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	<title>Ages et transmissions</title>
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	<description>Cr&#233;&#233;e en 97, Ages et Transmissions est une asbl pluraliste bruxelloise permettant aux a&#238;n&#233;s de jouer un r&#244;le actif dans la soci&#233;t&#233;. Elle est reconnue comme organisme d'&#233;ducation permanente par la F&#233;d&#233;ration Wallonie-Bruxelles.</description>
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		<title>Ages et transmissions</title>
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		<title>Nicole, n&#233;e en 1940, de parents Juifs allemands</title>
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		<dc:date>2020-11-23T14:08:11Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mich&#232;le A&amp;T</dc:creator>


		<dc:subject>Juif.ve (&#234;tre)</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre 40-45</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Extrait de &#034;Nous racontons notre vie&#034;, Laeken, 2012-13 &lt;br class='autobr' /&gt;
Belge, maman, mamy et senior active, je suis n&#233;e en Belgique au d&#233;but de la guerre de parents juifs allemands. &lt;br class='autobr' /&gt;
Enfance en Belgique, pendant la guerre &lt;br class='autobr' /&gt;
Mes parents sont juifs, originaires d'Allemagne. Ils ont fui l'Allemagne nazie avant la guerre. Ils se sont connus en Belgique en 1938. Papa &#233;tait gantier. Il adorait les photos et avait une voiture. C'&#233;tait un papa &#171; moderne &#187; : il s'est beaucoup occup&#233; de moi, b&#233;b&#233; ; il me donnait le bain et &#224; (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait de &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique170'&gt;&#034;Nous racontons notre vie&#034;&lt;/a&gt;, Laeken, 2012-13&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Belge, maman, mamy et senior active, je suis n&#233;e en Belgique au d&#233;but de la guerre de parents juifs allemands.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enfance en Belgique, pendant la guerre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes parents sont juifs, originaires d'Allemagne. Ils ont fui l'Allemagne nazie avant la guerre. Ils se sont connus en Belgique en 1938. Papa &#233;tait gantier. Il adorait les photos et avait une voiture. C'&#233;tait un papa &#171; moderne &#187; : il s'est beaucoup occup&#233; de moi, b&#233;b&#233; ; il me donnait le bain et &#224; manger. Il a &#233;t&#233; dans les premiers d&#233;port&#233;s en 1940. Il est mort du typhus en ao&#251;t 1940 ; j'avais 6 mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec maman, mon oncle et ma tante, nous avons d&#251; nous cacher pendant la guerre, d'abord dans un h&#244;tel &#224; Corbion sur Semois, au sud de la Belgique, ensuite &#224; Biemme o&#249; une dame &#226;g&#233;e, Emma, nous a recueillis dans sa grande maison. Je me souviens que le cur&#233; du village n'avait jamais vu de juif, il voulait en voir un. Mais enfin, cela ne se voit pas les juifs &#8230; rires &#8230; Ce cur&#233; est devenu l'ami de mon oncle. Un souvenir marquant ? et bien justement, &#224; Biemme, je nous revois tous les quatre cach&#233;s derri&#232;re une porte dans la grande maison. Et devant la porte, il y avait cette dame, que j'appelais tante Emma, qui discutait calmement avec les allemands en pleine rafle !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Etre femme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'&#233;tais adolescente, je me disais que plus tard j'aimerais m'occuper de mes enfants. Dans les 7 premi&#232;res ann&#233;es de mon mariage, j'ai travaill&#233;. Ensuite avant d'accoucher pour la premi&#232;re fois, j'ai arr&#234;t&#233;. J'avais l'impression d'&#234;tre sans valeur ; mon mari gagnait bien sa vie. Quand on demandait &#224; mon mari ce que je faisais, il r&#233;pondait : ma femme, elle ne fait rien, elle est &#224; la maison. Mon mari ne langeait pas les enfants, ne les lavait pas. Un jour, nous sommes partis en vacances, les enfants avaient quelques mois ; il m'a dit : mais tu n'arr&#234;tes pas entre les repas, la lessive et le reste ! Une jeune fille a &#233;t&#233; engag&#233;e pour m'aider. Rester &#224; la maison n'est pas un travail gratifiant. L'homme, lui, il trouve cela normal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand mon mari est devenu ind&#233;pendant, j'ai d&#251; recommencer &#224; travailler comme secr&#233;taire. Ma fille avait 15 ans et elle ne l'a pas bien support&#233;. Mon mari, forc&#233; et contraint, faisait juste les grosses courses en plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Religion, philosophie de vie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne veux pas vous heurter mais &#8230; par ma m&#232;re, je suis n&#233;e juive, dans une famille o&#249; on ne pratiquait pas. Enfant, j'ai appris un peu l'h&#233;breu mais ce n'&#233;tait pas dr&#244;le et je n'en n'ai pas gard&#233; grand-chose. Est-il possible qu'il existe un Dieu qui laisse faire des atrocit&#233;s sur terre ? Dans la religion juive, il existe des choses dont on ne peut pas discuter, on refuse de moderniser cette religion ; on ne peut toujours pas manger de porc. Avant, je comprends, le porc &#233;tait la viande qui se laissait le moins bien conserver mais maintenant tout a chang&#233; &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne crois pas que c'est Dieu qui a cr&#233;&#233; la vie sur la terre ; je crois en l'&#233;volution, les recherches sur les galaxies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis toujours sentie belge ; je suis n&#233;e ici. M&#234;me si mes parents ont fui l'Allemagne nazie puisqu'ils &#233;taient juifs. A 18 ans j'ai choisi d'&#234;tre uniquement belge, pas allemande ! Je me suis toujours sentie int&#233;gr&#233;e et comme les autres, tout en &#233;tant juive. Je reconnais &#234;tre juive mais je ne le revendique pas. Jamais je n'ai senti de discrimination.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une &#233;ducation juive (Mina)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1108</link>
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		<dc:date>2016-12-15T07:34:39Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sylvie (A&amp;T)</dc:creator>


		<dc:subject>Juif.ve (&#234;tre)</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Je suis n&#233;e dans une famille juive en avril 1940, quelques jours avant l'invasion de la Belgique par l'arm&#233;e allemande au d&#233;but de la seconde guerre mondiale. En 1942, lorsque les nazis ont commenc&#233; &#224; d&#233;porter les familles juives dans des camps pour &#234;tre extermin&#233;es, nous avons &#233;t&#233; cach&#233;es, ma s&#339;ur et moi, dans une famille flamande, &#224; Drogenbos, un village pr&#232;s de Bruxelles. J'ai pass&#233; les 2 premi&#232;res ann&#233;es du jardin d'enfant dans une &#233;cole catholique tenue par des s&#339;urs religieuses. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ma m&#232;re a surv&#233;cu &#224; la (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je suis n&#233;e dans une famille juive en avril 1940, quelques jours avant l'invasion de la Belgique par l'arm&#233;e allemande au d&#233;but de la seconde guerre mondiale. En 1942, lorsque les nazis ont commenc&#233; &#224; d&#233;porter les familles juives dans des camps pour &#234;tre extermin&#233;es, nous avons &#233;t&#233; cach&#233;es, ma s&#339;ur et moi, dans une famille flamande, &#224; Drogenbos, un village pr&#232;s de Bruxelles. J'ai pass&#233; les 2 premi&#232;res ann&#233;es du jardin d'enfant dans une &#233;cole catholique tenue par des s&#339;urs religieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma m&#232;re a surv&#233;cu &#224; la guerre alors que mon p&#232;re a &#233;t&#233; assassin&#233; dans un de ces camps de la mort. En 1945, elle nous a reprises aupr&#232;s d'elle et nous a inscrites dans une &#233;cole juive car elle &#233;tait tr&#232;s pratiquante et d&#233;sirait nous &#233;duquer dans la religion de ses anc&#234;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette &#233;cole, durant la premi&#232;re heure de la matin&#233;e et &#224; la derni&#232;re heure de cours ainsi que le dimanche matin, on nous enseignait l'h&#233;breu et des mati&#232;res religieuses ou bien l'histoire et la g&#233;ographie d'Isra&#235;l. Nous n'avions pas cong&#233; le jeudi apr&#232;s-midi comme dans les autres &#233;coles mais le samedi toute la journ&#233;e. L'enseignement de ces mati&#232;res &#233;tait cot&#233; s&#233;par&#233;ment et les r&#233;sultats n'intervenaient pas dans les bulletins des branches la&#239;ques. Nous ne prenions donc pas ces cours tr&#232;s au s&#233;rieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai toujours trouv&#233; les pr&#233;ceptes de la religion juive tr&#232;s contraignants. Toutes les activit&#233;s de la journ&#233;e sont r&#232;glement&#233;es, beaucoup d'aliments sont interdits, notamment la viande de porc, les crustac&#233;s (homard, crabes...) et les mollusques (moules, huitres ...). Je n'aimais pas devoir faire les nombreuses pri&#232;res en h&#233;breu que je ne comprenais pas, &#224; la maison, &#224; l'&#233;cole ou &#224; la synagogue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus d&#233;sagr&#233;able pour moi, c'&#233;tait les cons&#233;quences du repos que nous devions prendre le jour du Shabbat (nom du samedi en h&#233;breu). Dans la Bible, il est dit que l'on ne doit pas travailler ce jour-l&#224;. C'est certainement une bonne chose, mais les rabbins ont &#233;largi cette interdiction &#224; un grand nombre d'actes qui me rendaient ces journ&#233;es-l&#224; tr&#232;s p&#233;nibles. Il n'&#233;tait pas permis de se d&#233;placer en tram ou en voiture, d'allumer la radio, de porter quoi que ce soit en rue, d'utiliser n'importe quel appareil &#233;lectrique, on ne pouvait m&#234;me pas actionner une sonnette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais aussi irrit&#233;e par la place que la religion juive r&#233;servait &#224; la femme. Celle-ci ne devait pas faire d'&#233;tudes sup&#233;rieures, se marier jeune et se consacrer &#224; ses enfants et &#224; son mari.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai pourtant &#233;t&#233; fid&#232;le &#224; tous ces r&#232;glements jusqu'&#224; l'&#226;ge de 20 ans, mais sans grande conviction. Quand j'&#233;tais enfant, j'&#233;tais docile et ob&#233;issais &#224; ma m&#232;re qui &#233;tait tr&#232;s gentille, sans me poser beaucoup de questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 18 ans j'ai entrepris des &#233;tudes de physique &#224; l'Universit&#233; Libre de Bruxelles. L'esprit du Libre Examen, l'influence de mes &#233;tudes scientifiques et les discussions avec Richard, mon futur mari, qui &#233;tait tout &#224; fait ath&#233;e et antireligieux, ont eu raison de mes derniers attachements &#224; mes pratiques religieuses. En 1960, j'ai abandonn&#233; l'observance du Shabbat et la nourriture cach&#232;re. L'existence de Dieu est une question qui ne m'int&#233;resse plus du tout, toutes les religions sont pour moi des instruments de manipulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense cependant que les commandements de la Bible, dans le premier testament, concernant le comportement des gens vis-&#224;-vis de leurs prochains ont une grande valeur morale. Je suis encore sensible &#224; tout ce qui concerne le juda&#239;sme, &#224; la musique juive et &#224; la litt&#233;rature juive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon v&#233;cu de la Shoah et de ses cons&#233;quences me rendent solidaire du peuple juif auquel je me sens toujours appartenir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Entre religion et culture juive (Simone R.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1044</link>
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		<dc:date>2014-09-11T11:08:48Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Juif.ve (&#234;tre)</dc:subject>
