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	<title>Ages et transmissions</title>
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	<description>Cr&#233;&#233;e en 97, Ages et Transmissions est une asbl pluraliste bruxelloise permettant aux a&#238;n&#233;s de jouer un r&#244;le actif dans la soci&#233;t&#233;. Elle est reconnue comme organisme d'&#233;ducation permanente par la F&#233;d&#233;ration Wallonie-Bruxelles.</description>
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		<title>Ages et transmissions</title>
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		<title>Je me sens encore &#233;trang&#232;re en Belgique (Maria, portugaise)</title>
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		<dc:subject>Immigration europ&#233;enne et descendants</dc:subject>
		<dc:subject>Racisme</dc:subject>
		<dc:subject>Expatriation</dc:subject>
		<dc:subject>Colonisation</dc:subject>

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&lt;p&gt;Extrait de &#034;Nous racontons notre vie&#034; 2023-24 &lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sentation &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis n&#233;e en 1965, au Mozambique, une ancienne colonie portugaise. Je suis de nationalit&#233; portugaise. Je suis n&#233;e dans une voiture, une Coccinelle. Mes parents &#233;taient en promenade au bord de la mer lorsque j'ai d&#233;cid&#233; d'arriver au monde. Ma vie a connu beaucoup d'&#233;v&#233;nements compliqu&#233;s et tristes, beaucoup de changements. Je suis arriv&#233;e en Belgique en 2010 pour le travail et je me sens encore &#233;trang&#232;re ici. Je ressens de la confusion dans (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;Tranches de vie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot199" rel="tag"&gt;Racisme&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot138" rel="tag"&gt;Colonisation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait de &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article1340' class='spip_in'&gt;&#034;Nous racontons notre vie&#034;&lt;/a&gt; 2023-24&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Pr&#233;sentation&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233;e en 1965, au Mozambique, une ancienne colonie portugaise. Je suis de nationalit&#233; portugaise. Je suis n&#233;e dans une voiture, une Coccinelle. Mes parents &#233;taient en promenade au bord de la mer lorsque j'ai d&#233;cid&#233; d'arriver au monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma vie a connu beaucoup d'&#233;v&#233;nements compliqu&#233;s et tristes, beaucoup de changements. Je suis arriv&#233;e en Belgique en 2010 pour le travail et je me sens encore &#233;trang&#232;re ici. Je ressens de la confusion dans mes souvenirs, car je manque de rep&#232;res familiaux.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Enfance&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;J'ai grandi au Mozambique jusqu'&#224; mes 10 ans. C'est gr&#226;ce &#224; des photos de famille faites par mon p&#232;re que je peux me souvenir de cette p&#233;riode, car, &#233;tonnamment, j'ai tr&#232;s peu de m&#233;moire de cela. D'apr&#232;s les photos, je vivais dans une famille soud&#233;e et bienveillante, dans le contexte colonial des ann&#233;es 1960. Mon p&#232;re a &#233;t&#233; mut&#233; plusieurs fois au Mozambique. D'apr&#232;s les photos, je suis all&#233;e &#224; l'&#233;cole chez les religieuses et aussi &#224; l'&#233;cole publique avec les enfants africains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment de l'ind&#233;pendance, en 1975, mes deux s&#339;urs et moi avons &#233;t&#233; envoy&#233;es, seules, au Portugal, car mes parents avaient tr&#232;s peur que quelque chose de grave nous arrive. On a log&#233; pendant 2 ann&#233;es dans des familles d'accueil, en &#233;tant s&#233;par&#233;es de nos parents. La premi&#232;re famille o&#249; je suis tomb&#233;e habitait &#224; la campagne, au nord-est du Portugal. C'&#233;tait une famille de grands propri&#233;taires terriens. Aujourd'hui, j'ai la nostalgie de cette nature et de la montagne, m&#234;me si je n'y ai v&#233;cu que quelques mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque mes parents sont revenus au Portugal, nous nous sommes retrouv&#233;s et avons v&#233;cu ensemble &#224; Lisbonne, mais nous &#233;tions devenus un peu des &#233;trangers les uns envers les autres. Ma m&#232;re est rapidement d&#233;c&#233;d&#233;e d'une maladie incurable. J'avais alors 13 ans.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;&#202;tre femme&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Mon adolescence s'est d&#233;roul&#233;e au Portugal, dans la p&#233;riode suivant la fin de la dictature de Salazar, &#224; un moment de changement de m&#339;urs. Pendant la dictature, la mentalit&#233; &#233;tait tr&#232;s conservatrice et la religion catholique tr&#232;s pr&#233;sente dans la vie des gens. Le r&#244;le social des femmes &#233;tait limit&#233;. Apr&#232;s la r&#233;volution, cela a &#233;t&#233; un changement global de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait d'habiter dans la capitale m'a permis d'&#234;tre plus libre. M&#234;me si mon p&#232;re &#233;tait plut&#244;t conservateur et ma grand-m&#232;re tr&#232;s stricte, le manque d'encadrement familial, d&#251; &#224; la mort de ma m&#232;re, m'a permis de choisir mon chemin. J'&#233;tais plut&#244;t intellectuelle, int&#233;ress&#233;e par la culture, et j'ai d&#233;cid&#233; que le mariage ne me convenait pas. En fait, je ne me suis jamais mari&#233;e, m&#234;me si j'ai v&#233;cu en couple plusieurs fois. Au contraire, mes s&#339;urs se sont mari&#233;es tr&#232;s t&#244;t et sont devenues m&#232;res rapidement.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Entre ici et l&#224;&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Nous avons beaucoup boug&#233; dans notre famille. Quand on d&#233;m&#233;nage, on gagne, on s'enrichit d'exp&#233;riences et on apprend d'autres modes de vie, mais on perd aussi beaucoup, on perd de son identit&#233; en en construisant une autre. On d&#233;veloppe un &#234;tre flou, et &#231;a, c'est douloureux. Les gens qui n'ont pas eu le m&#234;me genre de parcours ne comprennent pas. Moi, je me sens connect&#233;e avec les autres migrants du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai beaucoup souffert jeune, en arrivant au Portugal, apr&#232;s l'ind&#233;pendance des colonies. On subissait des pr&#233;jug&#233;s : en Afrique, on &#233;tait des Blancs, des colonisateurs et, au Portugal, on nous appelait &#171; retornados &#187;, cela correspond au terme &#171; Pieds-noirs &#187; en France. &#192; l'&#233;cole on &#233;tait harcel&#233;s, on &#233;tait bouscul&#233;s par les autres enfants. Et nous n'avions pas de parents pour nous soutenir, car nous vivions en familles d'accueil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Retornado &#187; signifie celui qui retourne, mais moi je ne retournais pas, car je suis n&#233;e en Afrique. C'&#233;taient plut&#244;t mes grands-parents et mes parents qui retournaient. On &#233;tait mal vus, car on avait &#233;t&#233; des exploitants. Il a eu aussi un grand choc culturel, car les gens arrivant des colonies avaient des habitudes tr&#232;s diff&#233;rentes de celles de Lisbonne. Aussi, le contexte de crise du pays, les grands changements politiques et historiques qui se produisaient &#224; cette &#233;poque ont &#233;t&#233; &#224; l'origine de beaucoup de tensions sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard en tant qu'adulte, en venant travailler au Luxembourg et en Belgique pour des raisons professionnelles, j'ai subi des exp&#233;riences qui m'ont fait bien sentir que je n'appartenais pas au pays &#171; d'accueil &#187; et &#231;a, c'est tr&#232;s dur. Or je suis une Europ&#233;enne. J'imagine que, pour les personnes d'autres continents, &#231;a doit parfois &#234;tre plus complexe et douloureux. En arrivant au Luxembourg en 2005 pour mon travail, j'ai compris que le Portugais &#233;tait per&#231;u comme quelqu'un de bas niveau, qui n'avait pas fait d'&#233;tudes et &#231;a m'a caus&#233; des difficult&#233;s. Un jour je suis all&#233;e chez le m&#233;decin et celui-ci ne croyait pas que j'&#233;tais portugaise : &#171; vous n'&#234;tes pas portugaise, car les Portugais n'ont pas les yeux bleus et ne sont pas blonds ! Vous avez &#233;tudi&#233;, vous &#234;tes mince et grande ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis consciente que je dois transformer ces exp&#233;riences en un atout, pour &#234;tre plus forte. Je n'y arrive pas encore. J'essaie de ne pas vivre uniquement dans un milieu d'immigr&#233;s. Cela me semble fig&#233;, on a des id&#233;es tr&#232;s &#171; clich&#233;s &#187; : la culture portugaise, ce n'est pas que le fado et les pasteis de nata. J'essaie de me lier &#224; plusieurs cultures et personnes et de les comprendre par le biais de la culture. &#199;a me permet de m'&#233;quilibrer et d'apprendre toujours plus. La litt&#233;rature, les arts plastiques, le cin&#233;ma, etc., sont des langages internationaux qui nous font comprendre le monde.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Mon premier emploi au Congo (Christian C.)</title>
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		<dc:subject>Colonisation</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>
		<dc:subject>Expatriation</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Un emploi dans l'hydro&#233;lectricit&#233; pendant la s&#233;cession katangaise &lt;br class='autobr' /&gt;
1958, exposition universelle de Bruxelles, dans le pavillon du Congo, j'admire la maquette du projet de la centrale hydro &#233;lectrique d'Inga dont certains r&#234;vaient d'en transporter l'&#233;nergie jusqu'au Caire et m&#234;me jusqu'en Europe via l'Espagne. &lt;br class='autobr' /&gt;
15 ao&#251;t 1962, dipl&#244;me d'ing&#233;nieur technicien en poche, je monte, avec un coll&#232;gue, dans un vol Sabena pour le Congo : Rome, Entebbe, N'Dola, la Rhod&#233;sie du Nord&#8230; Du hublot je d&#233;couvre cette Afrique qui (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot188" rel="tag"&gt;Expatriation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L96xH150/arton1377-a7143.jpg?1779783726' width='96' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un emploi dans l'hydro&#233;lectricit&#233; pendant la s&#233;cession katangaise&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;1958, exposition universelle de Bruxelles, dans le pavillon du Congo, j'admire la maquette du projet de la centrale hydro &#233;lectrique d'Inga dont certains r&#234;vaient d'en transporter l'&#233;nergie jusqu'au Caire et m&#234;me jusqu'en Europe via l'Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 ao&#251;t 1962, dipl&#244;me d'ing&#233;nieur technicien en poche, je monte, avec un coll&#232;gue, dans un vol Sabena pour le Congo : Rome, Entebbe, N'Dola, la Rhod&#233;sie du Nord&#8230; Du hublot je d&#233;couvre cette Afrique qui m'a tant fait r&#234;ver : huttes, sentiers rouges, savane s&#232;che, liser&#233;s verts le long des rivi&#232;res&#8230; Nous gagnons Elisabethville en bus, le trajet est ralenti par les barrages de l'ONU. La s&#233;cession katangaise, proclam&#233;e par Mo&#239;se Tshomb&#233; le 11 juillet 1960, oblige. Pris imm&#233;diatement en charge, nous passons quelques jours dans la centrale de Mwadingusha, cr&#233;&#233;e en 1929, sur la Lufira, affluent du Congo. Mon coll&#232;gue y restera et je serai d&#233;sign&#233; pour la centrale de Delcommune, pr&#232;s de Kolwezi, sur l'affluent principal, le Lualaba.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ba,be,bi,bo,bu de la technique&#8230; jusqu'&#224; pr&#233;sent elle &#233;tait en deux dimensions, la voil&#224; en 3D&#8230; Le bruit et les vibrations au d&#233;marrage d'une turbine, les prises de parall&#232;les&#8230; un singe &#233;lectrocut&#233; dans les cellules de 6 kilovolts des services auxiliaires, un serpent qui s'engage entre deux phases&#8230;le voil&#224; cuit&#8230; ou encore un hippopotame qui se dresse sur la route du barrage&#8230; Mais outre la faune et la flore, il faut se faire au genre humain : une dizaine de Belges et leurs familles &#8211; ing&#233;nieurs, contrema&#238;tres, chef de cit&#233; auxiliaire m&#233;dical, &#233;lectriciens, m&#233;caniciens &#8211; et une centaine de Katangais. Les premiers vivent au centre urbain sur la colline dominant le lac de N'Zilo, les seconds dans la cit&#233; plus proche des rives. Tennis, piscine, jeu de quilles ou de boules, cercle avec films de Belmondo ou Fernandel, les mercredis et samedis soir, parties de poker, cocktails, mazout, p&#233;trole, bi&#232;re Simba ou Tembo&#8230; le tout &#171; r&#233;serv&#233; aux Blancs &#187; et&#8230; d'un mortel ennui. Il y a aussi les invitations du petit nouveau o&#249; les anciens, sourire en coin, font mettre la double dose de piments dans la moambe ou la calderade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une grande villa m'est attribu&#233;e. Patrice la g&#232;re, y fait le jardin, la cuisine. Une pr&#233;pos&#233;e belge coordonne les achats et les frais engag&#233;s. Deux fois par semaine, les jours du courrier, une camionnette descend faire les courses &#224; Kolwezi. On attend avec impatience les nouvelles de Belgique, parfois un colis. Ces missives sont le soutien moral des parents et des amis&#8230; il fallait plusieurs semaines pour recevoir une r&#233;ponse &#224; ses questions !