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	<title>Ages et transmissions</title>
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	<description>Cr&#233;&#233;e en 97, Ages et Transmissions est une asbl pluraliste bruxelloise permettant aux a&#238;n&#233;s de jouer un r&#244;le actif dans la soci&#233;t&#233;. Elle est reconnue comme organisme d'&#233;ducation permanente par la F&#233;d&#233;ration Wallonie-Bruxelles.</description>
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		<title>Ages et transmissions</title>
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		<title>Rahma, ballott&#233;e entre le Maroc et la Belgique</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Immigration nord africaine et descendants</dc:subject>
		<dc:subject>Femme, f&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Musulman.e (&#234;tre)</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Extrait de &#034;Nous racontons notre vie&#034; 2023-24 &lt;br class='autobr' /&gt;
Enfance &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis n&#233;e en 1961 &#224; Tanger. Je suis arriv&#233;e en Belgique &#224; l'&#226;ge de 9 ans, en 1971. J'ai rejoint mon p&#232;re qui vivait en Belgique avec sa 2e &#233;pouse, car il &#233;tait polygame. Ma m&#232;re, elle, est rest&#233;e au Maroc. J'ai v&#233;cu avec ma belle-m&#232;re qui ne parlait qu'espagnol. &#192; l'&#233;cole, on a &#233;t&#233; tr&#232;s gentil et patient avec moi. Au d&#233;c&#232;s de ma petite s&#339;ur, j'ai &#233;t&#233; renvoy&#233;e chez ma m&#232;re. Je ne l'avais plus vue depuis 5 ann&#233;es. Cela a &#233;t&#233; un choc pour moi. Je ne la (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait de &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article1340' class='spip_in'&gt;&#034;Nous racontons notre vie&#034;&lt;/a&gt; 2023-24&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Enfance&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233;e en 1961 &#224; Tanger. Je suis arriv&#233;e en Belgique &#224; l'&#226;ge de 9 ans, en 1971. J'ai rejoint mon p&#232;re qui vivait en Belgique avec sa 2e &#233;pouse, car il &#233;tait polygame. Ma m&#232;re, elle, est rest&#233;e au Maroc. J'ai v&#233;cu avec ma belle-m&#232;re qui ne parlait qu'espagnol. &#192; l'&#233;cole, on a &#233;t&#233; tr&#232;s gentil et patient avec moi. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au d&#233;c&#232;s de ma petite s&#339;ur, j'ai &#233;t&#233; renvoy&#233;e chez ma m&#232;re. Je ne l'avais plus vue depuis 5 ann&#233;es. Cela a &#233;t&#233; un choc pour moi. Je ne la reconnaissais pas ni mes fr&#232;res et s&#339;urs du Maroc. Il a fallu me r&#233;habituer &#224; la langue et aux habitudes du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s un an au Maroc, je suis revenue vivre chez mon p&#232;re en Belgique et j'ai fait ensuite quelques allers-retours entre le Maroc et la Belgique. Ma scolarit&#233; en a &#233;t&#233; perturb&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Famille&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; tr&#232;s heureuse avec mes grands-parents maternels. Ils ont toujours &#233;t&#233; pr&#233;sents et &#233;taient un exemple pour moi. Avec eux, je me sentais &#224; l'aise, j'&#233;prouvais beaucoup de plaisir &#224; les voir. C'&#233;taient des montagnards de Tanger, des gens humbles et affectueux qui ne jugeaient pas les autres. On s'amusait beaucoup ensemble. Ils &#233;taient tr&#232;s diff&#233;rents de mon p&#232;re. Avec lui, on &#233;tait sur nos gardes et on ne rigolait pas beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire que mon p&#232;re a eu une vie dure : il a &#233;t&#233; rejet&#233; de sa famille et a &#233;t&#233; soldat en Espagne. Il n'arrivait pas &#224; donner de la tendresse et de la gentillesse. C'&#233;tait un homme machiste, qui devait montrer un aspect dur de lui pour ne pas para&#238;tre faible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai commis la m&#234;me erreur que mon p&#232;re lorsque j'ai eu mon premier fils. Je l'ai &#233;duqu&#233; de mani&#232;re tr&#232;s dure, tr&#232;s s&#233;v&#232;re, sans tendresse. Mais heureusement, je m'en suis rendu compte et j'ai chang&#233; pour ne pas reproduire le m&#234;me sch&#233;ma d'&#233;ducation que j'avais re&#231;u de mon p&#232;re. J'ai demand&#233; pardon &#224; mon fils pour cela.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Etre femme&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; &#233;duqu&#233;e diff&#233;remment que mes fr&#232;res. Moi, j'avais la charge de la maison, je devais rester &#224; l'int&#233;rieur. Et les hommes avaient un r&#244;le &#224; jouer &#224; l'ext&#233;rieur. Mon p&#232;re &#233;tait tr&#232;s dur, tr&#232;s s&#233;v&#232;re. Mon p&#232;re a eu 2 femmes officielles en m&#234;me temps, c'&#233;tait un polygame. Ce genre de choses est autoris&#233; dans ma religion et nous trouvons cela normal. En tant que femmes, nous devons l'accepter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi, je n'avais pas mon mot &#224; dire sur les choix de ma vie. J'ai &#233;t&#233; tr&#232;s frustr&#233;e &#224; l'int&#233;rieur de moi. J'ai &#233;t&#233; amoureuse du voisin, j'aurais aim&#233; l'&#233;pouser, mais mon p&#232;re n'a pas voulu. Et je n'ai pas eu mon mot &#224; dire. J'&#233;tais tr&#232;s renferm&#233;e, je ne parlais pas beaucoup. Je n'avais personne &#224; qui me confier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant longtemps j'ai d&#233;test&#233; les hommes &#224; cause de mon p&#232;re. Son caract&#232;re intransigeant et sa s&#233;v&#233;rit&#233; ont fait que je ne voulais pas quelqu'un de la m&#234;me r&#233;gion que lui. Il &#233;tait originaire du Rif marocain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; 25 ans, mon fr&#232;re m'a pr&#233;sent&#233; un ami. Il n'&#233;tait pas rifain. Nous sommes mari&#233;s depuis 35 ans et nous sommes tr&#232;s heureux ensemble. En fait, lorsque j'ai eu 18 ans, ce monsieur &#233;tait venu demander ma main &#224; mon p&#232;re, mais il avait refus&#233;. Et quand, 7 ans plus tard, il est revenu &#224; la charge, vu mon &#226;ge - 25 ans c'est une vieille fille chez nous - mon p&#232;re a accept&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Entre ici et l&#224;-bas&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Pendant mon enfance et adolescence, j'ai &#233;t&#233; ballott&#233;e et d&#233;chir&#233;e entre le Maroc et la Belgique. J'ai toujours &#233;t&#233; assise entre deux chaises. Cela a &#233;t&#233; une p&#233;riode tr&#232;s douloureuse pour moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est lorsque je me suis mari&#233;e et que j'ai enfin pu cr&#233;er ma propre famille, que j'ai choisi de m'ancrer en Belgique. Je ne voudrais pas vivre au Maroc, mais ma m&#232;re y vit et est malade, c'est difficile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le temps, je peux dire que cette instabilit&#233; m'a aid&#233;e dans la vie : aujourd'hui je sais m'adapter facilement &#224; diverses situations. Je n'appartiens ni &#224; l'une ni &#224; l'autre communaut&#233;. J'appartiens aux deux. J'ai appris la tol&#233;rance envers les personnes. J'ai la facult&#233; de rechercher et r&#233;unir les absents dans la famille. J'aime beaucoup faire le lien entre les gens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'hospitalit&#233; est une valeur tr&#232;s importante pour moi. Avant, la porte de nos maisons &#233;tait toujours ouverte pour le visiteur.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Ce en quoi je crois&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Je suis une musulmane sunnite. J'ai &#233;t&#233; &#233;duqu&#233;e l&#224;-dedans. Mes parents m'ont enseign&#233; la religion. Puis, plus tard, j'ai appris par moi-m&#234;me. Encore maintenant, je cherche. Je respecte les autres religions, chacun a le droit d'avoir ses croyances. Je suis d&#233;j&#224; entr&#233;e dans des &#233;glises. Aujourd'hui, on comprend mieux la religion que nos parents, on parle &#224; la mosqu&#233;e, on assiste &#224; des conf&#233;rences. C'est assez ouvert. Le discours des imams a &#233;volu&#233;, s'est adouci. Les imams se sont adapt&#233;s &#224; la vie europ&#233;enne. Mais il reste certains sujets tabous, comme la sexualit&#233;, m&#234;me si on en parle de plus en plus dans les familles. Moi, j'en parle avec mes enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; titre b&#233;n&#233;vole, je pratique des lavages mortuaires, &#224; domicile ou &#224; l'h&#244;pital. Cela m'apporte la paix. Ce qui m'a donn&#233; envie de faire &#231;a ? Quand j'&#233;tais petite, au Maroc, mon grand-p&#232;re me parlait de cela. En Belgique, j'ai eu l'occasion d'accompagner quelqu'un qui le pratiquait et j'ai appris. &#192; quoi &#231;a sert ? On nettoie les morts pour les pr&#233;parer pour l'au-del&#224;. On les emballe dans un linceul. Au Maroc, on enterre directement les corps dans la terre, sans cercueil. Lorsque je pratique les lavages mortuaires, j'aime &#234;tre accompagn&#233;e de la famille. Cela me permet d'avoir une grande proximit&#233; avec elles dans un moment tr&#232;s particulier, sacr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Les changements dont je suis t&#233;moin&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;La nature a beaucoup chang&#233;, il pleut plus et il ne neige quasiment plus. Quand je suis arriv&#233;e en Belgique, en 1971, je n'avais jamais connu la neige. J'aime beaucoup la neige, car je trouve cela beau et apaisant. J'ai beaucoup profit&#233; de la neige avec mes enfants petits, je les filmais dans les parcs et en dehors de la ville. Les saisons ont chang&#233;. Cela me fait mal et me d&#233;soriente. J'en parle &#224; mes enfants. J'aime la nature, la mer, la verdure. En ville, il y a trop de choses qui perturbent la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre changement dont je suis t&#233;moin, c'est l'augmentation de la pauvret&#233;. Il y a plus de gens dans la rue, parfois avec des enfants. On passe devant sans faire attention &#224; eux. Certains d'entre eux ont un travail, mais cela ne suffit pas. C'est douloureux et incompr&#233;hensible. Je suis engag&#233;e comme b&#233;n&#233;vole chez H&#233;ritage des Femmes, une association de Saint Josse. Nous leur donnons &#224; manger. On r&#233;alise de plus en plus de colis alimentaires. Mais donner, cela ne r&#233;sout pas les choses. Il faudrait les aider plus.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Micha&#235;l, un m&#233;decin iranien qui aurait voulu &#234;tre astronome</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1514</link>
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		<dc:subject>Immigration nord africaine et descendants</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Extrait de &#034;Nous racontons notre vie&#034; 2023-24 &lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sentation &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis n&#233; en 1956, en Iran. Mon vrai pr&#233;nom c'est Moslem, mais j'ai choisi plus tard un autre pr&#233;nom : Micha&#235;l. J'ai eu la chance, en arrivant en Belgique, de l'int&#233;grer &#224; ma carte d'identit&#233; de mani&#232;re officielle. J'ai chang&#233; de pr&#233;nom pour ne plus subir de racisme. Je l'ai choisi en hommage &#224; un pharmacien de notre quartier. Pendant la guerre Iran-Irak, il a donn&#233; des m&#233;dicaments et toutes ses richesses aux femmes iraniennes dans le besoin. &#192; sa (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait de &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article1340' class='spip_in'&gt;&#034;Nous racontons notre vie&#034;&lt;/a&gt; 2023-24&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Pr&#233;sentation&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233; en 1956, en Iran. Mon vrai pr&#233;nom c'est Moslem, mais j'ai choisi plus tard un autre pr&#233;nom : Micha&#235;l. J'ai eu la chance, en arrivant en Belgique, de l'int&#233;grer &#224; ma carte d'identit&#233; de mani&#232;re officielle. J'ai chang&#233; de pr&#233;nom pour ne plus subir de racisme. Je l'ai choisi en hommage &#224; un pharmacien de notre quartier. Pendant la guerre Iran-Irak, il a donn&#233; des m&#233;dicaments et toutes ses richesses aux femmes iraniennes dans le besoin. &#192; sa mort, les musulmans et les chr&#233;tiens se sont disput&#233;s pour l'enterrer dans leur cimeti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis arriv&#233; en Belgique en 1976, gr&#226;ce &#224; une bourse en m&#233;decine. J'ai pass&#233; un concours dont j'&#233;tais parmi les 10 premiers.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Enfance&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Ma vie c'est comme un roman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 4 &#224; 6 ans, j'ai suivi l'&#233;cole coranique, j'ai appris l'arabe classique, mais je l'ai oubli&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 7 &#224; 12 ans, je suis all&#233; dans une &#233;cole primaire dans une ville provinciale d'Iran. J'aimais beaucoup l'&#233;cole. Il m'est arriv&#233; de m'&#233;vanouir tr&#232;s souvent &#224; l'&#233;cole primaire, car je n'avais pas assez &#224; manger &#224; la maison. Je me souviens que l'institutrice me donnait alors des biscuits de la marque &#171; Lu &#187; venant de Belgique. Cela a &#233;t&#233; mon premier contact avec la Belgique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole &#233;tait tr&#232;s importante pour moi, je peux dire que j'&#233;tais un fanatique de l'&#233;cole. Car &#224; la maison il n'y avait rien. Ma m&#232;re avait une maladie psychologique, elle &#233;tait maniaco-d&#233;pressive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon p&#232;re &#233;tait militaire, mais c'&#233;tait aussi un opiomane. Il avait aussi un probl&#232;me avec l'alcool. Il a tent&#233; &#224; plusieurs reprises de se d&#233;sintoxiquer, mais il n'y arrivait jamais. Quand j'&#233;tais petit, il m'envoyait chercher sa drogue alors qu'il &#233;tait en centre de d&#233;sintoxication. Je peux dire que j'&#233;tais un dealer &#224; l'&#226;ge de 8 ans, &#224; cause de mon p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma m&#232;re &#233;tait une musulmane chiite, fille d'un propri&#233;taire terrien. Quand elle &#233;tait jeune, elle est tomb&#233;e enceinte d'un des fils du propri&#233;taire voisin. Or, il y avait des conflits li&#233;s &#224; l'eau, entre les 2 propri&#233;taires. Mon grand-p&#232;re maternel &#233;tait tr&#232;s t&#234;tu, il n'a pas accept&#233; que ma m&#232;re &#233;pouse le fils de ce propri&#233;taire. La tante de ma m&#232;re lui a alors pr&#233;sent&#233; mon p&#232;re, pour qu'il l'&#233;pouse. C'&#233;tait un chr&#233;tien orthodoxe d'Azerba&#239;djan. Il avait un chagrin d'amour et &#233;tait tr&#232;s malheureux. C'est comme &#231;a que mes parents se sont mari&#233;s. Je suis donc le fils de ma m&#232;re, mais pas le fils biologique de mon p&#232;re. Mais comme c'est lui qui m'a &#233;lev&#233;, je le consid&#232;re comme mon p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes grands-parents habitaient le nord de l'Iran, c'&#233;taient des anges pour moi. Chaque ann&#233;e, nous passions 3 mois de vacances scolaires avec eux. On travaillait dans les champs, dans les rizi&#232;res et enfin, on avait le ventre plein !