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	<title>Ages et transmissions</title>
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	<description>Cr&#233;&#233;e en 97, Ages et Transmissions est une asbl pluraliste bruxelloise permettant aux a&#238;n&#233;s de jouer un r&#244;le actif dans la soci&#233;t&#233;. Elle est reconnue comme organisme d'&#233;ducation permanente par la F&#233;d&#233;ration Wallonie-Bruxelles.</description>
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		<title>Ages et transmissions</title>
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		<title>C'&#233;tait mieux avant&#8230;&#224; Palerme. (Lidia R.)</title>
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		<dc:subject>Immigration europ&#233;enne et descendants</dc:subject>
		<dc:subject>Voyages</dc:subject>

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&lt;p&gt;Extrait de &#034;Nous &#233;crivons notre vie&#034; 2023-25 &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis n&#233;e &#224; Palerme o&#249; j'ai v&#233;cu mes plus belles ann&#233;es d'enfant jusqu'&#224; l'&#226;ge de 8 ans. Puis j'ai habit&#233; successivement en France, en Angleterre et une quarantaine d'ann&#233;es en Allemagne avant de venir m'installer &#224; Bruxelles. &lt;br class='autobr' /&gt;
Chaque pays a &#233;t&#233; un enrichissement personnel. En France, j'ai fait toutes mes &#233;tudes et obtenu des dipl&#244;mes universitaires. J'ai appris &#224; parler et &#224; penser comme les Fran&#231;ais. Et personne, dans ce pays, n'a imagin&#233; un seul instant que je (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot171" rel="tag"&gt;Voyages&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait de &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article1404' class='spip_in'&gt;&#034;Nous &#233;crivons notre vie&#034;&lt;/a&gt; 2023-25&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je suis n&#233;e &#224; Palerme o&#249; j'ai v&#233;cu mes plus belles ann&#233;es d'enfant jusqu'&#224; l'&#226;ge de 8 ans. Puis j'ai habit&#233; successivement en France, en Angleterre et une quarantaine d'ann&#233;es en Allemagne avant de venir m'installer &#224; Bruxelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque pays a &#233;t&#233; un enrichissement personnel. En France, j'ai fait toutes mes &#233;tudes et obtenu des dipl&#244;mes universitaires. J'ai appris &#224; parler et &#224; penser comme les Fran&#231;ais. Et personne, dans ce pays, n'a imagin&#233; un seul instant que je venais d'ailleurs. De l'Angleterre, o&#249; je ne suis rest&#233;e que deux ans, j'ai gard&#233; le go&#251;t des afternoon tea avec scones et du british breakfeast et la nostalgie des magnifiques jardins fleuris des Colleges. C'est l&#224; que j'ai rencontr&#233; mon futur mari qui m'a propos&#233; de d&#233;couvrir son pays. Je l'ai suivi en Allemagne, o&#249; je ne comptais rester que deux ans, le temps d'am&#233;liorer mes connaissances scolaires de sa langue. &#192; Br&#234;me, j'ai d&#233;couvert la culture, l'allemand du quotidien et les Br&#234;mois, plut&#244;t moroses, froids et renferm&#233;s dans un premier temps, mais se montrant tr&#232;s vite hospitaliers, chaleureux et serviables. J'ai fr&#233;quent&#233; l'universit&#233; &#034;Rouge&#034; si d&#233;cri&#233;e &#224; ses d&#233;buts et j'y ai m&#234;me enseign&#233; de longues ann&#233;es. J'ai mis au monde deux enfants mi- allemands, mi- fran&#231;ais avec une touche de sicilien tr&#232;s marqu&#233;e. Je n'ai pas r&#233;ussi ces exploits en deux ans, &#233;videmment. Il m'a fallu beaucoup plus de temps. Et maintenant j'habite &#224; Bruxelles depuis bient&#244;t 6 ans. C'est une ville cosmopolite o&#249; chaque personne peut y trouver sa place si elle veut s'int&#233;grer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, c'est toujours la Sicile qui fait battre mon c&#339;ur. Pourquoi reste-t-on attach&#233; &#224; son pays de naissance ? C'est la question que je me pose et &#224; laquelle je ne trouve pas de r&#233;ponse. Pourquoi cet attachement irrationnel ? &#201;videmment, il y a les souvenirs d'enfance. Une enfance heureuse et sereine malgr&#233; l'ombre de la mafia en arri&#232;re-fond. Il y a le ciel toujours bleu et un soleil ind&#233;fectible, la mer o&#249; aller se rafra&#238;chir en &#233;t&#233; et les pique-niques en for&#234;t. Il y a le bonheur d'appartenir &#224; une communaut&#233;, &#224; un quartier, &#224; une rue. On est des Palermitains parmi d'autres Palermitains. On a sa place dans cette ville. C'est une &#233;vidence. On parle tous le sicilien. Et aussi l'italien, plus ou moins bien, suivant notre niveau d'&#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, je parle couramment l'italien et moins bien le sicilien. Et m&#234;me beaucoup de jeunes Siciliens ne le parlent plus du tout. L'anglais s'est impos&#233; pour communiquer avec le reste du monde. C'est parfait. Mais pourquoi renoncer &#224; une partie de son identit&#233; ? Moi, je comprends encore tr&#232;s bien cette langue que certains d&#233;gradent au rang de dialecte. Et lorsque, dans les quartiers populaires de Palerme, j'entends des gens s'exprimer en sicilien, mon c&#339;ur bondit de joie. Je retrouve les sonorit&#233;s famili&#232;res de mon enfance, je suis &#224; nouveau la petite fille d'autrefois accompagnant sa m&#232;re au march&#233; ou suivant les instructions que son p&#232;re donne &#224; ses ouvriers. Je revois mon grand-p&#232;re nous offrant le fameux pupazzo en sucre &#224; la Toussaint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que du bonheur, loin des tracas des adultes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque fois que je retournais &#224; Palerme, je retrouvais la ga&#238;t&#233; et l'insouciance de mes jeunes ann&#233;es. &#192; mon retour dans mon pays d'adoption, mes proches constataient avec &#233;tonnement mon plaisir de raconter ma ville. Je parlais du soleil, de la promenade en bord de mer, des collines encerclant la ville, des d&#233;licieux pane e panelli et arancini achet&#233;s dans des kiosques sommaires, des gens assis aux terrasses des caf&#233;s &#224; l'ombre de parasols g&#233;ants et ceux, install&#233;s devant leur maison, toujours pr&#234;ts &#224; tailler la bavette &#224; un passant ou &#224; un voisin. Et surtout, surtout, le plaisir de respirer les odeurs fortes et persistantes de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'odeur de la sauce tomates &#224; l'heure du d&#233;jeuner dans les rues &#233;troites du centre ; l'odeur du caf&#233; et des p&#226;tisseries &#224; la ricotta d&#232;s le matin &#224; proximit&#233; des bars ; que dire de l'odeur qu'exhalent les olives &#233;rig&#233;es en pyramides et piquet&#233;es de fleurs comestibles, des fruits et l&#233;gumes de saison savamment mis en sc&#232;ne pour attirer le regard du chaland ? Les march&#233;s de Palerme sont r&#233;put&#233;s pour leur c&#244;t&#233; pittoresque. Les vendeurs prisent leurs marchandises &#224; tue-t&#234;te en faisant des jeux de mots. Et c'est &#224; qui criera le plus fort. Les m&#233;nag&#232;res t&#226;tent avec m&#233;fiance fruits et l&#233;gumes avant de se d&#233;cider, les gamins traversent en vespa les all&#233;es &#233;troites entre les &#233;talages, sans que personne ne s'en offusque. C'est de l'agitation constante. &#199;a parle, &#231;a bouge, &#231;a crie, &#231;a rit sans cesse. C'est la vie sous une lumi&#232;re &#233;blouissante !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, bien vite le ciel gris, le froid nordique et le manque de luminosit&#233; m'engourdissaient. La parenth&#232;se lumineuse se refermait jusqu'au prochain s&#233;jour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre, j'ai pass&#233; dix jours &#224; Palerme avec mes fr&#232;res. Retour aux sources, ai-je pens&#233;. J'esp&#233;rais quoi ? Retrouver un peu de l'&#233;blouissement de mes pr&#233;c&#233;dents s&#233;jours. J'&#233;tais dans l'attente, l'expectative de retrouver la ville que j'avais laiss&#233;e trois ans auparavant. Erreur ! Palerme avait chang&#233;. Le centre n'appartient plus &#224; ses habitants, mais aux touristes, arriv&#233;s en masse, en cohortes avides de consommation. Ils ont envahi les incomparables march&#233;s du centre et tu&#233; le commerce. Ils d&#233;filent en troupeaux serr&#233;s derri&#232;re leur guide et tiennent leur sac &#224; dos bien serr&#233;s sur leur poitrine. Le message est clair : &#171; on sait que vous &#234;tes tous des voleurs, mais vous n'aurez pas acc&#232;s &#224; mon bien. &#187; C'est vexant et humiliant pour les Siciliens qui ne sont pas tous malhonn&#234;tes. Ces m&#234;mes touristes s'extasient devant une aubergine ou une figue de barbarie. Ils photographient tout, mais n'ach&#232;teront rien. Alors, les marchands, si hauts en couleur d'autrefois, ont ferm&#233; boutique. &#192; leur place se sont install&#233;s des vendeurs de souvenirs et de babioles made in China. Deux larges avenues du centre historique qui ont vu au XVIIe si&#232;cle s'&#233;riger de magnifiques palais, des maisons de ma&#238;tre et, plus tard des magasins de mode, des glaciers, des bars et des restaurants &#233;l&#233;gants, sont devenues une zone pi&#233;tonne, il y a quelques ann&#233;es. La cons&#233;quence a &#233;t&#233; terrible pour les Siciliens. Tous les magasins, de v&#234;tements, de chaussures, de cuir, d'habits de f&#234;te et de travail ont disparu les uns apr&#232;s les autres. Ces rues se sont transform&#233;es en un vaste fast food. Les tables install&#233;es &#224; l'ext&#233;rieur accueillent une immense foule de touristes venus de l'&#233;tranger pour consommer ce qu'ils croient &#234;tre la nourriture typique de l'&#238;le. Ici, le touriste est roi. Il s'est appropri&#233; la rue et la pi&#233;tine &#224; son aise, conscient de ses pr&#233;rogatives. Il ne se g&#234;ne pas pour beugler une bonne partie de la nuit, se saouler, s'empiffrer et polluer. Un oncle de ma m&#232;re qui, jusque dans les ann&#233;es soixante, nous recevait dans son immense appartement de l'&#233;l&#233;gante via Maqueda (aujourd'hui rue pi&#233;tonne) ne pourrait plus vivre l&#224;, s'il &#233;tait encore en vie. Il devrait faire du coude &#224; coude avec cette horde de gens incivils pour arriver &#224; son immeuble. Quelle tristesse !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis en col&#232;re, frustr&#233;e et d&#233;&#231;ue face &#224; cette situation qui risque de perdurer. C'est le sort de beaucoup de belles villes : Venise, Barcelone et d'autres encore. Je le sais, mais cela ne me console pas. Les m&#233;dias, les vols low cost et les influenceurs incitent les gens &#224; aller pi&#233;tiner de nouveaux sentiers. Ces masses ne se d&#233;placent pas pour d&#233;couvrir l'histoire, la culture, la vie des pays qu'ils envahissent, ils viennent pour consommer et rien d'autre ne les int&#233;resse. Les ravages ne se feront sentir que dans quelques ann&#233;es. Et si quelques Palermitains s'enrichissent outrageusement avec les touristes, la plus grande majorit&#233; s'appauvrit et se voit expuls&#233;e de ses lieux de vie. La Sicile a toujours &#233;t&#233; envahie au cours de son histoire : les Ph&#233;niciens, les Grecs, les Arabes, les Normands, pour n'en citer que quelques-uns, sont venus s'installer sur l'&#238;le et l'ont enrichie de leurs cultures, connaissances et langues. Au Moyen &#194;ge, en Sicile, les lois &#233;taient &#233;dict&#233;es en trois langues : le latin, l'arabe et le grec. C'&#233;tait un lieu de culture, riche et florissant. Aujourd'hui, &#224; Palerme, les serveurs m'adressent la parole en anglais. Scandale ! Je ne suis pas touriste, moi ! Si ???&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Je me sens encore &#233;trang&#232;re en Belgique (Maria, portugaise)</title>
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		<dc:subject>Immigration europ&#233;enne et descendants</dc:subject>
		<dc:subject>Racisme</dc:subject>
		<dc:subject>Expatriation</dc:subject>
		<dc:subject>Colonisation</dc:subject>

