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	<title>Ages et transmissions</title>
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	<description>Cr&#233;&#233;e en 97, Ages et Transmissions est une asbl pluraliste bruxelloise permettant aux a&#238;n&#233;s de jouer un r&#244;le actif dans la soci&#233;t&#233;. Elle est reconnue comme organisme d'&#233;ducation permanente par la F&#233;d&#233;ration Wallonie-Bruxelles.</description>
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		<title>Ages et transmissions</title>
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		<title>La m&#233;nag&#232;re mod&#232;le (Jean N.)</title>
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		<dc:date>2012-03-20T07:15:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Femme, f&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Homme (r&#244;le)</dc:subject>
		<dc:subject>Technologie (&#233;volution)</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Et la lessive - Instantan&#233;s sur l'&#233;volution de la femme au 20e si&#232;cle &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Le jour de mon mariage, le 1er juin 1946, ma m&#232;re a donn&#233; un conseil bizarre &#224; sa bru : &#171; Ne g&#226;te pas ton mari, il en profitera. &#187; Attitude d'autant plus inattendue qu'elle ne m'avait gu&#232;re g&#226;t&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ren&#233;e n'a pas suivi son conseil et m'a g&#226;t&#233; pendant soixante ans. Elle avait une conception tr&#232;s traditionnelle du r&#244;le de la femme. Elle s'occupait seule du (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot152" rel="tag"&gt;Homme (r&#244;le)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot165" rel="tag"&gt;Technologie (&#233;volution)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L98xH150/arton677-a8244.jpg?1776712217' width='98' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article580' class='spip_in'&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Et la lessive - Instantan&#233;s sur l'&#233;volution de la femme au 20e si&#232;cle &#187;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Le jour de mon mariage, le 1er juin 1946, ma m&#232;re a donn&#233; un conseil bizarre &#224; sa bru : &#171; Ne g&#226;te pas ton mari, il en profitera. &#187; Attitude d'autant plus inattendue qu'elle ne m'avait gu&#232;re g&#226;t&#233;. &lt;br /&gt;
Ren&#233;e n'a pas suivi son conseil et m'a g&#226;t&#233; pendant soixante ans. Elle avait une conception tr&#232;s traditionnelle du r&#244;le de la femme. Elle s'occupait seule du m&#233;nage et estimait que ce n'&#233;tait pas le r&#244;le du m&#226;le. La cuisine m'&#233;tait interdite lors de la pr&#233;paration des repas. La seule aide que je lui apportais, sporadiquement, &#233;tait l'essuyage de la vaisselle qu'elle se r&#233;servait de laver.&lt;br /&gt;
Lors des emplettes faites en commun, ce qui &#233;tait rare, elle ne me permettait pas de porter un cabas ; elle estimait que c'&#233;tait d&#233;gradant pour un homme. Je trouvais plus g&#234;nant de passer pour un macho assez mufle. &#192; la rigueur, je pouvais l'aider &#224; condition de camoufler les provisions dans ma mallette de professeur.&lt;br /&gt;
&#201;pouse au foyer, celui-ci &#233;tait tenu avec un soin et un ordre minutieux. Les seules t&#226;ches qui m'&#233;taient confi&#233;es &#233;taient l'entretien du chauffage et ce qui n&#233;cessitait de la force musculaire. Je m'occupais du jardin et j'ai toujours beaucoup bricol&#233;, parfois d'une mani&#232;re quasi professionnelle, avec tout l'outillage n&#233;cessaire.&lt;br /&gt;
Pendant des ann&#233;es, nous avons &#233;tudi&#233; ensemble un budget tr&#232;s serr&#233; que je mettais en forme et auquel nous nous tenions strictement. &lt;br /&gt;
Elle &#233;tait maniaque de l'ordre. L'esth&#233;tique de son int&#233;rieur comptait plus que l'aspect de sa personne. Quand on sonne &#224; la porte, la plupart des femmes se mirent rapidement dans le miroir, rectifient autant que possible leur coiffure, se repoudrent en vitesse. Ren&#233;e pas. Elle jette un coup d'&#339;il inquiet sur l'ordre de la pi&#232;ce. Elle a d'ailleurs horreur des visites &#224; l'improviste, non qu'elle souffre d'&#234;tre d&#233;couverte sans maquillage, mais que le visiteur importun s'aper&#231;oive qu'une chaise n'est pas bien rang&#233;e autour de la table, qu'un livre de son mari tra&#238;ne sur un gu&#233;ridon. Car lui, il n'a pas d'ordre !&lt;br /&gt;
Au bout de cinq ans, les t&#226;ches m&#233;nag&#232;res ne lui ont plus suffi. Elle est devenue secr&#233;taire de direction dans l'ath&#233;n&#233;e o&#249; j'enseignais. Elle s'est montr&#233;e aussi z&#233;l&#233;e dans ce second m&#233;tier, ne recevant qu'&#233;loges de ses chefs successifs. Il faut dire qu'elle n'h&#233;sitait pas &#224; faire des heures suppl&#233;mentaires quand les circonstances l'exigeaient au grand dam de son seigneur et ma&#238;tre qui attendait, parfois l'estomac dans les talons, que ses &#233;gards se tournent vers sa personne.&lt;br /&gt;
Elle se levait la premi&#232;re en partie par go&#251;t ; elle a toujours aim&#233; se lever t&#244;t. Quand elle avait lib&#233;r&#233; la salle de bains, je me levais &#224; mon tour et, ma toilette faite, je trouvais le petit d&#233;jeuner sur la table. Puis, avant de partir au boulot ext&#233;rieur, elle faisait le lit apr&#232;s avoir rang&#233; la cuisine, comme de bien entendu.&lt;br /&gt;
Elle &#233;tait toujours press&#233;e. Non seulement, il ne fallait pas remettre au lendemain ce qu'on pouvait faire le jour m&#234;me, mais elle ne repoussait jamais de dix minutes ce qui pouvait se faire sur-le-champ. Ainsi, apr&#232;s les fatigues accumul&#233;es d'une journ&#233;e de r&#233;ception, qu'il soit 22 heures ou 2 heures du matin, elle pr&#233;tendait remettre de l'ordre et m&#234;me entreprendre une vaisselle avant d'aller se coucher. J'insistais : &#171; Demain, il sera encore temps et je t'aiderai. &#187; Elle se cabrait ; je gagnais mon lit.&lt;br /&gt;
Pour la soulager, il m'arrivait souvent de lui proposer d'aller au restaurant ; la plupart du temps, elle me r&#233;pondait : &#171; &#199;a ira plus vite &#224; la maison. &#187;. Je n'ai jamais bien compris cette course contre le temps. Elle a toujours v&#233;cu dans l'anxi&#233;t&#233;. Prenions-nous un peu de bon temps &#224; la terrasse d'un caf&#233;, je la voyais sans cesse consulter sa montre. Le projet de vacances &#224; l'h&#244;tel lui faisait craindre de s'ennuyer ! Elle pr&#233;f&#233;rait, &#224; la mer ou &#224; la montagne, louer un petit appartement garni o&#249; elle pourrait encore s'occuper du m&#233;nage.&lt;br /&gt;
Elle a rapidement appris &#224; conduire. Je pense que c'&#233;tait pour ne pas m'imposer le r&#244;le de chauffeur qu'elle voyait assumer par le mari de sa meilleure amie, lors des courses dans les magasins.&lt;br /&gt;
&#192; part sa voiture qu'elle conduisait vite, avec adresse, elle a repouss&#233; les outils modernes qui allaient peu &#224; peu faciliter le travail de la m&#233;nag&#232;re. C'&#233;tait toujours moi qui lui proposais de les acqu&#233;rir, mais ils dormaient dans les armoires. En r&#233;alit&#233;, elle pensait, avec un rien de masochisme, que ce qu'on r&#233;alise sans trop d'effort n'est pas moral. Elle &#233;prouvait &#224; l'&#233;gard des outils modernes, une sorte d'allergie. Au lieu d'un aspirateur sans fil que j'avais fix&#233; au mur, &#224; port&#233;e de main, reli&#233; &#224; son chargeur de batterie, elle utilisait le balai et la &#171; ramassette &#187;, encore &#224; un &#226;ge avanc&#233; avec ce que cela comporte de g&#233;nuflexions et de maux de dos. Elle n'avait aucun attrait pour le four &#224; micro-ondes. Elle d&#233;daignait le lave-vaisselle, jugeant qu'il ne servait qu'en cas de nombreux commensaux &#224; notre table.&lt;br /&gt;
Sans doute par manque d'exercice, la machine tomba en panne. J'imaginai de ne pas la remplacer, vu son peu d'usage. Elle regretta mon intention du fait que, disait-elle, elle servait tout de m&#234;me en cas de r&#233;ception. C'est-&#224;-dire, &#224; partir de la retraite, deux fois par an environ ! Finalement, un modus vivendi fut conclu : nous rach&#232;terions un lave-vaisselle &#224; condition que nous nous en servions. Elle tint parole. &lt;br /&gt;
Mais un jour, h&#233;las, elle n'a plus pu rien faire. Elle est devenue enti&#232;rement d&#233;pendante de moi : plus d'&#233;quilibre, plus de force. &#192; quatre-vingt-quatre ans, j'ai d&#251; me charger de tout dans l'appartement qui avait remplac&#233; la maison, avec l'aide, deux heures par semaine seulement, d'une femme de m&#233;nage. Certes, mes nouvelles t&#226;ches furent d'autant plus p&#233;nibles qu'elles n&#233;cessit&#232;rent d'abord un apprentissage alors que l'&#226;ge de la retraite avait sonn&#233; depuis vingt ans. Mais m&#234;me apr&#232;s l'acquisition d'un rythme r&#233;gulier, d'une routine, la persistance d'une bonne sant&#233;, j'ai compris nombre des impatiences de ma compagne. J'use &#233;videmment de toutes les facilit&#233;s m&#233;nag&#232;res qu'offre la vie moderne, d&#233;daign&#233;es par une &#233;pouse d'un autre temps. Moi qui avais tendance &#224; laisser courir les choses, je ne peux supporter de quitter la cuisine o&#249; les circonstances m'obligent &#224; consacrer du temps, sans que tout soit lav&#233;, nettoy&#233;, mis en ordre, comme elle le faisait. Je suis all&#233; &#224; bonne &#233;cole ! Car remettre apr&#232;s la sieste ou au lendemain rend les choses plus difficiles et plus d&#233;sagr&#233;ables. Quand des s&#233;jours en clinique de ma pauvre &#233;pouse m'ont rendu seul convive, je n'ai jamais mis la machine en route ! &lt;br /&gt;
Bref, je mesure chaque jour combien lourdes ont &#233;t&#233; les doubles journ&#233;es de travail de ma m&#233;nag&#232;re mod&#232;le pour avoir omis de suivre l'insolite mais judicieux conseil de sa belle-m&#232;re.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Lessiver (Anne-Marie) </title>
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		<dc:subject>Femme, f&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Technologie (&#233;volution)</dc:subject>