&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; 19 ans, comme j'adorais les sciences, j'ai pass&#233; un concours de m&#233;decine que j'ai r&#233;ussi. C'est comme &#231;a que je suis venu &#233;tudier en Belgique.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;&#202;tre homme&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Je me suis &#233;duqu&#233; en regardant les autres et en posant des questions. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai &#233;t&#233; amoureux de la copine de ma s&#339;ur. C'&#233;tait un amour platonique. En Iran, flirter n'existe pas, on ne peut pas avoir de boyfriend. C'est la famille qui choisit pour toi ta future &#233;pouse. Il y a des crit&#232;res sociaux et financiers pour faire ce choix : les parents de la fille regardent si leur futur beau-fils vient d'une famille honn&#234;te, travailleuse et riche. Ce n'&#233;tait pas mon cas : j'avais une m&#232;re d&#233;pressive et un p&#232;re drogu&#233;, nous &#233;tions pauvres. Je n'ai pas pu envoyer mes parents demander la main de cette fille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; 19 ans, j'ai d&#233;couvert les choses de l'amour dans un bordel de T&#233;h&#233;ran avec des &#171; anges c&#233;lestes &#187;. C'est comme &#231;a que j'appelle les femmes qui font ce m&#233;tier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Arriv&#233; en Belgique, j'ai rencontr&#233; ma future femme. Elle &#233;tait belge, flamande et travaillait &#224; l'h&#244;pital Moli&#232;re. H&#233;las je n'ai jamais &#233;t&#233; aim&#233; de ma belle-m&#232;re. Elle avait des id&#233;es n&#233;gatives sur les Iraniens &#224; cause de la guerre Iran-Irak. Elle ne me faisait pas confiance et pensait que j'allais m'enfuir avec notre fille en Iran.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je peux dire que j'ai eu la chance d'&#234;tre un gar&#231;on dans ce monde.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Travail&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Mon p&#232;re travaillait comme militaire &#224; la caserne. Ma m&#232;re &#233;tait femme au foyer. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mon premier travail pendant les vacances d'&#233;t&#233; a &#233;t&#233; de colporter, de 6h &#224; 20h, des bouteilles de coca. On transportait, du camion &#224; l'usine, les bouteilles pour les caf&#233;s. Mon premier salaire, je l'ai donn&#233; &#224; ma m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;viter le service militaire, j'ai postul&#233; pour une bourse de m&#233;decine. Pendant les 6 premi&#232;res ann&#233;es, je vivais avec d'autres &#233;tudiants iraniens. Apr&#232;s la r&#233;volution iranienne, on a &#233;t&#233; mis &#224; la porte. J'ai choisi alors d'avoir un statut de r&#233;fugi&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la fin de mes &#233;tudes de m&#233;decine, en 1982, j'ai travaill&#233; comme infirmier dans une maison de repos. J'ai donn&#233; ensuite des consultations en tant qu'ind&#233;pendant &#224; Schaerbeek et &#224; l'h&#244;pital Paul Brien. Les gardes &#233;taient difficiles, car il fallait rester &#233;veill&#233;. Du fait de mon accent, j'avais plus facile avec les &#233;trangers. Je me souviens d'un cas difficile &#224; Schaerbeek : une petite fille &#233;trang&#232;re qui avait beaucoup de fi&#232;vre, elle vivait dans une cave. Elle n'avait aucun jouet. J'ai vu de la mis&#232;re l&#224;-bas, des gens qui louaient des lits pour dormir. J'ai aid&#233; des gens &#224; mourir, pour les soulager, avant que l'euthanasie ne soit l&#233;galis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si j'avais pu choisir le m&#233;tier que je voulais, j'aurais &#233;t&#233; astrophysicien. Mais en Iran, il n'y avait des bourses que pour la m&#233;decine.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Entre ici et l&#224;-bas&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;J'ai quitt&#233; l'Iran pour la Belgique en 1976, pour &#233;tudier la m&#233;decine. J'ai alors connu le racisme. Un professeur a voulu me faire &#233;chouer injustement &#224; son cours. Finalement, une r&#233;union a &#233;t&#233; organis&#233;e pour que je puisse quand m&#234;me r&#233;ussir mon ann&#233;e. Une autre fois, pendant la guerre Iran-Irak, je suis all&#233; boire un caf&#233; &#224; Ixelles avec une amie iranienne. Mais ils ont refus&#233; de nous servir et nous ont chass&#233;s du caf&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me sens 100% belge depuis mon arriv&#233;e. Mon c&#339;ur est belge. Mais je nourris ma part iranienne &#224; travers la litt&#233;rature et la po&#233;sie de mon pays d'origine. En Iran, la langue c'est le farsi (le perse), c'est une langue asexu&#233;e, ce qui est plus facile que le fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je suis arriv&#233; en Belgique, j'ai eu un choc culturel, car, en Iran, la soci&#233;t&#233; musulmane est misogyne et les femmes n'ont pas beaucoup de droits. Ici en Belgique, j'ai &#233;t&#233; surpris de la libert&#233; sexuelle. Mais surtout, je me suis senti enfin libre d'apprendre tout ce que je voulais, entre autres l'astronomie.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Ce en quoi je crois&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Ma famille paternelle &#233;tait orthodoxe et ma famille maternelle &#233;tait chiite. Ma m&#232;re &#233;tait une fervente musulmane, elle pratiquait la pri&#232;re et le ramadan. Mon p&#232;re, lui, &#233;tait perdu dans la drogue et l'alcool. De 4 &#224; 7 ans, je suis all&#233; dans une &#233;cole coranique. J'y allais pour faire plaisir &#224; ma m&#232;re. C'&#233;tait un pensionnat. J'en suis sorti plus ath&#233;e qu'avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je trouve que les religions sont superstitieuses. J'ai aussi quitt&#233; l'Islam par rejet des chefs religieux iraniens. Depuis que je suis en Belgique, je suis bouddhiste et v&#233;g&#233;tarien. Je suis contre l'abattage des animaux. C'est ma deuxi&#232;me femme qui m'a amen&#233; vers le bouddhisme. Ce que j'aime l&#224;-dedans, c'est le fait de ne pas &#234;tre mat&#233;rialiste, de ne pas se tourner vers les plaisirs faciles. Le bouddhisme dit que les choses sont impermanentes. Je ne vais pas au temple. Mais je rencontre d'autres bouddhistes lors de conf&#233;rences. J'ai eu l'occasion de rencontrer le Dala&#239;-Lama.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Les changements dont je suis t&#233;moin&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Je suis t&#233;moin du changement climatique. En 1976, &#224; mon arriv&#233;e ici, il faisait tr&#232;s froid, il neigeait. La neige est une sant&#233; de la nature. Il y a d&#233;j&#224; eu des changements climatiques dans le pass&#233;. C'est tr&#232;s angoissant pour l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai vu aussi beaucoup de changements au niveau m&#233;dical : le d&#233;veloppement des endoscopies, des fibroscopies, les stents, la chirurgie &#224; distance. Ce sont des changements extraordinaires !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre changement dans la soci&#233;t&#233; occidentale, c'est la manipulation des masses dans les m&#233;dias. Aujourd'hui, on minimise la trag&#233;die palestinienne. Il y a aussi une manipulation des masses populaires au niveau des m&#339;urs. Les jeunes ne lisent plus de livres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme s'&#233;loigne de plus en plus de la nature au profit de la machine. La robotisation est un grand risque pour l'humanit&#233;. Plus il y aura des machines, moins il y aura du travail.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Comment je suis devenue f&#233;ministe (Khadija)</title>
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		<dc:date>2024-10-16T09:11:16Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Immigration nord africaine et descendants</dc:subject>
		<dc:subject>Femme, f&#233;minisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;Extrait de &#034;Nous racontons notre vie&#034; 2023-24 &lt;br class='autobr' /&gt;
Enfance &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis n&#233;e le 15 janvier 1962 &#224; Oran, en Alg&#233;rie, mais je suis d'origine marocaine. Dans les ann&#233;es 40, mes grands-parents ont immigr&#233; du Rif marocain vers l'Alg&#233;rie. Les Marocains d'Alg&#233;rie, &#224; l'ind&#233;pendance, devaient prendre la nationalit&#233; alg&#233;rienne. Mon p&#232;re, qui &#233;tait policier &#224; Oran, a choisi de s'exiler et est parti pour la Belgique en 1963. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ma m&#232;re, ma s&#339;ur et moi l'avons rejoint un an plus tard, &#224; Charleroi, j'avais alors 3 ans. Mon p&#232;re y a (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;Tranches de vie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot193" rel="tag"&gt;Immigration nord africaine et descendants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot148" rel="tag"&gt;Femme, f&#233;minisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait de &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article1340' class='spip_in'&gt;&#034;Nous racontons notre vie&#034;&lt;/a&gt; 2023-24&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Enfance&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233;e le 15 janvier 1962 &#224; Oran, en Alg&#233;rie, mais je suis d'origine marocaine. Dans les ann&#233;es 40, mes grands-parents ont immigr&#233; du Rif marocain vers l'Alg&#233;rie. Les Marocains d'Alg&#233;rie, &#224; l'ind&#233;pendance, devaient prendre la nationalit&#233; alg&#233;rienne. Mon p&#232;re, qui &#233;tait policier &#224; Oran, a choisi de s'exiler et est parti pour la Belgique en 1963.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma m&#232;re, ma s&#339;ur et moi l'avons rejoint un an plus tard, &#224; Charleroi, j'avais alors 3 ans. Mon p&#232;re y a &#233;t&#233; mineur pendant 7 ans. Nous logions dans une maison d'ouvriers octroy&#233;e aux mineurs. Nos voisins proches &#233;taient espagnols. Je m'occupais des enfants du voisinage et de mes fr&#232;res et s&#339;urs. J'embarquais tout ce petit monde et nous partions en promenade &#224; la d&#233;couverte de la nature environnante. On jouait &#224; grimper sur le terril - maintenant je me rends compte que c'&#233;tait dangereux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les charbonnages ont ferm&#233;, nous sommes venus vivre &#224; Bruxelles, c'&#233;tait en 1970. Un souvenir marquant ? Lorsque j'avais 7 ans, nous vivions &#224; Bruxelles. Un jour ma m&#232;re m'a mis du henn&#233; sur les mains. Mon institutrice m'a renvoy&#233;e &#224; la maison parce qu'elle voulait que j'aie des mains propres. Je suis rentr&#233;e en larmes et j'ai oblig&#233; ma m&#232;re &#224; me laver les mains pour m'enlever le henn&#233;. J'aimais beaucoup l'&#233;cole et &#234;tre renvoy&#233;e &#224; 7 ans me semblait la fin du monde. Bien s&#251;r le henn&#233; n'est pas parti ! Ma m&#232;re a m&#234;me utilis&#233; de l'eau de javel et un couteau pour gratter la couleur rouge de mes mains. J'ai beaucoup pleur&#233; et cela a agac&#233; maman qui a fini par me donner une racl&#233;e pour me calmer.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;&#202;tre femme&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Depuis longtemps, je me bats pour le droit des femmes et le droit des enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment suis-je devenue f&#233;ministe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon p&#232;re et ma m&#232;re formaient un couple explosif. Ma m&#232;re n'a pas pu choisir son conjoint et n'a pas eu la possibilit&#233; de divorcer quand cela devenait terrible de vivre avec mon p&#232;re. On ne divor&#231;ait pas &#224; cette &#233;poque-l&#224;, l'&#233;pouse devait subir et se taire ! En plus mat&#233;riellement, elle &#233;tait d&#233;pendante de son mari. Et avec 5 enfants, elle ne savait pas o&#249; aller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon p&#232;re &#233;tait violent avec ma m&#232;re. C'&#233;tait une femme battue. J'ai assist&#233; &#224; des sc&#232;nes de brutalit&#233; o&#249; il lui arrachait les cheveux. Plusieurs fois, j'ai essay&#233; de les s&#233;parer et de prot&#233;ger ma m&#232;re. Alors je recevais des coups moi aussi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela m'a donn&#233; de l'homme une image tr&#232;s n&#233;gative. Longtemps je n'ai pas fait confiance aux hommes. C'est gr&#226;ce &#224; une th&#233;rapie que j'ai pu faire la part des choses. Aujourd'hui je peux dire que mon p&#232;re &#233;tait peut-&#234;tre lunatique. C'est-&#224;-dire que son humeur n'&#233;tait jamais stable. Aussi les moments de bonheur s'entrechoquaient avec des moments de grande douleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon fr&#232;re a&#238;n&#233; est mort &#224; l'&#226;ge de 5 ans, alors, comme je devenais l'a&#238;n&#233;e, je suis devenue &#171; le gar&#231;on &#187; de la famille. J'ai &#233;t&#233; &#233;duqu&#233;e &#224; prendre des responsabilit&#233;s tr&#232;s t&#244;t et &#224; m'occuper de mes fr&#232;res et s&#339;urs. D'ailleurs, &#224; 17 ans, &#224; la mort de mon p&#232;re, je suis devenue chef de famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si la relation entre mon p&#232;re et ma m&#232;re &#233;tait tr&#232;s instable, mon p&#232;re m'a &#233;duqu&#233;e avec un esprit progressiste. Comme il a v&#233;cu en Alg&#233;rie sous l'occupation fran&#231;aise, il parlait tr&#232;s bien fran&#231;ais. Il souhaitait pour moi, en tant que femme, une vie &#233;mancip&#233;e. Il m'a donn&#233; une &#233;ducation qui m'a permis de prendre la parole lorsque je le trouvais n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Travail&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;part, je voulais &#234;tre infirmi&#232;re, suite au cancer de mon p&#232;re qui, apr&#232;s une op&#233;ration, est devenu handicap&#233;. J'ai eu mon permis de conduire &#224; 19 ans, surtout pour l'aider dans ses d&#233;placements. Mais je n'ai pas termin&#233; mes &#233;tudes secondaires. J'ai