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	<title>Ages et transmissions</title>
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	<description>Cr&#233;&#233;e en 97, Ages et Transmissions est une asbl pluraliste bruxelloise permettant aux a&#238;n&#233;s de jouer un r&#244;le actif dans la soci&#233;t&#233;. Elle est reconnue comme organisme d'&#233;ducation permanente par la F&#233;d&#233;ration Wallonie-Bruxelles.</description>
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		<title>Ages et transmissions</title>
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		<title>Pourquoi avoir quitt&#233; la Hongrie ? (Elisabeth)</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sylvie (A&amp;T)</dc:creator>


		<dc:subject>Solidarit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Guerres autres</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte fait partie du feuilleton d'Elisabeth &#034;Entre Hongrie et Belgique, un chemin d'immigration&#034; Lire l'ensemble &lt;br class='autobr' /&gt;
Ayant &#233;t&#233; sollicit&#233;e pour &#233;crire sur les motivations qui ont pouss&#233; mes parents &#224; quitter leur pays le 21 d&#233;cembre 1957, il n'est pas simple pour moi de remonter l'horloge du temps de bient&#244;t 60 ann&#233;es, surtout qu'il n'y a plus personne que je puisse interroger sur ce sujet. Donc je vais creuser en mes propres souvenirs et en ce que j'entendis raconter par mes parents plus tard. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que je (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique164" rel="directory"&gt;Entre Hongrie et Belgique, un chemin d'immigration (Elisabeth H.)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot192" rel="tag"&gt;Guerres autres&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L150xH97/arton1134-58baa.jpg?1776712217' width='150' height='97' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie du feuilleton d'Elisabeth &#034;Entre Hongrie et Belgique, un chemin d'immigration&#034; &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique164' class='spip_in'&gt;Lire l'ensemble&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ayant &#233;t&#233; sollicit&#233;e pour &#233;crire sur les motivations qui ont pouss&#233; mes parents &#224; quitter leur pays le 21 d&#233;cembre 1957, il n'est pas simple pour moi de remonter l'horloge du temps de bient&#244;t 60 ann&#233;es, surtout qu'il n'y a plus personne que je puisse interroger sur ce sujet. Donc je vais creuser en mes propres souvenirs et en ce que j'entendis raconter par mes parents plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je sais, c'est qu'avoir chang&#233; de pays n'a pas trop boulevers&#233; l'enfant de 8 ans que j'&#233;tais : l'enfant se sent toujours bien l&#224; o&#249; sont ses parents. Ce sont eux qui se sont charg&#233;s de tout le poids de la vie, ayant &#224; coeur de nous laisser vivre le plus longtemps possible l'insouciance de l'enfance. Mes fr&#232;res et moi ignorions tout concernant leur d&#233;cision et les pr&#233;paratifs se sont faits clans la plus grande discr&#233;tion. Nous n'avons m&#234;me pas salu&#233; nos copains ou copines de classe avant de partir. En interrogeant aujourd'hui mes fr&#232;res jumeaux, de trois ans mes a&#238;n&#233;s, eux non plus n'ont que peu de souvenirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfant ne regarde pas en arri&#232;re, il se projette toujours dans le futur. Ainsi, je ne garde de ma vie en Hongrie que des flashs, sans aucun autre ressenti que d'avoir &#233;t&#233; entour&#233;e, prot&#233;g&#233;e par des parents aimants, d'une grand-m&#232;re, un parrain et une marraine et une tante encore c&#233;libataire. Il y avait aussi un cousin du m&#234;me &#226;ge que mes fr&#232;res ainsi qu'une cousine plus grande que nous mais qui ne partageait plus nos jeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; de papa il n'y avait plus de famille &#224; part le grand-p&#232;re paternel habitant &#224; Budapest, qui se situait &#224; 2.00 km au nord de notre ville. Il serait venu l'une ou l'autre fois pour passer No&#235;l avec nous, mais je ne garde aucun souvenir de lui. Donc notre famille n'&#233;tait pas bien grande. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui, ne restent plus que le cousin et la cousine, et la famille qui s'est agrandie par les mariages et les naissances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre le motif de notre d&#233;part, il faut que je raconte l'histoire de mon p&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
H est n&#233; le 25 juin 1914 &#224; Budapest. Donc toute son enfance et sa jeunesse se sont d&#233;roul&#233;es pendant les ann&#233;es d'entre-deux guerres, dans la capitale, o&#249; la vie n'&#233;tait pas facile ; &#224; cette &#233;poque les gens vivaient mieux &#224; la campagne, para&#238;t-il. Apr&#232;s lui, avec quelques ann&#233;es de distance, mon grand-p&#232;re ayant sans doute &#233;t&#233; mobilis&#233; durant la guerre 14-18, sont n&#233;es encore deux petites soeurs. Ma grand-m&#232;re avait une sant&#233; pr&#233;caire : une maladie l'a emport&#233;e trop t&#244;t, laissant &#224; charge de son mari deux petites filles autour de 10 ans et mon p&#232;re qui devait avoir 15 ou 16 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rapidement mon p&#232;re devint apprenti dans un garage ce qu'il n'aimait pas. Voulant continuer ses &#233;tudes, d&#232;s que possible, il les a financ&#233;es lui-m&#234;me et s'est retrouv&#233; avec des futurs ing&#233;nieurs sur les bancs d'&#233;cole en cours d'apr&#232;s-midi et en cours du soir. Son dipl&#244;me en mains, il