		<dc:subject>Vie quotidienne</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte est publi&#233; dans notre 2e recueil d'histoires v&#233;cues : &#034;Et la lessive ...&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle enfile ses bottes de caoutchouc et son cache-poussi&#232;re de Vichy blanc et bleu, descend l'escalier de la cave. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle va sortir de l'eau devenue glac&#233;e les pi&#232;ces de linge qui trempent depuis la veille dans le sel de soude. Elle les tord d'un poignet ferme, les jette dans l'eau tr&#232;s chaude de la machine et la lance pour un quart d'heure. &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s un essorage sommaire &#224; la manivelle entre les deux rouleaux accroch&#233;s &#224; (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot165" rel="tag"&gt;Technologie (&#233;volution)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot175" rel="tag"&gt;Vie quotidienne&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L98xH150/arton45-257bf.jpg?1776712217' width='98' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article416'&gt;Ce texte est publi&#233; dans notre 2e recueil d'histoires v&#233;cues : &#034;Et la lessive ...&#034;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle enfile ses bottes de caoutchouc et son cache-poussi&#232;re de Vichy blanc et bleu, descend l'escalier de la cave.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle va sortir de l'eau devenue glac&#233;e les pi&#232;ces de linge qui trempent depuis la veille dans le sel de soude. Elle les tord d'un poignet ferme, les jette dans l'eau tr&#232;s chaude de la machine et la lance pour un quart d'heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s un essorage sommaire &#224; la manivelle entre les deux rouleaux accroch&#233;s &#224; la machine, elle plonge le linge dans l'eau de la cuve de cuivre o&#249; elle a r&#226;p&#233; une brique de savon de Marseille, blanche et moelleuse, douce aux mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle y rajoute une poign&#233;e de cristaux de soude et allume le gaz sous la cuve o&#249; le linge cuira une demi-heure, brass&#233; par les pales de bois qu'une roue, actionn&#233;e par la courroie du moteur, fait tourner dans un sens, puis dans l'autre, jusqu'au premier bouillon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vapeur lourde envahit peu &#224; peu la cave, tandis qu'elle met en marche une deuxi&#232;me, puis une troisi&#232;me machine et pr&#233;pare les tines d'aluminium (deux rondes et une ovale) o&#249; elle rincera le linge apr&#232;s l'avoir lav&#233; une deuxi&#232;me fois dans son eau de cuisson et essor&#233; &#224; fond &#224; la grosse essoreuse.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans la cuve ovale, celle du troisi&#232;me rin&#231;age, elle secoue la petite boule de coton remplie de bleu destin&#233;e &#224; communiquer aux blancs le super reflet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni trop ni trop peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle ouvre la porte sur l'escalier du jardin, pour a&#233;rer, et monte &#224; la cuisine pr&#233;parer l'amidon o&#249; seront pass&#233;s les cols et devants de chemise d'homme, les bordures brod&#233;es des draps de lit et les taies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni trop ni trop peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juste pour raidir et briller tout bien sous le fer &#224; repasser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le linge est dispos&#233;, d&#233;froiss&#233;, dans la manne d'osier, elle le monte jusqu'au-dessus de l'all&#233;e, en face du cerisier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Essuie le fil de fer avec un chiffon propre. Un &#224; un accroche cale&#231;ons et chemises par le pan, culottes et mouchoirs sans un pli, t&#233;tras et langes, petites camisoles. Et sur un autre fil un peu plus haut, les draps de lit et les taies assorties.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, avec toutes ces belles eaux encore propres, elle va savonner &#224; la brosse &#224; poils durs, racler et rincer abondamment &#224; grands seaux jet&#233;s les pav&#233;s des trois caves, dans le joyeux &#171; froutch froutch &#187; des bottes.&lt;br&gt;
Puis, apr&#232;s avoir enfil&#233; des v&#234;tements secs et aval&#233; un cachet d'aspirine (pour &#233;viter les frissons glac&#233;s d'apr&#232;s-lessive et l'&#233;ventuel refroidissement), elle ira contempler toute cette blancheur et ces couleurs fra&#238;ches bien align&#233;es dans le vent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si le temps est beau, si le petit repose, elle aura peut-&#234;tre le plaisir de commencer le repassage aujourd'hui, et de pouvoir jouir de ce parfum offert par le linge tout impr&#233;gn&#233; du dehors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est fi&#232;re et heureuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle aime.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Faire tapisserie, 1950 (Anne-Marie F.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article676</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Amour, mariage, divorce</dc:subject>
		<dc:subject>Femme, f&#233;minisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Et la lessive - Instantan&#233;s sur l'&#233;volution de la femme au 20e si&#232;cle &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est pas une soir&#233;e comme les autres, c'est la soir&#233;e d'anniversaire d'H&#233;l&#232;ne. H&#233;l&#232;ne est la fille d'amis de mes parents ; elle f&#234;te ses dix-huit ans. C'est une fille tr&#232;s gentille H&#233;l&#232;ne, tr&#232;s s&#251;re d'elle et sachant ce qu'elle veut ; elle a entam&#233; des &#233;tudes de pharmacie et a r&#233;uni autour d'elle une jolie cour d'admirateurs. &lt;br class='autobr' /&gt;
Suzanne, une amie commune de nos (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot148" rel="tag"&gt;Femme, f&#233;minisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L98xH150/arton676-bc867.jpg?1776712217' width='98' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article580' class='spip_in'&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Et la lessive - Instantan&#233;s sur l'&#233;volution de la femme au 20e si&#232;cle &#187;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Ce n'est pas une soir&#233;e comme les autres, c'est la soir&#233;e d'anniversaire d'H&#233;l&#232;ne. H&#233;l&#232;ne est la fille d'amis de mes parents ; elle f&#234;te ses dix-huit ans. C'est une fille tr&#232;s gentille H&#233;l&#232;ne, tr&#232;s s&#251;re d'elle et sachant ce qu'elle veut ; elle a entam&#233; des &#233;tudes de pharmacie et a r&#233;uni autour d'elle une jolie cour d'admirateurs.&lt;br /&gt;
Suzanne, une amie commune de nos parents, m'a pr&#234;t&#233; son collier de jade et le bracelet assorti rapport&#233;s de Chine par son parrain.&lt;br /&gt;
&#8211; Je veux que tu sois tr&#232;s jolie ce soir-l&#224;.&lt;br /&gt;
Mais toute cette journ&#233;e a &#233;t&#233; lourde d'appr&#233;hension : je n'ai jamais pu m'habituer &#224; ces soir&#233;es o&#249;, comme d'autres filles, je fais la potiche sur ma chaise en attendant le bon vouloir des gar&#231;ons &#224; qui il pla&#238;t ou non de venir nous convier &#224; danser. De plus, il est absolument grossier de notre part de refuser, m&#234;me au plus antipathique d'entre eux, et si le cas se pr&#233;sente, il est alors interdit d'accepter l'invitation d'un autre pr&#233;tendant. Cela risque dans certains endroits d'entra&#238;ner de violents conflits.&lt;br /&gt;
Sachant que je ne conna&#238;trai sans doute personne &#224; cette soir&#233;e et que mon attitude crisp&#233;e va d&#233;courager les plus t&#233;m&#233;raires, je suis certaine de passer une soir&#233;e sur mon si&#232;ge et, saisie d'angoisse au moment de partir, je suis prise de vomissements. Ma m&#232;re s'&#233;nerve, mon p&#232;re ne comprend pas. Bref j'arrive chez H&#233;l&#232;ne quand la f&#234;te est d&#233;j&#224; bien entam&#233;e.&lt;br /&gt;
&#8211; Tu es tard, dit-elle sur un ton de reproche.&lt;br /&gt;
&#8211; Excuse-moi, j'&#233;tais un peu malade.&lt;br /&gt;
&#171; Un peu malade &#187; est une figure de style : j'ai d&#233;pos&#233; c&#339;ur sur carreau vers sept heures du soir, juste avant de prendre le collier de jade dans son magnifique &#233;crin.&lt;br /&gt;
En entrant, j'avise tout de suite un trio de jeunes filles &#224; l'air s&#233;rieux : elles caquettent, assises en rang d'oignons. Je m'assieds &#224; proximit&#233;, les salue et feins de participer &#224; leur conversation : ainsi je n'aurai pas l'air d'une laiss&#233;e pour compte.&lt;br /&gt;
Je voudrais tant ne pas &#234;tre l&#224;.&lt;br /&gt;
Deux gar&#231;ons mettent sur le plateau les disques choisis par leurs deux cavali&#232;res et on danse. Personne ne m'invite, comme pr&#233;vu, pas plus d'ailleurs que mes trois compagnes. Elles expriment &#224; voix basse leur m&#233;contentement. Moi j'ai envie de m'&#233;clipser, envie de pleurer, envie de me sauver jusqu'&#224; la douleur ; j'ai le creux de l'estomac comme une peau de tam-tam sur laquelle rebondit la musique.&lt;br /&gt;
Un tango.&lt;br /&gt;
Gaspard vient me chercher. Gaspard je le connais : il est presque fianc&#233; avec cette jolie blonde en robe d'organza rose et il a piti&#233; de moi, toute seule que je suis. Et puis il est le filleul de Marthe et se doit de m'offrir au moins une danse car Marthe et son &#233;poux sont aussi des amis communs des parents. Nous ne savons quoi raconter : je suis mal &#224; l'aise, du coup lui aussi.&lt;br /&gt;
Et voil&#224; le souper. L'horreur.&lt;br /&gt;
Un serveur distribue sur un plateau d'argent des boutons de roses roses aux jeunes gens. Chacun d'eux &#233;lit sa compagne de table en lui tendant la fleur, qu'elle attache &#224; son corsage. C'est &#224; ce moment-l&#224; que je monte dans la chambre d'H&#233;l&#232;ne pour &#233;chapper &#224; l'humiliation de n'&#234;tre pas choisie&#8230;&lt;br /&gt;
Qui y songerait ? En outre il y a plus de soupeuses que de soupeurs.&lt;br /&gt;
Quand je descends, tout le monde est install&#233; et les rires fusent. Mes trois nouvelles camarades sont seules en bout de table ; &#224; leur c&#244;t&#233; une place est libre : je m'y installe.&lt;br /&gt;
Les efforts pour avaler le poulet froid&#8230;Les trois demoiselles sont ulc&#233;r&#233;es : pas accompagn&#233;es au repas c'est l'affront, l'inracontable aux parents quand ils vont demander, l'air indiff&#233;rent :&lt;br /&gt;
&#8211; Avec qui as-tu soup&#233; ?&lt;br /&gt;
Pas mes parents &#224; moi : ils ne connaissent rien aux habitudes de ce milieu-ci : la bourgeoisie li&#233;geoise. Chez nous, les f&#234;tes et anniversaires rassemblent joyeusement toutes les g&#233;n&#233;rations et c'est toujours scandaleusement pantagru&#233;lique.&lt;br /&gt;
Les trois solitaires se retirent t&#244;t ; j'en profite pour dispara&#238;tre derri&#232;re elles.&lt;br /&gt;
H&#233;l&#232;ne me dit, attrist&#233;e :&lt;br /&gt;
&#8211; Tu t'en vas d&#233;j&#224; ? Attends, on va te reconduire.&lt;br /&gt;