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque dimanche, &#224; 10 h, la messe est c&#233;l&#233;br&#233;e par un p&#232;re franciscain. La chapelle de style n&#233;o-roman, en grosses pierres, est situ&#233;e &#224; mi-chemin entre le centre et la cit&#233;, vrai trait d'union entre deux mondes, mais j'y suis souvent le seul Blanc&#8230; Les chants des enfants r&#233;veillent en moi, aujourd'hui encore, d'heureux sentiments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Francq, chef de centrale, est charg&#233; de ma formation. Lors des troubles de l'Ind&#233;pendance, les plans de la centrale ont &#233;t&#233; perdus. Me voil&#224; passant d'un &#233;tage &#224; l'autre, parfois rampant, suivant un &#224; un les circuits d'huile, d'eau de refroidissement, d'air comprim&#233;. Je me familiarise avec les relais, les fileries des circuits de commande et de signalisation. Apr&#232;s quelques jours, je parviens &#224; distinguer un transformateur de courant, de puissance ou de tension. Dans le gr&#233;sillement et les &#233;tincelles, j'apprends, gant&#233; de caoutchouc et muni d'une perche, &#224; fermer ou ouvrir un sectionneur de moyenne tension ou de 115 KV. Les sch&#233;mas &#233;lectriques sont reconstitu&#233;s et simplifi&#233;s pour en faire des sch&#233;mas de principe. Ils me seront fort utiles lors des d&#233;pannages.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les menaces de guerre, suite &#224; la s&#233;cession katangaise, obligent &#224; modifier certains circuits de mani&#232;re &#224; emp&#234;cher le d&#233;marrage des turbines si elles tombaient aux mains de l'ennemi. Toute la s&#233;quence de d&#233;marrage doit se d&#233;rouler correctement mais, au moment d'entrer en service, la machine doit se mettre &#224; l'arr&#234;t. J'y arrive si bien qu'un jour je d&#233;clenche le groupe voisin qui fonctionnait : rugissement de la turbine qui monte en survitesse et fermeture de la vanne qui doit interrompre le passage de 40 m3 d'eau par seconde&#8230; Erreur de jeunesse qui me sera pardonn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La centrale est r&#233;cente, elle date de 1954, mais il faut d&#233;j&#224; repeindre l'int&#233;rieur des conduites forc&#233;es. Op&#233;rations pr&#233;liminaires : arr&#234;t complet de la centrale, pose des batardeaux, vidange du tunnel de 2 km et des conduites forc&#233;es. Le sablage sous pression permet de mettre le m&#233;tal &#224; nu afin d'assurer un bon accrochage du nouvel enduit bitumineux. Mais il y a un hic, c'est la saison des pluies. A peine le sable projet&#233; par air comprim&#233; a-t-il enlev&#233; la peinture qu'un l&#233;ger film couleur rouille appara&#238;t sur la t&#244;le&#8230; L'obstination est la principale qualit&#233; pour trouver des solutions. Jean Francq assure l'&#233;quipe de jour, moi celle de nuit. Le matin nous confrontons nos exp&#233;riences et nous d&#233;cidons d'assurer de meilleures purges de l'air &#224; la sortie des compresseurs&#8230; en vain. Le sable de la carri&#232;re voisine serait-il trop humide ? De grands bacs m&#233;talliques sur pied, un feu de bois d'enfer par dessous&#8230; un nombreux personnel pour remuer le sable avec de longs r&#226;teaux. La recette est affin&#233;e et le succ&#232;s assur&#233;. L'acier retrouve sa couleur gris m&#233;tal et les derni&#232;res heures de la nuit laissent la place aux peintres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Trois mois de cette &#233;cole m'ont appris plus que quatre ann&#233;es d'&#233;tudes ! En prise directe avec les probl&#232;mes, l'imagination est sans limites pour trouver d'heureuses issues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une petite note d'humour...historique : une conf&#233;rence d'&#233;tat major se d&#233;roule au cercle. J'y fais connaissance de Mo&#239;se Tshomb&#233;, Pr&#233;sident du Katanga. Il s'enquiert aupr&#232;s de M . Liekens, directeur, du bon fonctionnement des centrales. &#171; Oh, dit M. Liekens, la centrale de Delcommune est &#224; l'arr&#234;t pour travaux d'entretien. Mais ne vous en faites pas, la centrale Le Marinel tourne volle gaz ! &#187; &#171; Ah bon, r&#233;pond le Pr&#233;sident, vous ne tournez plus &#224; l'eau ? &#187;. Cette boutade fera le tour du Katanga.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin 1962, je suis envoy&#233; faire un remplacement au dispatching de Shituru &#224; Jadotville, centre d'interconnexion des r&#233;seaux de 110 et 220 kilovolts. Ce centre surveille les r&#233;seaux 24 h sur 24. Le travail est organis&#233; en trois pauses de 8 heures. Je loge &#224; 3 kms, dans la maison de passage. Je n'ai pas de voiture. J'ach&#232;te le v&#233;lo du fils d'un coll&#232;gue. Je me fais vite rep&#233;rer, je suis le seul Blanc &#224; me rendre au travail, &#224; bicyclette ! Longue mont&#233;e &#224; l'aller, descente douce au retour. La nuit, le passage de 3 &#224; 5 heures du matin est le plus p&#233;nible. Parfois je lime et polis une statuette en cuivre pour maintenir mon esprit en &#233;veil. No&#235;l approche et la reconqu&#234;te du Katanga est d&#233;cid&#233;e au Conseil de s&#233;curit&#233; de l'ONU. Mo&#239;se Tshomb&#233;, Pr&#233;sident du Katanga, harangue ses troupes mais la panique est plus forte et les gendarmes katangais fuient vers Kolwezi. Pour retarder la progression des casques bleus de l'ONU, les mercenaires europ&#233;ens et sud-africains &#8211; surnomm&#233;s &#171; les affreux &#187; par la population belge &#8211; voulaient imposer la politique de la terre br&#251;l&#233;e et faire sauter les barrages de Kolwezi mais le Pr&#233;sident katangais s'y opposera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nuit, toutes les alarmes s'activent : sonneries, klaxons, feux clignotants. Avec mon adjoint africain, nous gardons un calme tout relatif. Des lignes de 110 Kv. d&#233;clenchent, il faut effacer les alarmes en identifiant les d&#233;fauts apparus, remettre en concordance les boutons &#171; tourner-pousser &#187;. M. Van Cauwenberghe, directeur de Sogelec-Sogefor m'appelle d'Elisabethville : &#171; La ville est sans courant. Refermez les disjoncteurs qui ont d&#233;clench&#233; &#187;. Vaine tentative, les protections &#233;lectriques ayant fonctionn&#233; une premi&#232;re fois emp&#234;chent le r&#233;tablissement de la situation. Des &#171; affreux &#187; ont fait sauter des pyl&#244;nes d'angle provoquant &#171; le jeu de quilles &#187; des pyl&#244;nes interm&#233;diaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux jours plus tard, Jean Francq m'apprend que le barrage de Delcommune a &#233;t&#233; min&#233; et la centrale mise &#224; l'arr&#234;t. C'est au tour de Jadotville d'&#234;tre sans courant. A Shituru, un groupe de mercenaires p&#233;n&#232;tre au dispatching et nous donne l'ordre de saboter les installations. Je ne suis pas seul, M. de Rosenbaum, directeur, sa femme et M. Devos logent sur place. Avec mon adjoint africain et M. Devos, munis de cl&#233;s et de tournevis, nous d&#233;montons les pi&#232;ces de commande des disjoncteurs. Et tout &#224; coup, des bruits d'explosion. &#171; Couchez-vous ! &#187; Mon sens de commandement de chef scout refait surface&#8230; Des