n'&#233;chappa pourtant pas au service militaire qui &#233;tait de 4 ann&#233;es. Comme la guerre s'&#233;tait d&#233;clar&#233;e entretemps, il a investi 7 ann&#233;es de sa vie au service de son pays. Donc il &#233;tait d&#233;cid&#233; de rattraper au plus vite le temps perdu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant m&#234;me sa totale d&#233;mobilisation, &#233;tant donn&#233; son dipl&#244;me, il a obtenu une place stable comme ing&#233;nieur de ponts et chauss&#233;es. Il s'&#233;tablit dans notre ville o&#249; il prit un logement chez l'habitant, un couple tr&#232;s gentil. Assez rapidement, ce couple lui a pr&#233;sent&#233; une jeune fille &#224; marier qui fut ma m&#232;re. Tous deux avaient d&#233;j&#224; 31 ans, voulaient se marier et fonder une famille. Le mariage s'est fait simplement, le 2 d&#233;cembre 1945, en plein hiver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Papa avait un m&#233;tier de direction. Il &#233;tait charg&#233; de faire remettre en &#233;tat les routes dans toute notre province et pour cela il avait une &#233;quipe d'ouvriers sous ses ordres. Mes parents habitaient une maison de fonction o&#249;, l'ann&#233;e apr&#232;s leur mariage, l'arriv&#233;e de jumeaux a donn&#233; le bonheur et la fiert&#233; &#224; mes parents. Cette fonction-l&#224;, papa n'a pas pu la garder plus de 4 ou 5 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la guerre, les russes n'ont jamais tout &#224; fait quitt&#233; la Hongrie et le r&#233;gime communiste devint de plus en plus oppressant. Tout le monde devait se faire membre du 'Parti', surtout ceux qui occupaient une fonction importante dans la soci&#233;t&#233;. Papa, donnant le mauvais exemple &#224; ses ouvriers en refusant de se faire communiste, a &#233;t&#233; invit&#233; &#224; c&#233;der sa place, non pas &#224; un plus comp&#233;tent que lui, mais &#224; un plus ob&#233;issant. A cette &#233;poque, il fallait suivre les indications d'une famille politique manipulatrice et de plus en plus corrompue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant les 7 ann&#233;es de service militaire, il avait suffisamment ob&#233;i &#224; des &#171; ordres stupides &#187; comme il disait, donc il &#233;tait d&#233;cid&#233; dor&#233;navant &#224; mener sa vie en suivant d'autres valeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il obtint une place &#224; la banque r&#233;gionale de sa ville. L&#224;, il avait une bonne vue sur les magouilles et les d&#233;penses absurdes dans la gestion du bien commun. Comme il n'avait pas un caract&#232;re &#224; garder sa langue en poche, il revendiquait la libert&#233; d'expression et de foi. Tous les dimanches il se rendait &#224; l'&#233;glise du centre-ville avec sa famille. Nous, les enfants, suivions le cours de religion et allions au cat&#233;chisme pour faire notre premi&#232;re communion. Ceci n'&#233;tait pas au go&#251;t du r&#233;gime communiste qui rassemblait les enfants, &#233;tonnamment tous les dimanches matin et les cong&#233;s scolaires, pour les endoctriner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, papa fut convoqu&#233; devant un conseil o&#249; les accusations pleuvaient. Il s'est d&#233;fendu bec et ongles, connaissant bien tous les articles de loi du nouveau r&#233;gime, en stipulant les failles et les contradictions que comportaient les accusations. Il f&#251;t rel&#226;ch&#233; avec les avertissements n&#233;cessaires de se tenir calme car, une prochaine fois, il n'&#233;chapperait plus &#224; une condamnation et un enfermement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En octobre 1956, il y eut l'insurrection : les &#233;tudiants et la classe intellectuelle en avaient assez de l'oppression russe et voulaient g&#233;rer le pays sans ing&#233;rence. Ce fut un bain de sang. Comme c'&#233;taient les d&#233;buts de la t&#233;l&#233;vision, ici en Belgique, la TV diffusait en continu les &#233;v&#233;nements qui se d&#233;roulaient &#224; Budapest et dans les autres grandes villes du pays. Les chars russes sont parvenus &#224; r&#233;primer l'insurrection. Apr&#232;s quoi, ce fut le d&#233;part massif de beaucoup de Hongrois qui ne pouvaient plus accepter l'oppression et ceux qui avaient particip&#233; activement &#224; la r&#233;volution, craignaient pour leur vie. En effet, ont suivi des interrogatoires muscl&#233;s et des actes de torture pour obtenir des d&#233;nonciations, de fausses accusations. Et avec cela, des enfermements, des ex&#233;cutions, des pendaisons, des d&#233;portations en Sib&#233;rie, des accidents provoqu&#233;s pour faire dispara&#238;tre des personnes g&#234;nantes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon p&#232;re n'a pas pris part active &#224; cette insurrection, ne voulant pas compromettre sa famille. Toute la population pourtant a subi les cons&#233;quences de cette r&#233;volution d'octobre. Je me souviens tr&#232;s vaguement d'une anecdote o&#249;, un soir, mes parents nous ont avertis que nous irions peut-&#234;tre nous r&#233;fugier &#224; la cave la nuit. Ce ne fut pas n&#233;cessaire. Moi, comme enfant, je n'ai aucun autre souvenir de cette p&#233;riode. Les grandes personnes recevaient de jour en jour les nouvelles de proches qui disparaissaient et ils vivaient dans l'angoisse de ce qui pouvait bien encore leur arriver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie de tous les jours serait d&#233;sormais diff&#233;rente apr&#232;s cette insurrection &#233;touff&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A un certain moment, mon p&#232;re apprit que des juifs avaient obtenu des papiers pour &#233;migrer en Am&#233;rique. Il