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	<title>Ages et transmissions</title>
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	<description>Cr&#233;&#233;e en 97, Ages et Transmissions est une asbl pluraliste bruxelloise permettant aux a&#238;n&#233;s de jouer un r&#244;le actif dans la soci&#233;t&#233;. Elle est reconnue comme organisme d'&#233;ducation permanente par la F&#233;d&#233;ration Wallonie-Bruxelles.</description>
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		<title>Ages et transmissions</title>
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		<title>Sur les pas d'un promeneur solitaire (Jos&#233;)</title>
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		<dc:date>2021-02-05T13:49:51Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Raton Laveur</dc:creator>


		<dc:subject>Deuils, mort</dc:subject>
		<dc:subject>Nature, animaux</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Samedi 3 novembre 2012 Toute la nuit la bruine de la Toussaint a enduit de vernis les toitures, l&#233;ch&#233; le feuillage endormi et d&#233;salt&#233;r&#233; jusqu'&#224; saturation les v&#233;g&#233;taux. Les grands arbres du Bois de la Cambre, coll&#233;s l'un &#224; l'autre comme un immense troupeau de bovins oubli&#233;s dans une prairie d&#233;tremp&#233;e dressent devant ma fen&#234;tre, leur masse touffue et gonfl&#233;e sous le ciel bas, vide d'oiseaux et charg&#233; de nuages gris et silencieux. En quelques jours, leur frondaison a pris de nouvelles couleurs. Les arbres (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Samedi 3 novembre 2012 &lt;br class='autobr' /&gt;
Toute la nuit la bruine de la Toussaint a enduit de vernis les toitures, l&#233;ch&#233; le feuillage endormi et d&#233;salt&#233;r&#233; jusqu'&#224; saturation les v&#233;g&#233;taux. Les grands arbres du Bois de la Cambre, coll&#233;s l'un &#224; l'autre comme un immense troupeau de bovins oubli&#233;s dans une prairie d&#233;tremp&#233;e dressent devant ma fen&#234;tre, leur masse touffue et gonfl&#233;e sous le ciel bas, vide d'oiseaux et charg&#233; de nuages gris et silencieux. En quelques jours, leur frondaison a pris de nouvelles couleurs. Les arbres f&#234;tent le carnaval en automne et rivalisent les uns avec les autres dans le choix des d&#233;guisements qu'ils adoptent. C'est un v&#233;ritable courant de folie qui les porte &#224; d&#233;valiser les marchands de peinture ou de produits de beaut&#233; pour colorer leurs cheveux et se lib&#233;rer de leur carcan de verdure comme si, avant de mourir, ils se fardaient afin que notre m&#233;moire en garde le meilleur souvenir. Le jaune, le roux, le brun, le rouge sont &#224; la mode. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous n'avons pas cet art que poss&#232;dent les v&#233;g&#233;taux et particuli&#232;rement les arbres de mourir dans la dignit&#233;. Probablement par manque d'exp&#233;rience. Nous naissons et nous mourons une fois pour toutes alors que nos cousins lointains revivent, chaque ann&#233;e, cette &#233;preuve de passage. Il est vrai que lorsqu'ils se d&#233;nudent pour faire leur toilette, ils ne meurent pas tout &#224; fait, mais se mettent en veille pour hiberner. Ils s'enracinent fermement dans la terre &#224; l'abri de la neige et du gel avant, non pas de na&#238;tre ou de rena&#238;tre, mais de se r&#233;veiller aux premiers frissons du printemps. Certains d'entre eux, les conif&#232;res, refusent ce d&#233;pouillement saisonnier. Ils se contentent de nous donner leurs pommes pour d&#233;corer nos arbres de No&#235;l mais gardent leurs &#233;pines pour repousser la bise et accrocher la neige lorsqu'elle viendra les peindre dans ce blanc immacul&#233; des longues soir&#233;es d'hiver. En v&#233;rit&#233;, ce ne sont pas nos arbres mais leurs feuilles qui meurent, ces feuilles dont la forme nous guide pour donner un nom et distinguer, les uns des autres, les arbres qui s'en sont d&#233;faits. Souvent, surtout dans les parcs, des arbres de diff&#233;rentes esp&#232;ces se c&#244;toient et le vent m&#233;lange leurs feuilles lorsqu'elles tombent brouillant ainsi les pistes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce jour, plus que jamais, j'ai r&#233;pondu &#224; l'appel du Bois pour jouir au plus pr&#232;s des merveilles qu'il offre sans condition, gracieusement, &#224; tout venant. Je pr&#233;f&#232;re sa compagnie tranquille et un peu sauvageonne au bruit m&#233;tallique et &#224; la fureur artificielle de la ville.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai pris avec moi ma besace et ma canne pince pour ramasser, sans risquer une douleur dorsale, les plus belles feuilles qui jonchent le sol et me composer un herbier. Cet exercice ne m'est pas inconnu ; mais ce qui fut autrefois un devoir scolaire, bien mal r&#233;compens&#233; par ailleurs, s'impose &#224; moi aujourd'hui comme un besoin int&#233;rieur, une exigence de type esth&#233;tique, une forme d'hommage &#224; cette nature dont je suis un des fruits. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est en automne que les feuilles sont les plus belles lorsqu'elles composent sur les sentiers un tapis multicolores et multiformes, ovales, dent&#233;es, palm&#233;es, panach&#233;es, variant dans les tons et l'intensit&#233; selon la clart&#233; ambiante, le jaune prenant la couleur du miel et le roux la couleur de l'orange m&#251;re. J'ai beau &#234;tre pr&#233;venu. A la vue de cette draperie foisonnante de couleurs, je suis chaque fois surpris. Emport&#233; par sa beaut&#233; magique et hypnotique, je perds de vue tout effort de classement. L'image est si forte qu'elle envahit l'iris et le dilate. Sous un tunnel de frondaisons infiltr&#233;es de lumi&#232;re des papillons multicolores se d&#233;tachent des arbres et lancent un dernier soupir de soleil avant de se coucher sur le sol d&#233;finitivement, Noy&#233; de couleurs vives et dansantes, je perd tout rep&#232;re d'interpr&#233;tation. Me voici dans un monde extra-terrestre, brod&#233; d'or et d'argent, serti de cuivre rouge que traverse furtivement un &#233;cureuil roux et sa queue en plumet. Un bref instant, ma peau qui enferme mon corps dans sa prison, se d&#233;tend et s'entrouvre. Je deviens ce que je vois. Je suis le vent qui ballotte les feuilles, je suis ces feuilles, je suis ces arbres. Je ne suis plus seul, enferm&#233; dans mon monde ; tout le monde s'ouvre &#224; moi. Je m'arr&#234;te, je m'assieds sur la souche humide d'un h&#234;tre disparu et j'attends que les battements de mon c&#339;ur alert&#233; retrouvent leur rythme habituel. J'inspire profond&#233;ment et pompe l'air dans mon ventre avant de le laisser monter sous les clavicules et lentement, j'expire. Ainsi je m'apaise et me retire.&lt;br class='autobr' /&gt;
. Ouf ! Que s'est-il pass&#233; au juste ? Cette beaut&#233; &#233;tait-elle si dangereuse pour que je lui r&#233;siste ? Mena&#231;ait-elle mon int&#233;grit&#233; et mon identit&#233; ? La r&#233;alit&#233; illusoire pr&#233;sente-t-elle tant de vertus qui justifient qu'on s'y tienne &#224; tout prix ? pourquoi ai-je r&#233;sist&#233; &#224; la tentation de la renier. En &#233;tait-ce une ? Peut-&#234;tre eut-il mieux valu que je l'&#233;treigne aveugl&#233;ment cette beaut&#233; &#233;ph&#233;m&#232;re, naturelle et transcendante comme elle m'y invitait, au risque de lui &#234;tre asservi le temps de quelques jours ou de quelques heures peut-&#234;tre, le vent, la pluie et les jardiniers du Bois se chargeant r&#233;guli&#232;rement d'en effacer les traces.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur le sentier de l'aube, la premi&#232;re feuille que je ramasse pour mon herbier s'est impos&#233;e &#224; moi par sa grandeur et ses couleurs compos&#233;es, peut-&#234;tre parce qu'elle &#233;voque la feuille d'&#233;rable qui d&#233;core le drapeau canadien. En fait, elle en diff&#232;re par le nombre plus restreint de palmes qui la compose. C'est une feuille de platane, trois fois plus grande et plus large que ma main , de la dimension d'un &#233;ventail &#224; cinq doigts palm&#233;s, d'un jaune roux aux nervures bien apparentes t&#226;ch&#233;e ici et l&#224; de vert, rappelant, tel un fossile, ce qu'elle &#233;tait avant de mourir. Faire allusion aux fossiles, dans ce cas, n'est pas outrancier. Les botanistes ne pr&#233;tendent-ils pas que le platane aurait exist&#233; d&#232;s le cr&#233;tac&#233; avant de dispara&#238;tre &#224; l'&#232;re glaciaire ce qui lui donne tout de m&#234;me quelques centaines de millions d'ann&#233;es d'avance sur nous qui ne sommes apparus en tant qu'homo sapiens, sur ce que nous appelons abusivement notre terre, que depuis quelques dizaines de milliers d'ann&#233;e. Ayant subi plusieurs hybridations, le platane r&#233;appara&#238;t, en 1650 en Angleterre, sous cette forme de platane &#224; feuilles d'&#233;rable, au tronc haut et droit, bien d&#233;gag&#233; qui aligne nos all&#233;es et d&#233;core nos parcs et jardins urbains, m&#233;nageant une belle surface d'ombre sous son ample frondaison, d'o&#249; lui vient son nom tir&#233; du latin de platus (large). Son tronc dont l'&#233;corce se fissure en &#233;cailles lui donnant l'aspect d'un serpent en mue ou d'une peau de l&#233;opard vert se reconna&#238;t &#224; vue d'&#339;il. Il a pour habitude, d&#232;s le mois d'avril, de d&#233;poser &#224; ses pieds, ses fruits, petite boules &#224; picots, semblables au fruit des ch&#226;taigniers et des marronniers sauvages, qui jonchent encore le sol longtemps apr&#232;s la chute de ses feuilles. Exploit&#233;, en menuiserie, pour son bois dur et r&#233;sistant, le platane a une dur&#233;e de vie dix fois sup&#233;rieure &#224; la n&#244;tre et on raconte qu'un platane, d&#233;nomm&#233; arbre d'Hippocrate, aurait plus de 2.000ans.&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis 1960, une maladie &#233;trange, due &#224; un champignon, menace les platanes au point que pour enrayer l'&#233;pid&#233;mie, on n'a pas trouv&#233; d'autre rem&#232;de que celui de les abattre. Plusieurs dizaines de milliers d'entre eux, en France sur le canal de midi, dans les Bouches du Rh&#244;ne et en Auvergne ont d&#233;j&#224; connu ce sort tragique. A Bruxelles, plus de trois cents platanes, avenue du port, furent, pour les m&#234;mes raisons, menac&#233;s d'abattage ce qui a mobilis&#233; les gens du quartier qui pr&#233;tendent que la maladie est un pr&#233;texte avanc&#233; par les autorit&#233;s poursuivant des projets de r&#233;novation urbaine que ces arbres entravent. Ces platanes, d&#233;clarent les protestataires organis&#233;s en comit&#233; d'action pour la sauvegarde du patrimoine, font partie de notre d&#233;cor urbain et les abattre serait un viol de notre int&#233;grit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le jour o&#249; les tron&#231;onneuses ont voulu passer &#224; ex&#233;cution, elles ont &#233;t&#233; dans l'obligation de faire marche arri&#232;re, 70 militants &#233;cologistes s'&#233;tant enchain&#233;s aux platanes menac&#233;s. C'&#233;tait le 5 septembre 2011. Le bourgmestre de Bruxelles se pliant &#224; la voix du peuple, postposa le plan d'am&#233;nagement adopt&#233; par le ministre f&#233;d&#233;ral des travaux publics, et, aujourd'hui, les choses en sont toujours l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais d'o&#249; nous vient donc cette maladie ? Elle aurait &#233;t&#233; introduite fortuitement en Europe, en 1945, &#224; Naples plus pr&#233;cis&#233;ment, par des cercueils fabriqu&#233;s avec du bois contamin&#233; import&#233;s d'Am&#233;rique, et destin&#233;s &#224; accueillir la d&#233;pouille des GI tomb&#233;s lors du d&#233;barquement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et nous revoici &#224; la Toussaint, &#224; la veille du jour des morts, avec nos cadavres, ces milliers de soldats am&#233;ricains, morts au combat pour la lib&#233;ration de Naples, ces dizaines de milliers de platanes abattus, rong&#233;s par la maladie du chancre color&#233;, et ces 158.857 humains qui meurent, chaque jour, en moyenne, dans le monde et que recouvrent de leur linceul mordor&#233;, les milliards de feuilles que s&#232;ment, d&#232;s le fin de l'automne, les platanes survivants, &lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Tu es un excellent bois de chauffage, ta flamme me tient au chaud en hiver et tes feuilles alimentent mon compost, dit l'homme au platane.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Je suis le bois de ton cercueil dont mes feuilles sont le linceul, dit le platane &#224; l'homme.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Hommes, arbres, vous &#234;tes mes fruits. Je vous ai donn&#233; la vie, dit la terre, et je vous la reprendrai. Vous &#234;tes le terreau qui me garde en bonne sant&#233; et me perp&#233;tue. &lt;br class='autobr' /&gt;
