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	<title>Ages et transmissions</title>
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	<description>Cr&#233;&#233;e en 97, Ages et Transmissions est une asbl pluraliste bruxelloise permettant aux a&#238;n&#233;s de jouer un r&#244;le actif dans la soci&#233;t&#233;. Elle est reconnue comme organisme d'&#233;ducation permanente par la F&#233;d&#233;ration Wallonie-Bruxelles.</description>
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		<title>Ages et transmissions</title>
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		<title>Modelage ou couture ? (Cathie V.)</title>
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		<dc:date>2022-08-18T09:48:59Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Ecole, &#233;tudes</dc:subject>
		<dc:subject>Femme, f&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Couture, v&#234;tement</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;T&#233;moignage dans le cadre du projet &#034;m&#233;moires pour demain&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
En primaire, j'&#233;tais dans une &#233;cole mixte, ce qui &#233;tait assez rare &#224; l'&#233;poque. Cela me convenait tr&#232;s bien parce que j'aimais beaucoup jouer avec les gar&#231;ons. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le vendredi apr&#232;s-midi nous avions des activit&#233;s manuelles. C'est-&#224;-dire que les filles faisaient de la couture et les gar&#231;ons de la peinture et du modelage. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je d&#233;testais ce cours de couture parce que nous devions faire toute sorte de points diff&#233;rents sur un petit bout de tissu qui ne (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;Tranches de vie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot142" rel="tag"&gt;Ecole, &#233;tudes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot148" rel="tag"&gt;Femme, f&#233;minisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Couture, v&#234;tement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;c6&gt;T&#233;moignage dans le cadre du projet &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article1245' class='spip_in'&gt;&#034;m&#233;moires pour demain&#034;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En primaire, j'&#233;tais dans une &#233;cole mixte, ce qui &#233;tait assez rare &#224; l'&#233;poque. Cela me convenait tr&#232;s bien parce que j'aimais beaucoup jouer avec les gar&#231;ons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vendredi apr&#232;s-midi nous avions des activit&#233;s manuelles. C'est-&#224;-dire que les filles faisaient de la couture et les gar&#231;ons de la peinture et du modelage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je d&#233;testais ce cours de couture parce que nous devions faire toute sorte de points diff&#233;rents sur un petit bout de tissu qui ne servait m&#234;me &#224; rien !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce jour-l&#224;, nous &#233;tions tous install&#233;s &#224; nos diff&#233;rentes activit&#233;s dans la classe, sauf les gar&#231;ons qui &#171; faisaient &#187; modelage dans un autre local. Le professeur qui s'occupait du modelage est entr&#233; dans la classe et a dit : &#171; J'ai encore une place en modelage, qui est-ce qui n'est pas encore venu ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question s'adressait &#233;videmment aux seuls gar&#231;ons. Mais voil&#224; que j'ai lev&#233; la main bien haut, mais g&#234;n&#233;e de mon audace, je gardais les yeux au sol&#8230; J'ai entendu un grand silence&#8230;En relevant la t&#234;te j'ai vu que tout le monde me regardait avec stup&#233;faction !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, le professeur de modelage a dit : &#171; En fait, pourquoi pas ? Cathie, tu peux venir au modelage ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais os&#233;, et &#231;a avait march&#233; ! Je n'en revenais pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s &#231;a, les filles m'ont regard&#233;e un peu comme si j'&#233;tais une extra-terrestre, mais pas grave, j'avais appris quelque chose de plus important que des points de couture !!&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De la couture &#224; l'encodage (Prudence)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1368</link>
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		<dc:date>2021-10-03T07:08:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Travail</dc:subject>
		<dc:subject>Couture, v&#234;tement</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Juste apr&#232;s guerre, apr&#232;s avoir effectu&#233; six ann&#233;es d'&#233;tudes primaires ainsi que le quatri&#232;me degr&#233;, qui correspondait &#224; une 7&#232;me et 8&#232;me ann&#233;es, j'ai quitt&#233; l'&#233;cole pour me retrouver &#224; l'&#226;ge de 14 ans sur le march&#233; de l'emploi. Maman &#233;tait seule &#224; subvenir aux besoins de mon petit fr&#232;re et moi. Il me fallait donc choisir un m&#233;tier. A l'&#233;poque, c'&#233;tait normal de travailler jeune. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je r&#234;vais de voyages, je voulais tra&#172;vailler sur un de ces grands navires qui partaient pour l'Am&#233;rique ou ailleurs. Je serais log&#233;e, (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Couture, v&#234;tement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L96xH150/arton1368-4e5d7.jpg?1771327574' width='96' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Juste apr&#232;s guerre, apr&#232;s avoir effectu&#233; six ann&#233;es d'&#233;tudes primaires ainsi que le quatri&#232;me degr&#233;, qui correspondait &#224; une 7&#232;me et 8&#232;me ann&#233;es, j'ai quitt&#233; l'&#233;cole pour me retrouver &#224; l'&#226;ge de 14 ans sur le march&#233; de l'emploi. Maman &#233;tait seule &#224; subvenir aux besoins de mon petit fr&#232;re et moi. Il me fallait donc choisir un m&#233;tier. A l'&#233;poque, c'&#233;tait normal de travailler jeune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#234;vais de voyages, je voulais tra&#172;vailler sur un de ces grands navires qui partaient pour l'Am&#233;rique ou ailleurs. Je serais log&#233;e, nourrie, habill&#233;e. Je toucherais une r&#233;mu&#172;n&#233;ration, je pourrais &#233;pargner et acheter une maison pour mes vieux jours. L'id&#233;e n'&#233;tait pas b&#234;te, mais quel travail aurais-je fait ? Sur ce paquebot, il fallait bien quelqu'un pour faire les lits. Donc, lorsque l'enseignante me questionna sur mon futur m&#233;tier, je r&#233;pondis : &#171; Soubrette &#187; ! Elle dut me prendre pour une fille sans ambition alors que c'&#233;tait tout le contraire. Je n'ai jamais r&#233;alis&#233; mon r&#234;ve. Avec maman, pas moyen de discuter : elle avait toujours raison. Elle m'imposa la couture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai trouv&#233; &#224; la rubrique emploi du journal, une petite annonce : FIRME DE CORSETERIE CHERCHE APPRENTIE. &#171; C'est un bon m&#233;tier, on va aller te pr&#233;senter &#187; dit maman. C'est une dame, la cinquantaine, &#224; l'air rev&#234;che, v&#234;tue d'un tablier &#224; manches longues d'une blancheur &#233;clatante qui nous a accueillies. Derri&#232;re ses lunettes aux verres &#233;pais, ses yeux me scrutaient, me d&#233;tail&#172;laient de la t&#234;te aux pieds. Elle me trouva sans doute acceptable car je fus engag&#233;e. La dame discuta avec maman, en dialecte flamand, des heures de travail : de 8h30 &#224; 12h et de 12h30 &#224; 17h, cinq jours par semaine et le samedi de 8h30 &#224; 12h30. Elles discut&#232;rent &#233;galement du salaire qui &#233;tait tr&#232;s bas. &#171; Votre fille devra aussi avoir un tablier blanc &#224; manches &#187; dit la dame.