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	<title>Ages et transmissions</title>
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	<description>Cr&#233;&#233;e en 97, Ages et Transmissions est une asbl pluraliste bruxelloise permettant aux a&#238;n&#233;s de jouer un r&#244;le actif dans la soci&#233;t&#233;. Elle est reconnue comme organisme d'&#233;ducation permanente par la F&#233;d&#233;ration Wallonie-Bruxelles.</description>
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		<title>Ages et transmissions</title>
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		<title>Je me sens encore &#233;trang&#232;re en Belgique (Maria, portugaise)</title>
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		<dc:subject>Immigration europ&#233;enne et descendants</dc:subject>
		<dc:subject>Racisme</dc:subject>
		<dc:subject>Expatriation</dc:subject>
		<dc:subject>Colonisation</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Extrait de &#034;Nous racontons notre vie&#034; 2023-24 &lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sentation &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis n&#233;e en 1965, au Mozambique, une ancienne colonie portugaise. Je suis de nationalit&#233; portugaise. Je suis n&#233;e dans une voiture, une Coccinelle. Mes parents &#233;taient en promenade au bord de la mer lorsque j'ai d&#233;cid&#233; d'arriver au monde. Ma vie a connu beaucoup d'&#233;v&#233;nements compliqu&#233;s et tristes, beaucoup de changements. Je suis arriv&#233;e en Belgique en 2010 pour le travail et je me sens encore &#233;trang&#232;re ici. Je ressens de la confusion dans (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;Tranches de vie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot199" rel="tag"&gt;Racisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot188" rel="tag"&gt;Expatriation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot138" rel="tag"&gt;Colonisation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait de &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article1340' class='spip_in'&gt;&#034;Nous racontons notre vie&#034;&lt;/a&gt; 2023-24&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Pr&#233;sentation&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233;e en 1965, au Mozambique, une ancienne colonie portugaise. Je suis de nationalit&#233; portugaise. Je suis n&#233;e dans une voiture, une Coccinelle. Mes parents &#233;taient en promenade au bord de la mer lorsque j'ai d&#233;cid&#233; d'arriver au monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma vie a connu beaucoup d'&#233;v&#233;nements compliqu&#233;s et tristes, beaucoup de changements. Je suis arriv&#233;e en Belgique en 2010 pour le travail et je me sens encore &#233;trang&#232;re ici. Je ressens de la confusion dans mes souvenirs, car je manque de rep&#232;res familiaux.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Enfance&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;J'ai grandi au Mozambique jusqu'&#224; mes 10 ans. C'est gr&#226;ce &#224; des photos de famille faites par mon p&#232;re que je peux me souvenir de cette p&#233;riode, car, &#233;tonnamment, j'ai tr&#232;s peu de m&#233;moire de cela. D'apr&#232;s les photos, je vivais dans une famille soud&#233;e et bienveillante, dans le contexte colonial des ann&#233;es 1960. Mon p&#232;re a &#233;t&#233; mut&#233; plusieurs fois au Mozambique. D'apr&#232;s les photos, je suis all&#233;e &#224; l'&#233;cole chez les religieuses et aussi &#224; l'&#233;cole publique avec les enfants africains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment de l'ind&#233;pendance, en 1975, mes deux s&#339;urs et moi avons &#233;t&#233; envoy&#233;es, seules, au Portugal, car mes parents avaient tr&#232;s peur que quelque chose de grave nous arrive. On a log&#233; pendant 2 ann&#233;es dans des familles d'accueil, en &#233;tant s&#233;par&#233;es de nos parents. La premi&#232;re famille o&#249; je suis tomb&#233;e habitait &#224; la campagne, au nord-est du Portugal. C'&#233;tait une famille de grands propri&#233;taires terriens. Aujourd'hui, j'ai la nostalgie de cette nature et de la montagne, m&#234;me si je n'y ai v&#233;cu que quelques mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque mes parents sont revenus au Portugal, nous nous sommes retrouv&#233;s et avons v&#233;cu ensemble &#224; Lisbonne, mais nous &#233;tions devenus un peu des &#233;trangers les uns envers les autres. Ma m&#232;re est rapidement d&#233;c&#233;d&#233;e d'une maladie incurable. J'avais alors 13 ans.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;&#202;tre femme&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Mon adolescence s'est d&#233;roul&#233;e au Portugal, dans la p&#233;riode suivant la fin de la dictature de Salazar, &#224; un moment de changement de m&#339;urs. Pendant la dictature, la mentalit&#233; &#233;tait tr&#232;s conservatrice et la religion catholique tr&#232;s pr&#233;sente dans la vie des gens. Le r&#244;le social des femmes &#233;tait limit&#233;. Apr&#232;s la r&#233;volution, cela a &#233;t&#233; un changement global de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait d'habiter dans la capitale m'a permis d'&#234;tre plus libre. M&#234;me si mon p&#232;re &#233;tait plut&#244;t conservateur et ma grand-m&#232;re tr&#232;s stricte, le manque d'encadrement familial, d&#251; &#224; la mort de ma m&#232;re, m'a permis de choisir mon chemin. J'&#233;tais plut&#244;t intellectuelle, int&#233;ress&#233;e par la culture, et j'ai d&#233;cid&#233; que le mariage ne me convenait pas. En fait, je ne me suis jamais mari&#233;e, m&#234;me si j'ai v&#233;cu en couple plusieurs fois. Au contraire, mes s&#339;urs se sont mari&#233;es tr&#232;s t&#244;t et sont devenues m&#232;res rapidement.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Entre ici et l&#224;&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Nous avons beaucoup boug&#233; dans notre famille. Quand on d&#233;m&#233;nage, on gagne, on s'enrichit d'exp&#233;riences et on apprend d'autres modes de vie, mais on perd aussi beaucoup, on perd de son identit&#233; en en construisant une autre. On d&#233;veloppe un &#234;tre flou, et &#231;a, c'est douloureux. Les gens qui n'ont pas eu le m&#234;me genre de parcours ne comprennent pas. Moi, je me sens connect&#233;e avec les autres migrants du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai beaucoup souffert jeune, en arrivant au Portugal, apr&#232;s l'ind&#233;pendance des colonies. On subissait des pr&#233;jug&#233;s : en Afrique, on &#233;tait des Blancs, des colonisateurs et, au Portugal, on nous appelait &#171; retornados &#187;, cela correspond au terme &#171; Pieds-noirs &#187; en France. &#192; l'&#233;cole on &#233;tait harcel&#233;s, on &#233;tait bouscul&#233;s par les autres enfants. Et nous n'avions pas de parents pour nous soutenir, car nous vivions en familles d'accueil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Retornado &#187; signifie celui qui retourne, mais moi je ne retournais pas, car je suis n&#233;e en Afrique. C'&#233;taient plut&#244;t mes grands-parents et mes parents qui retournaient. On &#233;tait mal vus, car on avait &#233;t&#233; des exploitants. Il a eu aussi un grand choc culturel, car les gens arrivant des colonies avaient des habitudes tr&#232;s diff&#233;rentes de celles de Lisbonne. Aussi, le contexte de crise du pays, les grands changements politiques et historiques qui se produisaient &#224; cette &#233;poque ont &#233;t&#233; &#224; l'origine de beaucoup de tensions sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard en tant qu'adulte, en venant travailler au Luxembourg et en Belgique pour des raisons professionnelles, j'ai subi des exp&#233;riences qui m'ont fait bien sentir que je n'appartenais pas au pays &#171; d'accueil &#187; et &#231;a, c'est tr&#232;s dur. Or je suis une Europ&#233;enne. J'imagine que, pour les personnes d'autres continents, &#231;a doit parfois &#234;tre plus complexe et douloureux. En arrivant au Luxembourg en 2005 pour mon travail, j'ai compris que le Portugais &#233;tait per&#231;u comme quelqu'un de bas niveau, qui n'avait pas fait d'&#233;tudes et &#231;a m'a caus&#233; des difficult&#233;s. Un jour je suis all&#233;e chez le m&#233;decin et celui-ci ne croyait pas que j'&#233;tais portugaise : &#171; vous n'&#234;tes pas portugaise, car les Portugais n'ont pas les yeux bleus et ne sont pas blonds ! Vous avez &#233;tudi&#233;, vous &#234;tes mince et grande ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis consciente que je dois transformer ces exp&#233;riences en un atout, pour &#234;tre plus forte. Je n'y arrive pas encore. J'essaie de ne pas vivre uniquement dans un milieu d'immigr&#233;s. Cela me semble fig&#233;, on a des id&#233;es tr&#232;s &#171; clich&#233;s &#187; : la culture portugaise, ce n'est pas que le fado et les pasteis de nata. J'essaie de me lier &#224; plusieurs cultures et personnes et de les comprendre par le biais de la culture. &#199;a me permet de m'&#233;quilibrer et d'apprendre toujours plus. La litt&#233;rature, les arts plastiques, le cin&#233;ma, etc., sont des langages internationaux qui nous font comprendre le monde.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Moi, Josepha, fille d'immigr&#233; sicilien (Josepha C.)</title>
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		<dc:subject>Travail</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration europ&#233;enne et descendants</dc:subject>
		<dc:subject>Racisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le 23 juin 1946 fut sign&#233; &#224; Rome, le protocole d'accord &#233;conomique entre l'Italie et la Belgique. L'accord pr&#233;voyait l'envoi de 50.000 travailleurs Italiens contre l'approvisionnement payant &#224; l'Italie de 3 millions de tonnes de charbon annuellement. &lt;br class='autobr' /&gt;
En janvier 1946, d&#233;mobilis&#233; de l'arm&#233;e italienne o&#249; il avait offici&#233; comme infirmier, mon p&#232;re, Salvatore C&#233;leste est venu rejoindre sa famille &#224; Piazza Armerina, en Sicile. Son p&#232;re poss&#233;dait des terres sur lesquelles &#233;taient cultiv&#233;s l'olivier, les vignes et (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L96xH150/arton1373-dcfb6.jpg?1779934407' width='96' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 23 juin 1946 fut sign&#233; &#224; Rome, le protocole d'accord &#233;conomique entre l'Italie et la Belgique. L'accord pr&#233;voyait l'envoi de 50.000 travailleurs Italiens contre l'approvisionnement payant &#224; l'Italie de 3 millions de tonnes de charbon annuellement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En janvier 1946, d&#233;mobilis&#233; de l'arm&#233;e italienne o&#249; il avait offici&#233; comme infirmier, mon p&#232;re, Salvatore C&#233;leste est venu rejoindre sa famille &#224; Piazza Armerina, en Sicile. Son p&#232;re poss&#233;dait des terres sur lesquelles &#233;taient cultiv&#233;s l'olivier, les vignes et probablement d'autres fruits et l&#233;gumes. Mon p&#232;re, lui, ne voulait pas &#234;tre agriculteur. Il a pr&#233;f&#233;r&#233; r&#233;pondre &#224; une demande du gouvernement belge qui recrutait des mineurs de fond pour pallier le manque d'effectifs belges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour avoir l'autorisation d'&#233;migrer, il a sign&#233;, &#224; l'&#226;ge de 26 ans, un contrat dans lequel il &#233;tait stipul&#233; l'obligation de travailler cinq ans sans interruption au fond d'une mine de charbon en Belgique. Le contrat standard accordait un salaire de 79,50 FB (2 euros) par quinzaine aux mineurs de moins de 21 ans, et passait &#224; 159 FB (4 euros) au del&#224;. Le travail s'effectuait soit de jour soit de nuit &#224; raison de six jours par semaine. Apr&#232;s 5 ann&#233;es de travail minier sans interruption, soit le contrat &#233;tait prolong&#233;, soit le mineur retournait dans son pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A leur arriv&#233;e, les &#233;migr&#233;s italiens &#233;taient log&#233;s dans des camps souvent inconfortables, dans les anciennes baraques des prisonniers de guerre ou dans des tentes. Ils avaient le droit de faire venir leur &#233;pouse et leurs enfants, l'employeur avan&#231;ait les frais du voyage. Le mineur s'engageait &#224; rembourser ces frais au moyen de retenues mensuelles sur salaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon p&#232;re louait une chambre chez un &#233;picier de la rue Vivegnis &#224; Li&#232;ge. Ce commer&#231;ant sous-louait des chambres aux &#233;migr&#233;s et leur fournissait au prix fort la nourriture dont ils avaient besoin. Lorsque, quelques mois plus tard, ma m&#232;re et moi avons d&#233;barqu&#233; &#224; Li&#232;ge, mon p&#232;re s'est mis en qu&#234;te d'un autre logement. C'&#233;tait tr&#232;s difficile car les propri&#233;taires belges affichaient : &#171; pas d'&#233;tranger pour une location &#187;. Mes parents ont alors lou&#233; une pi&#232;ce meubl&#233;e avec le strict minimum, rue Feronstr&#233;e. Je dormais dans un petit lit de camp plac&#233; &#224; c&#244;t&#233; du lit de mes parents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais cinq ans et mes premiers souvenirs de cette p&#233;riode sont les larmes de ma m&#232;re. Je suis assise &#224; c&#244;t&#233; d'elle, la t&#234;te appuy&#233;e sur son ventre, elle est enceinte. Je regarde couler ses larmes, je me serre de plus en plus contre elle. Je voudrais l'aider mais je ne sais que faire. Comment un enfant peut-il comprendre que ses parents ont quitt&#233; la famille, les amis, la chaleur de la M&#233;diterran&#233;e pour se retrouver seuls, dans un pays o&#249; ils n'ont aucun lien, dont ils ne parlent pas la langue et ne connaissent pas les coutumes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ressens encore le poids du regard des autres enfants, l'impression d'&#234;tre la petite &#233;trang&#232;re pauvre du groupe lorsque, ne parlant ni ne comprenant le fran&#231;ais, j'ai fait mes d&#233;buts &#224; l'&#233;cole. Plus tard, ayant la chance d'avoir un nom de famille qui pouvait &#234;tre francis&#233; par la prononciation &#171; C&#233;leste &#187; je n'ai jamais dit &#224; l'&#233;cole que j'&#233;tais italienne. Ma maman &#233;tait grande et &#233;lanc&#233;e, rien ne la distinguait des m&#232;res belges. J'ai pris conscience plus tard qu'en tant qu'immigr&#233;s nous devions nous faire respecter, ne pas nous laisser exploiter ou insulter. Heureusement nous avons eu le soutien d'amis belges. Il allait de soi que nous devions nous adapter aux coutumes du pays et ne pas imposer les n&#244;tres. Il &#233;tait normal qu'un respect r&#233;ciproque s'installe entre l'&#233;migr&#233; et le Belge.