		<dc:subject>Religion, valeurs et &#233;thique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Mes parents &#233;taient tous deux traditionalistes. La vieillesse aidant, ils se sont rapproch&#233;s un peu plus de ce dans quoi ils avaient grandi. Cela n'avait rien &#224; voir, selon moi, avec une croyance quelle qu'elle soit. Ils avaient, comme beaucoup de membres de ma famille, apr&#232;s la guerre, voulu oublier dans quoi ils &#233;taient n&#233;s et d'o&#249; ils venaient. Ils souhaitaient une nouvelle vie et surtout oublier. Cette attitude &#233;tait g&#233;n&#233;r&#233;e par une sorte de souffrance, aliment&#233;e par le souvenir des &#233;v&#233;nements (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mes parents &#233;taient tous deux traditionalistes. La vieillesse aidant, ils se sont rapproch&#233;s un peu plus de ce dans quoi ils avaient grandi. Cela n'avait rien &#224; voir, selon moi, avec une croyance quelle qu'elle soit. Ils avaient, comme beaucoup de membres de ma famille, apr&#232;s la guerre, voulu oublier dans quoi ils &#233;taient n&#233;s et d'o&#249; ils venaient. Ils souhaitaient une nouvelle vie et surtout oublier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette attitude &#233;tait g&#233;n&#233;r&#233;e par une sorte de souffrance, aliment&#233;e par le souvenir des &#233;v&#233;nements dramatiques. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai donc &#233;t&#233; &#233;lev&#233;e dans une non-transmission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, il y avait les grandes f&#234;tes, Roch Hachana et Yom Kippour. On se rendait alors, en famille, &#224; la Synagogue. Mais pour moi, c'&#233;tait des &#233;v&#232;nements totalement abstraits et qui ne voulaient pas dire grand-chose. J'ai r&#233;alis&#233; que j'&#233;tais juive en dehors de ma famille. A l'&#233;cole primaire, j'ai commenc&#233; par suivre des cours de morale la&#239;que. &#201;tait-ce &#224; la demande de mes parents ou, &#224; l'&#233;poque, les cours de religions isra&#233;lite n'existaient-ils pas ? &lt;br class='autobr' /&gt;
La communaut&#233; juive de ma ville natale &#233;tait importante. Elle vivait dans la discr&#233;tion, une recherche de l'anonymat et surtout un d&#233;sir d'int&#233;gration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfant, deux &#233;v&#233;nements importants m'ont fait prendre conscience de ma diff&#233;rence. &lt;br class='autobr' /&gt;
A l'&#233;cole primaire on me traita de &#171; sale juive &#187;. Je ne sais pas ce qui se passa en moi alors, mais je r&#233;agis avec beaucoup de violence &#224; cette altercation. Si je me souviens bien, ce fut vraiment une r&#233;action &#233;pidermique et il y eut &#233;change de coups. J'en garde un souvenir confus de rage froide !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, vers 8 ans environ, mes parents me mirent dans un mouvement de jeunesse juive. Ce mouvement de jeunesse, n&#233; en Pologne en 1913, s'appelait Hachomer Hatza&#239;r. Cela veut dire en h&#233;breu &#171; la jeune garde &#187;. Ses fondements sont le socialisme, le sionisme, le scoutisme, l'amiti&#233; entre les peuples et l'esprit pionnier. Il avait eu ses heures de gloire pendant la Shoah. Beaucoup de r&#233;sistants juifs en &#233;taient issus, en particulier Mordecha&#239; Anilewicz, qui en fut le principal h&#233;ros, en 1943, durant l'insurrection du Ghetto de Varsovie. Les valeurs fondatrices du sionisme prennent leurs origines avec Th&#233;odor Herzl, qui apr&#232;s l'affaire Dreyfus, avait conclu au 1er Congr&#232;s sioniste de B&#226;le de 1897, qu'en dehors d'un &#233;tat juif, il n'y aurait pas de salut pour le peuple juif dans le monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est vraiment &#224; l'Hachomer Hatza&#239;r que je pris conscience de ce qu'&#233;taient mes origines, mon histoire, mes particularit&#233;s. C'est l&#224; que je me suis construite, que j'ai appris d'o&#249; je venais. Ce que je suis aujourd'hui, c'est &#224; mon passage &#224; l'Hachomer Hatza&#239;r que je le dois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'y ai adh&#233;r&#233; totalement et ses id&#233;aux correspondaient totalement &#224; mes aspirations d'enfant et ensuite d'adolescente. Je pensais pouvoir changer le monde et j'y croyais avec passion ! J'y ai d&#233;couvert ce qu'&#233;tait l'Etat d'Isra&#235;l, les valeurs du sionisme, du socialisme, &#224; travers l'utopie de la vie au kibboutz. J'y ai aussi d&#233;couvert l'amiti&#233; et le partage. J'ai demand&#233; &#224; cette &#233;poque &#224; suivre les cours de religion isra&#233;lite &#224; l'&#233;cole. Ce n'&#233;tait pas des cours de religion proprement dite, mais des cours d'h&#233;breu et d'histoire du juda&#239;sme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, rien &#224; voir avec la religion, tout &#231;a ? A vrai dire, je ne me suis jamais pos&#233;e la question du sens de la religion. Le juda&#239;sme &#224; mes yeux, c'est mes racines, ma culture, quelque chose qui s'est construit &#224; partir de l'histoire et &#233;videmment aussi de grands drames et de grandes souffrances du peuple juif, de ma famille en particulier. Il m'en reste une immense nostalgie de quelque chose de disparu &#224; jamais et que je ne conna&#238;trai pas. C'est une page qui restera blanche pour toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai jamais explor&#233; d'autres religions, l'id&#233;e ne m'a m&#234;me pas effleur&#233;e. Je me suis vaguement int&#233;ress&#233;e &#224; la religion des mormons. Quelques membres de ma famille s'y &#233;taient r&#233;fugi&#233;s apr&#232;s la guerre et c'&#233;tait pour moi une &#233;nigme. On en parlait dans la famille comme d'une trahison ! Comment &#233;tait-ce possible ? Si je n'&#233;tais pas croyante, il n'&#233;tait absolument pas question de transgresser et de m'int&#233;resser &#224; une autre foi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, lorsque le hasard de la vie, mais &#233;tais-ce un hasard, me fit rencontrer mon mari, totalement ath&#233;e, mais fils d'une m&#232;re tr&#232;s catholique, j'eus longtemps et j'ai encore parfois, le sentiment de trahir. C'est une culpabilit&#233; incontr&#244;lable et incontr&#244;l&#233;e que j'ai. Quoique je fasse ou je pense, malgr&#233; ma capacit&#233; d'analyse et de r&#233;flexion et m&#234;me si je sais que j'ai finalement fait le bon choix, c'est l&#224;, en moi et je ne peux rien y faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait cependant &#233;vident que notre enfant serait juif. J'ai toujours eu conscience qu'il &#233;tait issu de sangs m&#234;l&#233;s. Avec l'accord de son p&#232;re, qui m'y a encourag&#233;e, je lui ai transmis ce que j'avais appris au fil du temps, l'histoire du peuple juif, l'histoire de notre famille et la culture juive au sens large, qui n'&#233;tait pas la Shoah. Je l'ai encourag&#233; &#224; aller dans un mouvement de jeunesse juive et nous sommes all&#233;s en Isra&#235;l ensemble. Mes parents, surtout mon p&#232;re, se sont occup&#233;s du reste. Transmission des traditions et un peu de religion, plut&#244;t des coutumes, surtout un &#233;tat d'esprit et des sentiments.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il a &#233;t&#233; circoncis et a fait sa Bar Mitzvah. A mes yeux, il ne pouvait en &#234;tre autrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pas de quoi l'avenir sera fait pour lui et ce qu'il adviendra de ce qu'il a appris chez moi. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je lui fais confiance et je pense qu'il fera quelque chose avec cet h&#233;ritage et cette r&#233;flexion que je lui ai transmis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois aujourd'hui qu'&#234;tre juif en dehors d'Isra&#235;l deviendra, avec le temps, une impossibilit&#233;, quelque chose d'ind&#233;finissable ... Les isra&#233;liens sont d'abord isra&#233;liens, avant d'&#234;tre juifs !&lt;br class='autobr' /&gt;
La religion juive proprement dite - l'image qu'elle donne au monde, son int&#233;grisme parfois - n'encourage pas &#224; la rendre sympathique, lorsqu'on a eu comme moi, comme mon fils, une &#233;ducation marginale et critique. Les mariages mixtes, l'int&#233;gration, le temps qui passe font le reste&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour croire, il ne faut pas penser, pas dans la forme de questionnement sur le monde que j'ai, en tout cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me reste donc la fid&#233;lit&#233; &#224; des valeurs, &#224; mon histoire, &#224; ces petites choses dans lesquelles je me reconnais et me retrouve, ces choses que j'ai apprises sans m'en rendre compte. &lt;br class='autobr' /&gt;
Enfin, la religion juive pour les ashk&#233;nazim n'a rien de joyeux. Elle est faite de douleurs, de culpabilit&#233;s, de d&#233;nis, de non-dits, d'obligations qui reposent souvent sur des convenances, de choses pas toujours comprises. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je pr&#233;f&#232;re de loin, la culture juive qui est vivante, joyeuse, faite de chaleur, de cuisine, de folklore, de chansons et de danses, mais aussi de retrouvailles, de souvenirs et d'attachements, toutes choses qui se transmettent, vaille que vaille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si j'y pense souvent, c'est que j'ai, de tout temps, &#233;t&#233; dedans et dehors. C'est comme &#231;a !&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est un &#233;tat curieux, qui permet difficilement d'&#234;tre heureux. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cela explique aussi mes difficult&#233;s de choix de vie, mais aussi ma recherche &#233;perdue et curieuse d'autres choses.&lt;br class='autobr' /&gt;
Est-ce que j'accepterais enfin que je n'aie pas pu faire autrement et que j'aie fait au mieux ?&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est un soulagement d'y penser comme &#231;a, m&#234;me si c'est venu si tard. &lt;br class='autobr' /&gt;
On dirait que je suis, en permanence, en n&#233;gociation avec moi et moi ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut me faire une raison, cela restera un questionnement et une controverse constante pour moi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les pensionnats (A.W.)</title>
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		<dc:date>2012-08-28T09:55:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Ecole, &#233;tudes</dc:subject>
		<dc:subject>Juif.ve (&#234;tre)</dc:subject>
		<dc:subject>Religion, valeurs et &#233;thique</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre 40-45</dc:subject>

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&lt;p&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; 123 j'ai vu - Des seniors d'aujourd'hui racontent leur enfance d'hier &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; En septembre 1942, j'entrai &#224; l'&#226;ge de 12 ans comme &#233;l&#232;ve interne au pensionnat &#171; Mes enfants &#187;, en 6&#232;me latine. Ce pensionnat se trouvait &#224; l'avenue Brugmann, pr&#232;s de la place Vanderkindere, dans deux maisons bourgeoises r&#233;unies et am&#233;nag&#233;es en &#233;cole. Il &#233;tait tenu par deux directrices, Mademoiselle Berthe et Mademoiselle Marthe. Nous ne connaissions que (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot160" rel="tag"&gt;Religion, valeurs et &#233;thique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot191" rel="tag"&gt;Guerre 40-45&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L99xH150/arton907-f6946.jpg?1776712217' width='99' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article530' class='spip_in'&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; 123 j'ai vu - Des seniors d'aujourd'hui racontent leur enfance d'hier &#187;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre 1942, j'entrai &#224; l'&#226;ge de 12 ans comme &#233;l&#232;ve interne au pensionnat &#171; Mes enfants &#187;, en 6&#232;me latine. Ce pensionnat se trouvait &#224; l'avenue Brugmann, pr&#232;s de la place Vanderkindere, dans deux maisons bourgeoises r&#233;unies et am&#233;nag&#233;es en &#233;cole. Il &#233;tait tenu par deux directrices, Mademoiselle Berthe et Mademoiselle Marthe. Nous ne connaissions que Mademoiselle Berthe, car Mademoiselle Marthe se mourait d'un cancer de la gorge. Nous entendions ses cris affreux, ses hurlements de souffrance qui nous gla&#231;aient les sangs. Mademoiselle Berthe se partageait entre la gestion de l'&#233;cole, les cours, et les soins &#224; sa s&#339;ur. L'&#233;cole &#233;tait fr&#233;quent&#233;e par des filles de la bonne bourgeoisie, qui, pour la plupart, &#233;taient gentilles et bien &#233;lev&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon gros probl&#232;me, au d&#233;but, c'&#233;taient les mani&#232;res &#224; table. Mademoiselle Berthe qui pr&#233;sidait chaque repas &#233;tait tr&#232;s stricte et m&#234;me m&#233;prisante envers celles qui ne les respectaient pas. J'ai donc rapidement appris qu'on brise un &#339;uf &#224; la coque avec une cuill&#232;re et non un couteau, qu'on coupe ses pommes de terre avec sa fourchette et non avec son couteau, qu'on d&#233;pose ses couverts pendant qu'on mastique, qu'on s'essuie les l&#232;vres avant et apr&#232;s avoir bu, etc. Je m'effor&#231;ais