All&#233;luia ! Le cycle est boucl&#233;&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un voyage initiatique (Anne-Claire)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1171</link>
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		<dc:date>2018-09-26T09:38:13Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Bonheur</dc:subject>
		<dc:subject>Developpement durable</dc:subject>
		<dc:subject>Nature, animaux</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En mars 2018, nous d&#233;cidions mon compagnon et moi, de nous &#233;loigner de la vie urbaine pour nous plonger dans l'univers rural de la campagne fran&#231;aise. Plus &#233;loign&#233;s encore de la vie rurale, nous s&#233;journions en r&#233;alit&#233; dans une maison en bois, au milieu d'une for&#234;t de Douglas, avec pour seuls compagnons de vie les geais, les loirs, les chouettes, chevreuils et autres habitants de la for&#234;t. Bien s&#251;r, endossant nos v&#233;los tout terrain, nous partions &#224; la rencontre des habitants des alentours et avons ainsi (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot157" rel="tag"&gt;Nature, animaux&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L150xH113/arton1171-0122d.jpg?1779783418' width='150' height='113' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En mars 2018, nous d&#233;cidions mon compagnon et moi, de nous &#233;loigner de la vie urbaine pour nous plonger dans l'univers rural de la campagne fran&#231;aise. Plus &#233;loign&#233;s encore de la vie rurale, nous s&#233;journions en r&#233;alit&#233; dans une maison en bois, au milieu d'une for&#234;t de Douglas, avec pour seuls compagnons de vie les geais, les loirs, les chouettes, chevreuils et autres habitants de la for&#234;t. Bien s&#251;r, endossant nos v&#233;los tout terrain, nous partions &#224; la rencontre des habitants des alentours et avons ainsi v&#233;cu une exp&#233;rience marquante. Je vous livre ici mes impressions apr&#232;s seulement deux mois de vie bois&#233;e :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Voil&#224; presque deux mois que je me suis lanc&#233;e dans une exp&#233;rience de vie bois&#233;e... Deux mois que l'on vit hors du temps de la ville et des nouvelles internationales. Deux mois que l'on vit au contraire au rythme du vent, de la pluie, du soleil, des oiseaux et des arbres. Deux mois remplis d'apprentissages divers, allant de l'agn&#232;lement de brebis, au tron&#231;onnage de bouleaux, ainsi qu'&#224; la construction d'escaliers et de fondations en b&#233;ton !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;L'homme libre est celui qui dispose de temps&#034; dit Sylvain Tesson. &#192; la cabane, je ne me suis jamais sentie aussi libre ! Jouir d'un lopin de terre, c'est avoir l'espace pour cr&#233;er, r&#234;ver, inventer, tester toutes sortes de choses, impossibles dans l'univers b&#233;tonn&#233; d'une ville. Je me suis lanc&#233;e par exemple dans la construction d'un potager &#224; &#233;tages, avec syst&#232;me d'irrigation artisanal et original. Graines de radis, carottes, petit-pois, panais, &#233;pinards s'y c&#244;toient gentiment. Pas s&#251;r qu'ils arrivent &#224; maturation par contre (la terre semble argileuse et acide) ! Mais rien n'emp&#234;che d'essayer, ici, j'ai le temps d'apprendre, de me tromper, de recommencer&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici dans les bois, on se rend compte qu'on a un corps ! Un corps qui trinque entre les coups de b&#234;che, les brouettes de sable &#224; d&#233;placer, les troncs &#224; d&#233;biter, ... plus besoin de Basic Fit ! Une partie particuli&#232;rement mise &#224; mal : les mains. En ville, bagues, vernis, cr&#232;me enrichissante pour garder la peau douce, guerre aux cuticules, ... Dans les bois, place aux ongles cass&#233;s, durillons, &#224; la boue perp&#233;tuelle sous les ongles, aux &#233;chardes, br&#251;lures, puis aux muscles douloureux, m&#234;me ceux des mains ! Je comprends maintenant tout l'int&#233;r&#234;t de ces petites brosses en poils durs que l'on trouve parfois &#224; c&#244;t&#233; d'un &#233;vier d'ext&#233;rieur. Des brosses pour hommes et femmes de la terre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; des travaux pratiques qui nous occupent une bonne partie du temps, nous rencontrons des personnes extraordinaires. Parmi eux, Patrice, un homme construisant des maisons en terre paille ; Amandine et Ben, un couple de belges se lan&#231;ant dans la conception de fromages ; Marie-Agn&#232;s, berg&#232;re et tisseuse de laine ; Isabelle, fine connaisseuse des plantes sauvages ; Jeff, jeune homme se lan&#231;ant en permaculture ; Ine, sculpteuse sur b&#233;ton... Si je partais avec l'id&#233;e et l'envie d'apprendre tout ce qui m'&#233;tait permis d'apprendre d'une vie au vert, je n'aurais jamais imagin&#233; rencontrer tant de gens magnifiques et passionnants. Des personnes qui m'inspirent et qui me laisse penser que tant de choses sont possibles sur terre. Tout est possible si l'on se fait confiance. Si l'on fait confiance &#224; la vie et aux rencontres. Les r&#233;flexions de Sylvain Tesson r&#233;sonnent ici d'autant mieux : &#034;On ne manque jamais de rien lorsque l'on organise sa vie sur l'id&#233;e de ne rien poss&#233;der&#034;. Toutes ces personnes vivent avec peu, parfois tr&#232;s peu (Marie-Agn&#232;s vit sans &#233;lectricit&#233; et Jeff, dans 5m carr&#233; par exemple), mais ne semblent manquer de rien... Oui, parfois l'hiver est dur, elles confessent, mais les trois autres saisons tellement belles. Ces personnes m'inspirent &#233;norm&#233;ment et je trouve ici quelque chose de juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est plus qu'une vie dans les bois, plus qu'un cong&#233; sabbatique, qu'un simple d&#233;paysement, je vis plut&#244;t un voyage initiatique, o&#249; d'autres possibles prennent vie ! Nous ne rejetons pas la ville et son dynamisme culturel mais nous ouvrons l'&#233;ventail des choix de vie, ce qui, je pense, nous aidera &#224; choisir de fa&#231;on d'autant plus &#233;clair&#233;e par la suite. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ces mois d'immersion au rythme de la nature m'ont aid&#233; aussi &#224; accepter que la vie a besoin de la mort. Toutes les esp&#232;ces animales se r&#233;gulent par la mort de certaines, et ce, afin d'assurer l'&#233;quilibre de l'&#233;cosyst&#232;me. J'ai pu ainsi vivre au mieux la mort de mon grand-p&#232;re, pilier de ma vie depuis toujours, en savourant ses derniers moments et en acceptant qu'il parte, laissant derri&#232;re lui autant de petites graines de vie qui germent en nous au fil des jours. Une mort pour autant de vie &#224; travers ses enfants, petits-enfants et arri&#232;res petits-enfants. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Rentr&#233;s en Belgique apr&#232;s 6 mois de vadrouille, les mains dans la terre, mon compagnon et moi sommes heureux d'avoir v&#233;cu cette exp&#233;rience, de nous &#234;tre ouverts &#224; tant de possibles vies. Nous ferons, je l'esp&#232;re, des choix &#233;clair&#233;s par la suite, et surtout, nous continuerons &#224; faire confiance &#224; la vie, &#224; ses rencontres et ses hasards, en essayant de se d&#233;tacher au plus des stress financiers et mat&#233;riels, comme Jeff, Marie-Agn&#232;s, Ine, Franck, Isabelle, et tant d'autres. Au final n'est-elle pas l&#224;, la cl&#233; du bonheur ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ma grand-m&#232;re sait parler aux poules ! (Cathie)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1162</link>
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		<dc:date>2018-05-22T14:08:15Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sylvie (A&amp;T)</dc:creator>


		<dc:subject>Nature, animaux</dc:subject>
		<dc:subject>Grands-parents</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ma grand-m&#232;re &#233;tait un personnage formidable ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle &#233;tait rest&#233;e veuve jeune pendant la guerre (mon grand-p&#232;re avait &#233;t&#233; pris par les allemands et &#233;tait mort en captivit&#233;). Elle habitait dans un petit village de Flandre. Apr&#232;s la guerre, les habitants du village lui ont demand&#233; de devenir bourgmestre &#224; la place de mon grand-p&#232;re. Elle l'a &#233;t&#233; pendant 40 ans. &lt;br class='autobr' /&gt;
A mes yeux d'enfant, elle savait tout faire et tout et tout le monde lui ob&#233;issait ! Elle faisait pousser des salades et des radis, des groseilles et (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;Tranches de vie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot190" rel="tag"&gt;Grands-parents&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ma grand-m&#232;re &#233;tait un personnage formidable !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle &#233;tait rest&#233;e veuve jeune pendant la guerre (mon grand-p&#232;re avait &#233;t&#233; pris par les allemands et &#233;tait mort en captivit&#233;). Elle habitait dans un petit village de Flandre. Apr&#232;s la guerre, les habitants du village lui ont demand&#233; de devenir bourgmestre &#224; la place de mon grand-p&#232;re. Elle l'a &#233;t&#233; pendant 40 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mes yeux d'enfant, elle savait tout faire et tout et tout le monde lui ob&#233;issait !&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle faisait pousser des salades et des radis, des groseilles et des framboises, elle nous tricotait des pulls et des chaussettes (qui grattaient !), et en tant que bourgmestre elle &#233;tait chef de la police du village (un garde champ&#234;tre).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle avait aussi des poules dont nous adorions nous occuper avec elle !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les soirs, vers 6 heures, il fallait rentrer les poules qui vivaient en libert&#233; la journ&#233;e. Arriv&#233;e pr&#232;s de l'enclos des poules, ma grand-m&#232;re les appelait par une sorte de chant. On leur donnait du grain et on les enfermait pour la nuit pour les prot&#233;ger des renards et autres. J'&#233;tais chaque fois &#233;merveill&#233;e de voir comme les poules lui ob&#233;issaient !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, j'&#233;tais seule avec ma grand'm&#232;re et arriv&#233;es pr&#232;s de l'enclos, elle me dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Oh, je n'ai plus assez de grains, je vais en chercher dans la r&#233;serve ! Toi, appelle d&#233;j&#224; les poules pendant ce temps !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais terrifi&#233;e ! Appeler les poules ? Mais il n'y avait que ma grand-m&#232;re qui &#233;tait capable de faire cela !! J'ai ferm&#233; les yeux, pris ma respiration, et j'ai essay&#233; d'imiter le chant de ma grand-m&#232;re&#8230; Et &#231;a a march&#233; !! En ouvrant les yeux, j'ai vu les poules qui accouraient de tous les c&#244;t&#233;s !!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma grand-m&#232;re est revenue avec un seau plein de grain, elle a ri en me voyant et m'a dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; H&#233; bien, je vois que tu es une grande fille, bient&#244;t, tu pourras le faire sans moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma grand'm&#232;re toute puissante m'avait fait confiance et m'avait l&#233;gu&#233; un peu de son pouvoir !!&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les animaux et moi (Yvette M.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1003</link>
