<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
><channel xml:lang="fr">
	<title>Ages et transmissions</title>
	<link>https://agesettransmissions.be/</link>
	<description>Cr&#233;&#233;e en 97, Ages et Transmissions est une asbl pluraliste bruxelloise permettant aux a&#238;n&#233;s de jouer un r&#244;le actif dans la soci&#233;t&#233;. Elle est reconnue comme organisme d'&#233;ducation permanente par la F&#233;d&#233;ration Wallonie-Bruxelles.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>

	<image>
		<title>Ages et transmissions</title>
		<url>https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L144xH138/siteon0-31eb6.png?1776699249</url>
		<link>https://agesettransmissions.be/</link>
		<height>138</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Turbulences dans les champs de repos (H&#233;l&#232;ne H.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article640</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article640</guid>
		<dc:date>2009-11-30T15:07:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Deuils, mort</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Entre rire et pleurer &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Les cimeti&#232;res ont toujours exerc&#233; sur moi un attrait puissant. Si d'aventure je longe un de ces champs de repos, c'est plus fort que moi, il faut que je pousse la grille et que je fl&#226;ne parmi les tombes. Suivant mon humeur, je m'y ab&#238;me en r&#233;flexions horrifi&#233;es sur la mort qui finira par m'an&#233;antir ou bien j'exulte, comme si le fait d'&#234;tre vivante me donnait un avantage sur la multitude des (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique127" rel="directory"&gt;Entre Rire et Pleurer &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot140" rel="tag"&gt;Deuils, mort&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L97xH150/arton640-96c06.jpg?1776712217' width='97' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article569' class='spip_in'&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Entre rire et pleurer &#187;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Les cimeti&#232;res ont toujours exerc&#233; sur moi un attrait puissant. Si d'aventure je longe un de ces champs de repos, c'est plus fort que moi, il faut que je pousse la grille et que je fl&#226;ne parmi les tombes. Suivant mon humeur, je m'y ab&#238;me en r&#233;flexions horrifi&#233;es sur la mort qui finira par m'an&#233;antir ou bien j'exulte, comme si le fait d'&#234;tre vivante me donnait un avantage sur la multitude des tr&#233;pass&#233;s.&lt;br /&gt;
Souvent, il m'advient un incident, une aventure insolite. Au fil des ans, ma perception de l'in&#233;luctable fin de la vie a &#233;volu&#233;. De l'effroi, elle a gliss&#233; vers une acceptation sereine.&lt;br /&gt;
Je vais vous confier quelques-unes de ces visites m&#233;morables dont la palme de l'&#233;pouvante revient sans conteste &#224; une incursion dans l'ancien cimeti&#232;re de Laeken.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La matin&#233;e &#233;tait pluvieuse. Je pr&#233;parais une visite guid&#233;e que je devais mener dans ce quartier ponctu&#233; de petits joyaux architecturaux ind&#233;celables pour l'automobiliste press&#233;. L'une de ces merveilles est paisiblement assoupie dans l'ancien cimeti&#232;re, enserr&#233;e de monuments fun&#233;raires h&#233;t&#233;roclites. Il s'agit du ch&#339;ur gothique de l'ancienne &#233;glise paroissiale qui &#233;chappa seul &#224; la d&#233;molition du reste de l'&#233;difice. Apr&#232;s l'avoir rep&#233;r&#233;, je cherche mon chemin en direction du Penseur de Rodin. Oui oui, l'exemplaire original du c&#233;l&#233;brissime penseur poursuit ses r&#233;flexions sur la tombe de Jef Dillen, antiquaire-expert. C'est la statue m&#234;me qui quitta en 1922 l'emplacement qu'elle occupait face au Panth&#233;on.&lt;br /&gt;
Par hasard, j'arrive devant l'entr&#233;e des galeries souterraines. Un large plan inclin&#233; m'invite complaisamment &#224; descendre dans la crypte. Avec un frisson de curiosit&#233; je m'engage dans ce H.L.M. du repos &#233;ternel. Les murs sont quadrill&#233;s d'alc&#244;ves scell&#233;es &#224; jamais et d&#251;ment &#233;tiquet&#233;es. Rien que du beau monde. Toute l'aristocratie et la riche bourgeoisie du dix-neuvi&#232;me si&#232;cle s'y sont donn&#233; rendez-vous. Evocation de dentelles, froufrous, plastrons amidonn&#233;s, hauts-de-forme &#8230; Ces messieurs-dames ont go&#251;t&#233; &#224; tous les raffinements qu'offrent la fortune et la notori&#233;t&#233;, et les voici, empil&#233;s les uns sur les autres, dans une &#233;troite promiscuit&#233;. Quelques ornements de m&#233;tal dor&#233; s'&#233;caillent, des p&#233;tales de soie pleurent au pied d'un vase &#8230; Mais o&#249; sont les fastes d'antan ?&lt;br /&gt;
Je longe les galeries tout en d&#233;chiffrant les noms illustres et je me complais dans une songerie m&#233;lancolique. Vanitas vanitatum et omnis vanitas. Le clapotis r&#233;p&#233;titif d'une goutte d'eau interrompt ma r&#234;verie, et puis, tout s'acc&#233;l&#232;re. Le petit bruit sec et clair se r&#233;percute de galerie en galerie. L'&#233;cho s'amplifie, devient assourdissant. Je cours et mille &#233;chos de pas r&#233;sonnent dans la crypte. O&#249; est la sortie ? Le pi&#232;ge s'est referm&#233;, il n'y a plus de sortie. Je titube. Un peuple invisible mart&#232;le les dalles, &#233;merge de passages secrets. Mon c&#339;ur bat la chamade. Fuir ces tambours du n&#233;ant, cette glauque p&#233;nombre, retrouver le jour. A droite ? A gauche ? Je suffoque. La lumi&#232;re enfin ! Le plan inclin&#233; me d&#233;livre des spectres. Jamais je n'ai autant aim&#233; la pluie ti&#232;de et le parfum de l'air humide. Vivre ! Le visage battu par la pluie, des nuages plein les yeux. Vivre ! Cette plong&#233;e dans les souterrains de la mort porte ma conscience d'exister &#224; son paroxysme.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque temps plus tard, ce m&#234;me cimeti&#232;re m'entra&#238;na &#224; nouveau dans un pi&#232;ge impr&#233;vu.&lt;br /&gt;
Une amie japonaise quittait d&#233;finitivement la Belgique et j'avais imagin&#233; qu'une balade dans les environs du palais royal mettrait une note de solennit&#233; dans nos adieux. Je ne pouvais &#233;videmment passer outre au cimeti&#232;re de Laeken. C'est m&#234;me par l&#224; que nous commen&#231;&#226;mes la promenade. Oh, rien qu'un petit d&#233;tour, juste pour admirer l'auguste penseur.&lt;br /&gt;
Nous finissons par nous nous attarder devant des sculptures fun&#233;raires tr&#232;s &#171; dix-neuvi&#232;me &#187; qui expriment la douleur de la s&#233;paration avec un pathos appuy&#233;. L&#224;, deux bambins de bronze pars&#232;ment une dalle de marguerites. Plus loin, une &#233;pouse &#233;chevel&#233;e est &#224; jamais fig&#233;e dans un d&#233;sespoir - sinc&#232;re esp&#233;rons-le - au pied du buste de son mari, un bell&#226;tre &#224; la moustache conqu&#233;rante.&lt;br /&gt;
Aux confins du cimeti&#232;re, un petit groupe insolite bat la semelle. Curieuses, nous nous approchons. Parmi ces gens, un cam&#233;raman et son preneur de son recueillent les dires d'un quidam. D'une remise jaillit soudain une courtaude et solide jeune femme. Son accoutrement nous surprend : chauss&#233;e de rutilantes bottes jaune canari, le corps enti&#232;rement recouvert d'un &#233;pais tablier vert pomme du Cap avec gants assortis. Une aur&#233;ole de frisettes blondes donne &#224; sa silhouette une coquetterie qui d&#233;tonne avec son armure grotesque.&lt;br /&gt;
Et voici qu'arrive une voiture noire. Un petit homme couleur de suie en descend, ouvre le coffre et en sort bo&#238;tes et coffrets. L'assistance prend du recul et la demoiselle, assez impatient&#233;e, dispara&#238;t dans la remise suivie de l'homme en noir. Je comprends enfin ! Dans quelques minutes, elle va plonger ses gants verts dans les restes juteux d'un macchab&#233;e et en extraire quelques humeurs visqueuses aux fins d'analyses. Mon c&#339;ur se soul&#232;ve, je ne peux plus respirer. Il me semble que se propagent dans l'air des effluves naus&#233;euses. Ma d&#233;licate Japonaise n'a pas perdu contenance, mais son teint a vir&#233; au gris p&#226;le. Bien vite nous quittons le cimeti&#232;re et essayons d'oublier l'incident en admirant les beaut&#233;s a&#233;riennes de la Tour japonaise et des Serres royales.&lt;br /&gt;
Le lendemain, la gazette confirme mes suppositions. Nous avons assist&#233; aux pr&#233;mices de l'autopsie de Roger Gosset, le propri&#233;taire multimillionnaire des cigarettes Saint Michel. Le doute planait sur le caract&#232;re naturel de sa mort, soup&#231;on bient&#244;t lev&#233; par les r&#233;sultats des analyses.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un souvenir de plus, qui r&#233;sonne encore dans ma m&#233;moire :&lt;br /&gt;
J'ai quelques minutes &#224; perdre sur les douze coups de midi, en pleine canicule, et la grille du cimeti&#232;re d'Ixelles me fait un clin d'&#339;il engageant. Je quitte le cirque infernal de la circulation et p&#233;n&#232;tre dans la n&#233;cropole d&#233;serte. Quel repos d'arpenter lentement la longue all&#233;e rectiligne. Paix et s&#233;r&#233;nit&#233;. Soudain, des confins du cimeti&#232;re me parvient un roulement sourd. Le bruit est oppressant et mon malaise s'intensifie lorsque se pr&#233;cise l'apparition d'une silhouette d&#233;charn&#233;e qui, d'un pas m&#233;canique, tire un &#233;norme rouleau compresseur. Mon imagination s'emballe : la vision de l'ouvrier communal s'estompe et fait place &#224; l'all&#233;gorie du Temps qui poursuit sa marche inexorable, aplanissant tout sur son passage, insensible aux gesticulations des humains. L'apparition fantomatique s'&#233;loigne. Le silence et l'immobilit&#233; sont bient&#244;t r&#233;tablis. Je go&#251;te alors un moment de paix intemporel. Tout est aboli : joie, fureur, chagrin. Il n'y a plus qu'un pr&#233;sent dilat&#233;, inaccessible &#224; la fuite du temps.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ultime spasme de d&#233;go&#251;t que j'ai &#233;prouv&#233; avant de me dire &#171; Suffit, maintenant ! Jouissons du pr&#233;sent ! &#187; eut pour th&#233;&#226;tre un paisible cimeti&#232;re perdu dans le Lot, &#224; Rouffiac pr&#233;cis&#233;ment.&lt;br /&gt;
Par une agr&#233;able journ&#233;e d'&#233;t&#233;, mes amis fran&#231;ais m'emm&#232;nent en promenade. &#034;Nous passerons par le cimeti&#232;re o&#249; est enterr&#233;e Poupette&#034;. La campagne rayonne sous le soleil de juillet et nous nous reposons quelques instants &#224; l'ombre du mur de l'enclos en &#233;voquant Poupette qui fut une d&#233;licieuse vieille dame. Personne dans ce cimeti&#232;re de la France profonde, sauf deux ouvriers qui cassent la cro&#251;te. Ils viennent d'&#244;ter la plaque qui scellait un caveau. Incorrigible, tout en croquant ma pomme, je glisse un regard indiscret dans la cavit&#233; b&#233;ante. Un cercueil flotte de guingois sur une eau noire et lisse. Sur un coin du cercueil s'&#233;panouit une touffe de champignons. Apr&#232;s cela, il me devient difficile de go&#251;ter le charme de la balade.&lt;br /&gt;
