois, mes parents quitt&#232;rent le coiffeur pour occuper une maison avec un rez-de-chauss&#233;e commercial dans lequel furent am&#233;nag&#233;es deux pi&#232;ces &#224; l'avant pour une activit&#233; commerciale et deux pi&#232;ces &#224; l'arri&#232;re comme salle &#224; manger et cuisine. C'est l&#224; que je passai mon enfance et ma pr&#233;-adolescence et que je me livrai aux jeux habituels des enfants de cet &#226;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le commerce, ouvert en 1944, permettait &#224; ma m&#232;re de r&#233;int&#233;grer le circuit du travail et ce, de fa&#231;on ind&#233;pendante, et d'&#233;couler les productions textiles de son ancien patron, avec qui elle avait des relations privil&#233;gi&#233;es. Dans ce magasin, malgr&#233; les difficult&#233;s d'approvisionnement en temps de guerre, les femmes pouvaient acqu&#233;rir des denr&#233;es rares et co&#251;teuses comme des bas de soie, des combinaisons en satin, et des dessous de bonne facture. D'autre part, un d&#233;partement b&#233;b&#233; &#8211; enfants offrait des chaussons, des camisoles et des barboteuses assez mignonnes, bien que ch&#232;res. Et c'est pour ce commerce que je fus priv&#233;e des jouets de ma tendre enfance !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A chaque f&#234;te, Saint-Nicolas, No&#235;l, Nouvel An, mes grands-parents paternels m'offraient un jouet de qualit&#233;. Le premier, un d&#233;licat b&#233;b&#233; en porcelaine, dont la taille &#233;tait pareille &#224; la mienne, avait de bons gros yeux qui bougeaient dans leurs orbites et qui me donnaient l'impression de me regarder intens&#233;ment. H&#233;las &#171; mon b&#233;b&#233; &#187; me fut rapidement confisqu&#233; par ma m&#232;re qui estimait que ce cadeau &#233;tait beaucoup trop cher pour une enfant, que de plus il &#233;tait fragile et que j'allais &#224; coup s&#251;r le laisser tomber et le casser. C'est ainsi que &#171; mon b&#233;b&#233; &#187; fut mis en vitrine. Il servait de mannequin, habill&#233; des chaussons, camisoles et barboteuses, qui ensuite, lorsque le soleil avait quelque peu terni leur couleur, m'&#233;taient g&#233;n&#233;reusement attribu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me jouet qui entra fugacement dans ma vie fut une poup&#233;e, &#233;galement en porcelaine et tout aussi impressionnante par la taille que l'&#233;tait mon b&#233;b&#233;. Elle avait des cheveux blonds et une coiffure de Demoiselle, avec des boucles et un toupet, &#224; l'image des coiffures des &#233;l&#233;gantes de l'&#233;poque. Elle &#233;tait tr&#232;s bien habill&#233;e et chauss&#233;e : robe en organdi bleu, travaill&#233;e de volants, de guipures et de smocks. Ses pieds &#233;taient emprisonn&#233;s dans de fines chaussettes en coton blanc et des ballerines en d&#233;licat cuir blanc. Ses grands yeux bleus, un peu tristes, me regardaient avec l'expression muette d'un adieu imminent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effectivement, aussit&#244;t la f&#234;te pass&#233;e, ma poup&#233;e me fut reprise sous les m&#234;mes pr&#233;textes que pour mon b&#233;b&#233; : jouet trop grand, trop fragile et, en plus, ridicule pour une enfant de mon &#226;ge. Elle fut replac&#233;e temporairement dans sa bo&#238;te cadeau. Mais je ne fus pas dupe de la man&#339;uvre manipulatoire. Et je revis ma poup&#233;e vivre sa vie en vitrine, habill&#233;e de v&#234;tements d'enfants, alors qu'elle &#233;tait une princesse !