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&lt;p&gt;Extrait de &#034;Nous racontons notre vie&#034; 2023-24 &lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sentation &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis n&#233;e en 1965, au Mozambique, une ancienne colonie portugaise. Je suis de nationalit&#233; portugaise. Je suis n&#233;e dans une voiture, une Coccinelle. Mes parents &#233;taient en promenade au bord de la mer lorsque j'ai d&#233;cid&#233; d'arriver au monde. Ma vie a connu beaucoup d'&#233;v&#233;nements compliqu&#233;s et tristes, beaucoup de changements. Je suis arriv&#233;e en Belgique en 2010 pour le travail et je me sens encore &#233;trang&#232;re ici. Je ressens de la confusion dans (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot188" rel="tag"&gt;Expatriation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot138" rel="tag"&gt;Colonisation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait de &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article1340' class='spip_in'&gt;&#034;Nous racontons notre vie&#034;&lt;/a&gt; 2023-24&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Pr&#233;sentation&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233;e en 1965, au Mozambique, une ancienne colonie portugaise. Je suis de nationalit&#233; portugaise. Je suis n&#233;e dans une voiture, une Coccinelle. Mes parents &#233;taient en promenade au bord de la mer lorsque j'ai d&#233;cid&#233; d'arriver au monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma vie a connu beaucoup d'&#233;v&#233;nements compliqu&#233;s et tristes, beaucoup de changements. Je suis arriv&#233;e en Belgique en 2010 pour le travail et je me sens encore &#233;trang&#232;re ici. Je ressens de la confusion dans mes souvenirs, car je manque de rep&#232;res familiaux.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Enfance&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;J'ai grandi au Mozambique jusqu'&#224; mes 10 ans. C'est gr&#226;ce &#224; des photos de famille faites par mon p&#232;re que je peux me souvenir de cette p&#233;riode, car, &#233;tonnamment, j'ai tr&#232;s peu de m&#233;moire de cela. D'apr&#232;s les photos, je vivais dans une famille soud&#233;e et bienveillante, dans le contexte colonial des ann&#233;es 1960. Mon p&#232;re a &#233;t&#233; mut&#233; plusieurs fois au Mozambique. D'apr&#232;s les photos, je suis all&#233;e &#224; l'&#233;cole chez les religieuses et aussi &#224; l'&#233;cole publique avec les enfants africains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment de l'ind&#233;pendance, en 1975, mes deux s&#339;urs et moi avons &#233;t&#233; envoy&#233;es, seules, au Portugal, car mes parents avaient tr&#232;s peur que quelque chose de grave nous arrive. On a log&#233; pendant 2 ann&#233;es dans des familles d'accueil, en &#233;tant s&#233;par&#233;es de nos parents. La premi&#232;re famille o&#249; je suis tomb&#233;e habitait &#224; la campagne, au nord-est du Portugal. C'&#233;tait une famille de grands propri&#233;taires terriens. Aujourd'hui, j'ai la nostalgie de cette nature et de la montagne, m&#234;me si je n'y ai v&#233;cu que quelques mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque mes parents sont revenus au Portugal, nous nous sommes retrouv&#233;s et avons v&#233;cu ensemble &#224; Lisbonne, mais nous &#233;tions devenus un peu des &#233;trangers les uns envers les autres. Ma m&#232;re est rapidement d&#233;c&#233;d&#233;e d'une maladie incurable. J'avais alors 13 ans.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;&#202;tre femme&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Mon adolescence s'est d&#233;roul&#233;e au Portugal, dans la p&#233;riode suivant la fin de la dictature de Salazar, &#224; un moment de changement de m&#339;urs. Pendant la dictature, la mentalit&#233; &#233;tait tr&#232;s conservatrice et la religion catholique tr&#232;s pr&#233;sente dans la vie des gens. Le r&#244;le social des femmes &#233;tait limit&#233;. Apr&#232;s la r&#233;volution, cela a &#233;t&#233; un changement global de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait d'habiter dans la capitale m'a permis d'&#234;tre plus libre. M&#234;me si mon p&#232;re &#233;tait plut&#244;t conservateur et ma grand-m&#232;re tr&#232;s stricte, le manque d'encadrement familial, d&#251; &#224; la mort de ma m&#232;re, m'a permis de choisir mon chemin. J'&#233;tais plut&#244;t intellectuelle, int&#233;ress&#233;e par la culture, et j'ai d&#233;cid&#233; que le mariage ne me convenait pas. En fait, je ne me suis jamais mari&#233;e, m&#234;me si j'ai v&#233;cu en couple plusieurs fois. Au contraire, mes s&#339;urs se sont mari&#233;es tr&#232;s t&#244;t et sont devenues m&#232;res rapidement.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Entre ici et l&#224;&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Nous avons beaucoup boug&#233; dans notre famille. Quand on d&#233;m&#233;nage, on gagne, on s'enrichit d'exp&#233;riences et on apprend d'autres modes de vie, mais on perd aussi beaucoup, on perd de son identit&#233; en en construisant une autre. On d&#233;veloppe un &#234;tre flou, et &#231;a, c'est douloureux. Les gens qui n'ont pas eu le m&#234;me genre de parcours ne comprennent pas. Moi, je me sens connect&#233;e avec les autres migrants du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai beaucoup souffert jeune, en arrivant au Portugal, apr&#232;s l'ind&#233;pendance des colonies. On subissait des pr&#233;jug&#233;s : en Afrique, on &#233;tait des Blancs, des colonisateurs et, au Portugal, on nous appelait &#171; retornados &#187;, cela correspond au terme &#171; Pieds-noirs &#187; en France. &#192; l'&#233;cole on &#233;tait harcel&#233;s, on &#233;tait bouscul&#233;s par les autres enfants. Et nous n'avions pas de parents pour nous soutenir, car nous vivions en familles d'accueil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Retornado &#187; signifie celui qui retourne, mais moi je ne retournais pas, car je suis n&#233;e en Afrique. C'&#233;taient plut&#244;t mes grands-parents et mes parents qui retournaient. On &#233;tait mal vus, car on avait &#233;t&#233; des exploitants. Il a eu aussi un grand choc culturel, car les gens arrivant des colonies avaient des habitudes tr&#232;s diff&#233;rentes de celles de Lisbonne. Aussi, le contexte de crise du pays, les grands changements politiques et historiques qui se produisaient &#224; cette &#233;poque ont &#233;t&#233; &#224; l'origine de beaucoup de tensions sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard en tant qu'adulte, en venant travailler au Luxembourg et en Belgique pour des raisons professionnelles, j'ai subi des exp&#233;riences qui m'ont fait bien sentir que je n'appartenais pas au pays &#171; d'accueil &#187; et &#231;a, c'est tr&#232;s dur. Or je suis une Europ&#233;enne. J'imagine que, pour les personnes d'autres continents, &#231;a doit parfois &#234;tre plus complexe et douloureux. En arrivant au Luxembourg en 2005 pour mon travail, j'ai compris que le Portugais &#233;tait per&#231;u comme quelqu'un de bas niveau, qui n'avait pas fait d'&#233;tudes et &#231;a m'a caus&#233; des difficult&#233;s. Un jour je suis all&#233;e chez le m&#233;decin et celui-ci ne croyait pas que j'&#233;tais portugaise : &#171; vous n'&#234;tes pas portugaise, car les Portugais n'ont pas les yeux bleus et ne sont pas blonds ! Vous avez &#233;tudi&#233;, vous &#234;tes mince et grande ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis consciente que je dois transformer ces exp&#233;riences en un atout, pour &#234;tre plus forte. Je n'y arrive pas encore. J'essaie de ne pas vivre uniquement dans un milieu d'immigr&#233;s. Cela me semble fig&#233;, on a des id&#233;es tr&#232;s &#171; clich&#233;s &#187; : la culture portugaise, ce n'est pas que le fado et les pasteis de nata. J'essaie de me lier &#224; plusieurs cultures et personnes et de les comprendre par le biais de la culture. &#199;a me permet de m'&#233;quilibrer et d'apprendre toujours plus. La litt&#233;rature, les arts plastiques, le cin&#233;ma, etc., sont des langages internationaux qui nous font comprendre le monde.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Fuir la dictature de Ceaucescu et aimer la Belgique (Cricrou)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1519</link>
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		<dc:date>2024-10-16T09:10:35Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Immigration europ&#233;enne et descendants</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Extrait de &#034;Nous racontons notre vie&#034; 2023-24 &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis n&#233;e en 1961, &#224; Prague, mais je suis roumaine. Je suis arriv&#233;e en Belgique &#224; 32 ans. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai grandi en Roumanie, durant la dictature de Ceausescu, mais, enfant, on ne sentait pas que c'&#233;tait la dictature. C'est &#224; l'adolescence que la vie est devenue tr&#232;s rude. &#192; la t&#233;l&#233;vision, il y avait beaucoup de chants patriotiques et de propagande. Il y avait de l'espionnage via les services secrets. Beaucoup d'opposants se retrouvaient en prison. On avait d&#233;m&#233;nag&#233; (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;Tranches de vie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot195" rel="tag"&gt;Immigration europ&#233;enne et descendants&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait de &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article1340' class='spip_in'&gt;&#034;Nous racontons notre vie&#034;&lt;/a&gt; 2023-24&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je suis n&#233;e en 1961, &#224; Prague, mais je suis roumaine. Je suis arriv&#233;e en Belgique &#224; 32 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai grandi en Roumanie, durant la dictature de Ceausescu, mais, enfant, on ne sentait pas que c'&#233;tait la dictature. C'est &#224; l'adolescence que la vie est devenue tr&#232;s rude. &#192; la t&#233;l&#233;vision, il y avait beaucoup de chants patriotiques et de propagande. Il y avait de l'espionnage via les services secrets. Beaucoup d'opposants se retrouvaient en prison. On avait d&#233;m&#233;nag&#233; dans un quartier o&#249; habitaient beaucoup de prisonniers qui sortaient de prison. On ne pouvait plus se grouper dans la rue. J'ai fait des cauchemars jusqu'&#224; mes 30 ans. L'hiver, il faisait moins de 20&#176;, il n'y avait pas de chauffage. Le gouvernement faisait des restrictions de gaz pour ne pas d&#233;pendre de la Russie. On avait tr&#232;s peu &#224; manger. Il y avait aussi beaucoup de viols et d'agressions dans la rue, la nuit, parce qu'il n'y avait pas d'&#233;lectricit&#233; et que les rues &#233;taient sombres et dangereuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; cause de cela que j'ai eu envie d'&#233;migrer. Ma s&#339;ur et moi, &#224; la r&#233;volution, avons obtenu un passeport, mais pas de visa. Plus tard, ma s&#339;ur a re&#231;u un visa de la Belgique et, lorsque j'ai eu 32 ans, je l'ai rejointe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai eu rapidement une tr&#232;s belle exp&#233;rience avec la Belgique. J'ai tout de suite travaill&#233; dans un bureau d'architecte. J'aime beaucoup la langue fran&#231;aise. En Belgique, je trouve une tol&#233;rance que j'aime beaucoup, je sens qu'il y a un int&#233;r&#234;t, une curiosit&#233; saine envers les autres cultures. Mon immigration m'a permis de conna&#238;tre d'autres personnes venues de diff&#233;rents pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui me manque, ce sont la langue et la cuisine de mon pays natal. Je ressens aussi un peu la nostalgie de la campagne de mon enfance. Un souvenir d'enfance marquant ? Quand nous passions les 3 mois de vacances d'&#233;t&#233; &#224; la campagne, chez la tante de ma m&#232;re. Je me souviens des rivi&#232;res, des collines et des cascades. On aidait &#224; la ferme, ma s&#339;ur et moi. On s'amusait avec les enfants du village. On allait &#224; la cueillette des framboises, des champignons et, &#224; la fin des vacances, nous rentrions &#224; la ville avec un grand panier rempli de fruits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je n'appr&#233;cie pas la mentalit&#233; de mon pays, la corruption et le machisme ambiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai plus personne en Roumanie, sauf quelques cousines. Mes parents, qui avaient &#233;migr&#233; en Hongrie, sont venus en Belgique &#224; la fin de leur vie et sont d&#233;c&#233;d&#233;s &#224; pr&#233;sent. Ici, je ne recherche pas la compagnie d'autres Roumains. Ils s'int&#233;ressent trop &#224; l'argent, me demandent combien je gagne. Je ne me sens pas proche d'eux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que je n'aime pas en Belgique ? Les longs mois de pluie !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Patricia, entre Tch&#233;quie, Congo et Belgique</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1488</link>
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		<dc:date>2023-10-17T13:40:40Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Immigration europ&#233;enne et descendants</dc:subject>
		<dc:subject>Femme, f&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Extrait de &#034;Nous racontons notre vie&#034; 2022-23 &lt;br class='autobr' /&gt;