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		<dc:date>2014-02-10T13:06:18Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Raton Laveur</dc:creator>


		<dc:subject>Nature, animaux</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte fait partie du feuilleton d'Yvette Lire l'ensemble &lt;br class='autobr' /&gt;
Vivre &#224; la campagne impliquait un rapport proche mais surtout utilitaire avec les animaux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mes grands-parents &#233;taient agriculteurs-&#233;leveurs, les oncles et cousins qui habitaient au village l'&#233;taient &#233;galement. Dans ce milieu-l&#224;, si on a des poules, c'est pour les &#339;ufs, les lapins on les tue et on les mange, le chat fait la chasse aux souris, le chien rassemble les troupeaux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ici &#224; Bruxelles c'est tr&#232;s diff&#233;rent. Le lien affectif semble (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique155" rel="directory"&gt;Mon enfance en Ardennes (Yvette M.)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce texte fait partie du feuilleton d'Yvette &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique155' class='spip_in'&gt;Lire l'ensemble&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Vivre &#224; la campagne impliquait un rapport proche mais surtout utilitaire avec les animaux.&lt;br&gt;
Mes grands-parents &#233;taient agriculteurs-&#233;leveurs, les oncles et cousins qui habitaient au village l'&#233;taient &#233;galement. Dans ce milieu-l&#224;, si on a des poules, c'est pour les &#339;ufs, les lapins on les tue et on les mange, le chat fait la chasse aux souris, le chien rassemble les troupeaux.&lt;br&gt;
Ici &#224; Bruxelles c'est tr&#232;s diff&#233;rent. Le lien affectif semble beaucoup plus fort. L'animal est une compagnie. Je n'ai jamais voulu avoir d'animal, pourtant je vis seule. Est-ce &#224; cause de ce v&#233;cu en milieu rural ? Je ne sais pas.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la guerre, Papa avait construit un poulailler afin d'y &#233;lever quelques poules. Mais elles traversaient imprudemment la route et mouraient sous les roues des voitures. Papa se d&#233;couragea et nous permis d'installer notre boutique dans le poulailler d&#233;saffect&#233; et nettoy&#233;.&lt;br&gt;
L'&#233;levage des lapins lui dura tr&#232;s longtemps. Pour l'hiver, ils avaient des clapiers &#224; l'abri du froid. Papa pr&#233;parait leur p&#226;t&#233;e avec des &#233;pluchures de pommes de terre que l'on cuisait et auxquelles on ajoutait du son. On &#233;crasait le tout avec la main. D&#232;s que l'herbe se mettait &#224; pousser, on parquait les lapins dans de grandes cages sans fond de 4m2 environ. On d&#233;pla&#231;ait les cages d&#232;s que l'herbe &#233;tait ras&#233;e. Le syst&#232;me n'&#233;tait pas parfait : les lapins creusaient souvent des passages sous les cages afin d'aller plus loin ronger une herbe plus app&#233;tissante. Il fallait alors se pr&#233;cipiter et les r&#233;cup&#233;rer au plus vite. Pour &#231;a, Papa avait besoin de nous. Il nous obligeait aussi d'aller remplir les paniers de chicor&#233;es au bord des chemins. C'&#233;tait une corv&#233;e que nous n'aimions pas faire. Quand un lapin &#233;tait bon pour la casserole, Papa l'attrapait par les deux oreilles et lui ass&#233;nait un coup de b&#226;ton dans la nuque. C'est rapide et radical. Apr&#232;s &#231;a, le lapin &#233;tait accroch&#233; par les deux pattes arri&#232;res et &#224; partir de ses pattes, il &#233;corchait la b&#234;te en d&#233;tachant la peau de la chair, &#224; l'aide d'un bon couteau. L'animal &#233;corch&#233;, &#233;visc&#233;r&#233; et d&#233;bit&#233; en morceaux, mon P&#232;re passait le relais &#224; Maman qui devait le cuire. C'&#233;tait souvent une recette aux pruneaux. Si le lapin &#233;tait suffisamment gros on avait de la viande pour deux jours.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre &#233;levage qui occupait beaucoup Papa, c'&#233;tait les abeilles. Il s'&#233;tait fabriqu&#233; une quinzaine de ruches qu'il avait align&#233;es au fond du potager, de l'autre c&#244;t&#233; de la route. Je l'ai vu &#224; l'&#339;uvre dans toutes les phases du nourrissage et de la r&#233;colte du miel. Il s'&#233;tait peu &#224; peu perfectionn&#233; et &#233;tait m&#234;me devenu une r&#233;f&#233;rence chez les apiculteurs amateurs. Le nourrissage se faisait avant l'hiver. Il fondait du sucre qu'il distribuait &#224; chaque colonie pour remplacer le miel qu'il leur avait pr&#233;lev&#233;. Pour la r&#233;colte il s'&#233;tait &#233;quip&#233; de tout un mat&#233;riel : un extracteur, sorte d'essoreuse o&#249;, gr&#226;ce &#224; une manivelle on fait tourner les cadres. C'est la force centrifuge qui vide les alv&#233;oles de leur miel. Le miel tamis&#233; &#233;tait alors entrepos&#233; dans les maturateurs, grandes cuves de 1m de profondeur. L&#224;, nous &#233;tions charg&#233;s de m&#233;langer le miel &#224; l'aide de grandes spatules en bois. On faisait &#231;&#224; deux fois par jour pendant au moins une semaine. De cette fa&#231;on il s'&#233;paississait sans cristalliser. Enfin, c'&#233;tait la mise en bocaux. Tout un travail qui occupait chacun de nous. Nous avions des clients fid&#232;les. Comme dans tout &#233;levage, il fallait subir les al&#233;as du climat : un printemps pluvieux et c'&#233;tait une petite r&#233;colte qui ne suffisait pas &#224; satisfaire tout le monde. Une bonne ann&#233;e par contre, le miel en surabondance se conservait bien et se vendait l'ann&#233;e suivante. &lt;br&gt;
Mon fr&#232;re a poursuivi la tradition, ainsi que son fils qui a encore quelques ruches &#224; Li&#232;ge. Mais actuellement, les pauvres abeilles souffrent beaucoup. Il y a les pesticides qui les affaiblissent et les rendent vuln&#233;rables aux maladies et aux pr&#233;dateurs. C'est triste de constater la disparition du m&#233;tier d'apiculteur d&#233;courag&#233; par la mort de ses colonies.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon P&#232;re n'&#233;tait ni p&#234;cheur ni chasseur mais je me rappelle que mon fr&#232;re, encourag&#233; par un copain de classe, eut l'id&#233;e de poser des collets pour attraper des grives. &lt;br&gt;
Ses collets pr&#233;par&#233;s, il les avait accroch&#233;s dans un bois &#224; 1,50m du sol environ, suivant tout un trajet. Pour app&#226;ter les grives, il accrochait des sorbes. Je l'ai accompagn&#233; quelques fois pour voir si les pi&#232;ges avaient bien fonctionn&#233; et d&#233;crocher les grives ou les merles qui s'y &#233;taient fait prendre. Malheureusement il n'a pas eu beaucoup de chance. Quelqu'un passait-il avant nous ? L'endroit avait-il &#233;t&#233; mal choisi ? Mon fr&#232;re d&#233;crocha d&#233;finitivement ses collets.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre exp&#233;rience animale : j'avais plus ou moins dix ans. Ma petite s&#339;ur avait obtenu de nos parents l'autorisation d'&#233;lever un petit chevreau, que nous avions appel&#233; Bambi. Il &#233;tait mignon &#224; croquer. Son doux pelage blanc, sa belle petite t&#234;te avec ses grands yeux curieux, sa petite queue relev&#233;e, tout &#231;a nous comblait de plaisir, ma petite s&#339;ur et moi. Dans notre pr&#233;, il &#233;tait attach&#233; par une corde &#224; un pieu autour duquel il tournait pour brouter l'herbe mais apr&#232;s la classe, nous nous disputions pour aller le promener afin qu'il puisse manger autre chose. Les jeunes feuilles des arbres, il adorait &#231;a. La nuit on l'enfermait dans une cage avec couvercle. Ce couvercle, on le soulevait &#224; l'aide d'une corde. Cette maudite corde avec une boucle au bout fut cause de la mort pr&#233;matur&#233;e de cet amour de petit biquet. Et cela aussi &#224; cause de moi qui remis le couvercle &#224; l'envers, la corde tra&#238;nant alors dans la cage. Bambi s'y est &#233;trangl&#233;. Ma s&#339;ur me l'a reproch&#233; longtemps.&lt;br&gt;
Des souvenirs d'animaux j'en ai beaucoup. En voici encore un. Je suis alors adolescente. Des b&#251;cherons du village ont abattu un arbre au sommet duquel se trouvait un nid de petits &#233;cureuils. Fran&#231;ois, l'a&#238;n&#233; d'entre eux, a pens&#233; &#224; nous pour les nourrir et les &#233;lever. Papa a fabriqu&#233; une cage, nous avons achet&#233; un biberon pour poup&#233;e, et &#224; tout de r&#244;le nous avons nourri ces quatre b&#233;b&#233;s &#233;cureuils. Ils t&#233;taient de bon c&#339;ur et grandissaient &#224; vue d'&#339;il. On leur a donn&#233; des fruits secs, des pommes, toutes sortes de choses. Ils &#233;taient tous diff&#233;rents : L'un compl&#232;tement roux, un autre avec du noir sur les oreilles et la queue, un troisi&#232;me plus gris, le quatri&#232;me, j'ai oubli&#233;. Parfois on les sortait de leur cage et ma m&#232;re poussaient des cris de frayeur quand ils grimpaient autour des ses jambes. Ils &#233;taient plus ou moins apprivois&#233;s. Trois d'entre eux sont morts d'accident ou de carence alimentaire. Le dernier a profit&#233; d'une porte ouverte pour s'enfuir dans les arbres de la dr&#232;ve toute proche. C'est ma s&#339;ur a&#238;n&#233;e qui en eut le plus de chagrin.&lt;br&gt;
Nous avons aussi eu un chien ratier appel&#233; Milou. Plus tard nous avons recueilli un chat mais il ne chassait pas les souris. C'&#233;tait un chat paresseux.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand elle fut en premi&#232;re ann&#233;e secondaire, ma s&#339;ur Suzy ramena des souris blanches et entreprit d'en faire l'&#233;levage. Il fallut arr&#234;ter l'exp&#233;rience tant l'odeur envahissait notre logis. &lt;br&gt;
Comment parler des animaux sans &#233;voquer le beau cheval de trait que mon oncle L&#233;on a conserv&#233; jusqu'&#224; sa retraite et m&#234;me apr&#232;s. Oncle L&#233;on &#233;tait un r&#234;veur, pas tr&#232;s courageux et pas vraiment fait pour son m&#233;tier d'agriculteur. Quand tous ses voisins et son fr&#232;re, s'&#233;taient mis au tracteur, il continuait de labourer, tracter ses machines et ses chariots de foin gr&#226;ce &#224; son fid&#232;le compagnon.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je termine ce chapitre par les vaches. Le cousin de ma m&#232;re, Romain Cordonnier, avait aussi une ferme et habitait tr&#232;s pr&#232;s de chez nous. Apr&#232;s l'&#233;cole, leurs enfants, dont les plus jeunes avaient plus ou moins notre &#226;ge, &#233;taient engag&#233;s aux travaux de la ferme. Moi j'adorais descendre chez eux et je suivais Liline, la fille, dans toutes ses occupations. J'assistais &#224; la traite des vaches, au nourrissage des veaux. Je la suivais dans la laiterie o&#249; il fallait &#233;cr&#233;mer le lait, laver l'&#233;cr&#233;meuse avec beaucoup de soin. Quand je rentrais chez nous, je sentais l'&#233;table disait Maman. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lapins, chat et pigeons (Adrien)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article441</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article441</guid>