d&#233;bris retombent sur les toitures en t&#244;les ondul&#233;es. Au retour &#224; la salle de commande, les &#171; affreux &#187; raflent ma provision de chocolat C&#244;te d'Or&#8230; Les jours suivants sont sans &#233;lectricit&#233;, les usines et les ateliers pratiquement &#224; l'arr&#234;t. Les vieux &#171; diesel &#187; de secours seront remis en service et un strict rationnement permettra quelques heures de courant quartier par quartier. Mes parents seront rassur&#233;s sur ma sant&#233; par le correspondant italien d'un radioamateur. Le 3 janvier 1963, les casques bleus occupent Jadotville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je profite de quelques jours de r&#233;cup&#233;ration pour aller &#224; Elisabethville. Les ponts sur la Lufira ont saut&#233;. Des &#171; touques &#187;, f&#251;ts d'huile vides de 200 litres, reli&#233;es par des c&#226;bles servent de support &#224; un plancher grossier. Des Gurkhas indiens lancent un pont Bailey, pont m&#233;tallique pr&#233;fabriqu&#233;, pour r&#233;tablir le trafic routier. Les c&#226;bles &#233;lectriques des pyl&#244;nes de la ligne haute tension gisent sur plusieurs kilom&#232;tres&#8230; Des &#233;quipes de secours sont au travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses familles belges vivent &#224; Jadotville. Elles apprennent que j'ai fait du scoutisme. Me voil&#224; engag&#233; &#224; participer avec des jeunes chefs katangais &#224; un week-end de formation. Leur foi m'impressionne et les partages d'exp&#233;rience sont fructueux. Tr&#232;s vite je suis nomm&#233; chef de la troupe blanche. Un comit&#233; de parents demande que je reste &#224; Jadotville. Mais ma mission de remplacement est achev&#233;e et je retourne &#224; Delcommune o&#249; d'autres d&#233;fis m'attendent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on a un savoir-faire, il faut le faire savoir et donc former les Africains. Je donne de petits cours d'&#233;lectricit&#233; et de m&#233;canique. Les op&#233;rateurs ont de longues heures de veille pour apprendre. Cette initiative n'est pas toujours pris&#233;e par la hi&#233;rarchie&#8230; Heureusement Bruxelles me soutiendra dans ma d&#233;marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quarante mois de prise directe avec la r&#233;alit&#233; concr&#232;te m'ont form&#233; pour r&#233;soudre les questions hydro&#233;lectriques les plus complexes. Ma carri&#232;re s'arr&#234;tera en 2002. Les plus belles ann&#233;es &#233;taient encore &#224; venir : Colombie, Equateur, Mali, Nig&#233;ria, Br&#233;sil&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'amiti&#233; sans fronti&#232;res a d&#233;fi&#233; le temps. Une ou deux fois par an, j'ai encore un contact t&#233;l&#233;phonique avec Edouard Kaniki, secr&#233;taire de la centrale et adjoint au chef de la cit&#233;. Il est p&#232;re de 14 enfants et vit &#224; Kananga au Kasa&#239;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>En Tanzanie, j'ai rencontr&#233; un Mauricien et &#8230; je suis tomb&#233;e enceinte (Micheline)</title>
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		<dc:date>2021-06-15T04:33:37Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mich&#232;le A&amp;T</dc:creator>


		<dc:subject>Amour, mariage, divorce</dc:subject>
		<dc:subject>Expatriation</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration subsaharienne et descendants</dc:subject>
		<dc:subject>Racisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce r&#233;cit est extrait du projet &#034;Je raconte ma vie&#034; dans un groupe multiculturel &#224; la Fonderie en 2018 &lt;br class='autobr' /&gt;
1971. &#171; Mon dipl&#244;me d'infirmi&#232;re en poche, j'ai eu envie de partir en Afrique. Je ne voulais plus rester dans le village &#224; Aubange et je n'avais pas d'autre alternative que d'aller comme b&#233;n&#233;vole. J'&#233;tais tr&#232;s croyante et j'ai eu envie de donner deux ann&#233;es de ma vie en Afrique, au Rwanda, o&#249; j'ai rencontr&#233; une religieuse la&#239;que tr&#232;s bien, qui travaillait l&#224;-bas et avait besoin de quelqu'un. &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Quand je (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;Tranches de vie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot188" rel="tag"&gt;Expatriation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot194" rel="tag"&gt;Immigration subsaharienne et descendants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot199" rel="tag"&gt;Racisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce r&#233;cit est extrait du projet &#034;Je raconte ma vie&#034; dans un groupe multiculturel &#224; la Fonderie en 2018&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;1971. &#171; Mon dipl&#244;me d'infirmi&#232;re en poche, j'ai eu envie de partir en Afrique. Je ne voulais plus rester dans le village &#224; Aubange et je n'avais pas d'autre alternative que d'aller comme b&#233;n&#233;vole. J'&#233;tais tr&#232;s croyante et j'ai eu envie de donner deux ann&#233;es de ma vie en Afrique, au Rwanda, o&#249; j'ai rencontr&#233; une religieuse la&#239;que tr&#232;s bien, qui travaillait l&#224;-bas et avait besoin de quelqu'un. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand je suis arriv&#233;e &#224; Kigali, l'Afrique m'a compl&#232;tement mise en joie. C'&#233;tait ce qui me convenait. La couleur brique me plaisait, le sol, le soleil, le ciel bas&#8230; La chaleur &#233;tait &#233;touffante mais je me sentais bien. J'avais trouv&#233; mon pays. Je m'y suis sentie tout de suite chez moi. Je me suis dit que j'&#233;tais revenue chez moi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant des vacances en Tanzanie, j'ai rencontr&#233; un Mauricien. Il &#233;tait super chouette et je suis tomb&#233;e enceinte. J'&#233;tais tr&#232;s na&#239;ve et tr&#232;s jeune&#8230; Je suis retourn&#233;e &#224; Murunda et j'ai d&#251; annoncer cela &#224; Agn&#232;s, avec qui je travaillais. Elle n'a rien dit si ce n'est qu'elle m'a annonc&#233; que je ne pouvais plus rester que 5 mois. Je grossissais et les gens disaient &#171; Micheline mange beaucoup de bananes &#187;. Ils ne voyaient pas que j'&#233;tais enceinte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin d&#233;cembre 1972, je suis rentr&#233;e &#224; Bruxelles o&#249; je me suis un peu d&#233;brouill&#233;e. Puis, enceinte de 7 mois et demi, je me suis dit que je n'allais pas accoucher &#224; Bruxelles parce que mes parents voulaient faire adopter l'enfant. Ma m&#232;re me disait incapable d'&#233;lever un enfant. Donc j'&#233;cris vite au gar&#231;on dont j'avais l'adresse en lui disant que je voulais venir. Lui voulait m'&#233;pouser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis retourn&#233;e chez lui, &#224; Tabora. J'ai &#233;t&#233; tr&#232;s bien accueillie et j'y suis rest&#233;e deux ans. Mon fils est n&#233;. On vivait &#224; 6 ou 7, avec ses s&#339;urs, dans une petite maison de 4 pi&#232;ces. Avec le recul, je me demande comment j'ai pu m'adapter aussi facilement. Mais en Afrique, j'&#233;tais chez moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais revenue une fois pour pr&#233;senter mon fils &#224; mes parents qui ne voulaient pas que je rentre en Afrique. Alors j'ai retravaill&#233; un mois pour pouvoir payer mon billet d'avion et je suis repartie. Et l&#224;-bas, mes beaux-parents m'ont dit qu'il fallait que je rentre en Belgique pour que leur fils puisse venir. Ils voulaient tous quitter la Tanzanie mais ils ne savaient pas partir. C'&#233;tait un pays communiste qu'il &#233;tait tr&#232;s difficile de quitter. Je suis &#224; nouveau rentr&#233;e et je suis rest&#233;e &#224; Bruxelles. J'ai travaill&#233; beaucoup pendant 4 mois et j'ai pu envoyer son billet d'avion &#224; mon mari. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand mon mari mauricien est arriv&#233; en Belgique, il &#233;tait tout &#233;merveill&#233; parce qu'il n'avait jamais vu un aspirateur et il s'amusait &#224; passer l'aspirateur. C'&#233;tait amusant. Il s'achetait des jouets d'enfant, des trains &#233;lectriques&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s 12 ans de mariage et 3 enfants, nous avons divorc&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mes enfants ont parfois soufferts d'&#234;tre m&#233;tis, surtout mon fils a&#238;n&#233;. Un jour, il a caress&#233; le petit chien d'une dame qui lui a dit : &#171; macaque, ne touche pas &#224; mon chien ! &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Eva, un parcours entre la Belgique et l'Alg&#233;rie</title>
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		<dc:date>2021-06-14T07:37:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mich&#232;le A&amp;T</dc:creator>


		<dc:subject>Amour, mariage, divorce</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>
		<dc:subject>Expatriation</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Extrait de &#034;Je raconte ma vie&#034; dans un groupe interculturel &#224; la Fonderie en 2018. &lt;br class='autobr' /&gt;
En r&#233;sum&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
Eva na&#238;t &#224; Renaix (Belgique) en 1944. Elle est l'a&#238;n&#233;e de 5 enfants. Apr&#232;s des &#233;tudes d'institutrice &#224; Bruxelles, elle part enseigner en Alg&#233;rie en 1964. Elle y rencontre son mari, un Alg&#233;rien Kabyle, avec qui elle a deux enfants. Dans les ann&#233;es 90, Eva conna&#238;t la mont&#233;e de l'int&#233;grisme et les attentats &#224; Alger. Apr&#232;s quelques allers et retours entre l'Alg&#233;rie et la Belgique, elle revient vivre d&#233;finitivement en (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot188" rel="tag"&gt;Expatriation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait de &#034;Je raconte ma vie&#034; dans un groupe interculturel &#224; la Fonderie en 2018.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;En r&#233;sum&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Eva na&#238;t &#224; Renaix (Belgique) en 1944. Elle est l'a&#238;n&#233;e de 5 enfants. &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s des &#233;tudes d'institutrice &#224; Bruxelles, elle part enseigner en Alg&#233;rie en 1964. Elle y rencontre son mari, un Alg&#233;rien Kabyle, avec qui elle a deux enfants. &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les ann&#233;es 90, Eva conna&#238;t la mont&#233;e de l'int&#233;grisme et les attentats &#224; Alger. &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s quelques allers et retours entre l'Alg&#233;rie et la Belgique, elle revient vivre d&#233;finitivement en Belgique &#224; 50 ans, en 1994. Elle y trouve rapidement du travail en tant qu'enseignante. &lt;br class='autobr' /&gt;
Son mari vient la rejoindre en 1998. &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s sa retraite, Eva travaille pour un dispositif d'accrochage scolaire, pendant trois ou quatre ans. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui, elle vit &#224; Bruxelles avec son mari et ils sont grands-parents d'une petite fille.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une famille bilingue&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ma grand-m&#232;re &#233;tait ling&#232;re, c'est un m&#233;tier qui n'existe plus. Elle faisait des sous-v&#234;tements : des chemises, des combinaisons, des culottes larges, en soie, avec de la dentelle&#8230; Beaucoup de jeunes filles faisaient &#231;a. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous vivions avec nos grands-parents maternels, ce qui est plut&#244;t rare en Belgique, parce que c'&#233;tait la guerre. J'ai baign&#233; dans le bilinguisme, pour moi, c'est important. On parlait les deux langues &#224; la maison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pendant les vacances, je partais &#224; Bruxelles avec mon grand-p&#232;re parce que la famille de maman &#233;tait originaire de Bruxelles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je suis ici aujourd'hui parce que je suis grand-m&#232;re depuis 3 ans d'une petite fille. Et je me suis dit que c'&#233;tait important qu'elle connaisse ses origines. D'autant plus qu'elle aura des origines multiples puisque je suis belge, mon mari berb&#232;re, ma fille est plus belge qu'alg&#233;rienne et son mari a des origines fran&#231;aises et portugaises. Donc je crois qu'il est important qu'elle connaisse un peu ses racines.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Mon enfance et adolescence de Renaix &#224; Bruxelles&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Maman voulait que je m'appelle Eva mais papa voulait que je m'appelle Godelieve. J'y ai &#233;chapp&#233; ! Mais personne ne s'appelait Eva quand j'&#233;tais &#224; l'&#233;cole. Il y avait des Anne, Danielle, Fran&#231;oise mais moi, j'&#233;tais toujours unique. Et quand on est gosse, on a envie d'&#234;tre comme les autres. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; A l'&#233;cole maternelle, j'&#233;tais dans la classe de Mme Rose. A la fin des ann&#233;es 40, tout le monde n'allait pas &#224; l'&#233;cole maternelle. J'ai revu des photos il n'y a pas longtemps, nous &#233;tions 34 et nous ne bougions pas ! Si nous &#233;tions trop remuants, elle nous enfermait dans un petit cagibi au fond de la classe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai fait mes primaires et l'ath&#233;n&#233;e &#224; Renaix, en fran&#231;ais parce que ma grand-m&#232;re disait &#171; avec le flamand, on ne va nulle part &#187;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai donc fait toute ma scolarit&#233; en fran&#231;ais. Une fois par an, les inspecteurs passaient et je ne pouvais surtout pas dire qu'on parlait n&#233;erlandais &#224; la maison. Mes instits me le rappelaient chaque fois. Si tes parents parlaient n&#233;erlandais, on te faisait changer de section. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; A la maison, la famille fonctionnait comme une petite entreprise : maman &#233;tait tr&#232;s ordonn&#233;e. Et il ne s'agissait pas, le matin, avant de partir, de rousp&#233;ter pour ne pas mettre tel ou tel v&#234;tement. On avait tous les cinq notre chaise, avec les v&#234;tements pr&#234;ts, et on devait mettre ce qui &#233;tait pr&#233;par&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'&#233;tais dans un mouvement scout, les Cadets de la Croix-Rouge, et j'y ai fait toute mon adolescence. J'ai commenc&#233; vers 11 ans. On se r&#233;unissait tous les samedis et on allait au camp. On avait des tas d'activit&#233;s. J'y ai trouv&#233; une certaine camaraderie. On faisait des balades en pleine nature, on a appris les premiers soins, la botanique, &#224; faire des n&#339;uds. On faisait souvent des camps. On y allait &#224; la No&#235;l, &#224; P&#226;ques et fin ao&#251;t. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Vie professionnelle entre l'Alg&#233;rie et la Belgique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; La fille avec qui je kotais m'a propos&#233; de voyager. Elle &#233;tait beaucoup plus politis&#233;e que moi &#8211; qui ne savais rien &#8211; et m'a propos&#233; de partir en Alg&#233;rie. Elle me proposait une campagne d'alphab&#233;tisation en Alg&#233;rie. On &#233;tait en 1964. L'Alg&#233;rie &#233;tait ind&#233;pendante depuis deux ans. Nous sommes all&#233;es faire de l'alphab&#233;tisation &#224; l'&#233;cole normale de Ben Aknoun. Il y avait un internat. Il y avait des jeunes Alg&#233;riennes qui, pendant l'&#233;t&#233;, faisaient un mois ou six semaines de formation pour enseigner dans les &#233;coles. Nous les aidions, on pr&#233;parait des le&#231;ons et on donnait cours. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En 1969, j'ai &#233;t&#233; directrice d'&#233;cole, j'ai enseign&#233; les maths, j'&#233;tais dans ce qui &#233;tait l'&#233;quivalent du secondaire inf&#233;rieur. Ensuite, on a alg&#233;rianis&#233; et j'ai perdu mon emploi de directrice. On ne laissait plus de direction aux personnes d'origine &#233;trang&#232;re. Apr&#232;s une vingtaine d'ann&#233;es, il y avait de moins en moins de coop&#233;rants. Enfin, moi, je n'&#233;tais pas coop&#233;rante, j'avais ce qu'on appelle un contrat de droit commun, parce que mari&#233;e &#224; un Alg&#233;rien. Donc j'ai perdu mon boulot, j'ai travaill&#233; dans une petite entreprise priv&#233;e puis j'ai travaill&#233; environ cinq ans &#224; l'ambassade de Belgique. L&#224;, je me plaisais beaucoup parce que je d&#233;couvrais qu'&#224; plus de quarante ans, je pouvais faire autre chose qu'enseigner. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Puis, il y a eu la mont&#233;e de l'int&#233;grisme en 1991. Il y a eu des assassinats. Moi je ne voulais pas partir, je ne comprenais pas pourquoi mais mon mari m'a forc&#233; la main. J'avais cinquante ans, je pensais ne jamais retravailler. Finalement, j'ai tout de suite trouv&#233; du boulot. Huit jours apr&#232;s mon retour en Belgique, j'avais du travail parce qu'il n'y avait pas d'enseignants, pas d'instits&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; A l'&#226;ge de la pension, j'ai m&#234;me fait des d&#233;marches pour continuer &#224; travailler. Je voulais faire de la rem&#233;diation en fran&#231;ais. Mais ils m'ont dit &#171; non, 65 ans, c'est bien &#187;. J'ai travaill&#233; au dispositif d'accrochage scolaire apr&#232;s ma retraite. C'est surtout de l'apprentissage du fran&#231;ais, les notions de base, et parfois un peu de math. J'ai fait &#231;a &#224; l'&#233;cole, o&#249; je connaissais les gosses. J'avais parfois quinze &#233;l&#232;ves alors qu'on peut en prendre quatre ou cinq&#8230; &#171; on vient Madame ! &#187;. J'ai fait &#231;a encore trois ou quatre ans apr&#232;s ma retraite. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le plus difficile dans le travail d'enseignant, c'est que tu n'as jamais fini. Tu es toujours en train de penser &#224; ce que tu vas faire, &#224; tes projets, &#224; la f&#234;te de l'&#233;cole&#8230; Certains enfants sont tr&#232;s difficiles aussi. Il y avait ceux qui ne parlaient pas un mot de fran&#231;ais. Un gamin de six ans qui ne sait pas exprimer ce qu'il veut, c'est tr&#232;s compliqu&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Entre ici et l&#224;-bas, en Alg&#233;rie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; En Alg&#233;rie, on d&#233;couvrait &#233;videmment une toute autre vie que chez nous. Le soleil d'abord, qui me manque encore. Une certaine convivialit&#233; aussi. Chez moi, tout &#233;tait un probl&#232;me, tout &#233;tait toujours dramatique. Et en Alg&#233;rie, rien n'&#233;tait un probl&#232;me. Il y avait des familles de sept ou huit gosses mais jamais ce n'&#233;tait quelque chose de dur. Il y avait une bonne humeur et une convivialit&#233; qu'il n'y avait pas chez nous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Evidemment, chez mes parents, ce n'&#233;tait pas la joie. Ils n'&#233;taient pas ravis de me voir revenir avec un Alg&#233;rien. Comme mon p&#232;re avait le temp&#233;rament flamand, il ne parlait pas beaucoup. Pour mon mari, qui vient de la M&#233;diterran&#233;e et parle beaucoup, &#231;a faisait un grand choc des cultures. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'&#233;tais au service du commerce ext&#233;rieur de l'ambassade de Belgique. Et &#231;a me plaisait beaucoup parce que j'avais &#224; la fois le contact avec la Belgique et le contact avec l'Alg&#233;rie. Il n'y avait pas internet, on n'avait pas de journaux belges, de temps en temps, on arrivait &#224; avoir des journaux fran&#231;ais, on n'avait pas la t&#233;l&#233;vision fran&#231;aise&#8230; donc on n'&#233;tait pas au courant de l'&#233;volution des choses en Belgique. On &#233;tait surtout ax&#233; sur l'Alg&#233;rie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'&#233;tait tr&#232;s compliqu&#233; de devenir alg&#233;rienne. J'y ai pens&#233; et j'ai m&#234;me fait des d&#233;marches mais c'est tr&#232;s long et &#224; l'&#233;poque, j'aurais perdu ma nationalit&#233; belge. Je me sentais prise &#224; la gorge. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Arriv&#233; en Belgique, mon mari va pour s'inscrire &#224; la commune &#224; Auderghem, et l&#224;, on lui dit qu'il est belge en Alg&#233;rie mais alg&#233;rien en Belgique. Il a fallu faire les d&#233;marches, retourner au tribunal, au Palais de Justice&#8230; On avait des documents mais &#231;a ne comptait pas. Et au Palais de Justice, on disait &#224; mon mari &#171; mais pourquoi venez-vous ? Vous &#234;tes belge, vous avez les papiers ! &#187;. Pour finir, &#231;a s'est arrang&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La guerre ici&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mon p&#232;re &#233;tait jeune au d&#233;but de la guerre. En 1941. Il a &#233;t&#233; appel&#233; sous les drapeaux, son r&#233;giment a &#233;t&#233; fait prisonnier au tout d&#233;but de la guerre, et ils sont all&#233;s travailler dans les fermes en Allemagne de l'Est. Ils &#233;taient casern&#233;s et tous les matins, le camion les d&#233;posait dans les fermes environnantes. Il a &#233;t&#233; d&#233;mobilis&#233; parce qu'il &#233;tait flamand. Il est revenu en Belgique. Les Wallons sont rest&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La mont&#233;e de l'islamisme en Alg&#233;rie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Puis viennent les ann&#233;es 90 en Alg&#233;rie et la mont&#233;e de l'islamisme. Il commence &#224; y avoir des attentats, il n'y a plus qu'un seul parti politique&#8230; On tue et on tue surtout ce qui repr&#233;sente l'autorit&#233; : les gendarmes, les militaires, les magistrats. Et les &#233;trangers et les &#233;trang&#232;res. Il y a eu des d&#233;c&#232;s dans la famille de mon mari, des gens qui ont &#233;t&#233; pris dans des barrages sur la route et qu'on a tu&#233;s. C'&#233;tait le GIA qui voulait prendre le pouvoir. Toutes les familles ont souffert de &#231;a. Je connaissais une Fran&#231;aise qui travaillait dans un d&#233;partement de l'ambassade et qui s'est fait &#233;gorger en pleine rue. C'&#233;taient des situations terribles. Moi, je n'ai jamais eu peur. Et je n'ai jamais &#233;t&#233; agress&#233;e. La plupart de ces femmes &#233;taient int&#233;gr&#233;es, parlaient l'arabe couramment, fr&#233;quentaient les march&#233;s populaires. Ils ciblaient les journalistes, les syndicalistes, les &#233;trangers&#8230; Il y avait des combats entre groupes dans la rue. Des voisins venaient alors et nous disaient de nous mettre dans la cage d'escaliers, de nous &#233;loigner des fen&#234;tres&#8230; Ca devenait tr&#232;s dangereux et difficile. Alger est une ville construite sur les hauteurs et j'habitais au cinqui&#232;me &#233;tage. On avait une vue splendide d'un c&#244;t&#233; sur le port d'Alger et de l'autre sur la colline et les petits chemins qui descendaient vers le centre et le port. C'est l&#224; qu'il y avait les accrochages entre la police et les groupes arm&#233;s. On entendait les coups de feu. Nous &#233;tions aux premi&#232;res loges et n'&#233;tions pas &#224; l'aise. Et quand mon mari n'&#233;tait pas rentr&#233;, on se demandait quoi. Mais nous &#233;tions aid&#233;s dans l'immeuble. Les voisins nous prenaient parfois chez eux. Durant toute une p&#233;riode, on m'amenait au travail et on me ramenait, soit mon mari, soit le chauffeur de l'ambassade qui faisait la tourn&#233;e des secr&#233;taires. Ca devenait invivable. J'allais &#224; la r&#233;union des parents d'&#233;l&#232;ves de l'&#233;cole de ma fille, qui &#233;tait &#224; Sainte Elisabeth, et on m'y demandait comment j'avais os&#233; sortir. C'&#233;tait &#224; trois cents m&#232;tres de chez moi. Mais il faut quand m&#234;me vivre ! La s&#233;curit&#233; &#233;tait compliqu&#233;e pour les Alg&#233;riens comme pour les &#233;trangers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Ce en quoi je crois&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je ne connaissais pas grand-chose de la religion musulmane mais je n'ai jamais senti de diff&#233;rence entre mon mari alg&#233;rien et un Europ&#233;en. Il ne m'a jamais rien impos&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ma belle-m&#232;re a beaucoup &#233;t&#233; aid&#233;e par les s&#339;urs blanches qui lui ont fourni du travail &#224; l'h&#244;pital Mustafa. Elle a eu une formation d'aide-soignante : elle nettoyait les salles d'op&#233;ration, st&#233;rilisait les instruments dans les autoclaves&#8230; donc elle &#233;tait tr&#232;s souvent en contact avec ce qu'on appelait les s&#339;urettes, les s&#339;urs blanches qui portaient la coiffe. Elle allait aussi bien prier &#224; l'&#233;glise qu'&#224; la mosqu&#233;e. J'ai d&#233;couvert un islam tr&#232;s tol&#233;rant, tr&#232;s ouvert et, par rapport &#224; l'ancien testament, c'&#233;tait le m&#234;me socle, la m&#234;me chose. C'&#233;tait le contraire de la religion catholique que j'avais connue en Belgique avec le cur&#233; intransigeant. Bien s&#251;r, les choses ont &#233;volu&#233; et c'est devenu beaucoup plus intol&#233;rant avec le temps. La religion a fini par prendre le pas sur tout. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mon mari est de culture musulmane mais pas religieux du tout. Et ce n'est pas un cas unique, j'en connais plein comme lui. &lt;br class='autobr' /&gt;
Moi, j'&#233;tais pratiquante quand j'&#233;tais enfant. Je m'en suis beaucoup d&#233;tach&#233;e en grandissant. Maintenant, je peux dire que la religion n'encombre pas ma vie. Je crois plut&#244;t &#224; cette force qui dirige notre vie, ce qui fait qu'on fait tel choix plut&#244;t qu'un autre&#8230; On peut appeler &#231;a Dieu, ou l'esprit ou ce qu'on veut. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Rencontres africaines (Christian)</title>
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		<dc:date>2010-07-07T05:44:40Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Voyages</dc:subject>
		<dc:subject>Expatriation</dc:subject>
		<dc:subject>Rencontres interculturelles</dc:subject>

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&lt;p&gt;Vingt-quatre juillet 2009. &lt;br class='autobr' /&gt;
A neuf heures le soleil cogne d&#233;j&#224;. Je d&#233;vale la via Solfatara &#224; Pozzuoli. La famille me rejoindra au port pour aller &#224; Procida, petite &#238;le au large de Naples. L'heure du d&#233;part est proche. Je m'impatiente &#224; tort car voil&#224; mes complices qui arrivent. Nous montons sur le grand navire o&#249; rentrent voitures et camionnettes pour la courte travers&#233;e vers Procida et Ischia. Les touristes sont peu nombreux et les passagers, des habitu&#233;s. Ma femme et mes enfants se placent &#224; l'ombre (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;Tranches de vie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot171" rel="tag"&gt;Voyages&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot188" rel="tag"&gt;Expatriation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot200" rel="tag"&gt;Rencontres interculturelles&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Vingt-quatre juillet 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A neuf heures le soleil cogne d&#233;j&#224;. Je d&#233;vale la via Solfatara &#224; Pozzuoli. La famille me rejoindra au port pour aller &#224; Procida, petite &#238;le au large de Naples. L'heure du d&#233;part est proche. Je m'impatiente &#224; tort car voil&#224; mes complices qui arrivent. Nous montons sur le grand navire o&#249; rentrent voitures et camionnettes pour la courte travers&#233;e vers Procida et Ischia. Les touristes sont peu nombreux et les passagers, des habitu&#233;s. Ma femme et mes enfants se placent &#224; l'ombre du pont sup&#233;rieur. Je vais &#224; b&#226;bord pour visualiser le d&#233;part. J'aime ce moment de l'&#233;loignement : tout est proche et anim&#233; puis, rapidement, en prenant le large, le port et la ville encore si pr&#233;sents s'estompent pour laisser place aux flots et aux cieux. Bleu-vert profond de la mer, &#224; l'horizontale la frange rocheuse et citadine puis l'immensit&#233; azur&#233;e.&lt;br /&gt;