s'est dit : je ne suis pas juif et je ne veux pas aller en Am&#233;rique, mais j'ai deux soeurs qui habitent depuis de longues ann&#233;es en Belgique. Je vais faire la demande pour les rejoindre avec toute ma famille, on verra bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant les ann&#233;es '30, la Belgique avait organis&#233; des vacances pour des enfants hongrois dans des familles d'accueil. Ils arrivaient par trains entiers. Ainsi les deux soeurs de papa sont venues en Belgique, une &#224; Poperinge et l'autre &#224; Ypres. Les familles belges respectives les faisaient revenir les ann&#233;es suivantes aussi. Lorsqu'elles devinrent adultes, elles ont d&#233;cid&#233; de rester d&#233;finitivement en Belgique. Tante Th&#233;r&#232;se s'est mari&#233;e assez tardivement et a eu un fils. Tante Elisabeth ne s'est jamais mari&#233;e mais est rest&#233;e habiter toute sa vie durant, dans sa famille d'accueil o&#249; elle a connu six g&#233;n&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc papa, encourag&#233; par ses deux soeurs et leurs familles respectives, a fait la demande de visa pour immigrer avec sa femme et trois enfants en Belgique. C'est invraisemblable, mais il a obtenu les papiers apr&#232;s avoir motiv&#233; sa demande. Naturellement, il ne pouvait invoquer le r&#233;gime communiste qui ne lui convenait pas. II a donn&#233; comme motivation sa sant&#233; : en effet il n'y avait pas si longtemps qu'il avait &#233;t&#233; op&#233;r&#233; d'un ulc&#232;re et que deux tiers de son estomac avait &#233;t&#233; enlev&#233;s. &#171; Il voulait mettre ses enfants et sa femme en s&#233;curit&#233; pr&#232;s de ses soeurs en Belgique, au cas o&#249; sa sant&#233; n&#233;cessiterait d'autres soins &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les autorit&#233;s hongroises c'&#233;tait clair et net que notre d&#233;part serait d&#233;finitif, sans possibilit&#233; de retour. D'ailleurs, tout ce que nous laisserions derri&#232;re nous serait confisqu&#233;. Ainsi, la femme et le fils d'un sergent nous ont &#233;t&#233; impos&#233;s et sont venus occuper la plus belle pi&#232;ce de notre maison, d&#233;j&#224; plusieurs mois avant notre d&#233;part. Apr&#232;s notre d&#233;part, ils habiteront toute la maison !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, un photographe vint &#224; la maison pour faire une s&#233;rie de photos. C'&#233;tait certainement n&#233;cessaire pour ajouter le portrait de chacun de nous aux documents et pour donner un souvenir &#224; la famille que nous laissions derri&#232;re nous ainsi qu'aux familles qui nous attendaient en Belgique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un premier temps, les autorit&#233;s belges ont mis leur veto pour nous accueillir pour une dur&#233;e ind&#233;termin&#233;e : ils avaient donn&#233; acc&#232;s &#224; des milliers de r&#233;fugi&#233;s hongrois pendant et apr&#232;s la r&#233;volution d'octobre '56 et ils ne voulaient pas accueillir davantage de personnes. La famille belge de mes deux tantes a donn&#233; toute la garantie n&#233;cessaire aux autorit&#233;s belges, pour notre accueil : elle assurait le travail pour papa, ainsi que le logement et notre mise en route pour d&#233;buter une nouvelle vie. Plus tard nous avons appris que la famille belge &#233;tait m&#234;me all&#233;e en p&#232;lerinage &#224; Lourdes pour confier &#224; la Sainte Vierge la r&#233;ussite de notre arriv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes parents n'auraient jamais consenti &#224; risquer le passage de la fronti&#232;re ou du rideau de fer comme clandestins, risquant leur vie ou la n&#244;tre. Etonnamment, tout s'est fait d'une mani&#232;re enti&#232;rement r&#233;glement&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes partis avec un jour de retard, parce que, arriv&#233;s &#224; Budapest, les autorit&#233;s de la gare devaient rev&#233;rifier tous nos documents avant de d&#233;livrer le ticket de train. Plus tard, le train prit du retard &#224; la fronti&#232;re parce que, &#224; nouveau, les gardes-fronti&#232;res devaient t&#233;l&#233;phoner &#224; Budapest pour se renseigner &#224; notre sujet. Notre d&#233;part, retard&#233; d'un jour, fut providentiel puisque le train que nous aurions d&#251; prendre eut un grave accident en cours de route. La famille qui nous attendait, ayant appris l'accident au journal, &#233;tait dans l'angoisse jusqu'au moment o&#249; un t&#233;l&#233;gramme leur parvint annon&#231;ant notre arriv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai tr&#232;s peu de souvenirs concernant notre d&#233;part ainsi que de notre voyage en train. Je sais vaguement que nous avons dormi &#224; Budapest, chez des amis de papa, les deux nuits avant notre d&#233;part. Moi je dormais sur deux fauteuils mis l'un en face de l'autre. Ensuite, je me vois dans le compartiment couchette de Vienne &#224; Ostende o&#249; un filet fut tir&#233; entre tes cieux couchettes d'en haut dans lequel je pouvais dormir. Pour le reste, je suppose que, pour les enfants que nous &#233;tions, mes fr&#232;res et moi, le voyage devait &#234;tre excitant, probablement aussi fatigant puisqu'assez long.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s &#233;tonnamment, je me souviens tr&#232;s bien de notre arriv&#233;e &#224; Ostende, le 22 d&#233;cembre 1957 et de l'accueil que la 'famille belge' nous fit. J'ai m&#234;me le souvenir pr&#233;cis de la fa&#231;on dont j'&#233;tais habill&#233;e... &#201;tant la plus petite, je me suis sentie directement tr&#232;s entour&#233;e. Cette sensation n'a jamais &#233;t&#233; d&#233;mentie et je me suis tr&#232;s vite acclimat&#233;e &#224; mon nouvel entourage. Nous avons habit&#233; durant deux ann&#233;es et demie &#224; Poperinge et j'en garde beaucoup de tr&#232;s bons souvenirs mais ce sera un nouveau chapitre &#224; &#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article1135' class='spip_in'&gt;Lire la suite&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>1914, la tuerie de Tamines (Nicole H.)</title>