alors fait beaucoup de petits boulots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la suite, j'ai pass&#233; le jury d'&#201;tat et je suis devenue assistante sociale. J'ai d'abord travaill&#233; dans une association &#224; Molenbeek, la Porte Verte. Il y avait une &#233;cole de devoirs et des cours d'alphab&#233;tisation pour femmes. Deux fois par an, on pr&#233;parait un spectacle avec les enfants. Ce n'&#233;tait pas facile de g&#233;rer les 40 enfants, mais c'&#233;tait passionnant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 7 ans, l'ORBEM, devenue aujourd'hui Actiris, m'a engag&#233;e. Pendant 3 ans, j'avais pour t&#226;che la remise &#224; l'emploi des ch&#244;meurs. Je devais estimer si les personnes &#233;taient aptes &#224; l'emploi, si elles devaient s'orienter vers une formation ou si on devait les priver de ch&#244;mage. Il y avait des quotas pour exclure certaines personnes. Je me souviens de ch&#244;meurs qui venaient, les v&#234;tements tach&#233;s de peinture ou les mains pleines de cambouis, et des travailleuses du sexe disant qu'elles ne travaillaient pas en noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, je travaille &#224; Bruxelles-Propret&#233;. Ma mission est d'aider le personnel par rapport &#224; l'endettement, &#224; l'alcoolisme, entre autres. On aide aussi les gens &#224; remplir les documents officiels, lire des fiches de salaire. Il y a beaucoup de travailleurs qui ne savent pas lire. On peut donner des aides financi&#232;res, par exemple des garanties locatives, ou payer des factures. Avant, il y avait tr&#232;s peu de personnel d'origine &#233;trang&#232;re, mais maintenant il y a une grande diversit&#233; culturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; c&#244;t&#233; de cela, je me suis form&#233;e en th&#233;rapie br&#232;ve &#224; l'&#233;cole de Palo Alto. Depuis 30 ans, je fais cela et maintenant je me suis sp&#233;cialis&#233;e dans les constellations familiales derviches. La psychog&#233;n&#233;alogie me passionne. Je suis aussi conteuse et je fais du th&#233;&#226;tre. Bient&#244;t je vais jouer dans un spectacle qui parle de 4 g&#233;n&#233;rations de femmes marocaines. On y traitera d'un des tabous de la soci&#233;t&#233; marocaine qui est le fait de mettre les personnes &#226;g&#233;es dans les homes.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Entre ici et l&#224;-bas&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Je suis fi&#232;re de mes racines berb&#232;res, m&#234;me si je vis ici depuis mes 3 ans. J'ai effectu&#233; des recherches sur ce peuple. Il se fait appeler les Amazigh ! Ce qui veut dire : hommes libres. Beaucoup d'immigr&#233;s marocains ne connaissent pas l'histoire de cette culture. C'est dommage, car elle est tr&#232;s ancienne et poss&#232;de plein de bonnes valeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai grandi dans &#171; le mythe du retour &#187;, dans le r&#234;ve, chez les familles immigr&#233;es, de revenir au pays d'origine apr&#232;s avoir v&#233;cu un certain temps en Belgique. Mais en r&#233;alit&#233;, cela ne se fait pas, car les parents travaillent jusqu'&#224; la pension et les enfants cr&#233;ent des liens dans le pays d'accueil. De plus, un &#233;cart de mentalit&#233; s'est creus&#233; entre ici et l&#224;-bas !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est compliqu&#233; de s'habituer aux m&#339;urs et modes de vie d'ici, cela demande du temps et des sacrifices ! Donc, difficile de vraiment repartir avec toute la famille et de tout quitter ! Jusqu'&#224; l'&#226;ge de 15 ans, je ne savais pas si j'allais retourner au pays. Il m'a fallu prendre une d&#233;cision pour que je puisse enfin m'enraciner ici et surtout ne plus &#234;tre assise entre deux chaises, ce qui je l'avoue est tr&#232;s inconfortable et anxiog&#232;ne !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos voisins &#224; Charleroi &#233;taient espagnols, italiens, belges et marocains. C'&#233;tait une richesse de saveurs et d'accents divers. Petite, je jouais avec les enfants espagnols et, sans le savoir, j'ai bu du vin de table. Plus tard, lorsque les charbonnages ont ferm&#233;, nous sommes arriv&#233;s &#224; Bruxelles. En secondaire, mes meilleurs amis &#233;taient Za&#239;rois et Ha&#239;tiens. Je suis consciente que vivre en Belgique m'a permis de rencontrer des personnes venues de plusieurs horizons. Cette diversit&#233; m'a beaucoup apport&#233; au niveau humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai baign&#233; autant dans la culture d'ici que dans celle du Maroc. Car la communaut&#233; marocaine a conserv&#233; sa culture tout en vivant ici. C'est &#224; travers les f&#234;tes, les diverses c&#233;r&#233;monies, les chants, la langue, que j'ai acquis la culture et la religion de mes parents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le temps, certaines valeurs se perdent chez nous. Par exemple, avant on pouvait passer chez les voisins de mani&#232;re libre, la porte &#233;tait toujours ouverte. Aujourd'hui, il faut pr&#233;venir et prendre rendez-vous. Mais on a gard&#233; certaines traditions qui t&#233;moignent de notre hospitalit&#233;, celle par exemple de rajouter sur le plateau de th&#233;, un verre suppl&#233;mentaire au cas o&#249; un invit&#233; &#171; surprise &#187; viendrait taper &#224; notre porte.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Ce en quoi je crois&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Je suis une musulmane sunnite. Ma religion est tr&#232;s ancienne. J'ai baign&#233; dans cette religion. Mais en Alg&#233;rie, sous l'occupation, la religion passait au second plan. La religion m'a &#233;t&#233; transmise par mes parents. Dans la majorit&#233; des familles, on apprend ce qui est pur et impur, permis ou non. Mais mon p&#232;re, lui, &#233;tait progressiste. J'ai aussi eu la chance en Belgique d'avoir des enseignants qui m'ont appris un islam moderne, respectueux des femmes. Du coup, je suis assez ouverte aux autres cultes et philosophies. Je vais aussi dans les &#233;glises, j'aime ressentir le silence et l'atmosph&#232;re de recueillement et de pri&#232;re. Je fr&#233;quente aussi une association de catholiques, amis de l'islam, qui s'appelle El Kalima. On organise des activit&#233;s ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis musulmane pratiquante et aujourd'hui je combats tous les obscurantismes de quelque religion que ce soit !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi des p&#233;riodes o&#249; j'ai &#233;t&#233; moins pratiquante, mais j'ai toujours fait le ramadan et donn&#233; l'aum&#244;ne. Avec ma m&#232;re, j'ai d&#251; faire beaucoup bouger les lignes. Par exemple, quand j'&#233;tais adolescente, je ne pouvais pas parler aux gar&#231;ons. J'ai d&#251; me battre contre cela. Je n'ai jamais d&#251; porter le voile. Quant &#224; ma s&#339;ur, elle a choisi de le porter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de personnes de ma communaut&#233; font de bonnes actions. Certaines le font juste pour gagner des gr&#226;ces et aller au paradis. J'avoue que je le fais aussi, mais parce que cela me fait du bien d'&#234;tre utile aux autres et que je trouve la solidarit&#233; importante. Je m'int&#233;resse beaucoup &#224; la philosophie. Gr&#226;ce &#224; cela, je remets en question les affirmations toutes faites, j'apprends &#224; mettre les dogmes en doute.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les changements dont je suis t&#233;moin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai particip&#233; &#224; un changement important avec d'autres femmes : le nouveau code de la famille au Maroc, appel&#233; &#171; la Moudawana &#187;. Ce code a &#233;t&#233; r&#233;dig&#233; depuis tr&#232;s longtemps, peut-&#234;tre &#224; la naissance de l'islam. Mais il n'a jamais &#233;t&#233; chang&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est utilis&#233; aussi dans tous les pays musulmans. Avant la modification, les droits des femmes &#233;taient fort limit&#233;s et non respect&#233;s. Par exemple, la polygamie et le mariage des jeunes filles &#233;taient tol&#233;r&#233;s. Quelques r&#233;formes ont permis d'&#233;lever l'&#226;ge du mariage de la fille &#224; 18 ans selon son consentement et de r&#233;tablir la garde des enfants &#224; la m&#232;re en cas de divorce. De plus, les hommes ne peuvent se remarier sans l'avis de leur premi&#232;re &#233;pouse. J'ai fait partie d'un groupe de femmes compos&#233; d'avocates, de juristes, de citoyennes belges et marocaines, iraniennes et turques. Nous avons &#233;crit des p&#233;titions, men&#233; des interpellations qui ont aid&#233; &#224; la r&#233;daction de ce nouveau code.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 90, j'ai aussi beaucoup milit&#233; avec le MRAX contre le racisme. J'ai particip&#233; &#224; des groupes multiculturels o&#249; on &#233;changeait avec des Belges pour parler de nos diff&#233;rences, de la fa&#231;on dont nous vivions. Le but &#233;tait de faire conna&#238;tre la vie des populations marocaines de Belgique, de se rendre compte qu'on avait les m&#234;mes probl&#232;mes et les m&#234;mes r&#234;ves. Par apr&#232;s, on a organis&#233; des &#233;changes interreligieux, entre autres avec les Juifs. Mais on a &#233;t&#233; rattrap&#233;s par les &#233;v&#233;nements de la politique internationale, dont la guerre du Golfe. Il y a eu, depuis ce moment, une mont&#233;e de l'islamophobie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, je laisse ce combat &#224; d'autres personnes, car je suis d&#233;courag&#233;e. J'ai l'impression que la mont&#233;e des extr&#233;mismes est cyclique et que l'&#234;tre humain n'&#233;volue pas. Et en m&#234;me temps, je constate qu'il y a de l'espoir quand on voit certains jeunes qui s'engagent pour am&#233;liorer la soci&#233;t&#233;, entre autres pour l'environnement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Latifa, une femme qui veut changer les traditions (Maroc)</title>
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		<dc:date>2023-10-17T13:27:51Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Femme, f&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration nord africaine et descendants</dc:subject>
		<dc:subject>Analphab&#233;tisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Extrait de &#034;Nous racontons notre vie&#034; 2022-23 &lt;br class='autobr' /&gt;
Enfance et adolescence &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis n&#233;e au Maroc en 1962. J'ai grandi &#224; Nador o&#249; je vivais &#224; la campagne avec mon grand-p&#232;re. Il souhaitait que, lorsque ses enfants se marient, ils habitent &#224; c&#244;t&#233; de lui. Quand mon grand-p&#232;re est mort, ma m&#232;re a insist&#233; aupr&#232;s de mon p&#232;re pour habiter en ville. Elle l'a convaincu en lui parlant de l'&#233;cole, car, &#224; la campagne, seuls mes fr&#232;res pouvaient aller &#224; la mosqu&#233;e apprendre le Coran, alors que les filles, elles, ne pouvaient (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;Tranches de vie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot193" rel="tag"&gt;Immigration nord africaine et descendants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot184" rel="tag"&gt;Analphab&#233;tisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait de &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article1340' class='spip_in'&gt;&#034;Nous racontons notre vie&#034;&lt;/a&gt; 2022-23&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enfance et adolescence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233;e au Maroc en 1962. J'ai grandi &#224; Nador o&#249; je vivais &#224; la campagne avec mon grand-p&#232;re. Il souhaitait que, lorsque ses enfants se marient, ils habitent &#224; c&#244;t&#233; de lui. Quand mon grand-p&#232;re est mort, ma m&#232;re a insist&#233; aupr&#232;s de mon p&#232;re pour habiter en ville. Elle l'a convaincu en lui parlant de l'&#233;cole, car, &#224; la campagne, seuls mes fr&#232;res pouvaient aller &#224; la mosqu&#233;e apprendre le Coran, alors que les filles, elles, ne pouvaient pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on a d&#233;m&#233;nag&#233; en ville, &#224; Tanger, ce n'&#233;tait pas facile pour mon p&#232;re, car il n'avait pas de travail fixe. Mes trois fr&#232;res ont commenc&#233; &#224; travailler pour l'aider financi&#232;rement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon fr&#232;re cadet a trouv&#233; un travail de serveur dans un bar. Il a commenc&#233; &#224; tra&#238;ner avec les autres serveurs, &#224; fumer, &#224; se droguer. Son comportement a chang&#233;, il devenait nerveux, il dormait peu et criait sur ma m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, mon p&#232;re l'a emmen&#233; chez le m&#233;decin. Ils lui ont fait un scanner et ils ont vu un point noir dans le cerveau. D'apr&#232;s le m&#233;decin, c'&#233;tait la drogue qui lui avait &#231;a. Il a dit &#224; mon p&#232;re de le garder &#224; la maison avec un traitement pour le sevrage. Cela a dur&#233; deux mois. C'&#233;tait dur pour nous tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cela, il a retrouv&#233; sa libert&#233;. Il allait mieux. Mais apr&#232;s un an, il est retourn&#233; vers la drogue. Il a repris le m&#234;me travail, les m&#234;mes fr&#233;quentations. C'&#233;tait pire que la premi&#232;re fois. Mon p&#232;re est retourn&#233; chez le m&#233;decin. Cette fois-l&#224;, mon fr&#232;re a &#233;t&#233; hospitalis&#233; pendant six mois. Le m&#233;decin a propos&#233; &#224; mon p&#232;re d'essayer un nouveau traitement. Il s'agissait d'une piqure efficace pour &#171; gu&#233;rir &#187; le point noir. Mon p&#232;re n'a pas compris, il a accept&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon fr&#232;re est d&#233;c&#233;d&#233; &#224; la suite de cette piqure. Il avait 18 ans. C'&#233;tait s&#251;rement une faute m&#233;dicale, mais mon p&#232;re n'a pas fait de proc&#232;s, car il n'avait pas les moyens. On n'a jamais su ce que c'&#233;tait cette piqure. Pour ma m&#232;re, cela a &#233;t&#233; un choc, mais elle ne parlait pas. Elle a &#233;t&#233; patiente, elle a su garder sa douleur en elle. Mon p&#232;re l'a mal v&#233;cu, il a culpabilis&#233;, car il avait pris cette d&#233;cision, cette responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore aujourd'hui au Maroc, si tu n'as pas les moyens pour te d&#233;fendre face &#224; une faute m&#233;dicale, tu perds d'avance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#202;tre femme &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas re&#231;u la m&#234;me &#233;ducation que mes fr&#232;res. J'ai re&#231;u une &#233;ducation o&#249; la fille est dans ce monde pour servir l'homme. J'ai