de copier toutes les autres tant j'avais peur des remarques sarcastiques et humiliantes de Mademoiselle Berthe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai vite appris. Quand, le samedi, je rentrais &#224; la maison et je retrouvais ma famille, je remarquais qu'ils mangeaient autrement, qu'ils ne savaient rien de toutes ces nobles mani&#232;res que je venais d'appendre et je ne savais plus comment me situer. J'&#233;tais, en quelque sorte, mont&#233;e d'un cran par rapport &#224; eux, et en m&#234;me temps, comme je les aimais plus que tout, je ne voulais pas me distancier d'eux. Chaque week-end me demandait une r&#233;adaptation. Le dimanche soir, apr&#232;s le souper, j'embrassais mes parents, ma s&#339;ur et mon fr&#232;re, et je prenais le tram 49 &#224; la barri&#232;re de Saint Gilles pour retourner &#224; l'&#233;cole et redevenir une petite bourgeoise mani&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'ensemble, j'&#233;tais tr&#232;s heureuse dans ce pensionnat. C'&#233;tait une p&#233;dagogie d'avant-garde et respectueuse des &#233;l&#232;ves. J'aimais surtout le cours de latin qui &#233;tait donn&#233; par Monsieur Jaumain. Pour autant que je me souvienne, il devait avoir une soixantaine d'ann&#233;es, il boitait, il nous appelait &#171; Mademoiselle &#187; et il ne plaisantait pas. Il faisait beaucoup de rapprochements entre le latin et le fran&#231;ais, s'&#233;tendant souvent avec complaisance sur les &#233;tymologies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, &#233;tudiant la troisi&#232;me d&#233;clinaison, nous sommes tomb&#233;s sur le mot &#171; puber &#187;. Aussit&#244;t il a demand&#233; : &#171; Quel mot fran&#231;ais correspond au latin puber ? &#187; Silence. Il insiste. Personne ne sait. Il s'&#233;nerve : &#171; Mais, vous &#234;tes des filles des cavernes. Comment, vous ne savez pas ? Puber a donn&#233; le mot pubert&#233;. &#187;&lt;br&gt;
Silence. Nous le regardons avec des yeux ronds. &lt;br&gt;
&#8211; Vous ne savez pas ce que veut dire le mot pubert&#233; ?&lt;br&gt;
Nous, timidement : &#171; Non, Monsieur. &#187;&lt;br&gt;
Alors il dit : &#171; &#199;a veut dire adolescence. &#187;&lt;br&gt;
Aussit&#244;t je me l&#232;ve et je dis : &#171; Monsieur, j'ai d&#233;j&#224; rencontr&#233; ce mot dans mes lectures, mais je ne sais pas exactement ce que &#231;a veut dire. &#187;&lt;br&gt;
Lui : &#171; C'est la p&#233;riode qui s&#233;pare l'enfance de l'&#226;ge adulte. &#187;&lt;br&gt;
Moi : &#171; Oui, &#231;a je le sais. Je l'ai vu dans le dictionnaire. Mais quand est-ce que cela commence et quand est-ce que cela finit ? &#187;&lt;br&gt;
Lui : &#171; C'est variable. Pour certaines, c'est onze ou douze ans, pour d'autres, c'est quatorze ou m&#234;me seize. &#187;&lt;br&gt;
Moi : &#171; Mais alors, je suis peut-&#234;tre adolescente ? &#187;&lt;br&gt;
Lui : &#171; Oui, peut-&#234;tre. &#187;&lt;br&gt;
Moi : &#171; Comment le savoir ? Est-ce que je dois aller &#224; la commune comme pour la carte d'identit&#233; ? &#187;&lt;br&gt;
Lui : &#171; Non, Mademoiselle. &#187;&lt;br&gt;
Moi : &#171; Mais alors, comment je vais faire pour savoir si je suis adolescente ? &#187;&lt;br&gt;
Lui : &#171; Vous vous en apercevrez &#224; certains ph&#233;nom&#232;nes. &#187;&lt;br&gt;
Moi : &#171; Ah bon ! Quels ph&#233;nom&#232;nes ? &#187;&lt;br&gt;
Lui : &#171; Mademoiselle, vous demanderez &#224; votre maman. &#187;&lt;br&gt;
Moi : &#171; Ma m&#232;re ne sait pas car elle n'a pas fait de latin. &#187;&lt;br&gt;
Lui : &#171; Taisez-vous, je ne veux plus vous entendre et je ne r&#233;pondrai &#224; aucune question. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais mortifi&#233;e. Lui qui nous poussait toujours &#224; aller au fond des choses, voil&#224; qu'il se d&#233;robait dans une question purement linguistique. &lt;br&gt;Incompr&#233;hensible ! Quand le cours fut termin&#233; et qu'il eut quitt&#233; la classe, les filles se tourn&#232;rent vers moi avec col&#232;re me disant que c'&#233;tait honteux de poser des questions pareilles et l'une d'elles me lan&#231;a : &#171; Tu n'as jamais &#233;t&#233; indispos&#233;e ? &#187;. &lt;br&gt;
J'ai dit oui. &lt;br&gt;
&#8211; Et qu'est-ce que tu as eu ?&lt;br&gt;
&#8211; J'ai eu mal &#224; la t&#234;te et j'ai vomi.&lt;br&gt;
Alors elles se moqu&#232;rent de moi mais aucune ne voulut m'expliquer. Il fallut que je sois dans un autre pensionnat avec ma cousine qui &#233;tait plus &#226;g&#233;e que moi pour que ce myst&#232;re soit enfin &#233;clairci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; ***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour d'avril 1943, mon oncle vint me chercher au pensionnat. Je dus rapidement faire mes bagages et partir avec lui sans savoir m&#234;me pourquoi et sans avoir pu dire au revoir &#224; mes camarades de classe. Je ne me souviens m&#234;me pas si je revis la directrice tant ce d&#233;part fut pr&#233;cipit&#233;. Dans le train qui nous emmenait vers Tournai, mon oncle m'apprit que mes parents avaient &#233;t&#233; d&#233;nonc&#233;s &#224; la Gestapo mais qu'ils avaient pu fuir. Moi aussi, j'avais &#233;t&#233; d&#233;nonc&#233;e comme &#233;l&#232;ve du pensionnat. Ma pr&#233;sence mettait donc tout le monde en danger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pr&#238;mes un tram vers Templeuve et nous arriv&#226;mes chez les S&#339;urs de la Providence, chez lesquelles je me cacherai sous un faux nom jusqu'&#224; la fin de la guerre. Avant la guerre, cet internat &#233;tait fr&#233;quent&#233; par les jeunes filles ais&#233;es du Nord de la France. Mais depuis la guerre, c'&#233;tait un pensionnat mixte, filles et gar&#231;ons, pour les enfants des campagnes de Lille, Roubaix, Tourcoing. Pour moi qui venais de ce pensionnat chic et distingu&#233;, le coup fut rude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#232;re sup&#233;rieure qui nous accueillit &#233;tait une femme affable, tr&#232;s douce, qui &#233;levait rarement la voix tout en &#233;tant tr&#232;s d&#233;termin&#233;e. Mon oncle parti, je restai avec la Sup&#233;rieure, M&#232;re Marie-G&#233;rard. Celle-ci me fit promettre de ne jamais r&#233;v&#233;ler, &#224; qui que ce soit et sous aucun pr&#233;texte, que j'&#233;tais juive et m'annon&#231;a que dor&#233;navant je serais protestante, ce qui n'avait aucun sens pour moi. De ce fait, je ne devrais aller ni &#224; communion, ni &#224; confesse. J'&#233;tais tr&#232;s embarrass&#233;e car je croyais que c'&#233;taient des lieux g&#233;ographiques et je ne savais pas o&#249; ils se trouvaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle me conduisit alors dans ma classe o&#249; l'aum&#244;nier donnait un cours de religion. J'&#233;coutai de toutes mes oreilles car j'avais h&#226;te d'apprendre tout ce qui concernait la religion chr&#233;tienne pour &#234;tre comme les autres.&lt;br&gt;
Or &#224; un moment donn&#233;, l'aum&#244;nier demanda : &#171; Combien y a-t-il de p&#233;ch&#233;s capitaux ? &#187; &#171; Vous &#187;, a-t-il fait en me montrant du doigt. Je ne savais pas ce qu'&#233;tait un p&#233;ch&#233; et encore moins qu'ils &#233;taient capitaux. Mais puisqu'il avait dit combien, il fallait bien r&#233;pondre par un nombre. Alors, &#224; tout hasard, je r&#233;pondis &#171; quatorze &#187;. Stupeur dans la classe puis un immense &#233;clat de rire. Alors l'aum&#244;nier dit : &#171; Bon, vous voyez double &#187; et je compris qu'il y en avait 7. Quelques enfants se mirent &#224; me harceler : &#171; Tu es vraiment protestante ? Jure-le ! &#187; Ils me posaient des questions sur la religion protestante. Je r&#233;pondais n'importe quoi, tremblant qu'ils ne me d&#233;couvrent. Ils me laiss&#232;rent bient&#244;t tranquille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai rapidement appris toutes les pri&#232;res. J'&#233;tais la premi&#232;re &#224; la messe et bient&#244;t je fus s&#233;duite par cette religion qui m'apportait le salut. J'appris qu'il y avait un &#171; Dieu &#187;, qu'il m'aimait personnellement, qu'il allait prendre soin de moi, qu'il allait me sauver, moi et mes parents, et que d'ailleurs il &#233;tait mort pour moi sur la croix. Tout cela me paraissait sublime. Surtout l'au-del&#224;. Et je ne comprenais pas pourquoi les croyants pleuraient leurs morts puisqu'ils allaient au ciel, pr&#232;s de Dieu, qu'ils &#233;taient beaucoup plus heureux l&#224;-haut qu'ici, et que, de toute fa&#231;on, tout le monde se retrouverait un jour l&#224;-bas. J'&#233;tais tr&#232;s pieuse et les s&#339;urs me r&#233;compensaient avec des images que je mettais d&#233;votement dans mon missel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant j'avais encore des coins d'ignorance. Tous les matins et tous les soirs, avant le b&#233;n&#233;dicit&#233;, tous les enfants, debout devant la table, r&#233;citaient une courte pri&#232;re dont je n'arrivais pas &#224; capter une seule parole et qu'il m'&#233;tait donc impossible de retrouver dans mon livre de pri&#232;res. Finalement je demandai &#224; une fille en laquelle j'avais confiance et cette fameuse pri&#232;re, c'&#233;tait : &#171; M&#232;re Sup&#233;rieure, mes S&#339;urs et mesdemoiselles, nous vous souhaitons le bonjour &#187; et, le soir, &#171; M&#232;re Sup&#233;rieure, etc., nous vous souhaitons le bonsoir. &#187;&lt;br&gt;
Je baignais dans une f&#233;licit&#233; religieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque temps plus tard, ma s&#339;ur et mon fr&#232;re me rejoignirent. Ma s&#339;ur avait neuf ans, mon fr&#232;re six. Je n'eus de cesse de leur faire partager cette extase et je leur appris qu'il y avait un dieu, qu'il s'appelait J&#233;sus, qu'il &#233;tait n&#233; dans une &#233;table, avec un b&#339;uf et un &#226;ne, qu'il allait tous nous sauver car il &#233;tait tr&#232;s bon. Ma s&#339;ur m'&#233;couta avec des yeux ronds. Quand j'eus termin&#233;, elle me dit : &#171; Tu sais, si tu continues &#224; raconter des b&#234;tises comme &#231;a, Papa va rire de toi &#187;. Patatras. Ma foi tomba &#224; mes pieds et se brisa avec un bruit de cristal. J'entendis litt&#233;ralement ce bruit et revins instantan&#233;ment &#224; la r&#233;alit&#233; ath&#233;e, cessant d'&#234;tre sur ce petit nuage o&#249; la guerre n'avait pas cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; ***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie quotidienne &#233;tait tr&#232;s monotone. Chaque matin, la religieuse responsable de notre dortoir entrait en battant des mains et r&#233;citait &#224; voix tr&#232;s forte le &#171; je vous salue Marie &#187; pour nous &#233;veiller. Aussit&#244;t, les filles sautaient du lit et tout en accompagnant la S&#339;ur dans ses pri&#232;res, se pr&#233;cipitaient sur leur pot de chambre et urinaient en priant. Chaque enfant disposait d'une cuvette et d'un broc d'eau froide. Nous nous d&#233;barbouillions le visage et les mains. Apr&#232;s nous &#234;tre rapidement habill&#233;es, nous allions &#224; la messe. Que cela me paraissait long et ennuyeux ! Puis, en rang et en silence, nous allions prendre le petit d&#233;jeuner. C'&#233;tait tous les jours, du pain gris et collant avec de la margarine et parfois de la confiture. Les rations &#233;taient largement insuffisantes et nous avions faim tout le temps. Certains enfants mangeaient leur dentifrice. Moi, je mangeais le plus lentement possible, &#224; toutes petites bouch&#233;es. Il me semblait que cela calmait mieux ma faim permanente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pensionnaires fran&#231;ais qui rentraient chaque week-end dans leurs familles ramenaient des provisions qu'ils se gardaient bien de partager. Nous, les enfants cach&#233;s, nous recevions de temps en temps un colis de nos parents. Par quel miracle arrivaient-ils &#224; se procurer quelques douceurs et &#224; nous les faire parvenir est une question que je ne me suis jamais pos&#233;e. Cela me paraissait naturel et normal. Nous d&#233;gustions ces provisions avec parcimonie. Tant qu'elles duraient, nous &#233;tions en lien avec nos parents. Elles compl&#233;taient les lettres que nous &#233;changions &#233;pisodiquement. Le jour des lettres &#233;tait un &#233;v&#233;nement. Une fois le repas termin&#233;, la M&#232;re Sup&#233;rieure appelait par leurs noms ceux qui recevaient soit une lettre soit un colis. C'&#233;tait le bonheur ou l'horrible d&#233;ception et, surtout, l'angoisse : sont-ils encore vivants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le petit d&#233;jeuner, nous allions en classe. S&#339;ur Marie qui &#233;tait la religieuse la plus &#226;g&#233;e, elle devait bien avoir 75 ans, faisait office d'institutrice en fran&#231;ais