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		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Guerres autres</dc:subject>

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&lt;p&gt;Texte recopi&#233; et adapt&#233; du manuscrit &#233;crit par Victor D., mon grand-oncle, &#224; la demande de son chef en vue de transmettre un t&#233;moignage aux autorit&#233;s militaires belges et au Roi Albert. &lt;br class='autobr' /&gt;
En ao&#251;t 1914, Victor D., et sa jeune &#233;pouse Marie F. habitent Tamines. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le samedi 22 ao&#251;t, d&#232;s 3 h. du matin, des combats d'artillerie font rage dans les rues de Tamines entre les Fran&#231;ais et les Uhlans (nom des soldats allemands pendant la guerre 14-18). Les civils se cachent comme ils peuvent dans des caves ou des (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte recopi&#233; et adapt&#233; du manuscrit &#233;crit par Victor D., mon grand-oncle, &#224; la demande de son chef en vue de transmettre un t&#233;moignage aux autorit&#233;s militaires belges et au Roi Albert.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En ao&#251;t 1914, Victor D., et sa jeune &#233;pouse Marie F. habitent Tamines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le samedi 22 ao&#251;t, d&#232;s 3 h. du matin, des combats d'artillerie font rage dans les rues de Tamines entre les Fran&#231;ais et les Uhlans (nom des soldats allemands pendant la guerre 14-18). Les civils se cachent comme ils peuvent dans des caves ou des abris de fortune. Certains d'entre eux, dont Victor, sa femme Marie et des amis vont se cacher dans les magasins de l'imprimerie Duculot dont les murs en b&#233;ton arm&#233; offrent, semble-t-il, plus de s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers 14 h. les combats cessent mais personne n'ose s'aventurer dans les rues. Les r&#233;fugi&#233;s attendent encore une heure. Puis certains, d&#233;sirant savoir ce qu'il se passe, s'aventurent hors de l'abri. Ils se font imm&#233;diatement appr&#233;hender par les Uhlans qui profitent de cette sortie pour entrer dans l'atelier, fouiller toutes les personnes. Tous sont faits prisonniers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entour&#233;s de soldats, les prisonniers civils, hommes, femmes et enfants, sont conduits place St. Martin. Le spectacle qui s'offre &#224; leurs yeux est d&#233;solant : les maisons incendi&#233;es, des cadavres de civils carbonis&#233;s, des cadavres de chevaux&#8230; Vers 17 h. les prisonniers, qui viennent de partout, sont d&#233;j&#224; au nombre de 3 &#224; 400. Les hommes sont enferm&#233;s dans l'&#233;glise tandis que les femmes et enfants le sont dans l'&#233;cole des S&#339;urs. Le nombre de prisonniers civils augmente toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers 20 h., les hommes sont ramen&#233;s place St. Martin sous pr&#233;texte de creuser des tranch&#233;es. Place St. Martin, les prisonniers sont rang&#233;s face &#224; la Sambre sur un front de 200 hommes avec 4 rangs d'&#233;paisseur. Les prisonniers sont &#224; ce moment pr&#232;s de 800. La derni&#232;re rang&#233;e est &#224; environ 1,50 m. de la Sambre. Un officier Allemand crie : &#187; Si les Fran&#231;ais tirent encore, vous serez les premiers expos&#233;s au feu ! &#187;. Apr&#232;s cet avis, un soldat allemand tire en l'air ; par bonheur ce coup de feu ne re&#231;oit aucune r&#233;ponse. Ordre est donn&#233; aux prisonniers de s'asseoir, puis de se relever, puis de faire demi-tour, puis de crier par 3 fois &#171; vive l'Allemagne &#187;, puis de faire un quart de tour. A un moment, un soldat allemand passe le long des rangs et dit &#171; pas peur, on ne vous fera pas de mal.. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet Uhlan est &#224; peine rentr&#233; dans ses rangs que les prisonniers entendent le commandement sec d'un officier. Tout de suite les soldats &#233;paulent et font feu. Tout le monde tombe ; certains touch&#233;s &#224; mort, d'autres bless&#233;s et d'autres encore indemnes&#8230; dont Victor.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Uhlans ordonnent de se relever, sinon ils seront achev&#233;s par ba&#239;onnettes. A ce moment se livre en Victor le combat le plus terrible que l'instinct de conservation puisse livrer. Que faire pour se soustraire au danger ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Victor n'a pas &#224; chercher longtemps : des hommes se jettent &#224; la Sambre et il n'h&#233;site pas &#224; les imiter. Mais il ne sait pas nager ! Tomb&#233; &#224; l'eau, il se cramponne &#224; une touffe d'herbes ne sortant la t&#234;te que pour respirer. Ceux qui savent nager tentent de traverser la Sambre et de se r&#233;fugier de l'autre c&#244;t&#233; (tous les ponts ayant &#233;t&#233; d&#233;truits, ils sont s&#251;rs de ne pas &#234;tre poursuivis). Mais h&#233;las ! c'est un beau clair de lune et ils servent de cibles aux balles des soldats allemands.