J'ai rendu le collier de jade et le bracelet assorti.&lt;br /&gt;
&#8211; Merci Suzanne. Oh oui, c'&#233;tait une tr&#232;s belle soir&#233;e : H&#233;l&#232;ne avait l'air heureuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1992&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Robin danse.&lt;br /&gt;
Au milieu du salon d&#233;gag&#233; de ses jouets, il danse au rythme de la musique, genoux et bras l&#233;g&#232;rement pli&#233;s.&lt;br /&gt;
Un peu plus loin, assise sur une chaise, je le contemple.&lt;br /&gt;
Il s'arr&#234;te, me regarde et court vers moi. Me prend la main.&lt;br /&gt;
Do ? (Tu danses ?)&lt;br /&gt;
Je le suis sur la piste ; nous nous balan&#231;ons, mon petit-fils et moi, sur les notes entra&#238;nantes d'une chanson de Henri D&#232;s.&lt;br /&gt;
Si j'avais su, &#224; dix-huit ans, qu'un jour un beau gar&#231;on de seize mois viendrait ainsi me chercher pour danser, j'aurais &#233;t&#233; si rayonnante que jamais je n'aurais fait tapisserie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Et&#233; 1975 , &#233;t&#233; 1985 (Pierre R.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article680</link>
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		<dc:date>2009-12-14T09:28:58Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Homme (r&#244;le)</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Et la lessive - Instantan&#233;s sur l'&#233;volution de la femme au 20e si&#232;cle &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; Et&#233; 1975 &lt;br class='autobr' /&gt;
Tr&#232;s jeune ado, j'assistais &#224; une discussion entre filles qui se plaignaient des mecs. A un moment, je suis intervenu pour dire : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; H&#233;, l&#224;, une minute ! On n'est pas tous comme cela. MOI je ne suis pas comme cela ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Une des filles s'est tourn&#233;e vers moi et, fort gentiment je dois dire, m'a r&#233;pondu : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Oui, OK, mais toi t'es pas vraiment un (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L98xH150/arton680-32b38.jpg?1776712217' width='98' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article580' class='spip_in'&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Et la lessive - Instantan&#233;s sur l'&#233;volution de la femme au 20e si&#232;cle &#187;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et&#233; 1975 &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s jeune ado, j'assistais &#224; une discussion entre filles qui se plaignaient des mecs. A un moment, je suis intervenu pour dire : &lt;br /&gt;
&#8211; H&#233;, l&#224;, une minute ! On n'est pas tous comme cela. MOI je ne suis pas comme cela !&lt;br /&gt;
Une des filles s'est tourn&#233;e vers moi et, fort gentiment je dois dire, m'a r&#233;pondu : &lt;br /&gt;
&#8211; Oui, OK, mais toi t'es pas vraiment un mec.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai mis six mois &#224; m'en remettre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
&lt;strong&gt;Et&#233; 1985 &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un rat se mourait dans le jardin. Ma compagne de l'&#233;poque m'a appel&#233; et m'a dit : &lt;br /&gt;
&#8211; Fais quelque chose !&lt;br /&gt;
L'animal faisait piti&#233; &#224; voir. Il y avait cette sale blessure sur sa hanche. J'ai r&#233;pondu &#224; ma compagne :&lt;br /&gt;
&#8211; Pourquoi moi ?&lt;br /&gt;
Elle a inspir&#233; profond&#233;ment et elle a souffl&#233; (p&#233;dagogue) : &lt;br /&gt;
&#8211; Parce que t'es un mec !&lt;br /&gt;
J'ai r&#233;pondu sans respirer : &lt;br /&gt;
&#8211; Depuis la r&#233;volution f&#233;ministe, ce genre de consid&#233;ration n'est plus de mise. Tu peux parfaitement t'occuper de cela .&lt;br /&gt;
Elle a dit : &lt;br /&gt;
&#8211; Qui fait la lessive ? &lt;br /&gt;
Pi&#233;g&#233;. J'ai simplement r&#233;pondu : &lt;br /&gt;
&#8211; OK, j'y vais.&lt;br /&gt;
Le rat me regardait avec des yeux doux pas m&#234;me suppliants. Une boule s'&#233;tait install&#233;e dans ma gorge. Dans mon dos j'entendais ma compagne : &#171; Quelle horrible bestiole ! &#187;.&lt;br /&gt;
J'ai dit au rat : &#171; Je suis d&#233;sol&#233;, vieux &#187; et lui ai donn&#233; un coup de pelle sur la nuque, aussi proprement que possible. J'ai fait dispara&#238;tre le corps. En revenant, ma compagne m'attendait avec une dr&#244;le d'expression sur le visage, quelque chose de dur que je ne lui connaissais pas. &lt;br /&gt;
Je lui ai demand&#233; : &lt;br /&gt;
&#8211; Kais kiss se passe ? &lt;br /&gt;
Elle a r&#233;pondu : &lt;br /&gt;
&#8211; Pour vous les mecs, on dirait que tuer &#231;a vous excite ! &lt;br /&gt; Et elle a tourn&#233; les talons et elle a disparu dans la maison. &lt;br /&gt;
J'ai grill&#233; une cigarette dans le jardin avant de rentrer. Arriv&#233; au m&#233;got, je murmurais encore : &#171; Je suis d&#233;sol&#233; vieux, je suis tellement d&#233;sol&#233;... &#187;. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Moralit&#233; : le chemin est plus long que pr&#233;vu mais pas toujours pour les raisons qu'on croit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>P&#232;re au foyer : un beau m&#233;tier (P.S.)</title>
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		<dc:date>2009-12-14T09:25:28Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Homme (r&#244;le)</dc:subject>
		<dc:subject>Parents (&#234;tre)</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Et la lessive - Instantan&#233;s sur l'&#233;volution de la femme au 20e si&#232;cle &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; l'heure o&#249; j'&#233;cris ces lignes je regarde la neige tomber &#224; 9000 kilom&#232;tres de mon biotope belgo-naturel. La neige qui tombe est canadienne, la ville est Calgary, on n'y parle peu ou prou ma langue maternelle. Voil&#224; o&#249; je me trouve, au milieu de nulle part et &#224; c&#244;t&#233; des Rocheuses, priv&#233; de mon environnement professionnel hautement technologique, de mon (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot158" rel="tag"&gt;Parents (&#234;tre)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L98xH150/arton679-00730.jpg?1776712217' width='98' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article580' class='spip_in'&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Et la lessive - Instantan&#233;s sur l'&#233;volution de la femme au 20e si&#232;cle &#187;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
&#192; l'heure o&#249; j'&#233;cris ces lignes je regarde la neige tomber &#224; 9000 kilom&#232;tres de mon biotope belgo-naturel. La neige qui tombe est canadienne, la ville est Calgary, on n'y parle peu ou prou ma langue maternelle. Voil&#224; o&#249; je me trouve, au milieu de nulle part et &#224; c&#244;t&#233; des Rocheuses, priv&#233; de mon environnement professionnel hautement technologique, de mon t&#233;l&#233;phone portable, de ma voiture de fonction, de mes repas d'affaires et de mon salaire de mis&#232;re d'humble valet d'une grosse compagnie am&#233;ricaine. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le sevrage est douloureux au d&#233;but : que vais-je faire de tout ce temps qui me reste &#224; remplir ?&lt;br /&gt;
Depuis six mois, j'ai d&#233;couvert trois enfants, une femme, un cerveau &#224; occuper et une baraque &#224; tenir. Et bien voil&#224; qui occupe bien plus que je ne me l'imaginais.&lt;br /&gt;
Il y avait huit ans que cette id&#233;e de partir marinait, avec des hauts et des bas. Nous avions d&#233;j&#224; v&#233;cu un an &#224; Montr&#233;al pour le travail de mon &#233;pouse, et nous avions trouv&#233; l'exp&#233;rience int&#233;ressante. Mais le quotidien de deux travailleurs mari&#233;s avec trois enfants offre rarement du temps &#224; la r&#233;flexion, et encore moins quand il s'agit, pour un m&#226;le, de penser qu'il va se retrouver &#224; torcher le plancher, surveiller les devoirs dans une langue &#233;trang&#232;re, faire les courses et approcher de tr&#232;s pr&#232;s une lessiveuse.&lt;br /&gt;
Puis vint l'accident, le d&#233;c&#232;s d'un proche parent, qui d&#233;clencha une suite de r&#233;actions. La moindre ne fut pas une d&#233;pression l&#233;g&#232;re, mais ennuyeuse, de ma part. C'est alors que l'ann&#233;e sabbatique prit plus de sens, dans la mesure o&#249; un renversement, ou devrais-je &#233;crire une modification de trajet, pouvait infl&#233;chir le cours d'une pens&#233;e par trop m&#233;canique. &lt;br /&gt;
J'ai appris que pour partir, pour quitter un cocon tiss&#233; de fils en acier, il faut lutter contre le regard, les commentaires des autres et acqu&#233;rir une certaine ind&#233;pendance d'esprit. Quel hiver de la pens&#233;e aura-t-il fallu pour que la glace &lt;br /&gt;
craque ? Et quel printemps de l'esprit faut-il pour qu'il prenne une autre direction ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme des millions de blancs de l'h&#233;misph&#232;re nord, j'ai &#233;t&#233; &#233;lev&#233; dans un sch&#233;ma classique, maman-maison et papa-boulot. Cela marque, en fonction du degr&#233; de maturit&#233; de la personne, une partie de notre comportement. Mon &#233;pouse vient du m&#234;me environnement. C'est une femme moderne. Hautement dipl&#244;m&#233;e, et professeur d'universit&#233;. Son milieu est tr&#232;s masculin, peu sensible au changement, et encore moins port&#233; &#224; l'am&#233;lioration de la carri&#232;re des femmes, surtout avec enfants. Heureusement, les femmes &#233;voluent plus vite que les hommes, et son milieu familial est plus apte &#224; l'adaptation que le mien. L'&#233;quation familiale s'en trouve bonifi&#233;e. Je voudrais aussi pr&#233;ciser que, pour moi, femme moderne n'est pas incompatible avec femme tout court. Il appartient aux hommes autant qu'aux femmes de changer leurs places respectives dans la soci&#233;t&#233;.&lt;br /&gt;
Nous d&#233;cidons donc, un beau jour, de briser nos cha&#238;nes, et de partir un an loin, en anglais, avec un salaire, le sien. Peu d'hommes acceptent cela. Les enfants, quinze, douze et huit ans plongent dans une culture &#233;trang&#232;re, dans une langue qui n'est pas la leur. Au revoir famille et copains, bonjour l'Ouest.&lt;br /&gt;