		<dc:date>2013-06-11T09:18:57Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Nature, animaux</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre 40-45</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;1940 &#8211; Pendant le d&#233;but de l'occupation. La nourriture se fait d&#233;j&#224; rare et ch&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai dix ans. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mon neveu Joseph en a onze. Son p&#232;re, Pierre, est prisonnier de guerre en Allemagne &lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis plus de deux heures, des bruits de menuiserie troublent le silence du jardin : scie d&#233;bitant des planches de sapin, marteau pilonnant des t&#234;tes de clous, rabot chanfreinant des voliges. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je me rends sur les lieux du tapage et y aper&#231;ois mon p&#232;re affair&#233; autour d'une construction en bois dont la hauteur d&#233;passe (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;1940 &#8211; Pendant le d&#233;but de l'occupation. La nourriture se fait d&#233;j&#224; rare et ch&#232;re.&lt;br /&gt;
J'ai dix ans. &lt;br /&gt;
Mon neveu Joseph en a onze. Son p&#232;re, Pierre, est prisonnier de guerre en Allemagne&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis plus de deux heures, des bruits de menuiserie troublent le silence du jardin : scie d&#233;bitant des planches de sapin, marteau pilonnant des t&#234;tes de clous, rabot chanfreinant des voliges.&lt;br /&gt;
Je me rends sur les lieux du tapage et y aper&#231;ois mon p&#232;re affair&#233; autour d'une construction en bois dont la hauteur d&#233;passe largement ma taille.&lt;br /&gt;
Six cages &#233;quip&#233;es de portillons garnis de treillis m&#233;tallique se superposent trois par trois. Un toit compos&#233; d'un versant en planches enduites de goudron recouvre l'&#233;difice.&lt;br /&gt;
Mon p&#232;re d&#233;pose son marteau, r&#233;ajuste un pansement ensanglant&#233; sur le pouce de la main oppos&#233;e &#224; celle qui tient le marteau, recule de quelques pas et admire avec fiert&#233; l'&#339;uvre qu'il vient de r&#233;aliser. Il doit ressembler &#224; Gustave Eiffel contemplant la tour &#233;ponyme juste apr&#232;s son &#233;rection. L'&#233;rection de la tour &#233;videmment.&lt;br /&gt;
Il constate ma pr&#233;sence et cache furtivement derri&#232;re le dos sa main au pouce bless&#233;. Je fais semblant de ne pas avoir aper&#231;u la man&#339;uvre destin&#233;e &#224; sauvegarder son amour propre.&lt;br /&gt;
Il me dit :&#034;Tu vois ces cages ? Et bien, nous allons y &#233;lever des lapins&#034;&lt;br /&gt;
Etre associ&#233; &#224; cet &#233;levage m'emplit de fiert&#233;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, apr&#232;s avoir garni chaque compartiment d'un liti&#232;re de paille, il installe six jeunes lapins dans le nouvel &#233;difice.&lt;br /&gt;
Je me prends imm&#233;diatement d'affection pour un lapereau albinos. Ses yeux rouges me rappellent ceux des personnes qui suivent les convois fun&#232;bres ou ceux de ma s&#339;ur Milda lorsque un de ses amoureux l'a plaqu&#233;e grossi&#232;rement.&lt;br /&gt;
Plusieurs fois par jour je lui rends visite. Je le nourris d'herbe et de pissenlits cueillis sur les &#224;-c&#244;t&#233;s des routes et chemins proches de la ville.&lt;br /&gt;
Chaque fois qu'il m'aper&#231;oit il tourne plusieurs fois sur lui-m&#234;me en une succession de mouvements saccad&#233;s. Sa danse folle termin&#233;e, il me fixe patiemment de ses yeux globuleux dans l'attente de sa pitance.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une semaine avant l'arriv&#233;e des lapins, ma m&#232;re se pr&#233;sente &#224; la salle &#224; manger, un chaton au pelage gris tigr&#233; dans les bras.&lt;br /&gt;
Le petit animal &#233;gar&#233; avait suivi une cliente entrant au magasin.&lt;br /&gt;
Ma m&#232;re fait part &#224; mon p&#232;re de sa d&#233;cision de le garder &#224; la maison.&lt;br /&gt;
Mon p&#232;re r&#233;agit n&#233;gativement &#224; cet arr&#234;t qu'il sait pourtant sans appel :&lt;br /&gt;
&#034;Mais ce chat va effrayer mes pigeons et perturber mes concours !&#034;&lt;br /&gt;
&#034;D&#233;j&#224; que sans chat tes r&#233;sultats aux concours se situent entre le m&#233;diocre et le minable&#034;&lt;br /&gt;
&#034;Oui, mais avec cette b&#234;te ce sera encore plus catastrophique&#034;&lt;br /&gt;
&#034;Tu sais fort bien que ce n'est pas possible. Et puis, il faut un pr&#233;dateur de souris au magasin et &#224; la r&#233;serve. Je suis persuad&#233;e d'avoir entendu r&#233;cemment des grignotements caract&#233;ristiques derri&#232;re les sacs de farine&#034;&lt;br /&gt;
Suit alors la capitulation sans conditions du chef de famille qui parvient tout de m&#234;me &#224; sauver son honneur.&lt;br /&gt;
&#034;Puisque tu en est persuad&#233;e&#8230; Mais s'il se risque au pigeonnier, je l'&#233;trille, je l'&#233;corche vif !&#034;&lt;br /&gt;
Pour prof&#233;rer cette menace il imite la voix d'Hitler dans un de ses plus tonitruants discours ce qui a pour effet de cr&#233;er un second degr&#233; rassurant ainsi que la d&#233;tente de l'atmosph&#232;re.&lt;br /&gt;
J'applaudis des deux mains la conclusion de la joute familiale.&lt;br /&gt;
On choisit un nom pour le nouveau pensionnaire. Il s'appellera Zinneke nom qui se m&#233;tamorphosera rapidement en Zinne et puis en Zinou.&lt;br /&gt;
La charge de le nourrir m'est d&#233;volue, charge dont je m'acquitterai au plus grand bonheur du chaton.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque je lis dans le fauteuil, Zinou vient se blottir contre moi en ronronnant. Il me p&#233;trit l'estomac de ses pattes avant. Ses griffes ac&#233;r&#233;es percent mes v&#234;tements et me picotent la peau &#224; la limite de l'insoutenable. Cette sensation me fait songer &#224; celle que j'&#233;prouve quand je bois goul&#251;ment une limonade trop gazeuse.&lt;br /&gt;
Ses yeux ont l'&#233;clat de billes neuves. Ils fixent les miens, ses paupi&#232;res clignotent puis se ferment doucement en laissent filtrer au travers de deux petites fentes ourl&#233;es de duvet gris un regard que le sommeil estompe peu &#224; peu.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aime la relation qui s'est install&#233;e entre les deux animaux et moi, cette connivence dont nous sommes les seuls &#224; poss&#233;der la cl&#233;.&lt;br /&gt;
Mon p&#232;re entretient avec ses pigeons des rapports semblables.&lt;br /&gt;
Lorsque, apr&#232;s une journ&#233;e d'absence, il monte l'escalier qui m&#232;ne au pigeonnier, le bruit de ses pas provoque l'envol simultan&#233; de la gent volatile. L'exigu&#239;t&#233; du local ferm&#233; oblige les pigeons &#224; voler sur place. Ils projettent leurs ailes violemment vers l'avant et les rejettent rapidement en arri&#232;re pour freiner du dos de leurs plumes l'envol qu'ils viennent de provoquer.&lt;br /&gt;
Lorsque, au cours de leurs circonvolutions autour du colombier mon p&#232;re les appelle par leur nom, ils viennent se poser &#224; c&#244;t&#233; de lui avec un roucoulement feutr&#233; qui est aux pigeons ce que le ronronnement est aux chats.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma ma&#238;tresse d'&#233;cole a pr&#233;tendu un jour que Dieu a cr&#233;&#233; les animaux pour les mettre exclusivement au service des humains. Je sais maintenant combien cette all&#233;gation est erron&#233;e. Comment ne r&#233;alise-t-elle pas que Dieu en cr&#233;ant les animaux leur a insuffl&#233; des sentiments d'amiti&#233; et peut-&#234;tre m&#234;me d'amour. Le cr&#233;ateur aurait d&#251; s'exprimer plus clairement lorsqu'il a parl&#233; des animaux avec ceux qu'il a choisis pour rapporter sa parole. Il aurait ainsi &#233;vit&#233; des assertions d&#233;concertantes de ma&#238;tresses d'&#233;cole trop cr&#233;dules et la cr&#233;ation d'un dogme superf&#233;tatoire comme s'il n'y en avait pas en suffisance.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet apr&#232;s-midi Pierre le mari de ma s&#339;ur Yvonne est revenu de captivit&#233; dans la plus grande discr&#233;tion.&lt;br /&gt;
Il n'a pas eu la possibilit&#233; de pr&#233;venir quiconque de son retour.&lt;br /&gt;
Pour &#233;viter une &#233;motion trop forte &#224; son &#233;pouse, il a demand&#233; &#224; un voisin de la pr&#233;venir avec toutes les pr&#233;cautions que n&#233;cessite une telle annonce.&lt;br /&gt;
Il a &#233;pi&#233; la sc&#232;ne depuis l'angle d'un coin de rue proche. Lorsqu'il a jug&#233; le moment opportun il s'est dirig&#233; vers sa maison d'o&#249; jaillissait d&#233;j&#224; sa compagne. Elle se ruait vers lui, les bras tendus, le souffle court.&lt;br /&gt;
Le choc fut aussi physique qu'&#233;motionnel. Leurs corps se sont fondus dans un interminable enlacement. Elle pleurait des larmes de joie qu'absorbait une chemise kaki froiss&#233;e et d&#233;fra&#238;chie par la captivit&#233;. Lui essayait de ne pas l'irriter avec sa barbe qu'aucun rabot n'avait approch&#233; depuis plusieurs jours.&lt;br /&gt;
Les passants ainsi que quelques voisins applaudirent les protagonistes de cet heureux retour au foyer.&lt;br /&gt;
Ce soir la table de mes parents accueille toute la famille. Il r&#232;gne une ambiance de f&#234;te. Mon p&#232;re ne cache pas sa satisfaction de n'&#234;tre plus le seul homme de ce qu'il appelle sa tribu. Les petits plats ont &#233;t&#233; mis dans les grands malgr&#233; la disette grandissante. La bi&#232;re de table, la seule boisson un peu alcoolis&#233;e encore abordable, coule &#224; flots.&lt;br /&gt;
Les enfants boivent de la limonade &#224; la saccharine.&lt;br /&gt;
Ma m&#232;re apporte une grande casserole fumante dont elle enl&#232;ve pr&#233;cipitamment le couvercle.&lt;br /&gt;
La vapeur jaillit comme un geyser projetant sur les convives un fumet piment&#233; de thym et de noix de muscade. Le plat contient un civet surmont&#233; de deux cr&#226;nes aux orbites &#233;nucl&#233;&#233;s. Un cri d'admiration jaillit de toutes les gorges sauf de la mienne car la forme des cr&#226;nes m'inqui&#232;te.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Humm ! Du lapin !&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une angoisse profonde m'&#233;treint. Le c&#339;ur battant, je cours au jardin vers la cage aux lapins. Deux d'entre elles sont vides. Mon ami albinos est toujours l&#224; mais je crains le pire pour deux de ses cong&#233;n&#232;res.&lt;br /&gt;
Je retourne &#224; la table du festin o&#249; ma courte absence est pass&#233;e inaper&#231;ue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma m&#232;re soul&#232;ve mon assiette pour me servir. Je la lui retire violemment des mains et d&#233;cline toute offre de nourriture :&lt;br /&gt;
&#034;Non merci maman, je n'ai pas faim. Je prendrai simplement un peu de dessert&#034; &lt;br&gt;
En toute circonstance il est prudent de pr&#233;server ses arri&#232;res. Ma d&#233;cision est prise : jamais, mais alors jamais plus je ne mangerai du lapin.&lt;br /&gt;
Le repas se termine.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre, les traits tir&#233;s, la barbe ras&#233;e de pr&#232;s, a rev&#234;tu un costume civil. Il raconte son r&#233;cent pass&#233; de soldat, de guerrier malgr&#233; lui et de prisonnier humili&#233;. Les questions sur les circonstances de sa lib&#233;ration fusent et s'entrem&#234;lent.&lt;br /&gt;
Les Allemands, en vue de diviser les Belges pour pouvoir mieux les r&#233;genter, ont lib&#233;r&#233; exclusivement les prisonniers flamands. Pierre a jou&#233; son va-tout et, dans un flamand patoisant a convaincu l'officier charg&#233; du tri des captifs qu'Enghien &#233;tait situ&#233; en Flandre orientale. L'officier n'y a vu que du feu et a tamponn&#233; l'ausweis d'un arrogant mais en l'occurrence d'un rassurant aigle germanique.&lt;br /&gt;