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'atelier, situ&#233; &#224; Laeken, rue Gustave Schildknecht, les ouvri&#232;res confectionnaient des soutiens-gorge en soie ou en cotonnade dans les coloris blanc, rose ou ciel, des corsets en coutil (toile crois&#233;e et serr&#233;e), des gaines &#233;lastiques, des combinaisons soutiens-gorge, des articles de plage : soutiens-gorge, culottes et jupes boutonn&#233;es devant assorties aux deux pi&#232;ces imprim&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai commenc&#233; par apprendre &#224; coudre des boutons sur les soutiens-gorge. Le n&#339;ud du fil ne pouvait pas se trouver sur la peau mais devait se placer sous le bouton. Il fallait passer le fil deux fois dans chaque trou, tourner le fil deux fois autour du bouton et attacher le fil sur l'envers o&#249; l'on ne pouvait voir qu'un seul point. Quand le soutien-gorge &#233;tait termin&#233;, il passait au repassage, avant d'&#234;tre pli&#233; et gliss&#233; dans une enveloppe en papier fort sur lequel &#233;taient imprim&#233;s la taille, le coloris et le genre de tissu. Il fallait faire tr&#232;s attention &#224; ne pas se tromper de sachet. Un jour, une jeune fille rangea les soutiens-gorge dans de mauvais sachets et c'est ainsi que la chef d'atelier s'aper&#231;ut qu'elle ne savait pas lire. Si cela n'&#233;tait pas courant &#224; l'&#233;poque, cela n'eut n&#233;anmoins aucune cons&#233;quence f&#226;cheuse sur son emploi : on lui expliqua dans quel sachet elle devait ranger les soutiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 16 ans, j'ai commenc&#233; &#224; assembler les pi&#232;ces de tissu. L'ourlet des combinaisons &#233;tait achev&#233; par un rouleaut&#233; main. Ce travail exigeait beaucoup de patience. Etant la seule &#224; ne pas s'&#233;nerver, je me chargeais des ourlets. Des journ&#233;es enti&#232;res passaient &#224; coudre des ourlets. Aujourd'hui mon kin&#233; pr&#233;tend que mon arthrose dans le dos et les mains provient de mes ann&#233;es de couture. A l'&#233;poque, mon probl&#232;me, c'&#233;tait plut&#244;t la vue : &#224; force de fixer les coutures, j'ai du porter des lunettes &#224; 24 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premi&#232;res ann&#233;es, je confectionnais uniquement des soutiens-gorge, en-suite je fus affect&#233;e au groupe corsets et gaines. Les gaines en tissu &#233;lastique &#233;taient assembl&#233;es au moyen de machines &#224; coudre en points zigzag. Elles &#233;taient munies de jarretelles. Plus tard, on inventa la gaine-culotte avec jarretelles d&#233;tachables. Lorsque les pi&#232;ces de tissu en coutil pour les corsets &#233;taient assembl&#233;es, on posait des bandes en serg&#233; 8 (tissu crois&#233; et uni) pour y glisser les baleines. Le haut du corset &#233;tait alors bord&#233; au moyen d'une bande en serg&#233; 4. On glissait alors les balei&#172;nes dans les bandes, avant de border le bas, de poser les jarretelles et de faire un arr&#234;t au moyen d'une piq&#251;re au bas de la baleine pour l'emp&#234;cher de bouger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, ma coll&#232;gue piqua sur la baleine, l'aiguille se cassa et elle re&#231;ut un morceau de l'aiguille dans l'&#339;il. Le lendemain l'aiguille sortit de l'&#339;il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains corsets &#233;taient munis d'agrafes, d'&#339;illets et d'une fermeture Eclair sur le devant, d'autres se fermaient au moyen de lacets. Les &#339;illets pour les lacets &#233;taient pos&#233;s au moyen d'une &#339;illetteuse. L'ouvri&#232;re mesurait et marquait l'endroit o&#249; devait se poser l'&#339;illet, elle pla&#231;ait le dos du corset sur la machine, appuyait avec le pied sur la p&#233;dale. L'&#339;illet &#233;tait plac&#233; en m&#234;me temps que la perfo&#172;ration du tissu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dame qui m' avait accueillie le premier jour &#233;tait la chef d'atelier : sa t&#226;che consistait &#224; v&#233;rifier notre travail et &#224; nous surveiller. Un jour, une ouvri&#232;re arriva pieds nus dans ses chaussures. Elle fut pri&#233;e de rentrer chez elle pour mettre des bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le repas de midi, les ouvri&#232;res apportaient des tartines emball&#233;es dans un sachet en papier ainsi qu'une gourde en m&#233;tal remplie de caf&#233; que la repasseuse r&#233;chauffait sur un po&#234;le au charbon. Parmi les apprenties, je m'&#233;tais fait une amie qui m'apprit &#224; crocheter des napperons pendant l'heure de table. C'&#233;tait le seul moment o&#249; l'on pouvait parler mais moi je parlais peu. Les autres parlaient de leur amoureux, de leurs sorties. Moi, je n'avais pas d'amoureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail n'&#233;tait pas d&#233;sagr&#233;able. J'aimais la couture mais d'un autre c&#244;t&#233; c'&#233;tait tr&#232;s monotone. Je n'avais donc aucune envie de passer ma vie dans cet atelier. A 15 ans, je m'inscrivis &#224; l'Ath&#233;n&#233;e pour suivre les cours du soir de correspondance commerciale en quatre langues. J'aimais les langues ; je connaissais d&#233;j&#224; le n&#233;erlandais et le fran&#231;ais et j'aimais &#233;crire. Malheureusement, apr&#232;s un an, ma m&#232;re voulut que j'arr&#234;te parce que les cours &#233;taient mixtes et qu'ils se d&#233;roulaient le soir. Une fois de plus, je n'eus rien &#224; dire, c'&#233;tait maman qui d&#233;cidait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai donc continu&#233; &#224; travailler dans cette corseterie jusqu'&#224; sa fermeture en 1958. Puis j'ai &#233;t&#233; r&#233;engag&#233;e dans un autre atelier dans lequel je suis devenue agent de m&#233;thode : mon travail consistait &#224; organiser le travail des autres et &#224; l'optimiser. J'y suis rest&#233;e vingt ans. En 1978, l'atelier est tomb&#233; en faillite. L'&#233;poque avait chang&#233; et les femmes ne portaient plus de corsets &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1980, les gros ordinateurs faisaient leur apparition. Sur le march&#233; de l'emploi, on demandait des encodeuses. Personne ne voulait faire ce travail parce que c'&#233;tait dur et tr&#232;s &#233;nervant. Apr&#232;s six semaines d'apprentissage, je suis devenue perforatrice et ensuite encodeuse. J'&#233;tais tr&#232;s bonne, je faisais &#231;a sans m'&#233;nerver. J'&#233;tais tellement performante que j'eus droit &#224; des cong&#233;s suppl&#233;mentaires !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En janvier 1988, je pris ma pension. Si j'ai des regrets ? Oui, je regrette de ne pas avoir tenu t&#234;te &#224; ma m&#232;re et de ne pas avoir continu&#233; les cours du soir. J'aurais r&#234;v&#233; d'&#234;tre &#233;crivain !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une passion pour la couture (Anne)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1169</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sylvie (A&amp;T)</dc:creator>


		<dc:subject>Couture, v&#234;tement</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Souvent j'ai en t&#234;te l'image d'un morceau de tissu. La derni&#232;re fois, ce tissu ou plut&#244;t une &#171; chute &#187;, je l'avais touch&#233;, j'en avais &#233;valu&#233; sa fluidit&#233; ou rigidit&#233;. J'y avais d&#233;j&#224; coup&#233; la doublure de mon imper. Petit &#224; petit se dessine un mod&#232;le de chemise. D&#232;s que j'ai l'occasion, je monte dans &#171; mon atelier &#187;. Alors le motif, les couleurs, le m&#233;trage je les vois en chemise sur Hadrien, mon petit-fils. A ce stade, j'ai d&#233;j&#224; vid&#233; mon esprit d'un bon nombre de pens&#233;es n&#233;gatives et mon corps d'une quantit&#233; non (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Souvent j'ai en t&#234;te l'image d'un morceau de tissu. La derni&#232;re fois, ce tissu ou plut&#244;t une &#171; chute &#187;, je l'avais touch&#233;, j'en avais &#233;valu&#233; sa fluidit&#233; ou rigidit&#233;. J'y avais d&#233;j&#224; coup&#233; la doublure de mon imper. Petit &#224; petit se dessine un mod&#232;le de chemise. D&#232;s que j'ai l'occasion, je monte dans &#171; mon atelier &#187;. Alors le motif, les couleurs, le m&#233;trage je les vois en chemise sur Hadrien, mon petit-fils. A ce stade, j'ai d&#233;j&#224; vid&#233; mon esprit d'un bon nombre de pens&#233;es n&#233;gatives et mon corps d'une quantit&#233; non n&#233;gligeable de stress.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'au prochain moment &#034;couture&#034;, la chemise trottera dans ma t&#234;te, les mod&#232;les d&#233;fileront. D&#232;s que possible, je fouillerai l'&#233;tag&#232;re croulant sous le poids des magazines de couture. Je pourrai reprendre un patron d&#233;j&#224; utilis&#233;. J'opte rarement pour ce proc&#233;d&#233; non pas que je rejette la facilit&#233; mais j'aime faire d'autres exp&#233;riences, d'autres apprentissages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le patron choisi, je d&#233;calque les pi&#232;ces n&#233;cessaires. Arrivent alors les moments palpitants : placer les pi&#232;ces du patronage sur le tissu. Verdict : Il manque du tissu. Soit j'abandonne mon id&#233;e, soit j'envisage un autre mod&#232;le sans poche, sans col ou avec manches courtes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'image mentale de la chemise d&#233;file. Je suis dans ma bulle. Je chercherai dans ma caisse-tissu un morceau d'imprim&#233;s rigolo mais assorti. J'y couperai la poche, le col ou les parementures dans cet imprim&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;alisation est proche. L'appel de l'atelier devient de plus en plus fort : une heure par-ci, une demi-heure par l&#224;. J'assemble les pi&#232;ces. Je choisis la couleur du fil, teste une ou deux couleurs. La machine se met en action. Je fignole, je surpique dans une autre couleur. Je suis parfois un peu sous-pression : j'ai h&#226;te de voir la chemise r&#233;alis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne peux pas la finir&#8230; je n'ai pas de boutons et raisonnablement, Hadrien doit l'essayer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, cela me donnera encore une occasion de vider mon esprit en imaginant le mode de fermeture : boutons ou pressions ! Cette fois-ci, j'ai exp&#233;riment&#233; les pressions de couleur.&lt;br class='autobr' /&gt;