Enfance et adolescence &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis n&#233;e en 1948, de parents tch&#232;ques. Mon grand-p&#232;re paternel &#233;tait chanteur &#224; l'op&#233;ra de Prague. C'&#233;tait un homme &#224; femmes. Mes parents venaient de deux familles nobles. Mon p&#232;re &#233;tait un intellectuel, ing&#233;nieur chimiste, un chef, un patriarche. Ma m&#232;re avait fait des &#233;tudes de droit, elle &#233;tait plus douce dans ses relations. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand il y a eu l'invasion russe, mon p&#232;re voulait quitter le pays pour fuir le communisme et rester un (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot148" rel="tag"&gt;Femme, f&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot166" rel="tag"&gt;Travail&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait de &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article1340' class='spip_in'&gt;&#034;Nous racontons notre vie&#034;&lt;/a&gt; 2022-23&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enfance et adolescence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233;e en 1948, de parents tch&#232;ques. Mon grand-p&#232;re paternel &#233;tait chanteur &#224; l'op&#233;ra de Prague. C'&#233;tait un homme &#224; femmes. Mes parents venaient de deux familles nobles. Mon p&#232;re &#233;tait un intellectuel, ing&#233;nieur chimiste, un chef, un patriarche. Ma m&#232;re avait fait des &#233;tudes de droit, elle &#233;tait plus douce dans ses relations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand il y a eu l'invasion russe, mon p&#232;re voulait quitter le pays pour fuir le communisme et rester un libre penseur. Ils se sont enfuis &#224; la fin de l'ann&#233;e 47 vers la Belgique. Mon p&#232;re est parti au Congo pour travailler pour l'Union mini&#232;re. Je suis n&#233;e l&#224;-bas. Je m'appelle Patricia. Mon pr&#233;nom de bapt&#234;me est Vlasta. Cela signifie la patrie. &#192; la commune, en Belgique, ils n'ont pas pu l'enregistrer, car il ne faisait pas partie du calendrier chr&#233;tien. Alors nous avons choisi Patricia, qui fait r&#233;f&#233;rence &#224; la patrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes revenus en Belgique quand j'avais 8 ans, car mon p&#232;re avait un cancer. Mon p&#232;re est d&#233;c&#233;d&#233; lorsque j'avais 11 ans, cela a &#233;t&#233; une exp&#233;rience traumatisante, je n'ai pas pu aller &#224; son enterrement, la famille a voulu me prot&#233;ger. Je n'ai pris conscience de sa mort que deux ans apr&#232;s. En rue, je courais apr&#232;s chaque homme pour voir si c'&#233;tait mon p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis all&#233;e &#224; l'&#233;cole au Sacr&#233;-C&#339;ur de Lindthout. Cela a &#233;t&#233; un choc, une exp&#233;rience traumatisante : comme j'&#233;tais gauch&#232;re, on m'attachait la main gauche dans le dos, car elle repr&#233;sentait la main du diable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un souvenir marquant ? A la mort de Papa, Ma maman n'a pas trouv&#233; de travail facilement. &#202;tre veuve avec 3 enfants n'a pas &#233;t&#233; facile pour elle. Elle a fini par trouver un travail chez un notaire. Moi, &#224; ce moment-l&#224;, je r&#234;vais d'avoir un appareil photo. Ma m&#232;re ne comprenait pas, elle me disait que c'&#233;tait un truc d'homme. Le jour de mes 16 ans, une grande bo&#238;te &#224; chaussures m'attendait. Quand je l'ai ouverte, il y avait un appareil photo Minolta &#224; l'int&#233;rieur. &#199;a a &#233;t&#233; le plus beau cadeau de ma vie. J'ai une m&#233;moire photographique et je voulais partager mes sensations, mes ressentis quand je prenais une photo. J'avais besoin de concr&#233;tiser les images que j'avais dans le cerveau et dans le c&#339;ur. Aujourd'hui, tout le monde a un appareil photo. &#192; l'&#233;poque cela coutait cher et il fallait r&#233;fl&#233;chir, &#233;conomiser, calculer ce qu'on prenait en photo. &#192; l'&#233;cole du Sacr&#233;-C&#339;ur, il ne fallait pas que je dise que je prenais des photos, car les s&#339;urs auraient pens&#233; que j'allais capter le diable, que j'&#233;tais narcissique. Cet appareil a &#233;t&#233; un cadeau tr&#232;s important pour moi, surtout dans le contexte de l'&#233;poque : une fille avec un appareil photo, une maman veuve, et le prix que cela co&#251;tait. La valeur des choses a chang&#233;, les enfants ne se rendent pas compte de ce que les parents investissent pour eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#202;tre femme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; &#233;lev&#233;e par une maman qui jouait les deux r&#244;les, puisque mon p&#232;re n'&#233;tait plus l&#224;. Elle &#233;tait tr&#232;s dure surtout avec les filles. Elle pr&#233;f&#233;rait mon fr&#232;re. Il m'a fallu trouver ma place dans ma famille, dans la soci&#233;t&#233;. Ma m&#232;re me responsabilisait beaucoup, je devais m'occuper de ma s&#339;ur qui n'&#233;tudiait pas bien et de mon fr&#232;re qui devait avoir ses chemises toutes pr&#234;tes. Je suis gu&#233;rie de tout &#231;a &#224; pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce qui concerne les choses de l'amour, on n'en parlait pas. Pour les gar&#231;ons, on disait : &#171; Le coq est l&#226;ch&#233;, les poules n'ont qu'&#224; faire attention. &#187;. Pour les filles, on disait &#171; N'embrasse jamais un gar&#231;on, tu vas finir enceinte ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; 16 ans, je suis tomb&#233;e amoureuse du copain de mon fr&#232;re. On ne faisait que se tenir la main. Mais un jour, il a voulu me montrer comment on embrassait et j'ai dit non. &#192; l'&#233;poque, c'&#233;tait un sujet tabou, un homme + une femme = un b&#233;b&#233;. On nous disait de ne pas embrasser un gar&#231;on pour ne pas nous embarquer vers un p&#233;ch&#233;. J'ai appris les choses de l'amour dans &#171; les livres interdits &#187;, j'arrivais &#224; les trouver &#224; la biblioth&#232;que. Lorsque j'ai &#233;t&#233; r&#233;gl&#233;e pour la premi&#232;re fois, c'est mon fr&#232;re qui m'a expliqu&#233; ce qui se passait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai toujours craint l'amour, de tomber amoureuse et des cons&#233;quences que cela pouvait avoir. Je craignais d'&#234;tre une femme. Je voyais toujours ma m&#232;re s&#233;v&#232;re et travailleuse. Et par mon &#233;ducation, je devais &#234;tre une femme parfaite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis mari&#233;e jeune, &#224; 21 ans. Mon mari &#233;tait violent. J'en ai parl&#233; &#224; ma m&#232;re, elle m'a dit : &#171; Cela pourrait &#234;tre pire, il ne boit pas, il ne te trompe pas. &#187; ! J'ai eu trois enfants et j'ai divorc&#233; il y a 11 ans. Cela a &#233;t&#233; une exp&#233;rience difficile, mon petit-fils, qui avait 2 ans &#224; ce moment, m'a aid&#233;e &#224; tenir le coup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;duqu&#233; mes enfants avec des traces de l'&#233;ducation que j'ai re&#231;ue de ma maman. Elle nous a inculqu&#233; la loyaut&#233;, l'ob&#233;issance et la tendresse. Et moi j'y ai rajout&#233; le dialogue, l'ambition, le courage et la t&#233;nacit&#233;. J'ai appris &#224; ma fille &#224; &#234;tre ind&#233;pendante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis f&#233;ministe. Certains hommes pensent encore aujourd'hui que la femme doit &#234;tre &#224; la maison. Aujourd'hui, cela reste difficile de trouver sa place en tant que femme. Je pense que c'est aussi &#224; la femme de modifier sa fa&#231;on de voir les choses. Car l'homme ne changera que quand l'&#233;ducation des hommes changera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Travail&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;tudi&#233; le stylisme &#224; la Cambre et ma premi&#232;re exp&#233;rience professionnelle a &#233;t&#233; de travailler chez Pierre Cardin &#224; Paris pendant 8 ans. J'ai beaucoup appr&#233;ci&#233; cette exp&#233;rience, j'ai beaucoup appris de mes patrons et de ma client&#232;le. J'ai appris &#224; avoir de l'estime pour moi et de la valeur. Un jour, mon patron m'a dit : &#171; Tu peux d&#233;filer avec ce que tu as cr&#233;&#233; &#187; ! Mon premier salaire, je l'ai offert &#224; ma famille. Je leur ramenais des cadeaux de Paris. Je d&#233;filais entre Paris, New York et l'Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas voulu avoir des enfants tout de suite pour pouvoir travailler. Ensuite quand je suis devenue m&#232;re, je me suis retrouv&#233;e avec le plus beau m&#233;tier du monde sur les bras. J'ai d&#251; arr&#234;ter de travailler, ce n'&#233;tait pas &#233;vident, car je n'avais pas de salaire et mon mari &#233;tait difficile. J'ai v&#233;cu cette premi&#232;re ann&#233;e comme si j'&#233;tais dans une prison, je n'&#233;tais pas heureuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai rencontr&#233; ensuite un pr&#234;tre et j'ai travaill&#233; b&#233;n&#233;volement dans une boutique de 2e main, je d&#233;corais les vitrines. Puis, je me suis propos&#233;e comme cat&#233;chiste pour la pr&#233;paration des communions. Ensuite j'ai fait un b&#233;n&#233;volat comme biblioth&#233;caire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cela, j'ai commenc&#233; &#224; cr&#233;er des bijoux, j'ai &#233;t&#233; engag&#233;e dans un magasin et j'ai repris mon ind&#233;pendance financi&#232;re. Par la suite, j'ai travaill&#233; &#224; Forest National, comme cheffe habilleuse. J'ai habill&#233; Patricia Kaas, Michel Sardou, Johnny Hallyday&#8230; Mon mari &#233;tait jaloux, il n'a pas accept&#233;. J'ai aussi &#233;t&#233; figurante dans des films au cin&#233;ma. Cela m'arrive encore parfois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entre ici et l&#224;-bas&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233;e au Congo, j'ai connu un entourage accueillant et je me suis sentie dans ce pays comme si c'&#233;tait le mien. Je vivais parmi et avec les Congolais, j'allais jouer dans des huttes avec les enfants de nos voisins, j'ai mang&#233; des insectes. &#192; cette &#233;poque, on ne parlait pas beaucoup le fran&#231;ais &#224; la maison, car mes parents voulaient que nous parlions notre langue maternelle &#224; la maison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je suis arriv&#233;e en Belgique , ma m&#232;re m'a inscrite au Sacr&#233;-C&#339;ur de Lindthout. Et l&#224;, j'ai ressenti de la discrimination, car je roulais les r et j'&#233;tais tch&#233;coslovaque. J'en ai souffert jusqu'&#224; mes 16 ans et j'ai d&#251; prendre des cours de diction. Apr&#232;s en tant qu'adolescente, j'ai fait &#171; la r&#233;volution &#187; et je me suis affirm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ouverture des fronti&#232;res des pays de l'Est, la fin du Rideau de fer en 1989, suivie de la chute du mur de Berlin m'ont beaucoup marqu&#233;e. Cela m'a fait beaucoup de bien, car j'ai pu aller voir ma famille et inversement. C'&#233;tait un bonheur ! Avant cela, la communication &#233;tait coup&#233;e aussi. Quand ma famille &#233;tait en Tch&#233;coslovaquie, on ne savait pas t&#233;l&#233;phoner. Il n'y avait pas de fax et pas de t&#233;l&#233;gramme ou alors ils n'arrivaient pas. Aujourd'hui, l'&#233;volution de la technologie avec Skype et WhatsApp a permis d'ouvrir la communication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je retourne en Tch&#233;coslovaquie, je me sens chez moi, je me sens Slave, c'est visc&#233;ral, ma langue revient. Je me sens accueillie autrement qu'en Belgique. Les Belges n'ont pas &#233;t&#233; accueillants, ils ont &#233;t&#233; froids. Quand je suis arriv&#233;e, j'&#233;tais r&#233;fugi&#233;e politique et ma m&#232;re ne voulait pas que je parle tch&#232;que, car elle disait que les Russes viendraient nous rechercher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Belgique est un beau pays, mais je ne me sens pas &#224; ma place. Mon enfant int&#233;rieur n'est pas belge, m&#234;me si je le suis sur papier. J'ai toujours eu une peur d'&#234;tre mal accueillie ou mal per&#231;ue parmi les &#233;trangers de Belgique. J'ai des peurs ancr&#233;es dans mon enfance. De plus j'ai &#233;t&#233; agress&#233;e deux fois par des personnes &#233;trang&#232;res. Une des raisons pour lesquelles je viens ici, c'est pour d&#233;passer des traumatismes et des pr&#233;jug&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lidia, polyglotte et citoyenne d'Europe (Sicile)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1487</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article1487</guid>
		<dc:date>2023-10-17T13:36:07Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Femme, f&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration europ&#233;enne et descendants</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Extrait de &#034;Nous racontons notre vie&#034; 2022-23 &lt;br class='autobr' /&gt;