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin les Uhlans se retirent de la rive. Victor commence alors &#224; descendre la Sambre en se cramponnant toujours de brass&#233;e en brass&#233;e aux herbes du rivage. Il continue cet exercice jusqu'&#224; un buisson au dessous duquel il se blottit, &#224; 250 m. de l'endroit o&#249; il s'est jet&#233; &#224; l'eau. A peine install&#233; dans ce refuge retentit une 2&#232;me salve tir&#233;e sur ceux qui s'&#233;taient relev&#233;s. Quelques instants apr&#232;s, un nouveau commandement &#171; relevez-vous ! &#187; et enfin une 3&#232;me salve, mais cette fois &#224; la mitrailleuse. Puis le calme revient sur la place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Victor continue &#224; fuir, descend la Sambre encore 1 km de la m&#234;me fa&#231;on qu'il avait fait les 250 premiers m&#232;tres et attend jusque minuit. N'entendant toujours plus rien il se d&#233;cide &#224; sortir de l'eau pour regagner si possible sa maison et enfiler des v&#234;tements secs.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais avant de s'&#233;loigner de la Sambre, il aide 2 hommes qui avaient r&#233;ussi &#224; se sauver comme lui. Ils sont bless&#233;s : le premier a le pied trou&#233; par une balle et le second est frapp&#233; &#224; l'&#233;paule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Victor cherche &#224; regagner sa maison par le jardin. Mais arriv&#233; &#224; 20 m&#232;tres, il entend parler ; l'immeuble est occup&#233; par des soldats allemands ! Il se cache en se couchant entre les lignes de haricots &#224; perche de son jardin pour attendre le moment propice &#224; une fuite.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vers 10 h. du matin &#8211;le dimanche 23 ao&#251;t- Victor n'a toujours pas boug&#233; de sa cachette. Cette situation est inconfortable d'autant plus qu'il pleut depuis pr&#232;s de 7 heures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce moment il aper&#231;oit au bout du jardin un coll&#232;gue de travail &#233;chapp&#233; miraculeusement comme lui. Trois hommes, aussi rescap&#233;s, l'accompagnent et ensemble ils d&#233;cident de regagner Namur co&#251;te que co&#251;te. Sans &#234;tre vus ni inqui&#233;t&#233;s, traversant haies et jardins ils atteignent le charbonnage d'Auvelais o&#249; ils retrouvent 21 autres rescap&#233;s parmi lesquels un ing&#233;nieur des charbonnages. Dans la galerie qui les abrite, ils se lavent et se s&#232;chent tant bien que mal et se r&#233;confortent d'un peu de pain sec et d'eau donn&#233;s par des braves gens d'Auvelais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, vers une heure, des nouvelles troupes allemandes sont signal&#233;es sur le terril du charbonnage. Pour se soustraire &#224; ce nouveau danger les rescap&#233;s d&#233;cident, sur la proposition de l'ing&#233;nieur, de descendre dans une fosse abandonn&#233;e. Muni de 3 lampes de poche &#233;lectriques et emportant pour toute provision un pain de 2 kilos, le groupe gagne par des &#233;chelles son nouveau refuge situ&#233; &#224; une profondeur de 209m&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, lundi midi, 4 des rescap&#233;s remontent &#224; la surface pour s'enqu&#233;rir de la situation. Une heure plus tard, toujours sans nouvelle, les derniers rescap&#233;s remontent eux-aussi &#224; la surface.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux probl&#232;mes restent &#224; r&#233;soudre : chercher du travail pour se procurer de la nourriture et retrouver les membres de sa famille ; vivent-ils encore ? La solution du premier probl&#232;me est trouv&#233;e par le chef-machiniste du charbonnage qui embauche les rescap&#233;s pour tirer l'eau des puits contre nourriture et logement. Le soir venu, tous, ext&#233;nu&#233;s prennent un repos bien m&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le lendemain, mardi, &#224; peine se mettent-ils au travail que tous sont r&#233;quisitionn&#233;s par l'autorit&#233; militaire pour rep&#234;cher, sous la surveillance de soldats arm&#233;s, les cadavres des civils qui passent sur la Sambre et les enterrer. Tous sont occup&#233;s &#224; cette triste besogne jusqu'au mercredi soir. Pendant ces deux jours, ils rep&#234;chent et enterrent 64 cadavres parmi lesquels Victor reconna&#238;t quelques amis et connaissances&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeudi, Victor et quelques amis, n'en pouvant plus d'&#234;tre sans nouvelle des leurs, se font raser la barbe et couper les cheveux et prennent la fuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et le jeudi midi, Victor a l'immense joie de retrouver sa femme en compagnie d'&#233;pouses de compagnons d'infortune ; Marie, qui ne s'attendait plus &#224; retrouver son mari, en est tomb&#233;e &#233;vanouie&#8230; un revenant !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir d&#238;n&#233; &#224; quatre, Victor et Marie regagnent Velaine o&#249; ils retrouvent enfin le calme, le repos et la s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La fin de l'Alg&#233;rie fran&#231;aise (Philippe L)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article332</link>
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		<dc:date>2007-03-07T08:37:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Colonisation</dc:subject>
		<dc:subject>Guerres autres</dc:subject>