vu mon p&#232;re d&#233;cider de tout &#224; la maison. On devait attendre qu'il rentre pour lui demander si on pouvait sortir, si on pouvait faire ceci ou cela. On pr&#233;f&#233;rait quand mon p&#232;re n'&#233;tait pas l&#224;, car, quand il &#233;tait l&#224;, c'&#233;tait comme une prison. On n'osait m&#234;me pas regarder par la fen&#234;tre. La pr&#233;sence de mon p&#232;re nous faisait peur. Ma m&#232;re, quant &#224; elle, ne parlait pas. Elle n'a jamais rien dit jusqu'&#224; sa mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; 16 ans, j'ai eu une demande en mariage que j'ai refus&#233;e. Mais mon p&#232;re m'a oblig&#233;e, car c'&#233;tait le fils de son copain. Je ne le connaissais pas. Je me suis alors mari&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon mari est comme mon p&#232;re, il veut tout d&#233;cider. Mais j'ai voulu r&#233;agir en &#233;duquant mes enfants de fa&#231;on &#233;gale. J'ai &#233;t&#233; dure et cela a amen&#233; beaucoup de conflits avec mon mari qui voulait d&#233;cider de tout, mais j'ai tenu bon. Cela a &#233;t&#233; un combat. Les enfants me voyaient comme une dictatrice, car je d&#233;cidais de tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, mes enfants sont grands. Et je suis tr&#232;s contente de leur &#233;ducation. Ils comprennent &#224; pr&#233;sent pourquoi j'ai &#233;t&#233; si dure. R&#233;cemment mon ain&#233; m'a remerci&#233;e pour l'&#233;ducation qu'il avait eue. Il m'a dit, gr&#226;ce &#224; toi, on est bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tradition est difficile &#224; changer. Mon mari ne comprenait pas que je puisse penser d'une autre mani&#232;re. Aujourd'hui, il est souvent au Maroc et je me sens mieux quand il n'est pas l&#224;. Il n'y a pas de complicit&#233; entre nous. Je ne suis pas d'accord avec le fait que les hommes puissent vivre et que nous, les femmes, nous soyons des esclaves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant j'habitais &#224; Saint-Gilles, pr&#232;s de la place Bethl&#233;em. C'&#233;tait un quartier chaud avec beaucoup de d&#233;linquants, de drogue. J'interdisais &#224; mes enfants de sortir, d'aller tra&#238;ner sur la place. Heureusement, ils n'ont jamais eu de probl&#232;me. Je suis fi&#232;re que mes enfants &#233;duquent si bien leurs enfants. Quand un p&#232;re et une m&#232;re sont ensemble dans l'&#233;ducation, c'est une r&#233;ussite pour l'enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le travail&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque au Maroc, la vie pour les pauvres &#233;tait plus difficile, surtout pour l'&#233;cole. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le matin, il arrivait qu'on aille &#224; l'&#233;cole sous la pluie et dans le froid et quand on arrivait en classe, le professeur n'&#233;tait pas l&#224;, il n'avait pas pr&#233;venu. Cela arrivait souvent et &#224; 10 ans j'ai arr&#234;t&#233; l'&#233;cole, aussi parce que mon p&#232;re n'a plus pu payer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans mon quartier, il y avait deux s&#339;urs qui donnaient des cours de couture. Ces cours &#233;taient payants, mais comme mes parents n'avaient pas d'argent, je faisais le m&#233;nage tous les matins chez ces dames. J'arrivais &#224; 9 h, je faisais le m&#233;nage, le linge, je nettoyais la terrasse juste avant le cours qui commen&#231;ait &#224; 10 h. J'ai ainsi appris &#224; faire de la broderie, des caftans, pendant deux ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai voulu trouver du travail apr&#232;s ma formation, mais c'&#233;tait difficile, car, &#224; cette &#233;poque, les femmes ne travaillaient pas encore. J'ai alors travaill&#233; chez une voisine couturi&#232;re. J'y allais de 9 h &#224; 20 h, c'&#233;taient de longues journ&#233;es et j'&#233;tais pay&#233;e 3&#8364; la semaine. J'avais 12 ans et &#224; l'&#233;poque, le travail des enfants &#233;tait autoris&#233;. Mon premier salaire, je l'ai donn&#233; &#224; mon p&#232;re et ma m&#232;re s'est f&#226;ch&#233;e sur moi, car elle en avait aussi besoin. J'ai arr&#234;t&#233; de travailler quand je me suis mari&#233;e et je n'ai jamais travaill&#233; en Belgique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, je ne fais plus de couture, car mes yeux sont fatigu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entre ici et l&#224;-bas&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis venue ici en Belgique, &#224; la fin des ann&#233;es 70. Pour moi, venir ici, &#231;a a &#233;t&#233; dur, car je n'avais personne, pas de famille. Et &#224; Uccle, o&#249; j'ai d'abord habit&#233;, il n'y avait pas beaucoup de Marocains. Je sortais seule, je faisais des tours dans le quartier. Les gens me parlaient, mais je ne comprenais rien. Mon mari travaillait toute la journ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Maroc, je faisais partie des gens pauvres. Si j'&#233;tais rest&#233;e l&#224;-bas, je n'aurais pas aussi bien v&#233;cu qu'en Belgique et mes enfants n'auraient pas fr&#233;quent&#233; de bonnes &#233;coles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je retourne au Maroc, je compare les vies et je vois les avantages et inconv&#233;nients de vivre ici et l&#224;-bas. L'inconv&#233;nient, c'est qu'ici je n'ai pas de famille et, au Maroc, mes parents et le reste de la famille sont d&#233;c&#233;d&#233;s. Lorsque j'y retourne, je me sens seule et &#233;trang&#232;re. Les avantages en Belgique sont plus d'ordre mat&#233;riel : la S&#233;curit&#233; sociale, les soins de sant&#233;, l'enseignement de bonne qualit&#233;, les outils &#233;lectrom&#233;nagers qui facilitent le quotidien. Ici, j'ai un bon confort de vie. En Belgique, il y a des cliniques o&#249; tu es bien accueilli, m&#234;me quand tu n'as pas d'argent. Au Maroc, cela progresse, mais pas encore comme ici. Pour certaines maladies, il faut se d&#233;placer jusqu'&#224; Rabat. Tu n'as acc&#232;s aux meilleurs soins que si tu as de l'argent. Et les bons m&#233;decins ne travaillent qu'avec les gens riches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mentalit&#233;s sont aussi diff&#233;rentes, les enfants d'ici sont plus honn&#234;tes. Quand mes enfants vont au Maroc, ils se font vite arnaquer. Les jeunes de l&#224;-bas fonctionnent beaucoup par int&#233;r&#234;t, ils sont souvent jaloux et malhonn&#234;tes. Je pense que la pauvret&#233; joue son r&#244;le dans ce fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, je suis une &#233;trang&#232;re. L&#224;-bas, je suis une &#233;trang&#232;re. Mais j'ai construit mes racines en Belgique et aujourd'hui je me sens bien. Quand je suis arriv&#233;e, j'ai d&#251; apprendre la langue et au d&#233;but je r&#233;p&#233;tais toujours les m&#234;mes phrases. J'ai &#233;t&#233; bien accueillie. Aujourd'hui, j'habite au centre et j'ai l'impression que les Belges ont quitt&#233; cet endroit, car je n'en vois plus beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela fait 43 ans que je suis ici et ni moi ni mes enfants n'avons v&#233;cu de discrimination.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le parcours d'&#233;mancipation de Fadwa (Maroc)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1438</link>
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		<dc:date>2022-11-04T08:53:08Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Femme, f&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration nord africaine et descendants</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Extrait de &#034;Nous racontons notre vie&#034; 2020-21 &lt;br class='autobr' /&gt;
Enfance et adolescence &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis n&#233;e en 1958 &#224; Tanger. J'ai v&#233;cu mon enfance dans un village du Maroc jusqu'&#224; l'&#226;ge de 6 ans. Mais je ne me souviens pas de grand-chose. On allait parfois chez une tante dans un autre village. Alors, on jouait &#224; se cacher dans les cultures, les hautes herbes. Ma m&#232;re &#233;tait seule avec 4 enfants. On avait un &#226;ne dont je devais m'occuper avec mon grand fr&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mon papa ne vivait pas avec nous car il travaillait loin. Un jour, (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot193" rel="tag"&gt;Immigration nord africaine et descendants&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait de &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article1340' class='spip_in'&gt;&#034;Nous racontons notre vie&#034;&lt;/a&gt; 2020-21&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enfance et adolescence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233;e en 1958 &#224; Tanger. J'ai v&#233;cu mon enfance dans un village du Maroc jusqu'&#224; l'&#226;ge de 6 ans. Mais je ne me souviens pas de grand-chose. On allait parfois chez une tante dans un autre village. Alors, on jouait &#224; se cacher dans les cultures, les hautes herbes. Ma m&#232;re &#233;tait seule avec 4 enfants. On avait un &#226;ne dont je devais m'occuper avec mon grand fr&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon papa ne vivait pas avec nous car il travaillait loin. Un jour, les gens du village nous ont dit : ton papa est revenu ! J'&#233;tais super contente. Mon p&#232;re m'avait ramen&#233; un cadeau : une robe ! En ce moment-l&#224; il y avait de la neige, mais j'&#233;tais tellement contente de ma robe que je suis sortie comme &#231;a pour montrer ma joie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'avais 6 ans, on est all&#233;s en Belgique rejoindre mon papa qui travaillait l&#224;. Quand on est partis du Maroc, je croyais qu'on reviendrait bient&#244;t. Alors j'ai sem&#233; des graines de bl&#233; en pensant &#171; quand je reviendrai, elles auront pouss&#233; &#187;. Mais je n'y suis plus jamais retourn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En arrivant en Belgique, on habitait &#224; Schaerbeek. Je partais &#224; l'&#233;cole avec mes fr&#232;res, mais nous &#233;tions dans 2 b&#226;timents s&#233;par&#233;s. Ma premi&#232;re ann&#233;e primaire, je l'ai rat&#233;e car je ne parlais pas le fran&#231;ais. J'aimais bien l'&#233;cole. Je faisais au mieux mais comme j'&#233;tais la seule fille &#224; la maison, je devais m'occuper de mes fr&#232;res. J'en ai eu 6 ! Je les accompagnais chez le m&#233;decin, partout o&#249; il fallait. Je leur racontais des histoires. C'est pour &#231;a que maintenant ils me disent que je suis leur deuxi&#232;me maman. Plusieurs de mes fr&#232;res sont aujourd'hui d&#233;c&#233;d&#233;s, un autre a disparu. C'est pour &#231;a que je n'ai pas voulu d&#233;m&#233;nager de rue ; s'il revient il me retrouvera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#202;tre femme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon mariage a &#233;t&#233; arrang&#233;. Mon p&#232;re travaillait pour la famille de mon mari. Lorsque j'ai eu 13 ans, mon futur mari a d&#233;cid&#233; de se marier avec moi. Il avait 14 ans de plus que moi. Il a parl&#233; avec ma m&#232;re et apport&#233; deux c&#244;nes en sucre, signe d'une demande en mariage. Moi je ne faisais pas attention. Ma m&#232;re a dit qu'il fallait attendre trois ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'ai eu 16 ans il a fait sa demande. Ce n'&#233;tait pas mon choix. Mon p&#232;re n'a pas pu refuser car il travaillait pour eux. Moi je disais : je ne veux pas me marier, je veux continuer mes &#233;tudes. J'avais un examen &#224; passer le lendemain et je l'ai r&#233;ussi mais je n'ai pas continu&#233;. C'&#233;tait en 1973.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai une cousine qui a &#233;t&#233; mari&#233;e de mani&#232;re arrang&#233;e en Belgique et elle devait tout faire &#224; la maison de sa belle-m&#232;re. Moi je n'ai pas eu de soucis de belle-m&#232;re, je l'ai vue 2 fois seulement. Quand nous sommes all&#233;s au Maroc, pour rencontrer la famille de mon mari, il m'a dit : il faut mettre le foulard. Je ne parlais pas car je ne connaissais personne l&#224;. En plus on me parlait en berb&#232;re mais ce n'&#233;tait pas le m&#234;me que celui que mes parents m'avaient appris. Sa famille a cru que j'&#233;tais muette !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je connais mal le Maroc, je n'y suis all&#233;e que 2 fois. J'aimerais le visiter. Mais je ne peux pas voyager au Maroc seule, en tant que femme. Seule je suis mal &#224; l'aise, je ne connais rien, je n'ai pas l'habitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon mari est d&#233;c&#233;d&#233; il y a 15 ans. Je suis fi&#232;re aujourd'hui de pouvoir me d&#233;brouiller seule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Religion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfant, je voyais prier mes parents mais eux &#233;taient analphab&#232;tes donc ils ne savaient pas me transmettre les dogmes de la religion. Ils apprenaient ce que les autres leur disaient. Je n'ai commenc&#233; &#224; prier que quand je me suis mari&#233;e. Mon mari allait &#224; la mosqu&#233;e, il faisait ses pri&#232;res, il les chantait. Et donc moi dans ma cuisine je chantais les pri&#232;res pour les retenir. J'&#233;tais jeune, je voulais apprendre l'arabe pour comprendre par moi-m&#234;me mais cela n'a pas &#233;t&#233; possible. Plus tard je me suis int&#233;ress&#233;e &#224; l'islam, j'ai lu et j'ai compris qu'il y avait des courants diff&#233;rents dans la religion musulmane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Travailler, &#234;tre utile &#224; la soci&#233;t&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je me suis mari&#233;e, j'aurais aim&#233; continuer &#224; travailler mais ma famille et mon mari ne voulaient pas. Mon mari craignait peut-&#234;tre que sa femme devienne trop instruite. Pourtant il avait besoin de mon aide pour les papiers car lui n'avait jamais &#233;t&#233; &#224; l'&#233;cole ! J'ai aussi voulu faire des &#233;tudes &#224; la maison mais mon mari a refus&#233;. Alors je lisais beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis devenue moins timide quand j'ai propos&#233; &#224; ma fille ain&#233;e d'aller voir un psychiatre. Elle n'allait pas bien mais elle ne voulait pas y aller. Du coup, c'est moi qui y suis all&#233;e ! Et j'ai commenc&#233; &#224; &#233;voluer, &#224; plus penser &#224; moi. Car ma vie c'&#233;tait vivre pour les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, je me suis beaucoup occup&#233;e de ma petite-fille. Je l'amenais &#224; l'&#233;cole n&#233;erlandophone et l&#224; j'ai fait connaissance avec les mamans. On donnait des cours de n&#233;erlandais pour les mamans, j'y suis all&#233;e. Aujourd'hui, je vais &#224; l'asbl la Rue, &#224; Molenbeek o&#249; je rencontre beaucoup de personnes. Toutes ces exp&#233;riences m'ont amen&#233;e &#224; m'ouvrir plus, &#224; oser prendre la parole Le parcours et &#224; m'occuper plus de moi. Mais je reste toujours disponible pour les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aime faire conna&#238;tre la nature aux enfants, j'ai toujours eu la main verte. Je participe &#224; un jardin collectif rue des 4 Vents. On cultive, on s&#232;me avec les enfants du quartier. Tout est bio. Quand j'&#233;tais jeune je r&#234;vais d'investir dans un verger. Et de partager avec tout le monde. Donc les jardins collectifs &#231;a ressemble un peu &#224; mon r&#234;ve.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Josefa, une Espagnole n&#233;e &#224; Tanger dont le c&#339;ur est belge</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Amour, mariage, divorce</dc:subject>