Enfance et adolescence &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis n&#233;e en 1950 en Sicile, &#224; Palerme, o&#249; j'ai eu une enfance tr&#232;s heureuse avec mes parents et mon fr&#232;re. Mon p&#232;re avait un atelier de tailleur dans lequel uniquement des hommes travaillaient. Ma m&#232;re ne pouvait pas travailler avec eux, mais moi, j'&#233;tais admise, car j'&#233;tais la fille du patron. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais il y avait des probl&#232;mes de mafia, des gens venaient proposer une protection contre de l'argent. Il y a eu ensuite des menaces et (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;Tranches de vie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot148" rel="tag"&gt;Femme, f&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot195" rel="tag"&gt;Immigration europ&#233;enne et descendants&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait de &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article1340' class='spip_in'&gt;&#034;Nous racontons notre vie&#034;&lt;/a&gt; 2022-23&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enfance et adolescence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233;e en 1950 en Sicile, &#224; Palerme, o&#249; j'ai eu une enfance tr&#232;s heureuse avec mes parents et mon fr&#232;re. Mon p&#232;re avait un atelier de tailleur dans lequel uniquement des hommes travaillaient. Ma m&#232;re ne pouvait pas travailler avec eux, mais moi, j'&#233;tais admise, car j'&#233;tais la fille du patron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y avait des probl&#232;mes de mafia, des gens venaient proposer une protection contre de l'argent. Il y a eu ensuite des menaces et nous sommes partis en France, en 1957. Comme on avait de la famille &#224; Paris, le fr&#232;re de ma m&#232;re, on est all&#233; l&#224;-bas. Mon p&#232;re est parti en premier pour trouver du travail. Il s'est fait exploiter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma m&#232;re, qui &#233;tait rest&#233;e avec nous &#224; Palerme, pendant ce temps-l&#224;, a pris une d&#233;cision importante, sans en parler &#224; mon p&#232;re. Elle a vendu tous les meubles et r&#233;sili&#233; son contrat de location. Elle a pris mon petit fr&#232;re et moi, et nous sommes partis pour Paris. Le jour o&#249; on est venu chercher nos meubles, mon c&#339;ur s'est serr&#233; et je me suis dit : &#171; Maman a fait une grosse b&#234;tise &#187;. J'avais 7 ans et demi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes arriv&#233;s &#224; Paris un dimanche d'octobre. C'&#233;tait une journ&#233;e ensoleill&#233;e. Nous avons pris un taxi de la gare de Lyon jusque chez mon oncle. Il habitait un quartier populaire. Quand mon p&#232;re a ouvert la porte et vu ma m&#232;re, &#231;a a &#233;t&#233; le choc. Ma m&#232;re voulait lui faire cette surprise. Mais ce n'&#233;tait pas le projet de mon p&#232;re, car il comptait revenir en Sicile. Mon oncle et sa femme &#233;taient au march&#233; ce matin-l&#224;. Et &#224; leur retour, ils trouvent une famille ! On s'est retrouv&#233; &#224; 6 dans un logement de 50 m&#178;. L'appartement &#233;tait petit et pas adapt&#233;. Sans salle de bain et avec des WC sur le palier. Nous y sommes rest&#233;s 4 mois, c'&#233;tait une horreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ma m&#232;re a-t-elle pris cette d&#233;cision ? Apr&#232;s le d&#233;part de mon p&#232;re vers Paris, ma m&#232;re s'est retrouv&#233;e dans l'appartement &#224; diriger l'atelier de couture, seule parmi des ouvriers hommes. Les fr&#232;res de mon p&#232;re venaient tous les jours la contr&#244;ler pour v&#233;rifier qu'elle se tenait bien. Il fallait qu'ils prot&#232;gent l'honneur de la famille. Elle n'&#233;tait pas libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mon p&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon p&#232;re &#233;tait quelqu'un de tr&#232;s doux. J'&#233;tais sa pr&#233;f&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui je me dis que mon p&#232;re, pour un sicilien, &#233;tait quelqu'un de tr&#232;s &#233;volu&#233;, tr&#232;s moderne, car il disait que sa fille devait faire des &#233;tudes. Ce n'&#233;tait pas dans la mentalit&#233; sicilienne, &#224; l'&#233;poque. Mon p&#232;re a &#233;t&#233; tr&#232;s pr&#233;sent, il s'occupait de l'&#233;ducation des enfants, prenait des d&#233;cisions pour l'&#233;cole. Non pas pour &#234;tre chef mais parce que ma m&#232;re avait d&#233;cid&#233; d'&#234;tre une femme qui suit. Elle pensait que c'&#233;tait son r&#244;le de rejoindre son mari dans tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mes 12-13 ans, quand on &#233;tait d&#233;j&#224; en France, ma m&#232;re a &#233;t&#233; longtemps malade, elle a d&#251; &#234;tre hospitalis&#233;e. On n'a pas eu d'aide-m&#233;nag&#232;re de l'&#201;tat fran&#231;ais, car il y avait une fille &#224; la maison, moi ! Je suis en col&#232;re contre la France pour cela. Quand ma m&#232;re est sortie de l'h&#244;pital, elle voulait que je continue &#224; faire tout toute seule, alors que moi j'avais appris &#224; mes fr&#232;res &#224; m'aider dans les t&#226;ches m&#233;nag&#232;res. J'ai d&#251; me battre contre cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; un moment donn&#233; de ma scolarit&#233;, j'ai dit &#224; mon p&#232;re que je voulais arr&#234;ter l'&#233;cole. Il m'a donn&#233; son accord &#224; condition de terminer mon ann&#233;e scolaire. Pendant les grandes vacances, il m'a fait travailler un mois dans un bureau. Ensuite, il m'a dit : &#171; Tu continues ? &#187;, j'ai r&#233;pondu : &#171; Non, je reprends l'&#233;cole &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entre ici et l&#224;-bas&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A notre arriv&#233;e &#224; Paris, cela s'est mal pass&#233; : on a &#233;t&#233; mal accueillis, on &#233;tait consid&#233;r&#233;s comme &#171; les immigr&#233;s &#187;, &#034;les sales ritals &#187;. &#199;a a &#233;t&#233; difficile, mais on s'est adapt&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;cole, cela a &#233;t&#233; facile d'apprendre la langue, car ma m&#232;re parlait d&#233;j&#224; fran&#231;ais. Je me suis bien adapt&#233;e &#224; la culture fran&#231;aise. Plus tard &#224; l'&#233;cole, j'ai voulu changer d'orientation et aller vers les langues. C'est pour cela que je suis partie en Angleterre comme fille au pair. J'y suis rest&#233;e 2 ans et j'ai rencontr&#233; mon mari, un Allemand. Je l'ai suivi dans son pays. L'allemand que j'avais appris &#224; l'&#233;cole &#233;tait diff&#233;rent de celui qu'on parlait vraiment en ville. Il m'a fallu un an pour apprendre &#224; m'exprimer dans cette langue et apr&#232;s 2 ans, je parlais couramment l'allemand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui a &#233;t&#233; formidable pour moi, c'est que j'avais une culture italienne enrichie par la culture fran&#231;aise, anglaise et allemande. Je regarde les choses avec distance. Mais tout &#231;a fait quelqu'un qui n'a plus de racines. Je suis qui ? C'est une richesse, mais aussi parfois une souffrance. Je suis contente d'&#234;tre en Belgique, c'est ailleurs et Bruxelles est multiculturelle. J'aime les particularit&#233;s de la langue belge. Je ne me suis jamais sentie rejet&#233;e, au contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'habite Saint-Josse et je me sens bien dans mon quartier mais je trouve dommage qu'il y ait peu de contacts entre les communaut&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce en quoi je crois&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233;e dans une famille italienne qui ne croyait pas, mais qui m'a fait faire les sacrements religieux : le bapt&#234;me, la premi&#232;re communion. Sans doute pour &#234;tre en paix avec ce qu'il convenait de faire dans la communaut&#233; italienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233;e en France, je suis all&#233;e dans une &#233;cole publique. J'ai suivi le cat&#233;chisme, mais je ne le comprenais pas. J'ai fait ma confirmation, mais j'ai &#233;t&#233; d&#233;&#231;ue, car j'ai d&#251; mettre une aube et pas la belle robe blanche qu'on mettait autrefois et qui ressemblait &#224; une robe de mari&#233;e ! Je trouvais les messes ennuyeuses. Mes parents n'y allaient pas, mais ils nous y envoyaient. Peut-&#234;tre pour avoir un moment &#224; eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je partage le dogme anarchiste : ni Dieu ni ma&#238;tre. J'ai ma morale, ma conscience. Je n'ai rien transmis de religieux &#224; mes enfants. Je me suis mari&#233;e &#224; la mairie, sans f&#234;te. Ce qui me donne la force de surmonter les difficult&#233;s ? Mes enfants. Je les ai mis au monde et je me sens le devoir de les prot&#233;ger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois en l'humanit&#233; et en ses valeurs. Apr&#232;s la mort, je crois qu'il n'y a plus rien. Quand je serai morte, j'aimerais &#234;tre enterr&#233;e dans le jardin d'un de mes enfants. Pour que mes proches aient un endroit o&#249; venir me rendre visite. Ma petite-fille me raconterait ses histoires, ce qu'elle vit&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#233;v&#233;nements dont je suis t&#233;moin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui a le plus chang&#233; au cours de ma vie ? Les transformations technologiques. Je trouve que la num&#233;risation a chang&#233; les rapports humains. Le point positif, c'est qu'on communique avec les personnes &#233;loign&#233;es. &#192; l'&#226;ge de 16 ans, mon fils a pass&#233; un an en Australie. J'ai pu communiquer r&#233;guli&#232;rement avec lui. Il me racontait sa vie au quotidien. Et ainsi je n'ai pas ressenti la distance et l'&#233;loignement. Le point n&#233;gatif est qu'on est constamment d&#233;rang&#233; par cette technologie. On doit r&#233;pondre &#224; des mails, &#224; des messages, on doit faire attention aux virus. C'est angoissant, surtout lorsqu'on est plus &#226;g&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un changement excitant ? Le mouvement Me To a compl&#232;tement chang&#233; la place des femmes dans la soci&#233;t&#233;. Les femmes ont lib&#233;r&#233; la parole, elles parlent plus facilement des abus subis au quotidien, et c'est une arme contre les hommes. Je ne suis pas contre les hommes, mais contre un certain type de comportements masculins nocifs. Je pense que les femmes doivent r&#233;agir et non subir comme nos m&#232;res. Les femmes doivent comprendre qu'elles ne sont pas coupables, mais que certains hommes sont malveillants. Mon espoir est de r&#233;ussir &#224; avoir plus d'&#233;galit&#233; entre les hommes et les femmes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Josefa, une Espagnole n&#233;e &#224; Tanger dont le c&#339;ur est belge</title>
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		<dc:date>2022-11-04T08:52:23Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Amour, mariage, divorce</dc:subject>
		<dc:subject>Femme, f&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration nord africaine et descendants</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration europ&#233;enne et descendants</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Extrait de &#034;Nous racontons notre vie&#034; 2020-21 &lt;br class='autobr' /&gt;
Enfance et adolescence &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis n&#233;e &#224; Tanger, en 1956, mais je suis espagnole. Apr&#232;s la guerre civile en Espagne, en 1936, mes grands-parents sont partis &#224; Tanger. J'y ai v&#233;cu 10 ans avant d'arriver en Belgique. Je n'ai jamais parl&#233; l'arabe. &lt;br class='autobr' /&gt;