La chemise r&#233;ussie met en valeur Hadrien ou Hadrien met en valeur la chemise, question de point de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'heure des inscriptions pour l'ann&#233;e 2018-2019 &#224; l'atelier couture, je me penche une nouvelle fois sur cette activit&#233; qui occupe une partie de mon emploi du temps. Si j'ai r&#233;guli&#232;rement cette r&#233;flexion, peut-&#234;tre est-ce parce que coudre a &#233;t&#233; longtemps consid&#233;r&#233; comme une des multiples t&#226;ches m&#233;nag&#232;res d&#233;volues aux femmes. Non pas que je ne veuille pas accomplir des t&#226;ches m&#233;nag&#232;res, je dois encore me convaincre que je n'ai pas pass&#233; du temps &#224; des futilit&#233;s. Et d'ailleurs, pourquoi ne pourrait-on pas passer son temps &#224; des futilit&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si j'ai acquis un certain savoir-faire &#224; l'atelier, je me rends compte que coudre c'est plus que de la technique. C'est toucher, manipuler de la mati&#232;re naturelle ou synth&#233;tique. C'est faire sortir un objet de ces mati&#232;res. C'est tout simplement cr&#233;er. Et contre toute attente, coudre est devenu ma s&#233;ance de relaxation. Coudre me procure une sorte de bien-&#234;tre, de paix int&#233;rieure. C'est en quelque sorte ma s&#233;ance de &#171; yoga &#187; ou de &#171; pleine conscience &#187; (avec tout le respect que j'ai pour ces activit&#233;s).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et donc, je continuerai &#224; coudre. Je voudrais arriver &#224; cr&#233;er un v&#234;tement du dessin &#224; la r&#233;alisation. Au fond de moi, j'aimerai aussi cr&#233;er l'imprim&#233; du tissu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis infiniment reconnaissante &#224; mon institutrice de 3&#232;me primaire &#224; Forest et ma grand-m&#232;re paternelle de m'avoir transmis cette technique. Vais-je transmettre cette technique &#224; d'autres ? L'avenir le dira.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Notre atelier de colifichets (Jeannine)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1092</link>
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		<dc:date>2020-11-24T07:20:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mich&#232;le A&amp;T</dc:creator>


		<dc:subject>Travail</dc:subject>
		<dc:subject>Couture, v&#234;tement</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Extrait de &#034;Nous racontons notre vie&#034;, La Fonderie, 2013-14 &lt;br class='autobr' /&gt;
En 1948, mes parents ont repris un atelier de colifichets (ornements vestimentaires), la Maison Kerstius, &#224; Saint Gilles, derri&#232;re la maison communale. Ma grand-m&#232;re avait commenc&#233; cet atelier avant la guerre. Pendant la guerre, l'atelier a eu beaucoup de succ&#232;s car les gens achetaient moins de nouveaux v&#234;tements et plus de colifichets puisque c'&#233;tait une mani&#232;re de recycler les vieux v&#234;tements avec des garnitures. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mon p&#232;re &#233;tait (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;Tranches de vie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Couture, v&#234;tement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait de &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique170'&gt;&#034;Nous racontons notre vie&#034;&lt;/a&gt;, La Fonderie, 2013-14&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En 1948, mes parents ont repris un atelier de colifichets (ornements vestimentaires), la Maison Kerstius, &#224; Saint Gilles, derri&#232;re la maison communale. Ma grand-m&#232;re avait commenc&#233; cet atelier avant la guerre. Pendant la guerre, l'atelier a eu beaucoup de succ&#232;s car les gens achetaient moins de nouveaux v&#234;tements et plus de colifichets puisque c'&#233;tait une mani&#232;re de recycler les vieux v&#234;tements avec des garnitures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon p&#232;re &#233;tait comptable et ma m&#232;re couturi&#232;re. C'&#233;tait tr&#232;s artisanal. Ma m&#232;re dirigeait l'atelier. Chaque ann&#233;e, il y avait une nouvelle collection, ma m&#232;re cr&#233;ait de nouveaux mod&#232;les, elle &#233;tait tr&#232;s dou&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi, vers 16 &#8211; 17 ans, dans les ann&#233;es 50, je ne voulais plus aller &#224; l'&#233;cole et je suis entr&#233;e dans l'atelier comme apprentie. J'ai &#233;t&#233; vite mise aux machines, puis au repassage, &#224; la coupe, &#224; l'emballage : j'ai fait de tout, y compris balayer l'atelier, ramasser les &#233;pingles avec les aimants, r&#233;pondre &#224; la porte. Nous &#233;tions une dizaine de personnes, c'&#233;tait tr&#232;s vari&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ciseaux &#233;taient durs &#224; manipuler, j'attrapais des durillons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait d'&#234;tre la fille du patron ne posait pas de probl&#232;mes car il y avait une bonne ambiance. Ma m&#232;re chantait tout le temps, nous chantions toutes en travaillant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les vendredis soirs, mon p&#232;re payait les ouvri&#232;res ; moi je n'avais pas d'enveloppe, car je vivais chez mes parents et je pr&#233;f&#233;rais &#234;tre g&#226;t&#233;e que de recevoir un salaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai travaill&#233; l&#224; jusqu'&#224; 25 ans, ensuite j'ai continu&#233; &#224; la maison quand j'ai eu mon premier enfant. J'&#233;tais pay&#233;e mais jamais d&#233;clar&#233;e. A cause de cela, j'ai perdu dix ans de pension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'atelier a ferm&#233; en 67, parce que la mode a chang&#233;, le pr&#234;t &#224; porter s'est g&#233;n&#233;ralis&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>V&#234;tements sur le fil du temps (Sylvie)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1161</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article1161</guid>
		<dc:date>2018-09-26T09:38:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sylvie (A&amp;T)</dc:creator>


		<dc:subject>Couture, v&#234;tement</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Puisqu'&#233;crire sa vie, c'est un peu se d&#233;shabiller, laissez-moi vous parler de moi au travers de mes v&#234;tements et d'un &#224; un vous les suspendre ... sur le fil du temps. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le premier - je dois alors avoir deux ou trois ans- est aussi celui que je pr&#233;f&#232;re : une robe-salopette en polyesther rouge tomate. Elle a pour moi un go&#251;t de voyage et de r&#234;ve puisqu'elle m'a &#233;t&#233; ramen&#233;e des U.S.A o&#249; j'ai vu le jour et grandi pendant 18 mois. J'aime triturer le sympathique poussin en caoutchouc coll&#233; sur la poche avant. Un &#171; (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Puisqu'&#233;crire sa vie, c'est un peu se d&#233;shabiller, laissez-moi vous parler de moi au travers de mes v&#234;tements et d'un &#224; un vous les suspendre ... sur le fil du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier - je dois alors avoir deux ou trois ans- est aussi celui que je pr&#233;f&#232;re : une robe-salopette en polyesther rouge tomate. Elle a pour moi un go&#251;t de voyage et de r&#234;ve puisqu'elle m'a &#233;t&#233; ramen&#233;e des U.S.A o&#249; j'ai vu le jour et grandi pendant 18 mois. J'aime triturer le sympathique poussin en caoutchouc coll&#233; sur la poche avant. Un &#171; Hello ! &#187;, inscrit en lettres grasses semble retentir joyeusement de sa bouche. Moi qui suis n&#233;e un jour de P&#226;ques, ce poussin ne peut manquer de m'appeler &#224; mordre la vie &#224; pleines dents. Forte de ma robe-salopette et de mon petit compagnon, je me sens gaie, l&#233;g&#232;re, libre de courir et de jouer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi tous ces sous-pulls pelucheux &#224; force d'&#234;tre mis, ces pantalons qui me semblent d&#233;pourvus de charme car d&#233;j&#224; port&#233;s auparavant par ma soeur, C&#233;cile. Il ne faut pas gaspiller ! D&#233;pit de la cadette face aux privil&#232;ges de l'a&#238;n&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis tr&#232;s vite, d&#232;s l'&#233;cole primaire, vient le temps des uniformes : uniforme scolaire blanc et bleu marine, uniforme beige et kaki des mouvements de jeunesse. A la fiert&#233; initiale de ces nouveaux habits comme symboles d'appartenance, succ&#232;de rapidement l'ennui de la conformit&#233;. Alors, tout l'art consiste &#224; personnaliser sa silhouette en respectant le r&#232;glement vestimentaire, l&#224; par des lignes sur le chemisier, l&#224; par une paire de boucles d'oreilles un peu color&#233;es, l&#224; par un petit logo fix&#233; sur un pull...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens encore avec honte de cette paire de chaussures d&#233;mod&#233;es &#224; brides h&#233;rit&#233;es de ma cousine. Leurs talons sont trop larges et trop hauts. Je suis en 5&#232;me primaire et le r&#232;glement scolaire interdit le port de chaussures &#224; talons hauts. Une compagne de classe, particuli&#232;rement &#171; peste &#187;, m'a d&#233;nonc&#233;e &#224; l'institutrice avec cette cruaut&#233; propre aux enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Sylvie, peux-tu te pr&#233;senter sur l'estrade ? demande Madame.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Humiliation de devoir exhiber mes pieds mal chauss&#233;s devant 25 paires d'yeux moqueurs. Honte d'autant plus grande qu'un l&#233;ger handicap me fait marcher les pieds vers l'int&#233;rieur et m'oblige &#224; porter des semelles orthop&#233;diques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce pour cette raison que j'ai d&#233;velopp&#233; un go&#251;t pour les belles chaussures ? &lt;br class='autobr' /&gt;
R&#234;ve de petite fille : quand je serai grande, j'en ouvrirai un magasin ! Souliers pour l'&#233;cole, souliers vernis blancs ou noirs pour les messes du dimanche et les jours f&#233;ri&#233;s, sandales pour a&#233;rer les pieds, pantoufles en velours, baskets en cuir pastel, je prends un soin particulier, voire obsessionnel &#224; les ranger c&#244;te &#224; c&#244;te sous le bureau de ma chambre. Chaque paire a sa place. Leur alignement r&#233;gulier contribue &#224; faire de ma chambre un rep&#232;re rassurant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux fois par an, avant la rentr&#233;e des classes, et au d&#233;but du printemps, c'est la f&#234;te. Maman nous emm&#232;ne, ma soeur et moi, acheter de nouveaux v&#234;tements Rue Neuve. Mais pas question de d&#233;penser &#224; outrance : chaque achat a &#233;t&#233; pr&#233;alablement list&#233; suite &#224; inventaire vestimentaire r&#233;alis&#233; quelques jours auparavant. Quelle aubaine pour moi qui vais enfin pouvoir choisir quelques habits selon ma fantaisie ! Et je ne m'en prive pas : usant jusqu'&#224; l'&#233;puisement la patience familiale, je passe et repasse au peigne fin chaque magasin de la rue Neuve avant d'enfin me d&#233;cider sur le v&#234;tement de mes r&#234;ves : tant&#244;t un ensemble &#171; pull et jupe &#187; &#224; porter lors de la communion d'un cousin, tant&#244;t un sweet-shirt pour les vacances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec mon entr&#233;e au Sacr&#233;-Coeur de Lindthout pour les classes secondaires, une &#233;cole de filles assez traditionnelle, voil&#224; mes premiers apparats de femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#234;ne et fiert&#233; m&#234;l&#233;es du premier soutien-gorge achet&#233; avec ma m&#232;re dans un magasin sp&#233;cialis&#233;. Je n'ose en effet plus me d&#233;shabiller devant mes compagnes avant les cours de gymnastique. Utilit&#233; z&#233;ro si l'on consid&#232;re ce qu'il est sens&#233; soutenir mais consid&#233;rable par le symbole du monde convoit&#233; auquel il me fait acc&#233;der.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fl&#226;neries entre copines dans les galeries Agora, afin de d&#233;penser notre argent de poche en fantaisies exotiques : &#233;charpes en coton &#224; rayures chatoyantes &#171; made in India &#187;, boucles d'oreilles et bagues en argent incrust&#233;es de turquoise mexicaine, jupes gitanes en tissu l&#233;ger,...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;res jupes bleu marine roul&#233;es sous le pull afin de d&#233;voiler plus encore une paire de gambettes gain&#233;es de nylon (souvent fl&#233;ch&#233; d'ailleurs) et d&#233;roul&#233;es illico presto d&#232;s qu'on apercevait l'&#233;ducatrice charg&#233;e de veiller &#224; notre vertu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mon vingti&#232;me anniversaire, Maman m'offre un de mes plus beaux cadeaux : une &#171; consultation couleurs &#187; aupr&#232;s d'une conseill&#232;re en communication. Apr&#232;s nombre de tissus color&#233;s pos&#233;s pr&#232;s de mon visage, le verdict tombe : &#171; Mademoiselle, vous avez un profil &#171; printemps, ascendant automne &#187;. A moi la palette des teintes chaudes et dor&#233;es : les jaunes cuivr&#233;s, les roses saumon, les bleus pervenche, les verts &#233;meraude et turquoise,&#8230;Vive la lumi&#232;re !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et maintenant, me direz-vous - et je vois d&#233;j&#224; votre regard me suivre de la t&#234;te aux pieds en vous demandant quel style je prise &#224; pr&#233;sent ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reste exigeante dans l'achat de mes habits que je veux harmonieux, originaux, f&#233;minins. J'aime d&#233;nicher en seconde main certaines pi&#232;ces, l'occasion de donner une nouvelle vie &#224; certains v&#234;tements et de ne pas trop d&#233;penser. Je confectionne certaines de mes boucles d'oreilles. Peut-&#234;tre trouverez-vous cela futile mais pour moi, ma tenue vestimentaire est une occasion de cr&#233;er, de m'exprimer, de mettre de la beaut&#233; dans la vie. Je choisis avec soin chaque soir ma tenue du lendemain car je sais que me sentir bien dans mes v&#234;tements me donnera de l'&#233;nergie &#224; l'heure du r&#233;veil. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et j'esp&#232;re cette &#233;nergie sera communicative !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> Mon premier travail (Prudence)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article941</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article941</guid>
		<dc:date>2012-11-07T08:42:19Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Raton Laveur</dc:creator>


		<dc:subject>Travail</dc:subject>
		<dc:subject>Couture, v&#234;tement</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Juste apr&#232;s guerre, apr&#232;s avoir effectu&#233; six ann&#233;es d'&#233;tudes primaires ainsi que le quatri&#232;me degr&#233;, qui correspondait &#224; une 7&#232;me et 8&#232;me ann&#233;e, je quittai l'&#233;cole et me retrouvai &#224; 14 ans sur le march&#233; de l'emploi. Je dus me d&#233;cider &#224; choisir un m&#233;tier car mon fr&#232;re a&#238;n&#233; absent, Maman &#233;tait seule &#224; subvenir &#224; nos besoins. &lt;br class='autobr' /&gt; Je r&#234;vais de voyages, je voulais travailler sur un de ces grands navires qui partaient pour l'Am&#233;rique ou ailleurs. Je serais log&#233;e, nourrie, habill&#233;e. J'aurais en plus une r&#233;mun&#233;ration, je (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Couture, v&#234;tement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Juste apr&#232;s guerre, apr&#232;s avoir effectu&#233; six ann&#233;es d'&#233;tudes primaires ainsi que le quatri&#232;me degr&#233;, qui correspondait &#224; une 7&#232;me et 8&#232;me ann&#233;e, je quittai l'&#233;cole et me retrouvai &#224; 14 ans sur le march&#233; de l'emploi. Je dus me d&#233;cider &#224; choisir un m&#233;tier car mon fr&#232;re a&#238;n&#233; absent, Maman &#233;tait seule &#224; subvenir &#224; nos besoins. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#234;vais de voyages, je voulais travailler sur un de ces grands navires qui partaient pour l'Am&#233;rique ou ailleurs. Je serais log&#233;e, nourrie, habill&#233;e. J'aurais en plus une r&#233;mun&#233;ration, je pourrais &#233;pargner et acheter une maison pour mes vieux jours. L'id&#233;e n'&#233;tait pas b&#234;te, mais quel travail aurais-je fait ? Sur ce paquebot, il fallait bien quelqu'un pour faire les lits. Donc, lorsque l'enseignante me questionna sur mon futur m&#233;tier, je r&#233;pondis : &#171; soubrette * &#187; ! Elle dut me prendre pour une fille sans ambition alors que c'&#233;tait le contraire. Je n'ai jamais r&#233;alis&#233; mon r&#234;ve. Maman m'imposa la couture.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je trouvai &#224; la rubrique emploi du journal, une petite annonce : une firme de corseterie cherchait une apprentie. &#171; C'est un bon m&#233;tier, on va aller te pr&#233;senter &#187; dit Maman. Nous f&#251;mes accueillies par une dame, la cinquantaine, &#224; l'air rev&#234;che, v&#234;tue d'un tablier blanc &#224; manches longues d'une blancheur Dash. Derri&#232;re ses lunettes aux verres &#233;pais, ses yeux me scrutaient, me d&#233;taillaient de la t&#234;te aux pieds. Elle me trouva sans doute acceptable car je fus engag&#233;e. La dame discuta avec Maman, en dialecte flamand, des heures de travail : de 8h30 &#224; 12h et de 12h30 &#224; 17h, cinq jours par semaine et le samedi de 8h30 &#224; 12h30. Elles parl&#232;rent aussi du salaire qui &#233;tait tr&#232;s bas. &#171; Votre fille devra aussi avoir un tablier blanc &#224; manches &#187; dit la dame.&lt;br class='autobr' /&gt;
A l'atelier, les ouvri&#232;res confectionnaient des soutiens-gorge en soie ou en cotonnade dans les coloris blanc, rose ou ciel, des corsets en coutil (toile crois&#233;e et serr&#233;e), des gaines &#233;lastiques, des combinaisons soutiens-gorge, des articles de plage : soutiens&#8212;gorge, culottes et jupes boutonn&#233;es devant, assorties aux deux pi&#232;ces imprim&#233;es.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'appris d'abord &#224; coudre des boutons aux soutiens-gorge. Le n&#339;ud du fil ne pouvait pas se trouver sur la peau mais sous le bouton. Il fallait passer le fil deux fois dans chaque trou, tourner le fil deux fois autour du bouton et attacher le fil sur l'envers o&#249; on ne pouvait voir qu'un seul point. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand le soutien-gorge &#233;tait termin&#233;, il passait au repassage. Ensuite, il &#233;tait pli&#233; et gliss&#233; dans une enveloppe en papier fort sur lequel &#233;taient imprim&#233;s la taille, le coloris et le genre de tissu. Il fallait faire tr&#232;s attention &#224; ne pas se tromper de sachet. Un jour, une jeune fille mit des soutiens-gorge dans de mauvais sachets. La chef d'atelier s'aper&#231;ut qu'elle ne savait pas lire.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 16 ans, je pus commencer &#224; assembler les pi&#232;ces de tissu. L'ourlet des combinaisons &#233;tait achev&#233; par un rouleaut&#233; main. Ce travail exigeait beaucoup de patience. &#201;tant la seule &#224; ne pas s'&#233;nerver, les ourlets &#233;taient pour moi. Des journ&#233;es enti&#232;res passaient &#224; coudre des ourlets.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premi&#232;res ann&#233;es, je confectionnais uniquement des soutiens-gorge, ensuite je fus affect&#233;e au groupe &#171; corsets et gaines &#187;. Les gaines en tissu &#233;lastique &#233;taient assembl&#233;es au moyen de machines &#224; coudre en points zigzag. Elles &#233;taient munies de jarretelles. Plus tard, on inventa la gaine-culotte avec jarretelles d&#233;tachables. Lorsque les pi&#232;ces de tissu en coutil pour les corsets &#233;taient assembl&#233;es, il fallait poser des bandes en serg&#233; 8 (tissu crois&#233; et uni) pour y glisser les baleines. Le bas du corset &#233;tait alors bord&#233; au moyen d'une bande en serg&#233; 4, en posant les jarretelles ajustables. Il fallait alors glisser les baleines dans les bandes, border le haut et faire un arr&#234;t au moyen d'une piq&#251;re au bas de la baleine pour l'emp&#234;cher de bouger.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un jour, ma coll&#232;gue piqua sur la baleine, l'aiguille se cassa et elle re&#231;ut un morceau de l'aiguille dans l'&#339;il. Le lendemain, l'aiguille sortit de l'&#339;il.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains corsets &#233;taient munis d'agrafes, d'&#339;illets et d'une fermeture &#233;clair sur le devant, d'autres se fermaient au moyen de lacets. Les &#339;illets pour les lacets &#233;taient pos&#233;s au moyen d'une oeilletteuse. L'ouvri&#232;re mesurait et marquait l'endroit o&#249; devait se poser l'&#339;illet, elle pla&#231;ait le dos du corset sur la machine, appuyait avec le pied sur la p&#233;dale. L'&#339;illet &#233;tait plac&#233; en m&#234;me temps que la perforation du tissu.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dame qui nous avait accueillie le premier jour avec maman &#233;tait la chef d'atelier ; elle v&#233;rifiait le travail et nous surveillait. Un jour, une ouvri&#232;re arriva pieds nus dans ses chaussures. Elle fut oblig&#233;e de rentrer chez elle pour mettre des bas.&lt;br&gt;
Pour le repas de midi, les ouvri&#232;res apportaient des tartines emball&#233;es dans un sachet en papier ainsi qu'une gourde en m&#233;tal remplie de caf&#233; que la repasseuse r&#233;chauffait sur un po&#234;le au charbon.&lt;br&gt;
Parmi les apprenties, j'avais trouv&#233; une amie qui m'apprit &#224; crocheter des napperons pendant l'heure de table. Le travail n'&#233;tait pas d&#233;sagr&#233;able. Cependant je n'avais aucune envie de passer ma vie dans cet atelier. Je m'inscrivis &#224; l'Ath&#233;n&#233;e pour suivre les cours du soir de correspondance commerciale en quatre langues.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Ma jupe bleue (Johanna P.)</title>
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		<dc:date>2012-08-28T10:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Argent, pauvret&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Ecole, &#233;tudes</dc:subject>
		<dc:subject>Couture, v&#234;tement</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; 123 j'ai vu - Des seniors d'aujourd'hui racontent leur enfance d'hier &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; Rien ne se perdait chez nous. Maman avait un sens exag&#233;r&#233; de l'&#233;conomie et, depuis le d&#233;but de la guerre, cette qualit&#233; s'&#233;tait encore accentu&#233;e. Elle ne voulait rien acheter parce que tout devenait de plus en plus cher. Elle se r&#233;servait de faire ses achats quand la guerre serait finie croyant qu'alors, les prix redeviendraient normaux. Et en attendant, (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot142" rel="tag"&gt;Ecole, &#233;tudes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Couture, v&#234;tement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L99xH150/arton897-cf0d3.jpg?1771327574' width='99' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article530' class='spip_in'&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; 123 j'ai vu - Des seniors d'aujourd'hui racontent leur enfance d'hier &#187;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien ne se perdait chez nous. Maman avait un sens exag&#233;r&#233; de l'&#233;conomie et, depuis le d&#233;but de la guerre, cette qualit&#233; s'&#233;tait encore accentu&#233;e. Elle ne voulait rien acheter parce que tout devenait de plus en plus cher. Elle se r&#233;servait de faire ses achats quand la guerre serait finie croyant qu'alors, les prix redeviendraient normaux. Et en attendant, Maman faisait de la r&#233;cup&#233;ration. Avec les draps de lit usag&#233;s qui se d&#233;chiraient par le milieu, Maman confectionnait, dans les bords encore solides, des essuies de cuisine, des draps de bain, des gants de toilette. Les restes des draps, les plus us&#233;s, servaient encore comme torchons de sol et lavettes de vaisselle. Avec les chemises que Papa avait trop port&#233;es et qui finissaient par s'effilocher, Maman transformait les morceaux encore bons en mouchoirs de poche. Elle travaillait avec art. Tous ces linges de r&#233;cup&#233;ration &#233;taient soigneusement lessiv&#233;s, blanchis, coup&#233;s aux mesures exactes, ourl&#233;s &#224; la machine, repass&#233;s &#224; la perfection et finalement rang&#233;s dans l'armoire en piles bien droites. Nous avions toujours &#224; notre disposition du linge modeste mais parfaitement entretenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, Maman eut l'id&#233;e lumineuse et &#233;conomique de transformer le pantalon de mon fr&#232;re, devenu trop court et &#233;troit pour lui, en jupe pour moi. Cela paraissait d'abord impossible, mais Maman a beaucoup travaill&#233;. Elle a ouvert toutes les coutures du pantalon et, ensuite, elle a d&#233;coup&#233;, dans le tissu, des rectangles et des carr&#233;s de diff&#233;rentes dimensions suivant la possibilit&#233;. Ensuite elle a rassembl&#233; tous ces morceaux pour former un grand rectangle dont elle fit une jupe pour moi. La jupe &#233;tait bien confectionn&#233;e, avec un ourlet, une ceinture et des bretelles. Mais faite de 36 morceaux ! Maman avait eu la coquetterie de mettre les plus grands morceaux au devant de la jupe et les plus petits au dos. J'&#233;tais donc, heureusement, un peu plus pr&#233;sentable de face que de dos. &lt;br&gt;