Au bastingage seul un africain contraste. Je m'approche et lui adresse la parole en fran&#231;ais. Son visage s'illumine d'un sourire rassur&#233;. Le lien est facile. Il accompagne un commer&#231;ant italien pour l'aider dans le d&#233;chargement de marchandises &#224; Ischia. Petit &#224; petit, au fil des &#233;changes, son histoire se pr&#233;cise.&lt;br /&gt;
Originaire par ses parents du Burkina Faso mais habitant la C&#244;te d'Ivoire, il est orphelin de m&#232;re &#224; l'&#226;ge de six ans. En 2002, alors chauffeur de camion, habitant avec son p&#232;re pr&#232;s d'une base militaire, la guerre civile &#233;clate. Son p&#232;re est tu&#233; dans l'explosion de leur maison. Une longue errance commence. Il doit fuir comme tous les autres africains qui ne peuvent certifier leur &#171; ivoirienit&#233; &#187;. N'ayant pas de proche famille au Burkina Faso et ne pouvant prouver ses origines, il passe au Niger puis traverse le d&#233;sert par les moyens de fortune - ou d'infortune : &#224; pied, en jeep, en camion. La Lybie est vis&#233;e comme l'oasis &#224; atteindre. 2003-2008, six ans de gal&#232;re : petits m&#233;tiers, humiliations, trahisons, salaires de famine comme man&#339;uvre, op&#233;rateur de b&#233;tonni&#232;re, ma&#231;on, carreleur&#8230; Puis un autre but : rejoindre l'Italie. Il se fait discret sur le mode de travers&#233;e de la M&#233;diterran&#233;e. Centre de r&#233;fugi&#233;s &#224; Rome, apprentissage de la langue italienne puis lente insertion, difficult&#233;s pour garder un logement, pour se nourrir mais toujours avec cette force, cette rage d'en sortir malgr&#233; la m&#233;fiance, le racisme, l'indiff&#233;rence. Je suis le premier europ&#233;en, en un an, &#224; lui adresser spontan&#233;ment la parole. Son patron, dont il se plaint de ne pouvoir supporter le tabagisme, l'appelle. Soumis, il le rejoint.&lt;br /&gt;
Nous ne nous sommes &#233;chang&#233;s ni nos pr&#233;noms, ni une poign&#233;e de mains. Il me reste le souvenir d'un &#234;tre exceptionnel qui traverse ce d&#233;but de mill&#233;naire dans un tunnel au bout duquel brille l'&#233;toile Esp&#233;rance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dix-sept ao&#251;t 1962.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s vingt-quatre heures en DC7 de la Sabena, via Rome et Entebbe, l'avion atterrit &#224; Ndola, en Rhod&#233;sie du Nord. Un katangais de l'Union Mini&#232;re du Haut Katanga accueille les arrivants. Nous embarquons imm&#233;diatement dans un bus &#224; destination d'Elisabethville distante de 150 km. Install&#233; &#224; l'arri&#232;re du bus, je lie connaissance avec le jeune employ&#233;. J'ai obtenu mon dipl&#244;me un mois plus t&#244;t et je br&#251;le d'impatience de conna&#238;tre cette Afrique pleine de myst&#232;res. Apr&#232;s deux ou trois heures de voyage, me voil&#224; d&#233;j&#224; bien renseign&#233;. A la descente du bus, je serre chaleureusement la main de ce premier ami africain. En attente de r&#233;cup&#233;rer mes bagages, un couple belge s'approche de moi : &#171; On ne donne pas la main aux noirs ! &#187;. Je reste estomaqu&#233; mais cette le&#231;on, d&#232;s mes premi&#232;res heures sur le sol africain reste douloureusement grav&#233;e dans mon esprit. D&#232;s cet instant, j'ai choisi mon camp et ce choix m'aidera dans tous mes rapports avec les africains durant les quarante ann&#233;es de vie professionnelle qui me verront des dizaines de fois en Afrique pour les &#233;tudes et la construction de barrages et de centrales hydro&#233;lectriques : Congo, Mali, Mauritanie, S&#233;n&#233;gal, Maroc, Nig&#233;ria&#8230; chaque fois le contact sera franc, cordial, amical.&lt;br /&gt;
Des rencontres mais des aventures aussi : l'apprentissage du m&#233;tier d'ing&#233;nieur, la remont&#233;e d'une rivi&#232;re en pirogue pendant trois jours, d'interminables heures en chemin de fer ou en jeep, des pr&#233;parations nocturnes pour pr&#233;senter des conclusions au conseil des ministres de plusieurs pays africains, des heures &#224; dos de mulet au Maroc, des arguments &#224; d&#233;velopper pour convaincre les bailleurs de fonds de la banque mondiale, des pays arabes, de France et d'Allemagne, des solutions techniques &#224; trouver sous le soleil implacable du Nig&#233;ria. Mais aussi les repas africains, les nuits &#224; la belle &#233;toile, la c&#233;r&#233;monie du th&#233;, les soir&#233;es o&#249; nous refaisions le monde. La nature : la majest&#233; du fleuve Congo, l'imp&#233;tuosit&#233; de l'Atlantique, les levers et les couchers de soleil sur un lac, les cieux o&#249; les nuages forment chor&#233;graphie, les orages d&#233;mentiels, les pluies sans aucune retenue, les retrouvailles, les souvenirs. Il y a aussi l'approche de l'islam, la d&#233;couverte de leurs f&#234;tes et de leurs coutumes. Les messes et les chants o&#249; toute la puissance spirituelle d'un peuple passe par la voix et la danse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas aller loin pour les rencontrer : l&#224;, dans votre rue, dans le bus ou le m&#233;tro. Dans le train. Dites leur bonjour : leur regard s'illumine, la parole les anime, un peu de chaleur compense la froideur de notre climat ou de nos sentiments. Faites-en l'exp&#233;rience, non pas la semaine prochaine mais d&#233;j&#224; demain, si pas aujourd'hui. Vous d&#233;couvrirez des gens qui ont une &#226;me.&lt;br /&gt;
Ces rencontres ont des noms : Edouard, Pierre, H&#233;liodore, Bocar, Anne, Mamadou, Amadou, Joris, V&#233;ronique, Karel, Tierno, Oumar, Binta, Etienne, Berthe, &#8230; &lt;br /&gt;
Presque cinquante ans s&#233;parent les deux rencontres &#233;voqu&#233;es. Il faut avoir &#233;t&#233; ce t&#233;moin privil&#233;gi&#233; pour percevoir l'&#233;volution : des ann&#233;es sombres de l'apartheid en Afrique du Sud &#224; la reconnaissance de la lutte de Nelson Mandela, de l'assassinat de Martin Luther King &#224; l'&#233;lection de Barack Obama, de l'exil volontaire ou forc&#233; &#224; l'int&#233;gration des populations africaines dans nos pays europ&#233;ens. Leur longue patience, leur opini&#226;tret&#233; sans faille, leur intelligence intuitive en font les partenaires privil&#233;gi&#233;s de ceux qui mettent l'humain en premier. Chacun et chacune de ces africains m&#233;ritent notre estime et notre respect.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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