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je compris que les jouets, ce n'&#233;tait pas pour moi. D&#232;s lors, je me r&#233;fugiai des heures dans les toilettes &#224; feuilleter les &#171; Soir Illustr&#233; &#187; install&#233;s en pile du c&#244;t&#233; gauche du cabinet. J'y passai de si longs moments que mes fesses finissaient par rester coll&#233;es &#224; la lunette du WC. Elles en sortaient toutes rouges et &#233;carlates lorsque les cinq doigts de la main frappeuse de ma m&#232;re s'y &#233;taient imprim&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me jouet-cadeau fut un nounours bourr&#233; de paille. Il avait une bonne t&#234;te avec ses yeux en forme de boutons de bottines. Il faisait b&#234;te de cirque clownesque v&#234;tu de son habit &#224; carreaux, sa cravate verte et son nez rouge. Je remerciai mes grands-parents tout en sachant obscur&#233;ment que ce nounours, comme les deux jouets pr&#233;c&#233;dents, prendrait le chemin de la vitrine pour y vivre une bizarre vie de nounours expos&#233; aux regards des clients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'eus &#224; ma souvenance plus de jouets comme cadeau, ma m&#232;re invoquant mon d&#233;sint&#233;r&#234;t pour le jeu. Par contre je continuai &#224; enrichir ma connaissance visuelle des g&#233;n&#233;raux russes figurant en bonne place, en noir et blanc dans les pages politiques du journal &#171; Le Soir &#187; et du &#171; Soir Illustr&#233; &#187;. Parfois, en cas de p&#233;nurie de rouleaux de papier toilette, ils finissaient leur brillante carri&#232;re de mani&#232;re peu glorieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;v&#233;nement heureux s'introduisit dans mes journ&#233;es peu ludiques, je fis la connaissance d'une petite fille de deux ans mon a&#238;n&#233;e, dont la m&#232;re &#233;tait une cliente assidue du magasin de lingerie fine que ma m&#232;re tenait de main de &#171; ma&#238;tresse &#187;. Elle s'appelait Henriette. Elle &#233;tait dot&#233;e d'un caract&#232;re jouette malgr&#233; ses six ans. J'avais sans doute une frimousse sympathique et je fus prise en amiti&#233; par sa m&#232;re qui convint avec la mienne que les apr&#232;s-midi du jeudi ou du samedi, Henriette aurait l'autorisation de venir jouer &#224; ma maison, dans le jardin, lorsque le temps le permettait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel plaisir ! Henriette avait une imagination cr&#233;atrice d&#233;bordante. Avec un rien elle organisait un jeu passionnant. Elle apportait le mat&#233;riel, vieux rideaux, caisse &#224; oranges, objets d&#233;glingu&#233;s d&#233;laiss&#233;s, et en faisait des merveilles : d&#233;guisements de princesse, grottes artificielles, &#8230; Nous nous entendions comme larrons en foire. Nous &#233;tions silencieuses et discr&#232;tes mais nous nous amusions beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je fus invit&#233;e chez Henriette pour y passer les apr&#232;s-midi pluvieux dans sa grande maison de ma&#238;tre, avenue Brugmann. La maman d'Henriette &#233;tait accueillante et me proposait toutes sortes de bonnes choses comme du chocolat, de la glace, des g&#226;teaux, des bonbons que je d&#233;clinais poliment en r&#233;pondant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Merci beaucoup, Madame, mais je n'aime pas trop les chocolats. Et puis c'est mauvais pour les dents, cela donne des caries !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais une petite fille mod&#232;le, ce qui fut dit &#224; ma m&#232;re en guise de f&#233;licitations. J'&#233;tais tellement propre, bien habill&#233;e, sage et disciplin&#233;e. Je ne maculais jamais mes v&#234;tements de taches, je ne faisais pas de faux plis dans mes habits et en plus je ne co&#251;tais pas cher en sucreries et autres friandises. Un beau jour, Henriette ne vint plus. Ma m&#232;re m'intima l'interdiction absolue de la revoir en d&#233;clarant s&#232;chement :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Henriette n'est pas une bonne fr&#233;quentation pour toi. Elle est menteuse et ressemble &#224; son p&#232;re qui est joueur et coureur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que cela signifiait ? Je ne comprenais rien mais j'en conclus dans ma t&#234;te d'enfant que tant les jouets que les jeux m'&#233;taient interdits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Longtemps plus tard, lorsque j'&#233;tais une adulte, je compris que ma m&#232;re, commer&#231;ante dans l'&#226;me, avait privil&#233;gi&#233;, en invoquant de mauvaises raisons, la vitrine du magasin &#224; mes jeux enfantins. Quant &#224; mon amie Henriette, il est vrai que son p&#232;re avait fait fondre le patrimoine de sa famille, quitte &#224; la plonger dans la ruine, en jouant de mani&#232;re compulsive, mais &#233;tait-ce suffisant pour me priver des jeux innocents avec Henriette ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Une longue langue (Moune)</title>