et en calcul. Elle n'y connaissait rien du tout. Elle se servait d'une juxta* qu'elle suivait &#224; la lettre, m&#234;me quand celle-ci contenait une erreur, ce qui arrivait de temps en temps. Son ignorance l'emp&#234;chait de le reconna&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'ensemble, les religieuses &#233;taient tr&#232;s frustes. Elles n'avaient aucune culture d'aucune sorte. Leur foi &#233;tait remplie de superstition. L'hiver 1943-1944 fut tr&#232;s rude et la provision de charbon s'amenuisait. La M&#232;re Sup&#233;rieure avait beau harceler le marchand de charbon, rien n'y faisait. Il lui promettait de le lui livrer aussit&#244;t que lui-m&#234;me aurait re&#231;u sa marchandise, mais cela tardait. Il fallait faire quelque chose. Apr&#232;s avoir abondamment pri&#233; St Joseph, mais en vain, les S&#339;urs se rendirent &#224; l'&#233;vidence : il faisait la sourde oreille. Alors, dans un mouvement de r&#233;torsion, elles le punirent. Elles retourn&#232;rent sa statue, nez contre le mur. Rien n'y fit, le charbon n'arrivait pas. St Joseph s'obstinait. On verrait bien qui aurait le dernier mot. Alors elles prirent la statue, la soulev&#232;rent et all&#232;rent la placer sous la goutti&#232;re o&#249; le pauvre Saint re&#231;ut plus de pluie qu'il n'en pouvait supporter. Et l&#224;, le miracle se produisit : le 19 mars, jour de la St Joseph, le charbonnier fit son apparition avec le charbon tant attendu. St Joseph les avait exauc&#233;es. Il avait bien fallu le pousser, mais l'essentiel &#233;tait l&#224;. Et leur foi s'en trouva r&#233;confort&#233;e. Nous re&#231;&#251;mes tous une image de St Joseph qui prit sa place dans chaque missel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la classe du matin, nous nous dirigions en rang et en silence vers le r&#233;fectoire. C'&#233;tait une grande salle garnie de longues tables rectangulaires recouvertes de toile cir&#233;e blanche. Silencieux, impatients, affam&#233;s, nous attendions l'entr&#233;e des religieuses et de la M&#232;re Sup&#233;rieure. Aussit&#244;t le b&#233;n&#233;dicit&#233; termin&#233;, nous pouvions nous asseoir et de chaque table un enfant se levait et se dirigeait vers S&#339;ur Marie qui remplissait les assiettes suivant le nom de l'enfant, c'est-&#224;-dire suivant l'&#226;ge et le sexe : les gar&#231;ons recevaient plus que les filles et les grands plus que les petits. Apr&#232;s le repas, par tous les temps, trois religieuses nous emmenaient dans une interminable promenade dans les champs. Ces promenades qui auraient pu &#234;tre un moment agr&#233;able &#233;taient en fait un vrai supplice auquel tous les enfants tentaient sans succ&#232;s d'&#233;chapper. Cette marche silencieuse, en rang, rythm&#233;e au pas des religieuses nous paraissait interminable. Pour moi, cela symbolisait l'attente. L'attente de la fin de la guerre. L'attente de la s&#233;paration d'avec mes parents. Nous portions tous un b&#233;ret blanc, et en nous apercevant, les enfants des villages environnants ricanaient en nous criant &#171; les capiaux blancs, v'l&#224; les capiaux blancs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, nous revenions au pensionnat, encore une ou deux heures de classe, le go&#251;ter, les devoirs, le d&#238;ner, temps libre et puis le lit. Et le lendemain matin, je vous salue Marie tout en pissant. Les religieuses s'effor&#231;aient de discipliner les enfants, petits paysans des environs dont beaucoup &#233;taient bagarreurs, querelleurs, grossiers, pour tout dire mal &#233;lev&#233;s. La soumission, l'ob&#233;issance, la r&#233;signation &#233;taient des vertus cardinales. Leur p&#233;dagogie &#233;tait des plus simplistes : un enfant qui faisait pipi au lit &#233;tait tenu de se promener toute la journ&#233;e avec ses draps souill&#233;s nou&#233;s autour du cou comme une cape sous les yeux moqueurs des autres. Pourtant, dans l'ensemble, elles &#233;taient douces et gentilles et profond&#233;ment d&#233;vou&#233;es aux enfants. La S&#339;ur Marie Alphonse s'occupait des plus petits. Elle les lavait, changeait leur linge, le raccommodait, bref veillait &#224; leur bien-&#234;tre. Un jour, comme celle-ci &#233;tait malade, je du prendre mon petit fr&#232;re en charge. Quand je l'eus d&#233;shabill&#233; pour le laver, je vis que son corps &#233;tait blanc du front au nombril, moins du nombril aux genoux et blanc des genoux aux orteils. La sainte pudeur de S&#339;ur Marie Alphonse l'avait emp&#234;ch&#233;e de lui laver les fesses et le zizi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie s'&#233;coulait immuable et monotone. Tout ce qui se passait dans le monde ext&#233;rieur, la guerre m&#234;me, s'arr&#234;tait aux portes du pensionnat : pas de journaux, pas de radio, aucune nouvelle. Les moindres d&#233;tails faisaient figure d'&#233;v&#233;nement. L'arriv&#233;e d'un nouveau pensionnaire rompait pour un moment le cours de la vie. Ainsi est arriv&#233;e un jour une petite Alice. Elle &#233;tait toute rousse, elle avait cinq ans, elle riait, elle courait partout, elle se jetait dans les bras des religieuses &#233;bahies. Petit &#224; petit, gentiment mais fermement, les religieuses la calm&#232;rent et elle devint comme nous, sage, silencieuse, disciplin&#233;e. Elle aussi, de temps en temps, recevait un colis. Elle retrouvait &#224; ce moment toute sa fougue, toute sa vivacit&#233;, puis elle rentrait dans le rang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques semaines apr&#232;s l'arriv&#233;e d'Alice, deux nouvelles pensionnaires sont venues nous rejoindre, deux petites s&#339;urs hollandaises de quatre et six ans. La s&#233;paration avec leur maman a &#233;t&#233; d&#233;chirante. Finalement, leur maman s'est enfuie et les deux petites Mieke et Zusje sont rest&#233;es avec nous. Elles ont pleur&#233; pendant huit jours dans les bras l'une de l'autre. Personne ne pouvait les consoler, personne ne parlait n&#233;erlandais. Puis elles se sont calm&#233;es. Elles se sont rapproch&#233;es d'Alice et peu &#224; peu elles ont appris le fran&#231;ais et sont entr&#233;es dans leur nouvelle vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques mois plus tard, nous &#233;tions en promenade. Elles marchaient devant moi. Elles parlaient de leur maman. Je tendis l'oreille :&lt;br&gt;
&#8211; Tu crois que Maman nous a oubli&#233;es ?&lt;br&gt;
&#8211; Je ne sais pas. Peut-&#234;tre que oui.&lt;br&gt;
&#8211; Alice re&#231;oit des colis et nous jamais.&lt;br&gt;
&#8211; Non, nous jamais. Et pas de lettre non plus.&lt;br&gt;
Puis elles ont parl&#233; d'autres choses. Moi, j'avais le c&#339;ur bris&#233;. En rentrant au pensionnat, j'ai rapport&#233; cette conversation &#224; la M&#232;re Sup&#233;rieure et, en secret, nous avons confectionn&#233; un colis avec ce que beaucoup d'enfants ont apport&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le lendemain, &#224; la distribution du courrier, elles ont re&#231;u, comme tout le monde, une lettre et un colis. Un peu de bonheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pas ce qu'elles sont devenues, si apr&#232;s la guerre, elles ont retrouv&#233; leurs parents ou s'ils ont &#233;t&#233; d&#233;port&#233;s et assassin&#233;s dans un camp d'extermination. Plus de soixante-cinq ans apr&#232;s, j'en pleure encore.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Une femme que nous appelions Mami (Mina G.)</title>
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		<dc:date>2012-08-07T14:21:59Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Juif.ve (&#234;tre)</dc:subject>
		<dc:subject>Solidarit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre 40-45</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; 123 j'ai vu - Des seniors d'aujourd'hui racontent leur enfance d'hier &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; De 1942 &#224; 1945, ma s&#339;ur Betty et moi avons v&#233;cu chez des gens que nous appelions Mami et Papi. Je devais avoir deux ans et Betty trois ans et demi lorsque nous sommes arriv&#233;es chez eux. Nous avions d'abord &#233;t&#233; accueillies par une famille &#224; Boitsfort mais des voisins suspects de collaboration rendaient ce s&#233;jour dangereux. Guillaume, le fils de Papi et (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot191" rel="tag"&gt;Guerre 40-45&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L99xH150/arton909-be48a.jpg?1776944201' width='99' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article530' class='spip_in'&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; 123 j'ai vu - Des seniors d'aujourd'hui racontent leur enfance d'hier &#187;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 1942 &#224; 1945, ma s&#339;ur Betty et moi avons v&#233;cu chez des gens que nous appelions Mami et Papi. Je devais avoir deux ans et Betty trois ans et demi lorsque nous sommes arriv&#233;es chez eux. Nous avions d'abord &#233;t&#233; accueillies par une famille &#224; Boitsfort mais des voisins suspects de collaboration rendaient ce s&#233;jour dangereux. Guillaume, le fils de Papi et Mami, &#226;g&#233; de 18 ans, est venu nous chercher et nous a transport&#233;es, dans une remorque attach&#233;e &#224; son v&#233;lo, p&#233;dalant durement dans les mont&#233;es jusqu'&#224; Drogenbos o&#249; habitaient ses parents. Nous &#233;tions cach&#233;es sous des couvertures. Guillaume nous a souvent racont&#233; cette exp&#233;dition dont il &#233;tait fier. Il para&#238;t que nous n'avions pas pleur&#233; pendant ce voyage. Je suppose que c'est la r&#233;sistance qui s'&#233;tait occup&#233;e de nous trouver ces familles d'accueil et qui assurait le ravitaillement en argent et en timbres. Je n'ai aucun souvenir de ces &#233;v&#232;nements. Nous avons beaucoup pleur&#233; durant les premiers jours, nous a racont&#233; Mami bien apr&#232;s la guerre. Betty ne comprenait que le yiddish et moi je ne parlais pas encore. Mami a alors laiss&#233; les portes des armoires ouvertes pour que nous puissions d&#233;signer ce nous voulions obtenir ou manger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne garde que des souvenirs heureux de cette p&#233;riode. Mami vivait, avec son mari et sa vieille m&#232;re, dans une petite maison ouvri&#232;re. Au rez-de-chauss&#233;e, c&#244;t&#233; rue, se trouvait la salle &#224; manger o&#249; nous n'allions pas souvent. J'y avais pourtant laiss&#233; la trace d'un de mes passages car une des chaises portait la marque de mes dents que Mami aimait bien me montrer quand nous y revenions. A l'arri&#232;re, se situait la cuisine o&#249; nous passions le plus clair de notre temps. La vieille grand-m&#232;re, qu'on appelait Bobonne, &#233;tait assise toute la journ&#233;e dans un fauteuil. La famille comptait aussi un petit chien blanc nomm&#233; Loulou. Derri&#232;re la maison, il y avait un long jardin. A l'&#233;tage se trouvaient les chambres &#224; coucher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les enfants de Papi et Mami ne logeaient plus &#224; la maison. La fille, Henriette, &#233;tait d&#233;j&#224; mari&#233;e et avait un petit b&#233;b&#233;. Elle habitait non loin de ses parents. Le fils venait rarement car il craignait d'&#234;tre r&#233;quisitionn&#233; pour le travail obligatoire en Allemagne. Une nuit, Mami a eu tr&#232;s peur : des soldats allemands ont fait irruption dans la maison et ont cherch&#233; le fils partout. Elle a cru avoir &#233;t&#233; d&#233;nonc&#233;e par des voisins et que les soldats &#233;taient venus nous enlever. Quand ils nous ont vues, elle leur a dit que nous &#233;tions les enfants d'une de ses ni&#232;ces qui habitait en ville, que nous &#233;tions chez elle, &#224; la campagne, pour &#234;tre mieux nourries. C'est aussi ce qu'elle disait dans le village lorsqu'elle a commenc&#233; &#224; sortir avec nous alors que nous parlions d&#233;j&#224; le flamand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Papi &#233;tait &#233;b&#233;niste. Je ne sais pas s'il travaillait pendant la guerre, mais je me souviens avoir vu de belles bo&#238;tes en marqueterie qu'il avait fabriqu&#233;es. Il cultivait des pommes de terre dans un champ du voisinage o&#249; il nous emmenait parfois &#224; notre grand plaisir. Je me rappelle avoir &#233;t&#233; sur un cheval qu'il avait probablement emprunt&#233; pour labourer le champ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mami &#233;tait couturi&#232;re. Elle avait commenc&#233; &#224; travailler &#224; l'&#226;ge de 12 ans comme petite main dans une maison de couture pr&#232;s de la place St&#233;phanie. Elle s'occupait du potager dans son jardin. Il y poussait notamment des tomates. Maintenant encore, chaque