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	<title>Ages et transmissions</title>
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	<description>Cr&#233;&#233;e en 97, Ages et Transmissions est une asbl pluraliste bruxelloise permettant aux a&#238;n&#233;s de jouer un r&#244;le actif dans la soci&#233;t&#233;. Elle est reconnue comme organisme d'&#233;ducation permanente par la F&#233;d&#233;ration Wallonie-Bruxelles.</description>
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		<title>Ages et transmissions</title>
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		<title>Fran&#231;ois, gardien de troupeau au Rwanda</title>
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		<dc:subject>Immigration subsaharienne et descendants</dc:subject>
		<dc:subject>Homme (r&#244;le)</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Extrait de &#034;Nous racontons notre vie&#034; 2024-25 &lt;br class='autobr' /&gt;
Enfance et adolescence &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis n&#233; au Rwanda en 1946. Une journ&#233;e type pour moi se passait comme ceci : tr&#232;s t&#244;t le matin, je m'occupais du troupeau, puis j'allais &#224; l'&#233;cole qui &#233;tait &#224; 30 minutes &#224; pied de chez moi. Apr&#232;s l'&#233;cole, je retournais m'occuper du troupeau et ensuite je rentrais faire mes devoirs et manger. &lt;br class='autobr' /&gt;
Aux alentours de mes 10 ans, je gardais un troupeau de 8 veaux appartenant &#224; mes parents. &#192; cette &#233;poque, il y avait encore beaucoup d'animaux (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;Tranches de vie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot152" rel="tag"&gt;Homme (r&#244;le)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait de &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article1340' class='spip_in'&gt;&#034;Nous racontons notre vie&#034;&lt;/a&gt; 2024-25&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Enfance et adolescence&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233; au Rwanda en 1946. Une journ&#233;e type pour moi se passait comme ceci : tr&#232;s t&#244;t le matin, je m'occupais du troupeau, puis j'allais &#224; l'&#233;cole qui &#233;tait &#224; 30 minutes &#224; pied de chez moi. Apr&#232;s l'&#233;cole, je retournais m'occuper du troupeau et ensuite je rentrais faire mes devoirs et manger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux alentours de mes 10 ans, je gardais un troupeau de 8 veaux appartenant &#224; mes parents. &#192; cette &#233;poque, il y avait encore beaucoup d'animaux sauvages, dont un f&#233;lin qui ressemblait &#224; un lynx. Dans mon troupeau, il y avait un petit taureau avec lequel je ne m'entendais pas tr&#232;s bien. Un jour, alors que je gardais le troupeau, ce taureau s'est fait attaquer au cou par le f&#233;lin. J'ai cri&#233; de peur et, pour prot&#233;ger le troupeau, j'ai fait de grands gestes avec ma lance afin de le d&#233;fendre. &#192; un moment, le f&#233;lin a ouvert sa gueule comme un chien qui veut te faire peur et j'ai r&#233;ussi &#224; enfoncer ma petite lance dans sa gueule et &#224; le tuer. Le fait d'avoir fait &#231;a m'a donn&#233; un statut particulier sur la colline. J'ai &#233;t&#233; f&#234;t&#233; et Nyamugemahica (&#034;tireur d'&#233;lite&#034;) m'a permis de boire &#224; la paille un peu d'alcool de banane &#224; la gourde des grands !&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Nyamugemahica &lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait l'homme le plus &#226;g&#233; que j'ai connu, un des ain&#233;s du village respect&#233; par tous. Il m'impressionnait. Les adultes l'&#233;coutaient et le respectaient autant que nous, les enfants, quand un adulte nous parlait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dont je me souviens, quand il venait &#224; la maison, c'est qu'on devait l'accompagner. On devait marcher devant lui et, quand il avait plu, il y avait un petit sentier trac&#233; par les pieds des adultes. Quand on arrivait dans des zones herbageuses, il fallait &#233;carter les hautes herbes touch&#233;es par la ros&#233;e, car il ne voulait pas que son pagne soit mouill&#233; ou sali.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est que plus tard que j'ai compris qu'il avait, comme d'autres hommes tr&#232;s &#226;g&#233;s, un r&#244;le particulier qui n'existe &#224; mon avis plus et qui existait dans plusieurs pays de la r&#233;gion. Ces anciens &#233;taient tr&#232;s respect&#233;s et n'&#233;taient pourtant pas les plus riches ni les plus forts. Ils avaient un statut qui ressemblait &#224; celui des pr&#234;tres. Aucune d&#233;cision importante n'&#233;tait prise, m&#234;me au niveau de l'&#233;tat, sans leur avis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces anciens avaient en t&#234;te toute l'histoire orale sur au moins 4 g&#233;n&#233;rations et ils d&#233;cidaient de la s&#233;quence. Il y avait un temps pour produire afin que le pays soit un peu plus riche, un temps pour pr&#233;parer la guerre, un temps pour la guerre et la r&#233;solution de conflit et un temps pour la paix avec une forte production agricole et du stockage.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;&#202;tre homme&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Quand j'&#233;tais enfant, les filles s'occupaient de tout ce qui concerne l'int&#233;rieur des enclos de vie : b&#233;b&#233;s, propret&#233;, repas, lessives... Les gar&#231;ons de tout ce qui concerne l'ext&#233;rieur des enclos : gardiennage des veaux, puis des troupeaux. Une fois adultes et mari&#233;s, ils s'occupaient en plus conjointement des champs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment j'ai appris les choses de l'amour ? &#192; l'adolescence, j'ai commenc&#233; &#224; capter quelques bribes des secrets de l'amour aupr&#232;s des bergers, pendant les vacances. Par exemple, qu'il faut absolument satisfaire sa partenaire. Qu'il existait telle ou telle jeune veuve accueillante ; ou telle matrone, v&#233;ritable croque-mitaine, qui pouvait te faire fouetter si tu la frustrais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les filles b&#233;n&#233;ficiaient toutes d'une initiation collective par une tante ou une adulte reconnue. Les filles comme les gar&#231;ons &#233;taient &#233;duqu&#233;s &#224; se donner satisfaction. Du moins dans la partie du monde que j'ai connue. Ailleurs au contraire, j'ai appris plus tard qu'on allait, de fa&#231;on criminelle, jusqu'&#224; amputer de toutes jeunes filles (excision). Il y a deux Afriques tr&#232;s diff&#233;rentes sur cette question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'internat tenu par des religieux o&#249; j'avais &#233;t&#233; envoy&#233; tr&#232;s jeune, je n'ai pas eu acc&#232;s &#224; cette tranche amoureuse de vie des jeunes adultes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ai-je rencontr&#233; ma femme ? Quand nos regards se sont rencontr&#233;s, dans l'autocar qui nous conduisait &#224; une f&#234;te, nous avons compris que nous allions nous marier. En plus, le Ciel daigna b&#233;nir notre mariage. De la m&#234;me fa&#231;on, trois d&#233;cennies plus tard, nous nous sommes pacifiquement s&#233;par&#233;s. Toujours sans avoir &#224; parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acc&#232;s aux &#233;tudes pouss&#233;es et au travail, semble avoir litt&#233;ralement lib&#233;r&#233; les femmes, partout dans le monde o&#249; elles y ont eu acc&#232;s, surtout chez les citadines. Savoir que le respect de nos soeurs est normal et doublement payant &#233;pargne m&#234;me d'avoir &#224; &#234;tre f&#233;ministe. C'est une question de justice. Curieusement, malgr&#233; l'acc&#232;s &#224; l'autonomie, il me semble que c'est encore beaucoup plus facile d'&#234;tre un homme aujourd'hui, m&#234;me si c'est moins facile d'&#234;tre un m&#226;le.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Travail&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Mes parents avaient chacun un emploi. Ma maman &#233;tait m&#232;re au foyer et s'occupait de la supervision agricole. Mon p&#232;re &#233;tait responsable du b&#233;tail bovin et de l'entretien des routes. Il r&#233;alisait des plantations anti-&#233;rosion pour &#233;viter les &#233;boulements ou inondations. &#192; l'&#233;poque, l'argent et la th&#233;saurisation &#233;taient tr&#232;s suspects et pas accept&#233;s par nos p&#232;res et grands-p&#232;res, car traditionnellement c'&#233;tait le troc qui &#233;tait pratiqu&#233; et la richesse devait &#234;tre redistribu&#233;e. Cela a chang&#233; avec la colonisation, car, avec l'instauration de l'imp&#244;t, les gens ont commenc&#233; &#224; accumuler de l'argent pour pouvoir le payer. Aujourd'hui, tu es quelqu'un si tu as de l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le pays voisin, au Burundi, les J&#233;suites m'avaient octroy&#233; une bourse pour m'accueillir dans leur universit&#233;, ce qui me permettait d'avoir de l'argent. Pendant les grandes vacances, je travaillais &#233;galement pour avoir des sous que j'&#233;conomisais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon job &#233;tudiant &#233;tait aide-soignant, car je faisais des &#233;tudes de m&#233;decine. Puis, en Belgique, j'ai &#233;t&#233; chauffeur de taxi. Ces 2 emplois m'ont fait d&#233;couvrir un large spectre de la vie sociale, c'&#233;tait tr&#232;s gratifiant. Par exemple, le patron de la soci&#233;t&#233; Boeing qui se fait raccompagner &#224; son jet priv&#233; et qui p&#232;se tellement lourd que la voiture penche sur le c&#244;t&#233;, le cur&#233; dont tout le monde parle, car il fait les routes de campagne pour trouver des maisons closes, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la premi&#232;re fois que je parle de tout cela et j'aime cela. Je ne raconte pas ces souvenirs &#224; mes enfants et petits-enfants, mes parents ne l'ont pas fait non plus avec moi. Sans doute est-ce culturel ? Dans nos familles, au Rwanda, on est parfois plus proche d'une tante ou d'un oncle pour parler.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Entre ici et l&#224;-bas&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Je suis arriv&#233; en Europe &#224; 22 ans, je suis reparti au Rwanda &#224; 27 ans et suis revenu &#224; 32 ans pour ne plus quitter la Belgique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;curit&#233; est la principale richesse des pays occidentaux. Elle est install&#233;e depuis la 2e guerre, mais les jeunes g&#233;n&#233;rations ne comprennent pas qu'il faut la sauvegarder. La s&#233;curit&#233; juridique, la police, les institutions sont saines, mais cela commence &#224; s'effriter, c'est fragile. On le voit avec l'&#233;lection de Trump. L'Europe se fait remorquer par la puissance am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;curit&#233; est recherch&#233;e par la plupart des migrants, moi y compris, m&#234;me si au d&#233;but, ce sont les &#233;tudes qui m'ont attir&#233;. Je suis parti du Rwanda avec une petite valise, pour le Burundi, et ensuite la Belgique. C'est la paix et la s&#233;curit&#233; qui me manquaient le plus. Depuis 4 g&#233;n&#233;rations, ma r&#233;gion d'origine se d&#233;chire en conflits internes qui ont g&#233;n&#233;r&#233; une large diaspora partout dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mon arriv&#233;e en Belgique, j'ai v&#233;cu l'exp&#233;rience d'&#234;tre un &#171; sans papiers &#187; avant de reprendre pied et de retourner au Burundi. Je pensais y rester pour toujours, je m'y suis qualifi&#233;. Je me suis vu m&#234;me proposer un poste all&#233;chant, avant de brusquement fuir le pays et revenir me contenter de petits boulots en Belgique, mais du moins en s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mat&#233;rialisme conqu&#233;rant des pays dits riches m'a heurt&#233; d'embl&#233;e et d&#233;stabilis&#233; pendant une dizaine d'ann&#233;es. Surtout au d&#233;part, je ne savais pas y mettre un nom. Les gens ne communiquent pas ici, ils ont perdu la foi, c'est comme s'ils &#233;taient orphelins. En Afrique, m&#234;me si on ne se conna&#238;t pas, on