Avec le recul, j'ai sans doute aussi consid&#233;r&#233; cette exp&#233;rience, avant qu'elle ne d&#233;bute, comme un d&#233;fi personnel, m&#226;tin&#233; d'un brin de fanfaronnade vis-&#224;-vis de mes coll&#232;gues. Ils n'en reviennent toujours pas &#171; que j'ai perdu mon salaire pendant un an &#187;. Le regard des autres aussi est un frein, et cette prise d'ind&#233;pendance reste un effort de tous les jours. &#192; cette heure, j'y vois une victoire personnelle, mais la guerre n'est jamais gagn&#233;e dans ce domaine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les remarques sur ma carri&#232;re future ont &#233;t&#233; moindres que ce que j'avais imagin&#233;. J'attribue cela au changement qui commence &#224; poindre dans le milieu qui est le mien. Cela dit, je n'ai pas &#233;t&#233; remplac&#233;. Mes coll&#232;gues se sont appuy&#233; mon boulot, certains m'en tiendront rigueur. Revenir dans ce chaudron ne sera pas une mince affaire. &lt;br /&gt;
Une chose est de le dire, autre chose est de le faire. Mon &#233;pouse reste pay&#233;e par la Belgique, c'est le syst&#232;me des ann&#233;es sabbatiques propres &#224; l'universit&#233;. Je vais donc vivre aux crochets de ma tendre moiti&#233;. Laisser ma femme assurer le quotidien ? Encore moins envisageable.&lt;br /&gt;
Notre maison est lou&#233;e meubl&#233;e. C'est encore un frein pour beaucoup de ceux auxquels j'ai parl&#233; de notre exp&#233;rience. Quitter son parquet ? Certains ne le con&#231;oivent m&#234;me pas.&lt;br /&gt;
Ce fut, au d&#233;but, une exp&#233;rience choquante, choc est &#224; prendre dans le sens tremblement de terre. Quand la cro&#251;te terrestre se fend, les failles existantes s'agrandissent ou se comblent, mais rien ne reste en place. &lt;br /&gt;
Certains &#234;tres d'exceptions ont un m&#233;tabolisme rapide, le mien est pathologiquement lent. &lt;br /&gt;
Il m'aura fallu des semaines pour comprendre que les gar&#231;ons se disputent naturellement. Que les devoirs sont une affaire &#224; suivre de pr&#232;s. Que les patates cuisent longtemps. Qu'un concombre n'est pas une courgette. M&#226;les amis, je vous conseille de d&#233;couper un concombre en rondelles, de huiler les dites rondelles et de les placer dans la po&#234;le. Puis de regarder la t&#234;te de votre ch&#233;rie quand elle aper&#231;oit le tout. Inou&#239; ce qu'elles peuvent rire, ces garces. Qu'une fille de quinze ans pense. Beaucoup. Et pas toujours comme vous, rarement en fait. Qu'un gamin de douze ans qui ne veut pas penser, ne pense pas. Et qu'un autre de huit qui dit &#8216;Bonjour, Poulette' &#224; son institutrice m&#233;rite qu'on s'int&#233;resse &#224; lui, et pas seulement &#224; l'institutrice. Qu'une liste de courses se pr&#233;pare en regardant dans les armoires. Que les journ&#233;es sont trop courtes pour tout faire. Que la poussi&#232;re s'accumule partout, toujours, vite et sans rel&#226;che. Que demander d'enlever ses chaussures pour respecter le travail des autres est harassant. Que la laine ne supporte pas l'eau chaude. Que la file &#224; l'hosto est la m&#234;me pour tout le monde. Que le frigo regorge de restes qu'il convient de ne pas oublier. Que le lever du matin est le moment o&#249; vous devez d&#233;montrer que votre &#233;nergie est communicative. Qu'il convient de limiter l'&#233;paisseur des couches de Nutella sur les tartines, et de trouver le moyen appropri&#233; de sanctionner un d&#233;passement, sachant que si ce moyen est diff&#233;rent d'une fois &#224; l'autre, c'est encore mieux. Que les grandes courses ne se font pas en trente minutes. Que le linge se trie. Que les gants se trouent, comme les chaussettes. En mati&#232;re de r&#233;paration, je n'en suis rest&#233; qu'aux boutons. Que les chambres se rangent, et de pr&#233;f&#233;rence par leurs propri&#233;taires. Que les lampes ne s'&#233;teignent pas toutes seules. Que les peignes se nettoient. Que l'&#233;cole termine t&#244;t et que les photos num&#233;riques que vous &#233;tiez en train de traiter attendront demain ou un autre jour, ou encore plus tard, comme la pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre que vous voulez &#233;crire. Que se retrancher derri&#232;re un ordinateur n'est pas la meilleure fa&#231;on d'&#233;lever ses enfants. Et qu'interdire, c'est &#233;duquer. Que le porc cuit longtemps. Que les chaussettes s'apparient. Que le latin est bon pour toi, mon grand. Que la t&#233;l&#233;vision avec le c&#226;ble, c'est un gros boulet. Que le jazz ne pla&#238;t pas aux ados, quel malheur...&lt;br /&gt;
Respirons. Je n'ai pas encore touch&#233; au fer &#224; repasser. La technologie de ce truc d&#233;passe largement mes comp&#233;tences, et je ne porte plus de chemise depuis le 30 juin.&lt;br /&gt;
Ma r&#233;compense ? Une remarque d'un gamin : &#171; C'est dr&#244;le, maintenant c'est Maman qui demande &#224; Papa si c'est le jour du choco dans les sandwiches ! &#187; Bonheur, les genres sont m&#233;lang&#233;s.&lt;br /&gt;
Je suis convaincu d'une chose : le changement, dont l'origine grecque est la m&#234;me que pour crise, est salutaire, risqu&#233;, et source de d&#233;couvertes. &lt;br /&gt;
Salutaire, parce que, comme dans la nature darwinienne qui nous entoure, le changement est source d'am&#233;lioration. Il n'y pas d'&#233;volution sans diversit&#233;. Il n'y a pas de rails qui tiennent quand le sol tremble, la diff&#233;rence de masse est trop grande. Il en est de m&#234;me pour l'&#234;tre humain. Une aventure comme la n&#244;tre nous fera voir l'existence sous un angle diff&#233;rent. &lt;br /&gt;
Risqu&#233;, parce que l'&#233;loignement et le temps libre pendant lequel le cerveau gamberge am&#232;nent parfois des questions dont on aurait bien voulu se passer. Suis-je fait pour &#234;tre p&#232;re, par exemple quand une crise avec un enfant se prolonge, au del&#224; de votre seuil d'explosion interne ? Simple quand on le lit, d&#233;rangeant quand on le vit. La r&#233;ponse vient avec le temps et un autre regard sur l'existence. &lt;br /&gt;
Source de d&#233;couvertes : la vie peut &#234;tre belle et simple &#224; la fois. Soyons r&#233;alistes : il y a des gens plus simples que moi, et m&#234;me beaucoup plus selon ma charmante &#233;pouse. Mais j'ai certainement chang&#233; certains de mes modes de pens&#233;e. Mes rapports avec ma tribu proche ont chang&#233;, et nous sommes devenus plus cellulaires, dans le sens biologique du terme. Je ne crains pas, loin s'en faut, le renfermement. Je parlerais plut&#244;t d'unit&#233; constructrice, en mouvement permanent, dont les constituants s'enrichissent mutuellement. Jamais un job, aussi int&#233;ressant soit-il, ne devrait vous faire manquer cela. Bon, il faut de la tune pour vivre, mais pour vivre quoi ?&lt;br /&gt;
Je ne puis dire, dans l'&#233;tat actuel des choses, si c'est une st&#232;le, une statue ou un mausol&#233;e qu'il faudrait &#233;riger &#224; la gloire des femmes. &lt;br /&gt;
Maintenant je sais ce qu'elles font, les f&#233;es du logis. Tout ! Mais rien qu'un homme ne saurait faire avec un brin de modestie, de jugeote, d'engagement. &lt;br /&gt;
Le retour a &#233;t&#233; dur. Pas seulement &#224; cause de la pluie qui tombe sans discontinuer, mais parce que le risque de retomber dans nos travers anciens est tr&#232;s pr&#233;sent. Le travail va reprendre, l'entretien de la maison, les courreries vers les diff&#233;rents tennis, scouts, docteurs, d&#233;chetterie, gymnastique, amalgame non exhaustif. Les trajets vers la ville, les files vers le travail. Et au travail, mes coll&#232;gues gentils mais tr&#232;s attach&#233;s &#224; leurs pr&#233;rogatives. Comment r&#233;sister, et &#234;tre soi-m&#234;me, et ne donner &#224; cet employeur aucune parcelle de mon &#226;me, juste du temps ?&lt;br /&gt;
Je vous laisse, l'&#233;cole est finie, le go&#251;ter approche, le Spirou est arriv&#233;, il faudra d&#233;cider qui le lit en premier.&lt;br /&gt;
Il faut que j'apprenne &#224; mes enfants que le jour ou la terre sera dirig&#233;e par les femmes, il y aura enfin un avenir pour l'homme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ch&#233;rie, tu as oubli&#233; le mouchoir ! (Jeannine K.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article678</link>
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		<dc:date>2009-12-14T09:21:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Amour, mariage, divorce</dc:subject>
		<dc:subject>Femme, f&#233;minisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Et la lessive - Instantan&#233;s sur l'&#233;volution de la femme au 20e si&#232;cle &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Combien de fois ais-je entendu cet appel de mon p&#232;re au moment de s'habiller apr&#232;s que maman ait pr&#233;par&#233; dans la chambre le linge, la chemise et la cravate du jour. Impossible pour lui de trouver dans la ling&#232;re le mouchoir souhait&#233;. C'est sa femme qui assume cette responsabilit&#233;. Elle semble ex&#233;cuter ces t&#226;ches avec une soumission naturelle et jamais (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L98xH150/arton678-0fd5a.jpg?1776712217' width='98' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article580' class='spip_in'&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Et la lessive - Instantan&#233;s sur l'&#233;volution de la femme au 20e si&#232;cle &#187;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Combien de fois ais-je entendu cet appel de mon p&#232;re au moment de s'habiller apr&#232;s que maman ait pr&#233;par&#233; dans la chambre le linge, la chemise et la cravate du jour. Impossible pour lui de trouver dans la ling&#232;re le mouchoir souhait&#233;. C'est sa femme qui assume cette responsabilit&#233;. Elle semble ex&#233;cuter ces t&#226;ches avec une soumission naturelle et jamais ne manifeste le moindre signe de r&#233;bellion. &lt;br /&gt;
Adolescente, je suis agac&#233;e par cette attitude, je ne peux l'admettre. Qui a d&#233;cr&#233;t&#233; que c'est elle qui doit cirer les chaussures de papa, pr&#233;parer son linge, beurrer ses tartines ? Ils s'aiment ; comment accepte-t-il qu'elle soit ainsi &#224; sa disposition ? &lt;br /&gt;
&#8211; Maman, pourquoi fais-tu tout &#231;a pour papa ? Pourquoi ne peut-il pas lui m&#234;me s'occuper de ces d&#233;tails ? &lt;br /&gt;
La r&#233;ponse &#224; mes questions est inlassablement la m&#234;me.&lt;br /&gt; &#8211; J'ai toujours fait comme &#231;a, c'est normal ! Ton p&#232;re a &#233;t&#233; habitu&#233; ainsi ; il est incapable de se d&#233;brouiller seul.&lt;br /&gt;
L'&#233;ducation des gar&#231;ons au d&#233;but du vingti&#232;me si&#232;cle, qui n'ont eu d'autre exemple &#224; suivre que ce sch&#233;ma machiste, a laiss&#233; des traces sur la g&#233;n&#233;ration suivante. &lt;br /&gt;
Je me suis mari&#233;e en 1960 ; nous avons eu gar&#231;ons et fille. J'&#233;tais d&#233;cid&#233;e : aucune diff&#233;rence ne sera tol&#233;r&#233;e entre fr&#232;res et s&#339;ur. Mon mari ne partage pas trop ce point de vue et il me faut beaucoup d'obstination pour faire valoir mes id&#233;es d'&#233;ducation. D'autant plus que l'a&#238;n&#233;e est fille et que tout naturellement son p&#232;re la veut avant tout &#171; une femme bien, bonne m&#232;re, bonne &#233;pouse &#187; selon l'expression consacr&#233;e. &lt;br /&gt; &#8211; Apprends-lui &#224; coudre, &#224; faire ses v&#234;tements ! &lt;br /&gt;