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mes parents avaient gard&#233; des liens avec d'autres immigr&#233;s italiens, dont l'une est devenue la marraine de mon fr&#232;re. N&#233;anmoins, en dehors du proche voisinage, ils n'avaient que tr&#232;s peu de contacts avec l'ext&#233;rieur. Nous vivions fort reclus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but, la vie familiale &#233;tait p&#233;nible car mon papa partait travailler vers midi et revenait vers minuit. Le matin, il dormait tard. Je le voyais peu. Quand il avait un moment de libre, mon p&#232;re adorait aller au cin&#233;ma. Mais ma m&#232;re, elle, ne sortait pas. Elle restait seule dans cette petite chambre. Ce rythme de vie a dur&#233; dix ans. Apr&#232;s cette p&#233;riode, papa a suivi une formation pour devenir monteur. Nos conditions de vie en ont &#233;t&#233; am&#233;lior&#233;es, et surtout, nous avons enfin connu une vie de famille, avec des horaires normaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons toujours v&#233;cu de mani&#232;re tr&#232;s sobre, ce qui n'emp&#234;chait pas ma m&#232;re de faire confectionner mes robes de petite fille chez une couturi&#232;re : je me rappelle que lorsqu'on allait acheter des chaussures, c'&#233;taient des chaussures en cuir. Il fallait qu'on ne manque de rien. Par contre, je n'ai pas souvenir d'avoir re&#231;u de jouets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes parents m'ont tr&#232;s peu parl&#233; de l'Italie. Bien s&#251;r, chaque ann&#233;e, on retournait en Sicile rendre visite aux grands-parents. On partait en train. Le voyage durait trois jours et deux nuits. En Belgique, mes parents ne me parlaient pas l'italien : &#224; la maison, on parlait le fran&#231;ais. J'ai cru que mes parents, surtout ma m&#232;re, rentreraient un jour au pays. Ma m&#232;re vivait ici en Belgique dans une grande solitude. Pourtant ils n'y retourn&#232;rent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le poids de la souffrance de ma m&#232;re, je l'ai ressenti durant toute mon enfance, mon adolescence et ma vie. Ma m&#232;re n'&#233;tait pas heureuse. Elle a plac&#233; tous ses espoirs, tout son amour sur ses enfants et cela a &#233;t&#233; tr&#232;s lourd &#224; porter. Cela explique peut-&#234;tre le fait qu'aujourd'hui je n'ai pas d'enfants. J'ai fini par comprendre son d&#233;sespoir, mais cela a laiss&#233; une trace ind&#233;l&#233;bile en moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1964, &#224; 18 ans, j'ai &#233;pous&#233; un Sicilien qui vivait en Sicile. Je ne m'imaginais pas qu'en allant vivre dans mon pays d'origine, je serais consid&#233;r&#233;e comme une &#233;trang&#232;re. Dans leurs traditions, pour les Siciliens, les femmes des autres pays &#233;taient per&#231;ues comme des femmes de mauvaise vie, aux m&#339;urs l&#233;g&#232;res. Durant ces quatre ann&#233;es de vie en Sicile, je me suis sentie rejet&#233;e par la famille de mon mari. Plus tard, j'ai r&#233;alis&#233; qu'en Belgique comme en Sicile, j'&#233;tais une &#233;trang&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de mes recherches sur mes origines familiales, en 2010, j'ai pris conscience que vivre harmonieusement, c'est s'ouvrir &#224; la diff&#233;rence des autres. Les &#233;chelles de valeurs sont importantes selon les soci&#233;t&#233;s dans lesquelles on vit. Notre force est que nous sommes tous des &#234;tres &#233;gaux et on peut se tendre la main. Depuis lors, j'ai pris comme nationalit&#233; &#171; citoyenne du monde &#187;. Je suis libre dans ma t&#234;te et lorsque je voyage, je m'adapte aux traditions et coutumes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>En Tanzanie, j'ai rencontr&#233; un Mauricien et &#8230; je suis tomb&#233;e enceinte (Micheline)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1307</link>
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		<dc:date>2021-06-15T04:33:37Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mich&#232;le A&amp;T</dc:creator>


		<dc:subject>Amour, mariage, divorce</dc:subject>
		<dc:subject>Expatriation</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration subsaharienne et descendants</dc:subject>
		<dc:subject>Racisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce r&#233;cit est extrait du projet &#034;Je raconte ma vie&#034; dans un groupe multiculturel &#224; la Fonderie en 2018 &lt;br class='autobr' /&gt;
1971. &#171; Mon dipl&#244;me d'infirmi&#232;re en poche, j'ai eu envie de partir en Afrique. Je ne voulais plus rester dans le village &#224; Aubange et je n'avais pas d'autre alternative que d'aller comme b&#233;n&#233;vole. J'&#233;tais tr&#232;s croyante et j'ai eu envie de donner deux ann&#233;es de ma vie en Afrique, au Rwanda, o&#249; j'ai rencontr&#233; une religieuse la&#239;que tr&#232;s bien, qui travaillait l&#224;-bas et avait besoin de quelqu'un. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Quand je (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot188" rel="tag"&gt;Expatriation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot194" rel="tag"&gt;Immigration subsaharienne et descendants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot199" rel="tag"&gt;Racisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce r&#233;cit est extrait du projet &#034;Je raconte ma vie&#034; dans un groupe multiculturel &#224; la Fonderie en 2018&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;1971. &#171; Mon dipl&#244;me d'infirmi&#232;re en poche, j'ai eu envie de partir en Afrique. Je ne voulais plus rester dans le village &#224; Aubange et je n'avais pas d'autre alternative que d'aller comme b&#233;n&#233;vole. J'&#233;tais tr&#232;s croyante et j'ai eu envie de donner deux ann&#233;es de ma vie en Afrique, au Rwanda, o&#249; j'ai rencontr&#233; une religieuse la&#239;que tr&#232;s bien, qui travaillait l&#224;-bas et avait besoin de quelqu'un. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand je suis arriv&#233;e &#224; Kigali, l'Afrique m'a compl&#232;tement mise en joie. C'&#233;tait ce qui me convenait. La couleur brique me plaisait, le sol, le soleil, le ciel bas&#8230; La chaleur &#233;tait &#233;touffante mais je me sentais bien. J'avais trouv&#233; mon pays. Je m'y suis sentie tout de suite chez moi. Je me suis dit que j'&#233;tais revenue chez moi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant des vacances en Tanzanie, j'ai rencontr&#233; un Mauricien. Il &#233;tait super chouette et je suis tomb&#233;e enceinte. J'&#233;tais tr&#232;s na&#239;ve et tr&#232;s jeune&#8230; Je suis retourn&#233;e &#224; Murunda et j'ai d&#251; annoncer cela &#224; Agn&#232;s, avec qui je travaillais. Elle n'a rien dit si ce n'est qu'elle m'a annonc&#233; que je ne pouvais plus rester que 5 mois. Je grossissais et les gens disaient &#171; Micheline mange beaucoup de bananes &#187;. Ils ne voyaient pas que j'&#233;tais enceinte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin d&#233;cembre 1972, je suis rentr&#233;e &#224; Bruxelles o&#249; je me suis un peu d&#233;brouill&#233;e. Puis, enceinte de 7 mois et demi, je me suis dit que je n'allais pas accoucher &#224; Bruxelles parce que mes parents voulaient faire adopter l'enfant. Ma m&#232;re me disait incapable d'&#233;lever un enfant. Donc j'&#233;cris vite au gar&#231;on dont j'avais l'adresse en lui disant que je voulais venir. Lui voulait m'&#233;pouser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis retourn&#233;e chez lui, &#224; Tabora. J'ai &#233;t&#233; tr&#232;s bien accueillie et j'y suis rest&#233;e deux ans. Mon fils est n&#233;. On vivait &#224; 6 ou 7, avec ses s&#339;urs, dans une petite maison de 4 pi&#232;ces. Avec le recul, je me demande comment j'ai pu m'adapter aussi facilement. Mais en Afrique, j'&#233;tais chez moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais revenue une fois pour pr&#233;senter mon fils &#224; mes parents qui ne voulaient pas que je rentre en Afrique. Alors j'ai retravaill&#233; un mois pour pouvoir payer mon billet d'avion et je suis repartie. Et l&#224;-bas, mes beaux-parents m'ont dit qu'il fallait que je rentre en Belgique pour que leur fils puisse venir. Ils voulaient tous quitter la Tanzanie mais ils ne savaient pas partir. C'&#233;tait un pays communiste qu'il &#233;tait tr&#232;s difficile de quitter. Je suis &#224; nouveau rentr&#233;e et je suis rest&#233;e &#224; Bruxelles. J'ai travaill&#233; beaucoup pendant 4 mois et j'ai pu envoyer son billet d'avion &#224; mon mari. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand mon mari mauricien est arriv&#233; en Belgique, il &#233;tait tout &#233;merveill&#233; parce qu'il n'avait jamais vu un aspirateur et il s'amusait &#224; passer l'aspirateur. C'&#233;tait amusant. Il s'achetait des jouets d'enfant, des trains &#233;lectriques&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 12 ans de mariage et 3 enfants, nous avons divorc&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mes enfants ont parfois soufferts d'&#234;tre m&#233;tis, surtout mon fils a&#238;n&#233;. Un jour, il a caress&#233; le petit chien d'une dame qui lui a dit : &#171; macaque, ne touche pas &#224; mon chien ! &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Rencontres interculturelles (Jacques S.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article990</link>
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		<dc:date>2021-02-12T15:01:48Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Raton Laveur</dc:creator>


		<dc:subject>Voyages</dc:subject>
		<dc:subject>Racisme</dc:subject>
		<dc:subject>Rencontres interculturelles</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En tant que journaliste m&#233;dical, j'ai &#233;t&#233; amen&#233; &#224; voyager pour couvrir des congr&#232;s m&#233;dicaux, en ce compris dans plusieurs pays musulmans. J'y ai toujours &#233;t&#233; re&#231;u avec beaucoup de respect et de gentillesse. Pas seulement par le personnel de l'h&#244;tel, mais aussi par les passants &#224; qui je demandais mon chemin par gestes, en montrant un morceau de papier o&#249; j'avais gribouill&#233; l'adresse o&#249; je devais me rendre. &lt;br class='autobr' /&gt; En 2006, dans l'avion pour Istanbul, ma voisine m'a propos&#233; de me servir de guide dans sa ville. Elle (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En tant que journaliste m&#233;dical, j'ai &#233;t&#233; amen&#233; &#224; voyager pour couvrir des congr&#232;s m&#233;dicaux, en ce compris dans plusieurs pays musulmans. J'y ai toujours &#233;t&#233; re&#231;u avec beaucoup de respect et de gentillesse. Pas seulement par le personnel de l'h&#244;tel, mais aussi par les passants &#224; qui je demandais mon chemin par gestes, en montrant un morceau de papier o&#249; j'avais gribouill&#233; l'adresse o&#249; je devais me rendre. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2006, dans l'avion pour Istanbul, ma voisine m'a propos&#233; de me servir de guide dans sa ville. Elle m'a montr&#233; le palais de Topkapi aux robinets en or, plusieurs mosqu&#233;es, le Bosphore. Un jour, nous nous sommes retrouv&#233;s involontairement au beau milieu d'une manifestation communiste. Bon enfant et disciplin&#233;s, les r&#233;volutionnaires s'arr&#234;taient aux feux rouges. Musulmane ne portant pas le voile, ma guide m'a parl&#233; de sa religion, avec beaucoup de tol&#233;rance pour les objections de l'infid&#232;le que j'&#233;tais. C'est cette rencontre qui m'a &#8211; lentement &#8211; fait changer mes id&#233;es sur l'islam. &lt;br&gt;
En &#201;gypte, j'ai rencontr&#233; une Am&#233;ricaine d'origine mexicaine. Convertie &#224; l'islam, se sentant mal &#224; l'aise aux &#201;tats-Unis, elle a &#233;migr&#233; avec son mari arabo-am&#233;ricain. Elle porte des voiles aux couleurs vives et a un sourire ravageur. Vid&#233;aste sous-marine, elle r&#233;alise des films superbes, que l'on peut voir sur Facebook. &lt;br&gt;
Des b&#233;douins &#233;gyptiens m'ont invit&#233; &#224; prendre le th&#233; chez eux, de mani&#232;re impromptue. C'&#233;tait du th&#233; en sachet, mais c'&#233;tait de bon c&#339;ur. Je me suis demand&#233; s'il fallait demander ce que je leur devais. Dans le doute, je me suis abstenu. Bien m'en a pris, je les aurais gravement insult&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par contre, j'ai manqu&#233; de respect envers la petite b&#233;douine &#224; qui j'ai achet&#233; un bracelet sans marchander. Fi&#232;rement, du haut de ses 10 ans, elle a lanc&#233; un deuxi&#232;me bracelet &#224; mes pieds : elle ne voulait pas de ma charit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je me suis promen&#233; sur le march&#233; de Bamako, seul europ&#233;en au milieu d'une foule d'Africains. Je me suis promen&#233; seul dans des ghettos noirs, un peu partout aux &#201;tats-Unis. Sans probl&#232;me.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; force, j'ai fini par trouver que le voile musulman &#233;tait sexy et qu'il mettait les yeux en valeur. Et je me suis rendu compte que les femmes voil&#233;es ne sont pas toutes des terroristes, que l'on peut m&#234;me parler et plaisanter avec certaines d'entre elles. J'avoue cependant ne pas &#234;tre &#224; l'aise devant la burqa. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Bruxelles, j'ai eu l'occasion de visiter des familles musulmanes. J'ai toujours &#233;t&#233; tr&#232;s bien re&#231;u, dans des int&#233;rieurs impeccablement tenus. Avec le recul, je regrette de ne pas m'&#234;tre d&#233;chauss&#233;, comme eux, par politesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela m'a amen&#233; &#224; revoir pas mal d'id&#233;es re&#231;ues, bas&#233;es en grande partie sur l'ignorance et la peur de l'inconnu, du genre &#171; tous des profiteurs, des fain&#233;ants, et de dangereux d&#233;linquants &#187;. Je ne veux pas para&#238;tre ang&#233;lique non plus, il y a des mauvais partout. Mais aussi chez les gens bien de chez nous. J'ai eu des ennuis avec des Arabes, mais aussi avec des blancs-bleus-belges. Je refuse dor&#233;navant les amalgames et les g&#233;n&#233;ralisations. Je refuse les emails haineux et racistes. Tant pis pour ceux et celles qui ne l'acceptent pas, je me porte mieux lorsque je ne vis pas dans la haine. &lt;br&gt;
Et je me demande dans quelle mesure certains expatri&#233;s ne se comporteraient pas mieux s'ils n'&#233;taient pas l'objet de vexations et d'exclusions, s'ils &#233;taient trait&#233;s avec respect. Je sais de quoi je parle : je suis d'origine polonaise. Une voisine de palier, belge, m'a r&#233;cemment dit de retourner dans mon pays. Je me suis aussi fait traiter de &#8216;Belge' par un Africain. De &#8216;Belge', pas de &#8216;sale Belge'&#8230;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On reproche aux immigr&#233;s de profiter de la s&#233;curit&#233; sociale belge. Quand nous sommes arriv&#233;s en Belgique en 1946, r&#233;fugi&#233;s politiques, avec litt&#233;ralement ce que nous avions sur le dos, ma famille a b&#233;n&#233;fici&#233; de la g&#233;n&#233;rosit&#233; belge. Je crois pouvoir dire que nous avons largement rembours&#233; notre dette envers la soci&#233;t&#233;, depuis.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Marie-Louise, n&#233;e de parents m&#233;tis au Katanga</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1269</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article1269</guid>
		<dc:date>2020-11-30T14:09:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Colonisation</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration subsaharienne et descendants</dc:subject>
		<dc:subject>Racisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;N&#233;e de parents m&#233;tis, Marie-Louise grandit au Katanga. Dans ce fief de l'Union Mini&#232;re, il y a d'un c&#244;t&#233; les Blancs, de l'autre les Noirs et entre les deux, les M&#233;tis. Au-del&#224; de la col&#232;re, elle t&#233;moigne de son chemin de r&#233;silience et de l'importance de faire entendre la voix des M&#233;tis. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une famille m&#233;tisse &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis n&#233;e le 13 janvier 1952, &#224; Likasi. Mes parents &#233;taient mul&#226;tres tous les deux. Comme beaucoup de m&#233;tis du Katanga, je suis n&#233;e blonde avec des yeux verts. &lt;br class='autobr' /&gt;