communique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La paix et la s&#233;curit&#233; manquent dans plusieurs pays. La s&#233;curit&#233;, y compris sociale, est presque unique en Belgique et en France. Gr&#226;ce &#224; cela, on se sent impliqu&#233; et on a envie de contribuer. J'ai pu le faire en donnant quelques avis et j'ai eu la chance de constater qu'ils avaient &#233;t&#233; pris en compte. Dans quels domaines ? La r&#233;forme de la police, le rajeunissement du corps diplomatique en Afrique, la r&#233;gularisation des sans-papiers qui travaillent&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Ce en quoi je crois&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Tout jeune, on baignait dans la foi, c'&#233;tait comme cela. On n'avait pas besoin de croire ou pas. On &#233;tait monoth&#233;iste, m&#234;me avant la colonisation. Les cultures &#233;taient diff&#233;rentes, mais pas les valeurs : ne pas voler, ne pas mentir&#8230; J'ai voulu devenir pr&#234;tre, mais mes parents ne voulaient pas, car la r&#233;ussite pour eux c'&#233;tait se marier, faire de la politique, servir son pays&#8230; Quand j'ai &#233;t&#233; au s&#233;minaire, chez les P&#232;res blancs, j'ai appris la th&#233;ologie, la doctrine, mais, paradoxalement, cela m'a d&#233;connect&#233; de la religion. Je suis all&#233; jusqu'au bout de la formation, mais je n'ai pas poursuivi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jeune, j'aimais m&#233;diter en me promenant, en r&#233;citant le chapelet. Mais une nuit, j'ai v&#233;cu une exp&#233;rience &#233;trange : je me suis senti comme foudroy&#233;. On m'a retrouv&#233; couch&#233;, pr&#232;s de la route, le lendemain matin. J'avais tout oubli&#233; et j'&#233;tais devenu soudainement ath&#233;e. Pourquoi Dieu permettait tout le malheur dans mon pays : les r&#233;fugi&#233;s, les massacres, le mat&#233;rialisme&#8230; ? &#199;a a dur&#233; 6 ann&#233;es, les plus p&#233;nibles de ma vie, j'&#233;tais comme d&#233;sax&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, &#224; 29 ans, j'ai r&#233;alis&#233; que le monde dans lequel on vit n'est qu'un monde parmi d'autres, qu'il est englob&#233; dans d'autres mondes. Savoir cela a fait que je n'ai plus eu besoin de croire ni d'appartenir &#224; une religion en particulier. Cela me donne beaucoup de paix, c'est une gr&#226;ce. Et cela me permet d'avoir parfois d'autres r&#233;actions que les autres personnes en cas de difficult&#233;. Mais j'ai du mal &#224; communiquer &#224; propos de cela.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Les changements dont je suis t&#233;moin&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Les changements technologiques ont &#233;t&#233; tr&#232;s rapides. Au d&#233;but des ann&#233;es 70, &#224; Li&#232;ge, la salle de t&#233;l&#233;vision, dans notre immeuble de 10 &#233;tages, se trouvait au rez-de-chauss&#233;e. Le t&#233;l&#233;phone mural, &#224; r&#233;server aupr&#232;s de la r&#233;ception, se situait au premier &#233;tage. Quand internet est arriv&#233;, je m'y suis int&#233;ress&#233;, mais je n'ai pas vraiment r&#233;ussi &#224; prendre le train en marche. Je me sens aujourd'hui en rupture num&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin des empires coloniaux a &#233;t&#233; marquante. Cela a cr&#233;&#233; de grands bouleversements au niveau mondial et le d&#233;s&#233;quilibre est toujours l&#224;. Pendant la colonisation, il y avait au Rwanda une certaine paix coloniale. Les d&#233;colonisations ont surpris les pays, les peuples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vols internationaux, en plus des t&#233;l&#233;communications, ont chang&#233; le visage du monde et brass&#233; les peuples. Actuellement, les GAFAM et l'intelligence artificielle permettent de nouveaux bouleversements. Le confort mat&#233;riel a augment&#233; et rendu la vie plus simple, ce qui ne veut pas dire que nous soyons plus heureux.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Une fiert&#233; ? Un r&#234;ve ?&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;J'ai toujours eu ce dont je r&#234;vais puis, quand je l'avais, un autre r&#234;ve arrivait. Enfant, j'ai r&#234;v&#233; d'avoir une montagne de richesse et d'argent pour pouvoir d&#233;velopper mon pays. Quand j'ai eu 29 ans, j'ai &#233;t&#233; riche et j'aurais pu le faire, mais j'ai &#233;t&#233; spoli&#233; et j'ai tout perdu. J'ai eu des r&#234;ves comme celui de faire la m&#233;decine et j'ai eu des occasions, mais ce n'est pas vraiment &#231;a la vraie vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'histoire du monde, il y a des p&#233;riodes surcharg&#233;es et puis des transitions. Apr&#232;s la 2e guerre, il y a eu plus de coh&#233;sion, un pas en avant dans l'unit&#233; de l'humanit&#233;. J'ai le r&#234;ve d'un monde qui se connaisse un peu mieux. Je me rends compte que la recherche scientifique avance en parall&#232;le avec la th&#233;ologie. Je pense que la science va &#224; un moment d&#233;montrer qu'il y a un monde parall&#232;le, un autre monde qui existe&#8230; Mes pressentiments se r&#233;alisent souvent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>On devait se m&#233;fier des filles ! (Serge H.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1492</link>
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		<dc:subject>Education hors &#233;cole</dc:subject>
		<dc:subject>Amour, mariage, divorce</dc:subject>
		<dc:subject>Homme (r&#244;le)</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Extrait de &#034;Nous racontons notre vie&#034; 2022-23 &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis bruxellois, n&#233; &#224; Ixelles en 1952. Je suis all&#233; dans une &#233;cole mixte jusqu'en 2e primaire. C'est l&#224; que j'ai connu mon premier amour. Elle s'appelait Josiane. J'avais 6 ans, je n'ai jamais os&#233; le lui dire. Un soir, j'ai d&#233;cid&#233; de me coucher avant l'heure. Je voulais r&#234;ver de Josiane et je l'ai dit &#224; ma m&#232;re qui l'a rapport&#233; &#224; la religieuse qui s'occupait de nous &#224; l'&#233;cole. Le lendemain, elle a dit devant tout le monde : &#171; Alors Serge, tu vas te coucher plus (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot152" rel="tag"&gt;Homme (r&#244;le)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait de &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article1340' class='spip_in'&gt;&#034;Nous racontons notre vie&#034;&lt;/a&gt; 2022-23&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je suis bruxellois, n&#233; &#224; Ixelles en 1952. Je suis all&#233; dans une &#233;cole mixte jusqu'en 2e primaire. C'est l&#224; que j'ai connu mon premier amour. Elle s'appelait Josiane. J'avais 6 ans, je n'ai jamais os&#233; le lui dire. Un soir, j'ai d&#233;cid&#233; de me coucher avant l'heure. Je voulais r&#234;ver de Josiane et je l'ai dit &#224; ma m&#232;re qui l'a rapport&#233; &#224; la religieuse qui s'occupait de nous &#224; l'&#233;cole. Le lendemain, elle a dit devant tout le monde : &#171; Alors Serge, tu vas te coucher plus t&#244;t pour r&#234;ver de Josiane ? &#187;. J'&#233;tais g&#234;n&#233;, rouge de honte !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; 7 ans, mes parents m'ont fait conna&#238;tre &#171; les secrets des grands &#187;. Ils m'ont appris que Saint-Nicolas n'existait pas et que les enfants ne naissaient pas dans les choux. Ils m'ont expliqu&#233; avec un livre comment on faisait des enfants. On disait qu'il fallait mettre le sifflet dans la prune de la fille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers 11 ans, en 6e primaire, on a eu un cours de religion. Il y avait un chapitre sur la puret&#233;. On nous expliquait que c'&#233;tait un p&#233;ch&#233; mortel que de faire l'acte de mariage sans &#234;tre mari&#233;. J'ai demand&#233; ce que c'&#233;tait, mais j'ai &#233;t&#233; puni, car le professeur pensait que je faisais semblant de ne pas savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes parents tenaient &#224; la puret&#233; et la virginit&#233;, c'&#233;tait tr&#232;s important pour eux. Mon p&#232;re disait toujours qu'une fille qui n'est plus vierge, c'est comme un &#339;uf dont il ne reste que la coquille. On mettait en garde les gar&#231;ons, de ne pas &#233;crire de lettre d'amour &#224; une fille, car si celle-ci tombait enceinte, elle pourrait dire que c'est le gar&#231;on qui l'avait mise enceinte m&#234;me si ce n'&#233;tait pas lui. On devait se m&#233;fier des filles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai rencontr&#233; des filles que quand je suis entr&#233; &#224; l'&#233;cole sociale. J'avais 17 ans. J'&#233;tais avec une majorit&#233; de filles, j'&#233;tais compl&#232;tement d&#233;phas&#233;. Je n'osais pas les aborder et je ne savais pas comment me comporter avec elles. J'ai offert beaucoup de caf&#233;s pour discuter avec les filles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je trouve que la sexualit&#233; est mieux expliqu&#233;e aujourd'hui. Quand j'&#233;tais adolescent, on manquait d'images pour comprendre. On allait aux Pays-Bas pour se procurer des magazines pornos. Aujourd'hui, il y a plus de communication sur le sujet.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Une enfance au Burundi (Sallum)</title>
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		<dc:date>2022-11-04T08:51:30Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Colonisation</dc:subject>
		<dc:subject>Ecole, &#233;tudes</dc:subject>
		<dc:subject>Homme (r&#244;le)</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration subsaharienne et descendants</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Extrait de &#034;Nous racontons notre vie&#034; 2020-21 &lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sentation &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis n&#233; au Burundi en 1951. Mon p&#232;re &#233;tait commer&#231;ant et ma m&#232;re femme au foyer et agricultrice. J'ai fait des &#233;tudes primaires dans mon village et l'&#233;cole secondaire chez les missionnaires, &#224; 50 km. Quand il y a eu des troubles au Burundi, nous avons &#233;t&#233; oblig&#233;s de nous r&#233;fugier au Rwanda. Je suis arriv&#233;e en Belgique en 2000. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mon p&#232;re &lt;br class='autobr' /&gt;
Un tr&#232;s beau souvenir ? J'ai suivi l'&#233;cole primaire au Burundi jusqu'en 7&#232;me pr&#233;paratoire. &#192; cette &#233;poque, (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot142" rel="tag"&gt;Ecole, &#233;tudes&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot194" rel="tag"&gt;Immigration subsaharienne et descendants&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait de &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article1340' class='spip_in'&gt;&#034;Nous racontons notre vie&#034;&lt;/a&gt; 2020-21&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;sentation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233; au Burundi en 1951. Mon p&#232;re &#233;tait commer&#231;ant et ma m&#232;re femme au foyer et agricultrice. J'ai fait des &#233;tudes primaires dans mon village et l'&#233;cole secondaire chez les missionnaires, &#224; 50 km. Quand il y a eu des troubles au Burundi, nous avons &#233;t&#233; oblig&#233;s de nous r&#233;fugier au Rwanda. Je suis arriv&#233;e en Belgique en 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mon p&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tr&#232;s beau souvenir ? J'ai suivi l'&#233;cole primaire au Burundi jusqu'en 7&#232;me pr&#233;paratoire. &#192; cette &#233;poque, on passait l'examen du certificat national qui nous permettait ensuite d'aller &#224; l'&#233;cole secondaire. Nous &#233;tions 36 &#233;l&#232;ves en 7&#232;me mais 7 seulement l'avaient r&#233;ussi. Le jour de la proclamation, nous avons mis de beaux v&#234;tements. Nous nous sommes rendus &#224; l'&#233;glise pour la remise des certificats. C'&#233;tait une grande f&#234;te. Nous &#233;tions fiers. Il y avait une foule de gens venus voir les r&#233;sultats et chaque fois qu'on appelait quelqu'un, il y avait des applaudissements. J'ai re&#231;u