Mais ma fille a d'autres centres d'int&#233;r&#234;t et je me dis que cette maudite machine &#224; coudre ne sera que pr&#233;texte pour lui demander un effort personnel au moment de renouveler sa garde-robe. &lt;br /&gt;
Aujourd'hui j'ai deux fils qui partagent tout dans le m&#233;nage : cuisine, entretien, enfants. Mes belles-filles en sont tr&#232;s heureuses ; elles parviennent &#224; coudre les boutons mais pas mieux que mes gar&#231;ons. Chez ma fille, on partage totalement les corv&#233;es et l'intendance. C'est ce que je souhaitais pour elle. &lt;br /&gt;
Mais comment expliquer que je me surprends parfois &#224; penser qu'elle pourrait tout de m&#234;me, de temps en temps, repasser les chemises de son compagnon ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mister Wasserette (Sylvie L.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article675</link>
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		<dc:date>2009-12-14T09:13:53Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Femme, f&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Homme (r&#244;le)</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Et la lessive - Instantan&#233;s sur l'&#233;volution de la femme au 20e si&#232;cle &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Dis, pour une fois, tu ne me laisserais pas faire une machine &#224; laver ? demandais-je insistante &#224; Jean-Fran&#231;ois, mon compagnon, la trentaine. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, tu n'en as pas besoin puisque je le fais, me r&#233;pond-il. Et puis, tu sais, c'est plus simple si une seule personne s'en occupe ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est vrai que cela fait maintenant dix ans que j'ai pris l'habitude de (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L98xH150/arton675-cba4f.jpg?1776712217' width='98' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article580' class='spip_in'&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Et la lessive - Instantan&#233;s sur l'&#233;volution de la femme au 20e si&#232;cle &#187;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
&#8211; Dis, pour une fois, tu ne me laisserais pas faire une machine &#224; laver ? demandais-je insistante &#224; Jean-Fran&#231;ois, mon compagnon, la trentaine.&lt;br /&gt;
Mais, tu n'en as pas besoin puisque je le fais, me r&#233;pond-il. Et puis, tu sais, c'est plus simple si une seule personne s'en occupe ! &lt;br /&gt;
Il est vrai que cela fait maintenant dix ans que j'ai pris l'habitude de voir Jean-Fran&#231;ois constituer m&#233;thodiquement des tas de linges, blancs et color&#233;s, de programmer la r&#233;partition des lessives sur la semaine et de descendre et monter &#224; la cave avec son panier tant&#244;t vide tant&#244;t charg&#233;. Avec deux enfants en bas &#226;ge, cela fait quasiment une lessive par jour. Sans doute stimul&#233; par son go&#251;t pour la propret&#233;, il semble m&#234;me prendre un certain plaisir &#224; la t&#226;che.&lt;br /&gt;
Et moi de reprendre :&lt;br /&gt;
Tu sais bien que, dans un couple, je trouve important que chacun soit capable de faire un maximum de choses seul. On ne sait jamais comment va la vie. Je pourrais demain me retrouver veuve ou s&#233;par&#233;e, ajoutai-je encore, provocante.&lt;br /&gt;
Ce n'est pas la premi&#232;re fois que je tiens ce discours, certes pessimiste mais combien r&#233;aliste lorsque l'on consid&#232;re les statistiques des divorces et l'esp&#233;rance de vie des femmes, toujours sup&#233;rieure &#224; celle des hommes.&lt;br /&gt;
Et la discussion de se clore l&#224;, moi trop accapar&#233;e par le tourbillon de la vie quotidienne que pour insister avec plus d'efficacit&#233;.&lt;br /&gt;
Par contre, le repassage, la cuisine et la gestion du nettoyage, c'est mon rayon&#8230;Bien que&#8230;tout r&#233;cemment, Jean-Fran&#231;ois me t&#233;l&#233;phone au bureau : &lt;br /&gt;
Tu sais Sylvie, la femme de m&#233;nage vient de me pr&#233;venir qu'elle ne pourrait pas venir comme pr&#233;vu cet apr&#232;s-midi. Alors, je rentrerai deux heures plus t&#244;t ce soir pour vite nettoyer la maison avant le retour des enfants !&lt;br /&gt;
Et la vaisselle, me direz-vous en &#233;pluchant le r&#233;pertoire des t&#226;ches domestiques, qui s'en occupe ? C'est encore Jean-Fran&#231;ois ! Et lorsque je lui propose de la faire, il me prend l'&#233;ponge des mains pr&#233;textant que je vais m'ab&#238;mer les mains et que &#8230;je ne sais pas faire une vaisselle correctement. Ce qui, je l'avoue, est vrai et m'arrange, ma foi, assez bien.&lt;br /&gt;
Cela peut para&#238;tre un peu incongru lorsque, avec des amies, Jean-Fran&#231;ois se met &#224; parler de poudre &#224; lessiver et autres produits plus miraculeux les uns que les autres mais, quand on y regarde bien, l'on verra que ce qui peut para&#238;tre une domestication de l'homme n'est finalement que le reflet d'un juste partage des t&#226;ches ! &lt;br /&gt;
Il faut dire aussi que, travaillant tous deux &#224; temps plein, nous contribuons &#224; parts &#233;gales aux revenus du m&#233;nage et que nous partageons &#233;galement totalement l'&#233;ducation des enfants.&lt;br /&gt;
Lorsque je vois mon fils de deux ans, accompagner fi&#232;rement son p&#232;re lors d'une virile exp&#233;dition &#224; la cave, afin de mettre en route une machine &#224; laver, je suis ravie de pouvoir vous annoncer que la rel&#232;ve est d'ores et d&#233;j&#224; assur&#233;e !&lt;br /&gt;
Morale de l'histoire : plut&#244;t que de perdre du pouvoir, mon homme est en train d'en gagner un autre : le pouvoir m&#233;nager. C'est un pouvoir qu'il me convient tr&#232;s bien de partager&#8230;mais pas de perdre. &lt;br /&gt;
Alors dans la liste de mes bonnes r&#233;solutions, outre l'apprentissage de la machine &#224; laver, vous trouverez : prendre le temps d'apprendre &#224; :&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; faire fonctionner le lave-vaisselle ;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; faire des virements &#233;lectroniques ;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; r&#233;apprendre &#224; conduire &#8211; J'ai un permis qui, &#224; ma plus grande honte, dort depuis dix ans dans mon portefeuille.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Et, si mon ch&#233;ri acceptait, &#231;a m'arrangerait d'apprendre &#224; utiliser une foreuse. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais pour &#231;a, c'est s&#251;r, je devrai me montrer tr&#232;s convaincante !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quand la goutte fait d&#233;border le vase (Charles L.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article674</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article674</guid>
		<dc:date>2009-12-14T09:01:19Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Engagement (social,politique)</dc:subject>
		<dc:subject>Femme, f&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Et la lessive - Instantan&#233;s sur l'&#233;volution de la femme au 20e si&#232;cle &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis n&#233; en 1944 dans un village minier de la r&#233;gion li&#233;geoise. Avant la guerre, mon p&#232;re &#233;tait boucher-charcutier et ma m&#232;re travaillait &#224; ses c&#244;t&#233;s. Apr&#232;s 5 ans de captivit&#233;, mon p&#232;re est revenu malade. Le magasin fit faillite et mon p&#232;re, apr&#232;s quelques mois de recherche, fut embauch&#233; &#224; la FN (Fabrique Nationale d'armes de guerre, usine situ&#233;e &#224; (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot166" rel="tag"&gt;Travail&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L98xH150/arton674-37d3d.jpg?1776712217' width='98' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article580' class='spip_in'&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Et la lessive - Instantan&#233;s sur l'&#233;volution de la femme au 20e si&#232;cle &#187;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Je suis n&#233; en 1944 dans un village minier de la r&#233;gion li&#233;geoise. Avant la guerre, mon p&#232;re &#233;tait boucher-charcutier et ma m&#232;re travaillait &#224; ses c&#244;t&#233;s. Apr&#232;s 5 ans de captivit&#233;, mon p&#232;re est revenu malade. Le magasin fit faillite et mon p&#232;re, apr&#232;s quelques mois de recherche, fut embauch&#233; &#224; la FN (Fabrique Nationale d'armes de guerre, usine situ&#233;e &#224; Herstal, pr&#232;s de Li&#232;ge). &lt;br /&gt;
Mes parents eurent 4 enfants. Ma m&#232;re, la premi&#232;re lev&#233;e et la derni&#232;re couch&#233;e, ne manquait pas de besogne avec cette famille nombreuse. A elle, revenaient les t&#226;ches traditionnelles du m&#233;nage : lessive, repassage, cuisine, vaisselle, mise en conserve des fruits et l&#233;gumes du potager cultiv&#233; par mon p&#232;re et m&#234;me le tricot pour lequel je m'&#233;merveillais lorsque je constatais que, gr&#226;ce &#224; l'usage simultan&#233; de quatre aiguilles, les chaussettes n'avaient aucune couture. &lt;br /&gt;
Le suivi des travaux scolaires &#233;tait, lui aussi, attribu&#233; &#224; ma m&#232;re. Tandis que nous &#233;tions attabl&#233;s &#224; la salle &#224; manger avec nos livres et cahiers devant les yeux, elle s'affairait dans la cuisine, tout en interrompant r&#233;guli&#232;rement sa t&#226;che pour r&#233;pondre &#224; nos appels. Et avec moi, Dieu sait si ce ne fut pas facile, car d&#232;s la deuxi&#232;me primaire, je connus de nombreux d&#233;boires. &lt;br /&gt;
Enfant, j'ai entendu ma m&#232;re qui confirmait cet engagement de femme au foyer en r&#233;p&#233;tant que c'&#233;tait son devoir de m&#232;re et d'&#233;pouse. Certes, elle avait parfaitement int&#233;gr&#233; la r&#233;partition des t&#226;ches de mes grands-parents. Pour mon grand-p&#232;re, il &#233;tait &#233;vident que l'homme ramenait les sous et la femme tenait le m&#233;nage. &lt;br /&gt;
Puis, un jour, accul&#233;s par leurs dettes, mes parents prirent une grande d&#233;cision, celle du travail de ma m&#232;re. Engag&#233;e &#224; la FN comme &#171; femme machine &#187;, cette derni&#232;re partit, tous les matins, &#224; l'usine. L&#224;, elle devait r&#233;pondre &#224; des normes pr&#233;cises de production. Mon grand-p&#232;re fut scandalis&#233; par cette option. &lt;br /&gt;