En ce qui concernait les travaux manuels, Maman &#233;tait une artiste modeste : &#171; C'est une jupe pour aller &#224; l'&#233;cole &#187; s'excusait-elle. J'avais honte de ma jupe. Pour me pr&#233;senter en classe devant la ma&#238;tresse et mes compagnes, j'aurais d&#233;sir&#233; &#234;tre aussi belle que possible...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier jour o&#249; je me suis rendue en classe avec ma &#171; nouvelle jupe &#187;, j'avais huit ans et j'&#233;tais en 2i&#232;me ann&#233;e primaire. J'ai toujours &#233;t&#233; une des plus grandes &#233;l&#232;ves de ma classe. Aussi, j'&#233;tais toujours assise &#224; l'avant-dernier banc. Le tout dernier banc &#233;tait r&#233;serv&#233; aux plus mauvaises &#233;l&#232;ves qui perturbaient les cours. Dans le fond de la classe, celles-ci se faisaient moins remarquer.&lt;br&gt;
Avec ma nouvelle jupe, je suis entr&#233;e en classe en, me faisant aussi petite que possible et me dissimulant derri&#232;re les autres fillettes. J'eus vite fait d'enfiler le tablier noir r&#233;glementaire. Mais notre ma&#238;tresse, que nous devions appeler &#171; Ch&#232;re S&#339;ur &#187;, avait remarqu&#233; mon attitude et entrevu ma jupe. Elle me fixait d'un &#339;il surpris. Toutes les &#233;l&#232;ves install&#233;es, elle m'appela &#224; son bureau. Elle me demanda d'enlever mon tablier noir et de monter sur l'estrade. Ch&#232;re S&#339;ur fixait ma jupe et on voyait qu'elle essayait de comprendre le mod&#232;le. Apr&#232;s m'avoir inspect&#233;e de face, elle me demanda de me retourner. De cette fa&#231;on, je me montrai &#224; elle et &#224; mes petites compagnes sur toutes les coutures. Ch&#232;re S&#339;ur, fort surprise, ne comprenait toujours pas et me demanda des explications. &#171; C'est Maman, lui dis-je, elle a transform&#233; la vieille culotte de mon fr&#232;re en jupe pour moi &#187;. Ch&#232;re S&#339;ur resta pensive et laissa tomber ces deux mots : &#171; Quel ordre ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'&#233;tais pas contente de porter cette jupe, mais je respectais d&#233;sormais le travail de Maman et voulais malgr&#233; tout lui faire plaisir. Rentr&#233;e &#224; la maison, j'ai racont&#233; &#224; Maman comment Ch&#232;re S&#339;ur avait appr&#233;ci&#233; et dit ces mots &#171; Quel ordre ! &#187; Maman &#233;clata de fiert&#233; et toute joyeuse fit part de l'appr&#233;ciation de Ch&#232;re S&#339;ur &#224; mon p&#232;re. Ensuite je l'ai entendue raconter son triomphe &#224; toutes les voisines et amies. Il y a de ceci presque 60 ans, mais je suis toujours heureuse d'avoir donn&#233; ce grand plaisir &#224; Maman. On ne regrette jamais le bien que l'on a fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es de guerre passaient, mais je portais toujours la m&#234;me jupe. Elle &#233;tait bien longue au d&#233;part et pourvue d'un ourlet. Au fil des ann&#233;es de guerre, je grandissais, mais je ne grossissais pas. Trois ans plus tard, la jupe m'allait toujours, sauf qu'elle devenait de plus en plus courte. Finalement, m&#234;me si j'&#233;tais fort maigre, les os de mes hanches s'&#233;largissaient. La jupe, dont le tissu se tendait sur les hanches et les fesses, prenait exactement mes formes, mais le bas de la jupe restait &#233;troit. Parfois je me regardais dans le miroir : la jupe tombait droite au devant mais, vue de profil, elle suivait la forme des fesses puis celle des cuisses. Elle &#233;tait devenue une minijupe fourreau. Autre particularit&#233; de celle-ci : &#224; force de m'&#234;tre assise pendant des ann&#233;es sur les bancs de bois de l'&#233;cole, le dos de la jupe &#233;tait devenu lustr&#233; et brillant . J'avais, sans exag&#233;rer, un miroir au cul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la jupe bleue, je portais les chemises de mon fr&#232;re. Ces chemises &#233;taient toujours soigneusement lav&#233;es et repass&#233;es par Maman. Mais il &#233;tait bien visible que je portais des chemises de gar&#231;on. Les manches &#233;taient trop &#233;troites, la fermeture &#233;tait masculine, de gauche &#224; droite et surtout, tandis que les fillettes portaient des cols ronds, qu'on appelait &#171; cols Claudine &#187;, mes cols &#224; moi &#233;taient &#224; longues pointes. Une petite laine m'&#233;tait n&#233;cessaire pour r&#233;chauffer le tout. Maman me tricota un cardigan avec des restes de laines de toutes les couleurs. Devant mon attitude d&#233;courag&#233;e, elle m'annon&#231;a que tout finirait bien car, le cardigan termin&#233;, elle le plongerait dans une teinture bleu fonc&#233;, ce qui &#233;galiserait le ton du v&#234;tement. Maman avait beaucoup d'id&#233;es et surtout de l'espoir. Finalement, mon cardigan fut bleu de tous les tons, ce qui ne cachait en rien l'origine de cette r&#233;alisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et lorsque mon manteau fut devenu trop petit, j'ai port&#233; la redingote de mon fr&#232;re. Alors je devins un vrai gar&#231;on. Passant une visite m&#233;dicale accompagn&#233;e de Maman, le m&#233;decin, voyant la redingote, demanda : &#171; quel &#226;ge a votre fils ? &#187;. &#171; Mais docteur, r&#233;pondit-elle, c'est une fille. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Un jour, une dame apitoy&#233;e lui demanda : &#171; Madame, vous devez &#234;tre bien pauvre pour &#234;tre oblig&#233;e d'habiller si mal votre fille. &#187; Maman qui n'avait pas sa langue dans sa poche, surtout quand on la vexait, s'&#233;cria d'une voix forte : &#171; Mais, Madame, j'ai les moyens d'habiller ma fille avec des v&#234;tements neufs chaque jour et de toutes les couleurs, si je le voulais. &#187;&lt;br&gt;
En classe, nous devions porter le tablier noir qui &#233;tait cens&#233; prot&#233;ger nos v&#234;tements. Avec ce tablier noir, j'&#233;tais contente de cacher ma tenue. Mais parfois, nous avions la visite en classe de &#171; Madame l'inspectrice &#187; ou de l'une ou l'autre personnalit&#233; de l'instruction publique. Dans ce cas, Ch&#232;re S&#339;ur nous donnait l'ordre d'enlever nos tabliers. Ces moments-l&#224; &#233;taient pour moi les plus p&#233;nibles car j'exposais devant tous mes humbles v&#234;tements. Je ne savais pas quelle attitude prendre tant j'avais honte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec ma tenue vestimentaire, je n'avais pas beaucoup d'amies. Les &#233;l&#232;ves et m&#234;me Ch&#232;re S&#339;ur &#233;taient attir&#233;es par les petites filles coquettement habill&#233;es. On me prenait pour une pauvresse sans grande valeur. Seules mes deux amies Lily et Loulou m'aimaient beaucoup. &#171; Ne t'en fais pas pour les autres &#187; me disait Loulou, &#171; ce sont toutes des fi&#232;res-cacas &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maman avait un don tr&#232;s particulier, celui de passer d'une d&#233;cision extr&#234;me &#224; l'autre. Elle disait : &#171; Je n'ach&#232;te jamais rien, mais quand je prends la peine de faire une d&#233;pense, je choisis ce qu'il y a de plus beau. &#187; Cette vue de l'esprit avait pour r&#233;sultat qu'aux grandes occasions, j'&#233;tais habill&#233;e comme une princesse.&lt;br&gt;