mon certificat de la main du directeur. Mon p&#232;re &#233;tait encore plus fier que moi. Je lui ai donn&#233; mon certificat. Il l'a mis sur son c&#339;ur et il a dit : &#171; voil&#224;, c'est mon premier dipl&#244;me ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens d'un cadeau un peu sp&#233;cial de mon p&#232;re. C'&#233;tait un petit sac qu'il m'avait achet&#233; comme cartable. Ce sac &#233;tait tr&#232;s beau et j'&#233;tais tr&#232;s fier de le porter. Ce qui suscitait une certaine jalousie de mes coll&#232;gues d'&#233;cole. J'aimais l'&#233;cole et mon papa m'y encourageait. Il me donnait des petits calculs pour m'exercer. Il n'avait fait que les 5 ann&#233;es primaires mais il &#233;tait tr&#232;s fort en calcul mental. Et quand je r&#233;ussissais cela, j'&#233;tais s&#251;r de r&#233;ussir aussi &#224; l'&#233;cole. Mon p&#232;re me f&#233;licitait : &#171; mon fils tu seras quelqu'un ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme j'&#233;tais le fils ain&#233; je mangeais &#224; table avec mon papa. Les autres mangeaient assis sur la natte. Comme mon papa &#233;tait tr&#232;s plus respect&#233;, je me consid&#233;rais privil&#233;gi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ma grand-m&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes parents, grands-parents et arri&#232;res- grands-parents ont toujours habit&#233; dans le m&#234;me village, &#224; Mugara, au Burundi, pendant 10 g&#233;n&#233;rations. J'avais des relations particuli&#232;res avec ma grand-m&#232;re et je l'aimais beaucoup. J'allais souvent passer la nuit chez elle. Je l'appelais grand-m&#232;re mais je n'imaginais pas que c'&#233;tait la m&#232;re de mon p&#232;re. Elle &#233;tait tr&#232;s affectueuse envers ses petits-enfants, nous &#233;tions nombreux. Elle avait l'habitude, certains jours, d'organiser de petits festins pour nous. Elle pr&#233;parait de la viande, du poisson, des l&#233;gumes, des bananes &#224; cuire. Elle &#233;tait tr&#232;s heureuse. Comme elle n'&#233;tait pas la seule &#233;pouse -il y en avait trois autres- et comme ces &#233;pouses-l&#224; se moquaient d'elle quand elle n'avait pas encore de petits-enfants, elle a &#233;t&#233; tr&#232;s fi&#232;re ensuite d'en avoir autant et de les montrer aux autres femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma grand-m&#232;re &#233;tait robuste et faisait du commerce, elle portait des poids importants sur sa t&#234;te. Elle &#233;tait tr&#232;s s&#233;v&#232;re avec ses gar&#231;ons, avec mon p&#232;re quand il &#233;tait adolescent car le gar&#231;on doit incarner la force et g&#233;rer la famille. Mon p&#232;re avait construit une maison en brique avec un sol en ciment. Ce ciment brillait et quand ma grand-m&#232;re venait elle avait tr&#232;s peur de marcher dessus car elle croyait que ce ciment brillant allait &#233;clater. Elle marchait donc tout doucement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand elle est devenue veuve, par tradition, ma grand-m&#232;re a &#233;pous&#233; le petit fr&#232;re de son mari. Lui il &#233;tait d&#233;j&#224; mari&#233;, donc il avait plusieurs femmes. Elle est d&#233;c&#233;d&#233;e en 1966, suite aux troubles dans le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Devenir un homme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons &#233;t&#233; &#233;lev&#233;s diff&#233;remment, gar&#231;ons et filles. Pourquoi ? Parce que chez nous le gar&#231;on est form&#233;, &#233;duqu&#233; pour devenir un homme qui va g&#233;rer la famille plus tard. Il doit veiller &#224; sa musculature pour les grands travaux. Les filles &#233;taient &#233;lev&#233;es pour pouvoir s'occuper de la famille et &#233;lever les enfants. La femme fait les enfants, les met au monde et l'homme joue un r&#244;le mineur dans leur &#233;ducation. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si on parle des travaux, par exemple fendre le bois c'est l'homme qui doit s'en occuper car on consid&#232;re que les femmes sont moins fortes. Alors qu'il y a des exceptions. On voit par exemple certaines femmes qui battent les hommes. Un homme qui se fait battre n'ose pas le dire, il doit se taire car c'est une honte. Mais quand la femme a &#233;t&#233; battue, elle peut se plaindre, c'est parfois injuste. L'homme montre son autorit&#233; en faisant les courses car ainsi il domine la situation. Le gar&#231;on est suppos&#233; &#234;tre fort. Il devra d&#233;fendre sa famille contre des hommes qui veulent lui faire peur. Les filles doivent devenir des bonnes m&#232;res, s'occuper de la cuisine, &#233;duquer. Aujourd'hui, cela change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi je fais quelque peu exception car je trouvais que ma m&#232;re &#233;tait trop charg&#233;e par mon p&#232;re. Je voulais l'aider mais mon p&#232;re n'&#233;tait pas d'accord. Il me disait ; tu vas &#234;tre comme une femme, tu ne dois pas t'occuper des travaux f&#233;minins. Mais moi j'avais piti&#233; de ma m&#232;re, je l'aidais pour garder les enfants quand elle devait aller faire des travaux des champs et je faisais aussi la cuisine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'ai eu mes enfants je les ai &#233;duqu&#233;s &#224; &#234;tre des touche-&#224;-tout et &#224; savoir tout faire. Ne pas laisser sa femme faire tous les travaux m&#233;nagers seule. J'ai un gar&#231;on, un homme &#224; pr&#233;sent qui s'occupe plus de la cuisine que sa femme. Il sait tr&#232;s bien cuisiner. Quand il rentre du travail, c'est lui qui fait la cuisine. Mais mes enfants vivent en Occident et se sont adapt&#233;s. Ils vivent en harmonie. Mais quand on retourne au pays et qu'on fait la cuisine, les gens disent : &#171; il se fait dominer par sa femme. Elle l'a ensorcel&#233; ! &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>A quoi servent encore les hommes ? (Emile D.)</title>
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		<dc:date>2021-10-24T13:09:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Femme, f&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Homme (r&#244;le)</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce petit texte fait partie d'un document plus long qui concerne les changements. Effectivement, une des choses qui a le plus chang&#233; ces 70 derni&#232;res ann&#233;es, ce sont les rapports hommes femmes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Suite notamment &#224; la lib&#233;ration du temps de travail, m&#233;nager en particulier, la vie des femmes a radicalement chang&#233;, et celle des hommes en cons&#233;quence aussi. Peut-&#234;tre que je me fourvoie compl&#232;tement, mais le changement principal c'est que toutes ces inventions, ces nouveaux m&#233;dias, ces nouvelles machines, (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot152" rel="tag"&gt;Homme (r&#244;le)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L150xH150/arton1360-92b33.jpg?1776944358' width='150' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce petit texte fait partie d'un document plus long qui concerne les changements. Effectivement, une des choses qui a le plus chang&#233; ces 70 derni&#232;res ann&#233;es, ce sont les rapports hommes femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite notamment &#224; la lib&#233;ration du temps de travail, m&#233;nager en particulier, la vie des femmes a radicalement chang&#233;, et celle des hommes en cons&#233;quence aussi. Peut-&#234;tre que je me fourvoie compl&#232;tement, mais le changement principal c'est que toutes ces inventions, ces nouveaux m&#233;dias, ces nouvelles machines, lib&#232;rent du temps. Nous sommes l&#224;, &#224; &#233;crire, &#224; lire, &#224; discuter, alors qu'en d'autres temps nous aurions &#233;t&#233; oblig&#233;s de nous pr&#233;occuper de pr&#233;parer la maison et les r&#233;serves pour l'hiver. Et ainsi d'ann&#233;e en ann&#233;e, simplement pour survivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant les attitudes des femmes envers les hommes, et des hommes envers les femmes, il y a des changements radicaux. Auparavant, les femmes avaient besoin des hommes pour diverses raisons. Aujourd'hui, elles n'en ont absolument plus besoin. Elles contr&#244;lent, dans nos pays en tout cas, compl&#232;tement la reproduction. Et toutes les t&#226;ches dans lesquelles les hommes avaient un avantage quelconque ont &#233;t&#233; pour la plupart compl&#232;tement transform&#233;es, tant et si bien que les hommes sont devenus compl&#232;tement inutiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Blanche Gardin, cette humoriste fran&#231;aise, en fait le sujet d'un sketch. Elle explique qu'avant l'homme allait chasser en plein hiver, et couper du bois, pour nourrir et habiller sa femme. Quand il rentrait, m&#234;me si &#231;a sentait un peu le castor, elle lui faisait une petite g&#226;terie. Il y avait un &#233;change. Aujourd'hui &#8212; les hommes &#233;tant remplac&#233;s par le r&#233;frig&#233;rateur et Amazon &#8212; il y a un probl&#232;me, m&#234;me si &#231;a ne sent plus n&#233;cessairement le castor. De plus, leur mis&#232;re, celle des hommes donc, va bient&#244;t appara&#238;tre d'autant plus criante et ridicule que le mouvement f&#233;ministe arrive, au terme de ses objectifs, totalement victorieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car en effet, les faits sont durs. Quel est le groupe qui vit dix ans de moins que l'autre ? Quel est le groupe qui &#233;choue le plus &#224; l'&#233;cole ? Quel est le groupe qui compose la tr&#232;s grande majorit&#233; des sans-abris, des r&#233;fugi&#233;s, des SDF's ? Quel est le groupe qui compose la tr&#232;s grande partie de la population carc&#233;rale ? Quel est le groupe qui paye l'autre, bien davantage qu'inversement, pour obtenir des faveurs sexuelles ? Quel est le groupe qui comporte le plus de d&#233;c&#232;s par mort violente ? Quel est le groupe qui b&#233;n&#233;ficie le moins de la s&#233;curit&#233; sociale ? Quel est le groupe dans lequel le taux de suicide, (800.000 par an dans le monde) est plus du double de celui de l'autre groupe ? Quel est le groupe qui assume principalement les m&#233;tiers les plus dangereux ? Etc., etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces chiffres sont affligeants, et malheureusement indiscutables. Le fait est qu'ils ne choquent personne. Bien s&#251;r, la violence dans les couples est une chose insupportable, et les principales victimes en sont les femmes. Plus d'une centaine de mortes en France en 2016, pour une trentaine d'hommes seulement, si on peut dire. N&#233;anmoins, si certaines choses semblent presque normales quand elles touchent les hommes &#8212; le sans-abrisme par exemple &#8212; elles semblent moins tol&#233;r&#233;es quand elles concernent les femmes, et les actions de solidarit&#233; s'organisent en cons&#233;quence.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les gueules noires (Jos&#233;-Jeanne W.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1361</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article1361</guid>
		<dc:date>2021-10-03T06:46:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Argent, pauvret&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Homme (r&#244;le)</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les Gueules noires : c'est ainsi que l'on nommait les mineurs lorsqu'ils remontaient &#224; la surface apr&#232;s une p&#233;nible et laborieuse journ&#233;e de travail &#171; &#232;s beur &#187; (dans le bure, dans la mine). &lt;br class='autobr' /&gt;