Avec ma maman, on allait parfois chez une de ses amies qui avait la t&#233;l&#233;vision. On regardait le film &#171; Le Saint &#187;. Moi j'&#233;tais contente, avec Simon Templar, si beau ! Puis c'&#233;tait les Incorruptibles. J'adorais ! Un (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot193" rel="tag"&gt;Immigration nord africaine et descendants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot195" rel="tag"&gt;Immigration europ&#233;enne et descendants&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait de &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article1340' class='spip_in'&gt;&#034;Nous racontons notre vie&#034;&lt;/a&gt; 2020-21&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enfance et adolescence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233;e &#224; Tanger, en 1956, mais je suis espagnole. Apr&#232;s la guerre civile en Espagne, en 1936, mes grands-parents sont partis &#224; Tanger. J'y ai v&#233;cu 10 ans avant d'arriver en Belgique. Je n'ai jamais parl&#233; l'arabe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec ma maman, on allait parfois chez une de ses amies qui avait la t&#233;l&#233;vision. On regardait le film &#171; Le Saint &#187;. Moi j'&#233;tais contente, avec Simon Templar, si beau ! Puis c'&#233;tait les Incorruptibles. J'adorais ! Un jour, quand nous sommes rentr&#233;es &#224; la maison, tous les gens &#233;taient dehors en pyjama : il y avait eu un tremblement de terre et nous, nous n'avions rien remarqu&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aimais beaucoup l'&#233;cole des s&#339;urs. Un jour, on allait en classe et j'ai &#233;t&#233; bouscul&#233;e. Je suis tomb&#233;e et on m'a transport&#233;e au secr&#233;tariat. Dans cette &#233;cole il y avait une chapelle. Pour me r&#233;conforter, on m'a donn&#233; du vin de messe. C'&#233;tait tr&#232;s bon. J'avais envie d'encore tomber pour recevoir encore ce vin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes parents &#233;taient s&#233;par&#233;s. J'&#233;vitais de me m&#234;ler de leurs conflits. Je voyais mon p&#232;re rarement. Il me disait qu'il allait venir, j'&#233;tais heureuse, je ne le montrais pas &#224; ma maman. Et puis mon p&#232;re ne venait pas. J'&#233;tais triste mais je ne voulais pas le montrer &#224; ma maman. C'&#233;tait tr&#232;s difficile. &#199;a a marqu&#233; un peu ma vie d'adulte : aujourd'hui, quand j'ai un rendez-vous ou quand j'attends quelqu'un, je suis malade d'angoisse de peur qu'il ne vienne pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#202;tre femme &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les choses de l'amour ? Je ne voulais pas que ma m&#232;re ou mon beau-p&#232;re m'en parle, j'aurais &#233;t&#233; d&#233;go&#251;t&#233;e. Alors c'est vraiment avec les filles de l'&#233;cole que j'ai appris. Je trouve qu'un homme c'est important dans la famille surtout pour les enfants. L'amour de mon p&#232;re m'a manqu&#233; &#233;norm&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis mari&#233;e pour quitter ma famille. C'&#233;tait un Sicilien qui me tapait. Et je l'ai quitt&#233;. Ma m&#232;re ne m'a pas mise au monde pour &#234;tre battue ! Une fois, j'ai mis un calmant dans sa soupe mais j'ai r&#233;alis&#233; que, comme il buvait de l'alcool, je risquais de le tuer. Je n'ai fait &#231;a qu'une seule fois. Quand j'ai quitt&#233; mon premier mari, je suis partie en vitesse avec mon sac et mes pantoufles. Je suis all&#233;e loger chez une amie et des gens m'ont aid&#233;e. J'ai v&#233;cu cach&#233;e, m&#234;me au travail. Je cachais ma carte de pointeuse pour &#233;viter que mon mari me retrouve. Quand il a t&#233;l&#233;phon&#233; au secr&#233;tariat pour me parler, connaissant la situation, on lui a r&#233;pondu que je ne travaillais plus dans cette soci&#233;t&#233;. Mon mari a port&#233; plainte pour disparition mais la police ne m'a jamais questionn&#233;e. Je n'osais plus sortir ni aller au cin&#233;ma. C'&#233;tait tr&#232;s dur ; j'avais peur tout le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s j'ai eu un autre compagnon, nous avons eu des enfants mais, le jour o&#249; il m'a gifl&#233;e, je l'ai quitt&#233;. Je suis partie imm&#233;diatement avec mes trois gar&#231;ons qui avaient respectivement 4 ans, 2 ans et demi et le b&#233;b&#233; de 15 jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, je suis mari&#233;e &#224; Michel, que j'avais fr&#233;quent&#233; jeune et que j'ai retrouv&#233; apr&#232;s des ann&#233;es. Je trouve que la femme et l'homme sont compl&#233;mentaires. Dans un m&#233;nage chacun doit apporter ce qu'il est capable de faire. Michel adore faire la cuisine et parfois on se dispute pour faire la cuisine !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Religions, croyances&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai grandi dans une famille catholique mais non pratiquante. Je suis all&#233;e &#224; l'&#233;cole catholique o&#249; j'ai &#233;t&#233; super heureuse. Dans mon &#233;cole, nous n'&#233;tions pas oblig&#233;es, d'aller &#224; l'&#233;glise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; un moment donn&#233; dans ma vie, j'ai eu des difficult&#233;s et je me suis adress&#233;e &#224; Dieu. Je suis entr&#233;e dans une &#233;glise protestante et ce qui m'a plu c'&#233;tait la libert&#233;. On ne m'imposait rien, on me demandait de juger par moi-m&#234;me. Dans l'&#233;glise que je fr&#233;quente aujourd'hui, je peux discuter, je peux demander de l'aide pour r&#233;fl&#233;chir. Quand je ne suis pas d'accord avec mon pasteur, je le lui dis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois de plus en plus en Dieu. Je sais qu'il est avec moi, je lui parle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Financi&#232;rement quand j'ai eu des probl&#232;mes, Dieu m'a toujours aid&#233;e &#224; trouver la solution. Un jour j'ai senti la d&#233;pression m'envahir mais j'avais 4 enfants. J'ai dit &#171; Seigneur aide moi ! &#187;. Et j'ai senti quelque chose qui me lib&#233;rait comme un bouchon d'une bouteille de champagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour moi c'est impossible de vivre sans Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entre ici et l&#224;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma m&#232;re est venue en Belgique pour vivre avec mon beau-p&#232;re car, en Espagne, le divorce n'&#233;tait pas possible. Avec l'&#226;ge je me sens tr&#232;s d&#233;racin&#233;e. J'ai difficile &#224; me situer. Je ne saurais pas habiter en Espagne car, m&#234;me en vacances, je m'y sens mal &#224; l'aise. Pourtant, le c&#244;t&#233; espagnol domine chez moi, je parle facilement avec les gens. J'aime la musique espagnole, orientale et belge. Je n'aime pas voyager, m&#234;me pour partir en vacances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Belgique c'est le pays de mon c&#339;ur. Je ne supporte pas qu'on dise des choses contre les Belges. Les Belges sont chaleureux : quand ils te connaissent, ils t'ouvrent leur c&#339;ur. Je suis contente maintenant d'avoir &#233;pous&#233; un Belge. Le racisme m'&#233;nerve. J'ai un fils qui est roux, il a souvent &#233;t&#233; moqu&#233;. Je trouve que c'est aussi du racisme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De l'exil &#224; la t&#233;l&#233;vision : le parcours d'un r&#233;fugi&#233; politique bulgare(Kiril M.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1375</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article1375</guid>
		<dc:date>2021-10-03T07:28:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Ecole, &#233;tudes</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration europ&#233;enne et descendants</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En 1946, un r&#233;f&#233;rendum met fin &#224; la Monarchie Bulgare et instaure une R&#233;publique populaire, sous le gouvernement de Dimitrov. La dictature adopte des formes staliniennes jusqu'&#224; la d&#233;stalinisation de 1956, mais se poursuit jusqu'&#224; la chute du mur de Berlin. &lt;br class='autobr' /&gt;
En ao&#251;t 1956, je franchis la fronti&#232;re bulgare. Je suis officier. Me voil&#224; d&#233;serteur. Avec pour tout bagage, un dictionnaire allemand-bulgare en poche car je pense m'exiler en Allemagne o&#249; se trouvent beaucoup de mes compatriotes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Durant trois jours (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot195" rel="tag"&gt;Immigration europ&#233;enne et descendants&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L96xH150/arton1375-884ef.jpg?1779934407' width='96' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En 1946, un r&#233;f&#233;rendum met fin &#224; la Monarchie Bulgare et instaure une R&#233;publique populaire, sous le gouvernement de Dimitrov. La dictature adopte des formes staliniennes jusqu'&#224; la d&#233;stalinisation de 1956, mais se poursuit jusqu'&#224; la chute du mur de Berlin.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En ao&#251;t 1956, je franchis la fronti&#232;re bulgare. Je suis officier. Me voil&#224; d&#233;serteur. Avec pour tout bagage, un dictionnaire allemand-bulgare en poche car je pense m'exiler en Allemagne o&#249; se trouvent beaucoup de mes compatriotes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant trois jours et trois nuits, je marche en zone turque, au p&#233;ril de ma vie. Mais la chance est avec moi : pas un soldat &#224; l'horizon. Les miradors sont vides. Au bout de ces trois jours, je rencontre la premi&#232;re garnison de soldats turcs. L'accueil est compatissant : l'officier me fait cuire une galette sur les braises et me c&#232;de son lit. Lui-m&#234;me dormira sur deux chaises. Je n'oublierai jamais cet accueil ! Le lendemain, ce m&#234;me officier me conduit &#224; Istanbul en jeep, &#224; 300 km de l&#224;. Je suis enferm&#233;, pendant 15 jours, pour laisser le temps aux autorit&#233;s turques de prendre des renseignements, avant d'&#234;tre transf&#233;r&#233; dans un camp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l&#224;, je d&#233;croche un premier travail au Consulat am&#233;ricain d'Istanbul comme laveur de voitures en remplacement d'un r&#233;fugi&#233; bulgare parti &#224; l'arm&#233;e. C'est en avril 1957 que j'entends parler pour la premi&#232;re fois de la Belgique : l' &#171; entraide socialiste &#187; recrute des r&#233;fugi&#233;s pour travailler &#224; l'Expo 58. Un coll&#232;gue am&#233;ricain m'y encourage. &#171; De l&#224;, tu peux aller partout &#187; me dit-il et il souligne que &#171; c'est le pays o&#249; les lois sociales sont les meilleures &#187; ! Nous sommes 170 r&#233;fugi&#233;s bulgares &#224; partir en avion vers la Belgique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant deux semaines, on nous confine &#224; Li&#232;ge dans une caserne. J'entends parler de Cockerill, o&#249; certains parlent d'aller travailler, mais tr&#232;s vite je choisis de rejoindre Bruxelles qui offre plus de possibilit&#233;s d'un travail moins &#233;prouvant.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est un r&#233;fugi&#233; politique russe blanc qui nous h&#233;berge &#224; la Barri&#232;re de St Gilles. L' &#171; entraide socialiste &#187; me d&#233;gote un logement et un travail : il s'agit de c&#226;bler des fils &#233;lectriques pour une entreprise en b&#226;timent, pr&#232;s de la Gare du Midi. Ce travail ne me pla&#238;t pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je commence &#224; mieux parler le fran&#231;ais et cela me permet d'&#234;tre recrut&#233; chauss&#233;e d'Alsemberg pour assembler des connexions &#233;lectriques sur de grands panneaux. Le travail me convient, mais il ne faut pas m'emb&#234;ter : un des jeunes travailleurs belges qui me harcelait pour me recruter comme nouveau syndicaliste en a fait les frais. J'ai fini par lui r&#233;pondre : &#171; Va dire &#224; celui qui t'envoie que je l'enquiquine jusqu'&#224; la neuvi&#232;me g&#233;n&#233;ration &#187;. L'affaire en est rest&#233;e l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Expo 58 n&#233;cessite beaucoup de main d'&#339;uvre. J'y suis embauch&#233; pour monter de petits logements pour les touristes. Alors que je commence &#224; ma&#231;onner, le chef de chantier arrive et examine mon travail. Au bout de quelques temps, il s'en va et me rapporte&#8230; ses outils personnels pour continuer. J'ai enfin un bon travail &#8230; de ma&#231;on.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chaque jour, je me d&#233;place du centre de Bruxelles jusqu'&#224; l'Expo. Comme le tram co&#251;te 20 centimes de francs belges et que je n'ai aucune ressource, je marche matin et soir une heure et demie en m'orientant gr&#226;ce au Palais de Justice.&lt;br class='autobr' /&gt;