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		<dc:date>2012-08-08T09:49:26Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Ecole, &#233;tudes</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; 123 j'ai vu - Des seniors d'aujourd'hui racontent leur enfance d'hier &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Tu as une trop longue langue, Monique ! &#187; me crie l'institutrice. Moi, &#8230; une trop longue langue ? J'ai quatre ans et je ne sais pas ce que signifie cette expression. Etonn&#233;e, je regarde les enfants autour de moi. Ils rient d'un air moqueur. Je ne comprends pas ce qui m'arrive. Je porte la main &#224; ma bouche et je cherche ma langue. Je la t&#226;te, je la (...)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L99xH150/arton916-9d953.jpg?1779361348' width='99' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article530' class='spip_in'&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; 123 j'ai vu - Des seniors d'aujourd'hui racontent leur enfance d'hier &#187;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tu as une trop longue langue, Monique ! &#187; me crie l'institutrice. Moi, &#8230; une trop longue langue ? J'ai quatre ans et je ne sais pas ce que signifie cette expression. Etonn&#233;e, je regarde les enfants autour de moi. Ils rient d'un air moqueur. Je ne comprends pas ce qui m'arrive. Je porte la main &#224; ma bouche et je cherche ma langue. Je la t&#226;te, je la tire &#8230;si fort que ma salive coule sur mon chandail bleu et le mouille. Des yeux, je cherche un miroir. Il faut que je sache, que je la voie ! Je me l&#232;ve de table et me dirige vers la maison des poup&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; O&#249; vas- tu Monique ? &#187; hurle l'institutrice. Je me tourne vers elle en tremblant : &#171; Je veux regarder si ma langue a grandi , comment elle est longue&#8230; &#187; &#171; Tu te moques de moi, en plus ! &#187; me r&#233;pond la ma&#238;tresse dont le visage devient rouge &#233;carlate. &#171; Je vais te montrer, moi, de quelle longueur est ta langue !.....viens ici ! &#187; D'un pas mal assur&#233;, j'avance vers l'estrade o&#249; se trouve le bureau. Je ne suis &#224; l'&#233;cole maternelle que depuis trois mois et je n'aime pas du tout mon institutrice. Elle ne fait aucun effort pour m'int&#233;grer &#224; la classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant elle sait que je suis perturb&#233;e par les d&#233;m&#233;nagements successifs de mes parents. Nous sommes en 1953, en Allemagne. Je fr&#233;quente, pour la premi&#232;re fois, l'&#233;cole maternelle r&#233;serv&#233;e aux enfants des militaires des forces belges d'occupation. Papa change de garnison tr&#232;s souvent et nous en sommes &#224; notre sixi&#232;me d&#233;m&#233;nagement en quatre ans. J'ai &#224; peine le temps de m'adapter &#224; une maison, &#224; un quartier, &#224; des amis, qu'&#224; nouveau Maman fait les malles pour un nouvel endroit. C'est ainsi que je suis arriv&#233;e dans cette &#233;cole maternelle belge de Kassel en plein milieu de l'ann&#233;e scolaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis pourtant une gentille petite fille, je ne suis pas difficile, mais j'ai besoin de sentir autour de moi de l'affection, de l'attention et de la gentillesse. Ce n'est pas vraiment le cas dans cette classe ! Je d&#233;couvre, &#233;tonn&#233;e, des sentiments qui m'&#233;taient inconnus jusqu'ici : la peur, l'incompr&#233;hension, l'angoisse et la m&#233;chancet&#233;. J'ai pour les adultes beaucoup de respect. Mes parents m'ont appris &#224; &#233;couter, &#224; ob&#233;ir et &#224; &#234;tre polie. Mais je suis une petite fille curieuse et je pose beaucoup de questions. Trop sans doute !