Petite fille de 7 &#224; 11 ans, &#224; la fin des ann&#233;es 30, j'&#233;tais tr&#232;s impressionn&#233;e de voir ces visages noircis par le travail d'extraction de la houille ; le blanc des yeux tranchait avec la couleur &#171; houille &#187; de la peau ; je croyais voir deux petits phares prot&#233;g&#233;s par un casque rond. Ces hommes me rappelaient (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique154" rel="directory"&gt;Au travail !&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot136" rel="tag"&gt;Argent, pauvret&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot152" rel="tag"&gt;Homme (r&#244;le)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot166" rel="tag"&gt;Travail&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L96xH150/arton1361-8b50b.jpg?1776944164' width='96' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les Gueules noires : c'est ainsi que l'on nommait les mineurs lorsqu'ils remontaient &#224; la surface apr&#232;s une p&#233;nible et laborieuse journ&#233;e de travail &#171; &#232;s beur &#187; (dans le bure, dans la mine).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Petite fille de 7 &#224; 11 ans, &#224; la fin des ann&#233;es 30, j'&#233;tais tr&#232;s impressionn&#233;e de voir ces visages noircis par le travail d'extraction de la houille ; le blanc des yeux tranchait avec la couleur &#171; houille &#187; de la peau ; je croyais voir deux petits phares prot&#233;g&#233;s par un casque rond. Ces hommes me rappelaient singuli&#232;rement le P&#232;re Fouettard, le &#171; hanscrouff &#187; de Saint-Nicolas. J'avais peur d'eux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, leur sourire semblait exprimer la satisfaction d'avoir &#171; termin&#233; journ&#233;e &#187;, comme on disait, et de retrouver enfin la lumi&#232;re du jour. La chaleur accablante de la mine les d&#233;shydratait compl&#232;tement. Ils avaient de grandes soifs, et besoin de d&#233;tente. Aussi, avant de reprendre le chemin de la maison, bon nombre d'entre eux s'engouffraient dans les deux caf&#233;s exploit&#233;s en face de la sortie du charbonnage du Gosson n&#176;1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, ils buvaient plus que de raison et y laissaient souvent une partie importante de leur paye, oubliant femme et enfants qui vivaient dans un grand d&#233;nuement. R&#233;guli&#232;rement, des &#233;pouses venaient rechercher leur mari ou envoyaient les enfants pour tenter de ramener leur p&#232;re &#224; la maison ; celui-ci, humili&#233; et m&#233;content, provoquait des disputes se terminant souvent par des violences physiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les charbonnages ont certes fait la richesse de la Wallonie durant de nombreuses d&#233;cennies mais parler de la mine sans souligner la duret&#233; de la condition ouvri&#232;re serait manquer de respect &#224; l'&#233;gard de ces hommes, ces femmes, ces enfants qui y ont laiss&#233; leur sant&#233; et parfois leur vie. Nombreuses ont &#233;t&#233; les victimes du grisou et des accidents de mine. Nombreux aussi ont &#233;t&#233; les actes h&#233;ro&#239;ques au quotidien de ces &#171; Gueules noires &#187; que leur caract&#232;re bourru rendait malgr&#233; tout sympathiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, je me rends mieux compte de ce qu'a &#233;t&#233; la vie de travail de beaucoup d'habitants de mon quartier : travail rude, dangereux, harassant, malsain. Beaucoup y ont perdu la sant&#233;, les poumons &#233;tant atteints de la maladie dite des mineurs, la silicose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#233;crivant ces lignes, je r&#233;alise &#224; quel point j'ai baign&#233; dans cette &#171; culture des charbonnages &#187;, et combien l'histoire, le vocabulaire, la mentalit&#233;, le mode de vie ont fa&#231;onn&#233; mon enfance. En effet, j'ai toujours v&#233;cu &#224; Montegn&#233;e pr&#232;s de Li&#232;ge sur le plateau du Homvent, parsem&#233; depuis le XVIe si&#232;cle de nombreuses bures d'exploitation charbonni&#232;re : Gosson, Petit Corbeau, Ag&#232;sse, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes grands-parents maternels se sont install&#233;s en Wallonie en 1903 pour gagner leur vie, &#224; une &#233;poque o&#249; la Wallonie &#233;tait prosp&#232;re gr&#226;ce &#224; la richesse de son sous-sol : les nombreux charbonnages attiraient une main-d'&#339;uvre nombreuse venue du Limbourg et de Campine, r&#233;gions moins favoris&#233;es &#224; cette &#233;poque. Je me rappelle les cars flamands sillonnant les rues du quartier pour amener les ouvriers mineurs &#224; leur poste de travail et reprendre ceux qui terminaient leur journ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains ouvriers trouvaient &#224; se loger sur place. A une certaine &#233;poque, nous avions chez nous un &#171; logeur &#187;, &#171; Pierket &#187;. Il reniflait r&#233;guli&#232;rement des pinc&#233;es de poivre moulu pour se faire &#233;ternuer : &#171; Il faut &#233;liminer les poussi&#232;res de charbon qui vous collent dans le nez &#187; disait-il avec son accent particulier ; la d&#233;tonation ne se faisait pas attendre : il &#233;ternuait violemment en se cachant le nez dans un grand mouchoir de poche &#224; carreaux bleus ou rouges. Il pratiquait une autre &#171; technique sant&#233; &#187;, comme tous les mineurs d'ailleurs : il chiquait &#224; longueur de journ&#233;e ce que l'on appelle &#171; des chiques de rolle &#187;, que maman vendait aussi au magasin ; il s'agissait de petites boules ou petits rouleaux de feuilles, probablement de tabac, compress&#233;es et mac&#233;r&#233;es dans un jus brun. Ces &#171; chiques de rolle &#187; lubrifient et purifient la gorge des mineurs, disaient-ils ! Il n'est pas rare de voir les l&#232;vres et les dents de ces chiqueurs jaunies et parfois m&#234;me noircies. Mes s&#339;urs et moi &#233;tions fascin&#233;es par ces exercices de pr&#233;vention-sant&#233; r&#233;p&#233;t&#233;s journellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rest&#233; veuf, avec cinq gar&#231;ons &#224; &#233;lever, &#233;duquer et nourrir, mon grand-p&#232;re paternel, Jacques, a fait face avec beaucoup de courage &#224; une situation familiale dramatique dans un contexte social inhumain. Il travaillait 10 &#224; 12 h par jour dans la mine, et dans des conditions plus difficiles encore durant la guerre 1914-1918. Mon p&#232;re a grandi dans la pauvret&#233;, les privations et le manque de pr&#233;sence maternelle. Et &#224; l'&#226;ge de 9 ans, il est &#224; son tour descendu dans les mines du charbonnage du Gosson, et ce jusqu'&#224; son mariage avec maman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la guerre 1940-1945, l'extraction du charbon dans la r&#233;gion li&#233;geoise devint de plus en plus difficile et on&#233;reuse : il fallait parfois descendre &#224; mille m&#232;tres pour acc&#233;der aux veines. Malgr&#233; de nombreuses subventions, les autorit&#233;s d&#233;cid&#232;rent alors la fermeture des charbonnages : le Gosson n&#176;1 a &#233;t&#233; ferm&#233; le 2 mai 1959 et le Gosson n&#176;2 quelques ann&#233;es plus tard, le 29 janvier 1966.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel drame pour les familles des mineurs et pour toute l'activit&#233; commerciale qui s'&#233;tait d&#233;velopp&#233;e autour de cette activit&#233; ! La plupart des travailleurs ont cherch&#233; &#224; se replacer dans les petites entreprises des environs, dans l'industrie sid&#233;rurgique du Bassin de Seraing (Cockerill, Vieille Montagne). Certains n'ont pu retravailler, victimes de maladies des mineurs, dont la silicose.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Etre homosexuel (Arthur)</title>
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		<dc:date>2021-04-29T07:43:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mich&#232;le A&amp;T</dc:creator>


		<dc:subject>Homme (r&#244;le)</dc:subject>
		<dc:subject>LGBTQIA+</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Je suis d'origine sicilienne, n&#233; en 1958 et je suis arriv&#233; en Belgique &#224; l'&#226;ge de six ans. D'aussi loin que je me rappelle, mon comportement ne correspondait pas &#224; ce que l'on attendait d'un petit gar&#231;on. D&#232;s ma petite enfance, je pr&#233;f&#233;rais les jeux de filles : j'aimais sauter &#224; la corde, jouer &#224; la marelle. Je mettais sur mes ongles le vernis rouge de ma m&#232;re. Je me faisais de longs cheveux avec un essuie de cuisine sur la t&#234;te. Je d&#233;testais jouer au football avec les autres gar&#231;ons. Vers l'&#226;ge de 12 ans, (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot181" rel="tag"&gt;LGBTQIA+&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je suis d'origine sicilienne, n&#233; en 1958 et je suis arriv&#233; en Belgique &#224; l'&#226;ge de six ans. D'aussi loin que je me rappelle, mon comportement ne correspondait pas &#224; ce que l'on attendait d'un petit gar&#231;on. D&#232;s ma petite enfance, je pr&#233;f&#233;rais les jeux de filles : j'aimais sauter &#224; la corde, jouer &#224; la marelle. Je mettais sur mes ongles le vernis rouge de ma m&#232;re. Je me faisais de longs cheveux avec un essuie de cuisine sur la t&#234;te. Je d&#233;testais jouer au football avec les autres gar&#231;ons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vers l'&#226;ge de 12 ans, lorsque je vais en vacances en Sicile chez mon cousin, ses copains m'appellent &#171; fi-fille &#187;. Ils disent que j'ai des mani&#232;res eff&#233;min&#233;es Pour que l'on ne se moque pas de moi, je dois contr&#244;ler ma fa&#231;on de marcher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je commence &#224; travailler &#224; l'&#226;ge de 16 ans. A l'&#226;ge o&#249; les gar&#231;ons flirtent avec les filles, moi je suis attir&#233; par les gar&#231;ons. Dans mon lieu de travail, je n'ai aucun probl&#232;me avec mes coll&#232;gues. Mais lors de vacances en Italie chez un autre cousin, ses amis sont cruels avec moi. Je me cache pour pleurer, mon cousin essaye de me rassurer mais c'est trop dur &#224; supporter. Je d&#233;cide m&#234;me de ne plus jamais retourner en vacances chez lui pour me prot&#233;ger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers l'&#226;ge de 20 ans, j'ai eu mon permis de conduire, cela me permet de sortir plus loin de la maison. Je fr&#233;quentais des lieux &#171; h&#233;t&#233;ro &#187; puis j'assistais &#224; des spectacles gays. Un soir, un coll&#232;gue de mon p&#232;re m'a vu sortir d'un de ces bars. Cela provoque des tensions avec mon p&#232;re et avec mes fr&#232;res. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand je sors, je dois tout le temps faire attention pour ne pas &#234;tre reconnu. Je d&#233;couvre peu &#224; peu ma vie mais je ne m'acceptais pas encore comme homosexuel. C'est la p&#233;riode la plus difficile de ma vie. Je suis en d&#233;pression. J'ai pens&#233; me suicider. J'&#233;tais partag&#233;, une part de moi ne voulait pas, une autre part voulait mettre fin aux moqueries et rejets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, j'ai pu parler de mon malaise &#224; une femme qui avait vingt ans de plus que moi. Elle aussi avait v&#233;cu des choses difficiles : on l'avait oblig&#233;e &#224; se marier. Alors on se confiait l'un &#224; l'autre. Cela me faisait du bien d'&#234;tre &#233;cout&#233; sans &#234;tre jug&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette femme m'a conseill&#233; d'aller parler &#224; mon m&#233;decin de famille pour avoir un traitement anti d&#233;presseur. Devant lui, je ne suis pas arriv&#233; &#224; expliquer pourquoi j'avais des crises d'angoisse. Le m&#233;decin m'a fait une lettre de recommandation pour un psychiatre ; j'ai d&#233;chir&#233; la lettre et je n'y suis jamais all&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; l'&#226;ge de 27 ans, je vivais encore chez mes parents. J'ai trouv&#233; un travail &#224; Bruxelles et je suis all&#233; loger chez une tante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon p&#232;re m'a dit : &#171; Soit tu te maries et je te donne 300.000 francs belges, soit tu quittes la maison &#187;. J'avais pris confiance en moi. Ce jour-l&#224; j'ai os&#233; m'opposer &#224; mon p&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai trouv&#233; un appartement. Cela m'a permis de sortir plus librement. J'ai pu rencontrer des gens int&#233;ressants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je passais &#224; la maison dire bonjour &#224; ma m&#232;re, elle &#233;tait triste mais elle m'encourageait &#224; faire ma vie. Mais je ne parlais plus &#224; mon p&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pourtant, un jour, mon p&#232;re s'est mis &#224; genou devant moi pour me demander pardon. Malgr&#233; cela, un mur restait entre nous deux ; je ne pouvais plus l'appeler &#171; Papa &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 80, le sida apparait. Je deviens plus prudent. J'&#233;vite les endroits pour homosexuels. Pour ne pas faire des rencontres risqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai jamais fait partie d'associations de militance. J'ai toujours v&#233;cu mes relations de fa&#231;on tr&#232;s discr&#232;te.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai v&#233;cu pendant vingt ans avec un compagnon beaucoup plus &#226;g&#233; que moi. Quand il est d&#233;c&#233;d&#233;, j'ai rencontr&#233; mon compagnon actuel. Depuis treize ans, je vis tr&#232;s &#233;panoui avec lui. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a trois ans environ, un de mes neveux homosexuel s'est mari&#233;. J'ai pu pr&#233;senter mon compagnon pour la premi&#232;re fois &#224; la famille enti&#232;re. J'en ai &#233;t&#233; tr&#232;s &#233;mu et tr&#232;s heureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, certaines personnes consid&#232;rent encore l'homosexualit&#233; comme un vice. Je pense que chacun doit pouvoir vivre sa vie comme il le sent et ne pas s'occuper du regard des autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si c'&#233;tait &#224; refaire, je partirais plus t&#244;t de chez mes parents.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Sallum, belgo-burundais, voyageur et enseignant</title>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Homme (r&#244;le)</dc:subject>