D&#233;cid&#233;ment, cela suffit ! D&#233;sormais, j'extrairai la quintessence du moment pr&#233;sent . Non ! Je n'irai plus soulever immonde couvercle. Soleil, amis, chant de l'alouette, vous seuls &#234;tes vrais !&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai fini par l'apprivoiser, la camarde. Tout b&#234;tement, sans pr&#233;avis, au cours d'une balade. Isol&#233;e parmi les herbes folles du talus se dressait la hampe dess&#233;ch&#233;e d'une fleur de l'&#233;t&#233; finissant. Je me suis arr&#234;t&#233;e et je l'ai contempl&#233;e, longuement, les larmes aux yeux, envahie par une &#233;vidence paisible. Fleur, elle avait v&#233;cu, donn&#233; sa beaut&#233;, nourri l'insecte, dispers&#233; sa semence et puis, dans le vent ti&#232;de, s'&#233;tait dess&#233;ch&#233;e. Autour d'elle, la vie continuait, imperturbable.&lt;br /&gt;
Je n'ai plus peur de mourir. Je suis fleur, pr&#233;cieuse et &#233;ph&#233;m&#232;re.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mort transfigur&#233;e, apais&#233;e et tellement belle, je l'ai rencontr&#233;e sur le mont Loz&#232;re, dans les C&#233;vennes. Sur ce plateau immense o&#249; l'horizon partage le bleu du ciel et l'or de la steppe, il est un tr&#232;s ancien village quasi d&#233;sert et &#224; demi ruin&#233;. Le sentier longe un jardinet enserr&#233; dans un muret de granit. Poireaux, bettes et navets y poussent avec luxuriance et, tout au milieu, dans un joyeux fouillis de fleurs multicolores, deux st&#232;les sont blotties l'une contre l'autre. Les &#233;poux Pellequer reposent c&#244;te &#224; c&#244;te, dans le plus fabuleux des cimeti&#232;res, leur tombe semblable &#224; un vaisseau immobile voguant vers l'infini.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un petit pois, dur &#224; avaler (Johanna)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article639</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article639</guid>
		<dc:date>2009-11-30T15:02:07Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Ecole, &#233;tudes</dc:subject>
		<dc:subject>Maladie, handicap</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Entre rire et pleurer &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Au cours de mon enfance, de mon adolescence et jusqu'&#224; l'&#226;ge de 16 ans, j'&#233;tais afflig&#233;e d'un grave d&#233;faut de prononciation. Il m'&#233;tait impossible de prononcer le son &#171; s &#187;. Il sortait de mes l&#232;vres un bruit bizarre qui ressemblait vaguement au son &#171; ch &#187; . Mon souffle, au lieu de venir par le milieu des l&#232;vres, se glissait avec un son affreux par ma joue droite. Je parlais vraiment tr&#232;s mal. &lt;br class='autobr' /&gt;
En (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique127" rel="directory"&gt;Entre Rire et Pleurer &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot142" rel="tag"&gt;Ecole, &#233;tudes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot155" rel="tag"&gt;Maladie, handicap&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article569' class='spip_in'&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Entre rire et pleurer &#187;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Au cours de mon enfance, de mon adolescence et jusqu'&#224; l'&#226;ge de 16 ans, j'&#233;tais afflig&#233;e d'un grave d&#233;faut de prononciation. Il m'&#233;tait impossible de prononcer le son &#171; s &#187;. Il sortait de mes l&#232;vres un bruit bizarre qui ressemblait vaguement au son &#171; ch &#187; . Mon souffle, au lieu de venir par le milieu des l&#232;vres, se glissait avec un son affreux par ma joue droite. Je parlais vraiment tr&#232;s mal.&lt;br /&gt;
En classes primaires, cela pouvait passer. J'&#233;tais petite, mes ma&#238;tresses et mes compagnes croyaient qu'&#233;tant de parents flamands, il s'agissait de mon accent du nord.&lt;br /&gt;
Apr&#232;s mes &#233;tudes primaires, je suis entr&#233;e &#224; l'&#233;cole professionnelle Marie-Th&#233;r&#232;se de Li&#232;ge, en coupe couture. Mais, je voulais apprendre &#224; dessiner&#8230;&lt;br /&gt;
Avoir 16 ans &#233;tait la condition requise pour s'inscrire aux cours de dessin de l'Acad&#233;mie des Beaux-Arts. D&#232;s que j'eus atteint cet &#226;ge, tout en continuant mes &#233;tudes, je me suis inscrite aux cours du soir &#224; l'Acad&#233;mie. Ces cours se donnaient chaque jour de 18 &#224; 21 heures. Dix filles et cinquante gar&#231;ons de tous &#226;ges formaient notre classe. Avec mes 16 ans, j'&#233;tais une des plus jeunes. Je ne savais pas dessiner, mais j'avais le d&#233;sir d'apprendre.&lt;br /&gt;
Le cours du soir &#224; l'Acad&#233;mie &#233;tait tr&#232;s calme, nous &#233;tions tous occup&#233;s toute la journ&#233;e par nos &#233;tudes et certains par leur travail. Nous dessinions en silence, seul &#233;tait perceptible le crissement des fusains sur le papier. L'atmosph&#232;re &#233;tait tr&#232;s reposante et agr&#233;able. Les grandes salles et les longs couloirs agr&#233;ment&#233;s de nombreuses &#339;uvres de la statuaire grecque, &#233;clair&#233;es par des spots sous diff&#233;rents angles, donnaient &#224; l'Acad&#233;mie une impression de temple des Arts o&#249; je me sentais heureuse.&lt;br /&gt;
Un soir, un &#233;l&#232;ve de la classe vint vers moi. Il me demanda en pr&#234;t un instrument de dessin dont il &#233;tait d&#233;pourvu. J'en avais besoin et j'ai refus&#233;. C'&#233;tait un jeune gar&#231;on de mon &#226;ge, il &#233;tait petit et pas tr&#232;s beau. Pour me vexer il a dit tr&#232;s haut &#171; toi tu parles avec un petit pois sous ta langue &#187;. Des t&#234;tes se lev&#232;rent, des visages se tourn&#232;rent vers moi. Dans le silence de notre classe, tous avaient entendu. J'&#233;tais si honteuse qu'&#224; l'instant m&#234;me, j'ai pris la d&#233;cision de me corriger.&lt;br /&gt;
En ce temps-l&#224;, pas de logop&#232;des, je n'avais aucun espoir d'&#234;tre aid&#233;e, je ne pouvais compter que sur moi-m&#234;me. Depuis longtemps je gardais dans un tiroir de mon bureau, une coupure d'un journal quelconque o&#249; il &#233;tait question du d&#233;faut de prononciation dont j'&#233;tais afflig&#233;e. On y donnait le conseil d'essayer de prononcer le son &#171; s &#187; devant la flamme d'une bougie. L'inclinaison de la flamme indiquait que le son devenait pur. J'avais certes essay&#233; le truc l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, mais je n'avais obtenu aucun r&#233;sultat. La bougie allum&#233;e et la terrible phrase : &#171; si six scies scient six cigares, six cent scies scieront six cents cigares &#187; restaient pourtant mon seul espoir &lt;br /&gt;
Devant ma famille, je n'osais rien tenter. La nuit quand tous dormaient, je montais au grenier et je m'exer&#231;ais &#224; la lueur d'une bougie. Je voulais y arriver.&lt;br /&gt;
Ce d&#233;faut de prononciation avait rendu mon enfance et surtout ma jeunesse bien tristes. Je n'osais pas parler. Je m'exprimais le moins possible, seulement quand j'y &#233;tais oblig&#233;e. Et m&#234;me &#224; ce moment-l&#224;, je cherchais pour mes r&#233;ponses des synonymes, des mots sans le son &#171; s &#187; , ce qui n'&#233;tait pas toujours possible. Aussi je passais pour une fille extr&#234;mement timide et trop r&#233;serv&#233;e. J'avais peu d'amies, celles qui me supportaient. Mais &#224; pr&#233;sent c'&#233;tait grave. Voil&#224; qu'un jeune homme, petit et laid, s'&#233;tait moqu&#233; de moi, ouvertement, devant toute la classe. C'est pourtant gr&#226;ce &#224; lui que ma vie a chang&#233;. Il a donn&#233; &#224; ma fiert&#233;, le coup n&#233;cessaire qui m'a insuffl&#233; le courage et la volont&#233; de me corriger.&lt;br /&gt;
Apr&#232;s plusieurs nuits de travail acharn&#233;, le son &#171; s &#187; commen&#231;a &#224; se faire entendre. Tr&#232;s mal d'abord et ensuite le son devint plus pur. La flamme de ma bougie s'inclinait de plus en plus. Par la m&#234;me occasion, j'ai m&#234;me appris &#224; siffler, et croyez-moi, il faut de l'entra&#238;nement&#8230;Vous auriez d&#251; me voir, &#224; l'&#226;ge de 16 ans, la nuit dans le grenier, sifflant comme un serpent, devant la flamme d'une bougie. &lt;br /&gt;
Vint le jour heureux o&#249; j'ai pu me d&#233;barrasser de ma bougie, je n'avais plus besoin de faire des exercices, je parlais correctement. Les six cents scies sci&#232;rent leurs six cent cigares all&#232;grement. Mais le plus difficile restait &#224; faire. Avoir le courage de me mettre &#224; parler correctement devant les autres. Et cela du jour au lendemain. Seule dans ma chambre, j'&#233;tais capable de prononcer tous les sons, tous les mots, des phrases enti&#232;res. Mais devant autrui, j'avais une sorte de honte, de crainte, il fallait que je me lance.&lt;br /&gt;
J'ai commenc&#233; devant ma famille &#224; la maison. Je pris la parole, d'un seul coup et avec beaucoup d'application devant papa, maman et mon fr&#232;re. Papa et maman n'y ont m&#234;me pas fait attention. Mais mon fr&#232;re en a laiss&#233; tomber sa fourchette ! Me regardant avec des yeux agrandis par l'&#233;tonnement, ne comprenant pas tr&#232;s bien ce qui avait chang&#233;, il s'&#233;cria : &#171; mais qu'est-ce qui te prend de parler tout &#224; coup comme une princesse ? &#187;. Les moqueries de mon fr&#232;re ne me touchaient pas et j'ai continu&#233; &#224; parler correctement &#224; la maison. Mais &#224; l'&#233;cole, je n'osais pas encore. Devant mes professeurs qui &#233;vitaient de m'interroger et devant mes compagnes, je restais silencieuse. Un jour notre professeur de litt&#233;rature &#233;tant absente, elle fut remplac&#233;e par une int&#233;rimaire. Des yeux, elle chercha sur la liste des &#233;l&#232;ves qu'elle ne connaissait pas encore, le nom d'une jeune fille qu'elle allait d&#233;signer pour venir lire tout haut sur l'estrade le texte d'un auteur c&#233;l&#232;bre. A ce moment j'ai souhait&#233; du fond du c&#339;ur &#234;tre choisie afin de commencer devant toute la classe, ma nouvelle vie. Le professeur cita mon nom et toute la classe &#233;clata de rire. Courageusement, je me suis avanc&#233;e et face &#224; toutes les &#233;l&#232;ves, j'ai lu tout le texte sans d&#233;raper une seule fois sur la prononciation. D&#232;s le d&#233;but de ma lecture, il se fit un silence &#233;tonnant. Mes compagnes m'&#233;coutaient avec une attention soutenue. Ma lecture termin&#233;e, toutes les &#233;l&#232;ves se sont lev&#233;es et m'ont applaudie. On criait des bravos, je re&#231;u m&#234;me des baisers de la part de jeunes filles fort int&#233;ressantes qui jusqu'alors n'avaient jamais daign&#233; me regarder.&lt;br /&gt;