Maman a &#233;t&#233; enlev&#233;e &#224; sa maman et a grandi (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique175" rel="directory"&gt;Congo belge. M&#233;moires en noir et blanc, 1945-1960&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L113xH150/arton1269-4e69f.jpg?1779908239' width='113' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;N&#233;e de parents m&#233;tis, Marie-Louise grandit au Katanga. Dans ce fief de l'Union Mini&#232;re, il y a d'un c&#244;t&#233; les Blancs, de l'autre les Noirs et entre les deux, les M&#233;tis. Au-del&#224; de la col&#232;re, elle t&#233;moigne de son chemin de r&#233;silience et de l'importance de faire entendre la voix des M&#233;tis.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une famille m&#233;tisse&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233;e le 13 janvier 1952, &#224; Likasi. Mes parents &#233;taient mul&#226;tres tous les deux. Comme beaucoup de m&#233;tis du Katanga, je suis n&#233;e blonde avec des yeux verts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maman a &#233;t&#233; enlev&#233;e &#224; sa maman et a grandi dans un orphelinat. Papa, lui, a eu la chance de pouvoir vivre un peu avec sa maman.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Papa, cach&#233; par sa m&#232;re&#8230;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de mon papa est celle de beaucoup d'enfants mul&#226;tres. Je ne sais pas grand-chose de son p&#232;re, un Blanc. Il serait arriv&#233; au Congo en 1915. Papa est n&#233; un an apr&#232;s, de m&#232;re congolaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celle-ci &#233;tait fille de chef et avait plusieurs pr&#233;tendants. Cela a donn&#233; lieu &#224; des batailles de rivalit&#233;. Des huttes ont &#233;t&#233; incendi&#233;es. Pour d&#233;partager les pr&#233;tendants, ma grand-m&#232;re et sa famille sont all&#233;es chez le chef du territoire, le Blanc, symbole de l'autorit&#233;. Et le Blanc l'a tout simplement gard&#233;e pour lui !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On disait souvent que les Noires qui &#233;taient avec des Blancs &#233;taient des prostitu&#233;es. Ou que les mamans vendaient leurs filles aux Blancs. Il &#233;tait donc normal que les Blancs couchent avec elles et qu'elles abandonnent les enfants. L'histoire de de ma grand-m&#232;re prouve que ce n'est pas vrai !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme beaucoup de femmes noires &#224; cette &#233;poque-l&#224;, elle s'est enfuie avec son enfant pour ne pas qu'il lui soit pris. Par son p&#232;re blanc, qui pourrait le ramener en Europe ou par les pr&#234;tres pour le mettre dans un orphelinat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ces enfants m&#233;tis &#233;taient enlev&#233;s &#224; leur maman ? Parce que la race blanche &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme sup&#233;rieure. Comme le Mul&#226;tre avait du sang noir, on ne pouvait pas le mettre au m&#234;me niveau que le Blanc et, comme il avait du sang blanc, on ne pouvait pas le mettre au m&#234;me niveau que le Noir. Il ne pouvait donc vivre ni avec les Blancs, ni avec les Noirs, il se situait entre les deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma grand-m&#232;re a donc quitt&#233; son village avec son fils pour le prot&#233;ger. Entre temps, mon grand-p&#232;re blanc est rentr&#233; en Belgique. Quant &#224; ma grand-m&#232;re, elle s'est mari&#233;e avec un Congolais qui est devenu notre &#171; vrai &#187; grand-p&#232;re. Ensemble, ils ont eu onze enfants.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8230; puis enlev&#233; par les cur&#233;s&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Mais l'histoire ne s'arr&#234;te pas l&#224;&#8230; A l'&#226;ge de 11 ans, alors que mon p&#232;re accompagnait son &#171; papa &#187; noir au march&#233;, un pr&#234;tre en mobylette s'est arr&#234;t&#233; et a interpell&#233; ce dernier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; &#171; Que fais-tu avec l'enfant du Blanc ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; &#171; C'est mon enfant, c'est l'enfant de ma femme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#234;tre a enlev&#233; mon p&#232;re imm&#233;diatement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma grand-m&#232;re s'est alors rendue chez ce pr&#234;tre en disant : &#171; mais non, c'est mon enfant, je l'ai eu avec tel Blanc. &#187;. Et l&#224;, mon p&#232;re a eu un peu de chance parce que les cur&#233;s ont dit : &#171; Dans le village d'o&#249; vous venez, il y a des &#233;coles. On va mettre votre fils dans telle &#233;cole et vous aurez le droit de venir le voir tous les mois &#187;. Ainsi, ma grand-m&#232;re est retourn&#233;e dans son village natal et est rest&#233;e en contact avec son fils. Les cur&#233;s lui ont donn&#233; le nom de son p&#232;re biologique.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Papa &#233;tudie, devient enseignant et &#233;pouse maman&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'&#233;cole secondaire, mon p&#232;re a poursuivi ses &#233;tudes pr&#232;s de Likasi. Puis il a &#233;pous&#233; maman qui venait de l'orphelinat de Lubunda. En effet, quand les gar&#231;ons mul&#226;tres &#233;taient en &#226;ge de se marier, ils allaient &#224; l'orphelinat des filles pour rencontrer une Mul&#226;tre. On mettait les filles en &#226;ge de se marier en rang et le gar&#231;on choisissait celle qui lui convenait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Papa a &#233;t&#233; enseignant &#224; Lubumbashi, puis &#224; Likasi, &#224; l'&#233;cole professionnelle de l'Union Mini&#232;re. Il enseignait &#224; de jeunes adultes noirs, des enfants de travailleurs de l'Union Mini&#232;re. Le fait qu'il &#233;tait mul&#226;tre ne causait pas de probl&#232;mes aupr&#232;s des &#233;l&#232;ves noirs. Il a toujours &#233;t&#233; bon professeur, s&#233;v&#232;re mais juste. Il &#233;tait appr&#233;ci&#233; de ses &#233;l&#232;ves qui venaient parfois le trouver des ann&#233;es apr&#232;s pour le remercier.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Maman, s&#233;par&#233;e de sa m&#232;re est &#233;lev&#233;e &#224; l'orphelinat &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Maman n'a jamais su qui &#233;tait son p&#232;re. Comme beaucoup de femmes qui avaient eu un enfant avec un Blanc, sa m&#232;re enduisait le corps de son enfant avec un m&#233;lange de charbon et d'huile pour le rendre noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais un jour, un Congolais du village est all&#233; dire aux pr&#234;tres : &#171; on cache l'enfant d'un Blanc dans ce village. &#187;. Maman, alors &#226;g&#233;e de 2 ans et demi, a donc &#233;t&#233; enlev&#233;e &#224; sa maman et plac&#233;e &#224; l'orphelinat de Lubunda.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi avoir &#233;t&#233; d&#233;nonc&#233;e par un Congolais ? Parce que beaucoup ne voulaient pas que les enfants mul&#226;tres vivent parmi eux. Pour les Congolais, si on est m&#233;tis, on est l'enfant d'un Blanc tout simplement. Encore aujourd'hui, quand on parle d'un Mul&#226;tre, on va dire : &#171; c'est l'enfant d'un Blanc &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maman a tr&#232;s peu parl&#233; de sa vie &#224; l'orphelinat parce qu'elle y a beaucoup souffert et, qu'&#224; cette &#233;poque, on ne parlait pas de ce que l'on ressentait. L'orphelinat &#233;tait tenu par des religieuses qui n'&#233;taient pas des plus tendres. Un exemple ? Maman s'&#233;tait prise d'affection pour une fillette plus jeune qu'elle. Et comme les religieuses avaient vu que c'&#233;tait un r&#233;confort pour toutes les deux, elles ont &#233;t&#233; s&#233;par&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#232;res n'avaient pas le droit de rendre visite &#224; leurs enfants &#224; l'orphelinat. Ma grand-m&#232;re est d&#233;c&#233;d&#233;e sans avoir revu sa fille. Une cousine de maman m'a dit qu'elle en &#233;tait morte de chagrin. Elle n'a pas eu d'autres enfants apr&#232;s maman.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Mul&#226;tre ou M&#233;tis ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Je pr&#233;f&#232;re le mot &#171; Mul&#226;tre &#187; parce que ce mot n'est pas anodin. Ce sont les Portugais qui l'ont cr&#233;&#233;. &#171; Mul&#226;tre &#187; vient de &#171; mulato &#187;, &#171; mule &#187; en fran&#231;ais. Pour l'homme blanc, &#224; cette &#233;poque, l'union d'un Blanc et d'une Noire &#233;tait contre-nature, donc l'enfant n&#233; de cette union ne pouvait &#234;tre que contre-nature. Quand ce probl&#232;me a &#233;t&#233; soulev&#233;, les Blancs se sont dit &#171; ce n'est pas grave, la race mul&#226;tre va s'&#233;teindre d'elle-m&#234;me parce que les mul&#226;tres ne pourront pas avoir d'enfants &#187;. En effet, il faut savoir que la mule est un animal g&#233;n&#233;ralement st&#233;rile qui provient du croisement de la jument et de l'&#226;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, un jour, il y a eu des enfants et alors, l&#224;, c'est devenu &#171; le probl&#232;me mul&#226;tre &#187;. Donc, pour moi, quelqu'un n&#233; d'un Noir et d'un Blanc, c'est un Mul&#226;tre. M&#234;me si aujourd'hui, on parle plut&#244;t de m&#233;tissage. Ce terme &#171; mul&#226;tre &#187;, ces pens&#233;es ont amen&#233; tellement de souffrances&#8230;il faut en parler, expliquer !&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'apartheid au sein de l'Union Mini&#232;re&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;J'ai pass&#233; mon enfance &#224; Likasi, un des fiefs de l'Union Mini&#232;re. Ce contexte de l'Union Mini&#232;re est tr&#232;s particulier. C'&#233;tait un &#233;tat dans l'&#233;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant l'ind&#233;pendance, &#224; Likasi, les populations vivaient s&#233;par&#233;ment. Certains Belges de l'Union Mini&#232;re partaient en vacances en Afrique du Sud. Ils ont sans doute reproduit l'organisation sociale qu'ils y ont vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait le quartier des Noirs qui travaillaient &#224; l'Union Mini&#232;re, le quartier des Mul&#226;tres, les usines et les quartiers des Blancs. Et, de l'autre c&#244;t&#233;, il y avait la cit&#233; o&#249; habitaient les Noirs qui ne travaillaient pas &#224; l'Union Mini&#232;re ainsi que la ville avec les magasins et commer&#231;ants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'administration coloniale a utilis&#233; les Mul&#226;tres comme tampons entre les Blancs et les Noirs. Le pouvoir colonial pensait que les Mul&#226;tres ne trahiraient pas les Blancs en raison de leur sang &#171; blanc &#187; et que, pour cette m&#234;me raison, ils n'allaient pas non plus s'allier avec les Noirs. De ce fait, ils recevaient quelques privil&#232;ges : des &#233;coles, de plus grandes maisons, des places dans l'administration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le quartier des Mul&#226;tres, vivait une cinquantaine de m&#233;nages. La plupart des parents venaient d'orphelinats. Je vivais dans une belle villa. Les Noirs, eux, logeaient dans de petites maisons ouvri&#232;res comme on en trouve ici en Belgique. Tout &#233;tait s&#233;par&#233; mais sans barri&#232;re ni portails ! Il y avait aussi l'h&#244;pital des Blancs et l'h&#244;pital &#171; indig&#232;ne &#187;. C'&#233;tait donc un apartheid !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois par mois, une femme blanche venait inspecter nos maisons pour voir si le m&#233;nage avait &#233;t&#233; bien fait, si tout &#233;tait propre. C'est le seul contact qu'on avait avec des Blancs dans notre quartier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme la ville s'organisait autour de l'Union Mini&#232;re, on y trouvait des magasins li&#233;s &#224; la soci&#233;t&#233;, et certaines grandes enseignes belges comme Sarma ou Bata. Maman recevait la liste des produits qu'on pouvait obtenir dans les magasins de l'Union Mini&#232;re et on cochait : &#171; famille 1 enfant, 2 enfants, 3 enfants, 4 enfants &#187;. En fonction de cela, nous avions droit &#224; x kilos de lait, x kilos de farine,...Une fois par mois, nous allions au magasin chercher les provisions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est que plus tard, en grandissant, que j'ai pris conscience du racisme. Dans la file, on est mis de c&#244;t&#233;, on passe toujours apr&#232;s les Blancs. Mais m&#234;me parmi les Blancs, il y a une hi&#233;rarchie : la femme du m&#233;decin va passer avant la femme de l'ing&#233;nieur et celle-ci, avant l'&#233;pouse du m&#233;canicien. C'&#233;tait &#231;a l'esprit de l'Union Mini&#232;re : une tr&#232;s forte hi&#233;rarchie. Les Mul&#226;tres passaient en dernier et les Noirs encore derri&#232;re !&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;En classe, au dernier rang&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Nous, les Mul&#226;tres, &#233;tions tol&#233;r&#233;es &#224; l'&#233;cole des Blancs. Les Blancs &#233;taient assis aux premiers rangs, puis il y avait des rang&#233;es vides et nous, dans le fond de la classe. En maternelle et en premi&#232;re primaire, nous &#233;tions quatre ou cinq de mon &#226;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon premier souvenir d'&#233;cole, c'est &#224; la maternelle : la petite fille &#224; c&#244;t&#233; de moi a hurl&#233; toute la journ&#233;e ! Elle avait encore plus peur que moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment je vivais ces moments d'&#233;cole ? Dans la terreur ! J'&#233;tais impressionn&#233;e par les religieuses et leurs grandes robes. Elles &#233;taient m&#233;chantes, je ne sentais chez elles aucune g&#233;n&#233;rosit&#233;, amour ou douceur. Je les vois encore, marchant les deux mains dans les manches, le regard s&#233;v&#232;re. On ne pouvait pas bouger un cil ni dire un mot. Parfois, elles donnaient des coups de r&#232;gle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, il y avait cette s&#233;paration physique qui apportait une incompr&#233;hension. On ne nous adressait pas la parole, on ne nous posait m&#234;me pas de questions... Nous vivions dans la crainte car nous sentions que nous n'&#233;tions pas accueillies. Le cours se donnait pour les enfants blancs et nous, nous &#233;tions au fond de la classe. Comme si nous n'&#233;tions que spectatrices. A ce moment-l&#224;, je ne comprenais pas... Je n'avais pas conscience que c'&#233;tait tout simplement du racisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la r&#233;cr&#233;ation, nous ne nous jouions pas tous ensembles. Nous, les Mul&#226;tres, restions en-dessous de l'escalier, en nous disant : &#171; qu'est-ce qui va se passer ? Surtout, ne pas faire de bruit ! Ne pas nous faire remarquer ! &#187; Je ne me souviens pas de cris d'enfants qui s'amusent.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;C'&#233;tait moi la voleuse !&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Un tr&#232;s mauvais souvenir d'enfance ? Un jour, papa est venu me chercher &#224; l'&#233;cole pour m'emmener au bureau de police. Je me vois encore, petite fille, assise sur le si&#232;ge en face du commissaire, un grand Blanc. Une fille blanche avait perdu sa cha&#238;ne en or. Et comme j'&#233;tais une &#171; &#233;trang&#232;re &#187;, &#171; color&#233;e &#187;, c'&#233;tait forc&#233;ment moi qui l'avais vol&#233;e ! Je ne comprenais rien, je pleurais : &#171; quoi ? une chaine en or ? pourquoi je suis l&#224; ? ce n'est pas moi ! &#187;. Je ne me souviens pas comment s'est termin&#233;e cette histoire mais j'en ai ressenti longtemps de la douleur, de l'injustice.