		<dc:subject>Femme, f&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration nord africaine et descendants</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration europ&#233;enne et descendants</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Extrait de &#034;Nous racontons notre vie&#034; 2020-21 &lt;br class='autobr' /&gt;
Enfance et adolescence &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis n&#233;e &#224; Tanger, en 1956, mais je suis espagnole. Apr&#232;s la guerre civile en Espagne, en 1936, mes grands-parents sont partis &#224; Tanger. J'y ai v&#233;cu 10 ans avant d'arriver en Belgique. Je n'ai jamais parl&#233; l'arabe. &lt;br class='autobr' /&gt;
Avec ma maman, on allait parfois chez une de ses amies qui avait la t&#233;l&#233;vision. On regardait le film &#171; Le Saint &#187;. Moi j'&#233;tais contente, avec Simon Templar, si beau ! Puis c'&#233;tait les Incorruptibles. J'adorais ! Un (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot193" rel="tag"&gt;Immigration nord africaine et descendants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot195" rel="tag"&gt;Immigration europ&#233;enne et descendants&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait de &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article1340' class='spip_in'&gt;&#034;Nous racontons notre vie&#034;&lt;/a&gt; 2020-21&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enfance et adolescence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233;e &#224; Tanger, en 1956, mais je suis espagnole. Apr&#232;s la guerre civile en Espagne, en 1936, mes grands-parents sont partis &#224; Tanger. J'y ai v&#233;cu 10 ans avant d'arriver en Belgique. Je n'ai jamais parl&#233; l'arabe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec ma maman, on allait parfois chez une de ses amies qui avait la t&#233;l&#233;vision. On regardait le film &#171; Le Saint &#187;. Moi j'&#233;tais contente, avec Simon Templar, si beau ! Puis c'&#233;tait les Incorruptibles. J'adorais ! Un jour, quand nous sommes rentr&#233;es &#224; la maison, tous les gens &#233;taient dehors en pyjama : il y avait eu un tremblement de terre et nous, nous n'avions rien remarqu&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aimais beaucoup l'&#233;cole des s&#339;urs. Un jour, on allait en classe et j'ai &#233;t&#233; bouscul&#233;e. Je suis tomb&#233;e et on m'a transport&#233;e au secr&#233;tariat. Dans cette &#233;cole il y avait une chapelle. Pour me r&#233;conforter, on m'a donn&#233; du vin de messe. C'&#233;tait tr&#232;s bon. J'avais envie d'encore tomber pour recevoir encore ce vin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes parents &#233;taient s&#233;par&#233;s. J'&#233;vitais de me m&#234;ler de leurs conflits. Je voyais mon p&#232;re rarement. Il me disait qu'il allait venir, j'&#233;tais heureuse, je ne le montrais pas &#224; ma maman. Et puis mon p&#232;re ne venait pas. J'&#233;tais triste mais je ne voulais pas le montrer &#224; ma maman. C'&#233;tait tr&#232;s difficile. &#199;a a marqu&#233; un peu ma vie d'adulte : aujourd'hui, quand j'ai un rendez-vous ou quand j'attends quelqu'un, je suis malade d'angoisse de peur qu'il ne vienne pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#202;tre femme &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les choses de l'amour ? Je ne voulais pas que ma m&#232;re ou mon beau-p&#232;re m'en parle, j'aurais &#233;t&#233; d&#233;go&#251;t&#233;e. Alors c'est vraiment avec les filles de l'&#233;cole que j'ai appris. Je trouve qu'un homme c'est important dans la famille surtout pour les enfants. L'amour de mon p&#232;re m'a manqu&#233; &#233;norm&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis mari&#233;e pour quitter ma famille. C'&#233;tait un Sicilien qui me tapait. Et je l'ai quitt&#233;. Ma m&#232;re ne m'a pas mise au monde pour &#234;tre battue ! Une fois, j'ai mis un calmant dans sa soupe mais j'ai r&#233;alis&#233; que, comme il buvait de l'alcool, je risquais de le tuer. Je n'ai fait &#231;a qu'une seule fois. Quand j'ai quitt&#233; mon premier mari, je suis partie en vitesse avec mon sac et mes pantoufles. Je suis all&#233;e loger chez une amie et des gens m'ont aid&#233;e. J'ai v&#233;cu cach&#233;e, m&#234;me au travail. Je cachais ma carte de pointeuse pour &#233;viter que mon mari me retrouve. Quand il a t&#233;l&#233;phon&#233; au secr&#233;tariat pour me parler, connaissant la situation, on lui a r&#233;pondu que je ne travaillais plus dans cette soci&#233;t&#233;. Mon mari a port&#233; plainte pour disparition mais la police ne m'a jamais questionn&#233;e. Je n'osais plus sortir ni aller au cin&#233;ma. C'&#233;tait tr&#232;s dur ; j'avais peur tout le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s j'ai eu un autre compagnon, nous avons eu des enfants mais, le jour o&#249; il m'a gifl&#233;e, je l'ai quitt&#233;. Je suis partie imm&#233;diatement avec mes trois gar&#231;ons qui avaient respectivement 4 ans, 2 ans et demi et le b&#233;b&#233; de 15 jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, je suis mari&#233;e &#224; Michel, que j'avais fr&#233;quent&#233; jeune et que j'ai retrouv&#233; apr&#232;s des ann&#233;es. Je trouve que la femme et l'homme sont compl&#233;mentaires. Dans un m&#233;nage chacun doit apporter ce qu'il est capable de faire. Michel adore faire la cuisine et parfois on se dispute pour faire la cuisine !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Religions, croyances&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai grandi dans une famille catholique mais non pratiquante. Je suis all&#233;e &#224; l'&#233;cole catholique o&#249; j'ai &#233;t&#233; super heureuse. Dans mon &#233;cole, nous n'&#233;tions pas oblig&#233;es, d'aller &#224; l'&#233;glise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; un moment donn&#233; dans ma vie, j'ai eu des difficult&#233;s et je me suis adress&#233;e &#224; Dieu. Je suis entr&#233;e dans une &#233;glise protestante et ce qui m'a plu c'&#233;tait la libert&#233;. On ne m'imposait rien, on me demandait de juger par moi-m&#234;me. Dans l'&#233;glise que je fr&#233;quente aujourd'hui, je peux discuter, je peux demander de l'aide pour r&#233;fl&#233;chir. Quand je ne suis pas d'accord avec mon pasteur, je le lui dis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois de plus en plus en Dieu. Je sais qu'il est avec moi, je lui parle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Financi&#232;rement quand j'ai eu des probl&#232;mes, Dieu m'a toujours aid&#233;e &#224; trouver la solution. Un jour j'ai senti la d&#233;pression m'envahir mais j'avais 4 enfants. J'ai dit &#171; Seigneur aide moi ! &#187;. Et j'ai senti quelque chose qui me lib&#233;rait comme un bouchon d'une bouteille de champagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour moi c'est impossible de vivre sans Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entre ici et l&#224;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma m&#232;re est venue en Belgique pour vivre avec mon beau-p&#232;re car, en Espagne, le divorce n'&#233;tait pas possible. Avec l'&#226;ge je me sens tr&#232;s d&#233;racin&#233;e. J'ai difficile &#224; me situer. Je ne saurais pas habiter en Espagne car, m&#234;me en vacances, je m'y sens mal &#224; l'aise. Pourtant, le c&#244;t&#233; espagnol domine chez moi, je parle facilement avec les gens. J'aime la musique espagnole, orientale et belge. Je n'aime pas voyager, m&#234;me pour partir en vacances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Belgique c'est le pays de mon c&#339;ur. Je ne supporte pas qu'on dise des choses contre les Belges. Les Belges sont chaleureux : quand ils te connaissent, ils t'ouvrent leur c&#339;ur. Je suis contente maintenant d'avoir &#233;pous&#233; un Belge. Le racisme m'&#233;nerve. J'ai un fils qui est roux, il a souvent &#233;t&#233; moqu&#233;. Je trouve que c'est aussi du racisme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Mostafa, un id&#233;aliste libre dans sa t&#234;te</title>
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		<dc:subject>Religion, valeurs et &#233;thique</dc:subject>
		<dc:subject>Musulman.e (&#234;tre)</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration nord africaine et descendants</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Extrait de &#034;Nous racontons notre vie&#034; 2020-21 &lt;br class='autobr' /&gt;
Enfance et adolescence &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis n&#233; &#224; Tanger en 1956, pendant la guerre d'ind&#233;pendance. Notre famille est originaire du Rif, de la montagne. Mon p&#232;re est venu &#224; Tanger en bateau avec ses parents. C'&#233;tait pendant la guerre de 1921-1926, il n'y avait plus rien &#224; manger, ils &#233;taient 8 enfants. Ils logeaient chez des amis, &#224; la campagne. Un jour, mon papa est all&#233; en for&#234;t avec sa m&#232;re pour ramasser du bois. Il s'est &#233;loign&#233; et a rencontr&#233; un homme qui lui a (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot193" rel="tag"&gt;Immigration nord africaine et descendants&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait de &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article1340' class='spip_in'&gt;&#034;Nous racontons notre vie&#034;&lt;/a&gt; 2020-21&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enfance et adolescence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233; &#224; Tanger en 1956, pendant la guerre d'ind&#233;pendance. Notre famille est originaire du Rif, de la montagne. Mon p&#232;re est venu &#224; Tanger en bateau avec ses parents. C'&#233;tait pendant la guerre de 1921-1926, il n'y avait plus rien &#224; manger, ils &#233;taient 8 enfants. Ils logeaient chez des amis, &#224; la campagne. Un jour, mon papa est all&#233; en for&#234;t avec sa m&#232;re pour ramasser du bois. Il s'est &#233;loign&#233; et a rencontr&#233; un homme qui lui a demand&#233; ce qu'il faisait l&#224; tout seul. Et cet homme lui a propos&#233; de venir avec sa famille pour s'occuper de son domaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils avaient enfin une maison, des terrains &#224; cultiver, c'&#233;tait la porte du paradis qui s'ouvrait ! Le propri&#233;taire du domaine &#233;tait juif, il a permis &#224; des centaines de personnes du Rif de vivre en cultivant ses terres. C'est pour &#231;a que je n'aime pas qu'on parle mal des Juifs. Apr&#232;s, comme il y avait beaucoup de consulats &#224; Tanger, mon p&#232;re est devenu surveillant dans la maison du substitut du Roi. J'ai &#233;t&#233; dans de tr&#232;s bonnes &#233;coles. En troisi&#232;me primaire, j'ai appris le fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les meilleurs moments de ma petite enfance sont ceux que j'ai v&#233;cus avec ma grand-m&#232;re. Elle me portait sur son dos, elle m'y calait avec un grand drap et je restais des heures sur son dos. Je sens encore l'odeur de la sueur de ma grand-m&#232;re. Elle &#233;tait une vraie Berb&#232;re libre. Quand elle voyait les p&#234;cheurs passer, elle les faisait entrer chez elle, leur donnait &#224; manger et elle recevait du poisson en &#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entre ici et l&#224;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon histoire, entre ici et l&#224;-bas, c'est une histoire d'amour et de d&#233;samour. J'avais tout en tant que fils unique. Mais j'&#233;tais attir&#233; par l'Europe. J'en ai fait un peu le tour. Je pensais que le meilleur pays qui pourrait m'accueillir, c'&#233;tait l'Angleterre. J'ai eu pas mal d'aventures surtout avec une belle Iranienne ; je voulais me marier avec elle mais &#231;a n'a pas &#233;t&#233; possible. Finalement, j'ai &#233;conomis&#233; et je suis venu ici en 1979. Bruxelles &#233;tait le lieu o&#249; j'avais d&#233;j&#224; des cousins. Je m'y sentais prot&#233;g&#233;. Finalement, je me suis inscrit &#224; l'ULB et un mois apr&#232;s j'avais trouv&#233; un job.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici on respecte la loi. Au Maroc on respecte surtout les connaissances, les relations. Tout fonctionne par recommandations. On doit s'imposer physiquement parfois. Moi, c'est l'instruction et la culture qui m'ont favoris&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#202;tre homme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1983, en allant acheter un croissant, j'ai rencontr&#233; Latifa et ce fut le coup de foudre et nous nous sommes mari&#233;s. Avec Latifa, nous sommes compl&#233;mentaires. Elle a du caract&#232;re. Mon papa ne faisait pas tout ce que je fais. C'est un changement total. Par exemple &#224; la maison c'est moi qui fait la vaisselle, non parce que ma femme me le demande, mais parce que pour moi c'est naturel. Le plus important pour moi est que ma femme organise elle-m&#234;me son programme. Je ne l'influence en rien et, dans cet &#233;quilibre, je trouve ma voie. C'est notre fa&#231;on de cr&#233;er notre paradis. Latifa a &#233;t&#233; ma stabilit&#233;. J'aimerais mettre un diamant au centre de son petit foulard comme pour une princesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Religions, croyances, valeurs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans mon enfance, je voyais mon p&#232;re tout le temps en contact avec des Chr&#233;tiens. Mon p&#232;re faisait sa pri&#232;re mais il &#233;tait tellement fatigu&#233; qu'il oubliait. Moi j'aimais aller &#224; la Mosqu&#233;e lors des f&#234;tes, pour manger le couscous, et pendant les mois de Ramadan. C'&#233;tait le c&#244;t&#233; amusant mais, ce que je n'aimais, pas c'&#233;tait l'&#233;cole coranique &#224; partir de cinq ans. L'imam &#233;tait tr&#232;s dur, il utilisait le b&#226;ton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ma vie, la religion n'avait pas beaucoup d'importance. En secondaires je me passionnais pour la litt&#233;rature fran&#231;aise et, en m&#234;me temps, je lisais aussi les livres des Fr&#232;res Musulmans. Donc pour moi il y avait une dualit&#233;. J'ai lu Jean-Jacques Rousseaux et &#231;a m'a ouvert les yeux. A tel point que je suis devenu communiste. En 1979, je suis parti du Maroc car j'&#233;tais tout de m&#234;me dans le viseur des autorit&#233;s. &#192; ce moment d&#233;j&#224;, j'&#233;tais tr&#232;s lucide : en regardant les guerres qui &#233;clataient je me disais que le monde musulman &#233;tait en train de r&#233;p&#233;ter les guerres de religions avec les catholiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1981, en cherchant du travail en Belgique, le paradoxe a voulu que je devienne professeur de religion gr&#226;ce &#224; une annonce parue &#224; la mosqu&#233;e. &#192; ce moment, je portais la barbe et les gens dans le quartier m'appelaient Mo&#239;se. J'ai persuad&#233; des parents de laisser leurs enfants aller &#224; la piscine pour apprendre &#224; nager.