A la fin du dernier mois de travail, le responsable de chantier part en Afrique pour ce qui doit &#234;tre un voyage de courte dur&#233;e. Il n'en reviendra jamais, son avion ayant eu un accident. Ce mois-l&#224;, nous n'avons rien touch&#233;. C'est l'Assistance publique qui paiera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu apr&#232;s, sur le conseil d'un &#233;tudiant bulgare du CERIA, j'entre dans cette &#233;cole de chimie &#224; Anderlecht avec l'espoir d'obtenir une bourse. Au bout de trois mois, je d&#233;couvre que je n'y aurai pas droit, car j'ai plus de 30 ans (35 ans). Je garde espoir car la secr&#233;taire, compatissante, propose que CERIA verse la moiti&#233; de la bourse. Ainsi je n'aurais plus qu'&#224; trouver un organisme qui verserait l'autre moiti&#233;. Mais je ne parviens pas &#224; en trouver. Me voil&#224; d&#233;sesp&#233;r&#233;. Je ne sais plus o&#249; aller. Je ne sais plus &#224; qui m'adresser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je quitte donc le CERIA, la mort dans l'&#226;me. L'entraide socialiste m'aide &#224; nouveau en me proposant une chambre chez deux personnes &#226;g&#233;es, tr&#232;s gentilles. Je n'oublierai jamais les paroles de Monsieur Dumoulin, qui sera le parrain de Pierre, mon premier fils : &#171; Kiril, perdre de l'argent n'est rien. Perdre son honneur, alors on perd TOUT. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces personnes me conseillent d'&#233;tudier le soir aux Arts et M&#233;tiers et je choisis la radio-t&#233;l&#233;vision qui est en plein essor. Le jour, je confectionne des ch&#226;ssis de radios. Le soir, j'&#233;tudie. Quatre ans plus tard, j'obtiens mon dipl&#244;me. Nous &#233;tions trente-quatre au d&#233;but, nous ne sommes plus que quatre en derni&#232;re ann&#233;e. Je suis le quatri&#232;me de la promotion et si heureux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout au long de mes &#233;tudes, je travaille le samedi comme apprenti technicien TV &#224; Vilvoorde. Le soir, en revenant de ma journ&#233;e de travail, dans le tram, je note tous les d&#233;pannages effectu&#233;s par le technicien que j'accompagne. Un beau jour, ce dernier part travailler &#224; l'&#233;tranger. Le patron est inquiet mais, gr&#226;ce &#224; mes notes, je parviens rapidement &#224; le remplacer. Il faut dire que le peu d'allemand que j'ai &#233;tudi&#233; en quittant la Bulgarie me permet de me d&#233;brouiller avec les clients flamands.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est le patron, Monsieur BESIN, distributeur TV ACEC &#224; la Grand Place de Vilvoorde qui m'apprendra &#224; conduire. Une camionnette Acadiane 2 CV.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout se passe vraiment tr&#232;s bien. Nous sommes maintenant en 1962. Je rencontre alors celle qui deviendra ma femme en juillet 1963 et avec laquelle nous ouvrirons un an plus tard un magasin &#171; La Maison Tobie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'estime aujourd'hui que j'ai eu beaucoup de chance et je trouve que toutes les personnes rencontr&#233;es &#233;taient toutes des personnes de c&#339;ur. Je n'ai qu'un mot &#224; dire : &#171; Merci &#224; la Belgique ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D&#233;couvrez la suite du r&#233;cit de Kiril dans le texte : &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article1376' class='spip_in'&gt;&#171; La maison Tobie &#187;&lt;/a&gt; &#233;crit par son &#233;pouse Fran&#231;oise.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Moi, Josepha, fille d'immigr&#233; sicilien (Josepha C.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1373</link>
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		<dc:date>2021-10-03T07:21:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Travail</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration europ&#233;enne et descendants</dc:subject>
		<dc:subject>Racisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le 23 juin 1946 fut sign&#233; &#224; Rome, le protocole d'accord &#233;conomique entre l'Italie et la Belgique. L'accord pr&#233;voyait l'envoi de 50.000 travailleurs Italiens contre l'approvisionnement payant &#224; l'Italie de 3 millions de tonnes de charbon annuellement. &lt;br class='autobr' /&gt;
En janvier 1946, d&#233;mobilis&#233; de l'arm&#233;e italienne o&#249; il avait offici&#233; comme infirmier, mon p&#232;re, Salvatore C&#233;leste est venu rejoindre sa famille &#224; Piazza Armerina, en Sicile. Son p&#232;re poss&#233;dait des terres sur lesquelles &#233;taient cultiv&#233;s l'olivier, les vignes et (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L96xH150/arton1373-dcfb6.jpg?1779934407' width='96' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 23 juin 1946 fut sign&#233; &#224; Rome, le protocole d'accord &#233;conomique entre l'Italie et la Belgique. L'accord pr&#233;voyait l'envoi de 50.000 travailleurs Italiens contre l'approvisionnement payant &#224; l'Italie de 3 millions de tonnes de charbon annuellement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En janvier 1946, d&#233;mobilis&#233; de l'arm&#233;e italienne o&#249; il avait offici&#233; comme infirmier, mon p&#232;re, Salvatore C&#233;leste est venu rejoindre sa famille &#224; Piazza Armerina, en Sicile. Son p&#232;re poss&#233;dait des terres sur lesquelles &#233;taient cultiv&#233;s l'olivier, les vignes et probablement d'autres fruits et l&#233;gumes. Mon p&#232;re, lui, ne voulait pas &#234;tre agriculteur. Il a pr&#233;f&#233;r&#233; r&#233;pondre &#224; une demande du gouvernement belge qui recrutait des mineurs de fond pour pallier le manque d'effectifs belges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour avoir l'autorisation d'&#233;migrer, il a sign&#233;, &#224; l'&#226;ge de 26 ans, un contrat dans lequel il &#233;tait stipul&#233; l'obligation de travailler cinq ans sans interruption au fond d'une mine de charbon en Belgique. Le contrat standard accordait un salaire de 79,50 FB (2 euros) par quinzaine aux mineurs de moins de 21 ans, et passait &#224; 159 FB (4 euros) au del&#224;. Le travail s'effectuait soit de jour soit de nuit &#224; raison de six jours par semaine. Apr&#232;s 5 ann&#233;es de travail minier sans interruption, soit le contrat &#233;tait prolong&#233;, soit le mineur retournait dans son pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A leur arriv&#233;e, les &#233;migr&#233;s italiens &#233;taient log&#233;s dans des camps souvent inconfortables, dans les anciennes baraques des prisonniers de guerre ou dans des tentes. Ils avaient le droit de faire venir leur &#233;pouse et leurs enfants, l'employeur avan&#231;ait les frais du voyage. Le mineur s'engageait &#224; rembourser ces frais au moyen de retenues mensuelles sur salaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon p&#232;re louait une chambre chez un &#233;picier de la rue Vivegnis &#224; Li&#232;ge. Ce commer&#231;ant sous-louait des chambres aux &#233;migr&#233;s et leur fournissait au prix fort la nourriture dont ils avaient besoin. Lorsque, quelques mois plus tard, ma m&#232;re et moi avons d&#233;barqu&#233; &#224; Li&#232;ge, mon p&#232;re s'est mis en qu&#234;te d'un autre logement. C'&#233;tait tr&#232;s difficile car les propri&#233;taires belges affichaient : &#171; pas d'&#233;tranger pour une location &#187;. Mes parents ont alors lou&#233; une pi&#232;ce meubl&#233;e avec le strict minimum, rue Feronstr&#233;e. Je dormais dans un petit lit de camp plac&#233; &#224; c&#244;t&#233; du lit de mes parents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais cinq ans et mes premiers souvenirs de cette p&#233;riode sont les larmes de ma m&#232;re. Je suis assise &#224; c&#244;t&#233; d'elle, la t&#234;te appuy&#233;e sur son ventre, elle est enceinte. Je regarde couler ses larmes, je me serre de plus en plus contre elle. Je voudrais l'aider mais je ne sais que faire. Comment un enfant peut-il comprendre que ses parents ont quitt&#233; la famille, les amis, la chaleur de la M&#233;diterran&#233;e pour se retrouver seuls, dans un pays o&#249; ils n'ont aucun lien, dont ils ne parlent pas la langue et ne connaissent pas les coutumes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ressens encore le poids du regard des autres enfants, l'impression d'&#234;tre la petite &#233;trang&#232;re pauvre du groupe lorsque, ne parlant ni ne comprenant le fran&#231;ais, j'ai fait mes d&#233;buts &#224; l'&#233;cole. Plus tard, ayant la chance d'avoir un nom de famille qui pouvait &#234;tre francis&#233; par la prononciation &#171; C&#233;leste &#187; je n'ai jamais dit &#224; l'&#233;cole que j'&#233;tais italienne. Ma maman &#233;tait grande et &#233;lanc&#233;e, rien ne la distinguait des m&#232;res belges. J'ai pris conscience plus tard qu'en tant qu'immigr&#233;s nous devions nous faire respecter, ne pas nous laisser exploiter ou insulter. Heureusement nous avons eu le soutien d'amis belges. Il allait de soi que nous devions nous adapter aux coutumes du pays et ne pas imposer les n&#244;tres. Il &#233;tait normal qu'un respect r&#233;ciproque s'installe entre l'&#233;migr&#233; et le Belge.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mes parents avaient gard&#233; des liens avec d'autres immigr&#233;s italiens, dont l'une est devenue la marraine de mon fr&#232;re. N&#233;anmoins, en dehors du proche voisinage, ils n'avaient que tr&#232;s peu de contacts avec l'ext&#233;rieur. Nous vivions fort reclus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but, la vie familiale &#233;tait p&#233;nible car mon papa partait travailler vers midi et revenait vers minuit. Le matin, il dormait tard. Je le voyais peu. Quand il avait un moment de libre, mon p&#232;re adorait aller au cin&#233;ma. Mais ma m&#232;re, elle, ne sortait pas. Elle restait seule dans cette petite chambre. Ce rythme de vie a dur&#233; dix ans. Apr&#232;s cette p&#233;riode, papa a suivi une formation pour devenir monteur. Nos conditions de vie en ont &#233;t&#233; am&#233;lior&#233;es, et surtout, nous avons enfin connu une vie de famille, avec des horaires normaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons toujours v&#233;cu de mani&#232;re tr&#232;s sobre, ce qui n'emp&#234;chait pas ma m&#232;re de faire confectionner mes robes de petite fille chez une couturi&#232;re : je me rappelle que lorsqu'on allait acheter des chaussures, c'&#233;taient des chaussures en cuir. Il fallait qu'on ne manque de rien. Par contre, je n'ai pas souvenir d'avoir re&#231;u de jouets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes parents m'ont tr&#232;s peu parl&#233; de l'Italie. Bien s&#251;r, chaque ann&#233;e, on retournait en Sicile rendre visite aux grands-parents. On partait en train. Le voyage durait trois jours et deux nuits. En Belgique, mes parents ne me parlaient pas l'italien : &#224; la maison, on parlait le fran&#231;ais. J'ai cru que mes parents, surtout ma m&#232;re, rentreraient un jour au pays. Ma m&#232;re vivait ici en Belgique dans une grande solitude. Pourtant ils n'y retourn&#232;rent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le poids de la souffrance de ma m&#232;re, je l'ai ressenti durant toute mon enfance, mon adolescence et ma vie. Ma m&#232;re n'&#233;tait pas heureuse. Elle a plac&#233; tous ses espoirs, tout son amour sur ses enfants et cela a &#233;t&#233; tr&#232;s lourd &#224; porter. Cela explique peut-&#234;tre le fait qu'aujourd'hui je n'ai pas d'enfants. J'ai fini par comprendre son d&#233;sespoir, mais cela a laiss&#233; une trace ind&#233;l&#233;bile en moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1964, &#224; 18 ans, j'ai &#233;pous&#233; un Sicilien qui vivait en Sicile. Je ne m'imaginais pas qu'en allant vivre dans mon pays d'origine, je serais consid&#233;r&#233;e comme une &#233;trang&#232;re. Dans leurs traditions, pour les Siciliens, les femmes des autres pays &#233;taient per&#231;ues comme des femmes de mauvaise vie, aux m&#339;urs l&#233;g&#232;res. Durant ces quatre ann&#233;es de vie en Sicile, je me suis sentie rejet&#233;e par la famille de mon mari. Plus tard, j'ai r&#233;alis&#233; qu'en Belgique comme en Sicile, j'&#233;tais une &#233;trang&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de mes recherches sur mes origines familiales, en 2010, j'ai pris conscience que vivre harmonieusement, c'est s'ouvrir &#224; la diff&#233;rence des autres. Les &#233;chelles de valeurs sont importantes selon les soci&#233;t&#233;s dans lesquelles on vit. Notre force est que nous sommes tous des &#234;tres &#233;gaux et on peut se tendre la main. Depuis lors, j'ai pris comme nationalit&#233; &#171; citoyenne du monde &#187;. Je suis libre dans ma t&#234;te et lorsque je voyage, je m'adapte aux traditions et coutumes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'amour fut le plus fort (Jeannine)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1286</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article1286</guid>
		<dc:date>2020-12-17T08:02:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mich&#232;le A&amp;T</dc:creator>