		<dc:subject>Religion, valeurs et &#233;thique</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration subsaharienne et descendants</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Extrait de &#034;Nous racontons notre vie&#034;, au Pavillon L&#233;opold &#224; Laeken (2016) &lt;br class='autobr' /&gt;
Une famille burundaise &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis n&#233; au Burundi en 1951. Je me souviens de ma grand-m&#232;re paternelle : elle nous aimait beaucoup et nous pr&#233;parait des repas de f&#234;te ! C'&#233;tait une riche commer&#231;ante. De caract&#232;re tr&#232;s s&#233;v&#232;re, elle a voulu donner une bonne &#233;ducation &#224; son fils, mon p&#232;re. Celui-ci a fait du commerce et est devenu riche. Il a voyag&#233; beaucoup, au Congo, en Tanzanie et au Kenya. Il a eu un magasin et des camions de (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot194" rel="tag"&gt;Immigration subsaharienne et descendants&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait de &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article1340' class='spip_in'&gt;&#034;Nous racontons notre vie&#034;&lt;/a&gt;, au Pavillon L&#233;opold &#224; Laeken (2016)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une famille burundaise&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233; au Burundi en 1951. Je me souviens de ma grand-m&#232;re paternelle : elle nous aimait beaucoup et nous pr&#233;parait des repas de f&#234;te ! C'&#233;tait une riche commer&#231;ante. De caract&#232;re tr&#232;s s&#233;v&#232;re, elle a voulu donner une bonne &#233;ducation &#224; son fils, mon p&#232;re. Celui-ci a fait du commerce et est devenu riche. Il a voyag&#233; beaucoup, au Congo, en Tanzanie et au Kenya. Il a eu un magasin et des camions de transport. Il a vendu des v&#234;tements, des boissons, &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon p&#232;re a voulu m'initier au commerce et m'a incit&#233; &#224; faire des &#233;tudes. Il voulait que je le remplace. Ma m&#232;re &#233;tait femme au foyer. Nous &#233;tions 9 enfants &#224; la maison : 5 gar&#231;ons et 4 filles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La famille, pour moi, c'est tr&#232;s important. On ne sait pas vivre sans. La famille en Afrique, ce sont aussi les oncles, les tantes, les grands-parents, les cousins et cousines &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des langues &#224; l'informatique en passant par des camps pour r&#233;fugi&#233;s &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon p&#232;re a &#233;t&#233; d'abord commer&#231;ant ambulant puis d&#233;taillant et ensuite grossiste. Ma m&#232;re &#233;tait femme au foyer mais elle a aussi travaill&#233; dans l'extraction de l'huile de palme et dans l'agriculture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; moi, j'ai beaucoup aim&#233; l'&#233;cole primaire. Je voulais devenir instituteur. En secondaire, j'ai &#233;t&#233; &#224; l'&#233;cole normale. Ensuite, en 1972, j'ai d&#251; quitter le Burundi &#224; cause de la guerre et je me suis &#233;tabli au Rwanda. Etant donn&#233; que j'&#233;tais fort en langues &#233;trang&#232;res, j'ai suivi l'institut sup&#233;rieur p&#233;dagogique pour devenir professeur d'anglais et de fran&#231;ais. J'ai exerc&#233; ce m&#233;tier dans une &#233;cole secondaire de 1977 &#224; 1994. En 1993, de nouveau, &#224; cause de la guerre, je suis retourn&#233; au Burundi. Apr&#232;s l'assassinat du pr&#233;sident &#233;lu d&#233;mocratiquement, le pays est tomb&#233; dans une p&#233;riode troubl&#233;e. J'ai fui encore une fois au Congo et enfin en Tanzanie. J'ai travaill&#233; comme travailleur social dans des camps pour r&#233;fugi&#233;s jusqu'en 2000. J'ai suivi des formations, e.a. de m&#233;diateur en Tanzanie, en Namibie, en Autriche. Quand j'&#233;tais en Autriche, j'ai appris que j'&#233;tais recherch&#233; par le gouvernement du Burundi. Je suis arriv&#233; en Belgique o&#249; j'ai demand&#233; le statut de r&#233;fugi&#233;. Je l'ai eu et je me suis naturalis&#233; belge. Apr&#232;s 3 ans, mes enfants et mon &#233;pouse, burundaise, ont pu me rejoindre. Dans le cadre de l'article 60, j'ai travaill&#233; pendant 2 ans au CPAS de St Gilles ; un travail en rapport avec des personnes &#226;g&#233;es. Ce travail m'int&#233;ressait beaucoup. Puis, j'ai travaill&#233; &#224; Bruxelles Formation comme formateur de fran&#231;ais et &#224; Molenbeek en tant qu'agent administratif. J'ai arr&#234;t&#233; de travailler &#224; 60 ans. Maintenant, je donne des cours d'informatique aux seniors &#224; Bruxelles-Ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je trouve que les personnes &#226;g&#233;es sont quelque peu abandonn&#233;es ici. C'est ce qui m'a fort frapp&#233; et &#231;a c'est tr&#232;s diff&#233;rent de l'Afrique. Pour nous, les personnes &#226;g&#233;es sont la m&#233;moire pour les petits-enfants. Chez nous on est toujours d&#233;pendants les uns des autres. Ici, on peut gagner sa vie individuellement. En Afrique nous subissons des dictatures. Il y a tout pour se d&#233;velopper mais le syst&#232;me politique emp&#234;che le bon d&#233;veloppement. Et pourtant il y des grands lacs tr&#232;s poissonneux, des terres tr&#232;s fertiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'&#233;tais jeune, je r&#234;vais d'&#233;tudier en Europe et puis de retourner dans mon pays pour apporter mon savoir au pays. Mon plus grand r&#234;ve aujourd'hui c'est d'apporter de l'aide aux gens qui en ont besoin ici, autour de moi. J'aimerais bien s&#251;r retourner dans mon pays d'origine mais il y a encore beaucoup trop de probl&#232;mes graves l&#224;-bas. &#199;a reste un r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Etre un homme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; &#233;duqu&#233; diff&#233;remment de mes s&#339;urs. Etant gar&#231;on et a&#238;n&#233; de la famille, je devais succ&#233;der &#224; mon p&#232;re plus tard surtout le remplacer dans son commerce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes s&#339;urs s'occupaient de la vaisselle, des enfants. Elles jouaient avec des poup&#233;es, elles apprenaient comment porter un b&#233;b&#233;, comment pr&#233;parer la nourriture, ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi, je devais m'affirmer comme futur chef de famille. Je devais apprendre &#224; commander, &#224; imposer ma loi, &#224; grimper dans les palmiers pour couper les r&#233;gimes de noix de palme, &#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
Contrairement &#224; mes s&#339;urs, j'ai &#233;t&#233; pouss&#233; &#224; faire des &#233;tudes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#226;ge de 25 ans, je me suis mari&#233; au Rwanda. J'&#233;tais enseignant et ma femme faisait du petit commerce. Nous avions des boys pour s'occuper du m&#233;nage et des enfants. Nous &#233;tions consid&#233;r&#233;s comme des personnes tr&#232;s riches. D'autres femmes &#233;taient jalouses de ma femme. On a cherch&#233; &#224; l'empoisonner quatre fois !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je plaide pour l'&#233;galit&#233; des hommes et des femmes devant la loi. Mais je suis mal &#224; l'aise devant des travaux trop lourds demand&#233;s aux femmes. Dans notre foyer, je trouve que nous nous compl&#233;tons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etre une femme est plus difficile parce qu'elle est plus faible physiquement. Moi, qui ai connu en Afrique beaucoup de conflits guerriers, j'ai connu beaucoup de femmes victimes de viol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Religion, valeurs, philosophie de vie&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233; dans une famille chr&#233;tienne. Nous priions et allions dans une &#233;glise protestante pentec&#244;tiste. Le Burundi a &#233;t&#233; une colonie allemande avant d'&#234;tre rattach&#233;e &#224; la Belgique apr&#232;s la premi&#232;re guerre mondiale. Dans ma famille, on parlait beaucoup de Dieu. Moi, je voulais plaire &#224; Dieu et je le craignais. J'ai &#233;t&#233; &#224; l'&#233;cole primaire et ensuite &#224; l'&#233;cole secondaire chez les missionnaires pentec&#244;tistes su&#233;dois. Tous les &#233;l&#232;ves suivaient obligatoirement le cours de religion protestante. On priait beaucoup &#224; l'&#233;cole, &#224; la maison. Je chantais dans une chorale. Tous les jeudis, nous allions, tous les &#233;l&#232;ves, &#224; l'&#233;glise pour l'&#233;tude biblique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1972, c'&#233;tait la guerre entre les Hutus et les Tutsis. Un pasteur tutsi qui nous donnait cours a trahi ses fr&#232;res pasteurs et les &#233;l&#232;ves hutus en les donnant aux bourreaux. Cela m'a &#233;norm&#233;ment choqu&#233; : &#171; Comment un homme de Dieu peut trahir des jeunes innocents ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par apr&#232;s, j'ai quitt&#233; le Burundi et j'ai &#233;t&#233; &#224; l'universit&#233; au Rwanda. J'ai adh&#233;r&#233; &#224; l'Eglise pentec&#244;tiste. L&#224; aussi, j'ai vu des conflits entre un pasteur tutsi et un pasteur missionnaire allemand. &#171; Comment est-ce possible ? &#187; J'ai &#233;crit une lettre officielle pour r&#233;concilier les deux pasteurs. Le pasteur hutu m'a reproch&#233; d'avoir &#233;crit la lettre. &#171; Vous avez d&#233;truit les Eglises pentec&#244;tistes au Burundi. Vous voulez faire la m&#234;me chose ici ? &#187;. Pourtant je voulais qu'ils se r&#233;concilient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fil du temps, j'ai continu&#233; &#224; croire en mon Dieu. Pour moi, il n'y a pas de hasard. Quand on demande quelque chose &#224; Dieu, il peut y r&#233;pondre. Pour moi, Dieu est un esprit sup&#233;rieur qui dirige tout. Des lois ont &#233;t&#233; fix&#233;es par lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma relation avec mon Dieu est plus importante que la religion (qui est exploit&#233;e par les hommes ?).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me pose cependant la question suivante : &#171; Comment se fait-il que ce soit les Africains qui prient le plus et qui sont les plus pauvres ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un objet qui m'est cher ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai beaucoup r&#233;fl&#233;chi mais je n'ai rien trouv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1972, j'ai fui la guerre au Burundi. Je n'ai pas eu le temps de prendre quelque chose. Depuis cette &#233;poque, je ne m'attache &#224; aucun objet &#8230; Je ne veux pas m'attacher &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, j'ai &#233;tudi&#233; et travaill&#233; au Rwanda et l&#224; aussi j'ai aussi d&#251; fuir les conflits pr&#233;cipitamment. De nouveau, j'ai tout laiss&#233;. Ensuite au Congo, cela a recommenc&#233; &#8230; et en Tanzanie aussi &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce dont je suis le plus fier ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai travers&#233; beaucoup de pays en guerre. J'ai connu beaucoup de gens dans ces pays, souvent dans la souffrance. Pour moi, en Afrique et en Europe, les gens sont les m&#234;mes partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Evidemment, en Afrique, on peut passer sa nuit sous un arbre. Le lieu favorise une certaine mani&#232;re de vivre. En Europe, c'est diff&#233;rent, il fait plus froid &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#234;ve d'enfant, r&#234;ve d'adulte ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Je voulais faire beaucoup d'&#233;tudes et beaucoup de voyages&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce que j'ai fait &#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Charbons, boulons, pigeons (Mich&#232;le B.)</title>