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La religion pour moi c'est : le matin je suis juif, le midi je suis chr&#233;tien et le soir je suis musulman. Toutes les religions te disent de lire. Tu apprendras &#233;norm&#233;ment en lisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai apport&#233; une pierre. Elle vient de la plage de Tanger. C'est l'objet le plus pr&#233;cieux que j'ai chez moi. Parce qu'il a une histoire. Mon fils, qui est mort &#224; 9 ans d'une m&#233;ningite foudroyante, m'a apport&#233; cette pierre quand il avait 8 ans. Il voulait la donner &#224; son grand-p&#232;re. Cette pierre &#233;tait comme un cadeau qui est pass&#233; de main en main dans la famille. Aujourd'hui c'est moi qui l'ai. C'est un objet familial qui est plus pr&#233;cieux pour moi qu'un diamant. Ma femme l'utilise de temps en temps pour la pri&#232;re. Moi je ne fais pas trop la pri&#232;re. Les personnes &#226;g&#233;es ont souvent une pierre avec eux. Ils font des ablutions s&#232;ches &#224; l'aide de la pierre. Moi, lorsque je suis triste, je prends cette pierre, je la garde en main et la tristesse s'en va. Cette pierre a voyag&#233;, elle est charg&#233;e d'histoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis que je suis retrait&#233;, je m'implique dans plein d'activit&#233;s sociales. La seule qualit&#233; qui est partag&#233;e par toutes les religions, c&#8216;est la coh&#233;sion sociale. Si tu ne cherches pas la coh&#233;sion sociale, tu es comme un agriculteur qui ne cultive pas sa terre. Je transmets &#224; mes enfants le respect des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon r&#234;ve aujourd'hui est d'aider mes voisins. J'essaye de rendre &#224; la soci&#233;t&#233; ce qu'elle m'a donn&#233;. Je suis retrait&#233; et je pense que les retrait&#233;s peuvent avoir beaucoup de pouvoir pour aider les autres. Chacun a une valeur, une richesse qu'il faudrait partager, utiliser. Le monde d'aujourd'hui est beau mais le partage est mal fait. On doit aller vers plus de justice.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le travail, c'est la libert&#233; (Isabelle D.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1374</link>
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		<dc:date>2021-10-03T07:25:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Femme, f&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration nord africaine et descendants</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'accord rompu par l'Italie, le gouvernement belge recrute ailleurs de la main-d'&#339;uvre et signe un premier accord avec le Maroc en 1964. &lt;br class='autobr' /&gt;
Texte &#233;crit sur base du t&#233;moignage oral d'Ahajji &lt;br class='autobr' /&gt;
Voici l'histoire d'Ahajji. Sa famille vient de Tanger. Dans les ann&#233;es 60, les Fran&#231;ais cherchaient de la main-d'&#339;uvre au Maroc pour leurs mines de charbon. Alors le p&#232;re d'Ahajji a laiss&#233; derri&#232;re lui son m&#233;tier d'agriculteur pour partir travailler en France, comme ouvrier sous contrat. Sa femme et leurs six enfants, (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


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		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s l'accord rompu par l'Italie, le gouvernement belge recrute ailleurs de la main-d'&#339;uvre et signe un premier accord avec le Maroc en 1964.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Texte &#233;crit sur base du t&#233;moignage oral d'Ahajji&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici l'histoire d'Ahajji.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sa famille vient de Tanger. Dans les ann&#233;es 60, les Fran&#231;ais cherchaient de la main-d'&#339;uvre au Maroc pour leurs mines de charbon. Alors le p&#232;re d'Ahajji a laiss&#233; derri&#232;re lui son m&#233;tier d'agriculteur pour partir travailler en France, comme ouvrier sous contrat. Sa femme et leurs six enfants, dont Ahajji, 5 ans, se sont install&#233;s chez un oncle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ahajji raconte son enfance baign&#233;e de soleil et de libert&#233; : &#171; J'&#233;tais comme une sauvageonne, je passais mon temps &#224; jouer dehors et ne rentrais qu'au soleil couchant &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si elle peine &#224; &#233;voquer le d&#233;part du p&#232;re, elle se souvient par contre tr&#232;s bien du voyage qui, en 1968 la mena en voiture de Tanger &#224; Bruxelles avec ses 5 fr&#232;res et s&#339;urs, sa m&#232;re et leur oncle. On roula trois jours de suite, dans le froid et l'incertitude, on traversa Madrid et Paris avant d'arriver &#224; Bruxelles sous un ciel gris. La maison &#233;tait situ&#233;e pr&#232;s du March&#233; Commun, comme on l'appelait alors, &#171; une maison noire de charbon &#187;, raconte-t-elle. &#171; L'odeur du charbon, je m'en souviens encore &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son p&#232;re n'a pas travaill&#233; longtemps dans les mines. Tr&#232;s vite, il est venu en Belgique s'engager dans le b&#226;timent, o&#249; l'on recherchait de la main-d'&#339;uvre ouvri&#232;re. Les autorit&#233;s belges passaient sur les chantiers pour remettre aux travailleurs les papiers n&#233;cessaires. Dans la foul&#233;e, son p&#232;re recevra m&#234;me le permis de conduire &#171; gratuitement et alors qu'il ne savait pas conduire &#187;. Elle sourit en racontant cette anecdote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que son p&#232;re travaille &#224; la construction de la ligne de m&#233;tro Schuman, sa m&#232;re et ses deux s&#339;urs a&#238;n&#233;es restent &#224; la maison. L'&#233;cole &#233;tant obligatoire, les plus jeunes iront apprendre. De son premier cartable, elle raconte encore le contenu : ce crayon &#224; la mine rouge d'un c&#244;t&#233; et bleue de l'autre, et son premier cahier. On sent la fiert&#233; de l'enfant, qui, bien habill&#233;e, franchit pour la premi&#232;re fois le seuil de l'&#233;cole. C'est une petite fille de son &#226;ge, d'origine marocaine, arriv&#233;e quelques ann&#233;es auparavant, qui traduira la conversation entre son p&#232;re et l'institutrice. Ahajji a 11 ans et demi. Elle observe la sc&#232;ne et d&#233;cide d'apprendre &#224; parler le fran&#231;ais aussi bien que cette petite fille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle se passionne pour les &#233;tudes. En quelques mois, elle parle fran&#231;ais. Elle grandit, mais tr&#232;s vite elle sait que le temps lui est compt&#233; : dans sa culture, dans la culture de son p&#232;re, les femmes et les filles restent &#224; la maison. Elles ne font pas d'&#233;tudes et ne travaillent pas car leur destin est de se marier et de s'occuper des enfants. Alors Ahajji apprend autant qu'elle peut : elle lit, elle parle, et pour pouvoir continuer ses &#233;tudes le plus longtemps possible, elle convainc son p&#232;re de la laisser faire les seules &#233;tudes acceptables aux yeux de celui-ci : la couture professionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, son r&#234;ve, ce serait de devenir styliste : dessiner des v&#234;tements et les r&#233;aliser&#8230; Elle sent d&#233;j&#224; qu'elle a cette cr&#233;ativit&#233; et l'esprit d'ind&#233;pendance qui convient au m&#233;tier. Mais le temps passe vite. Trop vite. Elle n'a pas dix-neuf ans quand elle se marie. Trois mois apr&#232;s le mariage, elle attend son premier enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ahajji savait que son p&#232;re allait la marier. Telle est la tradition pour les filles. Elle choisit alors un homme &#171; qui la laissera sortir et travailler &#187;, car elle n'est pas femme &#224; rester entre quatre murs comme sa m&#232;re et ses s&#339;urs. Elle a, viss&#233;es au corps, cette envie d'apprendre et cette soif d'ind&#233;pendance. Sa premi&#232;re fille na&#238;t, mais son mari perd son travail et la famille traverse un passage difficile. Qu'&#224; cela ne tienne, Ahajji propose imm&#233;diatement d'aller travailler. Bravant l'opprobre familial, elle inscrit sa fille &#224; la cr&#232;che et s'engage comme ouvri&#232;re &#224; la cha&#238;ne dans une usine d'assemblage de v&#234;tements. On est en 1974.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; qu'elle &#233;voque les cours d'&#233;ducation sexuelle dispens&#233;s &#224; l'&#233;cole secondaire. On y parle de choses intimes, de choses dont m&#234;me sa m&#232;re ne lui a jamais parl&#233;. Elle ne veut pas trop d'enfants, c'est s&#251;r, et surtout, elle souhaite espacer les naissances. Elle aura quatre enfants : la premi&#232;re est arriv&#233;e tr&#232;s vite, le second est venu quatre ans plus tard, le troisi&#232;me cinq ans plus tard et le dernier apr&#232;s 8 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa famille condamne ses choix : celui de sortir faire les courses librement, sans foulard et sans djellaba, celui d'aller travailler, celui de placer sa fille &#224; la cr&#232;che. &#171; Aux yeux de mes parents, j'&#233;tais devenue une fille de rue, dit-elle, une personne qui n'a pas de respect. Mais au fond de moi, je savais ce que je pouvais faire &#187;. Car Ahajji n'a jamais renonc&#233; &#224; &#234;tre une bonne musulmane. Elle a gard&#233; ce qu'elle appelle &#171; les bases &#187; qui lui ont &#233;t&#233; enseign&#233;es par ses parents et l'&#233;cole coranique de Tanger. Elle a oubli&#233; beaucoup, mais en a gard&#233; une philosophie de vie. Elle sait qu'elle ne fait rien de r&#233;pr&#233;hensible : il faut savoir distinguer la culture et la religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail &#224; la cha&#238;ne l'&#233;puise. En 1976, elle arr&#234;te de travailler lorsqu'elle est enceinte pour la deuxi&#232;me fois. Elle se consacre &#224; l'&#233;ducation des enfants jusqu'en 1987, puis elle reprend la confection couture, d'abord dans un atelier, puis sous le r&#233;gime d'ind&#233;pendante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle n'a jamais arr&#234;t&#233; depuis. Cela fait 20 ans que son mari, lui, ne travaille plus. Ahajji a de l'&#233;nergie &#224; revendre et toujours cet esprit combatif. Un jour, elle demande &#224; son mari d'aller livrer un travail de confection. Il veut qu'elle l'accompagne et Ahajji est furieuse : elle a autre chose &#224; faire. Il refuse d'y aller sans elle. Elle claque la porte et, sur un coup de t&#234;te, d&#233;cide de s'inscrire dans une auto-&#233;cole. Le matin, elle passe l'examen th&#233;orique. L'apr&#232;s-midi, elle prend son premier cours pratique. Elle a plus de 40 ans, ce ne sera pas facile. Elle devra s'y reprendre &#224; plusieurs fois, mais elle l'aura, son permis, de haute lutte : une femme battante, je vous dis !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle doit &#224; nouveau braver les interdits, affronter les regards d&#233;sapprobateurs, les paroles d&#233;sobligeantes : &#171; Une femme qui conduit, ce n'est pas une femme &#187;. Elle suit sa propre logique, sans sourciller : &#171; Je refusais de d&#233;pendre de mon mari &#187;. Elle ne craint pas que les gens parlent : elle a toujours eu conscience de ce qui est bien ou mal. &#171; Savoir o&#249; tu mets les pieds &#8211; c'est l'expression qu'elle utilise &#8211; c'est quelque chose que j'ai inculqu&#233; &#224; mes enfants &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui ses enfants sont grands ; certains sont mari&#233;s. Ses parents vieillissent. Sans la conna&#238;tre, je me dis qu'on ne doit pas l'entendre souvent se plaindre, Ahajji : une telle force se d&#233;gage d'elle. Pourtant la vie n'est pas toujours rose. Elle aurait voulu devenir propri&#233;taire, son mari n'a jamais voulu : il y a donc toujours un loyer &#224; payer. Etre ind&#233;pendant, c'est bien, mais on ne peut plus s'arr&#234;ter de travailler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est elle qui prend en charge toute la famille : ses parents, ses petits-enfants qu'elle garde tout en travaillant dans l'atelier. Tous aujourd'hui profitent, d'une certaine mani&#232;re, des choix qu'a op&#233;r&#233;s Ahajji, de son ind&#233;pendance d'esprit. Bien s&#251;r, jamais ses parents n'exprimeront leur fiert&#233; : cela ne se dit pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des regrets ? Non. Ce qu'elle a voulu, Ahajji l'a fait. En se respectant. En respectant les siens. &#171; A mes enfants, j'apprends &#224; se faire respecter, &#224; savoir dire leurs limites &#187;. Elle reste une m&#232;re qui veut le meilleur pour ses enfants, elle leur donne de la libert&#233; et en m&#234;me temps un cadre, dit-elle. Elle reconna&#238;t que la Belgique lui a offert l'opportunit&#233; d'apprendre et d'aller de l'avant. On sent chez elle une grande ouverture d'esprit : on peut parler de toutes les choses de la vie, rien n'est tabou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne peux m'emp&#234;cher de voir Ahajji comme une pionni&#232;re, une femme qui a &#339;uvr&#233; pour am&#233;liorer sa condition et celles de ses semblables. Accepterait-elle le titre de f&#233;ministe ? Elle baisse les yeux. Ce n'est pas dans sa nature et encore moins dans sa religion de se mettre en avant. Une bonne musulmane doit rester discr&#232;te, dit-elle. Cela n'emp&#234;che pas d'avoir de la personnalit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mohamed L.</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1328</link>
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		<dc:date>2021-08-24T08:10:23Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Amour, mariage, divorce</dc:subject>