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&lt;p&gt;L'auteur de ce texte a &#233;t&#233; recrut&#233; &#224; Paris, en avril 1958, pour travailler dans une soci&#233;t&#233; p&#233;troli&#232;re active dans la d&#233;couverte et l'exploitation des ressources p&#233;troli&#232;res au Sahara. Bas&#233; &#224; Alger, il y a v&#233;cu d'avril 58 &#224; avril 62 la plupart des &#233;v&#232;nements dramatiques qui ont conduit &#224; l'ind&#233;pendance de l'Alg&#233;rie. Il d&#233;crit dans ce texte ses trois derni&#232;res semaines dans l'Alg&#233;rie encore fran&#231;aise, alors que le gouvernement fran&#231;ais du g&#233;n&#233;ral de Gaulle vient de signer avec les repr&#233;sentants du gouvernement (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;Tranches de vie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot138" rel="tag"&gt;Colonisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot192" rel="tag"&gt;Guerres autres&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'auteur de ce texte a &#233;t&#233; recrut&#233; &#224; Paris, en avril 1958, pour travailler dans une soci&#233;t&#233; p&#233;troli&#232;re active dans la d&#233;couverte et l'exploitation des ressources p&#233;troli&#232;res au Sahara. Bas&#233; &#224; Alger, il y a v&#233;cu d'avril 58 &#224; avril 62 la plupart des &#233;v&#232;nements dramatiques qui ont conduit &#224; l'ind&#233;pendance de l'Alg&#233;rie. Il d&#233;crit dans ce texte ses trois derni&#232;res semaines dans l'Alg&#233;rie encore fran&#231;aise, alors que le gouvernement fran&#231;ais du g&#233;n&#233;ral de Gaulle vient de signer avec les repr&#233;sentants du gouvernement provisoire alg&#233;rien les &#171; Accords d'Evian &#187; accordant l'ind&#233;pendance &#224; l'Alg&#233;rie et qui ont &#233;t&#233; suivis de la fuite imm&#233;diate de la population europ&#233;enne.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A cette m&#234;me p&#233;riode, les pourparlers entre le gouvernement et le FLN avaient abouti &#224; la signature des Accords d'Evian le18 mars 1962 suivie d'un cessez le feu d&#232;s le lendemain. L'ind&#233;pendance de l'Alg&#233;rie &#233;tait fix&#233;e au 1&#176;juillet ce qui signifiait que l'Alg&#233;rie fran&#231;aise &#233;tait finie.&lt;br /&gt; Ces accords mirent Alger en fureur. L'arm&#233;e fran&#231;aise f&#251;t d&#233;clar&#233;e &#171; arm&#233;e d'occupation &#187; par l'OAS (Organisation Arm&#233;e Secr&#232;te). Bab el Oued, le quartier populaire du bas de la ville se souleva. Le 23 mars ses habitants attaqu&#232;rent un v&#233;hicule de l'arm&#233;e et tu&#232;rent des soldats du contingent. C'&#233;tait l'attaque de trop. La riposte militaire fut imm&#233;diate et brutale. Des blind&#233;s investirent Bab el Oued en tirant sur tout ce qui bougeait pendant que des avions mitraillaient les combattants de l'OAS sur les terrasses et les toits. Le blocus dura 6 jours pendant lesquels tous les logements furent fouill&#233;s avec la brutalit&#233; bien connue des gendarmes.&lt;br /&gt;
L'&#233;motion &#233;tait &#233;norme &#224; Alger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est justement en plein dans cette p&#233;riode, le 24 mars, que je suis arriv&#233;, sans ma famille, &#224; l'a&#233;roport de Maison-Blanche. J'avais pris le dernier avion en partance de Paris. Apr&#232;s mon d&#233;part tous les vols civils ainsi que les liaisons maritimes et les communications t&#233;l&#233;phoniques entre la France et l'Alg&#233;rie ont &#233;t&#233; supprim&#233;s. L'Alg&#233;rie &#233;tait d&#233;sormais consid&#233;r&#233;e comme une pestif&#233;r&#233;e dont il fallait se garder.&lt;br /&gt; Comme il y avait gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale pour protester contre la r&#233;pression de l'arm&#233;e, l'a&#233;roport &#233;tait vide et j'ai eu beaucoup de mal &#224; trouver un taxi. Le conducteur n'a pas voulu me conduire jusque chez moi. Il consid&#233;rait mon adresse comme trop dangereuse car les musulmans commen&#231;aient eux aussi &#224; bouger. Aussi j'ai du faire un bout de chemin &#224; pied pour arriver &#224; mon immeuble. Mon quartier &#233;tait sinistre, sale et comme abandonn&#233;. La tr&#232;s rapide d&#233;gradation de la situation &#233;tait visible. Comme les &#233;boueurs ne passaient plus, les habitants br&#251;laient leurs ordures devant chez eux ; une fum&#233;e grasse et puante s'infiltrait partout et cr&#233;ait un sentiment de d&#233;sastre. Tout en remuant avec un b&#226;ton mes ordures pour moi aussi les br&#251;ler j'ai parl&#233; avec mes voisins qui &#233;taient compl&#232;tement d&#233;moralis&#233;s. Ils n'osaient pas trop me parler car je n'&#233;tais pas des leurs. J'&#233;tais un m&#233;tropolitain, donc &#224; leurs yeux, susceptible de les d&#233;noncer &#224; la gendarmerie. De m&#234;me je ne pouvais pas leur parler librement et dire ce que je pensais de l'OAS. J'aurais risqu&#233; un plastiquage ou pire encore.&lt;br /&gt;
Le soir, &#224; la nuit tomb&#233;e j'&#233;tais assis, d&#233;tendu, sur ma terrasse lorsque j'ai entendu des mitraillages dans la ville et ai vu passer dans le ciel noir des balles tra&#231;antes, sans &#233;prouver de craintes car c'&#233;tait un spectacle classique. Peu apr&#232;s j'ai eu l'explication du tintamarre en &#233;coutant un reportage sonore d' Europe 1 sur l'attaque par l'OAS d'une jeep de la gendarmerie sous le tunnel des Facult&#233;s dans lequel le bruit des tirs r&#233;sonnait particuli&#232;rement fort. L'ennui est qu'en m&#232;me temps &#224; Paris, mes parents, ma femme et mon fr&#232;re, rentr&#233; de la guerre, &#233;coutaient avidement toutes les informations sur l'Alg&#233;rie donn&#233;es par Europe1. Devant la violence du reportage ma femme se mit &#224; sangloter car elle connaissait bien les lieux et m'y imaginait, Claude exc&#233;d&#233; par tous ses souvenirs ne voulait plus rien &#233;couter et mon p&#232;re tentait de s'excuser aupr&#232;s de sa belle-fille italienne pour les horreurs fran&#231;aises. &lt;br /&gt;