fois que j'enl&#232;ve la queue d'une tomate et que je respire cette odeur caract&#233;ristique, je me revois dans le jardin de Mami. Elle racontait que j'&#233;tais impatiente de pouvoir les cueillir. J'allais voir tous les jours si elles &#233;taient m&#251;res. En &#233;t&#233;, quand il faisait beau, elle posait dehors une grande bassine remplie d'eau qu'elle laissait chauffer au soleil et dans laquelle elle nous donnait le bain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d'autres souvenirs &#233;mus concernant la nourriture, le boudin noir dont je raffolais, les tartines au saindoux, les c&#244;tes de porc, tous ces aliments dont j'ai ensuite gard&#233; la nostalgie durant les nombreuses ann&#233;es pendant lesquelles j'ai mang&#233; kacher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mami &#233;tait tr&#232;s croyante et pratiquante. Nous sommes donc all&#233;es dans une &#233;cole catholique, en flamand, moi au jardin d'enfants et Betty jusqu'en premi&#232;re ann&#233;e primaire. Apr&#232;s la guerre, nous sommes parfois retourn&#233;es dire bonjour aux S&#339;urs de l'&#233;cole. Elles nous donnaient des images pieuses comme souvenir. A la maison, nous disions &#233;videmment notre pri&#232;re tous les soirs. Un jour, j'ai commenc&#233; &#224; la dire alors que j'&#233;tais assise sur le pot dans la cuisine. Mami m'a tout de suite arr&#234;t&#233;e car ce n'&#233;tait pas convenable. Betty m'a rappel&#233;, chose que j'avais tout &#224; fait oubli&#233;e, que j'&#233;tais moi aussi tr&#232;s croyante et que pendant la p&#233;riode de No&#235;l, apr&#232;s notre retour chez Maman, je m'agenouillais en rue devant les vitrines o&#249; &#233;tait expos&#233;e une cr&#232;che avec le petit J&#233;sus. Ma m&#232;re nous a racont&#233; que Mami avait demand&#233; au cur&#233; de nous baptiser pour nous convertir au catholicisme mais que celui-ci avait refus&#233;. Il ne voulait pas le faire tant que nos parents &#233;taient vivants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bobonne et Papi sont d&#233;c&#233;d&#233;s pendant notre s&#233;jour chez Mami. Je me souviens vaguement des enterrements, mais, encore une fois, je ne me rappelle pas ce que j'ai ressenti lors de ces disparitions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Bruxelles a &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;e, ma m&#232;re venait nous rendre visite tous les dimanches. Elle nous apportait parfois un d&#233;licieux bouillon de poule. Par contre, je ne me souviens plus du tout de ce que je ressentais lors de ces visites. De temps en temps, elle nous emmenait pour quelques jours chez elle, &#224; la rue du Maelbeek. C'&#233;tait probablement une fa&#231;on d'organiser en douceur notre retour chez elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai totalement occult&#233; notre d&#233;part d&#233;finitif de chez Mami. Je sais que cela a &#233;t&#233; un d&#233;chirement pour elle. Quand ma m&#232;re est venue rechercher nos affaires, Mami les a jet&#233;es par la fen&#234;tre du premier &#233;tage en l'injuriant. Elle n'a plus voulu voir ma m&#232;re, ni par cons&#233;quent ma s&#339;ur et moi, pendant un certain temps. Ma m&#232;re a fait des d&#233;marches, apr&#232;s la guerre, pour qu'elle obtienne une m&#233;daille de la R&#233;sistance et c'est suite &#224; la c&#233;r&#233;monie que les deux femmes se sont r&#233;concili&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par apr&#232;s, nous avons continu&#233; &#224; la voir fr&#233;quemment, d'abord &#224; Drogenbos et ensuite &#224; Tourneppe apr&#232;s son remariage avec Mr Bouillon, le p&#232;re de sa belle-fille Madeleine. Il avait 5 ans de moins qu'elle, c'&#233;tait un homme gentil mais tr&#232;s taiseux. Les deux couples habitaient dans la m&#234;me maison. Guillaume et Madeleine eurent un petit gar&#231;on, Henri, en 1947.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait toute une exp&#233;dition et aussi une f&#234;te, pour Betty et moi, lorsque nous allions &#224; Tourneppe. On prenait le train &#224; la gare du Midi, jusqu'&#224; Lot. On marchait ensuite dans la campagne pendant un temps qui me semblait tr&#232;s long. Nous passions sous un petit pont o&#249; nous aimions bien crier et chanter car le son de nos voix y r&#233;sonnait. Ma m&#232;re emportait un pique-nique kacher pour midi et aussi de la p&#226;tisserie qu'elle avait faite elle-m&#234;me pour l'offrir &#224; nos h&#244;tes. Pour le go&#251;ter, Mami nous pr&#233;parait des tartines avec du caf&#233;. Je la vois encore moudre les grains de caf&#233; dans un grand moulin qu'elle tenait entre ses genoux, verser l'eau bouillante par petites quantit&#233;s dans le filtre de la cafeti&#232;re et lorsqu'elle entamait un nouveau pain, elle y entaillait toujours une croix avec la pointe de son couteau, sur le c&#244;t&#233; plat, avant de couper la premi&#232;re tranche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions toujours accueillies chaleureusement par toute la famille et nous repartions avec des sacs remplis de fruits venant de leur verger, des fleurs coup&#233;es dans leur jardin et des &#339;ufs que nous pouvions aller chercher nous-m&#234;mes dans leur poulailler. Guillaume nous donnait aussi un billet de 20 francs pour notre argent de poche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mami a toujours particip&#233; &#224; nos f&#234;tes de famille, ne manquant jamais nos anniversaires et les distributions de prix quand nous &#233;tions jeunes. Elle &#233;tait pr&#233;sente &#224; nos mariages, se r&#233;jouissait avec nous de la naissance de nos enfants. Quand elle n'a plus pu se d&#233;placer seule, j'allais la chercher en voiture et l'amenais chez moi ou chez Betty pour passer une journ&#233;e avec nous, nos maris et nos enfants. Ce n'est pas par sentiment de reconnaissance que j'ai continu&#233; &#224; voir Mami jusqu'&#224; la fin de ses jours, elle faisait partie de ma famille, je me plaisais mieux avec elle et avec ses proches qu'avec mes demi-fr&#232;res et leurs femmes chez lesquels je me suis toujours sentie la parente pauvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mami a v&#233;cu avec son fils et sa belle-fille jusqu'&#224; la fin de sa vie. En septembre 1978, elle s'est &#233;teinte paisiblement &#224; l'&#226;ge de 93 ans. A ses obs&#232;ques, Madeleine et Guillaume ont voulu que nous nous tenions, Betty et moi, &#224; leurs c&#244;t&#233;s. Les gens qui venaient pr&#233;senter leurs condol&#233;ances nous serraient la main comme si nous &#233;tions de leur famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une dizaine d'ann&#233;es, alors que Mami &#233;tait morte depuis longtemps, un jour que je marchais dans la rue et que j'&#233;tais fatigu&#233;e, j'ai soudain pris conscience de la valeur de son engagement. J'ai compt&#233; qu'elle avait 57 ans quand elle nous a prises en charge, Betty et moi, deux petites filles juives, dans un contexte de tous les dangers. J'ai r&#233;alis&#233;, pour la premi&#232;re fois, que nous avions eu une chance &#233;norme d'avoir &#233;t&#233; accueillies par des gens aussi affectueux et g&#233;n&#233;reux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Etre juive (Odette G.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article723</link>
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		<dc:date>2010-04-19T06:10:37Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>F&#234;tes</dc:subject>
		<dc:subject>Juif.ve (&#234;tre)</dc:subject>
		<dc:subject>Religion, valeurs et &#233;thique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Mon p&#232;re fut sans doute sourd &#224; l'appel messianique puisque jeune encore, apr&#232;s l'&#233;tude de la Thora, il subit l'influence d'un groupe constitu&#233; de femmes et d'hommes qui comme lui s'&#233;loignaient de la religion et adh&#233;raient aux id&#233;es r&#233;volutionnaires en marche &#224; l'&#233;poque. Il sut tr&#232;s vite qu'il n'&#233;tait pas bon &#234;tre juif dans la tr&#232;s catholique Pologne. &lt;br class='autobr' /&gt;
Du juda&#239;sme, il avait conserv&#233; la morale. Une certaine &#233;thique. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'a pas eu &#224; souffrir du &#171; d&#233;lit de facies &#187; comme on dit de nos jours. Par chance, il &#233;tait (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;Tranches de vie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot149" rel="tag"&gt;F&#234;tes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot154" rel="tag"&gt;Juif.ve (&#234;tre)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot160" rel="tag"&gt;Religion, valeurs et &#233;thique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mon p&#232;re fut sans doute sourd &#224; l'appel messianique puisque jeune encore, apr&#232;s l'&#233;tude de la Thora, il subit l'influence d'un groupe constitu&#233; de femmes et d'hommes qui comme lui s'&#233;loignaient de la religion et adh&#233;raient aux id&#233;es r&#233;volutionnaires en marche &#224; l'&#233;poque. Il sut tr&#232;s vite qu'il n'&#233;tait pas bon &#234;tre juif dans la tr&#232;s catholique Pologne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du juda&#239;sme, il avait conserv&#233; la morale. Une certaine &#233;thique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'a pas eu &#224; souffrir du &#171; d&#233;lit de facies &#187; comme on dit de nos jours. Par chance, il &#233;tait grand, blond, il avait les yeux bleus. Ce n'&#233;tait pas le cas pour bon nombre de ses camarades qui se faisaient caillasser &#224; la sortie des &#171; yeshiva &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma m&#232;re n'a pas b&#233;n&#233;fici&#233; en tant que fille au droit &#224; l'&#233;tude. Enferm&#233;e dans le gyn&#233;c&#233;e, c'est gr&#226;ce &#224; son temp&#233;rament imp&#233;tueux, &#224; sa curiosit&#233;, qu'elle a appris aupr&#232;s de la fratrie le peu d'instruction religieuse qu'elle a en vain essay&#233; de nous transmettre. Elle s'est vite d&#233;courag&#233;e, mon p&#232;re l'emportant haut la main, je m'empresse de dire, dans ce seul domaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux fois par an, pour P&#226;ques et le Nouvel An, f&#234;tes importantes avec Kippour, un grand repas r&#233;unissait autour d'une grande table la famille...Ma m&#232;re souhaitait que nous portions : les gar&#231;ons une chemise blanche, les filles un chemisier blanc, cela lui rappelait les f&#234;tes de sa jeunesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A P&#226;ques, mon p&#232;re nous r&#233;citait la sortie d'Egypte des h&#233;breux, emportant dans la pr&#233;cipitation le pain cuit sans levain appel&#233; le pain azyme. Sit&#244;t que notre m&#232;re s'&#233;clipsait dans la cuisine, mon p&#232;re sautait quelques pages du petit livre qu'il tenait &#224; la main, la &#171; Hagada &#187;, impatient comme nous de savourer la cuisine pr&#233;par&#233;e durant au moins deux jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ce travail avait &#233;puis&#233; notre m&#232;re, ses filles &#233;taient tout autant &#233;puis&#233;es, m&#234;me si seule notre m&#232;re s'en attribuait le m&#233;rite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma Madeleine de Proust &#224; moi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le foie hach&#233; aux oignons...&lt;br class='autobr' /&gt;
La carpe farcie&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le bouillon de poule avec les p&#226;tes faites maison&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les Creplachs (raviolis)farcis &#224; la viande...&lt;br class='autobr' /&gt;
Les compotes, les g&#226;teaux pour lesquels notre m&#232;re, fille de p&#226;tissier, excellait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce cela la culture juive ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme mon p&#232;re, j'ai appris &#224; dix ans qu'il n &#233;tait pas bon &#234;tre juif dans la France de P&#233;tain, mais j'ai su aussi qu'il y avait des gens qui, au p&#233;ril de leur vie, ont pu aider ceux qui par chance ont pu &#233;chapper &#224; la traque et aux rafles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mariage religieux devait &#234;tre la derni&#232;re concession faite &#224; la famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vint la naissance des fils, la circoncision rituelle s'imposa pour le premier. Le second, ce fut un chirurgien &#224; la maternit&#233; qui s'en chargea. Ainsi le p&#232;re voulait que ses fils aient le m&#234;me zizi que lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'adolescence, mes fils furent attir&#233;s par un mouvement de jeunesse juive la&#239;que.&lt;br class='autobr' /&gt;