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		<dc:date>2013-10-28T11:34:50Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Engagement (social,politique)</dc:subject>
		<dc:subject>Homme (r&#244;le)</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>

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&lt;p&gt;Le 29 ao&#251;t 1895, dans une famille ouvri&#232;re bruxelloise, na&#238;t le petit L&#233;onard Bauwens. Il est le 5&#232;me enfant d'Antoine et d'Anna Maria, le 3&#232;me encore en vie. &lt;br class='autobr' /&gt; L&#233;onard a tout juste 9 ans quand il quitte l'&#233;cole. C'est que la famille s'est agrandie de 3 nouveaux enfants et les rentr&#233;es sont trop maigres pour faire vivre tout ce petit monde. Aussi Antoine d&#233;cide-t-il qu'il est grand temps que L&#233;onard contribue aux frais de la maisonn&#233;e. Comme son p&#232;re et ses 2 a&#238;n&#233;s, il ira travailler comme cheminot. Pas de (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L108xH150/arton997-db5fd.jpg?1776944358' width='108' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le 29 ao&#251;t 1895, dans une famille ouvri&#232;re bruxelloise, na&#238;t le petit L&#233;onard Bauwens. Il est le 5&#232;me enfant d'Antoine et d'Anna Maria, le 3&#232;me encore en vie.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;onard a tout juste 9 ans quand il quitte l'&#233;cole. C'est que la famille s'est agrandie de 3 nouveaux enfants et les rentr&#233;es sont trop maigres pour faire vivre tout ce petit monde. Aussi Antoine d&#233;cide-t-il qu'il est grand temps que L&#233;onard contribue aux frais de la maisonn&#233;e. Comme son p&#232;re et ses 2 a&#238;n&#233;s, il ira travailler comme cheminot. Pas de chance, on est en 1904 et ce n'est que 10 ans plus tard que l'instruction obligatoire jusqu'&#224; 14 ans mettra enfin un terme au travail des enfants et permettra leur &#233;mancipation. Sans aucune formation, le jeune L&#233;onard est affect&#233; &#224; des petits travaux d'entretien des rails, &#224; la gare de Schaerbeek. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es passent, il grandit, travaille dur et devient ajusteur-monteur de maintenance. Mais il joue de malchance. Alors que le service militaire n'est obligatoire que pour un fils par famille, le 30 ao&#251;t 1913, lendemain du jour o&#249; L&#233;onard f&#234;te ses 18 ans, une nouvelle loi met fin &#224; ce syst&#232;me et instaure le service militaire pour tous... Ce ne serait pas un drame si, moins d'un an plus tard, l'Allemagne ne d&#233;clarait la guerre &#224; la France et n'envahissait la Belgique. Celle-ci d&#233;clenche la mobilisation g&#233;n&#233;rale. Contrairement &#224; son fr&#232;re a&#238;n&#233; qui est consid&#233;r&#233; comme soutien de famille, L&#233;onard n'est pas exempt&#233; et se retrouve donc sous les drapeaux. Au d&#233;but, il ne panique pas car, comme la plupart des mobilis&#233;s, il pense que le pays est prot&#233;g&#233; par son statut de neutralit&#233;. &lt;br&gt;
Mais en octobre 1914, r&#233;sign&#233; &#224; un conflit dont il esp&#232;re toujours qu'il sera court, L&#233;onard est envoy&#233; au front de l'Yser o&#249; il restera 50 mois, sans jamais revoir sa famille. Celle-ci, rest&#233;e &#224; Bruxelles, est plong&#233;e dans une grande pr&#233;carit&#233; et tente de survivre sous un r&#233;gime d'occupation particuli&#232;rement oppressant.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 11 novembre 1918, la Grande Guerre est termin&#233;e. L&#233;onard a surv&#233;cu &#224; l'artillerie des ennemis et a &#233;chapp&#233; &#224; l'&#233;pid&#233;mie de typhus. Mais il rentre &#224; Evere fort affaibli par les p&#233;nibles conditions de vie dans la boue des tranch&#233;es o&#249; il a souvent souffert de la faim et m&#234;me de la soif. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reprend bient&#244;t sa dure vie d'ouvrier. Comme beaucoup d'entre eux, il travaille parfois seize heures par jour, et sept jours par semaine et ne b&#233;n&#233;ficie que de quelques heures de cong&#233;, les jours f&#233;ri&#233;s religieux. Heureusement, trois ans plus tard, gr&#226;ce aux luttes du parti socialiste dont il est un fervent adh&#233;rent, une loi institue la journ&#233;e de huit heures et la semaine de quarante-huit heures. En 1925, il a 30 ans quand le Ministre socialiste des Communications, bien conscient de la p&#233;nibilit&#233; de leur travail et de ses r&#233;percussions sur leur sant&#233; et leur rendement, octroie aux cheminots un cong&#233; annuel de huit jours. Ce n'est qu'11 ans plus tard, en 1936, qu'apr&#232;s un important mouvement de gr&#232;ves, la semaine de quarante heures et l'octroi d'une semaine de cong&#233;s pay&#233;s deviendront un droit pour tous les travailleurs.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; qui permet &#224; L&#233;onard, pour la premi&#232;re fois depuis 21 ans, d'&#233;chapper pendant plusieurs jours aux tracas, &#224; la salet&#233; et aux bruits quotidiens des chemins de fer. Il en profite pour s'adonner &#224; la colombophilie, un loisir tr&#232;s pris&#233; chez les ouvriers belges de l'&#233;poque. Au fond de son petit jardin, il construit un pigeonnier, qu'il entretient consciencieusement. Il nourrit et prend soin de ses pigeons, les fait participer &#224; des concours locaux et r&#233;gionaux et gagne &#224; plusieurs reprises des coupes, services &#224; caf&#233; et autres objets assez kitch. Ceux-ci ne seront jamais utilis&#233;s mais tr&#244;neront dans la vitrine de la salle &#224; manger, pi&#232;ce o&#249; on ne met les pieds que quand on re&#231;oit des invit&#233;s de marque. &lt;br&gt;
Le reste de son temps libre, L&#233;onard l'emploie &#224; cultiver, non loin de la voie ferr&#233;e, le bout de terrain qui lui est attribu&#233; par la Soci&#233;t&#233; des Chemins de fer et dont il fait un magnifique potager. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant plusieurs ann&#233;es, L&#233;onard va b&#233;n&#233;ficier de la &#171; prime de charbon &#187;. C'est la prime per&#231;ue par les cheminots qui font le travail dangereux d&#233;crit ci-apr&#232;s (le pelletage du charbon). A l'&#233;poque, les trains sont tract&#233;s par des locomotives &#224; vapeur attel&#233;es &#224; un tender. C'est ainsi qu'on appelle le wagonnet destin&#233; &#224; porter l'approvisionnement en eau et combustible. Pour alimenter la chaudi&#232;re, il faut pelleter le charbon, mais ce travail est p&#233;nible et dangereux car on risque de tomber du train. Aussi, &#224; la demande de sa femme, L&#233;onard finira par y renoncer. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1954, lui qui a toujours travaill&#233; vaillamment, ressent une fatigue de plus en plus importante, se met &#224; maigrir et se plaint de douleurs thoraciques et d'essoufflement. Il finit par consulter un m&#233;decin qui le fait hospitaliser. Il meurt quelques jours plus tard, emport&#233; par un cancer du poumon. Il a 59 ans. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout au long des ann&#233;es, il a inhal&#233; des poussi&#232;res de charbon qui se sont infiltr&#233;es dans ses poumons. Depuis son enfance, il a &#233;t&#233; expos&#233; de mani&#232;re continue aux fibres d'amiante provenant des mat&#233;riaux industriels qu'il a sci&#233;s et perc&#233;s pendant pr&#232;s de 50 ans sans jamais porter la moindre protection respiratoire. &lt;br&gt;
Mais son d&#233;c&#232;s pr&#233;matur&#233;, survenu quelques mois avant qu'il n'atteigne l'&#226;ge de la pension dont il r&#234;vait tant, sera consid&#233;r&#233; comme la cons&#233;quence de son tabagisme.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#233;onard &#233;tait mon grand-p&#232;re paternel et mon parrain. Je me souviens comme si c'&#233;tait hier de nos s&#233;ances de jardinage, de nos promenades dans les champs o&#249; il m'apprenait &#224; chasser les papillons et &#224; reconna&#238;tre les fleurs et les insectes. J'aimais beaucoup ce bon&#8211;papa taiseux qui ne pouvait rien me refuser et me regardait comme si j'&#233;tais la huiti&#232;me merveille du monde&#8230; Mais la vie, qui n'a eu pour lui aucune indulgence, me l'a arrach&#233; alors que je n'avais que 7 ans, au moment o&#249; nous allions enfin pouvoir profiter l'un de l'autre. &lt;br&gt;
Au souvenir de cet homme simple, si courageux et gentil, je suis remplie de tendresse et de respect, mais aussi d'une immense r&#233;volte contre le destin qui, apr&#232;s l'avoir condamn&#233; &#224; une vie de travail &#233;reintant, l'a priv&#233; du repos de la retraite alors qu'il lui avait d&#233;j&#224; vol&#233; son enfance.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La m&#233;nag&#232;re mod&#232;le (Jean N.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article677</link>
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		<dc:date>2012-03-20T07:15:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Femme, f&#233;minisme</dc:subject>
		<dc:subject>Homme (r&#244;le)</dc:subject>
		<dc:subject>Technologie (&#233;volution)</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Et la lessive - Instantan&#233;s sur l'&#233;volution de la femme au 20e si&#232;cle &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Le jour de mon mariage, le 1er juin 1946, ma m&#232;re a donn&#233; un conseil bizarre &#224; sa bru : &#171; Ne g&#226;te pas ton mari, il en profitera. &#187; Attitude d'autant plus inattendue qu'elle ne m'avait gu&#232;re g&#226;t&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ren&#233;e n'a pas suivi son conseil et m'a g&#226;t&#233; pendant soixante ans. Elle avait une conception tr&#232;s traditionnelle du r&#244;le de la femme. Elle s'occupait seule du (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot165" rel="tag"&gt;Technologie (&#233;volution)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L98xH150/arton677-a8244.jpg?1776712217' width='98' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article580' class='spip_in'&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; Et la lessive - Instantan&#233;s sur l'&#233;volution de la femme au 20e si&#232;cle &#187;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Le jour de mon mariage, le 1er juin 1946, ma m&#232;re a donn&#233; un conseil bizarre &#224; sa bru : &#171; Ne g&#226;te pas ton mari, il en profitera. &#187; Attitude d'autant plus inattendue qu'elle ne m'avait gu&#232;re g&#226;t&#233;. &lt;br /&gt;
Ren&#233;e n'a pas suivi son conseil et m'a g&#226;t&#233; pendant soixante ans. Elle avait une conception tr&#232;s traditionnelle du r&#244;le de la femme. Elle s'occupait seule du m&#233;nage et estimait que ce n'&#233;tait pas le r&#244;le du m&#226;le. La cuisine m'&#233;tait interdite lors de la pr&#233;paration des repas. La seule aide que je lui apportais, sporadiquement, &#233;tait l'essuyage de la vaisselle qu'elle se r&#233;servait de laver.&lt;br /&gt;