		<dc:subject>Education hors &#233;cole</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration nord africaine et descendants</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Paroles recueillies et mises en texte par Yassine, fils de Na&#239;ma et petit-fils de Mohamed et A&#239;cha. &lt;br class='autobr' /&gt; Mohamed L., mon grand-p&#232;re, voit le jour le 1er janvier 1934 dans une famille de paysans dans le petit village de Beni Yatfa situ&#233; &#224; trente kilom&#232;tres de la ville c&#244;ti&#232;re d'Al-Hoce&#239;ma, dans le Rif, territoire aride et montagneux au Nord du Maroc. Mohamed est l'a&#238;n&#233; d'une famille de huit enfants, quatre filles et quatre gar&#231;ons. Son p&#232;re, Omar avait &#233;pous&#233; une des plus belles filles du village, (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L115xH150/arton1328-c86e6.jpg?1776944406' width='115' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paroles recueillies et mises en texte par Yassine, fils de Na&#239;ma &lt;br class='autobr' /&gt;
et petit-fils de Mohamed et A&#239;cha.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mohamed L., mon grand-p&#232;re, voit le jour le 1er janvier 1934 dans une famille de paysans dans le petit village de Beni Yatfa situ&#233; &#224; trente kilom&#232;tres de la ville c&#244;ti&#232;re d'Al-Hoce&#239;ma, dans le Rif, territoire aride et montagneux au Nord du Maroc. Mohamed est l'a&#238;n&#233; d'une famille de huit enfants, quatre filles et quatre gar&#231;ons. Son p&#232;re, Omar avait &#233;pous&#233; une des plus belles filles du village, Fatouch. Mohamed aime beaucoup ses s&#339;urs, Rahma, Fatima, Mina et Zayna. Mais elles d&#233;c&#232;dent quasi toutes en bas-&#226;ge sauf Rahma, dont Mohamed se souvient encore. Elle meurt &#224; l'&#226;ge de onze ans des suites d'une pneumonie. Ses fr&#232;res, Hayachi, Boutahar et Abdelkrim sont plus costauds. Ils vivront tr&#232;s longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;A huit ans, responsable de famille&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Etant donn&#233; qu'il est n&#233; &#224; la campagne et qu'il est l'a&#238;n&#233;, Mohamed n'ira jamais &#224; l'&#233;cole. Il faut aider &#224; la ferme. En 1942, alors qu'il n'est &#226;g&#233; que de huit ans, c'est le drame : son p&#232;re les abandonne, sa m&#232;re, lui et ses trois fr&#232;res. Alors, il faut se d&#233;brouiller seuls. Il trouve un travail et un logement pour lui et ses proches, offert par les habitants du village. La g&#233;n&#233;rosit&#233; est grande entre paysans. Mohamed se l&#232;ve tous les jours &#224; l'aube pour aller chercher de l'eau au puits, travaille durement la terre, emm&#232;ne les troupeaux pa&#238;tre et vend quelques grains de bl&#233; au march&#233; dominical situ&#233; &#224; vingt kilom&#232;tres de sa maison. Tr&#232;s t&#244;t il devient responsable d'une famille. C'est le pr&#233;f&#233;r&#233; de sa m&#232;re qui le dorlote avec peu de moyens et beaucoup d'affection. La famine, la s&#233;cheresse, la faim et la douleur n'auront pas raison des liens qui unissent la famille. Les quatre fr&#232;res grandissent entour&#233;s de l'amour d'une m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;A quinze ans, premi&#232;re migration &#224; Tanger&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Quelques ann&#233;es plus tard, &#224; l'&#226;ge de quinze ans, Mohamed d&#233;cide de quitter sa campagne natale pour tenter l'aventure &#224; Tanger. A l'&#233;poque, cette ville situ&#233;e au croisement de l'Atlantique et de la M&#233;diterran&#233;e jouit d'un grand prestige : elle a un statut international entre 1925 et 1956, ann&#233;e de l'ind&#233;pendance du Maroc. Il y a donc du travail pour tout le monde. Il part de nuit avec septante dirhams en poche (six euros) rejoindre son fr&#232;re Hayachi, qui, arriv&#233; quelques mois plus t&#244;t, avait le souhait de faire venir sa m&#232;re et ses fr&#232;res. Mohamed part donc en second. Il d&#233;couvre une tr&#232;s grande ville, en comparaison &#224; son village natal et ne s'y sent pas tr&#232;s bien. Tant pis, il reste et trouve quand m&#234;me un petit travail de concierge dans un immeuble, il y dort, mange et prie Allah pour une meilleure vie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques mois plus tard, rien n'y fait, il a le mal du pays. Son fr&#232;re et lui sont des paysans et ils &#233;prouvent tous les deux quelques difficult&#233;s &#224; s'acclimater. En 1952, ils d&#233;cident de retourner au Rif. Surprise de les voir de retour, leur m&#232;re leur promet de les rejoindre &#224; Tanger avec les deux autres fr&#232;res. C'est ainsi qu'en 1953, la famille &#224; nouveau recompos&#233;e s'installe dans le quartier populaire de Larhzifatte, un ancien bidonville.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;A vingt-deux ans, propri&#233;taire de deux magasins
&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Mohamed est motiv&#233; et veut rendre sa m&#232;re fi&#232;re de lui. Il trouve un travail dans une petite &#233;picerie. Il fait d'abord le m&#233;nage, ensuite il gagne la confiance du patron, devient caissier et enfin g&#233;rant. Tout cela en trois ans. En 1956, il devient propri&#233;taire de l'&#233;picerie, et d&#233;cide de la mettre entre les mains de son petit fr&#232;re Boutahar. Il se sent bien, mais il en veut plus. Il ouvre sa propre boutique de tissus, foulards, sacs &#224; mains et autres accessoires pour femmes sur la plus belle avenue de Tanger de l'&#233;poque, avenue de Fez. Il est heureux et sa boutique marche tr&#232;s bien. C'est plut&#244;t un bel homme, respectueux et qui sait parler aux clientes.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Coup de foudre et mariage&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'il rencontre A&#239;cha en mai 1959, c'est le v&#233;ritable coup de foudre. Elle est orpheline de p&#232;re et m&#232;re, vit et travaille &#224; Tanger depuis quelques ann&#233;es. A&#239;cha a laiss&#233; ses quatre grands fr&#232;res et s&#339;urs dans le petit village de Hede Rouadi, non loin du village natal de Mohamed. Elle a aussi tent&#233; sa chance &#224; Tanger. Elle est la cadette et lui l'a&#238;n&#233;. Leurs histoires se ressemblent quelque peu et ils s'appr&#233;cient tout de suite. Ils ont connu la famine, la mis&#232;re et ne cessent d'&#233;changer leur parcours &#8230; Quelle co&#239;ncidence ! Tous les soirs, apr&#232;s le boulot, il la retrouve au Caf&#233; Paris o&#249; ils sirotent un th&#233; &#224; la menthe fra&#238;che. Ils se prom&#232;nent ensuite pendant des heures sur les boulevards Pasteur et Mohamed V. Et c'est tout naturellement qu'au printemps 1960, il demande sa main &#224; son cousin et tuteur. &lt;br class='autobr' /&gt;
A cette &#233;poque, A&#239;cha travaille aupr&#232;s d'une riche famille de juifs marocains qui la consid&#232;rent comme leur fille. Etant donn&#233; qu'il se marie, Mohamed souhaite que sa femme ne travaille plus. Comme dans toutes les familles de l'&#233;poque, les fr&#232;res mari&#233;s vivent ensemble dans la maison familiale avec la maman qui veille sur ses belles-filles lorsque les hommes vont travailler. A&#239;cha est contente mais elle r&#234;ve d'autre chose et surtout d'agrandir la famille. Elle fait trois fausses-couches et sa peine ne fait que grandir &#224; chaque fois que sa belle-s&#339;ur met au monde ses enfants. &lt;br class='autobr' /&gt;
Par un beau jour d'&#233;t&#233; 1962, alors que les t&#233;l&#233;visions et radios ne cessent de parler depuis quelques semaines de possibles conventions entre le Maroc et la Belgique pour l'envoi de travailleurs, A&#239;cha demande &#224; Mohamed d'aller se renseigner. Il semblerait que des voisins soient d&#233;j&#224; partis sur ce contient o&#249; le travail et l'argent ne manquent pas. Il faut tenter sa chance &#8230; Mais, Mohamed est tr&#232;s prudent et prend le temps de la r&#233;flexion. Il a pu certes quitter son village natal et s'installer en ville mais il s'agit maintenant de partir en Belgique, et donc de se frotter &#224; une autre langue, une autre culture, un autre paysage et un autre climat ! Il n'en est pas question : il n'a jamais &#233;t&#233; &#224; l'&#233;cole, et puis, se s&#233;parer de sa famille va &#234;tre trop dur &#8230; Mais A&#239;cha a des arguments plus convaincants. Elle lui parle d'ind&#233;pendance du couple, de se prendre r&#233;ellement en charge et de ne pas continuer &#224; d&#233;pendre des fr&#232;res et belles-s&#339;urs. La vie en &#171; communaut&#233; &#187; n'est pas aussi simple et il arrive souvent que des conflits &#233;clatent entre belles-s&#339;urs et belle-m&#232;re. A&#239;cha est respectueuse des valeurs traditionnelles mais n'a pas sa langue en poche.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;part en &#233;claireur pour la Belgique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Et c'est ainsi que le 20 mai 1963, Mohamed arrive &#224; la Gare du Midi &#224; Bruxelles, avec quelques amis du quartier. Il est parti en &#171; &#233;claireur &#187;. A&#239;cha est rest&#233;e &#224; Tanger. Avant de la quitter, Mohamed a dit &#224; sa femme : &#171; Je te promets que si la vie est bonne en Belgique, je reviens te chercher au plus vite. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une nouvelle vie commence pour lui. Sa devise en t&#234;te, &#171; Celui qui a des yeux et une langue, ne se perd jamais &#187;, il arpente les rues de Bruxelles &#224; la d&#233;couverte de celle qui allait devenir la Capitale de l'Europe. Quelle ville ! Ici tout est gris et les gens sont tristes. Les rues sont toujours calmes, les trottoirs sont propres et les enfants jouent avec leurs bicyclettes. Il ne comprend rien &#224; cette langue mais il est accompagn&#233; de son ami Ahmed qui a &#233;t&#233; &#224; l'&#233;cole et qui parle un peu le Fran&#231;ais. Le r&#234;ve se transforme tr&#232;s vite en cauchemar. Mohamed vit dans une petite arri&#232;re-maison tr&#232;s peu &#233;clair&#233;e avec quelques compatriotes. Ils dorment sur des matelas &#224; m&#234;me le sol et ils cuisinent &#224; tour de r&#244;le des tajines de l&#233;gumes pour se souvenir de leur pays. Il se souvient r&#233;guli&#232;rement de la grande maison familiale qu'il a achet&#233;e avec ses trois fr&#232;res et o&#249; il a laiss&#233; son &#233;pouse. Il pense souvent &#224; elle et se demande si elle pense &#224; lui. Heureusement, il trouve tr&#232;s vite un emploi. Rien &#224; voir avec son &#171; business &#187; au Maroc. Ici, il travaille dans une usine de ressorts &#224; Koekelberg.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au bout de douze mois, il a assez d'&#233;conomies et d&#233;cide de rentrer au pays. Toutes fi&#232;res, sa m&#232;re et sa femme l'accueillent chaleureusement. Il reste trois mois &#224; Tanger et revient &#224; Bruxelles pour gagner encore de l'argent. A cette &#233;poque, il y avait assez de travail et les ouvriers n'avaient que l'embarras du choix. Mohamed retourne chez son premier employeur. Son objectif est de gagner beaucoup d'argent pour faire venir sa femme ch&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les jeunes &#233;poux r&#233;unis &#224; Bruxelles&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;A&#239;cha rejoint son mari en janvier 1967. Elle travaille quelques mois comme aide-m&#233;nag&#232;re et tombe enceinte. Mohamed lui demande d'arr&#234;ter de travailler afin de ne pas prendre de risques et de veiller &#224; la grossesse tant attendue. De nouveau, le drame s'abat sur eux : une fausse-couche au troisi&#232;me mois de grossesse ! A l'h&#244;pital Saint-Pierre, le gyn&#233;cologue d&#233;cide de faire un curetage. Il faut enlever les traces des pr&#233;c&#233;dentes grossesses. Elle re&#231;oit aussi un traitement hormonal. Tr&#232;s triste, elle maudit la situation, la Belgique et son climat. Le soleil aurait pu lui remonter le moral ! Alors elle passe son temps &#224; d&#233;couvrir la ville avec ses copines Habiba et Zohra. Elles d&#233;ambulent sur les grandes avenues du centre de Bruxelles, se rendent &#224; la Basilique pour une promenade au vert, d&#233;couvrent la tour Martini et les grands magasins comme le Bon March&#233;. A&#239;cha est tr&#232;s contente lorsqu'elle rencontre d'autres compatriotes. Le week-end, Mohamed l'emm&#232;ne chez des amis du village natal et ils passent leurs soir&#233;es &#224; jouer aux cartes, chanter, &#233;voquer le pays avec une certaine nostalgie.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La famille s'agrandit, Mohamed prend un second travail&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Au mois de juin 1967, A&#239;cha retombe enceinte et ne prend aucun risque, son mari et ses copines la dorlotent. Le 10 f&#233;vrier 1968, nait leur premier enfant en bonne sant&#233;, Nadia. Les parents sont aux anges. Ils d&#233;m&#233;nagent dans un appartement plus spacieux, dans le quartier de la Bourse. Mohamed d&#233;cide de prendre un second travail. La journ&#233;e, il travaille &#224; l'usine de Koekelberg entre 6 h et 16 h. De 18 h &#224; 21 h, il nettoie des bureaux du c&#244;t&#233; de la Bourse. A l'usine, son travail consiste &#224; fa&#231;onner diverses pi&#232;ces m&#233;caniques : ressorts pour voitures, pi&#232;ces pour armes et meubles, porte de garage. Il d&#233;charge des pi&#232;ces m&#233;talliques en provenance d'Allemagne. Elles sont plac&#233;es dans diff&#233;rentes machines pour qu'il les travaille. Ensuite elles sont coup&#233;es et lim&#233;es afin de leur donner une forme et finalement pass&#233;es au four durant 1 h &#224; 1 h 30. Apr&#232;s refroidissement, les ressorts sont emball&#233;s dans des caisses. Les caisses sont charg&#233;es dans des camions &#224; destination de diff&#233;rents pays : France, Allemagne, Pays-Bas, ainsi que certains pays du Moyen-Orient.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne parle pas, n'&#233;crit pas et ne lit pas le Fran&#231;ais. Mais ce n'est pas trop grave, car ici on parle le N&#233;erlandais ! Tous ses coll&#232;gues sont n&#233;erlandophones et lui enseignent quelques mots passe-partout du type &#171; goeien dag, om acht uur beginnen, tot morgen, twintig minuten, verdoem !, ... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Des voisins solidaires&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le 3 juin 1969, son fils Mustapha vient au monde. Un fils ! Quelle merveille ! Les naissances s'enchainent : le 9 juin 1970 et le 7 juillet 1971 deux autres filles, Anissa et Na&#239;ma, voient le jour. Quatre enfants, quelle joie ! La cinqui&#232;me grossesse se passe tr&#232;s bien mais une complication lors de l'accouchement provoque le d&#233;c&#232;s de la quatri&#232;me princesse. A&#239;cha revit les douleurs du pass&#233; mais elle n'a pas le temps de pleurer. Il y a quatre enfants qui r&#233;clament leur maman. Elle est fort touch&#233;e, mais malgr&#233; tout heureuse. La famille re&#231;oit de l'aide de tous les voisins, Belges, Italiens, Grecs ou Turcs. La solidarit&#233; est r&#233;elle. M&#234;me le cur&#233; vient leur donner des v&#234;tements. Les enfants n'oublieront jamais le voisin Emile qui leur donne les jouets que ses enfants devenus grands ne regardent plus.