Plus tard, je compris ce d&#233;sir de recherche d'identit&#233;. Il en est de m&#234;me pour mes petits enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps viendra o&#249; nous pourrons nous d&#233;tacher, ou plut&#244;t nous lib&#233;rer de la souffrance du pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis de ceux qui attendent toujours lorsque je dis &#171; je suis juive &#187; qu'on lui dise &#171; avez-vous souffert de la Guerre vous et votre famille ? &#187;. Bient&#244;t, il n'y aura plus de t&#233;moin vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P.S. : de gr&#226;ce, gardons l'humour et la cuisine....&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#233;picerie (Charles G.)</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Juif.ve (&#234;tre)</dc:subject>
		<dc:subject>Solidarit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre 40-45</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Entre rire et pleurer &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
En 1943, enfant juif de 16 ans, j'&#233;tais cach&#233; &#224; la campagne dans un ch&#226;teau. Quelques mois plus tard, un groupe de r&#233;sistants y &#233;lisait, &#224; son tour, domicile. &lt;br class='autobr' /&gt;
Petit, v&#234;tu d'une culotte courte et paraissant plus jeune que mon &#226;ge, je passe facilement inaper&#231;u. C'est pour cette raison, qu'au fil du temps, je suis appel&#233; &#224; faire certaines &#171; courses &#187; pour eux. Ce lieu, qui devait assurer ma mise en (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique127" rel="directory"&gt;Entre Rire et Pleurer &lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L97xH150/arton623-927d0.jpg?1776944201' width='97' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article569' class='spip_in'&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Entre rire et pleurer &#187;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
En 1943, enfant juif de 16 ans, j'&#233;tais cach&#233; &#224; la campagne dans un ch&#226;teau. Quelques mois plus tard, un groupe de r&#233;sistants y &#233;lisait, &#224; son tour, domicile. &lt;br /&gt;
Petit, v&#234;tu d'une culotte courte et paraissant plus jeune que mon &#226;ge, je passe facilement inaper&#231;u. C'est pour cette raison, qu'au fil du temps, je suis appel&#233; &#224; faire certaines &#171; courses &#187; pour eux. Ce lieu, qui devait assurer ma mise en s&#233;curit&#233;, me met &#224; pr&#233;sent dans une situation extr&#234;mement dangereuse. &lt;br /&gt;
Un triste jour d'ao&#251;t 1943, la Gestapo r&#233;alise des raids simultan&#233;s dans tout le Borinage y compris au ch&#226;teau de l'Aulnoy &#224; Ghlin. Mes quatre compagnons sont faits prisonniers et d&#233;port&#233;s dans des camps de concentration. Quant &#224; moi, un hasard providentiel trop long &#224; d&#233;tailler ici, veut que je sois absent des lieux ce jour l&#224;. &lt;br /&gt;
Je sens le vent du boulet passer. &lt;br /&gt;
Il ne faut plus s'attarder dans ce coin. Je regagne Bruxelles et la cachette de mon p&#232;re dans l'arri&#232;re-b&#226;timent d'une maison. Nous ne sortons que contraints et forc&#233;s, notamment pour nous ravitailler. C'est ainsi qu'un jour de 1944, plusieurs mois avant la lib&#233;ration, je pars faire des courses. Jamais nous n'allons &#224; proximit&#233; de notre cachette. En effet, nous devons avoir la possibilit&#233; de v&#233;rifier que nous ne sommes pas suivis. Mon p&#232;re, qui a un long pass&#233; de vie politique clandestine en Pologne, a fix&#233; des r&#232;gles appropri&#233;es &#224; diff&#233;rentes &#233;ventualit&#233;s. &lt;br /&gt;
Je prends donc la dite rue Antoine Court, tourne &#224; droite dans la rue Jacquet pour entrer dans la rue de l'Eglise Sainte Anne. Celle-ci me m&#232;nera &#224; la chauss&#233;e de Jette o&#249; se trouvent de multiples magasins, le but de ma sortie. Je parcours cinquante m&#232;tres dans la rue Jacquet quand, au coin suivant, j'aper&#231;ois un &#171; feld gendarme &#187; allemand. Il surgit brusquement et intercepte un passant. La voie est barr&#233;e. Faire demi-tour risque de me rendre suspect. Continuer est trop risqu&#233;. J'utilise la tactique pr&#233;vue &#224; cet effet. Je m'arr&#234;te devant une porte et fais semblant de sonner. Je recule pour voir si quelqu'un appara&#238;t &#224; une fen&#234;tre - nous ne sommes pas encore &#224; l'&#232;re des parlophones. Personne n'appara&#238;t et pour cause &#8230; Je hausse les &#233;paules et fais demi-tour. De loin, cela peut sembler normal. Me retournant dans la direction d'o&#249; je viens, je vois un autre &#171; feld gendarme &#187; install&#233; au coin de la rue Antoine Court. Une rafle est en cours dans le quartier. Je suis coinc&#233;. Quelques m&#232;tres plus loin, il y a une &#233;picerie de quartier o&#249; je n'ai jamais mis les pieds. Je dois risquer le tout pour le tout, j'y entre. &lt;br /&gt;
Une cliente, qui a manifestement termin&#233; ses achats, prolonge sa visite en taillant une bavette avec l'&#233;pici&#232;re. Celle-ci s'interrompt en me voyant : &#171; Vous d&#233;sirez, jeune homme ? &#187;&lt;br /&gt;
&#171; Non, non, continuez seulement avec madame, j'ai tout le temps &#187;. &lt;br /&gt;
Mon apparition a bris&#233; le fil de la conversation et la cliente quitte les lieux. J'explique bri&#232;vement ma situation &#224; l'&#233;pici&#232;re : je ne peux ni avancer, ni reculer, ni rester immobile sur le trottoir &#224; la vue des deux &#171; sbires &#187;. Elle comprend sans poser d'autres questions.&lt;br /&gt;
Comment va-t-elle r&#233;agir ? Trois types de r&#233;actions s'offrent &#224; elle.&lt;br /&gt;
Soit elle approuve cette chasse &#224; l'homme et m'ordonne de sortir ou, pire, elle appelle la mar&#233;chauss&#233;e allemande. Pour cela, il faut d&#233;j&#224; &#234;tre bien culott&#233; ! En 1944, le vent tournant, on a la collaboration floue et la l&#226;chet&#233; passive.&lt;br /&gt;
Soit elle peut &#234;tre neutre et me dire : &lt;br /&gt;
&#171; Achetez n'importe quoi pour justifier votre passage et tentez votre chance. Ils ne feront peut-&#234;tre pas attention &#224; un gosse &#187;&lt;br /&gt;
Enfin, elle peut me laisser attendre passer l'orage.&lt;br /&gt;
Elle fait mieux : &#171; Si vous restez ici et qu'ils voient quelqu'un dans le magasin, vous &#234;tes en danger et nous aussi. Je vous emm&#232;ne derri&#232;re, dans la chambre &#224; coucher. Mon mari a subi une lourde op&#233;ration, il est tr&#232;s malade. Ils n'iront pas voir jusque l&#224;. Au pire, vous direz que vous &#234;tes l&#224; pour l'aider. Je reste dans le magasin, j'irai de temps en temps v&#233;rifier la situation et vous pr&#233;viendrai quand tout sera fini &#187;. &lt;br /&gt;
Je rejoins donc l'op&#233;r&#233; qui, affaibli, laisse &#233;chapper des bruits incongrus. Apr&#232;s trois-quarts d'heure, une heure, une &#233;ternit&#233; en tout cas, l'&#233;pici&#232;re revient vers l'arri&#232;re de la boutique pour signaler que la voie est libre. Sauv&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la lib&#233;ration, mon p&#232;re et mois sommes pass&#233;s la voir, la remercier. Son mari n'avait h&#233;las pas surv&#233;cu. Nous avons eu l'heureuse surprise de rencontrer son fils, un solide gaillard v&#234;tu d'un semblant d'uniforme. Il portait au bras le brassard d'un mouvement de r&#233;sistance et tenait un fusil. C'&#233;tait un partisan arm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce jour-l&#224;, j'avais eu ce brin de chance indispensable pour survivre &#224; cette effroyable p&#233;riode de la traque pour la d&#233;portation et la mort.&lt;br /&gt;
En ouvrant la porte de l'&#233;pici&#232;re, j'avais fait le bon choix !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Les &#034;Berkowitz&#034; (Charles G.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article622</link>
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		<dc:date>2009-11-24T09:32:42Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Juif.ve (&#234;tre)</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre 40-45</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Entre rire et pleurer &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Dans les ann&#233;es trente, le num&#233;ro 127 de la rue Heyvaert &#224; Bruxelles &#233;tait habit&#233; par une dizaine de couples, accompagn&#233;s d'enfants et d'adolescents, tous &#233;migr&#233;s juifs polonais ayant rejoint la Belgique apr&#232;s la Premi&#232;re Guerre mondiale. Presque tous travaillaient &#224; domicile comme artisans tailleurs ou maroquiniers. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un seul couple d&#233;tonnait dans ce milieu. Ag&#233; d'une soixantaine d'ann&#233;es, &#224; d&#233;faut (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L97xH150/arton622-34703.jpg?1776944201' width='97' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article569' class='spip_in'&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Entre rire et pleurer &#187;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es trente, le num&#233;ro 127 de la rue Heyvaert &#224; Bruxelles &#233;tait habit&#233; par une dizaine de couples, accompagn&#233;s d'enfants et d'adolescents, tous &#233;migr&#233;s juifs polonais ayant rejoint la Belgique apr&#232;s la Premi&#232;re Guerre mondiale. Presque tous travaillaient &#224; domicile comme artisans tailleurs ou maroquiniers.&lt;br /&gt;
Un seul couple d&#233;tonnait dans ce milieu. Ag&#233; d'une soixantaine d'ann&#233;es, &#224; d&#233;faut d'&#234;tre remarquable, il &#233;tait tr&#232;s remarqu&#233;. &lt;br /&gt;
Lui, &#171; une armoire &#224; glace &#187; au bord de la d&#233;cr&#233;pitude mais avec de &#171; beaux restes &#187;, donnait une impression de rudesse et de solidit&#233; : &#171; un beau sp&#233;cimen rustique &#187;. Illettr&#233; et ignorant, il &#233;tait repasseur &#224; domicile, travail qui lui permettait d'employer &#224; bon escient la force physique dont Dame Nature l'avait dot&#233;. S'il n'&#233;tait plus le costaud de jadis, personne n'aurait &#233;t&#233; d&#233;lib&#233;r&#233;ment lui chercher noise. Quand il ne travaillait pas, il jouait aux cartes avec sa femme dans leur appartement &#233;ternellement enfum&#233;. &lt;br /&gt;
Elle avait &#233;t&#233; une femme de grande beaut&#233; s'il fallait en croire les vieux portraits accroch&#233;s aux murs. Quand je l'ai connue, c'&#233;tait une femme sans &#226;ge, au visage bouffi, au regard terne, rhumatisante et asthmatique, toujours engonc&#233;e dans un peignoir crasseux aux couleurs d&#233;lav&#233;es. Elle passait ses journ&#233;es &#224; s'exercer &#224; d'interminables r&#233;ussites, entretenant sa nostalgie en &#233;coutant inlassablement de m&#233;lancoliques m&#233;lodies gr&#226;ce &#224; un &#171; gramophone &#187; &#224; grand pavillon dans le genre de celui que l'on voyait sur les publicit&#233;s &#171; La voix de son ma&#238;tre &#187;. Ils n'avaient pas d'enfant mais un chien, Bobby. &lt;br /&gt;
Les autres locataires les tenaient quelque peu &#224; l'&#233;cart depuis que leurs querelles, oh combien audibles, avaient r&#233;v&#233;l&#233; leur pass&#233;. Il criait : &#171; kourve &#187; (putain). Elle r&#233;pondait : &#171; Alphonse &#187; (Mac) et &#171; sibertchnik &#187; (sib&#233;rien). Elle avait &#233;t&#233; une prostitu&#233;e et lui son mac, son prox&#233;n&#232;te. Et c'est l&#224; que cela coin&#231;ait car les autres &#233;migr&#233;s avaient fui la Pologne pour deux types de raisons : &#233;conomiques ou politiques. Certains avaient connu ou &#233;vit&#233; de justesse les prisons polonaises suite &#224; leur id&#233;al communiste ou socialiste dans une Pologne connaissant ces ann&#233;es-l&#224; un r&#233;gime d'extr&#234;me droite. Pour eux, un &#171; sib&#233;rien &#187; &#233;tait un condamn&#233; politique d'avant 1914, exil&#233; &#224; l'&#233;poque o&#249; la Pologne &#233;tait soit allemande, soit autrichienne, soit le plus souvent russe. &lt;br /&gt;
Etre d&#233;port&#233; en Sib&#233;rie pour activit&#233; politique, c'&#233;tait un malheur mais un malheur honorable. Par contre &#234;tre un d&#233;port&#233; de droit commun &#233;tait une indignit&#233;. Pour le jeune gar&#231;on que j'&#233;tais, cela ne signifiait rien. &lt;br /&gt;
J'avais parfois l'occasion d'entrer chez eux et le gramophone me fascinait. Souvent, je jouais sur la surface d&#233;gag&#233;e devant leur porte, pr&#232;s de l'escalier donnant acc&#232;s aux appartements.&lt;br /&gt;