Lors des emplettes faites en commun, ce qui &#233;tait rare, elle ne me permettait pas de porter un cabas ; elle estimait que c'&#233;tait d&#233;gradant pour un homme. Je trouvais plus g&#234;nant de passer pour un macho assez mufle. &#192; la rigueur, je pouvais l'aider &#224; condition de camoufler les provisions dans ma mallette de professeur.&lt;br /&gt;
&#201;pouse au foyer, celui-ci &#233;tait tenu avec un soin et un ordre minutieux. Les seules t&#226;ches qui m'&#233;taient confi&#233;es &#233;taient l'entretien du chauffage et ce qui n&#233;cessitait de la force musculaire. Je m'occupais du jardin et j'ai toujours beaucoup bricol&#233;, parfois d'une mani&#232;re quasi professionnelle, avec tout l'outillage n&#233;cessaire.&lt;br /&gt;
Pendant des ann&#233;es, nous avons &#233;tudi&#233; ensemble un budget tr&#232;s serr&#233; que je mettais en forme et auquel nous nous tenions strictement. &lt;br /&gt;
Elle &#233;tait maniaque de l'ordre. L'esth&#233;tique de son int&#233;rieur comptait plus que l'aspect de sa personne. Quand on sonne &#224; la porte, la plupart des femmes se mirent rapidement dans le miroir, rectifient autant que possible leur coiffure, se repoudrent en vitesse. Ren&#233;e pas. Elle jette un coup d'&#339;il inquiet sur l'ordre de la pi&#232;ce. Elle a d'ailleurs horreur des visites &#224; l'improviste, non qu'elle souffre d'&#234;tre d&#233;couverte sans maquillage, mais que le visiteur importun s'aper&#231;oive qu'une chaise n'est pas bien rang&#233;e autour de la table, qu'un livre de son mari tra&#238;ne sur un gu&#233;ridon. Car lui, il n'a pas d'ordre !&lt;br /&gt;
Au bout de cinq ans, les t&#226;ches m&#233;nag&#232;res ne lui ont plus suffi. Elle est devenue secr&#233;taire de direction dans l'ath&#233;n&#233;e o&#249; j'enseignais. Elle s'est montr&#233;e aussi z&#233;l&#233;e dans ce second m&#233;tier, ne recevant qu'&#233;loges de ses chefs successifs. Il faut dire qu'elle n'h&#233;sitait pas &#224; faire des heures suppl&#233;mentaires quand les circonstances l'exigeaient au grand dam de son seigneur et ma&#238;tre qui attendait, parfois l'estomac dans les talons, que ses &#233;gards se tournent vers sa personne.&lt;br /&gt;
Elle se levait la premi&#232;re en partie par go&#251;t ; elle a toujours aim&#233; se lever t&#244;t. Quand elle avait lib&#233;r&#233; la salle de bains, je me levais &#224; mon tour et, ma toilette faite, je trouvais le petit d&#233;jeuner sur la table. Puis, avant de partir au boulot ext&#233;rieur, elle faisait le lit apr&#232;s avoir rang&#233; la cuisine, comme de bien entendu.&lt;br /&gt;
Elle &#233;tait toujours press&#233;e. Non seulement, il ne fallait pas remettre au lendemain ce qu'on pouvait faire le jour m&#234;me, mais elle ne repoussait jamais de dix minutes ce qui pouvait se faire sur-le-champ. Ainsi, apr&#232;s les fatigues accumul&#233;es d'une journ&#233;e de r&#233;ception, qu'il soit 22 heures ou 2 heures du matin, elle pr&#233;tendait remettre de l'ordre et m&#234;me entreprendre une vaisselle avant d'aller se coucher. J'insistais : &#171; Demain, il sera encore temps et je t'aiderai. &#187; Elle se cabrait ; je gagnais mon lit.&lt;br /&gt;
Pour la soulager, il m'arrivait souvent de lui proposer d'aller au restaurant ; la plupart du temps, elle me r&#233;pondait : &#171; &#199;a ira plus vite &#224; la maison. &#187;. Je n'ai jamais bien compris cette course contre le temps. Elle a toujours v&#233;cu dans l'anxi&#233;t&#233;. Prenions-nous un peu de bon temps &#224; la terrasse d'un caf&#233;, je la voyais sans cesse consulter sa montre. Le projet de vacances &#224; l'h&#244;tel lui faisait craindre de s'ennuyer ! Elle pr&#233;f&#233;rait, &#224; la mer ou &#224; la montagne, louer un petit appartement garni o&#249; elle pourrait encore s'occuper du m&#233;nage.&lt;br /&gt;
Elle a rapidement appris &#224; conduire. Je pense que c'&#233;tait pour ne pas m'imposer le r&#244;le de chauffeur qu'elle voyait assumer par le mari de sa meilleure amie, lors des courses dans les magasins.&lt;br /&gt;
&#192; part sa voiture qu'elle conduisait vite, avec adresse, elle a repouss&#233; les outils modernes qui allaient peu &#224; peu faciliter le travail de la m&#233;nag&#232;re. C'&#233;tait toujours moi qui lui proposais de les acqu&#233;rir, mais ils dormaient dans les armoires. En r&#233;alit&#233;, elle pensait, avec un rien de masochisme, que ce qu'on r&#233;alise sans trop d'effort n'est pas moral. Elle &#233;prouvait &#224; l'&#233;gard des outils modernes, une sorte d'allergie. Au lieu d'un aspirateur sans fil que j'avais fix&#233; au mur, &#224; port&#233;e de main, reli&#233; &#224; son chargeur de batterie, elle utilisait le balai et la &#171; ramassette &#187;, encore &#224; un &#226;ge avanc&#233; avec ce que cela comporte de g&#233;nuflexions et de maux de dos. Elle n'avait aucun attrait pour le four &#224; micro-ondes. Elle d&#233;daignait le lave-vaisselle, jugeant qu'il ne servait qu'en cas de nombreux commensaux &#224; notre table.&lt;br /&gt;
Sans doute par manque d'exercice, la machine tomba en panne. J'imaginai de ne pas la remplacer, vu son peu d'usage. Elle regretta mon intention du fait que, disait-elle, elle servait tout de m&#234;me en cas de r&#233;ception. C'est-&#224;-dire, &#224; partir de la retraite, deux fois par an environ ! Finalement, un modus vivendi fut conclu : nous rach&#232;terions un lave-vaisselle &#224; condition que nous nous en servions. Elle tint parole. &lt;br /&gt;
Mais un jour, h&#233;las, elle n'a plus pu rien faire. Elle est devenue enti&#232;rement d&#233;pendante de moi : plus d'&#233;quilibre, plus de force. &#192; quatre-vingt-quatre ans, j'ai d&#251; me charger de tout dans l'appartement qui avait remplac&#233; la maison, avec l'aide, deux heures par semaine seulement, d'une femme de m&#233;nage. Certes, mes nouvelles t&#226;ches furent d'autant plus p&#233;nibles qu'elles n&#233;cessit&#232;rent d'abord un apprentissage alors que l'&#226;ge de la retraite avait sonn&#233; depuis vingt ans. Mais m&#234;me apr&#232;s l'acquisition d'un rythme r&#233;gulier, d'une routine, la persistance d'une bonne sant&#233;, j'ai compris nombre des impatiences de ma compagne. J'use &#233;videmment de toutes les facilit&#233;s m&#233;nag&#232;res qu'offre la vie moderne, d&#233;daign&#233;es par une &#233;pouse d'un autre temps. Moi qui avais tendance &#224; laisser courir les choses, je ne peux supporter de quitter la cuisine o&#249; les circonstances m'obligent &#224; consacrer du temps, sans que tout soit lav&#233;, nettoy&#233;, mis en ordre, comme elle le faisait. Je suis all&#233; &#224; bonne &#233;cole ! Car remettre apr&#232;s la sieste ou au lendemain rend les choses plus difficiles et plus d&#233;sagr&#233;ables. Quand des s&#233;jours en clinique de ma pauvre &#233;pouse m'ont rendu seul convive, je n'ai jamais mis la machine en route ! &lt;br /&gt;
Bref, je mesure chaque jour combien lourdes ont &#233;t&#233; les doubles journ&#233;es de travail de ma m&#233;nag&#232;re mod&#232;le pour avoir omis de suivre l'insolite mais judicieux conseil de sa belle-m&#232;re.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Objecteur de conscience dans les ann&#233;es 60 (Jean V)</title>
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		<dc:date>2011-09-29T13:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Raton Laveur</dc:creator>


		<dc:subject>Engagement (social,politique)</dc:subject>
		<dc:subject>Homme (r&#244;le)</dc:subject>
		<dc:subject>Solidarit&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Un r&#233;cit &#233;crit par Isabelle D. sur base du t&#233;moignage oral de Pierre D. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ils sont venus m'arr&#234;ter &#224; 6 heures du matin. Un jour de juillet 66. Ils &#233;taient deux gendarmes. Quand ils m'ont pass&#233; les menottes, j'&#233;tais pr&#234;t. Je m'y attendais. Dix jours auparavant, ils &#233;taient venus me dire : &#171; Je vous donne l'ordre formel et militaire de rejoindre votre cantonnement par le premier train &#187;. Ils ont r&#233;p&#233;t&#233; cette phrase trois fois. A la troisi&#232;me fois, je leur ai dit : &#171; Je ne suis pas sourd, je comprends le (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot152" rel="tag"&gt;Homme (r&#244;le)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot163" rel="tag"&gt;Solidarit&#233;&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L150xH102/arton819-af0ee.jpg?1776944358' width='150' height='102' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un r&#233;cit &#233;crit par Isabelle D. sur base du t&#233;moignage oral de Pierre D.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong class=&#034;caractencadre-spip spip&#034;&gt;Ils sont venus m'arr&#234;ter &#224; 6 heures du matin. Un jour de juillet 66. Ils &#233;taient deux gendarmes. Quand ils m'ont pass&#233; les menottes, j'&#233;tais pr&#234;t. Je m'y attendais. Dix jours auparavant, ils &#233;taient venus me dire : &#171; Je vous donne l'ordre formel et militaire de rejoindre votre cantonnement par le premier train &#187;. Ils ont r&#233;p&#233;t&#233; cette phrase trois fois. A la troisi&#232;me fois, je leur ai dit : &#171; Je ne suis pas sourd, je comprends le fran&#231;ais, ce n'est pas la peine de le r&#233;p&#233;ter &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais 35 ans, j'&#233;tais professeur de math&#233;matique &#224; l'Ath&#233;n&#233;e d'Athus. J'&#233;tais mari&#233; et j'avais quatre enfants.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233; dans une famille ouverte. Mes parents &#233;taient tr&#232;s diff&#233;rents l'un de l'autre : mon p&#232;re avait 19 ans de plus que ma m&#232;re. Il &#233;tait flamand, elle &#233;tait wallonne. Lui &#233;tait incroyant, elle &#233;tait catholique. J'ai v&#233;cu la deuxi&#232;me guerre mondiale alors que j'avais entre 10 et 14 ans. Bien entendu, &#224; l'&#233;poque, j'&#233;tais totalement conditionn&#233; par les circonstances ext&#233;rieures. Tout &#233;tait simplifi&#233;, le monde &#233;tait parfaitement manich&#233;iste. Les allemands, c'&#233;taient &#171; les boches &#187;, les mauvais. Les alli&#233;s, c'&#233;taient les bons. L'arm&#233;e jouissait d'un grand prestige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De 49 &#224; 53, j'ai entrepris des &#233;tudes de sciences-math&#233;matiques &#224; l'ULB. J'y ai rencontr&#233; pas mal de jeunes qui avaient du se cacher pendant la guerre et qui avaient perdu 3 ou 4 ans d'&#233;tudes. Il y avait aussi des &#233;trangers qui arrivaient en Belgique apr&#232;s des parcours assez compliqu&#233;s&#8230; C'est en discutant avec eux que j'ai commenc&#233; &#224; remettre en question la vision d'un monde qui serait divis&#233; en bons et mauvais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin de mes &#233;tudes, j'ai fait un service militaire de 18 mois comme officier de r&#233;serve &#224; l'artillerie. C'est au cours de ce service militaire que j'ai acquis une certaine vision de l'arm&#233;e et de la philosophie qui sous-tend celle-ci. Je me souviens par exemple que, comme officiers de r&#233;serve, nous avions des instructeurs qui nous apprenaient &#224; commander. Ils nous disaient : &#171; il faut absolument commander de mani&#232;re suffisamment s&#232;che et cat&#233;gorique pour que les soldats ne se posent pas de probl&#232;mes de conscience &#187;. Pour moi, ce n'est pas possible. La conscience, c'est fondamental et se comporter de mani&#232;re &#224; faire une barri&#232;re aux prises de position relevant de la conscience, c'est inacceptable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, dans chaque individu, je trouve une part qui me convient et une part qui me convient moins bien. Dans toutes les classes d'individus, que ce soit des nationalit&#233;s, des religions, n'importe quelle cat&#233;gorie sociale, on trouve &#224; mon avis du bon et du mauvais. Petit &#224; petit, cette id&#233;e s'imposait &#224; moi. Le deuxi&#232;me aspect que j'ai fini par remettre totalement en question, c'est la confiance dans la violence pour r&#233;soudre les probl&#232;mes qui surgissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Belgique, &#224; ce