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;De la luge sur les terrils&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Mais, &#224; la maison, j'&#233;tais heureuse. J'ai plus de bons souvenirs d'enfance que de mauvais. Avec mes amies, des Mul&#226;tres de mon quartier, nous &#233;tions plus souvent pli&#233;es en deux de rire. Quand nous allions jouer sur les terrils, par exemple ; tout &#233;tait vallonn&#233; et donc on montait sur une butte et on descendait sur des cartons, comme si on faisait de la luge !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grands avaient fabriqu&#233; un v&#233;hicule avec quatre roues de brouette bien solides. Nous montions dessus et les grands conduisaient avec leurs pieds. Jusqu'au jour o&#249; quelqu'un s'est cass&#233; un bras. Alors, les parents ont confisqu&#233; le v&#233;hicule.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les vacances en famille au village&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Tous les &#233;t&#233;s, maman et nous, les enfants, allions en vacances chez notre grand-m&#232;re paternelle. Cela fait partie de mes meilleurs souvenirs d'enfance : deux mois de vie fantastique au village !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224;, le trajet en voiture &#233;tait tr&#232;s agr&#233;able car papa poss&#233;dait une Pontiac. Waouw ! Nous devions dormir une nuit sur la route et papa disait : &#171; surtout, ne sortez pas de la voiture pour faire pipi. Il y a des lions ! &#187;. On les entendait autour de la voiture. Quand papa ne pouvait pas nous accompagner, un commer&#231;ant nous emmenait dans son camion. Nous avions alors le privil&#232;ge de nous asseoir devant. Et puis venait la joie de se dire : &#171; on arrive au village ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma grand-m&#232;re &#233;tant fille de chef et respect&#233;e, elle avait sa propre maison. Autour de celle-ci, se trouvaient les huttes de ses enfants et petits-enfants. C'&#233;tait comme un village.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La journ&#233;e, on se lavait et jouait dans la rivi&#232;re, on grimpait dans les arbres et cueillions des mangues. On courait partout. Une grande libert&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les couchers de soleil &#233;taient magnifiques. Le soir, &#233;tant donn&#233; qu'il n'y avait pas encore d'&#233;lectricit&#233;, on mangeait &#224; 17h avec les oncles et les tantes, tous ensemble autour du feu. Il faisait froid mais le feu nous r&#233;chauffait. Les oncles racontaient des histoires, des histoires de monstres qui boitaient. Plus la nuit avan&#231;ait, plus les contes faisaient peur et plus on craignait de se coucher !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conteur prenait la parole en swahili et tout le monde r&#233;pondait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; l'histoire, c'est... ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; c'est l'histoire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; l'enfant de l'histoire... ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; &#8230;ne grandit jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire pouvait alors enfin commencer. J'attendais ce moment avec impatience. Tout cela sous un ciel &#233;toil&#233; &#224; n'en plus finir&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Apr&#232;s l'ind&#233;pendance, tout &#233;tait diff&#233;rent&#8230;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Au moment de l'ind&#233;pendance, j'avais 8 ans. Je me souviens de gens qui couraient dans tous les sens avec ce qu'ils avaient pill&#233; : un v&#233;lo, une chaise,...Et au loin, de la fum&#233;e. Les parents nous disaient : &#171; ne sortez pas de la maison, on ne sait pas ce qui va se passer ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juste apr&#232;s, nous avons d&#233;m&#233;nag&#233; car, &#224; partir de ce moment, nous avons pu habiter dans les quartiers des Blancs. Une maison &#233;tait assign&#233;e &#224; chaque famille. Quelques familles mul&#226;tres et noires occupaient les maisons des Blancs. Fini le ghetto !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle d&#233;couverte : nouvelle maison, nouveaux voisins, nouveau bus scolaire o&#249; Blancs et Noirs &#233;taient m&#233;lang&#233;s. Avec papa et maman, je me sentais en s&#233;curit&#233; et inconsciente de ce qui se d&#233;roulait. Tout &#233;tait diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8230; et en m&#234;me temps, rien n'avait chang&#233; &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Mais un an ou deux apr&#232;s l'ind&#233;pendance, l'&#233;cole &#233;tait toujours la m&#234;me : une &#233;cole o&#249; on ne se m&#233;langeait pas ! Avec plus de M&#233;tisses et de Noires, mais toujours des groupes s&#233;par&#233;s. Dans la cour de r&#233;cr&#233;ation on ne se regardait pas, il n'y avait aucun &#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que j'ai vraiment pris conscience du racisme. Vous voulez une autre anecdote ? En voici une ! En 1963, quand je suis all&#233;e &#224; la piscine, les Blancs sont sortis parce que nous allions salir l'eau. Nous &#233;tions les premiers M&#233;tis &#224; rentrer dans la piscine &#224; Likasi ! Cet &#233;v&#233;nement m'a marqu&#233;e. Je ne m'y attendais pas, n'ayant peut-&#234;tre jamais r&#233;alis&#233; qu'il y avait ce rejet. Pour moi, il y avait les Blancs, les Noirs, les Mul&#226;tres. Sans plus. Cela a &#233;t&#233; un vrai choc.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;De l'autre c&#244;t&#233; du miroir : regard sur la Belgique et sur les colons belges&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En 1970, je suis venue en Belgique pour la premi&#232;re fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; marqu&#233;e par les maisons coll&#233;es les unes contre les autres. Je n'avais jamais vu &#231;a. Au Congo, les Belges disaient &#171; En Belgique, nous vivons tous aussi bien qu'ici, avec de grandes villas et des domestiques &#187;. Donc, je pensais arriver &#171; au paradis &#187; en arrivant en Belgique. Or, il pleuvait, il faisait gris et les Blancs vivaient de fa&#231;on bien moins luxueuse qu'au Congo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je trouvais aussi certains Belges peu &#233;duqu&#233;s et me disais, d&#233;pit&#233;e : &#171; c'est &#231;a qui nous a colonis&#233;s ?! &#187;. J'ai alors r&#233;alis&#233; que le Congo &#233;tait un tr&#232;s beau pays et que j'avais la chance d'avoir deux cultures.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le cheminement personnel, les recherches&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Lors de ce premier voyage en Belgique, j'ai voulu rechercher mon grand-p&#232;re. J'avais une adresse o&#249; me rendre, &#224; Ostende. Mais &#224; celle-ci, les anciennes maisons n'existaient plus, c'&#233;taient de nouveaux immeubles. Il fallait faire des d&#233;marches officielles pour aller plus loin dans les recherches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis demand&#233; : &#171; en ai-je vraiment envie ? En ai-je besoin ? &#187;. Ma r&#233;ponse a &#233;t&#233; &#171; non &#187;. Je n'ai donc pas poursuivi mes investigations. Je sais d'o&#249; je viens, j'ai eu un papa, une maman, des fr&#232;res et des soeurs. Une famille avec une grand-m&#232;re pr&#233;sente, des oncles et tantes, des cousins avec lesquels j'ai grandi. Tout cela a combl&#233; ce qu'il fallait combler. Ma vie est pleine. Mes racines sont africaines et europ&#233;ennes. Trouver un &#233;quilibre est le plus important.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;passer la col&#232;re&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est qu'&#224; l'&#226;ge adulte qu'on peut comprendre ce qui s'est pass&#233; durant notre enfance. En grandissant, on trouve ses racines. On essaie de comprendre au fil des rencontres, des confrontations, des blessures, des joies. Nous ne savons pas tout ce que nos parents ont v&#233;cu...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que, Blancs, Noirs ou M&#233;tis, nous sommes tous pareils. C'est notre regard sur la vie et les gens, nos peurs qui nous rendent diff&#233;rents. Chaque individu a une richesse. Et quand on a la chance d'avoir plusieurs cultures, c'est une richesse suppl&#233;mentaire. Il faut l'exploiter, prendre le meilleur de chaque culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne connait pas l'histoire de l'autre. Parfois, sa souffrance s'exprime par de l'agressivit&#233;, par du rejet. Mais &#224; partir du moment o&#249; on se met &#224; sa place, on peut poser sur lui un regard diff&#233;rent et le comprendre. Ce n'est pas facile &#224; faire. C'est le travail de toute une vie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bouddhisme m'aide &#224; acc&#233;der &#224; cette s&#233;r&#233;nit&#233;, &#224; d&#233;passer la col&#232;re qu'il y a en moi. Je ne veux plus vivre l&#224;-dedans, m&#234;me s'il arrive que certaines paroles ou actes me f&#226;chent. Parfois j'ai r&#233;alis&#233; que la personne ne se rendait m&#234;me pas compte de ce qu'elle avait dit ou fait. Par ignorance ? Par b&#234;tise ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui encore, je rencontre des femmes blanches de mon &#226;ge qui me disent &#171; Marie-Louise, c'est incroyable, comment se fait-il que nous ne nous sommes pas rencontr&#233;es au Congo ? &#187;. Que r&#233;pondre ? Ces personnes, enfants &#224; cette &#233;poque, n'ont pas r&#233;alis&#233; que cet apartheid existait. Certaines personnes ne veulent toujours pas le reconna&#238;tre. C'est triste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derni&#232;rement, lors d'une r&#233;union, j'ai eu l'occasion de revoir des amies d'enfance, des M&#233;tisses, aujourd'hui grands-m&#232;res. J'ai constat&#233; que beaucoup des petits-enfants se sont mari&#233;s dans la communaut&#233;&#8230; Cela m'a interpell&#233;e. Encore des traces de cette colonisation o&#249; l'on ne se m&#233;lange pas ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Je trouve important de faire entendre la voix des M&#233;tis &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, l'Association des M&#233;tis essaie de faire entendre leur voix au Parlement, d'obtenir des excuses du gouvernement belge, l'ouverture des archives,&#8230; C'est une bonne chose parce qu'il y a &#233;norm&#233;ment de souffrance dans les histoires des M&#233;tis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai assist&#233; &#224; la premi&#232;re s&#233;ance au Parlement. Des horreurs ont &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233;es. Beaucoup de parlementaires ignoraient certains faits. Comment est-ce possible ? Tout se trouve dans les archives du mus&#233;e &#224; Tervuren. Il faut en parler et pr&#233;senter des excuses. Parce que tout &#233;tait bien organis&#233; et qu'il y a une responsabilit&#233; de l'Etat belge. Moi, je n'ai pas &#233;t&#233; s&#233;par&#233;e de ma famille. Mais quand vous vous retrouvez plac&#233;s en famille d'accueil en Belgique, comme l'ont &#233;t&#233; les enfants de l'internat de Save&#8230; dans un pays inconnu, dont vous ne parlez pas la langue ! C'est l'horreur. Je pense qu'il doit y avoir une r&#233;habilitation des M&#233;tis. Comment ? Je ne sais pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parler ferait du bien &#224; tout le monde. A ceux qui n'en ont jamais entendu parler et &#224; ceux qui ont eu de mauvaises informations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut pouvoir parler de tout. Aujourd'hui, quand certains disent &#171; oui, mais on en a marre de donner au Congo&#8230; &#187;, j'ai envie de r&#233;pondre : &#171; est-ce que vous pourriez vous passer de votre GSM ? Parce que votre t&#233;l&#233;phone est compos&#233; de coltan et que des enfants meurent tous les jours pour en r&#233;colter. &#187; Mais les gens ne veulent pas toujours entendre.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Enseigner l'histoire de la colonisation&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Il faut parler dans les &#233;coles de la colonisation et de ses malheureuses cons&#233;quences. Pour aujourd'hui, pour le futur. Comment voulez-vous qu'il y ait une paix si les Belges ne savent pas pourquoi il y a tant de Congolais en Belgique, pourquoi il y a parfois des manifestations ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut que les jeunes g&#233;n&#233;rations apprennent l'histoire de la colonisation et notamment ce qui s'est pass&#233; du temps de L&#233;opold II. Il y a assez d'&#233;crits, de t&#233;moignages, d'expositions pour se documenter. Aujourd'hui heureusement des associations se font entendre. La parole se lib&#232;re, on en parle. Les Belges disent souvent : &#171; mais nous avons construit des h&#244;pitaux ! &#187;. Oui mais les premiers h&#244;pitaux ont &#233;t&#233; construits pour soigner la main d'&#339;uvre, pour la rentabilit&#233; ! On oublie de dire cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les jeunes d'origine congolaise qui sont n&#233;s en Belgique sont belges, la Belgique est leur pays. Certains demandent qu'on r&#233;habilite Lumumba. Pourquoi pas si cela est accompagn&#233; d'une communication, d'une information juste ? L&#224; encore, il faut expliquer pourquoi r&#233;habiliter Lumumba. Quelle est l'histoire entre Lumumba et la Belgique ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce t&#233;moignage fait partie du livre &#034;Congo belge, m&#233;moires en noir et blanc&#034;, 1945-1960, &#233;dit&#233; aux Editions Weyrich. Il ne peut pas &#234;tre reproduit sans l'autorisation de l'&#233;diteur.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Jean, instituteur au Congo belge</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1267</link>
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		<dc:date>2020-11-30T13:24:05Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mich&#232;le A&amp;T</dc:creator>


		<dc:subject>Colonisation</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration subsaharienne et descendants</dc:subject>
		<dc:subject>Racisme</dc:subject>
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&lt;p&gt;Jean, notre t&#233;moin congolais le plus &#226;g&#233;, a grandi dans un village du Kasa&#239;, dans le Congo belge d'avant-guerre, celui des corv&#233;es obligatoires. Apr&#232;s avoir appris &#224; &#233;crire &#171; pour faire comme les Blancs &#187;, il devient moniteur au Katanga. &lt;br class='autobr' /&gt;
