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	<title>Ages et transmissions</title>
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	<description>Cr&#233;&#233;e en 97, Ages et Transmissions est une asbl pluraliste bruxelloise permettant aux a&#238;n&#233;s de jouer un r&#244;le actif dans la soci&#233;t&#233;. Elle est reconnue comme organisme d'&#233;ducation permanente par la F&#233;d&#233;ration Wallonie-Bruxelles.</description>
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		<title>Ages et transmissions</title>
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		<title>Mes premi&#232;res ann&#233;es d'&#233;cole (Patrick dC.)</title>
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		<dc:subject>Ecole, &#233;tudes</dc:subject>
		<dc:subject>Francophones, n&#233;erlandophones</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;T&#233;moignage dans le cadre du projet &#034;m&#233;moires pour demain&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous habitions Anvers, une grande ville du nord de la Belgique. A la maison, nous parlions le fran&#231;ais, et quand j'&#233;tais petit, je ne me rendais pas compte que les gens de la ville parlaient une autre langue, le n&#233;erlandais. Je ne suis pas all&#233; en maternelle, et quand j'ai eu six ans, mes parents m'ont mis dans une &#233;cole flamande. Comme sans doute beaucoup d'autres enfants ce jour-l&#224;, j'ai pleur&#233; quand la cloche a sonn&#233; et que les parents (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;c6&gt;T&#233;moignage dans le cadre du projet &lt;a href=&#034;https://agesettransmissions.be/spip.php?article1245&amp;lang=fr&#034;&gt;&#034;m&#233;moires pour demain&#034;&lt;/a&gt;&lt;/c6&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous habitions Anvers, une grande ville du nord de la Belgique. A la maison, nous parlions le fran&#231;ais, et quand j'&#233;tais petit, je ne me rendais pas compte que les gens de la ville parlaient une autre langue, le n&#233;erlandais. Je ne suis pas all&#233; en maternelle, et quand j'ai eu six ans, mes parents m'ont mis dans une &#233;cole flamande. Comme sans doute beaucoup d'autres enfants ce jour-l&#224;, j'ai pleur&#233; quand la cloche a sonn&#233; et que les parents nous ont laiss&#233;s tout seuls avec tous des inconnus, les autres enfants et les professeurs. Moi, en plus, je ne comprenais rien. Heureusement, la demoiselle &#233;tait tr&#232;s gentille, et je n'&#233;tais pas le seul &#224; ne pas conna&#238;tre le n&#233;erlandais. Elle nous donnait des explications en fran&#231;ais, et nous avons vite commenc&#233; &#224; nous d&#233;brouiller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai appris &#224; lire par la m&#233;thode globale, avec des phrases dont les mots &#233;taient &#233;crits sur des cartons qu'il fallait assembler. Le n&#233;erlandais est bien plus facile que le fran&#231;ais, car on prononce les lettres comme elles sont &#233;crites. Il n'y a pas de mots comme &#171; oiseau &#187; dont aucune lettre n'est prononc&#233;e, il ne faut pas mettre la lettre &#171; e &#187; dans &#171; nous mangeons &#187; pour &#233;viter de prononcer &#034;mangon&#034; ; on n'a pas besoin de c&#233;dille pour &#233;viter de dire calecon au lieu de cale&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait une &#233;cole de filles, car &#224; cette &#233;poque il n'existait pas d'&#233;coles mixtes. Pour les deux premi&#232;res ann&#233;es, il y avait cependant des classes s&#233;par&#233;es pour les gar&#231;ons. Dans la cour de r&#233;cr&#233;ation, une ligne blanche marquait la fronti&#232;re entre le territoire des filles et celui des gar&#231;ons. Nous nous amusions &#233;videmment &#224; lancer nos ballons vers les filles, et la surveillante des filles &#233;tait furieuse de devoir les relancer de notre c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais gaucher et &#224; cette &#233;poque, on &#233;crivait avec une plume tremp&#233;e dans un encrier. Je faisais beaucoup de taches, et en plus, ma main gauche passait sur ce que je venais d'&#233;crire et qui n'&#233;tait pas encore sec. Tr&#232;s g&#234;n&#233;, je prenais une gomme et je frottais si fort que je trouais le papier de mon cahier. Catastrophe ! Du coup, je d&#233;chirais la