Le 26 mars, je travaillais au bureau lorsque une manifestation de soutien aux habitants de Bab el Oued organis&#233;e par l'OAS pour le d&#233;but de l'apr&#232;s midi a vid&#233; le b&#226;timent. Je me suis aussi rendu au centre ville et j'y ai vu quelques centaines de manifestants, hommes, femmes et enfants r&#233;unis pour une manifestation apparemment pacifique mais qui venait d'&#234;tre interdite par la pr&#233;fecture de Police. Je suis rentr&#233; chez moi car il n'&#233;tait pas question que je suive les mots d'ordre de l'OAS.&lt;br /&gt; Le cort&#232;ge, malgr&#233; l'interdiction, s'est mis en route depuis la Grande Poste pour passer rue d'Isly en direction de Bab el Oued. A l'entr&#233;e de la rue les autorit&#233;s avaient plac&#233; un barrage, non pas des CRS habitu&#233;s &#224; r&#233;primer &#224; la matraque ce genre de manifestation mais, erreur ou manipulation criminelle, des tirailleurs musulmans venant du bled command&#233;s par un sous lieutenant kabyle. Il avait comme instruction simpliste de tirer si le cort&#232;ge voulait passer. Le cort&#232;ge a voulu passer et la troupe a tir&#233; sans &#233;tats d'&#226;me. Au bout de 10 minutes il y avait d&#233;j&#224; 62 morts et 200 bless&#233;s sur le sol lorsque le sous lieutenant a pu obtenir le cessez le feu de ses hommes. La radio Europe 1 a retransmis par apr&#232;s un enregistrement terrible o&#249; on pouvait entendre au milieu des tirs, des manifestants crier d&#233;sesp&#233;r&#233;ment au sous lieutenant &#171; halte au feu ! halte au feu ! &#187; sans succ&#232;s. C'&#233;tait terrifiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.cerclealgerianiste-lyon.org/audio/isly.wav&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;http://www.cerclealgerianiste-lyon.org/audio/isly.wav&lt;/a&gt; &lt;br /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.cerclealgerianiste-lyon.org/26mars62.html&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;http://www.cerclealgerianiste-lyon.org/26mars62.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain je suis all&#233; sur les lieux de la tuerie. Tout &#233;tait silencieux, fig&#233; dans la stupeur et la douleur. Une fois de plus des mares de sang sur les marches de la poste, sur les murs, dans les vitrines fracass&#233;es, dans les entr&#233;es de magasin t&#233;moignaient de la panique et du massacre.&lt;br /&gt;
Ce f&#251;t un choc immense pour tous les europ&#233;ens. Ils comprirent alors qu'ils n'&#233;taient plus prot&#233;g&#233;s ni par l'arm&#233;e ni par l'OAS et que la seule solution qui leur restait &#233;tait le d&#233;part, la fuite imm&#233;diate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail &#233;tait devenu tr&#232;s difficile dans ma soci&#233;t&#233; de services p&#233;troliers. Les ouvriers musulmans ne venaient plus de peur de se faire tuer dans la rue et plusieurs collaborateurs avaient disparu sans pr&#233;venir pour &#233;viter des sanctions de l'OAS. Le couvre feu avait &#233;t&#233; fix&#233; &#224; 20h et je passais souvent la nuit chez des amis faute de temps pour rentrer chez moi. Le 7 avril 62 arriva enfin une bonne nouvelle, le bureau d'Alger fermait et j'&#233;tais mut&#233; provisoirement &#224; Paris pour continuer mon travail. &lt;br /&gt;
Entre temps, le gouvernement avait pris en mains l'&#233;vacuation de la population vers la m&#233;tropole. Les bateaux et les avions ont commenc&#233; &#224; transporter des centaines de milliers de voyageurs sans bagages vers un pays o&#249; beaucoup n'avaient pas d'attaches et o&#249; ils ont &#233;t&#233; souvent mal re&#231;us.&lt;br /&gt;
Mon d&#233;part &#233;tait fix&#233; au 10 avril et ma premi&#232;re escale &#233;tait sur le champ p&#233;trolier d'Hassi-Messaoud au Sahara pour mon travail.&lt;br /&gt;
La veille au soir, ma derni&#232;re nuit &#224; Alger, j'ai rempli une caisse de tous les objets que je voulais faire partir ult&#233;rieurement, le reste &#233;tant en principe abandonn&#233;. Ce f&#251;t un choix corn&#233;lien. Quelles &#233;taient les choses importantes pour moi, pour ma famille, pourquoi privil&#233;gier l'une et pas l'autre ? Cela m'a perturb&#233;. J'ai eu le sentiment de trahir de bons serviteurs en les abandonnant.&lt;br /&gt;
Je me suis r&#233;veill&#233; &#224; l'aube du 10 car je devais conduire &#224; l'a&#233;roport un coll&#232;gue pour un avion matinal. Tout en me levant, j'ai entendu des bruits &#233;touff&#233;s &#224; l'ext&#233;rieur. J'ai regard&#233; par la fen&#234;tre et j'ai vu que l'immeuble &#233;tait cern&#233; discr&#232;tement par la gendarmerie qui s'appr&#234;tait &#224; une fouille et &#224; des interpellations. B&#234;tement, j'ai photographi&#233; le dispositif militaire. J'ai &#233;t&#233; vu. Peu apr&#232;s, des coups redoubl&#233;s ont r&#233;sonn&#233; &#224; ma porte, j'ai ouvert et 6 &#224; 7 gendarmes se sont pr&#233;cipit&#233;s chez moi, armes &#224; la main. Le grad&#233; s'est saisi de mon appareil photo et a arrach&#233; la pellicule pendant que les gendarmes se livraient &#224; une fouille minutieuse. Ils n'ont rien trouv&#233; de suspect et sont partis en m'emmenant, un canon de fusil dans les reins. Ils m'ont laiss&#233; sous bonne garde dans le hall de l'immeuble o&#249; m'a rejoint un voisin arr&#234;t&#233; tr&#232;s &#233;tonn&#233; de voir que moi aussi je devais appartenir &#224; l'OAS. Plus tard, j'ai &#233;t&#233; conduit &#224; un officier pour interrogatoire. Cela aurait pu &#234;tre un moment anxiog&#232;ne pour moi car s'il m'avait fait transf&#233;rer &#224; la gendarmerie j'y aurais probablement pass&#233; un mauvais moment et ce n'&#233;tait pas de chance &#224; quelques heures de mon d&#233;part d'Alger. Mais je me souviens &#234;tre rest&#233; parfaitement calme, plut&#244;t curieux de la suite des op&#233;rations dans un domaine auquel jusque