La vie dans un village du Kasa&#239; &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis n&#233; au Kasa&#239; en 1932, dans un village de brousse d'une centaine de personnes. J'y suis rest&#233; jusqu'en 1948. Je suis fils unique. Mon p&#232;re &#233;tait cultivateur et n'&#233;tait pas instruit. Je ne l'ai presque pas connu car il est d&#233;c&#233;d&#233; quand (...)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L113xH150/arton1267-bdb5c.jpg?1779908239' width='113' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Jean, notre t&#233;moin congolais le plus &#226;g&#233;, a grandi dans un village du Kasa&#239;, dans le Congo belge d'avant-guerre, celui des corv&#233;es obligatoires. Apr&#232;s avoir appris &#224; &#233;crire &#171; pour faire comme les Blancs &#187;, il devient moniteur au Katanga.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La vie dans un village du Kasa&#239;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233; au Kasa&#239; en 1932, dans un village de brousse d'une centaine de personnes. J'y suis rest&#233; jusqu'en 1948. Je suis fils unique. Mon p&#232;re &#233;tait cultivateur et n'&#233;tait pas instruit. Je ne l'ai presque pas connu car il est d&#233;c&#233;d&#233; quand j'avais 1 an. J'ai alors v&#233;cu avec ma m&#232;re, mon oncle paternel et ses trois enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous vivions dans une case, une maison en paille, sur un sol en terre. Ma famille cultivait des champs. On vendait le manioc dans les march&#233;s. Avant l'arriv&#233;e des Blancs, il n'y avait pas d'argent, on faisait du troc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais habitu&#233; &#224; chasser le gibier avec les gar&#231;ons et les hommes du village : des antilopes, des rongeurs. Outre le manioc, j'ai appris &#224; cultiver du ma&#239;s et des arachides dans un champ familial. J'&#233;levais aussi des poules, des ch&#232;vres, des moutons et je tressais des nattes, sortes de tapis, pour les vendre. Tout &#231;a, c'&#233;tait ma vie, avant l'&#226;ge de 9 ans quand j'ai commenc&#233; l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Traditions&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Mon oncle et ma m&#232;re m'apprenaient surtout la politesse et le respect : &#171; il ne faut pas se moquer d'un infirme, il faut dire bonjour aux personnes &#226;g&#233;es, il ne faut pas voler. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'apprendre la Bible &#224; l'&#233;cole protestante du village, nous avions nos propres croyances envers les anc&#234;tres. On croyait que, bien que morts, les anc&#234;tres &#233;taient encore vivants quelque part et nous voyaient. Si on faisait de mauvaises choses, ils allaient nous punir. Nous avions peur de cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nos anc&#234;tres d&#233;c&#233;d&#233;s, on construisait de petites huttes et on disait qu'ils &#233;taient l&#224;. Nous leur pr&#233;parions et donnions de la nourriture. Apr&#232;s un certain temps, nous la reprenions pour la manger nous-m&#234;mes. Parfois, on me demandait de veiller sur la nourriture pour que les chiens ne viennent pas. Moi, j'observais pour voir si les anc&#234;tres venaient manger mais on me disait : &#171; nos anc&#234;tres ont d&#233;j&#224; mang&#233; ! &#187; (rires).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand quelqu'un d&#233;c&#233;dait, nous l'enveloppions dans des nattes et l'enterrions. Une ann&#233;e apr&#232;s le d&#233;c&#232;s, on le f&#234;tait.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le recensement &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les seuls contacts que nous avions avec les Blancs au village, c'&#233;tait pour le recensement de la population et le payement des imp&#244;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier Blanc que j'ai vu faisait partie de l'administration coloniale. J'avais 4 ans et j'accompagnais mon oncle pour le recensement. Tous les gens du village &#233;taient rassembl&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Blanc demandait &#224; chaque villageois : &#171; Quel est ton nom ? &#187; et il l'&#233;crivait. Ensuite le Blanc appelait les gens par leur nom. Moi, je n'avais jamais vu &#231;a, j'&#233;tais vraiment &#233;tonn&#233; ! Je me demandais : &#171; Comment il conna&#238;t les noms ? &#187;. C'&#233;tait la premi&#232;re fois que je voyais quelqu'un &#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand un Blanc arrivait dans un village pour le recensement, on lui construisait une hutte pour qu'il reste dormir. Chaque villageois devait amener un &#339;uf et du bois pour que le Blanc puisse se laver avec de l'eau chaude. C'&#233;tait comme une offrande !&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La peur des Blancs, des policiers congolais et du fouet&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde avait peur des Blancs. Au village, on disait qu'ils &#233;taient m&#233;chants car quand ils vous arr&#234;taient, vous receviez des coups de fouet. Un exemple ? Si on ne payait pas l'imp&#244;t, on vous arr&#234;tait pendant deux semaines et vous receviez chaque jour quatre coups de fouet. Vous deviez ensuite payer et si vous refusiez, on vous remettait en prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, j'ai assist&#233; &#224; cela. Apr&#232;s les coups, il fallait saluer le Blanc pour lui dire merci sinon on vous redonnait des coups de fouet ! C'&#233;taient des policiers congolais qui donnaient les coups de fouet, ils travaillaient avec l'administration. A cette &#233;poque, ils &#233;taient tr&#232;s disciplin&#233;s, ils n'&#233;taient pas corrompus comme maintenant. Ils portaient le &#171; feu rouge &#187;, une sorte de bonnet rouge. On avait peur d'eux. Les administrateurs portaient le casque colonial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant les Blancs, il n'y avait pas de prison et on ne donnait pas de coups de fouet.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Entre la corv&#233;e et l'enr&#244;lement de force dans la Force Publique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Avant la guerre 40-45, il y avait la corv&#233;e, le fait de travailler sans &#234;tre pay&#233;. Les Blancs emmenaient les gens du village pour am&#233;nager une route, par exemple. J'ai v&#233;cu cela. A cette &#233;poque, les administrateurs belges consid&#233;raient bien les chefs coutumiers. Ils s'adressaient &#224; eux pour qu'ils demandent &#224; leurs hommes de participer au travail obligatoire. Mais en r&#233;alit&#233;, les chefs coutumiers &#233;taient oblig&#233;s de coop&#233;rer parce que tout le monde avait peur du Blanc et du fouet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'il avait 17 ans, le fils de mon oncle a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; par le chef coutumier, sur ordre du Blanc, pour &#234;tre envoy&#233; au service militaire. Il y a &#233;t&#233; oblig&#233; mais il &#233;tait pay&#233;. Il a fait la deuxi&#232;me guerre mondiale en Afrique et est m&#234;me arriv&#233; en Ethiopie. Apr&#232;s la guerre, il est revenu au village et &#233;tait fier de raconter ses aventures, ses souffrances en traversant le d&#233;sert. Il est revenu avec des jumelles &#171; viewmaster &#187; dans lesquelles on pouvait voir des photos de l'endroit o&#249; J&#233;sus Christ &#233;tait n&#233; en Isra&#235;l. Il nous parlait aussi du fait que les Blancs &#233;taient tr&#232;s disciplin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;cole au village : savoir &#233;crire comme le Blanc&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;J'ai commenc&#233; l'&#233;cole &#224; 9 ans d'abord sous un arbre, puis les villageois ont &#233;t&#233; oblig&#233;s de construire une &#233;cole. C'&#233;tait un b&#226;timent en paille, une hutte. Le premier instituteur &#233;tait congolais, il est venu de l'ext&#233;rieur. A ce moment-l&#224;, seuls les gar&#231;ons y allaient car les parents ne voulaient pas y amener les filles. Nous &#233;tions une vingtaine d'enfants dans la classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains enfants ne voulaient pas aller &#224; l'&#233;cole. Ils voulaient continuer &#224; chasser le gibier. Alors, l'instituteur nous demandait de les chercher. Moi, j'avais envie d'aller &#224; l'&#233;cole car c'&#233;tait pour moi une nouvelle vie. Mon r&#234;ve de petit gar&#231;on, c'&#233;tait d'&#233;crire comme le Blanc &#233;crivait ! Car le Blanc faisait peur mais il faisait aussi envie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous ai racont&#233; la premi&#232;re fois o&#249; j'ai rencontr&#233; un Blanc. Eh bien quand je suis rentr&#233; du recensement, je suis mont&#233; sur un arbre, j'ai pris des feuilles d'arbre et, avec un petit b&#226;ton, j'ai commenc&#233; &#224; griffonner. Et puis, j'ai imit&#233; le Blanc en pronon&#231;ant le nom des gens : &#171; Untel, untel.. &#187;. Alors, on m'a donn&#233; un surnom. Dans ma langue cela voulait dire &#171; quelqu'un qui &#233;crit des lettres, m&#234;me aux l&#233;zards, m&#234;me aux crapauds, m&#234;me aux grenouilles (rires). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une deuxi&#232;me raison me motivait &#224; aller &#224; l'&#233;cole : devenir vendeur. En effet, dans le village, des commer&#231;ants juifs prenaient les personnes qui avaient &#233;tudi&#233; quatre ou cinq ann&#233;es de primaires pour faire du commerce avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Il faut croire en Dieu&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En allant &#224; l'&#233;cole, j'ai entendu pour la premi&#232;re fois parler de Dieu. Je me suis adapt&#233;, j'ai compris que ce que nos parents nous avaient enseign&#233; &#233;tait faux, qu'il fallait croire en Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; baptis&#233; lorsque j'avais 10 ans par un cat&#233;chiste venu d'un village lointain. Avant d'&#234;tre baptis&#233;, on devait &#233;tudier pendant une ann&#233;e le cat&#233;chisme puis passer un examen. Et seulement si on r&#233;ussissait, on &#233;tait baptis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;glise &#233;tait en paille. Mes parents avec d'autres gens du village l'avaient construite dans le cadre du travail obligatoire.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;cole &#224; la mission protestante : &#171; nos anc&#234;tres les Gaulois &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;J'ai termin&#233; mes primaires dans une mission protestante, &#224; 35 km de mon village. Les cours &#233;taient donn&#233;s par des instituteurs congolais. Les missionnaires ne s'occupaient que de la religion et de l'&#233;glise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but, je logeais chez quelqu'un de la famille de ma maman, &#224; 6 km de la mission puis j'ai log&#233; sur place chez un ancien &#233;l&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;poque, j'avais des contacts avec des Am&#233;ricains blancs : des missionnaires protestants et presbyt&#233;riens. Ils &#233;taient gentils, se familiarisaient avec nous, ne tapaient pas, contrairement aux Blancs de l'administration belge. On les rencontrait &#224; l'&#233;glise, parfois ils racontaient des histoires. Ils enseignaient la politesse, le respect, la religion. C'est un bon souvenir, la base de mon &#233;ducation. Cela m'a aid&#233; dans ma vie d'adulte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours d'histoire, on apprenait la g&#233;ographie de la Belgique, ses provinces, les rois belges, et l'histoire du Congo &#8230; &#224; partir de l'arriv&#233;e des Belges. L'autre histoire du Congo, nous l'apprenions dans nos villages, nos familles, par des histoires. Nous avons appris &#224; l'&#233;cole les provinces du Congo mais apr&#232;s les provinces de la Belgique ! J'ai appris &#171; nos anc&#234;tres, les Gaulois &#187; et m&#234;me, l'hymne national belge : &#171; &#212; Belgique, &#244; m&#232;re ch&#233;rie, &#224; toi nos c&#339;urs, &#224; toi nos bras,&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois, &#224; l'&#233;cole, on se faisait punir pour quelque chose qu'on n'avait pas fait, et &#231;a je n'aimais pas du tout. Par exemple, quand quelqu'un faisait du bruit, le professeur venait taper tout le monde sur la t&#234;te avec un b&#226;ton. A la maison, on pouvait aussi se faire frapper sur la t&#234;te, se faire chicoter. Mais cela n'avait rien &#224; voir avec les coups de fouet des Blancs apr&#232;s avoir &#233;t&#233; d&#233;shabill&#233;. &#199;a c'&#233;tait vraiment humiliant !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, quand j'ai &#233;tudi&#233; la psychologie et la p&#233;dagogie, nous avons appris &#224; ne pas pratiquer les punitions corporelles mais plut&#244;t des punitions psychologiques.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un dipl&#244;me de moniteur au Katanga&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En 1948, je suis all&#233; au Katanga, pr&#232;s de Kolwezi, &#233;galement dans une mission, pour continuer mes &#233;tudes. J'aurais pu faire mes secondaires au Kasa&#239; mais le fils de ma cousine est venu me chercher en disant qu'au Katanga, les gens vivaient bien et &#233;taient civilis&#233;s. Moi, j'&#233;tais tr&#232;s content.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programme du Katanga &#233;tait plus avanc&#233; que celui du Kasa&#239; alors j'ai refait ma 6&#232;me primaire. En plus, la langue de l'&#233;cole au Kasa&#239; &#233;tait le tshiluba alors qu'au Katanga, c'&#233;tait le fran&#231;ais pour la plupart des le&#231;ons. Heureusement, j'avais d&#233;j&#224; un peu appris le fran&#231;ais auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maman est d&#233;c&#233;d&#233;e en 1950. C'est le fils de ma cousine qui a alors support&#233; les co&#251;ts de mon &#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quasi tous les professeurs &#233;taient congolais. Un professeur am&#233;ricain nous donnait cours de p&#233;dagogie. Mr M.N. &#233;tait une autre exception. Il travaillait dans la mission et nous donnait cours de fran&#231;ais. C'est le seul Belge avec qui je me suis familiaris&#233;. Je l'appr&#233;ciais car il avait vraiment l'amour des Congolais. Quand il nous enseignait le fran&#231;ais avec des gestes, on voulait l'imiter. Ses gestes nous aidaient &#224; apprendre. Il ne se sentait pas sup&#233;rieur comme les administrateurs ou comme d'autres Blancs. Il travaillait avec les missionnaires et se comportait comme eux, m&#234;me s'il &#233;tait la&#239;c.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s mes primaires, j'ai donc &#233;tudi&#233; quatre ans dans cette &#233;cole qui formait des moniteurs. L&#224; encore, la plupart des Blancs avec lesquels j'&#233;tais en contact &#233;taient des Missionnaires protestants, des Am&#233;ricains m&#233;thodistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette &#233;poque, je n'avais pas de contacts avec les gens de l'administration coloniale, trop &#233;loign&#233;e de la mission. Par contre, lors de la f&#234;te organis&#233;e &#224; la fin de mes &#233;tudes, en 54, des administrateurs sont venus chercher quatre jeunes dipl&#244;m&#233;s pour le service militaire obligatoire, &#171; La Force Publique &#187;. Ils ont &#233;t&#233; tir&#233;s au sort avec des num&#233;ros sur des bouts de papier. Moi, je n'ai pas eu la chance d'&#234;tre pris. J'aurais bien voulu car quand je voyais les militaires bien habill&#233;s, avec des armes, cela me faisait envie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors je suis devenu enseignant en 1956, apr&#232;s deux ann&#233;es suppl&#233;mentaires de stage. En fait, dans la mission o&#249; j'&#233;tais, il n'y avait pas d'autres &#233;tudes possibles. Aujourd'hui, je poss&#232;de encore mon dipl&#244;me. J'en suis fier. Ce document a r&#233;sist&#233; aux trois guerres que nous avons travers&#233;es !