		<dc:subject>Amour, mariage, divorce</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration europ&#233;enne et descendants</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ils se sont rencontr&#233;s en Italie du Sud en 1960. Lui, italien, n&#233; &#224; Naples, elle belge, n&#233;e &#224; Bruxelles. Ils se mari&#232;rent et v&#233;curent heureux pendant cinquante ans. Pour lui plaire il a accept&#233; de vivre &#224; Bruxelles en quittant sa r&#233;gion napolitaine. Entre le Sud et le Nord il y a une &#233;norme diff&#233;rence de climat mais aussi de mentalit&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle s'est adapt&#233;e &#224; la cuisine italienne, lui a essay&#233; de comprendre comment les belges supportent le froid. &lt;br class='autobr' /&gt; Les divergences de caract&#232;res sont normales dans un couple, (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot135" rel="tag"&gt;Amour, mariage, divorce&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot195" rel="tag"&gt;Immigration europ&#233;enne et descendants&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ils se sont rencontr&#233;s en Italie du Sud en 1960. Lui, italien, n&#233; &#224; Naples, elle belge, n&#233;e &#224; Bruxelles. Ils se mari&#232;rent et v&#233;curent heureux pendant cinquante ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour lui plaire il a accept&#233; de vivre &#224; Bruxelles en quittant sa r&#233;gion napolitaine. Entre le Sud et le Nord il y a une &#233;norme diff&#233;rence de climat mais aussi de mentalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle s'est adapt&#233;e &#224; la cuisine italienne, lui a essay&#233; de comprendre comment les belges supportent le froid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les divergences de caract&#232;res sont normales dans un couple, mais elles s'imposent davantage dans un couple mixte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est au moment des fian&#231;ailles que la premi&#232;re diff&#233;rence de point de vue s'est pr&#233;sent&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Un contrat de mariage ? On s'aime, on se pr&#233;pare pour la vie et vous voulez m'imposer un contrat ? disait-il outr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette proposition du p&#232;re de sa fianc&#233;e le choquait profond&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Dans mon pays c'est un affront, je refuse !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait convaincu de l'absurdit&#233; de la d&#233;marche vu qu'ils ne poss&#233;daient pas grand-chose ni l'un, ni l'autre. Elle avait toujours entendu parler de cette formalit&#233; avant mariage, estimait cela normal et n'y voyait aucun inconv&#233;nient. Le p&#232;re exigeait, mena&#231;ait, les fian&#231;ailles risquaient de se rompre. Finalement ils se rendirent chez le notaire et le contrat &#233;choua d&#233;finitivement au fond d'un tiroir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'amour fut le plus fort,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils achet&#232;rent une chambre &#224; coucher en deuxi&#232;me main. Faire une bonne affaire en &#233;quilibrant le budget &#233;tait tout &#224; fait courant pour elle. Il s'y r&#233;signa &#224; contre c&#339;ur car &#224; Naples la chambre matrimoniale est la pi&#232;ce ma&#238;tresse de la maison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'amour fut le plus fort&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les premiers jours du mariage, voulant lui faire plaisir, elle fit l'effort de respecter la tradition : lui servir son caf&#233; au lit. Il a toujours vu sa m&#232;re faire ainsi. Pour lui c'&#233;tait naturel.et il fut tr&#232;s &#233;tonn&#233; quand apr&#232;s quelques jours elle abandonna cette habitude. La soumission, non merci ! Il s'inclina.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'amour fut le plus fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle avait beaucoup d'amis belges. Sa grande passion &#233;tait le th&#233;&#226;tre amateur. Bien qu'admirant les spectacles et son talent, il se sentait exclu de ce monde particulier. Tr&#232;s vite, elle comprit que cette activit&#233; ne serait plus possible pour elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Tu vas r&#233;p&#233;ter trois fois par semaine, jouer et monter des spectacles, lui dit-il. Et moi je fais quoi ? Je t'attends ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il avait tout quitt&#233; pour la rejoindre, elle ne pouvait qu'abdiquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'amour fut le plus fort !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; A la naissance du premier enfant, fier d'&#234;tre papa, il promenait r&#233;guli&#232;rement le b&#233;b&#233; au parc, mais quand ses parents arriv&#232;rent de Naples pour le bapt&#234;me, il s'est abstenu de pousser la voiture d'enfant en disant &#224; son &#233;pouse :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Ils ne comprendraient pas. Les hommes ne partagent jamais cette charge &#224; Naples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle admit que son macho de mari ne pouvait perdre la face.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'amour fut le plus fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vacances se d&#233;roulaient toujours dans le Sud de l'Italie. Le sable, le soleil, le ciel bleu, la mer limpide ; difficile d'envisager une autre destination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; C'est le plus bel endroit du monde, r&#233;p&#233;tait-il inlassablement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle ne pouvait que lui donner raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Elle admirait en silence cette volont&#233; qu'il affichait en Belgique devant tant de diff&#233;rences. D&#232;s qu'il traversait la fronti&#232;re il devenait un autre homme. La lumi&#232;re, les voix, les odeurs le transformaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle adorait la mer du Nord. Ils y all&#232;rent souvent en toutes saisons. Il s'habitua aux plages belges, le vent, la brume, les nuages, la mer qui se retire si loin, le soleil si prudent &#224; darder ses rayons. Elle se fit convaincante, il s'y r&#233;signa. Mais il ne comprit jamais cette obstination &#224; s'installer &#224; la plage, m&#234;me sans soleil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'amour fut le plus fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand, &#224; l'&#226;ge de vingt ans, la fille ain&#233;e annon&#231;a son intention de se mettre en m&#233;nage avec son petit-ami, ce fut la catastrophe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Jamais ma fille ne quittera la maison sans &#234;tre mari&#233;e, d&#233;cr&#233;ta son p&#232;re. Dans notre famille cela n'existe pas ! Jamais !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors s'installa une p&#233;riode de lutte, de discussions, de disputes, d'arguments divers. L'ambiance se d&#233;t&#233;riorait. La m&#233;sentente &#233;tait in&#233;luctable. Sa femme essayait de se positionner en arbitre mais le jour o&#249; il annon&#231;a sans d&#233;tour :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; - Si c'est ainsi, je n'ai plus de fille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son c&#339;ur de m&#232;re mit son &#233;poux au pied du mur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Dans ce cas c'est r&#233;gl&#233;, je pars moi aussi, lui dit-elle bien d&#233;cid&#233;e &#224; d&#233;fendre sa fille et la famille&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques mois plus tard, le jeune couple se mit en m&#233;nage. Sans les approuver, il offrit tout de m&#234;me son aide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'amour fut le plus fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Elle souhaitait devenir propri&#233;taire. C'est g&#233;n&#233;ralement le but de beaucoup de couples en Belgique. Elle en parlait souvent, s'&#233;tonnait de son d&#233;sint&#233;ressement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il a toujours pens&#233; que son s&#233;jour en Belgique n'&#233;tait que provisoire. Il refusait d'acheter un bien immobilier, de peur de se fixer d&#233;finitivement. La r&#233;ussite de ses enfants stabilisa irr&#233;m&#233;diablement son encrage et ils investirent dans l'achat d'un appartement apr&#232;s quarante ans de mariage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'amour fut le plus fort&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se disait catholique mais non pratiquant. Par contre il estimait important de faire baptiser ses enfants. Ses six petits-enfants ne furent pas baptis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle allait de temps en temps &#224; l'&#233;glise, elle aimait s'y recueillir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; C'est une affaire de femme disait-il en souriant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il pr&#233;f&#233;rait ne pas montrer sa faiblesse. Mais il a r&#234;v&#233; toute sa vie du mariage de sa fille &#224; l'&#233;glise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Sa femme aurait aim&#233; lui faire plaisir, mais autour d'eux beaucoup de jeunes couples n'&#233;taient pas mari&#233;s, c'&#233;tait devenu banal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'amour fut le plus fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci donne une petite id&#233;e des obstacles qui peuvent subvenir dans un couple mixte. En acceptant de part et d'autre les diff&#233;rences, en essayant de comprendre, d'expliquer les raisons et l'origine du conflit, l'amour sera le plus fort !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Des h&#244;tels d'Italie &#224; ceux de Belgique (Andr&#233;a)</title>
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		<dc:date>2020-12-01T08:38:53Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sylvie (A&amp;T)</dc:creator>


		<dc:subject>Travail</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration europ&#233;enne et descendants</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Extrait de &#034;Nous racontons notre vie&#034;, au Pavillon L&#233;opold &#224; Laeken (2016) &lt;br class='autobr' /&gt;
Une enfance italienne &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis n&#233; en 1946 dans le nord de l'Italie, dans la zone rurale de Mantoue pr&#232;s de Bologne. Premier enfant m&#226;le apr&#232;s une s&#233;rie de filles, je fus un gar&#231;on tr&#232;s g&#226;t&#233; ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Durant mon enfance, j'aidais mes parents &#224; chauffer le po&#234;le pour faire &#224; manger. &lt;br class='autobr' /&gt;
En Italie, il n'y avait pas de Saint-Nicolas. Le 13 d&#233;cembre, on f&#234;tait Sainte Lucie. Mon premier cadeau a &#233;t&#233; un canard avec une corde ; j'avais deux ans et (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;Tranches de vie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot166" rel="tag"&gt;Travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot195" rel="tag"&gt;Immigration europ&#233;enne et descendants&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait de &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique170'&gt;&#034;Nous racontons notre vie&#034;&lt;/a&gt;, au Pavillon L&#233;opold &#224; Laeken (2016)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une enfance italienne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233; en 1946 dans le nord de l'Italie, dans la zone rurale de Mantoue pr&#232;s de Bologne. Premier enfant m&#226;le apr&#232;s une s&#233;rie de filles, je fus un gar&#231;on tr&#232;s g&#226;t&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant mon enfance, j'aidais mes parents &#224; chauffer le po&#234;le pour faire &#224; manger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Italie, il n'y avait pas de Saint-Nicolas. Le 13 d&#233;cembre, on f&#234;tait Sainte Lucie. Mon premier cadeau a &#233;t&#233; un canard avec une corde ; j'avais deux ans et demi. Par apr&#232;s, moi et les autres enfants du village, nous n'avons plus re&#231;u que des fruits et un peu de nourriture : des oranges, des mandarines, du nougat, les premiers Nutella ... Les jouets &#233;taient trop chers, il y avait trop d'enfants et on &#233;tait dans une r&#233;gion pauvre &#224; cause de la guerre qui n'avait laiss&#233; que d&#233;solation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis all&#233; &#224; l'&#233;cole &#224; l'&#226;ge de 6 ans : une garderie pour les enfants de 2 &#224; 6 ans. Il y avait, dans une seule salle, 200 enfants avec une institutrice. L&#224;, nous courions dans tous les sens et jouions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je suis all&#233; &#224; l'&#233;cole primaire, j'&#233;tais dans une classe de 52 &#233;l&#232;ves. J'adorais l'&#233;cole puisque j'&#233;tais le seul &#224; savoir lire. J'&#233;tais souvent d&#233;sign&#233; pour lire devant la classe et j'en &#233;tais tr&#232;s fier. L'&#233;cole se passait de 8h15 &#224; 12h30. Apr&#232;s l'&#233;cole, nous allions &#224; la maison, puis &#224; l'&#233;glise, &#224; l'oratoire. On y jouait au foot et on suivait une demi-heure de cat&#233;chisme tous les jours. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je me rappelle de l'arriv&#233;e de la t&#233;l&#233; chez le cur&#233;. C'&#233;tait en 1954. On aimait bien rester &#224; l'&#233;glise pour regarder Rintintin &#224; la t&#233;l&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les samedis apr&#232;s-midi, c'&#233;tait la confesse. Les filles d'un c&#244;t&#233;, les gar&#231;ons de l'autre. Il y avait beaucoup de monde ! On se regardait les uns les autres en se demandant quels p&#233;ch&#233;s les autres avaient commis. Le dimanche matin, on allait &#224; la messe. A tour de r&#244;le, on &#233;tait enfant de ch&#339;ur ou on faisait la qu&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 14 ans, j'ai quitt&#233; l'&#233;cole pour aller travailler &#224; l'h&#244;tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une carri&#232;re dans l'h&#244;tellerie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes parents vivaient &#224; la campagne au nord de l'Italie pr&#232;s de Bologne. Ils &#233;taient ouvriers agricoles. A l'&#233;poque, dans cette r&#233;gion, il n'y avait pas d'industrie. Les agriculteurs n'en voulaient pas. Ils avaient d'ailleurs demand&#233; &#224; Mussolini de ne pas laisser les industries s'y implanter parce qu'elles leur auraient pris la main d'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la campagne, le travail commen&#231;ait le 14 f&#233;vrier par le travail de la vigne, des arbres fruitiers. Il se terminait le 11 novembre avec les moissons et les vendanges. Fin novembre, la paye &#233;tait distribu&#233;e. Les ouvriers pouvaient r&#233;gler leurs dettes chez le boucher, le boulanger, l'&#233;picier. Les achats se faisaient &#224; cr&#233;dit. Ce n'est qu'apr&#232;s la deuxi&#232;me guerre mondiale que les ouvriers ont eu des contrats &#233;crits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; moi, j'ai travaill&#233; pendant toute ma carri&#232;re dans l'h&#244;tellerie et j'ai aim&#233; &#231;a ! J'ai gravi tous les &#233;chelons de simple groom &#224; chef concierge dans un grand h&#244;tel 5 &#233;toiles &#224; Bruxelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 14 ans, j'ai quitt&#233; l'&#233;cole pour travailler dans un premier h&#244;tel en Italie. Un ami &#233;tait venu me chercher et m'avait dit qu'ils embauchaient. J'ai saut&#233; sur l'occasion ! Je travaillais de 7 heures &#224; 21 heures. Le jeudi, je terminais &#224; 17h. C'&#233;tait mon seul cong&#233; : 4 heures par semaine !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 7 h du matin, je commen&#231;ais par nettoyer le hall, brosser la galerie devant l'h&#244;tel, nettoyer les toilettes, cirer le parquet des cabines t&#233;l&#233;phoniques, passer au Sidol les cuivres. A midi, je faisais le service au restaurant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus de mon salaire, je percevais des pourboires, tant de pourboires que mon salaire ne servait qu'&#224; l'&#233;pargne et aussi &#224; charmer les jolies filles : je leur achetais des glaces ou une place au cin&#233;ma. C'&#233;tait l'argent qui me motivait, pas le travail proprement-dit ! J'&#233;tais tellement heureux d'avoir de l'argent dans ma poche. C'&#233;tait comme une drogue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, alors que j'avais 14 ans, j'ai vu une femme de chambre nue en train de se laver ; j'ai eu une aventure avec elle pendant 3 ans. Elle avait 20 ans de plus que moi. Elle est tomb&#233;e enceinte et a d&#233;cid&#233; d'avorter. Cela co&#251;tait cher. Il fallait d&#233;bloquer 40.000 lires et moi je ne gagnais que 2000 lires. J'en ai parl&#233; &#224; mon chef de service. Je lui ai racont&#233; toute la v&#233;rit&#233;. Il m'a donn&#233; cet argent sans demande de remboursement ! Il m'a fait devenir homme. Par contre, il m'a expliqu&#233; que je devais me prot&#233;ger avec des capotes. J'allais donc acheter des capotes, &#224; chaque fois dans une pharmacie diff&#233;rente. Je pr&#233;tendais que c'&#233;tait pour un client !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1964, en Italie, des lois fascistes persistaient. A 18 ans, j'ai re&#231;u une convocation pour partir &#224; l'arm&#233;e, en Sicile, dans la marine. Je ne voulais pas rentrer dans l'arm&#233;e mais je n'avais pas le choix. Si je restais en Italie et que je refusais l'arm&#233;e, alors je risquais le tribunal militaire, plusieurs mois de prisons et des probl&#232;mes jusqu'&#224; mes 33 ans. Je suis pacifiste. Un vieux proverbe dit : &#171; l'homme fait usage de la force quand il n'a pas d'intelligence. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai demand&#233; et obtenu un passeport. Je me suis rendu dans une agence de voyage &#224; Milan. On y vendait des tickets tr&#232;s bons march&#233;s pour les mineurs italiens qui partaient travailler en Belgique. C'est comme cela que je me suis retrouv&#233; &#224; la gare centrale &#224; Bruxelles le 30 septembre 1964. J'avais 30.000 lires en poche (environ 200 francs belges).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#233;pos&#233; mon CV dans le premier h&#244;tel que j'ai vu, l'h&#244;tel Atlanta, Boulevard Adolf Max. Imm&#233;diatement, j'ai &#233;t&#233; engag&#233;. J'y suis rest&#233; 18 mois. J'ai &#233;t&#233; chasseur, valet de nuit. Je devais cirer les chaussures pendant la nuit. Je connaissais juste quelques mots de fran&#231;ais. Mon int&#233;gration s'est tr&#232;s bien d&#233;roul&#233;e. Je gagnais bien ma vie. Tr&#232;s vite, j'ai achet&#233; une voiture, une Trabant, avec un copain. Elle nous a co&#251;t&#233; 3000 francs chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant toute ma carri&#232;re, je n'ai rien v&#233;cu de d&#233;sagr&#233;able. J'ai pu traiter avec les grands de ce monde, des rois, des pr&#233;sidents et j'en passe. Un des souvenirs dont je suis le plus fier ? Avoir trouv&#233; une belle chambre &#224; Londres pour un chef d'entreprise am&#233;ricain, Monroe, le roi des amortisseurs, alors qu'il n'y avait plus aucune chambre disponible ! J'ai aussi un certificat de bon service sign&#233; de la Maison Blanche et un autre sign&#233; par les deux Clinton !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entre ici et l&#224;-bas&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suivais des cours du soir en fran&#231;ais et en allemand. Pendant les pauses, j'ai rencontr&#233; ma future femme. Elle &#233;tait allemande et ne parlait pas tr&#232;s bien le fran&#231;ais. Tr&#232;s vite, elle s'est retrouv&#233;e enceinte. Elle pr&#233;f&#233;rait accoucher en Allemagne. C'est ainsi que nous nous sommes retrouv&#233;s &#224; Cologne et ensuite &#224; Bonn. J'avais facile &#224; trouver du travail. Je n'&#233;tais pas exigeant non plus &#8230; J'ai d'abord &#233;t&#233; concierge de nuit &#224; Essen et ensuite bagagiste &#224; Bonn.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1967, nous sommes retourn&#233;s en Belgique. L'h&#244;tel Atlanta demandait que je vienne retravailler pour eux. J'ai toujours travaill&#233; dur. En tant qu'Italien, je n'ai jamais rencontr&#233; de probl&#232;mes. Je me souviens juste d'une fois. Je cherchais un appartement et j'ai vu une pancarte : &#171; Etranger, s'abstenir. &#187; J'ai r&#233;pondu : &#171; Mais, je ne suis pas un &#233;tranger. Je suis italien ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons v&#233;cu pendant 27 ans &#224; Waterloo. L'Italie ne me manquait pas. A l'&#233;poque, il y avait beaucoup de gr&#232;ves et de probl&#232;mes en Italie. Pour visiter ma famille, je voyageais clandestinement. Arriv&#233; en Italie, je devais me cacher sinon, j'aurais pu &#234;tre jet&#233; en prison comme d&#233;serteur. Je restais donc &#224; la maison. Ce n'est qu'&#224; partir de 1972 que j'ai pu retourner en Italie librement et sans crainte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour moi, la Belgique &#233;tait et reste un pays phare. Tout &#233;tait bien organis&#233;, tout fonctionnait bien : il y avait des trains 20h sur 24h ; c'&#233;tait le seul pays en Europe o&#249; cela existait !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'aventure &#233;tait mon r&#234;ve de jeunesse. Savoir que derri&#232;re, il y a quelque chose que je ne connais pas. J'ai pu vivre ce r&#234;ve !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Etre homme, &#234;tre femme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu apr&#232;s &#234;tre arriv&#233; en Belgique, j'ai rencontr&#233; ma future femme dans un cours du soir. Elle &#233;tait allemande et orpheline. En fait, je me suis attach&#233; &#224; elle parce qu'elle ne pr&#233;sentait que des avantages. Pas de belle-m&#232;re ! Et moi, loin de mes parents ! Je ne voulais pas que ma femme vive comme ma m&#232;re. Nous avons bien v&#233;cu ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s la premi&#232;re semaine de notre mariage, nous avons &#233;labor&#233; une constitution entre nous pour d&#233;terminer qui faisait quoi. Ma femme a toujours travaill&#233;. Elle a vendu des pralines, elle a &#233;t&#233; t&#233;l&#233;phoniste &#224; l'ambassade d'Allemagne. Au d&#233;but de notre mariage, j'ai travaill&#233; pendant six ans la nuit. Pendant la journ&#233;e, je m'occupais de nos deux filles tandis que mon &#233;pouse travaillait en tant que caissi&#232;re dans un supermarch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je me consid&#232;re comme f&#233;ministe ? Ah oui, je suis tr&#232;s f&#233;ministe avec mes trois femmes ! J'ai m&#234;me particip&#233; &#224; des manifestations pour les femmes. Je suis pour l'&#233;galit&#233; de droits mais je trouve que nous sommes tr&#232;s diff&#233;rents : notre constitution physique n'est pas la m&#234;me et puis les hommes ont de la testost&#233;rone, ce qui les am&#232;ne parfois &#224; se comporter comme des animaux !&lt;br class='autobr' /&gt;
La femme est plus sensible mais aussi coriace !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai septante ans mais je ne suis pas amoureux. Si ma femme me disait qu'elle s'en allait, je serais pr&#234;t &#224; l'accepter. Pour moi, l'amour c'est du hasard. Le respect, &#231;a c'est le plus important. Je suis fier d'&#234;tre patriarche, de mon &#171; Heimat &#187;, ici en Belgique ; de ce que j'ai construit avec ma femme, ma famille, depuis 1964.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Religion, valeurs, philosophie de vie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfant, la religion a &#233;t&#233; tr&#232;s importante pour moi parce que pr&#232;s de l'&#233;glise, il y avait une plaine de jeux. Pour y aller, il fallait suivre le cat&#233;chisme. En dehors de cela, la religion m'importait peu. Dans ma famille, on ne priait pas mais on respectait les f&#234;tes religieuses parce qu'on aimait bien les f&#234;tes ! Je me souviens notamment de la b&#233;n&#233;diction des maisons. Mais tout &#231;a, c'&#233;taient plut&#244;t des traditions. A l'&#233;cole, la religion occupait la premi&#232;re place. C'&#233;tait la premi&#232;re mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la religion n'est pas aussi importante qu'hier. Le nouveau dieu, c'est l'argent. Avant, la religion &#233;tait la s&#232;ve de la vie familiale. On pratiquait la religion par int&#233;r&#234;t parce que parfois, on avait besoin du cur&#233;. La colonne vert&#233;brale, c'&#233;taient les dix commandements.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand je suis seul et que je rentre dans une &#233;glise, je me demande : &#171; Pourquoi tant de malheurs ? &#187; Cependant, la religion m'a apport&#233; une fa&#231;on de vivre, une certaine &#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon r&#234;ve fou aujourd'hui, c'est de devenir moine ! Quand je suis seul, je suis le roi sur terre. C'est un orgasme intellectuel !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un objet qui m'est cher ? &lt;/strong&gt; Le bonnet rouge de ma tante&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai re&#231;u ce bonnet rouge de ma tante lors de mon 14e anniversaire. Je l'ai toujours aujourd'hui ; le voici ! C'est le plus ancien objet que je poss&#232;de ; je l'ai perdu quatre fois ! Un jour, un vent violent l'a emport&#233;. J'ai couru pour le rattraper faisant fi de tout ce qui &#233;tait sur mon chemin : voitures, v&#233;hicules de toutes sortes. J'ai couru et je l'ai rattrap&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens d'un autre jour o&#249; il a beaucoup plu. Quand il s'est arr&#234;t&#233; de pleuvoir, je l'ai mis &#224; c&#244;t&#233; de moi ensuite je l'ai oubli&#233;. Un peu plus tard, une femme m'a appel&#233; et me l'a remis.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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