Je me souviens d'une belle robe. Elle &#233;tait extraordinaire, en velours rouge, avec un col en plumetis blanc garni de dentelles. Je la portais les jours de f&#234;te &#224; l'&#233;cole et pour la remise des bulletins. Ces jours-l&#224;, Maman ne tressait pas mes cheveux ; j'avais une belle chevelure blonde qui ondulait jusqu'&#224; ma taille. Ou bien Maman me mettait des bigoudis ; j'avais alors de longues boucles, avec un beau ruban blanc nou&#233; dans les cheveux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disons aussi un mot de mon superbe manteau blanc avec lequel je portais un chapeau &#171; cow-boy &#187; en feutre blanc. Ainsi, toute de blanc v&#234;tue, &#171; comme un b&#233;b&#233; &#187; disaient les langues de vip&#232;res, j'allais chaque jeudi apr&#232;s-midi &#224; ma le&#231;on priv&#233;e de piano. Maman adorait la musique, j'avais un piano et chaque jour, apr&#232;s avoir termin&#233; mes devoirs et le&#231;ons pour l'&#233;cole, j'effectuais une heure d'exercices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pourrais encore d&#233;crire longuement ma robe en organdi blanc, parsem&#233;e de roses minuscules brod&#233;es &#224; la main ou &#233;piloguer sur mon chapeau &#171; Deanna Durbin &#187;, fid&#232;le copie de celui que portait cette jeune vedette de cin&#233;ma. En fait, j'aurais tout simplement souhait&#233; &#234;tre habill&#233;e &#171; comme tout le monde &#187; car j'avais autant honte du chapeau &#171; cow-boy &#187; blanc que de ma fameuse &#171; jupe bleue &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Le sac &#224; ouvrages (Lucienne E.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article915</link>
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		<dc:date>2012-08-08T09:17:20Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Ecole, &#233;tudes</dc:subject>
		<dc:subject>Couture, v&#234;tement</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; 123 j'ai vu - Des seniors d'aujourd'hui racontent leur enfance d'hier &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; En 1945, j'entrai en premi&#232;re ann&#233;e primaire. D'embl&#233;e, j'adorai l'&#233;cole. Un univers s'ouvrait &#224; moi. J'allais apprendre &#224; lire, &#233;crire et compter. Le plus attrayant &#233;tait la lecture. Toutes les histoires du monde &#224; ma port&#233;e ! Vous vous rendez compte ? J'&#233;tais curieuse de tout. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les choses se g&#226;t&#232;rent un peu en troisi&#232;me ann&#233;e. Le cours amusant et cr&#233;atif (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique146" rel="directory"&gt;1,2,3 j'ai vu ...&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot142" rel="tag"&gt;Ecole, &#233;tudes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Couture, v&#234;tement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L99xH150/arton915-b18e7.jpg?1771327574' width='99' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article530' class='spip_in'&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; 123 j'ai vu - Des seniors d'aujourd'hui racontent leur enfance d'hier &#187;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1945, j'entrai en premi&#232;re ann&#233;e primaire. D'embl&#233;e, j'adorai l'&#233;cole. Un univers s'ouvrait &#224; moi. J'allais apprendre &#224; lire, &#233;crire et compter. Le plus attrayant &#233;tait la lecture. Toutes les histoires du monde &#224; ma port&#233;e ! Vous vous rendez compte ? J'&#233;tais curieuse de tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les choses se g&#226;t&#232;rent un peu en troisi&#232;me ann&#233;e. Le cours amusant et cr&#233;atif de bricolage du vendredi apr&#232;s-midi fut remplac&#233; par &#171; les ouvrages &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A partir de petits &#233;chantillons de coton blanc, nous apprenions les points endroit, arri&#232;re, les coutures anglaises, le placement de pi&#232;ce pour r&#233;parer un trou, les ourlets, le surfilage, &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus amusant pour moi &#233;tait la cr&#233;ation d'un &#171; album d'ouvrages &#187; o&#249; toutes ces pi&#232;ces laborieusement confectionn&#233;es se retrouvaient expos&#233;es comme dans un catalogue. On y apposait une l&#233;gende et m&#234;me de jolis dessins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un beau sac &#224; ouvrages enfermait le fruit de ces vendredis honnis. Le mien &#233;tait particuli&#232;rement esth&#233;tique. En toile beige brod&#233;e de fleurs au point de croix. Mon horreur de ces travaux de couture n'avait d'&#233;gal que l'enthousiasme de Maman qui excellait en ce domaine. Mon beau sac le prouvant &#224; souhait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pire &#233;tait &#224; venir : le tricot. D'abord des &#233;chantillons de diff&#233;rents points : mousse, jersey, c&#244;tes, point de riz, trou-trous, etc.. Et ces points qui s'&#233;chappaient malicieusement des aiguilles rendant la t&#226;che encore plus ardue !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s p&#233;nible aussi la confection de chaussettes d'un gris affreux avec quatre aiguilles qui ne tenaient pas en place. L'angle droit &#224; r&#233;aliser pour former le talon &#233;tait une terrible &#233;preuve de dext&#233;rit&#233;, la pointe pour couvrir les orteils n'&#233;tait pas mal non plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En classe, je chipotais, laissais tomber les points que la ma&#238;tresse r&#233;cup&#233;rait et le temps passait. Toute une strat&#233;gie pour combler ces heures difficiles. Je comptais sur les mains expertes de Maman pour finaliser les projets infernaux de cette ch&#232;re ma&#238;tresse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sixi&#232;me ann&#233;e, il lui vint l'horrible id&#233;e de nous faire tricoter un pull (on disait une &#171; blouse &#187;) en points ajour&#233;s. Travail de patience et d'adresse manuelle incompatibles avec cette enfant qui ne tenait pas en place. On me nommait d'ailleurs &#171; le mouvement perp&#233;tuel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois &#233;chantillons &#224; difficult&#233;s croissantes furent r&#233;alis&#233;s afin de choisir son mod&#232;le. Maman pr&#233;f&#233;rait bien s&#251;r le plus &#233;labor&#233; et insista fortement pour que je le choisisse.&lt;br&gt;
&#8211; Mais je n'y arriverai jamais ! &lt;br&gt;
&#8211; Ne t'inqui&#232;te pas, je t'aiderai. Ce point est vraiment le plus beau.&lt;br&gt;
J'arrive donc fi&#232;rement en classe avec un d&#233;but d'ouvrage parfait. Les c&#244;tes sont termin&#233;es et le joli motif s'&#233;talant sur huit rangs &#224; r&#233;p&#233;ter fait bien 10 cm. Merci Maman !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ma&#238;tresse qui n'&#233;tait pas n&#233;e de la derni&#232;re pluie :&lt;br&gt;
&#8211; Comme tu as bien travaill&#233; ! Viens sur l'estrade et montre &#224; la classe comment tu t'y es prise.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Catastrophe, je bl&#234;mis, mes jambes flageolent. Rassemblant ce qu'il me reste de courage, je m'ex&#233;cute et lis lentement d'une voix quelque peu tremblante, chaque ligne du descriptif des points ajour&#233;s : deux mailles ensemble, un jet&#233;, trois mailles endroits&#8230; J'ai laiss&#233; mon ouvrage sur mon pupitre. Surtout ne pas me mettre les aiguilles sous les bras et faire une d&#233;monstration pratique. Mon c&#339;ur bat la chamade. Je sens le sang me monter au visage. J'ai tr&#232;s chaud tout &#224; coup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ma&#238;tresse a d&#251; avoir piti&#233; de ma d&#233;tresse. Elle n'a rien exig&#233; d'autre que cette lecture didactique. Ouf ! sauv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la le&#231;on avait port&#233;. Ma m&#232;re pourrait avoir tous les d&#233;sirs esth&#233;tiques qu'elle voulait, plus jamais je ne m'engagerais dans des r&#233;alisations aussi p&#233;rilleuses avec un tel risque de honte &#224; la clef.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comble, c'est qu'aujourd'hui, j'adore tricoter et plus c'est compliqu&#233;, plus j'y prends plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Curieux, la nature humaine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Entre couture et tricot (Lena)</title>
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		<dc:date>2012-04-19T13:18:56Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Raton Laveur</dc:creator>


		<dc:subject>Couture, v&#234;tement</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;De mon enfance me revient une image pr&#233;cise : je suis assise par terre pr&#232;s de Maman dans la petite pi&#232;ce o&#249; elle avait install&#233; sa machine &#224; coudre et son mat&#233;riel de couture. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'aimais jouer avec la boite de boutons qui r&#233;v&#233;lait tant de tr&#233;sors fascinants. Mes boutons pr&#233;f&#233;r&#233;s &#233;taient les dor&#233;s, les transparents et les nacr&#233;s roses. Je pr&#233;f&#233;rais ceux en forme de petites boules plut&#244;t que les trop communs plats et ronds ou les &#233;pais carr&#233;s sans charme. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant des heures, je les triais inlassablement par (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;De mon enfance me revient une image pr&#233;cise : je suis assise par terre pr&#232;s de Maman dans la petite pi&#232;ce o&#249; elle avait install&#233; sa machine &#224; coudre et son mat&#233;riel de couture.&lt;br&gt;