&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Enseigner &#224; l'&#233;cole officielle d'Elisabethville&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s mes &#233;tudes, je voulais travailler dans l'enseignement colonial. L'&#233;cole la&#239;que, officielle venait d'&#234;tre cr&#233;&#233;e &#224; Elisabethville et quand j'ai vu les instituteurs congolais, avec les barrettes et l'inscription &#171; l'union fait la force &#187;, cela m'attir&#233;. Et surtout, ils &#233;taient bien pay&#233;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les missionnaires m'avaient propos&#233; d'aller &#224; l'&#233;cole de th&#233;ologie pour devenir pasteur mais j'ai pr&#233;f&#233;r&#233; m'engager dans l'&#233;cole officielle. J'y ai travaill&#233; jusqu'&#224; l'ind&#233;pendance. Le directeur de cette &#233;cole &#233;tait belge, de m&#234;me que le conseiller p&#233;dagogique. Les autres enseignants &#233;taient congolais. Etant protestant, on me confiait les enfants protestants pour le cours de religion. C'&#233;tait une &#233;cole pour Congolais, dans la cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Blancs, eux, allaient dans les &#233;coles du centre-ville. Certains enfants noirs qui habitaient en ville ou dont la famille avaient de l'argent fr&#233;quentaient les &#233;coles des Blancs et cela m&#234;me avant l'ind&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, en 1957, Auguste Buisseret, le ministre des colonies, avait autoris&#233; les enfants noirs &#224; apprendre avec les enfants blancs. Mais beaucoup de colons belges s'y &#233;taient oppos&#233;s parce qu'ils consid&#233;raient les Noirs comme inf&#233;rieurs &#224; eux. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'ind&#233;pendance s'annonce&#8230;.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En 1959, au Kasa&#239;, des troubles ont &#233;clat&#233; entre les Baluba et les Lulua, ils se sont entretu&#233;s. J'ai vu des gens qui avaient perdu des bras, des mains. C'est un mauvais souvenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait une cons&#233;quence des &#233;lections des bourgmestres des communes dans la province de Kananga, organis&#233;es par les Belges en 1957. C'&#233;tait la r&#233;gion des Lulua mais il y avait aussi des Baluba. Beaucoup de Baluba ont &#233;t&#233; &#233;lus bourgmestres. Une ann&#233;e avant l'ind&#233;pendance, des Belges ont dit aux Lulua : &#171; si vous ne faites pas attention, vous serez domin&#233;s par les Baluba. &#187; Alors, les Lulua ont voulu se venger et prendre leur place. Ainsi, les troubles ont commenc&#233; et les Baluba sont rentr&#233;s au Kasa&#239; oriental. Moi, j'&#233;tais du c&#244;t&#233; des Baluba.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant l'ind&#233;pendance, nous disions : &#171; nous allons remplacer les Blancs, nous vivrons mieux, nous serons libres ! &#187;. Nous le pensions vraiment en &#233;coutant les politiciens : Lumumba, Kalonji, Kasa-Vubu, Tshombe. Avant, on n'y pensait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voulions avoir les places qu'occupaient les Blancs : administrateurs de territoires, commissaires de district, gouverneur&#8230; Les politiciens voulaient que les Belges partent et nous avons pens&#233; comme eux. A ce moment, je m'int&#233;ressais &#224; la politique et je croyais qu'ils disaient la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8230; et arrive&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le jour de l'ind&#233;pendance, j'ai &#233;cout&#233; les discours de Lumumba et de Kasa-Vubu &#224; la radio, chez moi, &#224; Elisabethville. Ces discours me captivaient, j'&#233;tais tr&#232;s heureux. Nous avons chant&#233;, dans&#233;, nous &#233;tions contents de sortir de l'esclavage des Belges, du colonialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinq jours apr&#232;s l'ind&#233;pendance, la Force Publique s'est r&#233;volt&#233;e. Elle &#233;tait dirig&#233;e par le g&#233;n&#233;ral Janssens, un Blanc. On m'a racont&#233; qu'il avait dit aux soldats : &#171; Avant l'ind&#233;pendance = apr&#232;s l'ind&#233;pendance ! &#187;. Alors, des r&#233;voltes ont &#233;clat&#233; et les Belges ont parfois &#233;t&#233; attaqu&#233;s par les militaires. Cela a &#233;t&#233; la d&#233;bandade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Blancs avaient peur et fuyaient avec toutes leurs affaires pour aller en Zambie. Quand je les ai vus avec leurs matelas, leur famille, j'ai regrett&#233;, j'ai eu piti&#233;. Je me suis demand&#233; pourquoi ils partaient. J'aurais eu envie que les colons et les commer&#231;ants restent et que les gens de l'administration coloniale s'en aillent. Les colons auraient pu rester avec nous pour d&#233;velopper le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Katanga, je n'ai pas vu de violences &#224; l'&#233;gard des Blancs, contrairement &#224; ce qui s'est pass&#233; &#224; L&#233;opoldville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, des troupes belges de la base militaire de Kamina sont arriv&#233;es au centre-ville d'Elisabethville pour ma&#238;triser les militaires de la Force Publique et assurer la s&#233;curit&#233; des Blancs. Mais &#224; l'ext&#233;rieur de la ville, dans la cit&#233; o&#249; je vivais, il y a eu des pillages de Congolais dans les fermes des Blancs, les pharmacies. Certains ont profit&#233; du d&#233;part des Blancs. Quand les administrateurs blancs sont partis, leurs rempla&#231;ants congolais ont occup&#233; leurs maisons.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;S&#233;cession du Katanga et fuite au Kasa&#239;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Onze jours apr&#232;s, Tshombe a d&#233;clar&#233; l'ind&#233;pendance du Katanga. Il a &#233;t&#233; influenc&#233; et aid&#233; par des Belges. La plupart &#233;tait rest&#233; car le Katanga &#233;tait une province mini&#232;re tr&#232;s riche. A ce moment-l&#224;, m&#234;me le commissaire de police &#233;tait encore un Belge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai mal v&#233;cu cela car les Katangais voulaient nous chasser. Certains sont all&#233;s se r&#233;fugier aupr&#232;s des troupes de l'ONU appel&#233;es &#224; l'aide par Lumumba. J'avais peur que les Katangais viennent m'agresser. Alors je suis retourn&#233; dans mon village natal, au Kasa&#239;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'y suis arriv&#233;, il y avait aussi des troubles du fait de la s&#233;cession du Sud-Kasa&#239; men&#233;e par Albert Kalonji. J'ai d&#251; vivre quelques jours en brousse avec mes enfants pour me prot&#233;ger. Les Baluba se battaient contre les quatre autres tribus du Kasa&#239; oriental pour obtenir le pouvoir. Il y a eu beaucoup de violence, des t&#234;tes coup&#233;es&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les missionnaires protestants m'ont propos&#233; d'&#234;tre directeur de leur &#233;cole primaire. Ils n'avaient pas &#233;t&#233; inqui&#233;t&#233;s pendant les troubles car ils &#233;taient amis avec toutes les tribus. Un jour, j'ai &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; par les militaires de Kalonji mais les missionnaires sont intervenus et j'ai &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions en juillet 1960. Il y avait des troubles partout et j'ai vraiment pris conscience que les politiciens nous avaient tromp&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une histoire avec des aspects positifs et n&#233;gatifs &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Avec le recul je pense que nous n'&#233;tions pas form&#233;s pour l'ind&#233;pendance. Au Kasa&#239;, il n'y avait pas d'&#233;coles sup&#233;rieures ni d'&#233;coles de m&#233;tiers. Il aurait fallu garder un moment les coloniaux avec nous pour apprendre d'eux. En Zambie, la population a travaill&#233; un certain temps avec les Blancs apr&#232;s l'ind&#233;pendance et cela s'est mieux pass&#233; car ils &#233;taient mieux form&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la colonisation, les Belges ont permis de d&#233;velopper la civilisation, les &#233;coles, les routes, des voies de communication. Mais les Congolais ont aussi beaucoup apport&#233; aux Belges : du travail gratuit, des &#339;ufs, du bois, ... Cela a aid&#233; les Belges &#224; ne pas d&#233;penser ! Les Congolais ont particip&#233; &#224; la construction d'un nouveau Congo, surtout dans les soci&#233;t&#233;s mini&#232;res du Katanga.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, un grand nombre de Belges se croient encore sup&#233;rieurs aux Noirs, ils ne vous laissent pas entrer dans leur maison. Il faut que les Belges se souviennent de leur pass&#233;. Je trouve bien qu'il y ait une place Lumumba afin de se rappeler que les Congolais ont voulu l'ind&#233;pendance. C'est une histoire dont il faut se souvenir, avec les aspects positifs et n&#233;gatifs. Il faut en parler, l'enseigner dans les &#233;coles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce t&#233;moignage fait partie du livre &#034;Congo belge, m&#233;moires en noir et blanc&#034;, 1945-1960, &#233;dit&#233; aux Editions Weyrich. Il ne peut pas &#234;tre reproduit sans l'autorisation de l'&#233;diteur.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un Noir au pays des Blanches (Am&#233;lie)</title>
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		<dc:date>2020-05-14T08:37:24Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sylvie (A&amp;T)</dc:creator>


		<dc:subject>Colonisation</dc:subject>
		<dc:subject>Racisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Et voil&#224;, j'avais 20 ans en 1962, l'&#226;ge de tous les r&#234;ves ! Les &#034;trente glorieuses&#034; ! Et pour f&#234;ter &#231;a, je re&#231;ois la &#171; permission &#187; de faire une petite &#171; boum &#187; &#224; la maison, &#187;, on disait une &#171; surprise party &#187; mais elle n'&#233;tait pas si surprise que &#231;a, j'avais lanc&#233; des invitations &#233;crites, en fille de bonne famille ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous &#233;tions une quarantaine, tout s'est bien pass&#233;, rideau ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais pas tout &#224; fait, car voil&#224; qu'aux petites heures, une de mes invit&#233;es me chuchote &#224; l'oreille : &#171; Mais, Am&#233;lie, tu te rends compte, (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L144xH150/arton1200-69178.jpg?1780044266' width='144' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Et voil&#224;, j'avais 20 ans en 1962, l'&#226;ge de tous les r&#234;ves ! Les &#034;trente glorieuses&#034; ! Et pour f&#234;ter &#231;a, je re&#231;ois la &#171; permission &#187; de faire une petite &#171; boum &#187; &#224; la maison, &#187;, on disait une &#171; surprise party &#187; mais elle n'&#233;tait pas si surprise que &#231;a, j'avais lanc&#233; des invitations &#233;crites, en fille de bonne famille !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions une quarantaine, tout s'est bien pass&#233;, rideau !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pas tout &#224; fait, car voil&#224; qu'aux petites heures, une de mes invit&#233;es me chuchote &#224; l'oreille : &#171; Mais, Am&#233;lie, tu te rends compte, tu invites ici un Noir, tu imagines si&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, oui, j'imagine si&#8230;oui, si doux J&#233;sus, une de mes invit&#233;es tombait amoureuse... pire, enceinte... et encore, des petits &#034;caf&#233; au lait&#034; &#224; la cl&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais enfin, le gars est sympa, il est l&#224; avec quelques &#233;tudiants de son cours, oui, il est Rwandais, y a mal &#224; &#231;a ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; le reflet de l'esprit d'une &#233;poque qui fut celle de ma jeunesse heureuse et&#8230;prot&#233;g&#233;e !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Marcel, un parcours de migration (Congo)</title>
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		<dc:date>2018-04-17T12:44:12Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Colonisation</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration subsaharienne et descendants</dc:subject>
		<dc:subject>Racisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Extrait de &#034;Nous racontons notre vie&#034;, &#224; la Maison des Femmes de Molenbeek, 2016-2017 &lt;br class='autobr' /&gt;
Enfance &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis n&#233; en 1944 &#224; Matadi au Congo, &#224; l'&#233;poque coloniale. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai trois fr&#232;res et une s&#339;ur. Je suis le 2&#232;me gar&#231;on. Mes parents ont divorc&#233; quand j'avais 5 ans. Cela a cr&#233;&#233; un grand d&#233;s&#233;quilibre dans la famille et m'a fort perturb&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Maman est devenue tr&#232;s autoritaire avec nous. Elle &#233;tait fort derri&#232;re nous. Elle ne voulait pas qu'on rate l'&#233;cole. Nous n'&#233;chappions pas &#224; la chicotte. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis all&#233; &#224; l'&#233;cole des (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot194" rel="tag"&gt;Immigration subsaharienne et descendants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot199" rel="tag"&gt;Racisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait de &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article1340' class='spip_in'&gt;&#034;Nous racontons notre vie&#034;&lt;/a&gt;, &#224; la Maison des Femmes de Molenbeek, 2016-2017&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enfance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233; en 1944 &#224; Matadi au Congo, &#224; l'&#233;poque coloniale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai trois fr&#232;res et une s&#339;ur. Je suis le 2&#232;me gar&#231;on. Mes parents ont divorc&#233; quand j'avais 5 ans. Cela a cr&#233;&#233; un grand d&#233;s&#233;quilibre dans la famille et m'a fort perturb&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maman est devenue tr&#232;s autoritaire avec nous. Elle &#233;tait fort derri&#232;re nous. Elle ne voulait pas qu'on rate l'&#233;cole. Nous n'&#233;chappions pas &#224; la chicotte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis all&#233; &#224; l'&#233;cole des Fr&#232;res des &#233;coles chr&#233;tiennes. Nous avions un uniforme blanc. Quand nous arrivions en retard &#224; l'&#233;cole, le fr&#232;re surveillant nous appliquait un coup de pied aux fesses, en ayant d'abord enduit ses chaussures d'un &#233;pais cirage noir. La trace laiss&#233;e sur le pantalon &#233;tait la garantie de la chicotte au retour &#224; la maison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez les Fr&#232;res, nous &#233;tions oblig&#233;s d'aller &#224; la messe tous les jours &#224; 6h du matin. Si on s'absentait, la punition &#233;tait in&#233;vitable. J'ai continu&#233; l'&#233;cole jusqu'en 4&#232;me secondaire. Plus tard, je suis all&#233; &#224; l'universit&#233; &#224; Kinshasa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Famille&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai tr&#232;s peu connu mes grands-parents. Le p&#232;re de ma m&#232;re vivait &#224; l'&#233;poque coloniale dans la province de l'Equateur. Ensuite il s'est &#233;tabli &#224; Matadi, le grand port du Bas-Congo. Il &#233;tait marin et voyageait beaucoup notamment en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A force de c&#244;toyer les blancs, il avait acquis leur mentalit&#233;. Sa mentalit&#233; avait &#171; blanchi &#187;. Il faisait r&#234;ver toute la famille. On voulait copier les blancs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; Matadi que mon p&#232;re a rencontr&#233; ma m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon grand-p&#232;re &#233;tait tr&#232;s exigeant, ma m&#232;re ne le supportait pas, elle avait &#233;t&#233; &#233;lev&#233;e en fille unique, g&#226;t&#233;e par son p&#232;re chez lequel elle se r&#233;fugiait &#224; chaque difficult&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mon grand-p&#232;re maternel est mort en mer au cours d'un naufrage en 1945.