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Vacances au Maroc&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Une famille de quatre enfants n&#233;cessite des soins, de la nourriture, des v&#234;tements ... Alors, les vacances passent au second plan. Mohamed n'a pas vu sa m&#232;re depuis quatre ans. En &#233;t&#233; 1973, son patron lui octroie deux mois de vacances. Puisque le Maroc lui manque beaucoup, il d&#233;cide de partir avec sa famille. Il faut bien que les enfants rencontrent leur grand-m&#232;re ! Le voyage se fait en avion : une premi&#232;re pour tout le monde. Arriv&#233; dans son quartier, Mohamed s'empresse d'aller embrasser sa m&#232;re. Les retrouvailles avec la famille sont exceptionnelles. Les cousins marocains d&#233;couvrent les petits Belges. &#171; Finalement, ils nous ressemblent &#187; pouvait-on entendre de la bouche des uns et des autres. Les vacances se passent dans la joie et la bonne humeur. Ses enfants s'entendent bien avec leurs cousins et cousines. &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s avoir revu sa famille, il retourne voir son ancienne boutique, et il est surpris de voir que m&#234;me apr&#232;s avoir quitt&#233; le magasin, quelques ann&#233;es plus t&#244;t, il tourne toujours aussi bien. Le quotidien des vacances est rythm&#233; par des longues soir&#233;es familiales pendant lesquelles les quatre fr&#232;res et leurs familles respectives se retrouvent autour de la grand-m&#232;re qui r&#233;ussira tout au long de sa vie &#224; garder les liens entre ses fils.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les deux ann&#233;es suivantes, ils partent &#224; nouveau en vacances en avion au mois de juillet.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mohamed n'a jamais pass&#233; son permis de conduire. Bien qu'en Belgique ce permis est &#171; distribu&#233; &#187; au d&#233;but des ann&#233;es septante, Mohamed a toujours refus&#233; de prendre le volant. Il ne voit pas l'int&#233;r&#234;t de disposer d'une voiture. Les bus roulent tr&#232;s bien. Et puis en voyant les &#233;normes tunnels creus&#233;s par d'autres de ses compatriotes et des immigr&#233;s turcs, il comprend que les m&#233;tros vont bient&#244;t faire leur apparition et r&#233;volutionner les transports. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les quatre enfants grandissent, et le prix du billet d'avion n'est plus accessible. Dor&#233;navant, le voyage vers le Maroc se fera en train. Le voyage dure deux nuits et trois jours. Le train part de la gare du Midi et arrive &#224; la gare d'Algesiras, &#224; la pointe de l'Espagne. Ensuite il faut prendre le bateau pour une travers&#233;e de deux heures trente jusqu'&#224; Tanger. Enfin, un taxi les emm&#232;ne &#224; la maison. Quatre semaines plus tard, c'est l'heure des adieux. La famille rentre en Belgique. Mohamed fait la promesse &#224; ses enfants que chaque ann&#233;e ils retourneront au pays, car il est important de maintenir le contact et de ne jamais renier ses origines.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Attention au rouge dans le bulletin !&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les enfants travaillent tr&#232;s bien &#224; l'&#233;cole. Etant donn&#233; que les parents ne parlent pas le fran&#231;ais, les enfants s'expriment tr&#232;s bien en arabe &#233;galement. A chaque bulletin hebdomadaire, A&#239;cha regarde avec beaucoup d'attention les points. Comme elle n'a jamais &#233;t&#233; &#224; l'&#233;cole, elle ne fait pas de diff&#233;rence entre les diff&#233;rentes notes, 10, 9, 8, 7, 6&#8230; et remarques, mais lorsqu'il y a du rouge, son regard se durcit. Elle comprend que la note est mauvaise et se f&#226;che en demandant &#224; un autre enfant de lui &#171; traduire &#187; le bulletin de son fr&#232;re ou de sa s&#339;ur. Par principe, elle ne demande jamais &#224; un enfant de lui lire ce que l'instituteur ou professeur a &#233;crit dans son propre bulletin. Na&#239;ma traduit celui d'Anissa, Anissa celui de Mustapha, Mustapha celui de Nadia et elle-m&#234;me celui de Na&#239;ma. Pas de mensonges ! A&#239;cha met un point d'honneur &#224; ce que ses enfants r&#233;ussissent &#224; l'&#233;cole.&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis toujours, Mohamed se rend aux r&#233;unions de parents de chaque enfant. Il ne parle pas fran&#231;ais convenablement mais r&#233;ussit &#224; dire aux instituteurs : &#171; Si Mustapha m&#233;chant, tu peux frapper. &#187; Il choque les professeurs qui lui r&#233;pondent : &#171; Monsieur, en Belgique on ne frappe pas les enfants. &#187; Mais c'est oublier que Mohamed, contrairement &#224; d'autres p&#232;res, n'a jamais lev&#233; la main sur un seul de ses enfants. C'est un v&#233;ritable papa-poule qui donne beaucoup d'amour &#224; ses enfants. A&#239;cha, quant &#224; elle, passe son temps &#224; les nourrir, les surprot&#233;ger et surtout &#224; leur donner l'envie d'&#233;tudier.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le temps passe &#8230;
&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but septembre 1985, alors qu'il n'a que 51 ans, Mohamed crache du sang et a une mauvaise toux. Tr&#232;s inquiet il va voir son m&#233;decin et celui-ci lui annonce que s'il continue &#224; fumer comme un turc, il va d&#233;velopper un cancer des poumons. C'est la douche froide. Il pense &#224; ses enfants et se dit qu'il ne peut pas leur faire cela. D&#232;s cet instant, il ne touchera plus une seule cigarette. Le 10 mars 1999, un nouveau drame a lieu : la maman de Mohamed d&#233;c&#232;de au Maroc. Sa peine est immense mais le 12 mars 1999, la naissance de son petit-fils Yassine, apaise sa douleur.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Parents fiers et grands-parents heureux&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, A&#239;cha et Mohamed sont fiers de leurs enfants. Ils ont tous fait des &#233;tudes et ont d&#233;croch&#233; de bons jobs. Nadia et Mustapha sont infirmiers, respectivement en g&#233;riatrie et p&#233;diatrie, Anissa est employ&#233;e dans une soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine de consultants et Na&#239;ma est cadre dans le secteur du marketing financier. Ils sont tous mari&#233;s et sont devenus parents. La famille se compose dor&#233;navant de quatre enfants et huit petits-enfants. Les r&#233;unions de famille du samedi apr&#232;s-midi sont tr&#232;s anim&#233;es et toujours pleine d'amour, de bonne humeur et partage &#224; l'image de ce couple qui est rest&#233; soud&#233; malgr&#233; les dures &#233;preuves de la vie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s avoir travaill&#233; durement pr&#232;s de trente ans dans l'usine de ressorts m&#233;caniques, Mohamed, marqu&#233; par ce travail, profite pleinement de sa pension aupr&#232;s d'A&#239;cha. Ils se consacrent &#224; leurs huit petits-enfants, qu'ils aiment plus que tout, et passent quatre mois par an &#224; Tanger dans le magnifique duplex que leurs enfants leur ont offert. Jamais ses enfants ne le remercieront assez pour ce qu'il a accompli en compagnie de sa femme.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quel homme courageux mon grand-p&#232;re !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Du Maroc &#224; la Belgique, d'une g&#233;n&#233;ration &#224; l'autre, les mariages dans notre famille</title>
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		<dc:date>2021-06-14T06:33:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Amour, mariage, divorce</dc:subject>
		<dc:subject>Musulman.e (&#234;tre)</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration nord africaine et descendants</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce r&#233;cit est extrait du projet &#034;Je raconte ma vie&#034; dans un groupe interculturel &#224; la Fonderie en 2018. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous sommes 3 s&#339;urs : Jamila, Soumaya et Botayna. Il y a 18 ans d'&#233;cart entre la plus jeune et la plus &#226;g&#233;e d'entre nous. Nous avons eu un grand-p&#232;re polygame au Maroc. Notre m&#232;re s'est mari&#233;e &#224; 12 ans. Toutes les 3, nous nous sommes mari&#233;es, avec des parcours tr&#232;s diff&#233;rents &#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Notre grand-p&#232;re maternel &#233;tait tr&#232;s amoureux de sa femme. Et pourtant, il &#233;tait polygame : il a eu 4 femmes. Chacune avait sa (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot182" rel="tag"&gt;Musulman.e (&#234;tre)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot193" rel="tag"&gt;Immigration nord africaine et descendants&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L150xH101/arton1304-8cc20.jpg?1776943995' width='150' height='101' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce r&#233;cit est extrait du projet &#034;Je raconte ma vie&#034; dans un groupe interculturel &#224; la Fonderie en 2018.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Nous sommes 3 s&#339;urs : Jamila, Soumaya et Botayna. Il y a 18 ans d'&#233;cart entre la plus jeune et la plus &#226;g&#233;e d'entre nous. Nous avons eu un grand-p&#232;re polygame au Maroc. Notre m&#232;re s'est mari&#233;e &#224; 12 ans. Toutes les 3, nous nous sommes mari&#233;es, avec des parcours tr&#232;s diff&#233;rents &#8230; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre grand-p&#232;re maternel &#233;tait tr&#232;s amoureux de sa femme. Et pourtant, il &#233;tait polygame : il a eu 4 femmes. Chacune avait sa chambre avec 6 ou 7 enfants. La seule qu'il aimait beaucoup, c'est notre grand-m&#232;re. Ils formaient un couple tr&#232;s uni. Tous ses mariages &#233;taient officiels et l&#233;gaux. A 80 ans, il s'est remari&#233; une 5e fois parce que lui et notre grand-m&#232;re &#233;taient malades et que toutes ses autres femmes &#233;taient d&#233;c&#233;d&#233;es. Ainsi, il s'est donc mari&#233; une derni&#232;re fois avec cette jeune fille pour qu'elle s'occupe de lui et de ma grand-m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jamila&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis l'a&#238;n&#233;e des s&#339;urs, n&#233;e en 1956 au Maroc. Mes grands-parents paternels m'ont &#233;lev&#233;e quand j'&#233;tais petite parce que ma m&#232;re &#233;tait trop jeune. Elle avait 15 ans quand je suis n&#233;e. Mes parents se sont mari&#233;s quand mon p&#232;re avait 18 ans et ma m&#232;re 12. C'est comme si j'avais deux mamans et deux papas. A l'&#226;ge de 25 ans, ma m&#232;re avait d&#233;j&#224; eu 6 enfants. Je l'aidais &#224; faire les courses et &#224; s'occuper de mes fr&#232;res et s&#339;urs. J'&#233;tais leur deuxi&#232;me maman. Je n'ai presque pas &#233;t&#233; &#224; l'&#233;cole.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me suis mari&#233;e en 1973 en Belgique avec un Alg&#233;rien. J'avais 18 ans et je vous voulais me d&#233;barrasser de mon p&#232;re, trop autoritaire. J'ai commenc&#233; &#224; travailler et puis, tr&#232;s vite je suis tomb&#233;e enceinte. Apr&#232;s mon accouchement, j'ai travaill&#233; dans la cantine d'un h&#244;pital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon mari me battait. Plusieurs fois, j'ai pris ma fille et mes valises pour partir chez mon p&#232;re &#224; Charleroi. Mon p&#232;re me conseillait de divorcer. Un jour, pendant que j'&#233;tais &#224; Charleroi, chez mes parents, mon mari est venu pour voir sa fille. Il a kidnapp&#233; notre fille et l'a emmen&#233;e &#224; Bruxelles chez un copain. Alors mon p&#232;re et moi avons port&#233; plainte &#224; la police. Avec l'aide de la police, j'ai repris ma fille. Nous sommes retourn&#233;es vivre chez mes parents. Quelques mois plus tard, mon oncle est venu nous voir avec mon mari. Il voulait que je donne une derni&#232;re chance &#224; mon mari. Mon p&#232;re a accept&#233;. Nous avons donc rev&#233;cu ensemble. Mon mari m'a tromp&#233;e. J'ai divorc&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;strong&gt;Soumaya&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233;e en 1960 au Maroc. J'avais 7 ans quand je suis arriv&#233;e en Belgique. Mari&#233;e tr&#232;s jeune, &#224; 16 ans, je n'ai pas termin&#233; l'&#233;cole. C'&#233;tait un mariage arrang&#233;, pas un mariage d'amour. Je me suis d'abord mari&#233;e au Maroc. Puis je suis revenue ici et j'ai chang&#233; d'avis. Il aurait fallu que je repasse &#224; la commune et je ne voulais plus. C'&#233;tait trois mois apr&#232;s mon mariage. Devant le bourgmestre &#224; la commune, j'ai dit non. Mon p&#232;re s'est mis dans une col&#232;re incroyable. Il ne m'avait jamais frapp&#233;e mais ce jour-l&#224;, il m'a donn&#233; une gifle. Alors on a repris une date &#224; la commune. J'avais deux choix, soit m'enfuir, mais o&#249; ? Ou bien me marier et tout accepter. Et je ne voulais pas que ma m&#232;re souffre. J'ai donc accept&#233; le mariage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, je suis divorc&#233;e, habite Bruxelles et suis grand-m&#232;re de 6 petits-enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Botayna&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233;e en 1974, en Belgique. Je suis la plus jeune de la famille. Tr&#232;s vite, je retourne vivre au Maroc et j'y fais mes &#233;tudes. Je reviens en Belgique &#224; l'&#226;ge de 19 ans, apr&#232;s m'&#234;tre mari&#233;e au Maroc avec un homme de nationalit&#233; belge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon mari vivait ici en Belgique et donc nous sommes partis vivre en Belgique. J'&#233;tais contente de partir avec un mari que j'avais choisi, qui &#233;tait tr&#232;s gentil. Puis je suis tomb&#233;e enceinte. J'ai eu deux enfants. Et c'&#233;tait dur parce qu'il me manquait quelque chose : cette chaleur humaine&#8230; Les voisins, les amis, ma maman me manquaient. Je n'&#233;tais pas d&#233;prim&#233;e mais j'avais id&#233;alis&#233; mon arriv&#233;e ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon mari allait travailler le matin et rentrait le soir. Je restais seule &#224; l'attendre et ce n'&#233;tait pas gai. Apr&#232;s, j'ai commenc&#233; &#224; travailler et &#231;a a &#233;t&#233; mieux. J'ai commenc&#233; &#224; m'habituer, &#224; sortir toute seule, faire mes courses. J'ai &#233;t&#233; secr&#233;taire, interpr&#232;te, j'ai travaill&#233; et travaille toujours actuellement dans des projets sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, je suis une femme &#233;panouie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

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