Nous nous amusons, Joseph et moi &#224; nous coiffer du b&#233;ret &#224; floche de Pierre. Nous prenons des postures que nous supposons militaires : la position fixe, les petits doigts sur la couture de la culotte ou le bras droit repli&#233; lat&#233;ralement dans un salut comme celui que faisaient les anciens combattants aux c&#233;r&#233;monies du 11 novembre.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon p&#232;re ferme les portes dans un but d'isolation acoustique de la salle &#224; manger et allume la radio. Ondes longues 1500 m&#232;tres, radio Londres. Le silence s'installe. Les mines r&#233;jouies se muent en mines de conspirateurs. Les oreilles se collent au haut-parleur qui fonctionne au minimum de sa puissance, l'&#233;coute de l'&#233;mission anglaise &#233;tant s&#233;v&#232;rement sanctionn&#233;e par l'occupant. Une voix lointaine qu'un brouillage dissonant rend parfois inaudible distille un soup&#231;on d'espoir dans le c&#339;ur lourd des auditeurs. Chaque jour apporte son lot de nouvelles et, parmi les bonnes, l'incorporation constante de jeunes europ&#233;ens des pays occup&#233;s dans l'arm&#233;e anglaise.&lt;br /&gt;
R&#233;cemment, la T.S.F. a diffus&#233; le message d'un certain g&#233;n&#233;ral De Gaulle adress&#233; aux Fran&#231;ais, les enjoignant &#224; poursuivre la lutte.&lt;br /&gt;
Le speaker annonce que dans le ciel anglais la R.A.F. tient front &#224; la Luftwaffe et d&#233;taille l'inventaire des avions abattus ce jour dans les deux camps. Si l'information est exacte, l'aviation allemande a subi de tr&#232;s lourdes pertes.&lt;br /&gt;
Mais ce soir qu'importent les nouvelles de la guerre, Pierre est revenu parmi nous. La nuit peut commencer. Elle sera un peu moins sombre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De couleur rose &#233;taient les roses (Viviane)</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Raton Laveur</dc:creator>


		<dc:subject>Nature, animaux</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans le petit jardin de mes parents, tr&#244;nait un magnifique rosier grimpant. Il &#233;tait attach&#233; &#224; un piquet &#224; linge m&#233;tallique. De solides morceaux de corde le maintenaient debout. Il r&#233;sistait au temps et aux bourrasques du vent. &lt;br class='autobr' /&gt; Son feuillage &#233;pais camouflait son tuteur vex&#233; d'&#234;tre cach&#233;. &#192; cause de toutes les branches recouvertes d'&#233;pines, le piquet s'&#233;caillait et n'avait plus le droit d'&#234;tre remis &#224; neuf. Lui qui se verdissait, jalousait ses confr&#232;res fra&#238;chement repeints en rouge. Chaque nuit, il r&#234;vait (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans le petit jardin de mes parents, tr&#244;nait un magnifique rosier grimpant. Il &#233;tait attach&#233; &#224; un piquet &#224; linge m&#233;tallique. De solides morceaux de corde le maintenaient debout. Il r&#233;sistait au temps et aux bourrasques du vent.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son feuillage &#233;pais camouflait son tuteur vex&#233; d'&#234;tre cach&#233;. &#192; cause de toutes les branches recouvertes d'&#233;pines, le piquet s'&#233;caillait et n'avait plus le droit d'&#234;tre remis &#224; neuf. Lui qui se verdissait, jalousait ses confr&#232;res fra&#238;chement repeints en rouge. Chaque nuit, il r&#234;vait d'expulser cet intrus qui prenait tout l'espace, le privant de son aura. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne supportait plus sa peau qui s'&#233;caillait, et ne pouvait attendre d'&#234;tre an&#233;anti en pourrissant sur place. Sa vengeance &#233;tait proche et il la nourrissait de hargne, de jalousie. Le rosier h&#233;riterait des germes qu'il gardait bien cach&#233;s en son sein. C'&#233;tait ceux de la rouille, maladie bien connue des rosiers de chez nous. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mai &#233;tait de retour. Le rosier fleurissait un peu plus chaque jour. D&#232;s l'aube, toutes ses jolies fleurs d'un rose &#233;clatant se miraient dans les perles de ros&#233;e accroch&#233;es au feuillage. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'adorais l'admirer, toucher du bout des doigts chaque p&#233;tale d&#233;licat et sentir la douceur de ce velours si beau qui caressait ma peau.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au c&#339;ur de chaque fleur, je plantais mon petit nez. Mes narines inspiraient ce doux parfum unique qui enivrait mes sens. Le rosier embaumait ce beau coin du jardin, attirait les abeilles et les fr&#234;les papillons. C'&#233;tait un enchantement que j'aimais savourer en ne pensant plus &#224; rien.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois t&#244;t le matin, j'allais cueillir une rose, la plus belle de toutes. Elle &#233;tait destin&#233;e &#224; mon institutrice, celle de maternelle que je ch&#233;rissais tant.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin de l'&#233;t&#233;, mon rosier fatigu&#233; fleurissait nettement moins. Ma crainte &#233;tait de voir arriver Alexandre, l'oncle de ma maman. D&#232;s l'automne install&#233;, il entrait au jardin un s&#233;cateur en main. Il taillait le rosier pour le rendre plus fort et riait de me voir priv&#233;e des derni&#232;res roses. Mon ami s'endormait emportant avec lui le secret de ses roses et de son doux parfum.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant les mois d'hiver, j'&#233;tais loin de me douter que le vilain piquet allait sournoisement s'attaquer au rosier qui lui faisait ombrage. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au retour du printemps, ses branches brunissaient, ses feuilles se tachaient et les roses attendues ne voyaient pas le jour. Les boutons fl&#233;trissaient. Soumis, ils courbaient l'&#233;chine en privant chaque fleur de la s&#232;ve n&#233;cessaire &#224; l'&#233;panouissement. Mon rosier se mourait et je me chagrinais face &#224; un tel d&#233;sastre.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;viter tous risques de contagion, Alexandre a saisi sa b&#234;che ainsi que sa pioche pour &#244;ter du jardin l'&#234;tre contamin&#233;. Il a pris de l'antirouille pour traiter le piquet avant de le repeindre. Ce dernier remis &#224; neuf &#233;tait ravi de sa victoire et son rouge agressif me br&#251;lait les pupilles.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jardin &#233;tait triste priv&#233; de sa merveille. Mon c&#339;ur d'enfant serr&#233; avait beaucoup de mal &#224; retenir les larmes qui perlaient &#224; mes cils. J'avais envie de crier et de donner des coups &#224; ce vilain piquet.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rosier m'a laiss&#233; en guise de testament l'art de s'&#233;merveiller et d'enivrer ses sens, les secrets de l'amour qu'on peut porter aux fleurs qui vous le rendent bien.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'hiver au Canada (Mabel)</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Raton Laveur</dc:creator>


		<dc:subject>Nature, animaux</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ch&#232;re amie, &lt;br class='autobr' /&gt; Pour te mettre en contexte, il fait pr&#233;sentement -20c et -30c avec le facteur &#233;olien. Comme j'aime me braver dans la vie, j'ai d&#233;cid&#233; d'affronter le froid et d'aller prendre une petite marche de sant&#233;. Je me suis donc habill&#233;e en cons&#233;quence, c'est-&#224;-dire en rangs d'oignon comme on dit par ici. Je t'explique comment et tu vas comprendre pourquoi. &lt;br class='autobr' /&gt; Apr&#232;s avoir mis mes sous-v&#234;tements habituels (soutien-gorge et petite culotte), j'enfile une deuxi&#232;me rang&#233;e de sous-v&#234;tements (camisole et (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ch&#232;re amie,&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour te mettre en contexte, il fait pr&#233;sentement -20c et -30c avec le facteur &#233;olien. Comme j'aime me braver dans la vie, j'ai d&#233;cid&#233; d'affronter le froid et d'aller prendre une petite marche de sant&#233;. Je me suis donc habill&#233;e en cons&#233;quence, c'est-&#224;-dire en rangs d'oignon comme on dit par ici. Je t'explique comment et tu vas comprendre pourquoi.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir mis mes sous-v&#234;tements habituels (soutien-gorge et petite culotte), j'enfile une deuxi&#232;me rang&#233;e de sous-v&#234;tements (camisole et cale&#231;on longs), suivis de mes v&#234;tements r&#233;guliers (chandail &#224; manches longues, pantalons et chaussettes). Je suis maintenant pr&#234;te pour enfiler mes sur-v&#234;tements d'hiver. Et &#231;a commence par des chaussettes de laine, pantalons &#233;pais qui repoussent vent et humidit&#233;, des bottes &#224; neige, un cache-col, un foulard, une tuque, une paire de moufles suivie d'une autre paire plus &#233;paisse et enfin un manteau rehauss&#233; d'un capuchon pour prot&#233;ger la t&#234;te du vent froid qui nous vient directement du nord aujourd'hui. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelle-toi qu'en me pr&#233;parant, je pensais &#224; toi. Alors, es-tu pr&#234;te ?&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ouvre la porte. Le froid a d&#233;j&#224; trouv&#233; la partie de mon visage qui n'est pas recouverte car je dois voir o&#249; je mets les pieds. Je sors et ferme la porte derri&#232;re moi. Je sais que je veux faire le tour de ma subdivision et que &#231;a va me prendre une trentaine de minutes. Je me pose la question ; &#171; Est-ce que je vais &#234;tre capable de faire le tour sans devoir rebrousser chemin car le vent est moyennement fort et le froid intense &#187;. Je sais aussi qu'en pareilles conditions, on peut geler le visage en une quinzaine de minutes. Mais je suis canadienne, n'est-ce pas ? Il serait honteux d'abandonner. Alors, j'y vais.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je commence &#224; marcher. Je prends plaisir d'ajouter un nouveau pas &#224; mon parcours. Un autre, puis un autre. J'avance et j'aime &#234;tre dehors par ces conditions atmosph&#233;riques. Il y a un beau ciel bleu, le soleil brille de tous ses &#233;clats bor&#233;aux. Le sol est recouvert d'une couche de neige fra&#238;chement tomb&#233;e. Il y en a peut-&#234;tre une dizaine de centim&#232;tres. Comme la temp&#233;rature frise les -20c, la neige s'est cristallis&#233;e en tombant. Les rayons du soleil s'y cognent et s'y refl&#232;tent. La blancheur du sol est rehauss&#233;e d'une brillance qui agace la vue. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis en mouvement depuis cinq minutes environ. Je commence &#224; ressentir le froid au bout de mes doigts. Je sais que c'est &#224; cause du vent p&#233;n&#233;trant. Je mets donc mes mains &#224; l'abri, dans les poches de mon manteau. Le probl&#232;me se r&#232;gle aussit&#244;t et je continue. Chemin faisant, je rencontre une jeune femme courageuse qui distribue des circulaires de maisons en maison. Je la salue d'un sourire et elle me rend la pareille. Ca me rend heureuse d'&#234;tre dehors.&lt;br&gt;