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon p&#232;re &#233;tait agent de l'Etat au minist&#232;re de la sant&#233;. Nous habitions une maison de fonction, ensuite mes parents ont achet&#233; leur maison. Nous faisions partie des &#171; &#233;volu&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Travail&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon p&#232;re &#233;tait assistant m&#233;dical, ma m&#232;re, monitrice de foyer ; elle apprenait aux femmes &#224; s'occuper du m&#233;nage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon ambition &#233;tait de poursuivre mes &#233;tudes. En fin de secondaire, des chefs d'entreprise venaient dans les classes rep&#233;rer les bons &#233;l&#233;ments. J'ai &#233;t&#233; rep&#233;r&#233; et j'ai d&#251; aller travailler, je ne pouvais pas refuser le contrat. Ma premi&#232;re exp&#233;rience de travail &#233;tait assez dure. C'&#233;tait en 1961. Je travaillais &#224; la douane du port de Matadi : on devait contr&#244;ler les exportations et importations de minerais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier jour a &#233;t&#233; tr&#232;s difficile pour moi, car au lieu de me retrouver dans les bureaux, j'ai &#233;t&#233; envoy&#233; au port, de nuit, avec la responsabilit&#233; de ne rien laisser passer. C'&#233;tait tr&#232;s dur car je devais passer toute la nuit dehors et il faisait froid. La responsabilit&#233; &#233;tait tr&#232;s importante. Ensuite, j'ai &#233;t&#233; envoy&#233; au service litige, service tr&#232;s p&#233;nible car il fallait contr&#244;ler tout ce qui n'avait pas &#233;t&#233; d&#233;clar&#233;. Je n'aimais pas travailler dans ce service. J'ai tenu le coup pendant quelques mois et j'ai &#233;t&#233; rapidement d&#233;sign&#233; comme responsable de tout l'import-export. C'&#233;tait une belle promotion dont mes parents &#233;taient tr&#232;s fiers. Moi aussi, j'&#233;tais tr&#232;s content. J'ai pass&#233; 9 ans &#224; la douane de Matadi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon premier salaire ? Je l'ai remis enti&#232;rement &#224; mes parents. Chez nous, c'est la tradition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1975, j'ai travaill&#233; pour la G&#233;camines (les mines du Katanga) au Congo et ensuite en Belgique. Les structures laiss&#233;es par les Belges au Congo continuaient &#224; fonctionner. C'&#233;tait la belle &#233;poque, au Congo. Je suis devenu directeur a.i. de la division diamants au Congo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si j'avais pu exercer un autre m&#233;tier ? Je serais devenu fr&#232;re religieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entre ici et l&#224;-bas&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1985, j'ai quitt&#233; le Congo pour la Belgique, afin de me former comme cadre pour la G&#233;camines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai eu difficile pour trouver un appartement ; on me demandait si j'&#233;tais de couleur &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, j'ai trouv&#233; quelque chose &#224; Louvain-La-Neuve mais je devais encore demander &#224; la commune pour avoir des papiers d'identit&#233; ; &#224; l'&#233;poque, c'&#233;tait le bourgmestre qui d&#233;cidait d'octroyer ou non ces papiers aux &#233;trangers ; c'&#233;tait la loi Gol. J'avais peur que le bourgmestre ne me les accorde pas ; finalement cela a march&#233; ! C'&#233;tait plus facile &#224; Ottignies et Louvain-La-Neuve car le milieu &#233;tudiant &#233;tait plus m&#233;lang&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai ensuite fait venir ma femme et mes enfants en Belgique dans le cadre du regroupement familial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'avais aucun probl&#232;me avec mes coll&#232;gues, on s'entendait tr&#232;s bien. Le probl&#232;me venait de mes sup&#233;rieurs qui craignaient que je prenne leur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1990, j'ai &#233;t&#233; oblig&#233; de rentrer au Congo. J'ai continu&#233; &#224; y travailler pour la G&#233;camines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec les ann&#233;es, les nouveaux responsables ont ruin&#233; la G&#233;camines. Plus rien ne fonctionnait normalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2000, on m'a mis &#224; la retraite, avec juste une indemnit&#233; de 3000 dollars. On m'a fait signer un papier, sans avoir le temps de le lire. Ce papier stipulait que je renon&#231;ais &#224; tout recours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre-temps, ma femme &#233;tait rentr&#233;e en Belgique pour un probl&#232;me de sant&#233;. Je l'ai rejointe d&#233;finitivement. Au Congo, on m'appelait le &#171; Belgicain &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Belgique, j'ai fait une demande de pension pour les quelques ann&#233;es o&#249; j'y ai travaill&#233;. Je l'ai obtenue facilement. Je b&#233;n&#233;ficie de la Grapa, indemnit&#233; de survie octroy&#233;e aux personnes de plus de 65 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Etre fille, femme, gar&#231;on, homme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ma famille, tous les enfants &#233;taient oblig&#233;s de faire des &#233;tudes, filles et gar&#231;ons mais les filles devaient aussi aider au m&#233;nage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans notre culture africaine, il est inconcevable que la fille ne soit pas capable d'assumer les t&#226;ches m&#233;nag&#232;res. La responsabilit&#233; en incombe &#224; la maman. M&#234;me quand il n'y a rien &#224; faire, la maman montre &#224; sa fille comment tenir un m&#233;nage. Et donc le matin avant d'aller &#224; l'&#233;cole, ma s&#339;ur devait nettoyer la maison et le soir, apr&#232;s l'&#233;cole, elle devait pr&#233;parer &#224; manger. Pendant ce temps, nous les 4 gar&#231;ons, on jouait au foot mais attention, on nous obligeait aussi &#224; faire la vaisselle et du repassage ; on devait p.ex. repasser notre uniforme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes parents &#233;taient tr&#232;s s&#233;v&#232;res pour les &#233;tudes de tous les enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai 5 gar&#231;ons et 2 filles. J'ai reproduit la s&#233;v&#233;rit&#233; de mes parents avec mes enfants. C'est ainsi que j'ai choisi dans quelle facult&#233; ils iraient &#224; l'universit&#233;. J'ai oblig&#233; ma fille &#224; choisir la m&#233;decine mais elle n'en &#233;tait pas capable, cela a &#233;t&#233; un probl&#232;me. Finalement, elle a chang&#233; et a choisi les math&#233;matiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les choses de l'amour chez nous, c'est tabou. Les parents nous disaient d'attendre que les &#233;tudes soient termin&#233;es. Jusque 18 ans, j'avais peur des parents : pas question de fr&#233;quenter les filles avant de travailler !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, j'ai ramen&#233; une fille &#224; la maison et ma m&#232;re nous a chass&#233;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on ramenait une fille &#224; la maison, c'est la maman qui devait juger si c'&#233;tait bien. Si la fille &#233;tait d'une autre r&#233;gion que l'Equateur, dont nous sommes originaires, la fille &#233;tait refus&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, je suis tomb&#233; amoureux d'une fille d'une autre r&#233;gion, j'ai pr&#233;sent&#233; la fille &#224; maman. Ma m&#232;re m'a dit : &#171; si ton p&#232;re apprend cela, ce sera terrible ! Si vous avez des enfants, ils ne seront jamais &#224; nous. &#187; J'ai rompu. J'en ai &#233;t&#233; malade &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis apr&#232;s, j'ai rencontr&#233; une autre fille, de l'Equateur, mais il fallait encore savoir si la famille &#233;tait convenable. J'ai pr&#233;venu ma m&#232;re : &#171; cette fois je n'accepterai pas votre refus ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une amie &#224; maman voulait me donner sa fille, les m&#232;res &#233;taient d'accord : je devais choisir mais j'ai tenu bon. Les m&#232;res entre elles se sont disput&#233;es &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis mari&#233; en 1968. Nous &#233;tions ignorants des choses de l'amour. Nous avons fait comme on pouvait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons eu 7 enfants : 5 gar&#231;ons et 2 filles. Ils sont tous universitaires. Bient&#244;t, je vais f&#234;ter mes 50 ans de mariage. J'en suis fier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Religion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'&#233;tais enfant, au Congo, la religion &#233;tait tr&#232;s importante. A la maternit&#233;, les s&#339;urs, faisaient tr&#232;s rapidement baptiser les nouveau-n&#233;s car sinon, ils &#233;taient des enfants du diable &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Eglise catholique &#233;tait dominante m&#234;me si l'Eglise protestante &#233;tait &#233;galement pr&#233;sente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes parents &#233;taient croyants et catholiques. Des pr&#234;tres venaient parler chez nous &#224; la maison. Avant de manger, chez nous, on &#233;tait oblig&#233; de faire le signe de croix. A l'&#233;cole, le cours le plus important &#233;tait le cours de religion catholique. Si tu n'&#233;tais pas bon dans ce cours, alors, tant pis pour toi, m&#234;me si tu &#233;tais bon dans les autres cours. Tous les jours, j'allais &#224; la messe avec les autres enfants &#224; 6h du matin. En primaire, c'&#233;tait obligatoire. Un moniteur v&#233;rifiait les pr&#233;sences. Si on ratait une messe, alors, on &#233;tait puni. Tout cela, &#231;a nous a marqu&#233; ! Je n'arrive pas &#224; changer. Des amis ont essay&#233; de m'entra&#238;ner dans une Eglise de R&#233;veil mais je ne m'y retrouvais pas. Dans une &#233;glise catholique, je suis chez moi, jusqu'&#224; aujourd'hui. C'est la m&#234;me chose pour mon &#233;pouse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, je lis presque tous les jours la Bible, c'est mon objet pr&#233;f&#233;r&#233;, elle m'accompagne partout. J'ai eu une enfance difficile avec des parents divorc&#233;s ; pour mon p&#232;re la messe &#233;tait sacr&#233;e. Durant ma jeunesse j'&#233;tais assez brutal, je n'acceptais aucune contrari&#233;t&#233;. A l'&#226;ge adulte j'ai compris que quelque chose me manquait, la Bible m'a aid&#233;, m'a appris beaucoup de choses. La Bible me donne beaucoup de solution aux probl&#232;mes de la vie, elle me donne la paix. C'est mon livre de chevet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'appartiens &#224; la &#171; Communaut&#233; Famille Chr&#233;tienne &#187;, rattach&#233;e &#224; l'Eglise catholique. Fond&#233;e par des Congolais, cette communaut&#233; a pris de l'ampleur d'abord au Congo, ensuite en Afrique mais aussi autre part et notamment en Belgique. On y lit la Bible et on l'interpr&#232;te par rapport au pr&#233;sent. Il y a beaucoup de spiritualit&#233; et des cours pour expliquer la Bible. Aujourd'hui, je pr&#234;che &#224; St Roch. Pour moi, quand je prie, J&#233;sus et Dieu sont l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai oblig&#233; mes enfants &#224; aller &#224; l'Eglise catholique. Maintenant, ils sont dans des Eglises de R&#233;veil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui je r&#234;ve de devenir un grand pr&#233;dicateur dans la Communaut&#233; de la Famille Chr&#233;tienne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'Allemagne et moi (Margarethe)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article942</link>
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		<dc:date>2012-11-26T12:37:06Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Raton Laveur</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre 40-45</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration europ&#233;enne et descendants</dc:subject>
		<dc:subject>Racisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Je suis n&#233;e en novembre 1945, dans une maternit&#233; situ&#233;e dans un faubourg de Mainz am Rhein. En raison du couvre-feu, ma maman partait tous les soirs &#224; bicyclette &#224; la maternit&#233; pour y passer la nuit. Mon papa &#233;tait prisonnier des soldats am&#233;ricains, quelque part au sud de l'Allemagne. Ils &#233;taient allemands et force m'est de constater que le sang qui coule dans mes veines est un m&#233;lange purement germain : hollandais, flamand&#8211;gantois, allemand. Durant mon enfance, l'appartenance au camp des vaincus a (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je suis n&#233;e en novembre 1945, dans une maternit&#233; situ&#233;e dans un faubourg de Mainz am Rhein. En raison du couvre-feu, ma maman partait tous les soirs &#224; bicyclette &#224; la maternit&#233; pour y passer la nuit. Mon papa &#233;tait prisonnier des soldats am&#233;ricains, quelque part au sud de l'Allemagne. Ils &#233;taient allemands et force m'est de constater que le sang qui coule dans mes veines est un m&#233;lange purement germain : hollandais, flamand&#8211;gantois, allemand.&lt;br class='autobr' /&gt;
Durant mon enfance, l'appartenance au camp des vaincus a pes&#233; bien lourd. C'est au cours d'un r&#233;cent s&#233;jour avec mon mari, dans le Harz en Allemagne que j'en ai pris r&#233;ellement conscience.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a 48 ans, dans le cadre des s&#233;jours de rencontres des jeunesses protestantes, j'avais d&#233;couvert cette r&#233;gion sauvage de l'Allemagne. J'avais pu concr&#232;tement y voir la s&#233;paration des deux Allemagnes. En effet, lors d'une promenade hivernale j'avais vu les barbel&#233;s et les miradors.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais surtout j'y avais rencontr&#233; de jeunes allemands, fiers de leur nationalit&#233; et nullement culpabilis&#233;s par les &#233;v&#232;nements de la guerre de 40-45. Ils regardaient devant eux et non en arri&#232;re. Malgr&#233; le fait que j'&#233;tais accompagn&#233;e de mon fianc&#233; de l'&#233;poque, Gabriel, j'avais re&#231;u des propositions masculines de Gunder : quitter la Belgique et revenir vivre dans ce qu'il appelait mon vrai pays. Malgr&#233; mes sentiments envers Gabriel, j'avais &#233;t&#233; tent&#233;e de tout quitter et de retourner chez moi car ce que me disait ce jeune homme me touchait au plus profond de moi-m&#234;me. Lors de ce s&#233;jour, j'ai, pour la premi&#232;re fois, pris conscience avec acuit&#233; que, lorsque j'&#233;tais en Allemagne, j'&#233;tais libre d'&#234;tre moi. Cela n'&#233;tait pas toujours le cas, &#224; l'&#233;poque, en Belgique.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, les propos de mon soupirant et de ses amis faisaient remonter des souvenirs p&#233;nibles de mon arriv&#233;e en Belgique et de mon enfance : interdiction de parler l'allemand dans les lieux publics, obligation de changer de pr&#233;nom (mon pr&#233;nom de naissance a une consonance trop germanique), injonction d'&#233;viter de parler des vacances en Allemagne, injonction d'oublier l'allemand. Il fallait cacher tant de choses, ne pas aborder certains sujets, voire ne pas parler de ses parents, de sa famille et parfois en avoir honte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par ailleurs, lorsque nous &#233;tions en vacances en Allemagne, notre oncle Karl, le fr&#232;re de ma m&#232;re, nous poussait &#224; nous montrer fiers d'&#234;tre allemands. Quelle dualit&#233; : en Allemagne je me sentais bien, j'&#233;tais fi&#232;re et de retour en Belgique je devais me taire, ne pas raconter, ne pas parler allemand.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En grandissant, c'&#233;tait pire. En effet, apr&#232;s avoir quitt&#233; l'&#233;cole primaire communale de la rue de Bordeaux, mes parents m'ont inscrite dans un lyc&#233;e bruxellois parce que ma tante y avait fait ses humanit&#233;s. J'y rejoignais ma s&#339;ur. C'est dans cet &#233;tablissement scolaire que j'ai d&#233;couvert la haine. Pire, la haine d'un adulte, la haine froide et m&#233;chante pour un enfant.&lt;br&gt;