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Alors, c'est pour aujourd'hui ou pour demain ? &#187; crie la voix qui me ram&#232;ne &#224; la r&#233;alit&#233;. Je sens la g&#234;ne monter en moi. Mes mains deviennent moites. Je les essuie sur ma jupe &#233;cossaise esp&#233;rant trouver dans ce tissu &#233;pais la force suffisante pour faire les derniers pas qui me conduiront face &#224; cette grande personne en col&#232;re. D'un regard, je cherche aupr&#232;s de mes petits copains un encouragement, un mot ... Mais les enfants n'osent pas me regarder. Ils continuent leur bricolage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe sent la colle et la peinture. Derri&#232;re la vitre, j'aper&#231;ois les arbres d&#233;nud&#233;s et un oiseau qui s'envole. Je voudrais pouvoir le suivre et quitter cet endroit. Je me sens perdue. Les larmes commencent &#224; perler au coin de mes yeux. Je veux ma maman ! A quelques pas de moi, l'institutrice s'agite. Elle retire du fond de son armoire un grand carton rouge et de la ficelle. Avec sa paire de ciseaux, elle se met &#224; d&#233;couper dans le carton, une forme &#233;trange. Je m'approche. Qu'est ce que c'est ? Un poisson ? Une fleur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je l'observe avec crainte : elle est vieille, laide, grande, avec sur le sommet de la t&#234;te un petit chignon ridicule qui ressemble &#224; une prune et sur le bout de son grand nez crochu, des petites lunettes cercl&#233;es. Tandis que ses doigts s'ouvrent et se ferment et que les ciseaux crissent sur le carton, un petit sourire se dessine sur son visage. Peut-&#234;tre que je me trompe, elle me fait peut-&#234;tre une surprise ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m'approche encore et m'int&#233;resse &#224; son travail : &#171; Vous faites quoi, Madame ? &#187; &#171; Tu vas voir, ma petite, ce que je fais&#8230;tu vas voir ! Attends un peu que je termine ! &#187; Mes yeux sont fix&#233;s sur ce carton rouge. Je la vois faire deux trous avec sa perforatrice et passer une ficelle dans chacun d'eux. &#171; &#8230;..Ah, ah ,ah&#8230;..Je me demande si tu vas encore parler autant apr&#232;s ce que je vais te mettre autour du cou, mon enfant ! &#187; Ces mots sont dits avec une expression si &#233;trange que je me remets &#224; trembler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle se l&#232;ve et s'approche tr&#232;s pr&#232;s de moi. ...Je recule. ...Elle avance. &#8230;Je recule encore. Elle m'attrape par les &#233;paules et place ce grand carton rouge devant ma bouche, attache les ficelles derri&#232;re ma t&#234;te et serre bien fort. &#171; Tu te demandais ce que c'&#233;tait une longue langue ? Eh bien tu le sais maintenant ! Voil&#224;, c'est &#231;a, une longue langue : une langue qui n'arr&#234;te pas de parler, de s'agiter, qui me pose des questions sans arr&#234;t, une langue qui m'&#233;nerve !!! Tu vas rester ainsi devant la classe jusqu'&#224; midi. Vous voyez les enfants ? Et celui qui veut la m&#234;me, il n'a qu'&#224; me le dire. J'en ai encore beaucoup dans mon armoire, du carton rouge ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est ainsi que je me retrouve, &#224; quatre ans, humili&#233;e, d&#233;grad&#233;e, rabaiss&#233;e, diminu&#233;e, sans d&#233;fense, devant quinze enfants qui me regardent mi-amus&#233;s mi-effray&#233;s. Jamais je n'oublierai cette journ&#233;e. J'ai ressenti tant de haine ce jour-l&#224; pour cette femme &#224; qui les parents confiaient chaque jour leurs enfants. Toute ma scolarit&#233; en