J'aimais jouer avec la boite de boutons qui r&#233;v&#233;lait tant de tr&#233;sors fascinants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mes boutons pr&#233;f&#233;r&#233;s &#233;taient les dor&#233;s, les transparents et les nacr&#233;s roses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je pr&#233;f&#233;rais ceux en forme de petites boules plut&#244;t que les trop communs plats et ronds ou les &#233;pais carr&#233;s sans charme.&lt;br&gt;
Pendant des heures, je les triais inlassablement par couleur de m&#234;me que je rangeais les fusettes de soie par d&#233;grad&#233;s de tons.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'associe aussi cette salle de couture &#224; la f&#233;brilit&#233; qui me gagnait quand Maman d&#233;cidait de me coudre une nouvelle petite robe.&lt;br&gt;
Quelle chance de constater que j'ai grandi quand jupes et robes sont devenues trop courtes ou trop &#233;troites.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maman prenait alors le bus 18 &#224; Bressoux et se rendait au centre de Li&#232;ge chez Goffin-Bovy d'o&#249; elle ramenait un morceau de tissu tout plat.&lt;be&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
En quelques jours, il se m&#233;tamorphosait en fronces ou pliss&#233;s, en manches bouffantes ou col Claudine, il s'ornait de dentelles, de smocks ou de biais color&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait chaque fois une &#339;uvre d'art qui m'&#233;blouissait et que j'&#233;tais si fi&#232;re de porter.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais parfois, elle r&#233;cup&#233;rait un de ses v&#234;tements personnels pour m'en tailler un autre &#224; mes dimensions. J'ai d&#233;test&#233; ce manteau aux ramages verts et blancs, si long qu'il me semble l'avoir port&#233; plusieurs hivers. Avec ce manteau, j'avais chaque ann&#233;e la d&#233;ception de ne pas avoir grandi suffisamment pour en avoir un nouveau.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai aussi eu en horreur les pulls qui piquent, ceux qui ont &#233;t&#233; tricot&#233;s, puis d&#233;tricot&#233;s d'&#234;tre devenus trop petits pour mon grand fr&#232;re avant d'&#234;tre &#224; nouveau tricot&#233;s pour moi.&lt;br&gt;
La premi&#232;re op&#233;ration que la laine d&#233;tricot&#233;e devait subir &#233;tait un d&#233;frisage &#224; la vapeur d'eau bouillante. &lt;br&gt;
Attention de ne pas se br&#251;ler lorsqu'on passait les &#233;cheveaux au-dessus du bec de la bouilloire en &#233;bullition.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, que de longues s&#233;ances interminables &#224; aider Maman &#224; refaire des boules ovales, en forme d'&#339;uf, avec une laine qui &#233;tait suppos&#233;e avoir retrouv&#233; tout son gonflant.&lt;br&gt;
J'attrapais des crampes dans les avant-bras car ils devaient rester &#224; l'horizontal, bien parall&#232;les et &#233;cart&#233;s &#224; la bonne distance, les mains un peu relev&#233;es pour maintenir l'&#233;cheveau en place.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant que Maman bobinait ses pelotes, je devais faire un moulinet de la main droite pour laisser passer le fil, puis un moulinet de la main gauche. &lt;br&gt;
Gauche droite, gauche droite,&#8230; t&#244;t ou tard je finissais par me tromper de main et par laisser s'&#233;chapper tout l'&#233;cheveau d'un coup. Maman en avait alors pour des heures &#224; d&#233;m&#234;ler les n&#339;uds qui s'accumulaient au fur et &#224; mesure qu'elle reconstituait sa pelote.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maillots de bain qui grattent la peau, shorts qui irritent l'entre-jambe et petites blouses qui picotent sous les bras &#233;taient le r&#233;sultat peu plaisant de cette implacable chasse au gaspillage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Avant la soci&#233;t&#233; de consommation (Nicole H.) </title>
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		<dc:date>2012-04-19T13:18:38Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Raton Laveur</dc:creator>


		<dc:subject>Couture, v&#234;tement</dc:subject>
		<dc:subject>Vie quotidienne</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es d'apr&#232;s guerre, les m&#233;nages ont continu&#233; &#224; vivre avec les principes d'&#233;conomie acquis pendant les ann&#233;es de disette. Ainsi, quand un drap commence &#224; s'user, on le coupe au milieu et on recoud ensemble les deux bords. La partie us&#233;e se retrouve ainsi aux extr&#233;mit&#233;s moins sollicit&#233;es tandis que le milieu, qui s'use plus vite, est reconstitu&#233; des anciens bords moins us&#233;s. Bien s&#251;r, cette longue couture au milieu du drap le rend moins confortable, mais allonge sa dur&#233;e de vie. A l'&#233;tape (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es d'apr&#232;s guerre, les m&#233;nages ont continu&#233; &#224; vivre avec les principes d'&#233;conomie acquis pendant les ann&#233;es de disette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ainsi, quand un drap commence &#224; s'user, on le coupe au milieu et on recoud ensemble les deux bords. La partie us&#233;e se retrouve ainsi aux extr&#233;mit&#233;s moins sollicit&#233;es tandis que le milieu, qui s'use plus vite, est reconstitu&#233; des anciens bords moins us&#233;s. Bien s&#251;r, cette longue couture au milieu du drap le rend moins confortable, mais allonge sa dur&#233;e de vie. A l'&#233;tape suivante, quand le drap est encore plus us&#233;, on y taille des essuies de vaisselle qui deviennent apr&#232;s usure suppl&#233;mentaire des mouchoirs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre trait d'&#233;conomies : le papier de toilette. Les rouleaux de papier de toilette sont rares, chers et rugueux. Aussi, pendant les ann&#233;es de ma petite enfance, Mammy d&#233;coupe dans les pages des annuaires t&#233;l&#233;phoniques et des journaux p&#233;rim&#233;s des coupons de papier qui serviront aux w.c. Par exp&#233;rience, je peux certifier que le papier des annuaires est moins rugueux ; l'ennui est qu'il n'y en a qu'un par an tandis que le journal est quotidien et assure donc un approvisionnement plus consid&#233;rable.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s que nous avons &#233;t&#233; capables de tenir des ciseaux en mains nous avons &#233;t&#233; mis &#224; la t&#226;che de d&#233;coupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les lessives, les arrosages et les nettoyages nous utilisons de l'eau de citerne qu'il faut pomper &#224; la main et chauffer dans une grande cuve qui ne sert qu'&#224; cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes s&#339;urs et moi, pendant des ann&#233;es, n'avons que trois tenues : l'uniforme qu'on prot&#232;ge avec un tablier, une tenue courante qu'on met les jours de vacances, et un beau v&#234;tement qu'on porte le dimanche et lors des visites. Bien s&#251;r, d&#232;s qu'un v&#234;tement est trop petit pour moi, il est r&#233;ajust&#233; pour ma petite s&#339;ur, puis par apr&#232;s encore pour la suivante ; ce qui les a fait r&#226;ler de nombreuses ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mammy d&#233;ploie des tr&#233;sors d'imagination pour coudre et nous habiller avec des tissus de r&#233;cup&#233;ration. Elle passe des heures &#224; sa machine &#224; coudre. Au d&#233;but, la machine &#224; coudre est m&#233;canique. Il faut actionner une p&#233;dale dans un mouvement de haut en bas pour la faire fonctionner. Parfois les enfants se mettent en face de Mammy, de l'autre c&#244;t&#233; de la machine et appuient en cadence sur l'autre bout de la p&#233;dale. Avec le recul, je ne suis pas s&#251;re que cela l'ait beaucoup aid&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Vers 1958 Mammy a achet&#233; une machine &#233;lectrique escamotable dans un petit meuble contenant &#233;galement un panier avec du mat&#233;riel de couture. C'&#233;tait tr&#232;s ing&#233;nieux car le meuble, une fois ferm&#233;, paraissait un &#233;l&#233;ment normal de d&#233;coration du salon.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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