Tout en marchant, je change de direction quasiment &#224; chaque coin de rue. Je dois donc m'adapter r&#233;guli&#232;rement aux diff&#233;rents angles que le vent me frappe. Je marche donc tant&#244;t en me penchant la t&#234;te vers la droite, la gauche ou en bas selon de quel c&#244;t&#233; mon visage a besoin d'&#234;tre prot&#233;g&#233; du froid. J'aime cette activit&#233; hivernale et les d&#233;fis qu'elle m'apporte.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; maintenant une quinzaine que je m'active. Je commence &#224; ressentir les effets b&#233;n&#233;fiques de ma marche. Un l&#233;ger r&#233;chauffement de tout mon corps qui me fait sourire de l'int&#233;rieur. Je me sens bien.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aime la nature et comme j'aimerais avoir de la compagnie pour partager ce petit bout de vie. Je pense aux membres de ma famille, ils sont tous occup&#233;s. Je pense &#224; plusieurs amies, elles aussi restreintes par leur horaire. Et puis me viennent en t&#234;te toutes sortes de personnages importants pour moi. C'est comme &#231;a que ton visage et ta personnalit&#233; sont venus m'habiter et que j'ai sciemment d&#233;cid&#233; de te faire marcher avec moi pour le reste de mon trajet.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans mon imaginaire, je constate toute la diff&#233;rence climatique qui nous s&#233;pare, Toi, ton d&#233;sert brun, granuleux, surchauff&#233; par les rayons du soleil et balay&#233; par des vents chauds, &#233;touffants et secs. Moi, mon sol blanc, compact, gel&#233; en profondeur par des froids r&#233;p&#233;titifs et fouett&#233; par des vents nordiques frigorifiques. Mais dans mon monde invent&#233; du pr&#233;sent, il y a aussi toute une ressemblance qui nous unit. Nous sommes sur la m&#234;me plan&#232;te, partageons le m&#234;me soleil, subissons les m&#234;mes vents se la vie. Je te porte donc en moi, pour que tu sois bien au chaud et je continue ma marche humaine en m&#234;me temps que ma marche de plaisir. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes pas crispent sur la neige. Je ressorts mes mains de mes poches, je descends mon capuchon pour mieux ressentir le vent froid p&#233;n&#233;trer ma tuque et me rafraichir la t&#234;te. Pour moi, il est important de finir ma marche avec un contact direct avec la nature. J'arrive au dernier coin de rue. Ma journ&#233;e est bien entam&#233;e. Je peux donc rentrer &#224; la maison et tricoter bien au chaud.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mabel L. (Moncton, Nouveau-Brunswick, Canada)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Soir&#233;e d'&#233;t&#233; au Village (Marinette Y.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article385</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article385</guid>
		<dc:date>2012-07-02T07:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Nature, animaux</dc:subject>
		<dc:subject>Vacances</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Aujourd'hui je revis en pens&#233;e ces douces soir&#233;es d'&#233;t&#233; pass&#233;es en famille sur le banc fait de lattes en bois plac&#233; devant la maison. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous profitons au maximum de la clart&#233;, du beau temps, des bonnes odeurs laiss&#233;es &#224; la tra&#238;ne des charrettes &#224; foin. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis chez mes grands parents, en vacances, Tellement heureuse d'&#234;tre l&#224; ! Ce banc sur lequel l'un ou l'autre voisin vient se joindre &#224; nous afin de faire une petite &#034;causette&#034;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jusqu'au moment o&#249; mon grand p&#232;re se l&#232;ve et annonce :-&#034;J'va m'coutchi !&#034; ( je (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Aujourd'hui je revis en pens&#233;e ces douces soir&#233;es d'&#233;t&#233; pass&#233;es en famille sur le banc fait de lattes en bois plac&#233; devant la maison. &lt;br&gt;
Nous profitons au maximum de la clart&#233;, du beau temps, des bonnes odeurs laiss&#233;es &#224; la tra&#238;ne des charrettes &#224; foin. &lt;br&gt;
Je suis chez mes grands parents, en vacances, Tellement heureuse d'&#234;tre l&#224; ! Ce banc sur lequel l'un ou l'autre voisin vient se joindre &#224; nous afin de faire une petite &#034;causette&#034;.&lt;br&gt;
Jusqu'au moment o&#249; mon grand p&#232;re se l&#232;ve et annonce :-&#034;J'va m'coutchi !&#034; ( je vais me coucher).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une mani&#232;re polie de signifier aux bavards que l'heure est venue de rendre les alentours de la maison au silence de la nuit. &lt;br&gt;
J'adore le cr&#233;puscule, l'ambiance devient feutr&#233;e, on a tous tendance &#224; baisser la voix, chaque objet ou oiseau qui passe ont perdu de leur nettet&#233;, tout devient un peu myst&#233;rieux. &lt;br&gt;
C'est l&#224; que j'ai vu mes premi&#232;res chauves-souris. Lorsque la nuit tombe, elles volent bas, sont effrayantes et il parait qu'elles s'accrochent aux cheveux ! Je cache ma t&#234;te dans ma jupe avec la peur au ventre qu'elles ne reviennent ,et ,en m&#234;me temps ai l'espoir de les revoir, je suis aux aguets. Jeu d'enfant .... &lt;br&gt;
Qui vaincra.... elles ou moi ??? &lt;br&gt;
Il y aussi les hirondelles. Elles nichent sous le fa&#238;te du pignon voisin. Nous suivons leur man&#232;ge, l'apport du repas aux petits et les longues poses sur les fils &#233;lectriques. Nos observations nous renseignent surtout sur le temps qu'il va faire le lendemain. Si elles volent haut il va faire beau, si elles volent bas, signe de pluie. &lt;br&gt;
C'est comme les limaces sur les chemins, si elles ont de la terre sur la queue, pluie assur&#233;e.... mais si c'est de l'herbe, beau soleil. &lt;br&gt;
L'obscurit&#233; me surprend toujours, elle s'installe brutalement. Le ciel n'est qu'&#233;toiles, l'air est pur et les paupi&#232;res se ferment. &lt;br&gt;
Bobonne ferme toutes les portes et monte avec moi, allume une faible lumi&#232;re. Je me glisse sous les draps et m'endors. Demain sera encore une belle journ&#233;e d'&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les chiens de Ceausescu (Jean B.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article630</link>
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		<dc:date>2009-11-24T10:05:36Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Nature, animaux</dc:subject>
		<dc:subject>Voyages</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Entre rire et pleurer &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
A tous mes coll&#232;gues et &#233;tudiants roumains, ces &#234;tres d'exception avec qui j'ai partag&#233; des moments de bonheur d'un autre &#226;ge en juillet 2000. &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Visa control ! &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Quelqu'un m'avait parl&#233; de la francisation de la Roumanie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Erreur ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Tromperie o&#249; se m&#234;lent espoir et amertume, mensonge et aveuglement. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Your passport, please ! &#187; (Votre passeport s'il vous pla&#238;t.) &lt;br class='autobr' /&gt;
Et les questions fusent sur mes (...)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L97xH150/arton630-ca455.jpg?1779783483' width='97' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article569' class='spip_in'&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Entre rire et pleurer &#187;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;A tous mes coll&#232;gues et &#233;tudiants roumains, ces &#234;tres d'exception avec qui j'ai partag&#233; des moments de bonheur d'un autre &#226;ge en juillet 2000.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Visa control ! &#187;&lt;br /&gt;
Quelqu'un m'avait parl&#233; de la francisation de la Roumanie.&lt;br /&gt;
Erreur !&lt;br /&gt;
Tromperie o&#249; se m&#234;lent espoir et amertume, mensonge et aveuglement.&lt;br /&gt;
&#171; Your passport, please ! &#187; (Votre passeport s'il vous pla&#238;t.)&lt;br /&gt;
Et les questions fusent sur mes intentions, la raison de mon s&#233;jour de quinze jours.&lt;br /&gt;
Etonnement et un soup&#231;on de frustration des fonctionnaires roumains. Pourquoi suis-je invit&#233; comme professeur &#224; l'universit&#233; de Bucarest ? Les enseignants roumains ne sont-ils pas d'excellente qualit&#233; ?&lt;br /&gt;
R&#233;cup&#233;ration des bagages, taxi, enfin arriv&#233;e &#224; mon h&#244;tel universitaire au milieu d'un parc aux arbres centenaires.&lt;br /&gt;
Les herbes Saint Jean tapissent le sous-bois. Elles offrent leurs feuilles luisantes au regard, cachant la bure de l'automne pass&#233;.&lt;br /&gt;
Malgr&#233; l'absence de vent, les plantes rampantes fr&#233;missent comme si la chaleur &#233;touffante les aidait &#224; prendre leur souffle. Quelques bruissements t&#233;moignent d'une vie respirable pour quelques mulots ou musaraignes &#224; la recherche de leur nourriture.&lt;br /&gt;
Sur le pas de la porte de l'h&#244;tel, un chien caf&#233; au lait sommeille, affal&#233; en extension sur la pierre bleue pour y capter le maximum de fra&#238;cheur. A mon arriv&#233;e, il se tourne et me montre son ventre cr&#232;me dans l'espoir d'une caresse affectueuse.&lt;br /&gt;
Ma coll&#232;gue me donne un ordre que je ne comprends pas :&lt;br /&gt;
&#171; Enjambe-le. Et surtout ne le touche pas ! &#187;&lt;br /&gt;
Apr&#232;s mon passage, le lierre rampant fr&#233;mit de plus en plus comme si un vent reptilien l'aidait &#224; s'oxyg&#233;ner.&lt;br /&gt;
&#171; Bonjour, Monsieur le Professeur. Parlez-vous le fran&#231;ais ? Je suis contente de vous recevoir. La France nous oublie. &#187;&lt;br /&gt;
La &#171; manager &#187; de l'h&#244;tel parle un fran&#231;ais pointu. Elle m'invite &#224; entrer.&lt;br /&gt;
La chaleur m'&#233;crase. Je tombe endormi dans ma chambre.&lt;br /&gt;
Pas pour longtemps, des aboiements r&#233;p&#233;t&#233;s me r&#233;veillent. Je vois par la fen&#234;tre le lierre qui bouge de plus en plus. Les feuilles s'&#233;cartent avec brutalit&#233;. Dix, vingt, cinquante chiens sortent de nulle part. Tous caf&#233; au lait. Ils hurlent, circulent dans tous les sens comme si un vent de folie leur avait enlev&#233; leur peu de raison.&lt;br /&gt;
D'o&#249; viennent-ils, pourquoi vivent-ils ici ? Sont-ils dangereux ?&lt;br /&gt;
Vers sept heures, la torpeur envahit le sous-bois comme si chacun avait retrouv&#233; la s&#233;r&#233;nit&#233;, comme si l'espoir d'un ventre plein s'&#233;tait mu&#233; en r&#233;alit&#233;.&lt;br /&gt;
Mes coll&#232;gues m'attendent au parking de la facult&#233;. Je choisis le chemin le plus court entre l'h&#244;tel et la rue. Une haie d'honneur de chiens se l&#232;ve, les yeux fluides, la respiration haletante, le corps nourri des maigres restes des &#233;tudiants. Les chiots sautent mordillant l'oreille de leur m&#232;re pr&#234;te &#224; mettre bas. D'autres, malingres se pr&#233;parent &#224; la mort.&lt;br /&gt;
Je jette en regard en coin pour ne pas les effaroucher. Les puces grouillent sur leur dos.&lt;br /&gt;
&#171; Que font-ils ici, Mirella ? &#187;&lt;br /&gt;
Ma coll&#232;gue ne r&#233;pond pas tout de suite. Elle peut difficilement contenir sa g&#234;ne.&lt;br /&gt;
Personne n'aime &#233;voquer le pass&#233;. L'effort exig&#233; par le futur n'autorise pas cette perte d'&#233;nergie.&lt;br /&gt;
&#171; Vers six heures, la pression atmosph&#233;rique change, une sorte d'inversion thermique. Les chiens y sont sensibles. Leurs tympans vibrent ; c'est pourquoi ils hurlent. &#187;&lt;br /&gt;
L'explication en vaut une autre et me semble suffisamment logique pour &#234;tre cr&#233;dible.&lt;br /&gt;
La nuit est calme, un peu &#233;touff&#233;e par la chaleur suintante.&lt;br /&gt;
Soudain, les lierres crissent sous les cavalcades des chiens. Ils hurlent &#224; nouveau. Un guetteur a remarqu&#233; un intrus ; non, une meute d'intrus. La lutte pour le territoire d&#233;bute dans un fracas de chairs &#233;cras&#233;es, de r&#226;les des bless&#233;s, d'&#233;touffements des plus faibles. Les &#233;trangers, ceux de l'autre c&#244;t&#233; de l'universit&#233; ont une fois encore essay&#233; d'envahir le territoire de l'h&#244;tel.&lt;br /&gt;
Deux heures d'une guerre sans merci d'o&#249; peu sortiront indemnes.&lt;br /&gt;
Le matin, je traverse le parc. Les chiens n'ont pas eu la force de se cacher sous les lierres. Ils dorment &#233;puis&#233;s l&#224; o&#249; leur lutte s'est achev&#233;e.&lt;br /&gt;
J'en enjambe dix, vingt, dispers&#233;s comme des coquillages sur une plage.&lt;br /&gt;
Certains l&#232;chent leur plaie et les infectent un peu plus. D'autres jonchent le sol, inertes, futurs d&#233;chets sans vie pour les &#233;boueurs de huit heures.&lt;br /&gt;
&#171; Deux de moins pour quatre de plus &#187; m'explique une &#233;tudiante parlant anglais.&lt;br /&gt;
Je veux savoir.&lt;br /&gt;