Mais, celle qui fut vraiment &#233;bahie ce fut notre professeur de litt&#233;rature int&#233;rimaire. Elle ne savait pas quelle bataille je venais de livrer contre moi-m&#234;me. Certes j'avais lu le texte correctement, mais elle ne comprenait pas une telle explosion de joie et d'admiration de toute une classe devant ma lecture. Et comme nous &#233;tions toutes espi&#232;gles, nous l'avons laiss&#233;e dans son ignorance et nous avons toutes &#233;clat&#233; de rire devant son air ahuri.&lt;br /&gt;
Mon jour de gloire et ma r&#233;compense ce fut &#224; la proclamation des r&#233;sultats du concours de dessin qui eut lieu &#224; No&#235;l &#224; l'acad&#233;mie des Beaux-Arts. J'&#233;tais la premi&#232;re. Alors que les meilleurs &#233;l&#232;ves du cours du jour obtenaient un 9, ce qui &#233;tait consid&#233;r&#233; comme merveilleux, je fus cot&#233;e 9.5 au cours du soir. Alors le jeune homme, petit et moche, dont j'ai pour toujours oubli&#233; le nom, a fait tout haut une nouvelle r&#233;flexion : &#171; formidable &#187; s'&#233;cria-t-il, &#171; non seulement mademoiselle Plancke est parvenue &#224; avaler le petit pois qu'elle avait sous la langue, mais en plus, elle est notre porte-drapeau &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les prisonniers russes (Johanna P)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article638</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article638</guid>
		<dc:date>2009-11-30T14:57:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Solidarit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre 40-45</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Entre rire et pleurer &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est 16 heures en ce bel apr&#232;s-midi d'automne 1944 ; c'est l'heure de la sortie des &#233;coles. J'ai onze ans, je porte ma mallette d'&#233;coli&#232;re &#224; la main et je suis &#233;tonn&#233;e de voir un attroupement inhabituel sur le trottoir de la rue Hors-Ch&#226;teau. &lt;br class='autobr' /&gt;
Des curieux observent avec beaucoup d'int&#233;r&#234;t un car allemand &#224; l'arr&#234;t. Celui-ci transporte des prisonniers russes. Le chauffeur allemand descend et se (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique127" rel="directory"&gt;Entre Rire et Pleurer &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot163" rel="tag"&gt;Solidarit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot191" rel="tag"&gt;Guerre 40-45&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L97xH150/arton638-551da.jpg?1776712217' width='97' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article569' class='spip_in'&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Entre rire et pleurer &#187;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Il est 16 heures en ce bel apr&#232;s-midi d'automne 1944 ; c'est l'heure de la sortie des &#233;coles. J'ai onze ans, je porte ma mallette d'&#233;coli&#232;re &#224; la main et je suis &#233;tonn&#233;e de voir un attroupement inhabituel sur le trottoir de la rue Hors-Ch&#226;teau. &lt;br /&gt;
Des curieux observent avec beaucoup d'int&#233;r&#234;t un car allemand &#224; l'arr&#234;t. Celui-ci transporte des prisonniers russes. Le chauffeur allemand descend et se dirige vers des bureaux d'une administration, quelques dossiers &#224; la main. Les prisonniers russes sont sous la surveillance d'un soldat. Il se tient debout &#224; l'avant du v&#233;hicule, parfaitement immobile, le fusil &#224; la main et observe attentivement ses prisonniers. Ceux-ci, la t&#234;te baiss&#233;e, n'osent faire aucun mouvement. Quelques passants compatissants ont achet&#233; des fruits dans le petit magasin tout proche. Ils attendent au bord du trottoir avec l'espoir de pouvoir monter dans le car et offrir leurs quelques cadeaux alimentaires aux prisonniers. Mais personne n'ose s'aventurer, tous ont peur&#8230;&lt;br /&gt;
Une dame me d&#233;barrasse de ma mallette d'&#233;coli&#232;re et me met dans les mains son sac de pommes. Elle me dit : &#171; Vas-y toi, tu es une petite fille, le soldat allemand ne te fera rien &#187;. A mon tour, j'h&#233;site ; je regarde la sentinelle, elle ne bouge pas. Elle est l&#224;, toute raide tenant son fusil pos&#233;. Mais ses yeux me regardent et je vois un regard jeune et bleu. Je n'ai plus peur car j'ai lu dans ses yeux la douceur et l'amusement. Je monte avec mon sac de pommes, passe sans crainte devant le soldat allemand. Maintenant, je suis tout pr&#232;s des prisonniers russes. Je ne vois d'eux que leurs cr&#226;nes ras&#233;s car t&#234;te baiss&#233;e, ils n'ont pas un regard pour moi, pas un geste et le silence est total. C'est le r&#232;gne de la peur&#8230; Je pr&#233;sente une premi&#232;re pomme &#224; un prisonnier. Avec une vitesse incroyable il me l'arrache des mains et le fruit dispara&#238;t dans l'&#233;chancrure de sa chemise. Et chacun d'eux agit de fa&#231;on identique. A ma descente de car, je suis accueillie par des cris de joie. Tous les Belges qui attendaient n'ont plus peur ; ils montent tous joyeusement et distribuent leurs fruits et leurs sourires.&lt;br /&gt;
Le lendemain, &#224; la m&#234;me heure, je sors de l'&#233;cole ; le car est &#224; nouveau l&#224;, &#224; l'arr&#234;t. Les gens montent et distribuent leurs cadeaux. Je rentre &#224; la maison et je demande &#224; maman : &#171; Donne-moi de l'argent &#187;. &#171; Et pourquoi faire ? &#187; demande maman soup&#231;onneuse. &#171; C'est pour acheter un peu de nourriture pour les pauvres prisonniers russes &#187;. Et je raconte toute l'histoire &#224; la famille. Maman a &#233;t&#233; g&#233;n&#233;reuse ; pour mes d&#233;sirs d'enfant, elle ne me donnait jamais d'argent mais pour les prisonniers russes, j'ai re&#231;u, de sa part, un gros billet. Le lendemain, je vais &#224; l'&#233;cole serrant en poche ma richesse. J'entre dans l'&#233;picerie, allonge mon billet et demande des bordons, beaucoup de bordons de toutes les couleurs. J'adore les bordons &#8230; &lt;br /&gt;
Je garde en m&#233;moire le souvenir des jours heureux lorsque toute petite, je me rendais &#224; l'&#233;cole maternelle. C'&#233;tait le joyeux temps d'avant-guerre et chaque matin, maman me donnait 25 centimes, une belle pi&#232;ce trou&#233;e. Notre ma&#238;tresse, s&#339;ur Marie Eug&#233;nie, vendait des sucreries &#224; la r&#233;cr&#233;ation. Je revois la jeune et grosse religieuse circulant avec aisance entre les bancs. Il y avait dans la bo&#238;te en carton qu'elle portait et qu'elle appelait son petit magasin, tout un assortiment de friandises. Pour 25 centimes, j'avais le plaisir de choisir et j'&#233;changeais ma pi&#232;ce contre un bordon, longue friandise au go&#251;t de fruits. Chaque jour, je prenais une couleur diff&#233;rente : rouge, jaune, vert, orange&#8230; Je le su&#231;ais longuement et il s'affinait progressivement. C'&#233;tait bon et j'avais la joie de me mettre de la couleur partout : sur les l&#232;vres, sur la langue et sur les doigts qui devenaient collants ! &lt;br /&gt; Mais depuis la guerre, tout a chang&#233;, je suis &#224; l'&#233;cole primaire. Depuis des ann&#233;es je meurs d'envie d'avoir encore un bordon &#224; sucer, mais maman refuse ; elle ne veut pas donner son bel argent pour des &#171; crasses &#187; dit-elle. Enfin, j'ai l'impression que mon r&#234;ve se r&#233;alise, j'&#233;change le gros billet donn&#233; par maman contre un &#233;norme paquet de bordons et je les cache dans mon sac d'&#233;coli&#232;re. &lt;br /&gt;
Quatre heures sonnent, l'&#233;cole est finie&#8230; Le car des prisonniers russes est bien l&#224;. Je monte fi&#232;rement, croise le regard jeune, bleu et espi&#232;gle de mon soldat allemand et offre tous mes bordons aux prisonniers russes. Je suis remplie de joie : je suis persuad&#233;e de leur avoir donn&#233; le meilleur ! C'est mon r&#234;ve &#224; moi de petite fille de onze ans que je leur ai offert. Je n'ai m&#234;me pas gard&#233; un seul bordon pour moi ; l'id&#233;e ne m'en serait jamais venue. Je n'aurais certainement pas &#171; vol&#233; &#187; ce qui &#233;tait destin&#233; aux prisonniers russes ! Mais je garderai toujours aux l&#232;vres le go&#251;t du d&#233;sir inassouvi.&lt;br /&gt;
Je suis rentr&#233;e &#224; la maison, toute l&#233;g&#232;re de ma bonne action. Maman, curieuse, m'a demand&#233; la nature de mes achats. &#171; Des bordons &#187; ai-je r&#233;pondu avec grande fiert&#233;. Ce fut d'abord l'&#233;tonnement de toute ma famille : &#171; Des bordons ! a questionn&#233; maman et quoi d'autre ? &#187; &#171; Et encore des bordons &#187; ai-je r&#233;pondu. Je revois les visages &#233;bahis de ma petite famille puis soudain, ce fut le fou-rire g&#233;n&#233;ral ! Papa savait rire avec tant de plaisir, il se donnait des claques sur les cuisses ; maman pleurait de rire en r&#233;p&#233;tant sans cesse : &#171; Notre fille a distribu&#233; aux prisonniers russes&#8230; des bordons ! &#187; Mon fr&#232;re me regardait avec des yeux moqueurs mais moi, je ne riais pas et je ne comprenais pas pourquoi tous se moquaient de moi. Je songeais &#224; mes amis russes, &#224; leurs cr&#226;nes ras&#233;s, &#224; leurs si mis&#233;rables uniformes de prisonniers. Leurs t&#234;tes baiss&#233;es ne m'avaient pas permis de voir leurs visages, mais, j'avais vu leurs maigres mains m'arracher mes friandises&#8230; J'esp&#232;re avoir donn&#233; un peu de bonheur &#224; ces prisonniers si &#233;prouv&#233;s par la guerre. Peut-&#234;tre se sont-ils rappel&#233;s leur enfance heureuse en su&#231;ant mes bordons de toutes les couleurs et de tous les parfums : orange, citron, menthe, sans oublier le bon go&#251;t du sucre qui r&#233;jouit tous les c&#339;urs.&lt;br /&gt;
Le lendemain, quatre heures, je sors de l'&#233;cole, le car est l&#224;, &#224; l'arr&#234;t. Les dames compatissantes attendent avec diverses nourritures. La premi&#232;re monte sans crainte mais c'est le drame : elle est violemment repouss&#233;e en arri&#232;re par un coup de crosse de fusil en pleine poitrine et j'entends vocif&#233;rer la sentinelle allemande. La pauvre dame brutalis&#233;e est tomb&#233;e dans les cageots de l&#233;gumes qui garnissaient la devanture du petit magasin ; tous ceux qui attendaient pour monter dans le car se sont enfuis &#224; toutes jambes. Les pommes et les poires roulent en tous sens sur le trottoir&#8230; Je suis si &#233;tonn&#233;e par ces &#233;v&#232;nements inattendus que je reste p&#233;trifi&#233;e sur place. Je finis par me remettre en route vers la maison. En passant, je jette un regard vers l'int&#233;rieur du car et je comprends tout. Ce n'est plus le m&#234;me soldat ! Au lieu du regard jeune et bleu, je croise &#233;pouvant&#233;e, un regard noir qui lance des &#233;clairs. Au pas de course, je suis partie vers la maison.&lt;br /&gt;