sera perturb&#233;e : je n'avais plus confiance dans les enseignants, je n'osais plus m'exprimer, je ne posais plus de questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce la raison pour laquelle j'ai choisi le m&#233;tier d'institutrice maternelle ? Je pense, en effet, qu'inconsciemment, j'ai voulu prouver que l'on pouvait &#234;tre diff&#233;rent avec les enfants, que le r&#244;le de l'enseignant est de donner confiance, de guider, d'aider chacun &#224; d&#233;couvrir la vie avec passion, avec gentillesse, avec int&#233;r&#234;t, avec partage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pas si longtemps, je racontais cette anecdote aux enfants de ma classe. Un petit gar&#231;on s'est lev&#233; et m'a dit : &#171; Mais pourquoi tu l'as pas arrach&#233;e, cette vilaine langue en carton rouge ? Moi, tu sais, si tu me fais &#231;a un jour, je serai tr&#232;s f&#226;ch&#233; et je m'en irai de ta classe ! &#187; &#171; Oui, Tom, tu as raison ! C'est ainsi que j'aurais d&#251; r&#233;agir, ne pas me laisser traiter ainsi ! Mais, &#224; cette &#233;poque, les enfants ne savaient pas qu'ils pouvaient r&#233;agir. On leur disait : &#171; Ob&#233;is &#224; la grande personne. Elle a toujours raison. &#187; Et on n'osait rien dire. On subissait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, &#8230;les temps ont chang&#233; !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le sac &#224; ouvrages (Lucienne E.)</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Ecole, &#233;tudes</dc:subject>
		<dc:subject>Couture, v&#234;tement</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; 123 j'ai vu - Des seniors d'aujourd'hui racontent leur enfance d'hier &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; En 1945, j'entrai en premi&#232;re ann&#233;e primaire. D'embl&#233;e, j'adorai l'&#233;cole. Un univers s'ouvrait &#224; moi. J'allais apprendre &#224; lire, &#233;crire et compter. Le plus attrayant &#233;tait la lecture. Toutes les histoires du monde &#224; ma port&#233;e ! Vous vous rendez compte ? J'&#233;tais curieuse de tout. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les choses se g&#226;t&#232;rent un peu en troisi&#232;me ann&#233;e. Le cours amusant et cr&#233;atif (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Couture, v&#234;tement&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L99xH150/arton915-b18e7.jpg?1779361348' width='99' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article530' class='spip_in'&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; 123 j'ai vu - Des seniors d'aujourd'hui racontent leur enfance d'hier &#187;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1945, j'entrai en premi&#232;re ann&#233;e primaire. D'embl&#233;e, j'adorai l'&#233;cole. Un univers s'ouvrait &#224; moi. J'allais apprendre &#224; lire, &#233;crire et compter. Le plus attrayant &#233;tait la lecture. Toutes les histoires du monde &#224; ma port&#233;e ! Vous vous rendez compte ? J'&#233;tais curieuse de tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les choses se g&#226;t&#232;rent un peu en troisi&#232;me ann&#233;e. Le cours amusant et cr&#233;atif de bricolage du vendredi apr&#232;s-midi fut remplac&#233; par &#171; les ouvrages &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de petits &#233;chantillons de coton blanc, nous apprenions les points endroit, arri&#232;re, les coutures anglaises, le placement de pi&#232;ce pour r&#233;parer un trou, les ourlets, le surfilage, &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus amusant pour moi &#233;tait la cr&#233;ation d'un &#171; album d'ouvrages &#187; o&#249; toutes ces pi&#232;ces laborieusement confectionn&#233;es se retrouvaient expos&#233;es comme dans un catalogue. On y apposait une l&#233;gende et m&#234;me de jolis dessins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un beau sac &#224; ouvrages enfermait le fruit de ces vendredis