&#171; Bien &#187; me dit-elle. &#171; Je suis trop jeune pour me rappeler. Ceausescu a expropri&#233; les beaux quartiers pour y construire des b&#226;timents horribles o&#249; s'entasse une population de plus en plus pauvre. Le dictateur donna l'ordre de tuer les chiens. Mais personne n'a ob&#233;i. Les Roumains aiment leurs chiens. Alors, les bucaresti les ont laiss&#233; errer dans la ville. Voil&#224; l'explication. &#187;&lt;br /&gt;
Croissez et multipliez-vous dit l'Evangile.&lt;br /&gt;
Quel cauchemar !&lt;br /&gt;
Au parc Cismiglu o&#249; quelques vestiges de l'&#226;ge d'or donnent encore une illusion d'abondance, les chiens r&#232;gnent en ma&#238;tre. Leur regard agressif me perturbe. Quelques enfants les &#233;vitent. Des vieux jettent un regard fatigu&#233; sur les mouvements haletant de ces chiens.&lt;br /&gt;
&#171; Pauvres chiens ! Nous n'avons jamais eu le courage de les tuer. Nous aimons trop nos chiens. &#187;&lt;br /&gt;
Le souffle amer de cet homme m'&#233;meut, me trouble comme s'il essayait de partager la souffrance des chiens.&lt;br /&gt;
Soudain, une vieille qui survit &#224; son malheur et &#224; sa pauvret&#233; surgit de nulle part, un sac plastique &#224; la main. Quelques chiens l'entourent. Spectacle surprenant, elle leur donne &#224; manger.&lt;br /&gt;
Etrange ! Dans cette mis&#232;re digne, la femme reconna&#238;t son &#233;ternel meilleur ami ; peut-&#234;tre le seul lien avec les jours de bonheur enfouis dans sa m&#233;moire.&lt;br /&gt;
Les chiens, toujours les chiens.&lt;br /&gt;
Le march&#233; aux &#233;tals presque vides s'&#233;teint sous la chaleur. De l'autre c&#244;t&#233;, une boucherie a ferm&#233; ses portes aujourd'hui faute de marchandises. Sa tente d&#233;chir&#233;e prot&#232;ge du soleil de quinze heures un &#233;talage &#224; la c&#233;ramique blanche et sert de hamac &#224; deux chiens volumineux, chasseurs de fruits et de l&#233;gumes avari&#233;s. Leurs yeux &#224; moiti&#233; ouverts scrutent chaque passant, chaque recoin du march&#233;, pr&#234;ts &#224; bondir sur une aubaine.&lt;br /&gt;
Et si les chiens r&#233;gnaient en ma&#238;tre sur Bucarest.&lt;br /&gt;
Au d&#233;tour d'une rue, mon regard est attir&#233; vers un animal insolite ; la queue ras&#233;e sur trente centim&#232;tres, son extr&#233;mit&#233; poilue et boucl&#233;e, les flans aux poils raccourcis, mais aux pattes arri&#232;res bouffantes ; une race &#233;trange.&lt;br /&gt;
Je m'esclaffe. &lt;br /&gt;
&#171; Vous avez vu ce chien, comme il est dr&#244;le ! &#187;&lt;br /&gt;
Un &#233;tudiant un peu vex&#233; gronde :&lt;br /&gt;
&#171; Pourquoi riez-vous ? Il a servi de mannequin pour une &#233;cole de coiffure. &#187;&lt;br /&gt;
J'en reste interdit.&lt;br /&gt;
Une question me tracasse : ces chiens de Bucarest n'appauvrissent-ils pas ses habitants ?&lt;br /&gt;
L'argent n'a pas de sens. Ces chiens, ne serait-ce pas plut&#244;t une source d'espoir, un rattachement &#224; un pass&#233; que chacun voudrait revivre ou simplement le bonheur de donner lorsqu'on est pauvre ?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Un dimanche, j'ai quitt&#233; les parcs. L'architecture d&#233;lirante d'un dictateur m'attire.&lt;br /&gt;
Erreur grossi&#232;re, fatale.&lt;br /&gt;
Un homme m'aborde et me presse pour &#233;changer des dollars en lei.&lt;br /&gt;
Je refuse.&lt;br /&gt;
Trois policiers nous entourent, arr&#234;tent le vendeur &#224; la sauvette. L'un d'eux me fouille.&lt;br /&gt;
Sans m'en rendre compte ; il me subtilise mon argent.&lt;br /&gt;
Les vrais chiens de Ceausescu ont frapp&#233; : la mafia ukrainienne para&#238;t-il.&lt;br /&gt;
&#171; Vous avez eu de la chance &#187; m'explique un commissaire de police. &#171; Si vous aviez r&#233;sist&#233;, vous ne seriez plus ici. Une vie n'a pas de sens pour eux. &#187;&lt;br /&gt;
J'ai c&#244;toy&#233; deux races de chiens, empreintes des relents tenaces d'une dictature. La premi&#232;re humaine, la seconde bestiale.&lt;br /&gt;
Un matin, je quitte d&#233;finitivement mon h&#244;tel et je prends le chemin le plus long. Des dizaines de regards bruns suivent mes mouvements. Ils se l&#232;vent, certains m'embo&#238;tent le pas, lentement : d'autres semblent me saluer pour que je ne les oublie pas.&lt;br /&gt;
A Bucarest, les chiens sont les &#226;mes mortes dans la souffrance, sont l'espoir de jours meilleurs, sont les t&#233;moins d'un pass&#233; honni et, pourquoi pas, d'un futur meilleur o&#249; chacun trouvera sa place.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le jardin retrouv&#233; (Marguerite L.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article627</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article627</guid>
		<dc:date>2009-11-24T09:54:23Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Nature, animaux</dc:subject>
		<dc:subject>Voyages</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Entre rire et pleurer &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Si je porte le regard vers ma vie pass&#233;e, je me sens comme la jardini&#232;re contemplant son jardin en fin de saison. Il y r&#232;gne un grand d&#233;sordre d&#251; &#224; la vitalit&#233; et &#224; la profusion des plantes fan&#233;es, aux caprices des saisons et aussi, il faut le dire, &#224; la n&#233;gligence, voire &#224; l'indiff&#233;rence de la jardini&#232;re. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais somme toute, la jardini&#232;re n'est pas m&#233;contente de l'effet g&#233;n&#233;ral que produisent ces (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L97xH150/arton627-99519.jpg?1779783483' width='97' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article569' class='spip_in'&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Entre rire et pleurer &#187;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Si je porte le regard vers ma vie pass&#233;e, je me sens comme la jardini&#232;re contemplant son jardin en fin de saison. Il y r&#232;gne un grand d&#233;sordre d&#251; &#224; la vitalit&#233; et &#224; la profusion des plantes fan&#233;es, aux caprices des saisons et aussi, il faut le dire, &#224; la n&#233;gligence, voire &#224; l'indiff&#233;rence de la jardini&#232;re.&lt;br /&gt;
Mais somme toute, la jardini&#232;re n'est pas m&#233;contente de l'effet g&#233;n&#233;ral que produisent ces plantations erratiques et vagabondes. Elle en tire avec &#233;tonnement une satisfaction paisible, un bien-&#234;tre longtemps d&#233;sir&#233; et jamais parfaitement atteint, un bonheur inattendu au seuil duquel on &#233;choue malgr&#233; soi, vague apr&#232;s vague d'illusions perdues, d'erreurs corrig&#233;es, d'efforts r&#233;compens&#233;s d'esp&#233;rances toujours renouvel&#233;es&#8230;&lt;br /&gt;
De quoi est fait ce &#171; jardin de vie &#187; que Marguerite, l'&#226;ge aidant, peut maintenant contempler d'une perspective fort lointaine ? C'est un &#233;chafaudage d&#233;sordonn&#233; de plusieurs jardins entass&#233;s l'un sur l'autre selon les humeurs de la jardini&#232;re et les caprices du temps. Les racines de cette v&#233;g&#233;tation hybride ont pouss&#233; secr&#232;tement au plus profond du terrain et Marguerite, apr&#232;s un long p&#233;riple, retrouve &#224; septante ans un jardin qui porte en d&#233;pit de tout la marque ind&#233;l&#233;bile de ses ascendants. Voici son histoire.&lt;br /&gt;
En 1914 mon p&#232;re, Gaston, ag&#233; de 14 ans, passait ses vacances d'&#233;t&#233; &#224; Comblain-au-Pont dans la vall&#233;e de l'Ourthe, petite rivi&#232;re wallonne dont les eaux chantantes rejoignent si fi&#232;rement la Meuse &#224; Li&#232;ge. Il s'&#233;tait amus&#233; entre autres &#224; cultiver un petit jardin potager et se r&#233;jouissait d&#233;j&#224; de la r&#233;colte de ses l&#233;gumes. Toutefois ses parents le somm&#232;rent de rentrer imm&#233;diatement &#224; Li&#232;ge &#224; la maison &#224; cause de l'avanc&#233;e imminente des arm&#233;es prussiennes dans les Ardennes belges. Il fut bien d&#233;&#231;u et loin de se douter des cons&#233;quences d&#233;terminantes que la Premi&#232;re Guerre Mondiale allait avoir sur sa vie personnelle et celle de ses enfants. &lt;br /&gt;
SI mon p&#232;re n'&#233;tait pas parti comme petit r&#233;fugi&#233; belge en Angleterre au d&#233;but de la guerre 14-18, il aurait continu&#233; ses &#233;tudes secondaires &#224; l'Ath&#233;n&#233;e Royal de Li&#232;ge. Il serait devenu ensuite ing&#233;nieur et aurait fort probablement &#233;pous&#233; une li&#233;geoise. Il aurait sans doute poursuivi la carri&#232;re politique entreprise par son p&#232;re. C'est ce qu'il fit d'ailleurs mais apr&#232;s avoir fait un long d&#233;tour en Angleterre o&#249; il apprit l'Anglais &#224; la perfection et obtint un dipl&#244;me universitaire en chimie &#224; l'universit&#233; de Leeds. Mon p&#232;re finit par devenir plus anglais que les Anglais et &#233;pousa une jolie anglaise fort &#233;prise de lui. &lt;br /&gt;
Le mariage de mes parents fut heureux car tous deux provenant de familles d&#233;sunies, d&#233;siraient ardemment &#8211; ma m&#232;re surtout - un foyer paisible et harmonieux. Ma m&#232;re &#233;tait de temp&#233;rament gai et enjou&#233;. Malgr&#233; une certaine insouciance qui pouvait par moments friser l'inconscience, elle conserva un attachement visc&#233;ral &#224; mon p&#232;re et &#224; notre famille. Mon p&#232;re par contre &#233;tait anim&#233; d'une forte irascibilit&#233; constamment retenue et souffrait p&#233;riodiquement d'acc&#232;s de m&#233;lancolie profonde. Cependant il fut d'un d&#233;vouement remarquable &#224; notre &#233;gard, ma s&#339;ur et moi, et se montra bien plus affectueux que notre m&#232;re. Je conserve un souvenir inoubliable des moments pass&#233;s ,assise sur ses genoux, &#224; l'&#233;couter nous raconter ou nous lire des histoires passionnantes.&lt;br /&gt;
Mes sept premi&#232;res ann&#233;es d'enfance se sont &#233;coul&#233;es en Angleterre o&#249; il semblait que mes parents resteraient d&#233;finitivement. Cependant suite &#224; des probl&#232;mes d'emploi, mon p&#232;re d&#233;cida de revenir s'installer en Belgique quelques ann&#233;es avant la Seconde Guerre Mondiale. Il r&#233;pondait ainsi aux v&#339;ux secrets de ses parents qui lui avaient trouv&#233; entre temps une offre d'emploi int&#233;ressante &#224; Li&#232;ge.&lt;br /&gt;
La d&#233;cision prise par mon p&#232;re de quitter l'Angleterre en 1938 fut le premier grand bouleversement de ma vie d'enfant &#8211; un premier &#171; jardin de vie &#187; brutalement an&#233;anti pour lequel je conserverai toujours une nostalgie profonde. N&#233;e en Angleterre en 1931 et ne parlant qu'Anglais, je me suis retrouv&#233;e &#224; l'&#226;ge de six, sept ans brusquement install&#233;e en Belgique o&#249; il fallait apprendre la langue fran&#231;aise tout en fr&#233;quentant la premi&#232;re ann&#233;e primaire. Mon p&#232;re stipula n&#233;anmoins que nous continuerions &#224; parler anglais &#224; la maison. Ce fut une d&#233;cision fort opportune car ma s&#339;ur et moi avons grandi bilingues sans grands efforts. N&#233;anmoins cette diff&#233;rence de langues ne fit que renforcer un sentiment de vague porte &#224; faux vis-&#224;-vis de notre environnement imm&#233;diat d'autant que notre m&#232;re nous laissait beaucoup de libert&#233;. &lt;br /&gt;