De ma vie, je n'ai oubli&#233; le regard jeune et bleu, si plein d'espi&#232;glerie ni l'autre regard, furieux et noir&#8230;Et j'ai compris que dans tous les pays du monde, il y a les Bons et les M&#233;chants.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mes patins &#224; roulettes (Johanna P.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article637</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article637</guid>
		<dc:date>2009-11-30T14:51:57Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Loisirs, jeux</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Entre rire et pleurer &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Des patins &#224; roulettes, voil&#224; le r&#234;ve de mes treize ans ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans le grand magasin de sport o&#249; maman et moi nous sommes rendues, la jeune vendeuse me pose une question : &#171; D&#233;sires-tu des patins ordinaires ou les sp&#233;ciaux pour patinage artistique ? &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'h&#233;site pas une seconde, je vais faire du patinage artistique ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Les patins de mon choix sont les plus chers. Je coule un regard du c&#244;t&#233; de maman, (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique127" rel="directory"&gt;Entre Rire et Pleurer &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot174" rel="tag"&gt;Loisirs, jeux&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L97xH150/arton637-3c910.jpg?1776712217' width='97' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article569' class='spip_in'&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Entre rire et pleurer &#187;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Des patins &#224; roulettes, voil&#224; le r&#234;ve de mes treize ans !&lt;br /&gt;
Dans le grand magasin de sport o&#249; maman et moi nous sommes rendues, la jeune vendeuse me pose une question : &#171; D&#233;sires-tu des patins ordinaires ou les sp&#233;ciaux pour patinage artistique ? &#187;&lt;br /&gt;
Je n'h&#233;site pas une seconde, je vais faire du patinage artistique !&lt;br /&gt;
Les patins de mon choix sont les plus chers. Je coule un regard du c&#244;t&#233; de maman, elle n'intervient pas. Elle a son air de la plus grande indiff&#233;rence, n'y conna&#238;t rien et me laisse libre de mon choix.&lt;br /&gt;
Les patins ordinaires sont les seuls recommand&#233;s pour les d&#233;butants. Ceux que je viens d'acqu&#233;rir sont articul&#233;s dans tous les sens pour permettre toutes les figures de danse et n'ont donc aucune stabilit&#233;. Mais je l'ignore.&lt;br /&gt;
Me voil&#224; rentrant &#224; la maison.&lt;br /&gt;
Je porte fi&#232;rement la pr&#233;cieuse bo&#238;te contenant mes patins de comp&#233;tition. Je veux les essayer de suite, mais je ne sais o&#249; aller. Heureusement mon fr&#232;re est l&#224; et lui, il sait : &#171; le palais de justice, c'est l'endroit id&#233;al &#187;.&lt;br /&gt;
Et nous voil&#224; partis, mon grand fr&#232;re et moi en direction du palais.&lt;br /&gt;
Mon fr&#232;re a raison : bien que la partie centrale de la cour ne soit pas praticable en raison de gros pav&#233;s in&#233;gaux, la galerie sous les arcades est d'un beau marbre bleu. Une surface lisse comme un miroir ; de plus, c'est d&#233;sert, personne en vue&#8230;&lt;br /&gt;
Patins aux pieds, j'&#233;coute attentivement mon fr&#232;re me donner une br&#232;ve le&#231;on. Je m'&#233;lance sans la moindre crainte. C'est d'une facilit&#233; enfantine, je patine et m&#234;me de plus en plus vite. Je vole litt&#233;ralement lorsqu'une porte donnant sur la galerie s'ouvre.&lt;br /&gt;
Un avocat en robe portant sur les bras une impressionnante pile de dossiers s'aventure sur le lieu de mes exploits.&lt;br /&gt;
De loin, mon fr&#232;re crie : &#171; Arr&#234;te-toi ! Tourne vers la droite &#187;.&lt;br /&gt; Mais je n'ai pas appris ni &#224; m'arr&#234;ter ni &#224; contourner un obstacle.&lt;br /&gt;
Je suis lanc&#233;e &#224; toute allure, je continue droit devant moi. Je vois l'avocat de dos. Emp&#234;tr&#233; dans ses dossiers, il s'&#233;vertue &#224; fermer la porte.&lt;br /&gt;
Il y parvient, s'avance de quelques pas&#8230; &lt;br /&gt;
Arrivant tel un bolide, je le prends dans mes bras et nous faisons ensemble une chute spectaculaire. Nous nous retrouvons assis par terre, l'un en face de l'autre. Mes jambes sont invisibles, elles disparaissent sous la jupe de l'avocat ! Autour de nous, &#233;parpill&#233;s sur une grande surface, les dossiers dont certaines feuilles planent haut et ne se d&#233;cident pas &#224; redescendre.&lt;br /&gt;
Je suis tellement honteuse que je n'ose prononcer un mot, lui non plus. Avec la vitesse de l'&#233;clair, je retire mes jambes de leur cachette, arrache mes patins et je cours vers la sortie.&lt;br /&gt;
Un dernier regard en arri&#232;re me permet de voir ce tableau : l'avocat &#224; genoux, tentant de rassembler ses dossiers &#233;pars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De retour au foyer, mon fr&#232;re et moi racontons notre m&#233;saventure.&lt;br /&gt;
&#171; Ce n'est pas croyable, cette jeunesse d'aujourd'hui qui ne sait m&#234;me pas patiner ! &#187; s'&#233;crie papa&#8230; &#171; De mon temps, dans ma ville de Flandre, tous, petits et grands, nous savions patiner. Nous attendions avec impatience, le rude hiver du plat pays et d&#232;s que le canal &#233;tait gel&#233;, c'&#233;tait la f&#234;te : nous patinions joyeusement. &#187;&lt;br /&gt;
&#171; Et je n'avais pas votre chance &#187; ajoute-t-il &#171; mes parents n'avaient pas les moyens de m'acheter des patins ; les miens, je les ai trouv&#233;s sur une poubelle. L'un &#233;tait cass&#233;, je l'ai r&#233;par&#233; moi-m&#234;me avec un bout de ficelle ce qui ne m'emp&#234;chait nullement d'arriver le premier dans toutes les courses organis&#233;es sur le canal ! &#187;&lt;br /&gt;
Nous lui faisons remarquer qu'il parle de patinage sur glace alors que pour nous, il est question de patinage &#224; roulettes.&lt;br /&gt;
&#171; Mais il n'y a aucune diff&#233;rence, s'&#233;crie-t-il &#171; le patinage qu'il soit sur glace ou &#224; roulettes, les gestes &#224; effectuer sont exactement les m&#234;mes. D'ailleurs, je vais vous faire une petite d&#233;monstration &#187;.&lt;br /&gt;
Papa avait certainement patin&#233; dans son enfance et sa jeunesse mais &#224; pr&#233;sent, il est &#226;g&#233; de 48 ans et p&#232;se pr&#232;s de 100 kilos !&lt;br /&gt;
Quittant la maison nous voil&#224; partis, papa, maman, mon fr&#232;re et moi vers notre destin. Nous ne sommes pas all&#233;s loin.&lt;br /&gt;
Papa trouve de suite l'endroit id&#233;al : la rue asphalt&#233;e longeant notre &#233;glise paroissiale.&lt;br /&gt;
Il ajuste les patins de danse artistique et s'&#233;lance sur la chauss&#233;e.&lt;br /&gt;
Il n'avait pas menti, il savait patiner mais h&#233;las, apr&#232;s quelques &#233;volutions, il perd l'&#233;quilibre et fait une lourde chute sur le dos. Il est &#233;tendu de tout son long, juste &#224; l'arr&#234;t de l'autobus ! Celui-ci arrive, heureusement il freine juste &#224; temps, mais reste au milieu de la chauss&#233;e et bloque la circulation. &lt;br /&gt;
Papa g&#238;t les yeux ferm&#233;s. &lt;br /&gt;
Maman hurle : &#171; Julien &#187;, mon fr&#232;re et moi : &#171; papa &#187; !&lt;br /&gt;
Il ouvre un &#339;il, nous prie de le laisser tranquille puis le referme.&lt;br /&gt;
Maman crie de plus belle : &#171; Julien &#187; et nous : &#171; papa &#187;.&lt;br /&gt;
Cette fois, il ouvre les deux yeux et nous annonce une bien mauvaise nouvelle : &#171; Je suis mort &#187; d&#233;clare-t-il puis cl&#244;t &#224; nouveau les paupi&#232;res.&lt;br /&gt;
Maman est une forte femme de pr&#232;s de 90 kilos. Elle l'empoigne sous les bras et parvient &#224; l'asseoir. Alors notre mort se met &#224; tousser ; nous retirons les patins de ses chaussures. Ayant retrouv&#233; ses esprits, il se rel&#232;ve. Les curieux s'&#233;taient rassembl&#233;s sur la place de l'&#233;glise. Parmi eux, beaucoup d'enfants sortant de l'&#233;cole, tout &#233;tonn&#233;s de voir cet &#233;trange accident&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autobus rejoint enfin son arr&#234;t et les voitures qui formaient le bouchon circulent &#224; nouveau.&lt;br /&gt;
Papa accroche un bras au cou de maman, tout en se t&#226;tant les reins de l'autre main. Ils se mettent en marche vers la maison. Derri&#232;re mon fr&#232;re, je ferme la marche en silence, je porte la bo&#238;te contenant mes fameux patins et&#8230;mes r&#234;ves envol&#233;s.&lt;br /&gt;
Je me suis empress&#233;e de cacher mes patins de comp&#233;tition au grenier o&#249; je les ai oubli&#233;s pour toujours&#8230; Je ne sais ce qu'ils sont devenus, il ne m'en reste que ce lointain souvenir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le jour o&#249; j'ai chang&#233; d'&#233;cole (Fabienne V.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article636</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article636</guid>
		<dc:date>2009-11-30T14:48:57Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Ecole, &#233;tudes</dc:subject>
		<dc:subject>R&#234;ves</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Entre rire et pleurer &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais, bien s&#251;r, aussi &#233;coli&#232;re. Je fr&#233;quentais une &#233;cole catholique assez &#233;loign&#233;e de mon domicile. Je le ressentais dans mes petites jambes, qui parcouraient quatre fois par jour ce long chemin, et dans mes petits bras qui portaient mon lourd cartable, m&#234;me si parfois mon petit copain Willy le portait pour moi. Je ne comprenais pas mes parents. Pourquoi m'envoyer si loin, alors qu'il y (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique127" rel="directory"&gt;Entre Rire et Pleurer &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot142" rel="tag"&gt;Ecole, &#233;tudes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot162" rel="tag"&gt;R&#234;ves&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L97xH150/arton636-1502e.jpg?1776712217' width='97' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article569' class='spip_in'&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Entre rire et pleurer &#187;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