Le rythme de travail auquel ma m&#232;re &#233;tait soumise, et toutes les femmes qui travaillaient avec elle, &#233;tait &#233;reintant : travail simultan&#233; sur plusieurs machines, cadence de production tr&#232;s soutenue, pauses limit&#233;es et de courte dur&#233;e, nettoyage des tables et machines avant de c&#233;der sa place aux suivants, semaine de 45 heures, salaire nettement inf&#233;rieur &#224; celui des hommes. &lt;br /&gt;
Mes parents s'&#233;taient organis&#233;s pour qu'il y ait toujours une pr&#233;sence de l'un d'eux &#224; la maison. En effet, le travail en &#233;quipe tournante permettait des horaires diff&#233;rents. Mon p&#232;re et ma m&#232;re se sont donc inscrits dans des pauses contraires. Ainsi, lorsque nous rentrions de l'&#233;cole, nous &#233;tions toujours accueillis par l'un ou l'autre avec des tartines de confiture ou sirop de Li&#232;ge d&#233;j&#224; pr&#233;par&#233;es sur la table.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, ma m&#232;re tomba gravement malade au point de ne jamais pouvoir reprendre le travail. J'avais alors 16 ans et j'ai propos&#233; &#224; mes parents de quitter l'&#233;cole pour les aider financi&#232;rement. Apr&#232;s avoir pass&#233; des tests d'aptitudes &#224; la FN, o&#249; j'eus de bons r&#233;sultats, je fus engag&#233; comme &#171; gamin machine &#187; avec un salaire &#233;quivalent &#224; celui des femmes. Cinq ans plus tard, je fus licenci&#233; pour des raisons salariales. Du salaire enfant, j'allais passer au salaire homme, trop co&#251;teux pour l'entreprise. J'ai rapidement retrouv&#233; un emploi comme magasinier dans une petite entreprise.&lt;br /&gt;
J'avais 22 ans, lorsqu'en 1966, les femmes de la FN se mirent en gr&#232;ve. Leurs revendications &#233;taient fermes. Elles ne pouvaient plus supporter la diff&#233;rence salariale entre hommes et femmes qu'elles vivaient comme une profonde exploitation. Plusieurs pays d'Europe soutinrent ce mouvement. &lt;br /&gt; La gr&#232;ve d&#233;buta le 16 f&#233;vrier. Nous &#233;tions tous &#224; table lorsque nous avons entendu &#224; la radio l'annonce de l'arr&#234;t de travail. Une prime incorrectement pay&#233;e fut utilis&#233;e comme pr&#233;texte. Cette erreur suffit pour mettre le feu aux poudres. &lt;br /&gt;
Les jours qui suivirent, malgr&#233; le froid hivernal, les femmes manifest&#232;rent dans les rues. V&#234;tues de leur lourd manteau, fichu sur la t&#234;te, sacoche au bras, elles portaient des calicots et exigeaient haut et fort : &#171; A travail &#233;gal, salaire &#233;gal ! &#187;.&lt;br /&gt;
Tr&#232;s vite, les hommes furent mis au ch&#244;mage technique. A cette &#233;poque, seule la compensation syndicale comblait le manque &#224; gagner. Autant dire, presque rien ! Restait mon salaire pour permettre &#224; la famille de se nourrir et se chauffer. En effet, les retomb&#233;es de cette gr&#232;ve furent imm&#233;diates sur bon nombre d'entreprises de la r&#233;gion, dont celles qui occupaient mes deux s&#339;urs. Mon plus jeune fr&#232;re, lui, &#233;tait toujours &#224; l'&#233;cole.&lt;br /&gt;
L'insuffisance des rentr&#233;es mit ma m&#232;re fort en col&#232;re. Elle trouvait cette gr&#232;ve tr&#232;s p&#233;nalisante sur le plan financier tant et si bien qu'elle refusa de manger pour nous laisser un maximum. Nos repas, inlassablement les m&#234;mes, m'indisposaient car je voyais ma m&#232;re se priver de tout. Nous avions appris &#224; nous satisfaire de peu : des p&#226;tes &#224; la sauce blanche avec parfois deux saucisses &#224; partager en six.&lt;br /&gt;
Dans ma propre entreprise, les mati&#232;res premi&#232;res n'arrivaient plus r&#233;guli&#232;rement. Mes prestations suivirent le rythme des possibilit&#233;s de travail. Les jours o&#249; j'&#233;tais au ch&#244;mage, je me rendais &#224; Herstal. L&#224;, je circulais autour de l'usine pour sentir le climat, &#233;couter les haut-parleurs qui diffusaient les messages syndicaux, regarder la place communale noire des 3.800 femmes qui avaient d&#233;sert&#233; l'usine. Ces rassemblements se vivaient dans une ambiance survolt&#233;e qui montrait la d&#233;termination des gr&#233;vistes. Les propositions successives, jug&#233;es insuffisantes, &#233;taient rejet&#233;es les unes apr&#232;s les autres. &lt;br /&gt;
Quand je rentrais &#224; la maison, l'atmosph&#232;re &#233;tait lourde. L'angoisse de ne plus avoir de pain sur la table habitait tout un chacun. Mon p&#232;re tournait en rond. Il se sentait impuissant. Il cherchait &#224; s'occuper. Ce n'&#233;tait pas encore la saison pour travailler au potager. Restaient quelques r&#233;parations &#224; faire dans la maison.&lt;br /&gt;
Les semaines s'&#233;coulaient, de plus en plus tendues. Ma m&#232;re ne croyait plus &#224; l'issue positive de cette gr&#232;ve. J'ai vu ma m&#232;re pleurer m&#234;me si elle s'arrangeait pour nous cacher ses larmes. L'absence d'argent la d&#233;sesp&#233;rait. La mis&#232;re s'installait dans les familles des travailleurs et nous ne faisions pas exception. Je garde un souvenir amer de mon anniversaire pass&#233; sous silence tant la tristesse et l'inqui&#233;tude nous avaient gagn&#233;s. &lt;br /&gt;
L'ampleur du mouvement fut telle qu'on ne voyait plus le bout du tunnel. Les jours se suivaient, monotones et d&#233;primants. Pour ma part, je me sentais soulag&#233; de pouvoir encore travailler deux ou trois jours par semaine, occasion de sortir de chez moi et de ramener un peu d'argent. &lt;br /&gt;
Enfin, le 16 mai, un communiqu&#233; &#224; la radio annon&#231;a la fin de la gr&#232;ve suite &#224; un vote secret des femmes de l'usine. La majorit&#233; de celles-ci souhaitait reprendre le travail apr&#232;s n&#233;gociations positives. La dur&#233;e de travail hebdomadaire allait passer de 45 heures &#224; 44 sans perte de salaire. Et dor&#233;navant, les salaires conna&#238;traient une indexation plus r&#233;guli&#232;re. En entendant cette nouvelle, ma m&#232;re pleura de joie et se jeta dans les bras de mon p&#232;re. Mon p&#232;re dit alors que cette gr&#232;ve avait &#233;t&#233; un mal n&#233;cessaire pour r&#233;pondre aux revendications des femmes. Le cours normal de la vie reprit vite le dessus et j'en fus tranquillis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette gr&#232;ve, longue de trois mois, permis d'obtenir quelques am&#233;liorations mais nous plongea aussi dans un climat familial p&#233;nible. Cette p&#233;riode de ma vie m'a marqu&#233; non seulement par ce que j'y ai v&#233;cu mais aussi par cette perception plus affin&#233;e de la discrimination qui touche les femmes. Et je d&#233;plore encore aujourd'hui cette diff&#233;rence qui m'appara&#238;t fort injuste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>D&#233;buts d'une militante (Yvonne L.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article673</link>
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		<dc:date>2009-12-14T08:54:57Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Engagement (social,politique)</dc:subject>
		<dc:subject>Femme, f&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>

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&lt;p&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Et la lessive - Instantan&#233;s sur l'&#233;volution de la femme au 20e si&#232;cle &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; Extraits de : &#034;Yvonne Lambert, Biographie&#034; paru aux Editions des Femmes Pr&#233;voyantes Socialistes, avec la collaboration du CENFORSOC &#8211; M&#233;moire ouvri&#232;re (Centre de formation sociale et culturelle pour travailleurs &#224; Charleroi) &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis n&#233;e dans un coron ouvrier, le 13 avril 1905, de parents socialistes. La classe ouvri&#232;re menait alors une lutte (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique126" rel="directory"&gt;Et la lessive...&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot144" rel="tag"&gt;Engagement (social,politique)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot148" rel="tag"&gt;Femme, f&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot166" rel="tag"&gt;Travail&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L98xH150/arton673-dd0d7.jpg?1776712217' width='98' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article580' class='spip_in'&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Et la lessive - Instantan&#233;s sur l'&#233;volution de la femme au 20e si&#232;cle &#187;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Extraits de : &lt;strong&gt;&#034;Yvonne Lambert, Biographie&#034;&lt;/strong&gt; paru aux Editions des Femmes Pr&#233;voyantes Socialistes, avec la collaboration du CENFORSOC &#8211; M&#233;moire ouvri&#232;re (Centre de formation sociale et culturelle pour travailleurs &#224; Charleroi)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233;e dans un coron ouvrier, le 13 avril 1905, de parents socialistes. La classe ouvri&#232;re menait alors une lutte difficile contre l'injustice et la servitude.&lt;br /&gt;
Ma m&#232;re m'a souvent d&#233;crit notre petite maison, plant&#233;e au pied d'un terril, dont un chemin de terre permettait l'acc&#232;s. Avec ses murs blanchis de chaux et ses volets verts, meubl&#233;e de peu de choses : une table, six chaises, un bonheur-du-jour, une grande armoire plant&#233;e dans le mur et un po&#234;le &#224; longue buse noire, elle &#233;tait modeste mais refl&#233;tait la propret&#233;. Le sol &#233;tait couvert de vieux pavements rouges parsem&#233;s de sable blanc. Les petits rideaux raccommod&#233;s, toujours bien lav&#233;s et amidonn&#233;s, laissaient refl&#233;ter la lumi&#232;re chaude du soleil. Dans la chambre, le lit &#233;clatait de blancheur &#224; c&#244;t&#233; d'un berceau re&#231;u en pr&#234;t ; la layette faite de dizaines de morceaux de toiles et de molletons r&#233;colt&#233;s aupr&#232;s de la famille avait &#233;t&#233; cousue par les mains rudes de ma m&#232;re.&lt;br /&gt;
Elle me raconte encore : &lt;i&gt;&#171; Tout semblait reposer. Un peu de bruit : c'est la famille qui papote &#224; c&#244;t&#233;. Les commentaires vont bon train car nul n'ignore mes accouchements laborieux et deux gar&#231;ons d&#233;j&#224; sont mort-n&#233;s. C'est encore un gar&#231;on qu'on esp&#232;re : vivra-t-il ? J'attends dans la souffrance et l'espoir. &lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;Rosine, l'accoucheuse, femme respectable et tr&#232;s intelligente, d'une simplicit&#233; remarquable, d'une grande compr&#233;hension et d'une bont&#233; excessive, m'aide et me r&#233;conforte. Aux cris violents et r&#233;p&#233;t&#233;s, mon mari, ton p&#232;re, entre dans la pi&#232;ce, d&#233;sesp&#233;r&#233;, angoiss&#233;. De nouveaux cris&#8230; et l'enfant est l&#224; : c'est une fille !&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;Ton p&#232;re ne parle pas, puis s'approche et me dit : &#171; C'est une fille &#8230; Oui, c'est une fille&#8230; &#187;. Un silence plane. Rosine, comprenant le d&#233;sarroi du p&#232;re qui attendait un gar&#231;on, lui pose le b&#233;b&#233; dans les bras. Il tremble, il pleure, il te presse sur son c&#339;ur, il t'embrasse et te sourit. Il semble d&#233;j&#224; vouloir te c&#226;liner et &#171; oublier &#187; que tu es une fille.&lt;br /&gt;