J'avais une copine un peu plus &#226;g&#233;e que moi et quand Madame Berkowitz sortait de chez elle et nous rencontrait, c'&#233;tait souvent pour elle l'occasion d'&#233;mettre une remarque &#233;grillarde, voire grivoise, laquelle &#233;tait d'autant plus inutile que le sens nous en &#233;chappait.&lt;br /&gt;
Vint la guerre, la d&#233;faite, l'occupation allemande. La premi&#232;re ann&#233;e fut identique pour tous les habitants du pays ; le sort des juifs ne fut pas particulier sauf en ce qui concerne les insultes ou les brimades occasionnelles. &lt;br /&gt;
A partir de l'&#233;t&#233; 1941, furent graduellement mises en &#339;uvre des mesures sp&#233;ciales : l'enregistrement des juifs, l'estampillage r&#233;v&#233;lateur sur les cartes d'identit&#233;, le port obligatoire de l'&#233;toile jaune, l'interdiction d'acc&#232;s &#224; l'&#233;cole, aux transports et aux bains publics, etc. Le pire se pr&#233;parait. Ensuite, il y eut les ch&#244;meurs juifs envoy&#233;s pour travailler au mur de l'Atlantique, les jeunes qui se rendirent aux convocations &#224; cause du chantage concernant des parents. Le pi&#232;ge se resserrait.&lt;br /&gt;
Cependant nous &#233;tions encore en p&#233;riode floue ; les convocations semblaient &#234;tre envoy&#233;es au hasard ; ce n'&#233;tait pas encore la traque syst&#233;matique. N&#233;anmoins, par prudence, beaucoup d'enfants avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; plac&#233;s &#224; la campagne chez des particuliers ou dans des institutions. Parlant sans accent, n'ayant pas l'obligation de poss&#233;der des papiers d'identit&#233;, ils pouvaient ais&#233;ment se confondre avec l'environnement. Les adultes eurent bien plus de difficult&#233;s &#224; se cacher. Sans doute, au d&#233;but, ne s'imagin&#232;rent-ils pas qu'ils seraient rigoureusement r&#233;pertori&#233;s et recherch&#233;s.&lt;br /&gt;
Pendant la nuit du 3 au 4 septembre 1942, la grande rafle dans les environs de la Gare du Midi mit d&#233;finitivement fin aux illusions. Chacun chercha alors des solutions momentan&#233;ment salvatrices.&lt;br /&gt;
Au num&#233;ro 127, les habitants avaient pr&#233;vu une retraite dans l'arri&#232;re- b&#226;timent, &#224; l'&#233;tage. Dans une grande pi&#232;ce, une porte dissimul&#233;e par une armoire vid&#233;e au pr&#233;alable cachait une annexe, refuge possible en cas de perquisition.&lt;br /&gt;
C'est ce qui arriva et, en une fuite &#233;perdue, certains habitants purent se r&#233;fugier dans l'annexe, y compris les Berkowitz. Soudain, on entendit les pleurs d'un petit gosse arriv&#233; trop tard. Il avait vu les gens dispara&#238;tre l&#224;. A qui &#233;tait ce gosse ? Personne ne le savait. &lt;br /&gt;
Il mettait le groupe en danger. Il fallait agir, vite ! Ce fut &#171; l'indigne &#187; Madame Berkowitz qui d&#233;cida de r&#233;cup&#233;rer l'enfant. On &#233;carta l'armoire, elle sortit, on remit l'armoire en place. On entendit la femme calmer l'enfant et un bruit de bottes. Il &#233;tait trop tard pour regagner la cachette. Les Allemands emmen&#232;rent l'enfant et Madame Berkowitz. Le sacrifice de la m&#233;pris&#233;e avait sauv&#233; le groupe.&lt;br /&gt;
Elle, partie vers son implacable destin, lui continua &#224; vivre ou plut&#244;t &#224; survivre, jouant aux cartes dans les caf&#233;s avoisinants. Buvant sec, fumant beaucoup, parlant peu, sa casquette viss&#233;e sur sa t&#234;te, il passait inaper&#231;u, se fondant dans le voisinage. Un soir, peut-&#234;tre eut-il trop de chance et refusa-t-il de remettre l'argent en jeu, ou fut-il surpris &#224; tricher, ou eut-il l'imprudence de sortir une liasse de billets de sa poche. On ignore le motif, mais quand il quitta le caf&#233;, trois jeunes costauds le suivirent, l'agress&#232;rent, le tabass&#232;rent, le d&#233;pouill&#232;rent et le laiss&#232;rent &#233;tendu &#224; m&#234;me le sol.&lt;br /&gt;
A trois contre un, l'&#233;cart d'&#226;ge en plus, la partie n'avait pas &#233;t&#233; &#233;gale.&lt;br /&gt;
Un t&#233;moin appela une ambulance. Quand elle arriva, il &#233;tait en proie &#224; une crise cardiaque. &lt;br /&gt;
Il succomba, sans doute avant m&#234;me d'arriver &#224; l'h&#244;pital. Ce fut la fin des Berkowitz !&lt;br /&gt;
Ne surv&#233;cut que &#171; Bobby &#187;, le chien qui fut recueilli par des voisins chr&#233;tiens.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le testament de Yossel, guetto de Varsovie 1943 (Gaston C)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article254</link>
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		<dc:date>2006-11-09T12:52:53Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Deuils, mort</dc:subject>
		<dc:subject>Juif.ve (&#234;tre)</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre 40-45</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;A Varsovie, apr&#232;s la guerre, un juif polonais trouve dans une bouteille le testament de Yossel. &lt;br class='autobr' /&gt;
En 1958, &#224; Berlin, l'original de ce document est donn&#233; &#224; Gaston C., un de nos participants &#224; un groupe &#034;J'&#233;cris ma vie&#034;. Celui-ci apr&#232;s l'avoir retranscrit, confie l'original &#224; une association juive. Aujourd'hui il nous livre ce texte bouleversant. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les pages suivantes sont le testament d'un juif de TarnopoL en Galicie, tomb&#233; lors du massacre du ghetto de Varsovie, en 1943. On sait que les Allemands (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;Tranches de vie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot191" rel="tag"&gt;Guerre 40-45&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;A Varsovie, apr&#232;s la guerre, un juif polonais trouve dans une bouteille le testament de Yossel.&lt;br&gt;
En 1958, &#224; Berlin, l'original de ce document est donn&#233; &#224; Gaston C., un de nos participants &#224; un groupe &#034;J'&#233;cris ma vie&#034;. Celui-ci apr&#232;s l'avoir retranscrit, confie l'original &#224; une association juive. Aujourd'hui il nous livre ce texte bouleversant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les pages suivantes sont le testament d'un juif de TarnopoL en Galicie, tomb&#233; lors du massacre du ghetto de Varsovie, en 1943. &lt;br&gt; On sait que les Allemands avaient concentr&#233; plus de 300.000 Juifs dans un quartier de Varsovie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand les S.S. commenc&#232;rent l'an&#233;antissement syst&#233;matique des Juifs (plus de 7.000 par jour en Pologne) dans les camps de concentration, comme celui d'Auschwitz, tout le ghetto, affam&#233;, se souleva dans une insurrection supr&#234;me. De puissantes unit&#233;s allemandes le cern&#232;rent et le massacr&#232;rent jusqu'au dernier survivant.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Varsovie, 28 avril 1943&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi, Yossel, fils de Yossel Rachover de Tarnopol, j'&#233;cris ces lignes pendant que le ghetto de Varsovie est en flammes. La maison dans laquelle je me trouve est une des derni&#232;res qui ne br&#251;le pas encore. Depuis des heures, nous sommes soumis &#224; un violent tir d'artillerie et tout autour de nous les murs s'&#233;croulent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bient&#244;t, cette maison, comme toutes les autres du ghetto, sera devenue la tombe de ses habitants et de ses d&#233;fenseurs. Les rayons rouges qui, par la petite fen&#234;tre &#224; moiti&#233; mur&#233;e p&#233;n&#232;trent dans ma chambre, la chambre de laquelle j'ai tir&#233; sur l'ennemi pendant des jours et des nuits, m'annoncent que le soir tombe. Le soleil ne peut savoir combien peu je regrette de ne plus le voir se lever.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque chose de merveilleux s'est pass&#233; chez nous ; toutes nos pens&#233;es et nos sentiments se sont assagis. La mort soudaine, qui nous assaille, survient comme une lib&#233;ration, une r&#233;demption, comme celle qui d&#233;lie nos cha&#238;nes. J'aime beaucoup les animaux des for&#234;ts et c'est pourquoi cela me fait tant de peine quand on leur compare les bourreaux qui s&#233;vissent actuellement en Europe. Il n'est pas vrai que Hitler soit rev&#234;tu de quelque chose d'animal ; c'est ma conviction profonde qu'il est un enfant typique de1'humanit&#233; moderne. Cette humanit&#233; l'a con&#231;u et form&#233; ; il est vraisemblablement l'expression de ses d&#233;sirs les plus profonds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des millions d'hommes dans le grand, le large monde (des hommes passionn&#233;s de jour, de soleil et de lumi&#232;re) n'ont pas la moindre id&#233;e des t&#233;n&#232;bres de leurs malheurs que le soleil nous a apport&#233;s. Il est devenu l'instrument entre les mains des bourreaux. Il est utilis&#233; par eux comme projecteur pour &#233;clairer les traces de ceux qui essaient de fuir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je cherchais un abri dans les bois avec ma femme et mes enfants (ils &#233;taient six), c'est la nuit, la nuit seule qui nous a cach&#233; dans son sein. Le jour, lui, nous a livr&#233;s &#224; ceux qui opprimaient nos &#226;mes. Jamais je n'oublierai les mitraillettes allemandes qui s'abattaient comme des pluies sur les milliers de r&#233;fugi&#233;s ; l&#224;-bas, sur la route de Grodno &#224; Varsovie. Avec le lever du soleil, les avions se sont aussi lev&#233;s et ils nous ont massacr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de ces boucheries, ma femme a disparu avec son enfant de sept mois sur les bras. Deux autres de mes cinq enfants survivants disparurent en ce jour. Ils se nommaient David et Jehuda. L'un avait quatre ans et l'autre six. Quand le soleil se coucha, les rares survivants ont poursuivi leur route en direction de Varsovie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec mes trois enfants en vie, j'ai err&#233; autour du lieu du massacre, &#224; travers bois et champs, et j'ai cherch&#233; mes petits disparus. Comme des couteaux, nos voix ont coup&#233; le silence tout au long de cette nuit : - David, Jehuda - Mais ce n'&#233;tait qu'un &#233;cho sans espoir, d&#233;chirant le c&#339;ur, qui r&#233;pondait &#224; nos cris comme une pri&#232;re agonisante. Je n'ai pas retrouv&#233; mes deux enfants. Au cours d'un r&#234;ve, ils me demand&#232;rent de ne pas les chercher davantage car ils se trouvaient entre les mains de Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes derniers enfants ont trouv&#233; la mort dans le ghetto de Varsovie. Rachel, ma petite tille, avait entendu dire que, souvent dans les bo&#238;tes &#224; ordures, en dehors des murs du ghetto, on pouvait trouver des restes de pain. Il y avait alors la famine dans le ghetto.&lt;br /&gt;
Les affam&#233;s gisaient comme d&#233;chets dans les rues. Nos hommes &#233;taient pr&#234;ts &#224; supporter n'importe quoi sauf mourir de faim. Quand tout autre instinct s'est lentement assoupi en lui et m&#234;me s'il d&#233;sire la mort, il est probable que la faim demeure chez l'homme comme l'ultime instinct.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rachel, qui avait dix ans, m'avait parl&#233; de son plan de se glisser hors du ghetto. Ce fut une erreur qui entra&#238;na sa mort. Avec une amie de onze ans, elle est partie. Dans les t&#233;n&#232;bres de la nuit, elle quitta la maison. Quand le soleil se leva, elle fut d&#233;couverte avec son amie. Des dizaines de bourreaux traquaient les deux fillettes affam&#233;es. Elles ne pouvaient plus courir assez vite. L'une des deux, ma petite fille, s'est abattue &#233;puis&#233;e et sa t&#234;te a &#233;t&#233; perc&#233;e par les ba&#239;onnettes nazies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon cinqui&#232;me enfant est mort de la tuberculose au jour b&#233;ni de Barmiawah.