J'&#233;tais, bien s&#251;r, aussi &#233;coli&#232;re. Je fr&#233;quentais une &#233;cole catholique assez &#233;loign&#233;e de mon domicile. Je le ressentais dans mes petites jambes, qui parcouraient quatre fois par jour ce long chemin, et dans mes petits bras qui portaient mon lourd cartable, m&#234;me si parfois mon petit copain Willy le portait pour moi. Je ne comprenais pas mes parents. Pourquoi m'envoyer si loin, alors qu'il y avait une autre bonne &#233;cole pr&#232;s de la maison ? &#171; L'&#233;cole communale. &#187;&lt;br /&gt;
Lorsque tous les enfants se retrouvaient sur notre plaine de jeux, apr&#232;s le go&#251;ter, j'y retrouvais quelques amies de l'autre &#233;cole. Entre autres, &#171; une grande &#187; &#224; laquelle j'avais confi&#233; mon probl&#232;me de parcours de combattant. Elle m'avait dit : &#171; Pourquoi ne viendrais-tu pas &#224; notre &#233;cole ? On y est tr&#232;s bien et si tu veux, je t'y conduirai ? &#187;.&lt;br /&gt;
Depuis, cette id&#233;e me trottait en t&#234;te, et je commen&#231;ai &#224; y r&#233;fl&#233;chir s&#233;rieusement. Un soir, apr&#232;s avoir eu droit &#224; la fess&#233;e traditionnelle pour une mauvaise note en conduite, j'en eu vraiment par dessus la t&#234;te, ma d&#233;cision fut prise : je changerais d'&#233;cole, car dans la mienne, ils &#233;taient vraiment trop s&#233;v&#232;res !&lt;br /&gt;
D&#232;s que j'aper&#231;us &#171; ma grande copine &#187;, je lui dis que lundi j'irais dans son &#233;cole, sans mentionner que mes parents n'&#233;taient pas au courant. Je fus introduite aupr&#232;s de la directrice qui prit mes coordonn&#233;es.&lt;br /&gt;
Arriv&#233;e devant ma nouvelle classe, j'y fus tr&#232;s bien accueillie et y retrouvai quelques amies ! Ainsi d&#233;buta ma tr&#232;s courte nouvelle vie scolaire, un &#171; r&#234;ve &#187; . A mon grand &#233;tonnement, je r&#233;coltai quelques &#171; bons points &#187; alors qu'&#224; l'autre &#233;cole, je collectionnais plut&#244;t les observations, car j'&#233;tais tr&#232;s bavarde et quelque peu dissip&#233;e. Cela me stimula et je m'appliquai &#224; r&#233;aliser mes devoirs et mes le&#231;ons. Mes parents, ravis, me faisant confiance, n'avaient pas v&#233;rifi&#233; les en-t&#234;tes de mes livres et cahiers.&lt;br /&gt;
Cela dura jusqu'au jour o&#249; &#8230; En fin d'apr&#232;s-midi, se pr&#233;senta la s&#339;ur infirmi&#232;re de l'&#233;cole &#171; la Sainte Famille &#187;. Elle venait s'enqu&#233;rir de ma sant&#233;, &#233;tant donn&#233; mon absence d'une semaine. Mes parents lui affirm&#232;rent que je m'&#233;tais bien rendue r&#233;guli&#232;rement &#224; l'&#233;cole, et que j'avais, assid&#251;ment, fait mes devoirs et &#233;tudi&#233; mes le&#231;ons. Perplexes, ils m'appel&#232;rent pour une explication. Je r&#233;pondis simplement, que j'avais chang&#233; d'&#233;cole car l'autre ne me convenait pas.&lt;br /&gt;
&#171; Un ange de stupeur passa &#187;. J'eus droit &#224; l'in&#233;vitable fess&#233;e et, le lundi suivant, je repris, &#171; sous haute surveillance &#187;, le chemin de l'&#233;cole catholique.&lt;br /&gt;
Ce fut mon premier r&#234;ve bris&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#233;vasion des escargots, par Fabienne V.</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article635</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article635</guid>
		<dc:date>2009-11-30T14:43:51Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Education hors &#233;cole</dc:subject>
		<dc:subject>Loisirs, jeux</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Entre rire et pleurer &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; J'adorais mon p&#232;re et mon p&#232;re adorait les escargots. Dans mon petit c&#339;ur d'enfant, je voulais lui faire un immense plaisir et, surtout, une merveilleuse surprise. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un jour o&#249; il avait bien plu, j'enfilai mon anorak, chaussai mes galoches, pris mon petit seau et partis &#224; l'aventure, bien d&#233;termin&#233;e, &#224; la &#171; cueillette &#187; des escargots. Je m'engageai pr&#233;cautionneusement entre les herbes folles, les (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique127" rel="directory"&gt;Entre Rire et Pleurer &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot143" rel="tag"&gt;Education hors &#233;cole&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot174" rel="tag"&gt;Loisirs, jeux&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L97xH150/arton635-d7fe5.jpg?1776712217' width='97' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article569' class='spip_in'&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Entre rire et pleurer &#187;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'adorais mon p&#232;re et mon p&#232;re adorait les escargots. Dans mon petit c&#339;ur d'enfant, je voulais lui faire un immense plaisir et, surtout, une merveilleuse surprise.&lt;br /&gt;
Un jour o&#249; il avait bien plu, j'enfilai mon anorak, chaussai mes galoches, pris mon petit seau et partis &#224; l'aventure, bien d&#233;termin&#233;e, &#224; la &#171; cueillette &#187; des escargots. Je m'engageai pr&#233;cautionneusement entre les herbes folles, les buissons et les ronces, faisant bien attention o&#249; je posais les pieds. Je me sentais l'&#226;me d'un explorateur &#224; l'aff&#251;t de la moindre coquille bronz&#233;e, dor&#233;e ou ros&#233;e, de la moindre trace luisante sur la terre mouill&#233;e. Et par-ci et par-l&#224;, avec beaucoup d'attention, j'en rep&#233;rai des petits, des moyens, des gros et des stri&#233;s, enroul&#233;s dans leur coque nacr&#233;e, ou &#233;tir&#233;s mollement dans un sillage argent&#233;, les antennes dress&#233;es parmi les entrelacs verts des herbes emperl&#233;es de pluie. Consciencieusement, je choisis les plus beaux, les plus gros et les posai d&#233;licatement dans mon petit seau tapiss&#233; de feuilles de m&#251;rier. J'&#233;tais un peu gris&#233;e par l'excitation et la tension de mon occupation, mais aussi par cette odeur de terre mouill&#233;e entrem&#234;l&#233;e de senteurs vertes florales et bois&#233;es dont je garde encore l'odorant et inalt&#233;rable souvenir.&lt;br /&gt;
Munie de ma pr&#233;cieuse cargaison, je retournai &#224; la maison p&#233;n&#233;tr&#233;e de l'orgueil de la mission accomplie. Le c&#339;ur gonfl&#233; de joie &#224; l'id&#233;e du plaisir que j'allais procurer &#224; mon p&#232;re. En catimini, avec mille pr&#233;cautions, munie de mon pr&#233;cieux butin, je descendis &#224; la cave et le d&#233;posai dans un coin d'ombre fra&#238;che, attendant le moment propice.&lt;br /&gt;
Je remontai les escaliers en chantonnant, heureuse de ma merveilleuse initiative &#8230; et l'oubliai presque aussit&#244;t.&lt;br /&gt;
Et puis ! &#8230; tel un coup de tonnerre dans un ciel serein se d&#233;roula, bien diff&#233;remment, la suite tant attendue de mon exploit. Et pour un coup d'&#233;clat, ce fut un coup de ma&#238;tre. Moi, qui m'attendais &#224; des cris de joie et de surprise heureuse, je n'eus droit qu'au vif m&#233;contentement de mon grand-p&#232;re qui avait rentr&#233; sa r&#233;colte de choux.&lt;br /&gt;
D&#233;cid&#233;ment, je ne comprenais rien aux grandes personnes bien compliqu&#233;es. Elles ne comprenaient vraiment rien aux bonnes id&#233;es des enfants. Qu'y avait-il de si terrible &#224; voir mes jolis escargots diss&#233;min&#233;s sur les choux rouges, blancs ou verts, sur lesquels ils avaient laiss&#233; des traces brillantes ? Moi, je trouvais cela plut&#244;t joli les curieux dessins qu'ils formaient sur les murs blancs. Je fus n&#233;anmoins vertement tanc&#233;e. Et depuis je n'ai plus jamais &#171; cueilli &#187; d'escargots.&lt;br /&gt;
&#171; Dommage papa ! J'&#233;tais tellement s&#251;re que tu allais te r&#233;galer ! &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Maman (Robert V.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article634</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article634</guid>
		<dc:date>2009-11-24T10:20:18Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Femme, f&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Parents (&#234;tre)</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Entre rire et pleurer &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Deux ans &#8230; J'ai mis deux ans et m&#234;me plus &#224; &#233;crire ce texte. Alors que le texte sur mon p&#232;re m'a pris quoi ? Quelques heures&#8230; Dr&#244;le non ? C'est que pour moi, ce n'est pas du tout la m&#234;me chose. D'ailleurs vous avez remarqu&#233; ? &#171; Mon p&#232;re &#187;&#8230; &#171; Maman &#187;, il n'y a pas de sym&#233;trie. Je n'ai jamais dit, je ne dirai jamais &#171; ma m&#232;re &#187;, comme je dis &#171; mon p&#232;re &#187;, &#171; ma tante &#187; ou &#171; ma cousine &#187;. Maman ne fait pas (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique127" rel="directory"&gt;Entre Rire et Pleurer &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot148" rel="tag"&gt;Femme, f&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot158" rel="tag"&gt;Parents (&#234;tre)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L97xH150/arton634-73aac.jpg?1776712217' width='97' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article569' class='spip_in'&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Entre rire et pleurer &#187;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;Deux ans &#8230; J'ai mis deux ans et m&#234;me plus &#224; &#233;crire ce texte. Alors que le texte sur mon p&#232;re m'a pris quoi ? Quelques heures&#8230; Dr&#244;le non ? C'est que pour moi, ce n'est pas du tout la m&#234;me chose. D'ailleurs vous avez remarqu&#233; ? &#171; Mon p&#232;re &#187;&#8230; &#171; Maman &#187;, il n'y a pas de sym&#233;trie. Je n'ai jamais dit, je ne dirai jamais &#171; ma m&#232;re &#187;, comme je dis &#171; mon p&#232;re &#187;, &#171; ma tante &#187; ou &#171; ma cousine &#187;. Maman ne fait pas nombre avec les autres personnes. Maman est unique. Maman, c'est maman. Point.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sit&#244;t que je m'engage dans la difficile entreprise de parler de maman, une formule fulgure dans mon esprit : la M&#232;re Courage. Oui, pas de doute, maman est la s&#339;ur cadette de l'h&#233;ro&#239;ne de Brecht. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et d'abord, elle a brav&#233; le jugement d'autrui.&lt;br /&gt;
Son principal acte de courage, c'est moi.&lt;br /&gt;