La proviseur s'appelait Mme L. D&#232;s le premier jour, j'ai senti dans son regard, dans sa fa&#231;on de me parler que quelque chose n'&#233;tait pas normal. Grande, mince, les cheveux gris coup&#233;s courts, le regard froid, la voix tout aussi glaciale, elle m'a, un matin d'automne, appel&#233;e dans son bureau. Elle m'a annonc&#233; que toute ma classe participait &#224; une c&#233;r&#233;monie au soldat inconnu mais, qu'&#233;tant donn&#233; mes origines, je n'y participerais pas car cela aurait &#233;t&#233; ind&#233;cent.&lt;br&gt;
Je ne comprenais pas bien. En parler &#224; la maison &#233;tait exclu. C'est donc ma s&#339;ur qui m'a &#233;clair&#233;e. Comme nos parents &#233;taient allemands pendant la guerre, nous devions assumer leur faute. Oui mais laquelle ? Les camps de concentration ? J'ignorais ce dont il s'agissait. Ma s&#339;ur m'a &#233;clair&#233;e. Nos parents avaient-ils particip&#233; &#224; cela ? Mon oncle aussi ?&lt;br&gt;
C'est ma grand-m&#232;re (Oma) qui m'a expliqu&#233; quelques ann&#233;es plus tard lors d'un s&#233;jour &#224; la No&#235;l. Oma d&#233;testait Hitler et n'&#233;tait pas d'accord avec les choix nationalistes de son fils. Mais elle comprenait les difficult&#233;s pour les jeunes de s'opposer et leurs int&#233;r&#234;ts pour tout ce que cette politique de propagande leur offrait : du sport, l'acc&#232;s &#224; la culture, des vacances&#8230; Ce dont ils n'auraient jamais pu b&#233;n&#233;ficier autrement. Elle d&#233;testait de voir ses enfants en uniforme de la jeunesse hitl&#233;rienne. Elle avait peur pour eux. Elle m'a expliqu&#233; que lorsque mon oncle Karl &#233;tait jeune il croyait qu'Hitler avait rendu l'honneur &#224; l'Allemagne et qu'il avait &#233;t&#233; fier de se battre pour son pays. Elle m'a aussi racont&#233; les bombardements, les souffrances de la population, les l&#226;chet&#233;s et les actes de courage.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, mais les camps ? &#187; &lt;br&gt;
Elle savait que des personnes &#233;taient arr&#234;t&#233;es et disparaissaient. Qu'il y avait des camps, mais pour elle c'&#233;tait des camps de travail et pas d'extermination. Elle m'a expliqu&#233; qu'apr&#232;s la guerre lorsque des informations &#233;taient donn&#233;es sur les camps, elle n'y croyait pas car cela lui semblait inconcevable. Et puis, me disait-elle, tant durant la guerre qu'apr&#232;s, chacun &#233;tait en situation de survie et s'occupait d'assurer les besoins &#233;l&#233;mentaires de ses proches. Cela mobilisait toute l'&#233;nergie. Elle m'a racont&#233; que ma m&#232;re et ma tante allaient voler du charbon, qu'elles roulaient des kilom&#232;tres &#224; v&#233;lo pour vendre des tabliers et ramener des l&#233;gumes et cela au p&#233;ril de leur vie.&lt;br&gt;
&#171; Oui, lui dis-je, mais cela ne justifie rien &#187;.&lt;br&gt;
Ma grand-m&#232;re, femme pragmatique m'a alors dit : &#171; Ce qui s'est pass&#233; est horrible et il ne faut jamais oublier que cela a &#233;t&#233; possible. Mais tu es jeune et tu dois regarder en avant et pas en arri&#232;re. Des horreurs, d'autres peuples en ont commis et en commettront encore. R&#233;fl&#233;chis &#224; ce que tu ferais si tu devais vivre dans un tel contexte. Tes parents ont particip&#233; &#224; la guerre chacun &#224; leur fa&#231;on, ton oncle &#233;tait dans les chars, ton p&#232;re dans la DCA, ta maman vous faisait vivre en travaillant et en tentant de vous prot&#233;ger lors des bombardements. Ils ont surv&#233;cu comme ils pouvaient mais ils sont toujours rest&#233;s humains. Ne l'oublie pas &#187;. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 14 ans, j'ai chang&#233; d'&#233;cole. Je n'ai plus &#233;t&#233; confront&#233;e &#224; la haine, mais parfois au rejet, en raison de mes origines.&lt;br&gt;
A plusieurs reprises, j'ai &#233;t&#233; tent&#233;e de retourner vivre en Allemagne. J'ai choisi de rester en Belgique, d'abord par amour pour Gabriel, et aussi parce que c'&#233;tait trop compliqu&#233; de recommencer une nouvelle vie avec un enfant.&lt;br class='autobr' /&gt;
En retournant dans le Harz il y a quelques mois, tous les souvenirs sont remont&#233;s &#224; la surface. J'ai &#233;t&#233; tr&#232;s &#233;mue par ce regard en arri&#232;re. Je me suis souvenue de la chanson de Goldmann &#171; Si j'&#233;tais n&#233; en 17 &#224; Leidenstadt &#187; . Je me suis souvenue des paroles de ma grand-m&#232;re et je me suis sentie sereine : j'ai la nationalit&#233; belge, je vis en Belgique, je m'y investis mais mon pays c'est l'Allemagne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Balthazar, mon b&#233;b&#233; noir (Danielle D.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article806</link>
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		<dc:date>2011-05-02T09:19:39Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Education hors &#233;cole</dc:subject>
		<dc:subject>Racisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Danielle D. vient de participer &#224; notre atelier-philo &#224; l'Espace Magh en compagnie d'&#233;l&#232;ves d'une classe de 5e primaire de St Josse et d'autres seniors d'Ages &amp; Transmissions. Voici le texte qu'elle propose &#224; notre lecture ... &lt;br class='autobr' /&gt;
Nagu&#232;re, en toute discr&#233;tion, Bon-Papa &#224; la barbe blanche s'entretint avec Saint Nicolas et lui souffla que plusieurs de ses petites-filles &#233;taient pr&#234;tes &#224; accueillir un nouvel enfant au sein de l'univers merveilleux de leurs poup&#233;es ch&#233;ries. Ainsi, par la chemin&#233;e, un petit (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Danielle D. vient de participer &#224; notre atelier-philo &#224; l'Espace Magh en compagnie d'&#233;l&#232;ves d'une classe de 5e primaire de St Josse et d'autres seniors d'Ages &amp; Transmissions. Voici le texte qu'elle propose &#224; notre lecture ...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nagu&#232;re, en toute discr&#233;tion, Bon-Papa &#224; la barbe blanche s'entretint avec Saint Nicolas et lui souffla que plusieurs de ses petites-filles &#233;taient pr&#234;tes &#224; accueillir un nouvel enfant au sein de l'univers merveilleux de leurs poup&#233;es ch&#233;ries. Ainsi, par la chemin&#233;e, un petit &#234;tre apparut &#224; Tournai et deux autres &#224; Bruxelles rendant rayonnantes leurs m&#232;res respectives Pitchounette, Danielle et Mich&#232;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce le grand Saint ou le grand-p&#232;re qui eut l'id&#233;e surprenante d'opter pour un b&#233;b&#233; noir ? En effet, &#224; l'&#233;poque, rares &#233;taient les &#233;trangers qui circulaient dans les villes belges. Et ceux de couleur &#233;taient encore plus exceptionnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, cet a&#239;eul avait, d'apr&#232;s mes vieux cousins, une propension &#224; l'originalit&#233;. Personnel, il aimait l'in&#233;dit, le curieux, le fantaisiste. Avec un tel caract&#232;re, auquel s'ajoutait une belle dose de tendresse, rien d'&#233;tonnant &#224; ce qu'il opte pour une poup&#233;e distincte du monde auquel ses petites-filles &#233;taient habitu&#233;es. Fine transmission d'une valeur peu bourgeoise, celle du non conformisme ! Comment ne pas &#234;tre touch&#233;e par ce geste ! Destin&#233; tr&#232;s certainement &#224; &#233;veiller le sens de la maternit&#233;, il transcendait cet aspect en proposant &#233;galement audace du neuf, rencontre dans la diff&#233;rence, solidarit&#233; entre les peuples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;v&#232;nement de la naissance, je m'en souviens comme si c'&#233;tait hier. &#194;g&#233;e d'&#224; peine 5 ans, je ne croyais d&#233;j&#224; plus &#224; la magie de Saint Nicolas mais j'&#233;tais toujours bien impatiente de d&#233;couvrir les tr&#233;sors accumul&#233;s sous la chemin&#233;e. Devant le nourrisson, mes yeux s'&#233;carquill&#232;rent de surprise, mes mains battirent de plaisir et mon c&#339;ur s'enfla d'un amour nouveau pour cette poup&#233;e qui me tendait &#233;nergiquement les bras. Je la re&#231;us d'embl&#233;e dans les miens, me sentant aussit&#244;t m&#232;re pour cet enfant &#233;trange, voire farfelu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s vite, je voulus lui trouver un nom. Mais il me fallait respecter son origine. Aussi je cherchai du c&#244;t&#233; des noms africains dont j'avais peu connaissance. Dans mes lectures, c'&#233;tait toujours des histoires d'animaux ou de Blancs. &#171; Tintin au Congo &#187; ne faisait pas encore partie de ma biblioth&#232;que. Tenace, j'ouvris tout l'&#233;ventail des possibles. La bible me sauva avec le r&#233;cit des Rois Mages. Ne dit-on pas de l'un d'eux qu'il avait la peau noire ? Ainsi mon b&#233;b&#233; fut appel&#233; Balthazar du nom de ce roi oriental qui suivit l'&#233;toile &#224; travers le d&#233;sert et les palmeraies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce gros poupon, je l'ai choy&#233;. Vraiment ! Je l'ai lav&#233;, lang&#233;, habill&#233;, nourri, promen&#233;, berc&#233;. Rien ne lui manquait. Et il &#233;tait d'autant plus heureux que son jumeau, Melchior, passait beaucoup de temps avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vint un jour o&#249;, cas exceptionnel, on put amener &#224; l'&#233;cole un de ses jeux favoris pour f&#234;ter la fin de l'ann&#233;e scolaire. Sans h&#233;sitation, je d&#233;cidai de prendre avec moi Balthazar et sa poussette. Quoique les parents trouvaient ce choix peu propice, je ne d&#233;mordis gu&#232;re de celui-ci. En franchissant le seuil de la grande porte bois&#233;e de mon institut, fiert&#233; et joie se m&#234;laient en moi. Mais quelle d&#233;convenue quand je saisis le contenu de quelques chuchotements ou la taquinerie d'une compagne plus hardie &#224; propos de cette poup&#233;e venue d'ailleurs ! Je d&#233;couvris alors que sortir de la norme pouvait provoquer un bien bel inconfort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant loin d'&#234;tre t&#233;tanis&#233;e, je r&#233;it&#233;rai l'exp&#233;rience en rue ou dans les parcs. Plus d'une fois, je fus abasourdie par les commentaires entendus. &#171; Beh ! Une poup&#233;e noire ! &#187; Ou &#171; Dr&#244;le, un enfant noir pour une petite fille toute blanche ! &#187; Aucune de ces remarques n'amoindrirent mon affection pour Balthazar. Par contre, elles m'inqui&#233;t&#232;rent quant &#224; la bienveillance de tout un chacun. Peu &#224; peu, je d&#233;couvris ainsi que la diff&#233;rence pouvait &#234;tre mena&#231;ante et j'appris, bien malgr&#233; moi, que si le monde offrait de nombreuses variantes, beaucoup pr&#233;f&#233;raient vivre dans la s&#233;curit&#233; d'un univers homog&#232;ne sans foss&#233; de classe ou de race.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s des ann&#233;es de laisser pour compte, je sortis Balthazar du placard. Ou plus exactement je suis all&#233;e chercher la poup&#233;e faite d'un heureux m&#233;lange de Balthazar et Melchior chez ma frangine. En effet, des restes de l'une et l'autre, un artiste composa une nouvelle merveille. Une premi&#232;re fois, ce fut pour f&#234;ter un important anniversaire, occasion d'&#233;voquer quelques solides souvenirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une seconde fois, ce fut ce matin. Mon poupon emball&#233; dans un sac indien en coton chamarr&#233;, une sorte de couffin &#224; tirette, je le mis sous le bras et pris le m&#233;tro. Une grande premi&#232;re pour ce b&#233;b&#233; de 58 ans. Au c&#339;ur de la ville, je descendis et, avec mon pr&#233;cieux paquet, j'arrivai &#224; l'Espace Magh'. L&#224; une classe de 5&#232;me primaire attendait, avec leur institutrice, l'animateur philosophe et quelques dames du 3&#232;me &#226;ge. Bel &#233;chantillon de ce qu'est devenue notre ville : cosmopolite &#224; souhait. Des enfants venus de Roumanie, Pologne, Arm&#233;nie, Turquie, Albanie, Maroc, Congo, Rwanda s'appr&#234;taient &#224; questionner, s'&#233;couter et &#233;changer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dames plus &#226;g&#233;es lanc&#232;rent le d&#233;bat avec une photo, un objet, une histoire. Quand vint mon tour, je sortis une photo toute jaunie o&#249; je promenais mon Balthazar en poussette. Je donnai la date du clich&#233;, soit 16 ao&#251;t 1953. Je narrai alors l'histoire de cette poup&#233;e : son arriv&#233;e, le choix de son nom, mes sorties en rue ou ailleurs et la surprise des gens que je croisais face &#224; ce b&#233;b&#233; noir confi&#233; &#224; une fillette blanche. Je rappelai qu'&#224; cette &#233;poque, la pr&#233;sence des &#233;trangers dans la ville &#233;tait inhabituelle. Cerise sur le g&#226;teau : Je saisis mon sac, ouvris la tirette et pris tout doucement l'enfant dont je venais de parler. L'accueil fut unanimement positif. Exclamations d'&#233;tonnement et de joie se m&#234;l&#232;rent. Chacun voulait porter la poup&#233;e pour la voir de plus pr&#232;s. Sans maugr&#233;er, Balthazar fit le tour des genoux de chaque &#233;l&#232;ve. Les uns le caress&#232;rent, les autres le d&#233;culott&#232;rent pour v&#233;rifier son sexe, les troisi&#232;mes gratouill&#232;rent ses cheveux fris&#233;s, les derniers le berc&#232;rent tendrement. Ravi, le nourrisson se laissait faire. Tout aussi ravie, sa m&#232;re souriait, heureuse du succ&#232;s de son petit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis vint l'heure des questions. Sans aucun doute la plus importante fut celle qui pointa la r&#233;action des personnes face &#224; la couleur de la poup&#233;e. Le concept de racisme fut sugg&#233;r&#233;. De profondes r&#233;flexions &#233;man&#232;rent de cette interrogation. Des enfants ont exprim&#233; le droit &#224; la diff&#233;rence, d'autres l'importance du respect. D'autres encore parlaient d'&#233;galit&#233; entre les hommes. J'ai &#233;t&#233; tr&#232;s touch&#233;e d'entendre ces jeunes &#233;coliers issus de l'immigration, sans grandes ressources, affirmer que nul ne pouvait &#234;tre trait&#233; en esclave. En toute simplicit&#233;, avec des mots parfois escamot&#233;s, ces enfants se sont hiss&#233;s &#224; hauteur d'homme en pr&#244;nant des valeurs essentielles. Balthazar, assis au milieu d'eux tous, &#233;coutait avec calme tandis que sa m&#232;re lui rendait gr&#226;ce d'&#234;tre l&#224; tout en lan&#231;ant un clin d'&#339;il &#224; son grand-p&#232;re qui, de loin, favorisait une rencontre inaccoutum&#233;e mais pr&#233;cieuse, celle de l'interg&#233;n&#233;rationnel et de l'interculturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce XXI&#232;me si&#232;cle bien entam&#233;, je pus ainsi constater la germination des semences du si&#232;cle pr&#233;c&#233;dent. Qu'en sortira-t-il dans quelques ann&#233;es ? Je nourris le secret espoir qu'un bouquet de fleurs multicolores puisse s'&#233;panouir et r&#233;pandre, autour de lui, un parfum si doux qu'il donnera &#224; tous les hommes de bonne volont&#233; l'envie de bien vivre ensemble. Dans la ville et au-del&#224; des fronti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 28 avril 2011&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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