page. Finalement, mes cahiers &#233;taient tout minces. La demoiselle de deuxi&#232;me ann&#233;e &#233;tait s&#233;v&#232;re. Elle fit venir ma m&#232;re et devant toute la classe elle me fit honte. Dans une caisse pos&#233;e sur le sol, la classe avait pour mascotte une souris blanche. J'avais si honte que je la regardais, et que j'aurais voulu &#234;tre &#224; sa place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais n&#233; avec de &#171; grandes oreilles &#187;, c'est-&#224;-dire qu'elles &#233;taient d&#233;coll&#233;es. Gr&#226;ce &#224; cela, j'entendais tr&#232;s bien, m&#234;me quand il y avait beaucoup de brouhaha. Apr&#232;s les deux premi&#232;res ann&#233;es &#224; l'&#233;cole des filles, mes parents m'ont inscrit au &#171; grand coll&#232;ge &#187; des j&#233;suites, au centre de la ville. On leur avait conseill&#233; de me faire d'abord op&#233;rer des oreilles, pour &#233;viter que les plus grands parmi les &#233;l&#232;ves ne se moquent de mes &#171; feuilles de chou &#187;. Un m&#233;decin anglais m'a d&#233;coup&#233; de chaque oreille un quartier d'orange, puis il a recousu ce qui restait avec une grosse aiguille et du fil qui dur qui chatouillait. Pour ne pas me cogner, j'ai port&#233; pendant toutes les vacances un gros bandage qui me faisait ressembler &#224; un cosmonaute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ma m&#232;re qui surveillait nos devoirs et nous faisait r&#233;p&#233;ter nos le&#231;ons. Mon p&#232;re passait la journ&#233;e au bureau et ne rentrait que le soir. Ma m&#232;re &#233;tait plut&#244;t patiente, mais finissait par s'&#233;nerver quand je me trompais dans les questions de cat&#233;chisme. Il fallait conna&#238;tre les r&#233;ponses par c&#339;ur, sans oublier un mot. Quand je fus plus grand, elle voulait que j'aie toujours de tr&#232;s bonnes notes mais lors d'un examen d'histoire, je n'ai &#233;t&#233; que le 13&#232;me de la classe sur 25. J'ai &#233;t&#233; priv&#233; de cin&#233;ma (je voulais aller voir &#171; Quo Vadis ? &#187;, un film historique qui venait de sortir). Il n'y avait pas de t&#233;l&#233;vision &#224; la maison avant que je n'atteigne les 15 ans&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Hommage &#224; notre Paula (Anne O.)</title>
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		<dc:subject>Argent, pauvret&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Francophones, n&#233;erlandophones</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Chez mes parents, nous avons toujours eu des servantes. Paula &#233;tait l'une d'elles. Aujourd'hui, quand je pense au travail qu'elle abattait quotidiennement pour sans doute un bien maigre salaire, je ressens de la tristesse et m&#234;me de la r&#233;volte : c'&#233;tait v&#233;ritablement de l'esclavage ! Du plus loin que je m'en souvienne, je n'ai pas souvent vu Paula sourire... &lt;br class='autobr' /&gt;
Paula &#233;tait charg&#233;e de tenir une grande maison : sans machine &#224; laver, elle faisait la lessive pour dix personnes. Elle ouvrait la porte aux clients (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L96xH150/arton1364-a75dd.jpg?1771353354' width='96' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Chez mes parents, nous avons toujours eu des servantes. Paula &#233;tait l'une d'elles. Aujourd'hui, quand je pense au travail qu'elle abattait quotidiennement pour sans doute un bien maigre salaire, je ressens de la tristesse et m&#234;me de la r&#233;volte : c'&#233;tait v&#233;ritablement de l'esclavage ! Du plus loin que je m'en souvienne, je n'ai pas souvent vu Paula sourire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paula &#233;tait charg&#233;e de tenir une grande maison : sans machine &#224; laver, elle faisait la lessive pour dix personnes. Elle ouvrait la porte aux clients de mon p&#232;re : chaque apr&#232;s-midi, elle montait une dizaine de fois l'escalier des sous-sols au rez-de-chauss&#233;e pour aller ouvrir la porte. Elle pr&#233;parait les repas, servait &#224; table, desservait, lavait la vaisselle, r&#233;curait le corridor de marbre blanc ainsi que les sous-sols... Sa vie se passait dans trois pi&#232;ces en enfilade au sous-sol : une salle &#224; manger, une petite pi&#232;ce avec la chaudi&#232;re &#224; charbon et la