honnis. Le mien &#233;tait particuli&#232;rement esth&#233;tique. En toile beige brod&#233;e de fleurs au point de croix. Mon horreur de ces travaux de couture n'avait d'&#233;gal que l'enthousiasme de Maman qui excellait en ce domaine. Mon beau sac le prouvant &#224; souhait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pire &#233;tait &#224; venir : le tricot. D'abord des &#233;chantillons de diff&#233;rents points : mousse, jersey, c&#244;tes, point de riz, trou-trous, etc.. Et ces points qui s'&#233;chappaient malicieusement des aiguilles rendant la t&#226;che encore plus ardue !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s p&#233;nible aussi la confection de chaussettes d'un gris affreux avec quatre aiguilles qui ne tenaient pas en place. L'angle droit &#224; r&#233;aliser pour former le talon &#233;tait une terrible &#233;preuve de dext&#233;rit&#233;, la pointe pour couvrir les orteils n'&#233;tait pas mal non plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En classe, je chipotais, laissais tomber les points que la ma&#238;tresse r&#233;cup&#233;rait et le temps passait. Toute une strat&#233;gie pour combler ces heures difficiles. Je comptais sur les mains expertes de Maman pour finaliser les projets infernaux de cette ch&#232;re ma&#238;tresse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sixi&#232;me ann&#233;e, il lui vint l'horrible id&#233;e de nous faire tricoter un pull (on disait une &#171; blouse &#187;) en points ajour&#233;s. Travail de patience et d'adresse manuelle incompatibles avec cette enfant qui ne tenait pas en place. On me nommait d'ailleurs &#171; le mouvement perp&#233;tuel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois &#233;chantillons &#224; difficult&#233;s croissantes furent r&#233;alis&#233;s afin de choisir son mod&#232;le. Maman pr&#233;f&#233;rait bien s&#251;r le plus &#233;labor&#233; et insista fortement pour que je le choisisse.&lt;br&gt;
&#8211; Mais je n'y arriverai jamais ! &lt;br&gt;
&#8211; Ne t'inqui&#232;te pas, je t'aiderai. Ce point est vraiment le plus beau.&lt;br&gt;
J'arrive donc fi&#232;rement en classe avec un d&#233;but d'ouvrage parfait. Les c&#244;tes sont termin&#233;es et le joli motif s'&#233;talant sur huit rangs &#224; r&#233;p&#233;ter fait bien 10 cm. Merci Maman !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ma&#238;tresse qui n'&#233;tait pas n&#233;e de la derni&#232;re pluie :&lt;br&gt;
&#8211; Comme tu as bien travaill&#233; ! Viens sur l'estrade et montre &#224; la classe comment tu t'y es prise.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Catastrophe, je bl&#234;mis, mes jambes flageolent. Rassemblant ce qu'il me reste de courage, je m'ex&#233;cute et lis lentement d'une voix quelque peu tremblante, chaque ligne du descriptif des points ajour&#233;s : deux mailles ensemble, un jet&#233;, trois mailles endroits&#8230; J'ai laiss&#233; mon ouvrage sur mon pupitre. Surtout ne pas me mettre les aiguilles sous les bras et faire une d&#233;monstration pratique. Mon c&#339;ur bat la chamade. Je sens le sang me monter au visage. J'ai tr&#232;s chaud tout &#224; coup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ma&#238;tresse a d&#251; avoir piti&#233; de ma d&#233;tresse. Elle n'a rien exig&#233; d'autre que cette lecture didactique. Ouf ! sauv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la le&#231;on avait port&#233;. Ma m&#232;re pourrait avoir tous les d&#233;sirs esth&#233;tiques qu'elle voulait, plus jamais je ne m'engagerais dans des r&#233;alisations aussi p&#233;rilleuses avec un tel risque de honte &#224; la clef.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comble, c'est qu'aujourd'hui, j'adore tricoter et plus c'est compliqu&#233;, plus j'y prends plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Curieux, la nature humaine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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