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon dernier enfant, Chawe, fille de quinze ans, a &#233;t&#233; tu&#233;e au cours d'une action contre les enfants qui commen&#231;a au lever du soleil, le jour de Roah ha-Shana - le jour de l'an - et qui se termina avec le coucher du soleil. En ces jours, des centaines de familles juives ont perdu leurs enfants. Et maintenant, mon heure est venue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme Job, je puis t&#233;moigner de moi - et je ne suis pas le seul -, nu, je suis n&#233; et nu je retourne &#224; la terre. J'ai maintenant 43 ans et quand je me retourne vers les ann&#233;es enfuies, je puis avouer, dans la mesure o&#249; un homme peut t&#233;moigner avec certitude. J'ai v&#233;cu une existence honn&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma vie a &#233;t&#233; b&#233;nie par le bonheur. Mais je ne suis jamais devenu un orgueilleux. Ma porte &#233;tait ouverte pour chaque homme en peine et j'&#233;tais heureux quand je pouvais rendre service &#224; mon prochain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai servi Dieu d'un culte ardent. La seule pri&#232;re que je Lui adressais, c'&#233;tait de pouvoir le servir de tout mon c&#339;ur, de toute mon &#226;me de toutes mes forces. Apr&#232;s tout ce que j'ai travers&#233;, je ne puis affirmer que cette disposition est toujours demeur&#233;e in&#233;branlable. Mais je puis dire avec certitude que ma foi en Dieu n'a pas boug&#233; d'un cheveu. Jadis, quand tout allait bien pour moi, je me tournais vers Lui, comme vers quelqu'un qui m'est redevable de quelque chose. C'est pourquoi, je crois avoir le devoir d'interpeller Dieu. Je ne demande pas comme Job que Dieu me montre mes p&#233;ch&#233;s avec son doigt pour que je sache pourquoi je m&#233;rite d'&#234;tre puni. D'autres hommes, et de plus grands que moi, sont d'avis que tout ce qui s'est pass&#233; depuis lors n'est pas arriv&#233; comme une punition pour nos fautes. Il se passe maintenant quelque chose de tout &#224; fait sp&#233;cial dans le monde. C'est le temps ou le Tout-Puissant d&#233;tourne son visage de ceux qui l'implorent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dieu a masqu&#233; sa face au monde. Et c'est pourquoi, les hommes sont abandonn&#233;s &#224; leurs instincts sauvages. C'est pourquoi, je pense, il est tout naturel que si tous ces instincts dominent le monde, ceux-l&#224; en qui la vie de Dieu demeure toute pure, doivent &#234;tre les premi&#232;res victimes. Cela ne doit pas nous &#234;tre une consolation. Mais comme le sort de notre peuple n'est pas d&#233;termin&#233; par des lois terrestres mais par celle de l'au-del&#224;, par des lois spirituelles et divines ; celui qui a la foi en ces &#233;v&#232;nements doit y voir un acte du Grand R&#232;glement de Compte Divin, en regard duquel, les trag&#233;dies humaines perdent toute signification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela signifie n&#233;anmoins qu'un Juif pieux accepte simplement le jugement comme il arrive. Dieu a raison, Son jugement est droit. Affirmer uniquement que nous m&#233;ritons les coups que nous recevons signifierait que nous m&#233;prisons notre &#234;tre et que nous d&#233;pr&#233;cions le nom de Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisqu'il en est ainsi, je n'attends &#233;videmment aucun miracle et je ne prie pas mon Dieu qu'il ait piti&#233; de moi. Il peut montrer &#224; mon &#233;gard la m&#234;me indiff&#233;rence qu'Il a t&#233;moign&#233;e &#224; des millions d'autres de mon peuple. Je ne suis pas une exception &#224; la r&#232;gle et je n'attends pas qu'il t&#233;moigne d'une relation particuli&#232;re pour moi. Je n'essaierai pas de me sauver moi-m&#234;me et je n'essaierai pas de m'&#233;chapper d'ici. Je faciliterai le travail en enduisant mes v&#234;tements d'essence. J'ai encore trois bouteilles qui me restent des douzaines que j'ai vers&#233;es sur la t&#234;te des bourreaux. Elles me sont plus ch&#232;res que le vin pour l'ivrogne. D&#232;s que j'aurai vers&#233; la derni&#232;re bouteille sur mes v&#234;tements, je glisserai cette lettre dans la derni&#232;re bouteille vide et la cacherai entre les pierres de la fen&#234;tre &#224; moiti&#233; mur&#233;e. Si quelqu'un la retrouve plus tard, alors il apprendra &#224; conna&#238;tre les sentiments d'un Juif, l'un des millions qui sont morts abandonn&#233;s de Dieu en lequel il a cru si ardemment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec douze hommes, nous nous trouvions dans ce r&#233;duit quand l'insurrection commen&#231;a. Neuf jours nous avons combattu l'ennemi. Mes onze camarades sont tomb&#233;s. Ils sont morts sereinement. M&#234;me ce petit gar&#231;on est mort calmement comme ses camarades plus &#226;g&#233;s. Cela s'est pass&#233; t&#244;t le matin. Le gar&#231;on avait grimp&#233; sur les tas de cadavres pour regarder par la fen&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi se trouva-t-il quelques minutes pr&#232;s de moi quand il tomba en arri&#232;re et resta allong&#233; comme un roc. Entre les deux trous noirs, sur son petit front p&#226;le, il y avait une goutte de sang. Hier matin, quand l'ennemi entreprit l'assaut contre notre abri, l'une des derni&#232;res maisons du ghetto, ils vivaient encore tous les onze. Cinq &#233;taient bless&#233;s et poursuivaient le combat. Au cours des deux journ&#233;es, ils sont tomb&#233;s... Je n'ai plus que les trois bouteilles d'essence, je ne poss&#232;de plus de munitions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des trois &#233;tages, au-dessus de moi, on continue &#224; tirer ferme. Toutefois, on ne peut plus m'envoyer de secours car l'escalier est d&#233;truit et la maison semble devoir s'&#233;crouler. Je suis assis sur le sol &#224; &#233;crire ces lignes. Aupr&#232;s de moi, sont couch&#233;s mes amis tu&#233;s. Je regarde leurs visages d&#233;funts et il me semble qu'ils sourient ironiquement : un peu de patience, toi le sot, encore quelques instants et tu verras toutes choses d'une mani&#232;re plus parfaite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le moment, je vis toujours et jusqu'&#224; ma mort, je veux, en tant qu'&#234;tre vivant parler &#224; mon Dieu comme un homme simple, vivant, qui poss&#232;de le grand mais dangereux honneur d'&#234;tre juif. Je suis heureux d'appartenir au peuple le plus malheureux de la terre dont la Thora signifie la plus &#233;lev&#233;e de toutes les lois. Je crois en Dieu d'Isra&#235;l, bien qu'Il ait tout fait pour briser la foi que j'ai en Lui. Nos rapports envers Lui ne sont plus ceux d'un serviteur envers son employeur mais ceux d'un disciple pour son Ma&#238;tre. Je crois en ses Lois bien que j'ignore la justice de ses actes. Je m'incline devant sa grandeur mais je ne baiserai pas le b&#226;ton avec lequel Il me ch&#226;tie. Je l'aime mais j'aime davantage encore sa Loi. Et m&#234;me si je me trompe &#224; son sujet, sa Loi, elle, je continuerai &#224; l'honorer. Dieu signifie une mani&#232;re de vivre. Vous dites que nous avons p&#233;ch&#233;. Naturellement, nous avons p&#233;ch&#233;, que nous soyons ch&#226;ti&#233;s, je le comprends. Je voudrais plut&#244;t que vous me disiez s'il existe un seul p&#233;ch&#233; dans le monde qui m&#233;riterait un tel ch&#226;timent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous dis tout cela, mon Dieu, parce que je crois en Vous plus que jamais, parce que je sais que Vous &#234;tes mon Dieu et non point le Dieu de ceux dont les m&#233;faits sont le r&#233;sultat terrible de leur ath&#233;isme militant. Je ne puis pas louer les actes que vous supporter. Je Vous b&#233;nis et je Vous loue pour votre grandeur terrible qui doit &#234;tre violente m&#234;me si tout ce qui se passe maintenant ne produit aucune impression sur Vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mort ne peut plus m'attendre longtemps. Je dois cesser d'&#233;crire. La fusillade aux &#233;tages au-dessus de moi, faiblit de minute en minute. Maintenant tombent les derniers d&#233;fenseurs de notre abri et avec eux, la grande, la belle, la religieuse Varsovie juive. Le soleil se couche et je vous remercie, mon Dieu, parce que je ne le verrai plus se lever. Des rayons rouges traversent les vitres et le coin de ciel que je puis voir est flamboyant comme une cascade de sang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une heure, au plus, je serai r&#233;uni avec ma femme et mes enfants et des millions d'autres de mon peuple dans un monde meilleur o&#249; ne subsisteront plus de doutes et o&#249; Dieu est le seul Seigneur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je meurs sereinement mais non point satisfait. Un homme abattu mais non point qui doute. Un croyant mais non pas un mendiant. Un passionn&#233; de Dieu mais non pas un aveugle rab&#226;cheur d'Amen. J'ai suivi Dieu m&#234;me quand Il m'a s&#233;par&#233; de Lui. J'ai accompli Son commandement m&#234;me quand Il m'a frapp&#233; en retour. Je L'ai aim&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais et je reste amoureux de Lui, m&#234;me encore quand Il m'a repouss&#233; contre la terre, bless&#233; &#224; mort, plac&#233; en scandale et expos&#233; &#224; la ris&#233;e. Vous pouvez me faire souffrir jusqu'&#224; la mort mais je continuerai toujours &#224; croire en Vous, Je vous aimerai toujours malgr&#233; Vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voici les derniers mots que je Vous adresse, &#244; mon Dieu, qui me tourmentez. Vous ne r&#233;ussirez pas &#224; me faire tomber. Vous avez tout essay&#233; pour que je ne croie pas en Vous, pour que je tombe dans le doute. Mais je vais mourir comme j'ai v&#233;cu : dans une fois in&#233;branlable en Vous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;B&#233;ni soit dans toute l'&#233;ternit&#233;, le Dieu des morts, le Dieu de la vengeance, le Dieu de la V&#233;rit&#233; et de la Loi qui bient&#244;t montrera &#224; nouveau son Visage &#224; la terre et qui de sa voix toute puissante fera trembler les bases de l'univers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecoute, Isra&#235;l : l'Eternel est notre Dieu, l'Eternel est l'Unique, le Seul.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Un nez bourbon (Marc) </title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article83</link>
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		<dc:date>2004-02-20T13:12:52Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Juif.ve (&#234;tre)</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre 40-45</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Avant tout, pour la bonne compr&#233;hension du r&#233;cit, je dois vous confier que du c&#244;t&#233; maternel, nous avions h&#233;rit&#233; - sans droit de succession - d'un nez Bourbon. Faut-il le pr&#233;ciser, ce d&#233;tail signal&#233;tique qui ne nous apparentait cependant pas aux Rois de France, &#233;tait per&#231;u par le commun des mortels comme une tare au milieu du visage, en deux mots : un nez de Juif. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un apr&#232;s-midi ensoleill&#233; de septembre 1943, au retour de l'&#233;cole, dans l'avenue Coghen o&#249; nous habitions, je tombai nez &#224; nez avec un officier (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Avant tout, pour la bonne compr&#233;hension du r&#233;cit, je dois vous confier que du c&#244;t&#233; maternel, nous avions h&#233;rit&#233; - sans droit de succession - d'un nez Bourbon.&lt;br class='autobr' /&gt;
Faut-il le pr&#233;ciser, ce d&#233;tail signal&#233;tique qui ne nous apparentait cependant pas aux Rois de France, &#233;tait per&#231;u par le commun des mortels comme une tare au milieu du visage, en deux mots : un nez de Juif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un apr&#232;s-midi ensoleill&#233; de septembre 1943, au retour de l'&#233;cole, dans l'avenue Coghen o&#249; nous habitions, je tombai nez &#224; nez avec un officier allemand, observateur et d&#233;sireux de faire du z&#232;le. M'ayant d&#233;visag&#233;, il m'intima l'ordre de le suivre jusqu'au cantonnement de son unit&#233; &#224; un quart d'heure de l&#224; pour interrogatoire.&lt;br class='autobr' /&gt;
P&#233;trifi&#233; par la peur, je ne vois pas ce qu'on me voulait. Imaginez ce jeune gar&#231;on de 10 ans retenant ses larmes qui suivit jusqu'&#224; la caserne ce grand militaire, &#224; la d&#233;marche cadenc&#233;e par le bruit de ses bottes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Renseignements pris, mon p&#232;re est appel&#233; d'urgence de son travail. Je subis sans comprendre un tra&#238;tre mot, l'engueulade qu'en pr&#233;sence du commandant du cantonnement, mon paternel, furibard, fit subir, dans un allemand impeccable, au malheureux officier qui avait fait du z&#232;le, croyant bien faire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Son sup&#233;rieur prit le relais, d'abord en calmant mon p&#232;re, puis en agonisant d'injures l'imb&#233;cile qui, par son attitude, avait compromis l'amiti&#233; entre deux peuples, momentan&#233;ment expos&#233;s aux rigueurs de la guerre.&lt;br&gt;
A ses yeux, l'impair impardonnable commis par ce jeune idiot devait &#234;tre sanctionn&#233; durement comme une atteinte &#224; l'honneur de l'arm&#233;e allemande.&lt;br&gt;
Se confondant en excuses aupr&#232;s de nous, le commandant embarrass&#233; nous demanda comme une supplique de ne pas &#233;bruiter cet &#233;cart de conduite irresponsable d'un fanatique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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