Je m'explique.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A sa mort, j'ai trouv&#233; dans ses affaires un coffret en m&#233;tal argent&#233;, soigneusement ferm&#233; &#224; cl&#233;, contenant, outre quelques photos et quelques lettres de l'homme qu'elle aimait, deux d&#233;coupes du courrier des lecteurs du journal &#171; Femme &#187;. C'est surtout le texte du 6 novembre 1932 - j'avais &#224; ce moment un peu plus d'un an - qui retiendra notre attention. C'est une r&#233;action &#224; un article de Tandora, une journaliste de &#171; Femme &#187;. Tandora &#233;crit, &#224; propos des filles-m&#232;res : &#171; qu'importe l'opinion publique si on a la conscience nette &#187;. Maman l'approuve et poursuit : &#171; Ce ne sont pas seulement des paroles : je l'ai fait &#187;. Et toc ! Comme elle y va maman ! &#171; Je l'ai fait &#187;. Quatre mots et tout est dit. Maman n'a pas fait d'&#233;tudes, tout juste ses primaires. Mais elle savait exprimer ses choix de vie avec force et nettet&#233;. &#171; J'ai eu ce courage et cette volont&#233; presque surhumaine, comme vous dites, et que vous doutez de trouver dans la soci&#233;t&#233; actuelle ; j'ai &#233;lev&#233; mon b&#233;b&#233; toute seule et j'en suis fi&#232;re. Si j'ai pu mener &#224; bien cette t&#226;che, c'est parce que je me suis cr&#233;&#233;e par mon travail une situation ind&#233;pendante. &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pr&#233;alable &#224; l'acte de courage auquel je dois la vie, il y a un autre acte de courage : le refus de se laisser cantonner, en tant que femme, dans les t&#226;ches m&#233;nag&#232;res. Au lendemain de la guerre 14-18, elle a peint des images de femmes sur des porte-billets, sur des &#233;tuis &#224; cigarettes. Elle avait ouvert un minuscule magasin au 74 de la rue du Noyer. Elle avait pris un nom d'artiste : Lizy. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, elle s'est lanc&#233;e dans la maroquine. Elle cr&#233;ait des mod&#232;les de sacoche et en confiait la confection &#224; un ouvrier. Mais elle &#233;tait sa propre repr&#233;sentante de commerce. Plusieurs fois par semaine, elle prenait le train pour Namur, pour Li&#232;ge ou pour Mons avec deux lourdes valises bourr&#233;es de sacs &#224; main. Elle allait de d&#233;taillant en d&#233;taillant, exhibant sa collection et r&#233;coltant les commandes. La concurrence &#233;tait rude dans le m&#233;tier. Ce travail &#233;tait d'autant plus dur pour elle que, depuis son enfance, elle souffrait d'asthme. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai le souvenir de ma grand-m&#232;re lui posant des ventouses. Il y avait un flacon d'Eupnine Vernade sur sa table de nuit et une odeur de cigarettes Escoufla&#239;re flottait dans la maison. Quand l'asthme lui accordait une r&#233;mission, c'&#233;tait pour c&#233;der la place &#224; des d&#233;mangeaisons. Ses mains et ses poignets &#233;taient badigeonn&#233;s au nitrate d'argent et entour&#233;es de bandages que le pus faisait coller &#224; la peau. L'horreur !&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre est venue mettre fin &#224; son activit&#233; de maroquinerie. Elle a appris la dactylographie et a tap&#233; des th&#232;ses de doctorat. Ensuite, elle travailla comme perforatrice chez Heens, marchand de machines &#224; &#233;crire, avant d'&#234;tre licenci&#233;e et de conna&#238;tre de longues ann&#233;es de ch&#244;mage : &#224; son &#226;ge et dans son &#233;tat de sant&#233;, il &#233;tait illusoire de croire qu'elle retrouverait du travail.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma grand-m&#232;re, qui &#233;tait veuve depuis 1912 et avait continu&#233; &#224; vivre avec maman, est morte apr&#232;s avoir longtemps assum&#233; les t&#226;ches m&#233;nag&#232;res. Maman a bien &#233;t&#233; oblig&#233;e de prendre le relais puisque moi j'&#233;tais plong&#233; dans mes livres. Elle l'a fait sans enthousiasme, mais sans souhaiter pour autant que je m'en m&#234;le. Tous mes essais en ce sens ont &#233;t&#233; infructueux : &#171; Tu es tellement maladroit que je pr&#233;f&#232;re tout faire moi-m&#234;me. &#187;. Ce qui ne l'emp&#234;chait pas de dire aussi : &#171; Je me demande ce que tu feras quand je ne serai plus l&#224; &#187;. Elle souffrait d'&#234;tre confin&#233;e dans la cuisine. Elle regrettait sa vie de voyageur de commerce. Ma grand-m&#232;re l'appelait &#171; Mademoiselle Trottenville &#187;. C'est le seul sobriquet qu'elle ait jamais invent&#233;, mais je dois avouer qu'il &#233;tait bien trouv&#233;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis l'&#233;tat de sant&#233; de maman s'est d&#233;grad&#233;. L'art&#233;rioscl&#233;rose s'en est m&#234;l&#233;e. Un jour, elle laissait br&#251;ler les pommes de terre, l'autre jour elle mettait deux fois du sel dans les l&#233;gumes. Mais elle ne pr&#233;tendait pas renoncer &#224; ses t&#226;ches. Elle souffrait de troubles de l'&#233;quilibre mais grimpait sur la table pour remplacer une ampoule &#233;lectrique. Un jour, elle est tomb&#233;e dans la rue. Que fallait-il faire ? La claustrer dans la maison pour la prot&#233;ger ou lui laisser vivre en libert&#233; le temps de vie qui lui restait quitte &#224; ce qu'il risque d'en &#234;tre raccourci ? En r&#233;alit&#233;, la question ne se posait pas. Mademoiselle Trottenville ne supportait pas qu'on mette des entraves &#224; sa libert&#233; d'aller et venir.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son &#233;tat a continu&#233; &#224; empirer. Elle a d&#251; &#234;tre hospitalis&#233;e. J'allais la voir tous les jours &#224; la clinique. Nous avons encore pass&#233; ensemble quelques belles heures. Les infirmi&#232;res louaient sa gentillesse. Elle avait acquis une certaine s&#233;r&#233;nit&#233;. Physiquement, elle avait beaucoup chang&#233;. Quand elle se tenait debout, elle &#233;tait cass&#233;e en deux. Elle s'exclamait, avec une nuance d'&#233;tonnement dans la voix : &#171; je suis devenue une petite vieille &#187;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il devenait clair qu'elle ne pourrait jamais rentrer &#224; la maison. Il faudrait lui trouver un home. J'en discutais avec l'assistante sociale de la clinique. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un matin, l'infirmi&#232;re qui me recevait m'annon&#231;a : &#171; elle est morte cette nuit. &#187; Elle ne put me donner aucun d&#233;tail.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'importe ! Moi je sais ce qui s'est pass&#233; cette nuit-l&#224;. Maman s'est lev&#233;e sans r&#233;veiller ses compagnes de chambre. Elle s'est habill&#233;e vaille que vaille, elle a mis ses chaussures. Elle est sortie. Elle a march&#233;, march&#233;&#8230; Loin, toujours plus loin. Elle a finalement quitt&#233; &#224; tout jamais notre Terre. Elle a pris le chemin des &#233;toiles.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#232;re Courage, Mademoiselle Trottenville, Maman.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Papa chocolat (Robert V.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article633</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article633</guid>
		<dc:date>2009-11-24T10:17:45Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Homme (r&#244;le)</dc:subject>
		<dc:subject>Parents (&#234;tre)</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Entre rire et pleurer &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; Ils &#233;taient amoureux l'un de l'autre. Mais elle souffrait d'asthme. Elle ne voulait pas &#234;tre une charge pour lui. Ca lui est apparu sage. Ils ne se sont pas mari&#233;s. Il a &#233;pous&#233; une autre femme. Ils ont continu&#233; &#224; se voir de loin en loin. &lt;br class='autobr' /&gt; Elle voulait avoir un enfant de lui. &lt;br class='autobr' /&gt; C'est ainsi que je suis n&#233;. Que j'ai v&#233;cu mon enfance et ma jeunesse avec ma m&#232;re et ma grand-m&#232;re. Que j'ai tr&#232;s (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique127" rel="directory"&gt;Entre Rire et Pleurer &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot152" rel="tag"&gt;Homme (r&#244;le)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot158" rel="tag"&gt;Parents (&#234;tre)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L97xH150/arton633-52394.jpg?1776712217' width='97' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article569' class='spip_in'&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Entre rire et pleurer &#187;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils &#233;taient amoureux l'un de l'autre. Mais elle souffrait d'asthme. Elle ne voulait pas &#234;tre une charge pour lui. Ca lui est apparu sage. Ils ne se sont pas mari&#233;s. Il a &#233;pous&#233; une autre femme. Ils ont continu&#233; &#224; se voir de loin en loin. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle voulait avoir un enfant de lui.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que je suis n&#233;. Que j'ai v&#233;cu mon enfance et ma jeunesse avec ma m&#232;re et ma grand-m&#232;re. Que j'ai tr&#232;s peu connu mon p&#232;re. Il passait parfois &#224; la maison mais pas souvent car ma grand-m&#232;re n'appr&#233;ciait pas ses visites. Les premiers temps, j'ignorais d'ailleurs que c'&#233;tait mon p&#232;re. On m'avait dit qu'il &#233;tait mort. Maman avait achet&#233; un tr&#232;s beau phono. Lors de ses rares visites, elle mettait un disque et remontait la manivelle et ils dansaient. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le plus souvent, ils se donnaient rendez-vous &#224; l'ext&#233;rieur. Leur lieu favori de rendez-vous, c'&#233;tait, je m'en souviens, le &#171; Canari &#187;, un petit caf&#233; de la rue Traversi&#232;re &#224; Schaerbeek. Je revois l'arriv&#233;e de mon p&#232;re au caf&#233;. Il est v&#234;tu d'une grosse pelisse jaune. Il est tr&#232;s expansif. Il parle &#224; tout le monde en faisant de grands gestes. Il est sans doute d&#233;j&#224; un peu &#233;m&#233;ch&#233;. Il me d&#233;signe en disant tr&#232;s fier : &#171; C'est mon fils &#187;. Maman est plut&#244;t g&#234;n&#233;e. Il paie une tourn&#233;e g&#233;n&#233;rale. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est g&#233;n&#233;reux. A chaque fois que nous nous voyons, il me donne du chocolat. Les enfants appellent volontiers &#171; papa &#187; les hommes qu'ils connaissent. M&#234;me quand je ne savais pas qu'il &#233;tait mon p&#232;re, je l'appelais papa : &#171; papa chocolat &#187;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une amie de maman m'a appris sa mort. J'avais 13-14 ans. Il est mort de fa&#231;on stupide : chez lui, en tombant dans l'escalier. Sans doute avait-il bu.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je passais en tram devant le &#171; Canari &#187;, je pensais &#224; lui. Il n'y a pas longtemps, j'ai vu que le caf&#233; avait chang&#233; de nom. Il s'appelle maintenant &#171; L'Oasis &#187;. Il est devenu le si&#232;ge d'une &#233;quipe marocaine de football. Le cadre m&#234;me dans lequel s'inscrivent nos souvenirs se modifie au fil des ann&#233;es. Le Schaerbeek d'avant guerre s'efface peu &#224; peu sous les enseignes turques et arabes. En passant devant le quartier, j'ai toutefois remarqu&#233; que la mosa&#239;que du pavement qui est devant la porte d'entr&#233;e a conserv&#233; la vieille inscription : &#171; Brasserie du Canari &#187;. Un Schaerbeek peut en cacher un autre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Histoire de cierges (Robert G.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article632</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article632</guid>