l&#224; j'avais &#233;chapp&#233; : arrestation, menottes, interrogatoires muscl&#233;s, emprisonnement. L'officier s'est finalement rendu compte qu'il y avait m&#233;prise et m'a laiss&#233; partir tout en m'engueulant pour avoir pris des photos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En arrivant &#224; l'a&#233;roport, j'ai remont&#233; de longues files de gens qui patientaient pour prendre un avion pour la m&#233;tropole. Encadr&#233;s par la gendarmerie ils avaient laiss&#233; tous leurs biens derri&#232;re eux et emportaient peu de bagages. Beaucoup venus en voiture l'avaient abandonn&#233;e sur le bord de la route. C'&#233;tait une fin pitoyable et douloureuse pour tous ces gens qui se croyaient, il y a peu encore, les ma&#238;tres chez eux. C'&#233;tait aussi imm&#233;rit&#233; pour la plupart d'entre eux qui avait travaill&#233; dur dans ce pays, souvent depuis des g&#233;n&#233;rations. Mais tromp&#233;s par leur passion et leurs &#233;motions ils avaient &#233;t&#233; incapables de comprendre qu'il n'&#233;tait plus possible &#224; un million d'europ&#233;ens de soumettre par la force une population musulmane dix fois plus nombreuse et, qui plus est, demeurant sur sa terre ancestrale. Ils avaient &#233;t&#233; trahis par les promesses insens&#233;es de leurs leaders et manipul&#233;s par l'OAS. Cette derni&#232;re, par son radicalisme haineux avait emp&#234;ch&#233; que la p&#233;riode de transition et de collaboration avec les alg&#233;riens pr&#233;vue par les Accords d'Evian soit mise en &#339;uvre. Un beau g&#226;chis qu'ils payaient cash !&lt;br /&gt;
Par rapport &#224; tous ces malheureux je me sentais incroyablement privil&#233;gi&#233;.&lt;br /&gt;
Mon premier privil&#232;ge &#233;tait de pouvoir atteindre les pistes sans faire la queue pendant des heures ou des jours puisque j'&#233;tais un des rares &#224; aller vers le sud.&lt;br /&gt;
Le deuxi&#232;me &#233;tait que si je partais effar&#233; par le d&#233;sastre dont j'&#233;tais t&#233;moin je vivais quand m&#234;me dans une certaine l&#233;g&#232;ret&#233; puisque je quittais une situation devenue infernale pour rentrer dans mon pays retrouver ma femme et ma fille en n'abandonnant que de maigres biens mat&#233;riels. De plus j'avais des perspectives favorables pour mon avenir professionnel ce qui n'&#233;tait pas le cas de ceux qui s'enfuyaient maintenant.&lt;br /&gt;
Dans l'avion j'ai commenc&#233; &#224; faire le bilan de mes ann&#233;es d'Alg&#233;rie. Cela faisait 4 ans presque jour pour jour que j'arrivais &#224; Alger, le 20 avril 1958, avec une seule valise. J'&#233;tais alors seul et en plein inconnu. Ce furent quatre ann&#233;es denses au cours desquelles j'avais beaucoup appris. Ce furent des ann&#233;es p&#233;rilleuses que j'avais travers&#233;es sans la moindre anicroche alors qu'une balle, un plastiquage, un accident auraient pu facilement mettre fin &#224; mon parcours et les occasions de danger n'avaient pas manqu&#233; ! Ce furent des ann&#233;es passionnantes : d&#233;couvrir Alger, le Sahara, le monde du p&#233;trole et celui de la guerre. Cr&#233;er des liens avec mes amis soldats, avec les familles d'officier, avec mon milieu professionnel, le monde du p&#233;trole, cr&#233;er et exercer dans ma soci&#233;t&#233; les fonctions de chef des services administratifs. Surtout c'&#233;tait pendant cette p&#233;riode que j'avais rencontr&#233; ma future femme, que nous avions peu &#224; peu fait connaissance par nos lettres, que notre amour s'&#233;tait impos&#233; &#224; nous et que rien n'avait pu nous emp&#234;cher de vivre ensemble en Alg&#233;rie dans un pays d&#233;chir&#233; par la guerre, d'y avoir une petite fille qui comblait notre c&#339;ur.&lt;br /&gt; Toute ma pr&#233;sence dans ce pays avait &#233;t&#233; color&#233;e passionn&#233;ment par le conflit, la pr&#233;sence militaire, les soul&#232;vements et les barricades, la forte pr&#233;sence de de Gaulle, les tirs, les explosions, le sang, l'angoisse et l'espoir. Il n'y avait pas eu un jour sans que cette guerre malgr&#233; ses d&#233;chirements et ses horreurs ne donne de l'intensit&#233; &#224; ma vie quotidienne ; si j'avais v&#233;cu une vie plus classique en France, j'aurais certainement v&#233;cu moins fort. Et puis j'avais le sentiment que j'avais &#233;t&#233; au c&#339;ur d'une grande et difficile aventure nationale dans laquelle ma g&#233;n&#233;ration avait &#233;t&#233; durement mise &#224; contribution. Ni h&#233;ros, ni planqu&#233;, j'avais pu y jouer moi aussi ma petite partition et cela me reliait &#224; ma nation. Cette id&#233;e me satisfaisait.&lt;br /&gt;
Avais-je &#233;t&#233; prot&#233;g&#233; ou &#233;tait-ce la chance, ma bonne &#233;toile ? Quelle avait &#233;t&#233; ma part dans ce qui finalement avait &#233;t&#233; un succ&#232;s ? Ces questions sont sans r&#233;ponses.&lt;br /&gt;
Quand je suis parti d&#233;finitivement d'Hassi Messaoud pour Paris, j'ai pu voir en d&#233;collant une jeune europ&#233;enne qui promenait son b&#233;b&#233; sous des palmiers. Cette image m'a surpris et r&#233;joui. La premi&#232;re fois que j'y &#233;tais venu, Hassi Messaoud &#233;tait un d&#233;sert de sable actif et bourdonnant de gros engins o&#249; les femmes &#233;taient exclues. Quatre ans apr&#232;s une oasis avait pouss&#233; gr&#226;ce au pompage de l'eau souterraine, le p&#233;trole et le gaz sortaient &#224; flots des forages et des mamans pouvaient s'y promener paisiblement. C'&#233;tait un bien beau cadeau que la France, par les Accords d'Evian, laissait &#224; son ex colonie ! &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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