Pr&#233;cieusement, il te d&#233;pose dans le berceau. Il m'embrasse et : &#171; M&#226;riye, c'est-&#232;ne-fiye &#232;t &#232;le vike, il gar&#231;on, s'ra pou &#232;n aute c&#244;p ! &#187; (Marie, c'est une fille et elle vit ; le gar&#231;on sera pour une autre fois ! ). &#187;&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis mon enfance, je vis &#224; Roux, au c&#339;ur de la cit&#233; industrielle, au milieu de ce centre ouvrier toujours en col&#232;re contre les patrons et les l&#233;gislateurs ; depuis mon enfance, je vis une ambiance de luttes, de combats et de revendications.&lt;br /&gt;
Ma m&#232;re, la plus jeune d'une famille de dix enfants, n'est all&#233;e &#224; l'&#233;cole que pour apprendre &#224; lire, compter et &#233;crire. Encore enfant, elle a commenc&#233; &#224; travailler dans la cour du charbonnage. Mais tous les jours, elle lisait &#224; voix haute le journal &#171; Le Peuple &#187; &#224; son oncle, fervent militant socialiste qui ne savait ni lire ni &#233;crire. Elle a pu ainsi approfondir ses connaissances et faire son &#233;ducation. &lt;br /&gt;
Au cours des gr&#232;ves, des p&#233;riodes de ch&#244;mage, des moments difficiles, elle est toujours aux c&#244;t&#233;s de son mari. &lt;br /&gt; Celui-ci, mon p&#232;re, ouvrier mineur, fervent militant socialiste, syndicaliste acharn&#233;, coop&#233;rateur, mutuelliste, d&#233;fend la cause de ses semblables avec des mots fougueux, populaires mais r&#233;alistes. Ce qu'il me raconte avec force, &#233;nergie et espoir m'impressionne douloureusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1919, je termine mes huit ann&#233;es d'&#233;tudes : six en primaire et deux au 4e degr&#233;. Les professions auxquelles on destine les jeunes filles &#224; l'&#233;poque sont : bonne d'enfants, servante, fille de courses, travail sur la cour des charbonnages, dans les ateliers m&#233;tallurgistes ou les fabriques de bouchons, apprenties couturi&#232;re, modiste, repasseuse, corseti&#232;re, fille de magasin, st&#233;no-dactylo-comptable, infirmi&#232;re, secr&#233;taire, institutrice &#8230; ou enfin, pharmacienne.&lt;br /&gt;
Pour choisir le bon chemin &#224; prendre, il faut examiner &#224; la fois les qualit&#233;s requises et les possibilit&#233;s financi&#232;res, le placement et le manque &#224; gagner. Beaucoup de m&#233;tiers s'apprennent alors &#171; sur le tas &#187;. &lt;br /&gt;
Apr&#232;s bien des palabres, je me dirige vers le m&#233;tier de secr&#233;taire. Et Maman de me conduire &#224; Charleroi, &#224; l'Institut moderne o&#249; se donnent des cours acc&#233;l&#233;r&#233;s de st&#233;no-dactylo et comptabilit&#233;.&lt;br /&gt;
Mes &#233;tudes &#224; peine termin&#233;es, je suis engag&#233;e &#224; la Centrale des Mineurs (1920), puis transf&#233;r&#233;e (1923) &#224; la F&#233;d&#233;ration Socialiste, me replonge dans l'ambiance des luttes &#233;lectorales, tant&#244;t perdantes, des meetings contradictoires, des batailles d'affiches, des congr&#232;s du Parti &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai toujours beaucoup remu&#233; la petite biblioth&#232;que de mon p&#232;re : pour la ranger d'abord, pour caresser les livres ensuite, pour les feuilleter, les ouvrir, les lire et essayer de les comprendre. Mon p&#232;re me commente les discours parlementaires de Jules Destr&#233;e. Je participe assid&#251;ment aux conf&#233;rences et aux f&#234;tes de la Maison du Peuple, aux meetings, aux manifestations du 1er Mai, mais aussi &#224; la chorale, au cercle dramatique au cercle de gymnastique...&lt;br /&gt;
Ma famille, mon entourage, mon travail &#224; la F&#233;d&#233;ration Socialiste, ma rencontre avec un jeune garde socialiste qui deviendra mon mari : tout se rejoint dans une m&#234;me pr&#233;occupation, l'av&#232;nement du socialisme. Je veux militer. Carnet syndical dans une poche, carnet mutuelliste dans l'autre, pain de la Coop&#233;rative sur la table, je lis chaque jour &#171; Le Peuple &#187; et le &#171; Journal de Charleroi &#187;.&lt;br /&gt;
Je me suis affili&#233;e au Parti Ouvrier, je suis jeune et je raisonne : il faut &#234;tre dans le mouvement, &#234;tre &#224; l'&#233;coute, se perfectionner, lire et suivre des cours, se jeter dans la m&#234;l&#233;e &#8230; Aussi &#234;tre pr&#232;s des gens, se rendre sympathique et enthousiaste, entreprenante et courageuse !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gand, 1893. Les socialistes sont partisans du vote des femmes. Le Parti Ouvrier entend poursuivre &lt;i&gt;&#171; par tous les moyens en son pouvoir la suppression de toutes dispositions l&#233;gales qui consacreraient l'inf&#233;riorit&#233; civile, politique et &#233;conomique de la femme &lt;/i&gt;&#034; et r&#233;clame &#034;&lt;i&gt; le droit de vote pour la femme comme pour l'homme &#187;&lt;/i&gt;.&lt;br /&gt;
Pourtant, m&#234;me si elles sont exploit&#233;es au travail dans les m&#234;mes conditions et avec les m&#234;mes difficult&#233;s que les hommes, m&#234;me si toutes les organisations du Parti Ouvrier leur sont ouvertes, elles y sont peu nombreuses &#8230;&lt;br /&gt;
A la maison, elles vivent tous les drames de la mis&#232;re ; elles soutiennent l'action de leur mari au cours des gr&#232;ves comme dans les p&#233;riodes de ch&#244;mage, elles en supportent les cons&#233;quences et font tout ce qu'elles peuvent pour sortir leur famille du marasme. Avec courage et t&#233;nacit&#233;, elles tentent de chasser la famine en cherchant des petits travaux compl&#233;mentaires, pour quelques centimes. Elles comprennent le sens de la lutte &#224; mener mais elles sont sans doute moins directement m&#234;l&#233;es aux tensions entre patrons et ouvriers.&lt;br /&gt;
Elles voudraient que la pauvret&#233; disparaisse, que leurs enfants fr&#233;quentent l'&#233;cole pour y acqu&#233;rir un bon m&#233;tier, que tous vivent d&#233;cemment. Elles voudraient voir la soci&#233;t&#233; changer &#8230; mais elles ne sont pas pr&#233;par&#233;es &#224; la vie militante et la propagande faite &#224; l'&#233;poque ne leur convient pas. Une information, une formation et donc une maturit&#233; politique : voil&#224; ce qui leur manque, voil&#224; ce que les organisations ouvri&#232;res pourraient leur apporter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la r&#233;gion de Charleroi, on compte alors par localit&#233; quelque quatre ou cinq femmes socialistes, mutuellistes, syndicalistes, coop&#233;ratrices. Se r&#233;unir entre elles n'est pas facile : il faut assurer la garde des enfants, trouver un moyen de d&#233;placement, qu&#233;mander parfois l'autorisation du mari.&lt;br /&gt;
Difficile de les rassembler, de les int&#233;resser et de les sortir de leur milieu ! Mais, en 1923, les Femmes Pr&#233;voyantes Socialistes viennent d'&#234;tre cr&#233;&#233;es. Les objectifs sont : int&#233;resser les femmes &#224; la vie sociale, leur faire comprendre l'importance des probl&#232;mes sociaux, &#233;conomiques et politiques, les faire participer &#224; la d&#233;fense de la cause socialiste.&lt;br /&gt;
Je fais partie des militantes.&lt;br /&gt;
Souvent, nous recevons un bon accueil mais parfois, dans la rue, on entend crier : &lt;br /&gt;
&lt;i&gt;&#171; Va z-&#232;r &lt;/i&gt;&#1548;&lt;i&gt;f&#233; tes tchausses ! Va z'-&#232; f&#233; t'soupe ! &#187; (Va raccommoder tes bas ! Va faire ta soupe !).&lt;/i&gt; Paroles m&#233;chantes que nous laissons s'envoler et fondre sur l'air du temps &#8230;&lt;br /&gt;
Notre slogan est : &#171; Convaincre et r&#233;ussir &#187; et, avant m&#234;me d'&#234;tre f&#233;d&#233;r&#233;es, nous osons agir : nous cr&#233;ons des comit&#233;s, recrutons des membres, r&#233;unissons des enfants, assistons &#224; des r&#233;unions et journ&#233;es d'&#233;tudes et surtout, nous nous int&#233;ressons au sort des femmes et &#224; leurs revendications.&lt;br /&gt;
Au comit&#233; de ma commune, je suis pr&#233;sente tous les jours. Je regarde, je d&#233;couvre, je me documente, j'apprends. Comme dans les autres comit&#233;s, on travaille sans rel&#226;che et entre nous se forme un r&#233;seau fraternel et militant. &lt;br /&gt;
Pour rassembler les enfants, nous avons cr&#233;&#233; &#171; L'Heure du Conte &#187; : pour eux, nous pr&#233;parons des programmes de f&#234;tes et de jeux ; ils font du chant, du dessin, de la peinture, du bricolage, du th&#233;&#226;tre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous invitons de temps en temps une militante &#171; de poids &#187; : les citoyennes Spaak, Heyman, Coulon, Burniaux, Blume, Hysmans, Blieck viennent ainsi faire des expos&#233;s &#224; la fois simples et brillants. Apr&#232;s, nous donnons la possibilit&#233; aux femmes de les approcher pour leur expliquer une situation personnelle, leur demander des conseils ou entreprendre une d&#233;marche. Pour la plupart, c'est une rencontre extraordinaire, presque inconcevable. Elles remercient et disent &#171; &lt;i&gt;Come &#232;les sont djint&#238;yes, les oratrices toutes simples, av&#233; ye&#251;s, on pout p&#226;rl&#233;r.&lt;/i&gt; &#187; &lt;i&gt;(Comme elles sont gentilles, les oratrices, toutes simples ; avec elles, on peut parler.)&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;A chaque repr&#233;sentation, la salle est comble et nous avons l'impression que les femmes n'attendent pas seulement le divertissement mais aussi le savoir et les moyens de participer au mouvement. Nous cherchons sans cesse de nouvelles id&#233;es.&lt;br /&gt;
Nous choisissons aussi des th&#232;mes vari&#233;s de conf&#233;rences et de discussions : l'enfant &#224; l'&#233;cole, les parents et l'enseignement, l'habitat, les femmes seules, la coop&#233;ration, le droit de vote, les &#233;lections communales&#8230; Notre but est de donner aux femmes une information utile, d'expliquer le sens des probl&#232;mes d'actualit&#233;, de les faire r&#233;fl&#233;chir afin qu'elles puissent prendre la parole et donner leur avis. Nous &#171; conditionnons &#187; les femmes pour qu'elles d&#233;veloppent une &#233;ducation sociale et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contacts et les discussions rendent les femmes plus conscientes de la place qu'elles peuvent et doivent occuper dans la soci&#233;t&#233;. C'est dans le domaine de l'&#233;ducation, de la protection de la femme et de l'enfant que nos actions trouvent un d&#233;veloppement favorable. Nous participons &#224; la lutte contre la tuberculose, alors sujet d'angoisse pour les familles : nous diffusons les rem&#232;des mis au point par la recherche scientifique pour extirper le mal et &#233;viter la contagion.&lt;br /&gt;