moment-l&#224;, il y avait des luttes pour obtenir un statut d'objecteur de conscience. C'est en 1964 que le statut a &#233;t&#233; vot&#233;. Il &#233;tait pr&#233;vu que les personnes qui avaient d&#233;j&#224; fait leur service militaire mais qui &#233;taient oppos&#233;es &#224; ce type de formation aient le droit pendant un mois de se d&#233;clarer objecteurs de conscience. A ce moment-l&#224;, j'&#233;crivais un livre en collaboration avec le Professeur Papy et son &#233;pouse Fr&#233;d&#233;rique Lenger. J'habitais Nobressart et eux Bruxelles. R&#233;diger en commun quand on est &#224; 200 km de distance, &#231;a pose certains probl&#232;mes, d'autant que les courriers &#233;lectroniques n'existaient pas. Cela me prenait beaucoup de temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, je me suis rendu &#224; une conf&#233;rence donn&#233;e par Jo Pyronnet qui &#233;tait un des compagnons de Lanza del Vasto (&lt;i&gt;philosophe, po&#232;te, artiste et militant de la paix italien, surtout connu pour l'animation des Communaut&#233;s de l'Arche, qu'il a cr&#233;&#233;es sur le mod&#232;le des ashrams de Gandhi. Source : wikipedia&lt;/i&gt;). Il parlait de la non-violence et de l'action des fran&#231;ais notamment au Larzac et j'ai &#233;t&#233; tout &#224; fait convaincu par son discours. Et c'est &#224; ce moment-l&#224; que quelqu'un m'a demand&#233; : &#171; mais pourquoi n'es-tu pas objecteur de conscience ? &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Et c'est comme cela que j'ai appris que le statut d'objecteur de conscience existait et que le d&#233;lai &#233;tait pass&#233; pour se d&#233;clarer. Nul doute que si j'avais su, je me serais d&#233;clar&#233;. Mais c'&#233;tait trop tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Belgique, le personnage central de ce combat, c'&#233;tait Jean Van Lierde. Il a pass&#233; de nombreux mois en prison. Il a lutt&#233; jusqu'&#224; obtenir, &#224; titre personnel, l'autorisation de remplacer ce service militaire qu'il ne voulait pas faire par un travail dans les mines. Quand il est arriv&#233; au Bois du Cazier &#224; Marcinelle, l&#224; o&#249; en 56 il y a eu ce tr&#232;s grave accident, il a trouv&#233; que les conditions de travail &#233;taient absolument inhumaines. Il a r&#233;dig&#233; un rapport sur les conditions de travail au Bois du Cazier et ce rapport a abouti &#224; ce qu'il soit licenci&#233;. Il se trouvait alors dans une situation extr&#234;mement d&#233;licate : d'un c&#244;t&#233;, la condition pour qu'il ne fasse pas son service militaire, c'&#233;tait qu'il travaille dans la mine, mais de l'autre, dans les mines, les patrons se signalaient les &#233;l&#233;ments dangereux et partout o&#249; il se pr&#233;sentait il &#233;tait refus&#233;&#8230; Il a v&#233;cu comme &#231;a pendant des mois, sans pouvoir pr&#233;tendre au ch&#244;mage, puisque la Belgique manquait d'ouvriers mineurs &#224; l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai pris contact avec lui. J'&#233;tais furieux. Je lui disais : &#171; Voil&#224; une disposition l&#233;gale absolument aberrante : on accepte qu'un gamin de dix-neuf ans qui n'a aucune exp&#233;rience de la vie militaire refuse le service militaire pour des raisons de conscience, mais on refuse &#224; ceux qui, pendant un certain nombre de mois, ont v&#233;cu l'exp&#233;rience militaire, qui ont eu l'occasion de voir de quoi il s'agissait, la m&#234;me facult&#233; ! &#187;. C'est lui qui m'a sugg&#233;r&#233; d'&#233;crire &#224; mon chef de corps pour dire que je ne voulais plus &#234;tre militaire. Il m'a &#233;t&#233; r&#233;pondu que c'&#233;tait impossible, que la loi ne m'autorisait pas &#224; &#234;tre objecteur de conscience. Alors j'ai repris contact avec Jean et il m'a dit : &#171; il y a une autre fa&#231;on de faire : tu renvoies ton &#233;quipement&#8230;Mais tu dois savoir que &#231;a t'entra&#238;nera finalement en prison &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est peu apr&#232;s que j'ai commenc&#233; &#224; organiser chez moi, dans ma ferme, des camps pour la paix avec des adolescents. J'avais moi-m&#234;me suivi des sessions de formation &#224; l'Universit&#233; de Paix avec le P&#232;re Pire. Cela avait tellement de succ&#232;s qu'ils devaient refuser les moins de 21 ans. C'est ainsi que m'est venue l'id&#233;e d'am&#233;nager l'&#233;table qui jouxtait la ferme que j'occupais pour y accueillir les plus jeunes. Je voulais montrer que mon id&#233;e n'&#233;tait pas de refuser tout service, mais de refuser le service militaire. Ma femme a &#233;t&#233; d'accord. J'ai fini par animer ces camps pendant huit ans en stage r&#233;sidentiel, chez moi. C'&#233;tait international : il y avait des jeunes d'Am&#233;rique Latine, de Tch&#233;coslovaquie, de Pologne, de France&#8230; C'est le lendemain du premier camp de la paix que j'ai &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gendarmes m'ont conduit &#224; Li&#232;ge au Palais des Princes Ev&#234;ques. J'ai attendu longtemps avant d'&#234;tre finalement interrog&#233; par un auditeur militaire. Ce qui m'a d&#233;stabilis&#233;, c'est qu'il s'est servi du fait que je m'&#233;tais un peu moqu&#233; des gendarmes qui &#233;taient venus me donner les ordres. Il a dit que je passerais deux ans en prison comme objecteur de conscience et puis un an de plus parce que j'avais manqu&#233; de respect envers les gendarmes. Alors mon avocat, Roger Laurent, qui &#233;tait un gars tr&#232;s bien, qui a toujours travaill&#233; &#171; gratis &#187; pour les objecteurs (je n'&#233;tais pas le premier qu'il d&#233;fendait), m'a dit : &#171; te laisse pas impressionner par &#231;a. D'abord quelqu'un qui a d&#233;j&#224; fait 19 mois de service, ce serait vraiment inimaginable qu'on lui impose deux ans de prison, mais en plus, ta r&#233;action vis-&#224;-vis des gendarmes, cela fait partie du m&#234;me d&#233;lit et on ne peut pas &#234;tre condamn&#233; deux fois pour la m&#234;me chose &#187;. Quand je dis que &#231;a m'a &#233;branl&#233;, c'est une fa&#231;on de parler, cela ne changeait pas ma conviction, mais je trouvais r&#233;voltant qu'un repr&#233;sentant de la justice mente pour changer la position d'un d&#233;tenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai pass&#233; 33 jours en prison. Quand on est en prison, on est 24 heures/24 seul entre quatre murs. J'&#233;tais dans une situation d'isolement total et de r&#233;flexion. Au d&#233;part, mon combat prenait racine dans mes convictions religieuses. Mais je me posais des questions depuis assez longtemps et pendant ma d&#233;tention j'ai eu l'occasion de mettre ces choses-l&#224; au point. Le manich&#233;isme de l'arm&#233;e, la soumission aux commandements au del&#224; de la conscience et la confiance dans la force brutale &#8211; ces choses-l&#224;, je les voyais &#224; l'&#233;poque comme &#233;tant contraires &#224; l'Evangile. A partir du moment o&#249; je n'ai plus cru en Dieu, j'ai continu&#233; &#224; me construire une certaine coh&#233;rence morale et dans cette coh&#233;rence je trouvais toujours aussi d&#233;testables les points que je trouvais d&#233;testables comme chr&#233;tien. Finalement, les causes de mon refus n'&#233;taient pas tant li&#233;es &#224; une formation particuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cause de mon erreur de ne pas avoir profit&#233; du mois o&#249; je pouvais me d&#233;clarer objecteur, j'&#233;tais dans une situation un peu ridicule, je me retrouvais en prison, mais d'autre part, j'avais une circonstance tr&#232;s favorable : je pouvais agir sur une disposition pr&#233;cise d'une loi que je trouvais injuste. Jean Van Lierde, par le biais de mon avocat m'a inform&#233; que jamais un objecteur de conscience n'avait &#233;t&#233; remis en libert&#233; en attendant son proc&#232;s. Il m'a dit : &#171; ici on peut d&#233;velopper une argumentation pour que tu sois lib&#233;r&#233; provisoirement et qu'on te rappelle pour ton proc&#232;s &#187;. Il m'a demand&#233; si j'&#233;tais d'accord et c'est ce qu'on a fait et obtenu : j'ai &#233;t&#233; lib&#233;r&#233; en attendant le proc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour du proc&#232;s, ma femme &#233;tait pr&#233;sente. Depuis le d&#233;but, elle me soutenait. Au moment de la d&#233;lib&#233;ration des juges, l'auditeur militaire est sorti de la salle. Il a vu ma femme et il lui a dit : &#171; de toute fa&#231;on, si on lib&#232;re votre mari aujourd'hui, demain il a un nouvel ordre de rappel et il sera &#224; nouveau arr&#234;t&#233; ! &#187;. J'ai finalement &#233;t&#233; lib&#233;r&#233; parce que j'ai &#233;t&#233; condamn&#233; &#224; un mois de prison et comme je l'avais d&#233;j&#224; fait, j'ai &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;. Alors ma femme m'a r&#233;p&#233;t&#233; les propos de l'auditeur militaire et j'ai imm&#233;diatement t&#233;l&#233;phon&#233; &#224; Jean Van Lierde. Il m'a dit : &#171; Si tu es d'accord de prendre le risque, je t&#233;l&#233;phone imm&#233;diatement &#224; la RTB et dans le dernier bulletin d'information, on annoncera que Pierre Debbaut a &#233;t&#233; lib&#233;r&#233; mais que l'auditeur militaire a promis de l'arr&#234;ter demain. A ce moment l&#224;, il est coinc&#233; : ou bien il vient t'arr&#234;ter, mais tu prends ce risque, et alors on doit recommencer la lutte, ou bien il n'ose pas le faire ou les autres ne le suivent pas et alors on gagne le fait qu'ils ne reprendront plus ce genre d'attitude &#187;. Et c'est ce qui s'est pass&#233; : ils ont annonc&#233; &#224; la radio que j'&#233;tais lib&#233;r&#233; avec menace d'&#234;tre arr&#234;t&#233; le lendemain matin. Mais je n'ai pas &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; le lendemain matin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quand m&#234;me une chose tr&#232;s importante pour moi et pour les militants, m&#234;me si c'est une petite chose. Cette petite chose, &#231;a a &#233;t&#233; que le statut a &#233;t&#233; modifi&#233; et qu'ils ont accept&#233; qu'on se d&#233;clare objecteur de conscience apr&#232;s le service militaire. Je trouve que c'est tr&#232;s important parce que m&#234;me si c'est une petite victoire, &#231;a veut tout de m&#234;me dire qu'en luttant il y a parfois moyen de gagner quelque chose. Pour moi c'&#233;tait vraiment une satisfaction &#233;norme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;cemment un ami me disait : &#171; mais, Pierre, toi, quand tu &#233;tais en prison, tu as vraiment connu la solitude&#8230; &#187; et je lui ai r&#233;pondu : &#171; non, pas du tout, quand j'&#233;tais en prison, il y avait les autres objecteurs qui me soutenaient. Je me suis rarement senti aussi entour&#233; tout en &#233;tant seul dans ma cellule &#187;. Il y avait une solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois, quand je regarde mon pass&#233;, que je ne suis plus ce que j'&#233;tais &#224; 20 ans, c'est un fait, mais il y a une certaine continuit&#233;, une certaine fid&#233;lit&#233;. Je crois que les hommes sont n&#233;cessairement &#233;go&#239;stes : c'est par leurs propres sens, leur propre sensibilit&#233; qu'ils ont contact avec le monde et donc tous les messages passent par eux-m&#234;mes et donc voir l'&#233;go&#239;sme comme quelque chose d'&#233;pouvantable, je ne peux pas le faire. Mais d'autre part, l'homme ne peut pas vivre seul, ne serait-ce qu'&#224; sa naissance, il n'est pas capable de se d&#233;brouiller&#8230; il y a donc n&#233;cessairement une solidarit&#233; entre les hommes et je crois que, d&#232;s le d&#233;part, mais de plus en plus, cette solidarit&#233; s'&#233;tend &#224; tous les hommes. C'est un peu la continuit&#233; de mon itin&#233;raire. J'en avais d&#233;j&#224; la conviction jadis mais c'&#233;tait moins explicite que maintenant. Beaucoup de gens les plus int&#233;ressants que j'ai rencontr&#233;s, je les ai rencontr&#233;s dans des milieux pacifistes et ces gens-l&#224; &#233;taient presque tous anim&#233;s par cette solidarit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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