		<dc:date>2009-11-24T10:14:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Religion, valeurs et &#233;thique</dc:subject>
		<dc:subject>Vie quotidienne</dc:subject>
		<dc:subject>Chr&#233;tien.ne (&#234;tre)</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Entre rire et pleurer &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Marcelin v&#233;cut ses vingt premi&#232;res ann&#233;es &#224; Nisramont, petit hameau de la commune d'Ortho proche de Laroche, o&#249; ses parents poss&#233;daient une modeste exploitation agricole. &lt;br class='autobr' /&gt;
On &#233;tait au tournant du si&#232;cle. Si la vie &#233;tait dure &#224; l'&#233;poque, elle l'&#233;tait plus encore en ce coin recul&#233; dont les habitants pronon&#231;aient le nom en tra&#238;nant sur le a. Son p&#232;re Fran&#231;ois, sa m&#232;re Anne, son fr&#232;re et ses deux s&#339;urs ont (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique127" rel="directory"&gt;Entre Rire et Pleurer &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot160" rel="tag"&gt;Religion, valeurs et &#233;thique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot175" rel="tag"&gt;Vie quotidienne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot186" rel="tag"&gt;Chr&#233;tien.ne (&#234;tre)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L97xH150/arton632-18453.jpg?1776712217' width='97' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article569' class='spip_in'&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Entre rire et pleurer &#187;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Marcelin v&#233;cut ses vingt premi&#232;res ann&#233;es &#224; Nisramont, petit hameau de la commune d'Ortho proche de Laroche, o&#249; ses parents poss&#233;daient une modeste exploitation agricole.&lt;br /&gt;
On &#233;tait au tournant du si&#232;cle. Si la vie &#233;tait dure &#224; l'&#233;poque, elle l'&#233;tait plus encore en ce coin recul&#233; dont les habitants pronon&#231;aient le nom en tra&#238;nant sur le &lt;i&gt;a. &lt;/i&gt;Son p&#232;re Fran&#231;ois, sa m&#232;re Anne, son fr&#232;re et ses deux s&#339;urs ont pein&#233; sur un sol ingrat quand ils n'allaient pas, l'hiver venu, ramasser du bois mort sur les pentes du H&#233;rou.&lt;br /&gt;
L'Ardenne sortait lentement de son isolement, mais &#224; l'instar du chemin de fer d'Arlon inaugur&#233; pourtant quarante ans plus t&#244;t, la marche du progr&#232;s passait encore bien loin du petit village. Les d&#233;placements qui n'&#233;taient pas p&#233;destres s'effectuaient dans des carrioles poussi&#233;reuses cahotant sur des chemins tels que le pied de l'homme et le sabot des animaux les avaient fa&#231;onn&#233;s. Et le passage d'un v&#233;lo venu on ne sait d'o&#249; suffisait &#224; pr&#233;cipiter les m&#233;nag&#232;res sur le pas de leur porte.&lt;br /&gt;
On s'&#233;clairait &#224; la chandelle ou &#224; la lampe &#224; huile, dans un int&#233;rieur fruste au mobilier rustique, o&#249; le po&#234;le en fonte enfon&#231;ait son tuyau rouill&#233; dans une chemin&#233;e d&#233;labr&#233;e. Chacun sortait son couteau de sa poche pour partager le pain noir, le morceau de lard, les pommes de terre, les choux ou les oignons. On mangeait de la viande le dimanche et on faisait bombance une fois l'an &#224; la Kermesse.&lt;br /&gt;
Les rudes hiver se combattaient vaille que vaille, &#224; l'aide de chaufferettes remplies d'eau chaude que l'on emportait, m&#234;me &#224; l'&#233;glise, pour y poser les pieds. L'art de gu&#233;rir n'avait gu&#232;re progress&#233; depuis Moli&#232;re. On mourait d'une appendicite, que l'on appelait colique de miserere, et on pr&#233;f&#233;rait au m&#233;decin, qu'on e&#251;t souvent &#233;t&#233; bien en peine de r&#233;mun&#233;rer, les rem&#232;des de bonne femme et les moyens pr&#233;ventifs les plus farfelus.&lt;br /&gt;
La foi &#233;tait vive et faisait bon m&#233;nage avec la superstition. A l'arm&#233;e, Marcelin subira les quolibets de ses camarades lorsqu'il leur confiera, qu'au village, on sonnait la cloche pour d&#233;tourner l'orage du territoire de la paroisse. Pratique peu &#233;vang&#233;lique, en l'occurrence, puisqu'elle incitait les nues &#224; se d&#233;charger sur la paroisse d'&#224; c&#244;t&#233;.&lt;br /&gt;
Marcelin aimait l'&#233;cole, laquelle n'&#233;tait pas encore obligatoire. Il s'effor&#231;ait de s'y rendre r&#233;guli&#232;rement, m&#234;me en &#233;t&#233; quand les travaux des champs requ&#233;raient la pr&#233;sence de chacun &#224; la ferme, des a&#238;n&#233;s aux plus jeunes ; ou tout au moins pouvaient servir de pr&#233;texte &#224; ne pas r&#233;pondre &#224; l'appel de l'instituteur. Longtemps apr&#232;s son mariage il correspondra encore avec celui-ci. Plus tard il fr&#233;quentera l'&#233;cole pour adultes qui, le dimanche, tenait ses assises &#224; Ortho, &#224; rien moins qu' une heure de marche de la maison paternelle.&lt;br /&gt;
La lutte des classe &#233;tait encore bien vivante &#224; l'&#233;poque dans la belle province, et se manifestait entre autre au moment des communions. Marcelin, dont la bonne m&#233;moire lui permettait de bien conna&#238;tre son cat&#233;chisme, avait eu l'outrecuidance, &#224; quelques jours de la c&#233;r&#233;monie, de ravir sa premi&#232;re place au fils du plus gros fermier de la commune. Le vicaire, que ce grand propri&#233;taire recevait paternellement &#224; sa table, ne pouvait tol&#233;rer pareille atteinte &#224; l'ordre social. Il r&#233;tablit donc, sous un quelconque pr&#233;texte, le rejeton du notable dans ses droits les plus &#233;l&#233;mentaires. Mais Anne, qu'ulc&#233;rait une telle injustice, r&#233;agit comme une louve dont on menace le petit. Indiff&#233;rente &#224; la d&#233;pense elle fit pour son fils l'acquisition d'un cierge &#233;norme, plus gros encore que celui du premier du cours, au point que l'enfant avait peine &#224; le tenir &#224; la verticale. &lt;br /&gt;
Marcelin ne sera pas premier. Il n'a vraisemblablement pas port&#233; un beau costume aux pantalons mi-longs, avec la cha&#238;ne de montre et le vaste n&#339;ud comme on les voit sur les clich&#233;s du temps pass&#233;, mais il avait pris une fameuse revanche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un an plus tard Germaine avait douze ans elle aussi. Elle menait une existence paisible &#224; l'abri de la grille de la gendarmerie de Momignies, petit localit&#233; sur la fronti&#232;re fran&#231;aise et point de d&#233;part des courses de pigeons.&lt;br /&gt;
Elle vivait un peu en vase clos, avec sa s&#339;ur et de grandes amies dont les parents r&#233;sidaient, comme les siens, dans les locaux de la gendarmerie. Elle &#233;voquera plus tard avec beaucoup de nostalgie les beaux jours de son enfance &#224; Momignies.&lt;br /&gt;
Elle avait un jour pass&#233; la t&#234;te entre les barreaux de la grille, et malgr&#233; tous ses efforts ne parvenait pas &#224; l'en retirer. Il fallut toute la vigueur d'un robuste gendarme pour faire ployer le m&#233;tal et lib&#233;rer la captive. Lorsqu'elle y retourna cinquante ans plus tard en p&#232;lerinage, la vue des barreaux toujours &#233;cart&#233;s fit redoubler les pleurs que l'&#233;motion n'avait cess&#233; de lui arracher d&#232;s la descente du train.&lt;br /&gt;
Germaine aimait aussi raconter l'histoire de sa chasse au crottin. Cet engrais animal &#233;tait appr&#233;ci&#233; de tout qui avait des pots de fleurs ou des plates-bandes &#224; soigner. Aussi la concurrence &#233;tait-elle grande quand se pr&#233;sentait l'occasion d'en r&#233;colter. Or donc, un de ces nobles solip&#232;des &#8211; l'anc&#234;tre du combi du pandore moderne &#8211; vint &#224; d&#233;poser son tribut sur le pav&#233; de la cour. L'&#233;v&#233;nement n'&#233;chappa point &#224; la petite Germaine qui courut s'armer des instruments ad&#233;quats et revint au galop s'emparer de l'excr&#233;ment convoit&#233;. Las, dans sa pr&#233;cipitation &#8211; car elle &#233;tait vive, un vrai gar&#231;on manqu&#233; - elle s'&#233;tala, non point le nez dans le crottin, mais &#224; deux pas quand m&#234;me du pr&#233;cieux d&#233;p&#244;t. Son petit menton s'ouvrit au contact du porphyre et garda d&#233;sormais sous la forme d'une cicatrice le souvenir de l'incident.&lt;br /&gt;
Son adjudant de p&#232;re menait sa brigade d'une main de fer. Ce n'&#233;tait pas un joyeux drille. Ses filles, qui avaient eu elles aussi &#224; subir ses rigueurs, aimaient r&#233;p&#233;ter qu'aussi loin que remontaient leurs souvenirs elles ne l'avaient vu de bonne humeur qu'aux enterrements. Ou, plus exactement, &#224; l'issue des enterrements, apr&#232;s que quelques tourn&#233;es prises en compagnie de parents et amis perdus de vue depuis des ann&#233;es eussent attendri sa rugueuse &#233;corce. Germaine allait plus loin et &#233;tait d'avis qu'&#224; tout prendre, sa m&#232;re aurait gagn&#233; &#224; ce qu'il la tromp&#226;t de temps &#224; autre. Ayant ainsi des choses &#224; se faire pardonner, il se serait peut-&#234;tre montr&#233; plus aimable &#224; son &#233;gard.&lt;br /&gt;
Et puis Adolphe, le p&#232;re de Germaine, n'aimait pas les cur&#233;s. Il &#233;tait de ces impies qui ont grandi loin d'un clocher dans les nouvelles agglom&#233;rations industrielles, sensibles aux r&#233;criminations la&#239;ques et d&#233;non&#231;ant le pr&#234;tre et le cl&#233;rical comme des dangers publics dont il ne faut attendre qu'obscurantisme et hypocrite m&#233;chancet&#233;. &lt;br /&gt;
C&#233;dant aux instances de sa femme, qui n'&#233;tait pas de cet avis, il avait n&#233;anmoins consenti &#224; ce que ses filles aillent &#224; l'&#233;glise, et m&#234;me, qu'elles fassent leur premi&#232;re communion. Mais Germaine, qui &#233;tait un peu perfectionniste, ne s'avisa-t-elle pas, en mati&#232;re de cat&#233;chisme, d'en remontrer &#224; ses camarades au point de les devancer dans les compositions p&#233;riodiques. Or la coutume voulait que la plus m&#233;ritante des communiantes non seulement conduise son groupe lors des processions du jour, mais aussi qu'elle brandisse un cierge dont la taille et un luxe exceptionnels justifient un prix tout aussi consid&#233;rable.&lt;br /&gt;