A l'&#233;poque, la mortalit&#233; infantile fait des ravages ; les femmes accouchent chez elles, souvent dans des conditions d&#233;plorables. Le ministre Anseele a d&#233;crit cette situation douloureuse par cette image : &#171; &lt;i&gt;Lorsqu'on pr&#233;parait deux berceaux, il fallait pr&#233;parer un cercueil&lt;/i&gt; &#187;.&lt;br /&gt;
Nous conseillons vivement aux parents de pr&#233;senter leurs enfants aux consultations de l'Office National de l'Enfance qui existent dans chaque commune et qui donnent des cours de gymnastique pr&#233;natale et de pr&#233;paration &#224; l'accouchement ; nous participons &#224; la lutte contre l'alcoolisme, r&#233;clamons la distribution d'eau potable &#224; proximit&#233; des habitations, l'&#233;lectricit&#233;, le gaz, l'&#233;clairage public, l'&#233;gouttage, le pavage des chemins, un service de ramassage des immondices, des buanderies communales, des habitations sociales bien con&#231;ues &#8230; Tout cela para&#238;t aujourd'hui &#233;l&#233;mentaire : fermons les yeux un instant et imaginons notre soci&#233;t&#233; priv&#233;e de ces conforts &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces souvenirs montrent comment les premi&#232;res militantes ont, sans rien n&#233;gliger, par de petits et grands moyens, b&#226;ti l'assise du mouvement. Par nos actions et nos services, nous avons construit un mouvement qui, des ann&#233;es plus tard, d&#233;montrera sa grandeur et cela, dans l'esp&#233;rance d'une vie meilleure.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#034;Ing&#233;nieur ? les filles ne font pas &#231;a !&#034; (Josette D.)</title>
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		<dc:date>2009-12-14T08:49:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Ecole, &#233;tudes</dc:subject>
		<dc:subject>Femme, f&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>

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&lt;p&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Et la lessive - Instantan&#233;s sur l'&#233;volution de la femme au 20e si&#232;cle &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
1956. J'ai 16 ans. Je vais rentrer en rh&#233;torique et je dois choisir vers quelles &#233;tudes m'orienter. Faire, comme la plupart, une ann&#233;e &#224; Louvain pour trouver un mari ? Il n'en est pas question ! Je veux &#171; faire des &#233;tudes &#187;, avoir un m&#233;tier. Mais quoi ? M&#233;decine : c'est trop demander &#224; mes parents. Pharmacie : mon p&#232;re r&#234;ve d'une fille pharmacienne (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot166" rel="tag"&gt;Travail&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L98xH150/arton672-8da75.jpg?1776712217' width='98' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article580' class='spip_in'&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Et la lessive - Instantan&#233;s sur l'&#233;volution de la femme au 20e si&#232;cle &#187;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
1956. J'ai 16 ans. Je vais rentrer en rh&#233;torique et je dois choisir vers quelles &#233;tudes m'orienter. Faire, comme la plupart, une ann&#233;e &#224; Louvain pour trouver un mari ? Il n'en est pas question ! Je veux &#171; faire des &#233;tudes &#187;, avoir un m&#233;tier. Mais quoi ? M&#233;decine : c'est trop demander &#224; mes parents. Pharmacie : mon p&#232;re r&#234;ve d'une fille pharmacienne mais faire tant d'&#233;tudes pour &#171; seulement tenir une boutique &#187; est ridicule. Que faire ? Je ne suis bonne qu'en maths mais une licence m&#232;ne tout droit vers l'enseignement et cela, je n'en veux pas. Alors ? Je suis attir&#233;e par l'&#233;lectronique. Je me demande souvent comment il est possible qu'en tournant un bouton on entende la Cinqui&#232;me de Beethoven. Je choisis donc de devenir ing&#233;nieur en &#233;lectronique, en &#171; courant faible &#187;, comme on dit &#224; l'&#233;poque.&lt;br /&gt;
Il y a n&#233;anmoins un hic et de taille : les filles ne font pas &#231;a !&lt;br /&gt;
Je l'annonce &#224; la directrice. Une femme que je n'aime pas et qui ne m'aime pas. Cela fait l'effet d'une bombe ! Elle fait venir des psychologues et je passe des tests &#224; n'en plus finir. Quelques semaines plus tard, je suis appel&#233;e, un dimanche, dans le bureau de la directrice. Mes parents y sont d&#233;j&#224; avec la d&#233;l&#233;gu&#233;e des psychologues ! Oui, les tests l'ont prouv&#233; : je suis &#171; faite &#187; pour devenir ing&#233;nieur. Mais en chimie ! Ah non, la chimie je d&#233;teste &#231;a. Et, en plus, la directrice m'a d&#233;j&#224; trouv&#233; un pensionnat ! Non, non et non. Fini le pensionnat. Non.&lt;br /&gt;
Les &#171; adieux &#187; avec la directrice sont froids : &#171; Je ne vais jamais r&#233;ussir, je vais mal tourner &#187;. Finalement vaincus, mes parents me donnent leur accord pour l'&#233;lectronique mais je dois &#171; tirer mon plan &#187; pour trouver o&#249; m'inscrire.&lt;br /&gt;
Par un cousin, j'apprends que la meilleure &#233;cole pour la branche &#171; courant faible &#187; est la Rijkshogeschool &#224; Gand. Une &#233;cole de l'Etat ! Non catholique ! J'y vais, on m'accepte. Je me rappelle encore les sourires sarcastiques des secr&#233;taires : &#171; Une fille qui va faire &#231;a ! &#187;.&lt;br /&gt;
Le plus dur est de trouver un &#171; kot &#187;. J'ai deux handicaps : je suis une fille et je n'ai pas dix-huit ans. Mais je trouve. Je dois juste promettre &#224; la &#171; kotmadame &#187; que je ne vais pas recevoir de gar&#231;on dans ma chambre. Je ne sais m&#234;me pas que cela pourrait se faire. &lt;br /&gt;
En septembre, c'est la rentr&#233;e. Je suis l&#224;, dans la cour de l'&#233;cole. Quinze cents gar&#231;ons et moi avec mes chaussures plates, mes chaussettes blanches et mes tresses. La cloche sonne. Tout le monde part, les uns &#224; gauche, les autres &#224; droite et moi, je reste plant&#233;e l&#224;. Un petit monsieur dont j'apprends par apr&#232;s que c'est le directeur vient me demander ce que je fais l&#224;. Il me conduit &#224; mon premier cours : le travail de menuiserie ! Soixante-huit gar&#231;ons et moi ! L'enseignant me met un &#171; St Joseph &#187;, c'est un petit rabot, dans les mains et je dois travailler un bout de bois &#8230;.C'est le d&#233;but de cinq ann&#233;es de bonheur. Je n'en ai que de beaux souvenirs. &lt;br /&gt;
Je n'ai aucun souvenir d'avoir eu des probl&#232;mes avec les gar&#231;ons. Il y en a toujours au moins un pour me d&#233;fendre. En plus, d&#232;s le deuxi&#232;me trimestre, j'ai un &#171; pr&#233;tendant &#187; fid&#232;le, alors l&#224;, pas question pour les autres de me toucher. N'allez pas croire que les gar&#231;ons sont toujours gentils avec les filles. En effet, au deuxi&#232;me trimestre, une autre fille vient s'inscrire &#224; Gand. Elle est le souffre-douleur de tous les gar&#231;ons. Personne, sauf moi, pour la d&#233;fendre. Est-ce parce qu'elle est grosse ? Parce que sa combinaison d&#233;passe toujours ? Elle ne r&#233;ussit pas son ann&#233;e.&lt;br /&gt;
En deuxi&#232;me ann&#233;e, je remplace mes tresses par une queue de cheval. Quand je descends les marches de l'amphith&#233;&#226;tre, les gar&#231;ons trouvent gai de la tirer. Alors, un jour, je pars chez le coiffeur couper mes cheveux ! Je mets deux jours avant d'oser retourner &#224; l'&#233;cole. Et depuis lors, j'ai toujours eu les cheveux courts.&lt;br /&gt;
L'ann&#233;e suivante, je connais Luc, qui restera mon &#171; fianc&#233; &#187; pendant cinq ans !&lt;br /&gt;
Tout cela m'am&#232;ne &#224; &#233;voquer mon &#233;ducation sexuelle. Fille unique, sortie du pensionnat, je ne connais rien aux gar&#231;ons. Dans les cours, les gar&#231;ons derri&#232;re moi racontent des histoires, des blagues. Je ne comprends rien mais je ris. Alors, ils en racontent de plus en plus. Et pour finir, je comprends. De mieux en mieux, de plus en plus. Je n'ai pas besoin d'un cours.&lt;br /&gt;
J'ai peu de souvenirs de mes &#233;tudes. Tous les gar&#231;ons et tous les profs m'appr&#233;cient. Sauf un. Le prof d'histoire en ann&#233;e pr&#233;paratoire, Maurice Coppieters, qui devient le Pr&#233;sident de la Volksunie. C'est peut-&#234;tre bien &#224; cause de lui que je n'ai vot&#233; qu'une seule fois Volksunie. Une petite revanche probablement.&lt;br /&gt;
Ce que je pr&#233;f&#232;re ce sont les travaux manuels. Je fabrique des amplis, des enceintes acoustiques &#224; base de caisses de vin que je re&#231;ois, la Hi-Fi &#233;tant mon dada et la raison de mes &#233;tudes.&lt;br /&gt;
A la fin de celles-ci, ma m&#232;re me propose de faire une ann&#233;e suppl&#233;mentaire. Une nouvelle option s'ouvre : &#233;tude de march&#233;s et distribution. Une ann&#233;e de plus &#224; Gand ! Pendant que mes copains font leur service militaire. &lt;br /&gt;
Je suis &#224; nouveau la seule fille dans la classe. Nous discutons beaucoup avec les profs. J'adore ces cours. Les &#233;tudes am&#233;ricaines de Vance Packard me passionnent. S'imaginer qu'on nous contr&#244;le dans les supermarch&#233;s en comptant le nombre de clignotements des yeux pour voir l'influence d'un emballage me stup&#233;fie. Nos yeux clignent beaucoup en voyant un paquet rouge ? Clignent moins devant un paquet vert ? Eh bien, le prochain emballage sera &#8230; rouge !&lt;br /&gt;
Au troisi&#232;me trimestre je fais un stage &#224; la Bell T&#233;l&#233;phone &#224; Anvers et &#224; la MBLE &#224; Bruxelles. Je n'aime pas Anvers. Par contre, j'aime tout de suite Bruxelles. A la MBLE on me fait &#171; travailler &#187; dans toutes leurs succursales. Que ce soit rue des Deux-Gares, &#224; Evere ou Boulevard Maurice Herbette. En fait, la MBLE veut conna&#238;tre la r&#233;action des ouvriers si une femme ing&#233;nieur leur est impos&#233;e. Je dois chronom&#233;trer le travail des filles. Elles n'appr&#233;cient pas et elles me sabotent tout simplement.&lt;br /&gt;
Mais &#224; la fin de mon stage, avant m&#234;me d'avoir mon dipl&#244;me, je re&#231;ois un contrat d'engagement. Mon premier contrat d'ing&#233;nieur. Oui, l&#224;, je le suis vraiment.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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