Ce sentiment de subtil d&#233;calage par rapport &#224; la soci&#233;t&#233; ambiante m'a accompagn&#233; ma vie durant. Si ce d&#233;calage social offrait &#224; mon insu une perspective &#233;largie du monde qui m'entourait et en cela constituait un avantage, il engendrait cependant un vague et d&#233;sagr&#233;able sentiment de diff&#233;rence, voire m&#234;me d'insuffisance qui pouvait par moment devenir intol&#233;rable. Ce sentiment est peut-&#234;tre &#224; l'origine de d&#233;cisions irr&#233;vocables et subites prises &#224; certaines p&#233;riodes de ma vie pour changer radicalement de cap afin de me r&#233;ins&#233;rer co&#251;te que co&#251;te dans le cadre social ambiant.&lt;br /&gt; A la fin de mes &#233;tudes secondaires &#224; Li&#232;ge en 1950, m'&#233;tant tr&#232;s bien adapt&#233;e au milieu li&#233;geois et l'aimant, je d&#233;cide de quitter la Belgique et ma famille pour continuer mes &#233;tudes universitaires en langues germaniques en Angleterre. D'une part l'autorit&#233; de mon p&#232;re &#224; la maison devenait trop pesante et d'autre part je voulais me s&#233;parer de mon premier amour de jeunesse, un jeune po&#232;te r&#233;volt&#233; dont la forte personnalit&#233; me d&#233;stabilisait dangereusement. Ce faisant, - lui qui vouait un culte presque sacerdotal &#224; la langue fran&#231;aise et n'avait qu'un souci, celui de la glorifier &#8211; je me d&#233;tournais de la langue fran&#231;aise pour me raccrocher &#224; ma langue maternelle et en approfondir mes connaissances dans le pays m&#234;me. &lt;br /&gt;
Ce retour en Angleterre repr&#233;sentait sans aucun doute une tentative inconsciente de retour aux sources de l'enfance et de r&#233;insertion dans une soci&#233;t&#233; qui me paraissait plus proche. Toutefois je dus m'apercevoir petit &#224; petit et &#224; mes propres d&#233;pens que je m'y &#233;tais prise trop tard. Jamais je ne me suis sentie aussi &#233;trang&#232;re, aussi solitaire et tellement en mal d'amour qu'en Angleterre, pendant ces trois ann&#233;es pass&#233;es &#224; l'universit&#233; de Sheffield. &lt;br /&gt;
Termin&#233;es mes &#233;tudes &#224; Sheffield et ne d&#233;sirant plus vivre en Angleterre, je d&#233;cide de continuer l'&#233;tude de la langue allemande au &#171; Dolmetscher Institut &#187; de l'universit&#233; de Heidelberg. Ce fut de nouveau un tr&#232;s mauvais choix de ma part car mes connaissances de la langue allemande (contrairement &#224; celle de la langue anglaise) ne suffisaient nullement pour entreprendre des &#233;tudes destin&#233;es aux Allemands de souche et non pas aux &#233;tudiants &#233;trangers. &lt;br /&gt;
Le s&#233;jour &#224; Heidelberg d&#233;clenche la d&#233;b&#226;cle totale &#8211; que ce soit du point de vue des &#233;tudes entreprises que de celui de mon &#233;tat d'&#226;me g&#233;n&#233;ral. Je ne savais comment me d&#233;p&#234;trer de cette situation et pour oublier ce trou noir, je passais &#233;tourdiment mes soir&#233;es &#224; boire, danser et flirter au hasard de rencontres diverses. Et c'est ainsi qu'au cours du carnaval de l'ann&#233;e 1954 je rencontre Norberto, un jeune Milanais, licenci&#233; en droit qui d&#232;s le d&#233;but de notre liaison me fait comprendre qu'il n'est plus question de m'int&#233;resser &#224; qui d'autre que ce soit. Son esprit vif et original me plaisent et cette exigence cat&#233;gorique de fid&#233;lit&#233; absolue me para&#238;t une planche de sauvetage plus que bienvenue. Je l'applique na&#239;vement &#224; la lettre et quelque peu contre mon gr&#233;. Cette auto discipline de fid&#233;lit&#233; porta finalement ses fruits.&lt;br /&gt;
Quelques ann&#233;es plus tard en 1956, en &#233;pousant Norberto, je me garantis une r&#233;insertion sociale des plus solides. Certes mon avenir est assur&#233; mais j'ai entre temps renonc&#233; fort inconsid&#233;r&#233;ment &#224; la poursuite d'&#233;tudes s&#233;rieuses en langues germaniques pour en apprendre une quatri&#232;me, latine ! . En outre ce faisant, je tourne le dos &#224; toute l'&#233;ducation libre et vari&#233;e qui m'a &#233;t&#233; offerte jusque l&#224; par mes parents. Le fait est que je m'installe volontairement dans un milieu petit bourgeois catholique milanais &#8211; moi qui suis issue d'une famille de socialistes militants et francs-ma&#231;ons ! Pour quelle raison me suis-je laiss&#233;e emprisonner dans un monde assez r&#233;trograde et obtus par rapport &#224; la soci&#233;t&#233; belge de l'&#233;poque et surtout par rapport &#224; ma famille ?&lt;br /&gt;
Il faut dire que mon &#171; jardin de vie &#187; avait &#233;t&#233; entre temps beaucoup trop de fois saccag&#233;, pi&#233;tin&#233;, puis reb&#234;ch&#233;, sem&#233; n'importe comment et finalement laiss&#233; en grand d&#233;sordre. Il &#233;tait grand temps pour la jardini&#232;re de l'am&#233;nager une fois pour toute. &lt;br /&gt;
Les six premi&#232;res ann&#233;es de mon mariage &#224; Milan furent paisibles et heureuses. La langue italienne pleine de voyelles sonores, la vivacit&#233; des Italiens, leur go&#251;t prononc&#233; pour le beau sous toutes ses formes me plaisent beaucoup. La famille de mon mari m'adopte &#224; part enti&#232;re et sans vraiment le vouloir, je tombe sous la domination &#224; la fois fastidieuse et bienveillante de ma belle-m&#232;re.&lt;br /&gt;
Norberto, jeune laur&#233;at en droit sans emploi au moment de notre rencontre, obtient un poste aupr&#232;s d'une grande multinationale italienne, Pirelli, et petit &#224; petit en montant les &#233;chelons d'usage, devient directeur commercial aupr&#232;s de leur filiale &#224; Sao Paulo au Br&#233;sil. &lt;br /&gt;
C'est &#224; la fin de l'hiver 1962 que nous quittons l'Europe pour l'Am&#233;rique du Sud mais &#8211; &#233;tait-ce un pr&#233;sage ? &#8211; c'est le c&#339;ur gros que, du haut de la Citadelle, je contemple la ville de Li&#232;ge nich&#233;e dans l'ombre grise de la vall&#233;e de la Meuse avant de faire mes adieux &#224; mes parents et de prendre l'avion pour Rio de Janeiro.&lt;br /&gt;
Ici commence l'aventure sud-am&#233;ricaine dont les points forts sont la naissance de mes trois filles sur un sol qui m'est &#8211; une fois de plus ! - &#233;tranger mais ne le sera pas pour autant pour mon mari ni pour mes deux filles. L'apprentissage du portugais ne m'enthousiasme gu&#232;re alors que celui de l'espagnol &#224; Buenos Aires me fascine. C'est &#224; Buenos Aires en 1966 qu'est n&#233;e Pilar, notre deuxi&#232;me fille car Anna-Yara, notre premi&#232;re fille n&#233;e &#224; Sao Paulo trois ans auparavant, &#233;tait morte au berceau &#224; l'age de 3 mois. Le nom, donn&#233; &#224; Pilar par son p&#232;re, ne pouvait pas mieux lui convenir : Maria del Pilar &#8211; Marie du Pilier. Elle fut et est toujours un pilier de vie. C'est un &#234;tre fort et entier, faite d'une pi&#232;ce et peu am&#232;ne aux changements qui lui ont &#233;t&#233; inflig&#233;s au cours de son adolescence par sa m&#232;re en d&#233;tresse.&lt;br /&gt;
Lyndia, la timide, la r&#234;veuse, dot&#233;e d'un coefficient intellectuel qui m'&#233;tonne, est n&#233;e 5 ans plus tard en 1971, &#224; Sao Paulo, alors que notre mariage se d&#233;sagr&#233;geait compl&#232;tement et &#224; mon insu. Je me retrouve soudain seule et perdue dans un pays o&#249; je n'ai pas de racines. Ne pouvant plus compter sur l'affection ni le soutien moral de mon mari qui s'&#233;tait fortement &#233;pris d'une jeune Br&#233;silienne, je d&#233;cide de rentrer en Belgique avec mes filles o&#249; m'attend ma m&#232;re devenue veuve entre temps. Elle qui fut si peu affectueuse &#224; notre &#233;gard pendant notre enfance, se montra une grand-m&#232;re des plus d&#233;vou&#233;es et sans son soutien, j'ignore comment nous nous en serions sorties.&lt;br /&gt; Et voil&#224; que mon beau &#171; jardin de vie &#187; apparemment si bien am&#233;nag&#233; par le mariage devient de nouveau un fol terrain vague o&#249; poussent toutes sortes de plantes exotiques et d&#233;licates &#224; c&#244;t&#233; d'humbles et robustes fleurs des champs de chez nous&#8230; &lt;br /&gt;
Nous &#233;tions en 1977 et j'avais 46 ans au moment o&#249; nous nous installons &#224; Bruxelles. Lyndia entre en premi&#232;re ann&#233;e primaire et Pilar commence le cycle secondaire. On parle anglais &#224; la maison comme ce fut le cas chez mes parents. Gr&#226;ce &#224; ma connaissance de la langue allemande - longtemps oubli&#233;e et plus jamais pratiqu&#233;e - j'obtiens le poste de secr&#233;taire-traductrice aupr&#232;s d'une organisation europ&#233;enne de consommateurs dont le secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral est allemand. &lt;br /&gt;
Plus de vingt ans sont pass&#233;s pendant lesquels mes filles ont travers&#233; une adolescence par moments p&#233;nible mais n&#233;anmoins fructueuse. Elles ont toutes deux obtenu un dipl&#244;me universitaire &#8211; ce qui &#233;tait mon v&#339;u le plus cher. Pilar, qui a maintenant 35 ans, vit &#224; Nairobi avec son mari belge qui travaille pour M&#233;decins-Sans-Fronti&#232;res. Elle enseigne l'anglais au British Council et garde des contacts avec son p&#232;re au Br&#233;sil (en italien) et avec sa demi-s&#339;ur (en portugais). Lyndia termine cette ann&#233;e sa th&#232;se de doctorat en fran&#231;ais pour l'universit&#233; de Gand. Contrairement &#224; sa s&#339;ur qui parle couramment plusieurs langues, ce n'est qu'en fran&#231;ais qu'elle s'exprime &#224; son aise et avec plaisir. Curieusement, une de mes filles revendique fi&#232;rement la langue maternelle de mon p&#232;re et le sort veut que le sujet de sa th&#232;se de doctorat soit l'origine du langage selon les philosophes du 18i&#232;me si&#232;cle !&lt;br /&gt;
Entre temps j'ai retrouv&#233; une partie de mes racines en Belgique. La verte Angleterre de mon enfance n'est plus qu'un doux souvenir auquel je me rattache de temps en temps lorsque je rends visite &#224; ma s&#339;ur install&#233;e en Angleterre. &lt;br /&gt; A vrai dire, c'est &#224; Inz&#233;mont &#224; Hasti&#232;re-Lavaux dans ma petite maison sur les collines de la Meuse, que je me sens finalement &#224; ma place. De l&#224; haut, on voit la &#171; Meuse Endormeuse &#187; couler paisible et grise entre les coteaux bois&#233;s de h&#234;tres et de sapins. Souvent le matin le regard peut se perdre entre les nuages roses nacr&#233;s qui deviennent tour &#224; tour bleus transparents, violets velout&#233;s alors que la blanche brume monte silencieuse de la vall&#233;e encore endormie en s'effilochant lentement. Certes, ce paysage ne peut rivaliser en beaut&#233; avec la lumi&#232;re chatoyante et le bleu souverain du Lac Majeur pr&#232;s de Stresa. Et que vaudrait-il en comparaison avec la splendide baie de Rio ? Bien peu dans un guide touristique. N&#233;anmoins, c'est ici &#224; Inz&#233;mont, dans mon jardin sur le flanc de la colline que je retrouve la paix innocente dont jouissait sans doute mon p&#232;re presque un si&#232;cle auparavant dans le petit jardin potager ou bord de l'Ourthe &#224; Comblain-au-Pont. &lt;br /&gt;
Que de d&#233;tours n'ai-je pas fait avant de me retrouver dans mon &#171; jardin &#187; d'origine ! &lt;br /&gt;
La jardini&#232;re peut maintenant contempler son jardin sans regrets et s'&#233;merveiller de la subtile harmonie qui s'en d&#233;gage, malgr&#233; le d&#233;sordre et la vari&#233;t&#233; des plantes.&lt;br /&gt;
J'aimerais que mes futurs petits-enfants connaissent eux aussi la douceur de vivre en Ardenne. Je voudrais leur dire d'ores et d&#233;j&#224; : regardez le terrain en pente de mon jardin. Vous pourrez vous amuser, couch&#233;s sur le gazon, &#224; rouler de haut en bas autant de fois que vous le d&#233;sirez ; vous pourrez vous asseoir &#224; l'ombre du saule pleureur plant&#233; &#224; votre intention pour y passer des heures enti&#232;res de lecture et de bavardages ; regardez les fleurs et apprenez &#224; les nommer : ce sont des marguerites, des pens&#233;es, des pivoines, des lupins, des capucines, des roses, des iris, et j'en passe ; asseyez-vous &#224; la terrasse le soir tombant en &#233;t&#233; et vous sentirez peut-&#234;tre le parfum d&#233;licat du ch&#232;vre-feuille et celui plus t&#233;nu des p&#233;tunias ; &#233;coutez les pies, les corneilles et admirez le vol jubilatoire des hirondelles annon&#231;ant le beau temps. Venez, mes chers futurs petits enfants, jouir de mon beau jardin retrouv&#233; !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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