Cette fois c'en &#233;tait trop pour un libre-penseur &#233;conome, que sa position de notable d&#233;signait &#224; l'attention de ses concitoyens. Bien r&#233;solu &#224; s'&#233;viter le scandale et la d&#233;pense, et insensible &#224; ses supplications, il enjoignit &#224; la pauvrette de faire en sorte de r&#233;trograder dans les classements. Ce qu'en fille soumise elle fit, la mort dans l'&#226;me, en simulant un trou de m&#233;moire ou en prof&#233;rant quelque sottise &#224; la grande surprise de ses condisciples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Germaine &#233;tait ma m&#232;re et mon p&#232;re, Marcelin. Elle &#233;tait couturi&#232;re quand ils se sont rencontr&#233;s, et lui, revenait du front. Elle s'&#233;tait promis d'embrasser le premier soldat belge qu'il lui serait donn&#233; de revoir. C'&#233;tait l'occasion. Elle n'osa pas pourtant, du moins pas tout de suite, mais elle l'&#233;pousa. Quelques mois plus tard, heureux et fiers, ils assistaient au bapt&#234;me de leur premier n&#233;. Le cierge pascal qui les &#233;clairait ne leur laissa cette fois pas un go&#251;t d'amertume.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'impromptu (Jean B.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article631</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article631</guid>
		<dc:date>2009-11-24T10:10:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Bruxelles (quartiers)</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Entre rire et pleurer &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Malgr&#233; ma retraite, je prends tous les jeudis le chemin le plus court entre la gare centrale &#224; Bruxelles et l'institution o&#249; j'enseigne. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'h&#233;site toujours entre deux voies, l'une qui emprunte quelques rues tranquilles, l'autre illumin&#233;e par la Grand Place. La premi&#232;re guide les femmes et les hommes de devoir, la seconde grouille de touristes qui s'&#233;merveillent devant le baroque d'une des places les (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique127" rel="directory"&gt;Entre Rire et Pleurer &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot185" rel="tag"&gt;Bruxelles (quartiers)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L97xH150/arton631-4498c.jpg?1776712217' width='97' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article569' class='spip_in'&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Entre rire et pleurer &#187;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Malgr&#233; ma retraite, je prends tous les jeudis le chemin le plus court entre la gare centrale &#224; Bruxelles et l'institution o&#249; j'enseigne.&lt;br /&gt;
J'h&#233;site toujours entre deux voies, l'une qui emprunte quelques rues tranquilles, l'autre illumin&#233;e par la Grand Place. La premi&#232;re guide les femmes et les hommes de devoir, la seconde grouille de touristes qui s'&#233;merveillent devant le baroque d'une des places les plus belles du monde.&lt;br /&gt;
Mon humeur et ma curiosit&#233; guident mon itin&#233;raire.&lt;br /&gt;
Mon dernier cours de l'ann&#233;e acad&#233;mique 2002 s'annonce un peu tumultueux ; je dois pr&#233;senter les r&#233;sultats d'une interrogation-test qui ne me satisfont pas du tout. Ce matin de mai, je veux profiter du soleil, l'avaler de tous mes pores, me donner des forces avant ces deux heures o&#249; je serai enferm&#233; entre quatre murs avec mes &#233;tudiants, sans lumi&#232;re naturelle, &#233;bloui par des n&#233;ons qui jettent leurs lux intensivement. La rue que j'emprunte est le lieu o&#249; d&#233;filent des passants aux l&#232;vres coinc&#233;es par les soucis et aux touristes qui s'expriment dans toutes les langues de la terre. Les jaunes sourient en clignant d'un &#339;il, photographie oblige ; les noirs travaillent dans les caniveaux ; les blancs m&#226;chonnent, avalent goul&#251;ment une cr&#232;me glac&#233;e ou devisent &#224; grands gestes. Leur point commun : ne s'int&#233;resser &#224; personne d'autre qu'&#224; eux-m&#234;mes.&lt;br /&gt;
Soudain, quelque chose m'interpelle : un langage connu, ind&#233;finissable, presque universel, dont la m&#233;lodie semble couler de source.&lt;br /&gt;
Pas un mot, rien que du son fluide comme un ruisseau tranquille .&lt;br /&gt;
Mon cerveau travaille, se souvient de chaque note ; les intonations, les crescendo, les lento&#8230; ponctuent ce concerto de Beethoven.&lt;br /&gt;
Je ne vois rien, j'entends tout.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Bien ! Tr&#232;s bien ! Ce musicien a du talent. Bonne ponctuation. Chaque note est jou&#233;e dans le tempo, sans la pr&#233;cipitation de l'artiste qui veut arriver au bout de sa prestation.&lt;br /&gt;
Qui est-il ? O&#249; se cache-t-il ? Derri&#232;re quelques maisons d&#233;prim&#233;es ? Non ! Sous les arcades de la Maison des Princes. A-t-il choisi cet endroit pour se prot&#233;ger du temps ou a-t-il voulu offrir une r&#233;sonance particuli&#232;re &#224; son ex&#233;cution ? Finalement, cela m'est &#233;gal. Seul, le r&#233;sultat compte. Le violoniste est l&#224;, le couvercle de l'&#233;tui &#224; violon ouvert, fier de montrer les photos d'une femme et d'une petite fille. Je passe devant lui, sans le regarder pour &#233;viter de troubler son jeu. Je m'arr&#234;te devant la porte d'un magasin o&#249; une femme, une vendeuse sans doute, parle &#224; haute voix avec un homme.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Madame, ce musicien joue-t-il r&#233;guli&#232;rement ici ? &lt;br /&gt;
Ma question lui semble incongrue.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Quel musicien ? me r&#233;pond-elle avec brusquerie.&lt;br /&gt;
Le violoniste attaque le deuxi&#232;me mouvement du concerto, sans fl&#233;chir, sans fatigue apparente.&lt;br /&gt;
Je continue mon chemin. J'entre dans un magasin familier.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Vous connaissez ce violoniste, l&#224;-bas, en haut ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Non, me r&#233;pond le vendeur. Personne ne joue jamais &#224; cet endroit.&lt;br /&gt;
La curiosit&#233; l'emporte. Je rebrousse chemin. Un moment d'une telle intensit&#233; ne peut &#234;tre &#233;vit&#233;. Je veux savoir s'il pers&#233;v&#232;re dans la qualit&#233;. Je m'approche de lui. Je m'arr&#234;te, j'&#233;coute et j'essaye de comprendre ce qu'il veut m'exprimer.&lt;br /&gt;
Il entame le troisi&#232;me mouvement sans arr&#234;t apr&#232;s le deuxi&#232;me comme le compositeur l'a voulu. Il joue avec brio, sans pathos, sans mi&#232;vrerie, comme seuls les vrais artistes peuvent se le permettre. Malgr&#233; le peu de qualit&#233; de son violon, il poss&#232;de suffisamment de talent pour en extraire le maximum, pour offrir une r&#233;sonance romantique et chaude digne d'un jeune professionnel.&lt;br /&gt;
Alors, je bats la mesure de l'orchestre, note apr&#232;s note. Il croit que j'essaye de d&#233;busquer ses faiblesses alors que, pour la premi&#232;re fois, j'approche d'aussi pr&#232;s un musicien de cette classe. Soudain, il flanche, son archet sautille, ses doigts s'accrochent aux cordes. Je le sens troubl&#233;, un peu pris &#224; contre-pied. Mais en bon musicien, il triomphe de la difficult&#233; et termine avec brio son concerto.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Vous &#234;tes terrible, Monsieur, me souffle-t-il. J'ai suivi vos cadences ; elles me semblent exactes. Mais lorsque je rencontre un connaisseur, je perds vite pied.&lt;br /&gt;
Je souris. Un connaisseur, moi ! Non ! un m&#233;lomane qui regrette, depuis toujours, de n'avoir pu lire des partitions, de s'&#234;tre content&#233; de m&#233;moriser tout, instrument par instrument, accord par accord, pour mieux se p&#233;n&#233;trer de la beaut&#233; d'une construction orchestrale.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Non, Monsieur, je ne suis pas un connaisseur. J'appr&#233;cie le beau et vous le repr&#233;sentez bien.&lt;br /&gt;
Alors, il me raconte sa vie &#224; deux partitions. La premi&#232;re qu'il pr&#233;f&#232;re oublier ; une p&#233;riode noire, sans violon, qui l'avait conduit en prison. La seconde o&#249; la rencontre avec un bon pasteur et sa femme lui donna la force de reprendre son art.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Aujourd'hui, je n'irai pas au conservatoire. Je dois gagner ma vie.&lt;br /&gt;
Le ton de sa voix est clair, calme, sans emphase comme son jeu, d'une s&#233;r&#233;nit&#233; qui me confond. Quel contraste avec le monde qui nous entoure !&lt;br /&gt;
Des gens passent, sans un regard, sourds.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Ce matin, ajoute-t-il, un petit gar&#231;on et sa grand-m&#232;re se sont arr&#234;t&#233;s pendant que je jouais. L'enfant s'est assis devant moi une dizaine de minutes, le visage &#233;panoui, souriant &#224; chaque phras&#233;. J'ai bien d&#233;but&#233; ma journ&#233;e et je la terminerai mieux encore. Lorsque j'expliquerai cette histoire &#224; mon &#233;pouse, nous nous rappellerons nos moments heureux.&lt;br /&gt;
Je d&#233;pose dans sa main ferme un billet, avec cette joie communicative qu'il m'a donn&#233;e.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Je vois que vous aimez la musique. Avez-vous encore un peu de temps ?&lt;br /&gt;
Je ne regarde m&#234;me pas ma montre. Pourquoi briser ce plaisir ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Un peu de Bach nous fera du bien, ajoute-t-il. Je vous le d&#233;die.&lt;br /&gt;
Alors il attaque une partita des plus difficiles. Il peine. Il veut se surpasser.&lt;br /&gt;
Aujourd'hui, depuis combien d'heures ces deux mains travaillent-elles le violon ? La fatigue l'emporte. Il craque.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Vous avez de l'ambition, lui dis-je. C'est tr&#232;s bien. Certains moments furent sublimes. Je vous remercie pour tout.&lt;br /&gt;
J'ai oubli&#233; l'heure, les mauvaises notes des &#233;tudiants, la r&#233;primande que j'avais pr&#233;par&#233;e pour qu'ils r&#233;agissent avant leur &#233;chec de fin d'&#233;tudes.&lt;br /&gt;
Et je suis arriv&#233; en retard&#8230;&lt;br /&gt;
Alors, j'ai d&#233;but&#233; mon cours par cette histoire pour expliquer &#224; mes &#233;tudiants que leur &#233;chec peut &#234;tre le r&#233;sultat d'un effort et que, tout compte fait, ils avaient le droit de se tromper. On ne na&#238;t pas virtuose, on cultive sa virtuosit&#233;, selon ses capacit&#233;s. Mais on essaie toujours d'avancer, de se surpasser pour s'am&#233;liorer.&lt;br /&gt;
Je ne pus m'emp&#234;cher de parler de ce musicien &#224; mes coll&#232;gues pour partager ma joie et mon enthousiasme. Aucune r&#233;action : trop enferm&#233;s dans leur sp&#233;cialit&#233;, sont-ils obtus, calfeutr&#233;s dans un syst&#232;me ?&lt;br /&gt;
Seuls quelques &#233;tudiants ont r&#233;agi et compris mon message.&lt;br /&gt;
Tout compte fait, ce sont eux qui sont l'avenir !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>