cuisine qui se terminait par une petite cour ext&#233;rieure. Le soir, &#233;reint&#233;e, elle montait dans sa mansarde non chauff&#233;e l'hiver et surchauff&#233;e l'&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paula ne s'occupait pas de nous les enfants, c'&#233;tait la t&#226;che de maman. Je voyais Paula uniquement pendant les repas que nous prenions tous ensemble dans la salle &#224; manger. Paula, elle, mangeait toute seule dans la cuisine, en nous tournant le dos. Cela me rendait un peu triste. Lors d'une soir&#233;e, mon p&#232;re l'a invit&#233;e dans notre salle de jeux o&#249; la famille se r&#233;unissait. Elle s'est install&#233;e dans le fauteuil, tellement contente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De temps en temps, elle sortait avec des copines au cin&#233;ma. Elle avait droit &#224; un week-end de cong&#233; par mois. Elle quittait alors la maison le samedi apr&#232;s avoir lav&#233; la vaisselle de midi et revenait le dimanche soir ! Elle habitait tr&#232;s loin de chez nous, dans un petit village de Flandres dont je ne me rappelle plus le nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paula d&#233;sirait tellement me pr&#233;senter &#224; sa famille qu'un jour elle demanda &#224; ma m&#232;re si je pouvais l'accompagner. Je devais avoir cinq ou six ans. Cela se passait en 1936 ou 37. Avec l'accord de ma m&#232;re, nous voila parties, Paula et moi, ma petite main cal&#233;e dans sa grande main rugueuse. Apr&#232;s avoir pris le bus pendant un long moment, nous sommes arriv&#233;es &#224; destination, c'est-&#224;-dire en bordure d'une rivi&#232;re. Ce jour-l&#224;, il faisait brumeux, sombre et humide. Le seul moyen de franchir ce cours d'eau &#233;tait de faire appel au rameur. Le rameur tenait le caf&#233; en face de l'embarcad&#232;re. Il a servi son dernier client puis nous a rejointes. Je crois bien qu'il se prenait pour un vrai marin, il en avait l'allure, la casquette et la barbe. Mes v&#234;tements de ville n'&#233;taient pas tr&#232;s appropri&#233;s &#224; cette aventure. Je n'&#233;tais gu&#232;re &#224; l'aise en m'installant dans sa barquette avec mon petit baluchon, mais Paula veillait sur moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'autre c&#244;t&#233; de la rivi&#232;re nous attendait le fr&#232;re de Paula venu nous chercher en charrette &#224; bras.	Il m'installa dedans avec les bagages. Les roues &#233;taient en bois et j'eus bien du mal &#224; me tenir tant j'&#233;tais secou&#233;e. Une fois devant la maison, quel tintamarre : le chien aboya en venant &#224; notre rencontre, les poules, les oies et les canards nous accueillirent en poussant de grands cris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les parents de Paula nous attendaient sur le pas de la porte. Ils nous ont conduites dans une vaste pi&#232;ce, une pi&#232;ce unique, avec en son centre un grand feu qui r&#233;chauffa instantan&#233;ment les transies que nous &#233;tions. Ils &#233;taient chaleureux, s'empressaient autour de nous. Comme je ne les comprenais pas, Paula servait d'interpr&#232;te. Tr&#232;s vite, tous les voisins d&#233;fil&#232;rent pour me voir, sans que je comprenne tr&#232;s bien ce qui provoquait leur curiosit&#233;. Je voyais Paula fi&#232;re de l'int&#233;r&#234;t que je suscitais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s vite vint l'heure du coucher. &#171; Ici on se couche avec les poules &#187; a dit le p&#232;re de Paula. Il n'y avait pas de chambres, pas de confort. Autour du feu central nichaient des alc&#244;ves, sortes de cavit&#233;s dans les murs &#224; diff&#233;rentes hauteurs dans lesquelles chacun trouvait place sous un gros &#233;dredon. Toute la famille dormait l&#224;. Ce soir-l&#224;, je dormis dans le m&#234;me lit que Paula. C'&#233;tait convivial parce que la conversation s'engageait entre tout ce petit monde. Bien entendu, je ne comprenais pas un tra&#238;tre mot de ce qui se disait, mais ces sons qui peu &#224; peu se dissipaient me berc&#232;rent jusqu'&#224; m'endormir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dimanche matin, le p&#232;re et le fr&#232;re m'emmen&#232;rent voir les vaches et les porcs. Les poules couraient derri&#232;re nous. Avec mes petits souliers vernis je n'&#233;tais pas pr&#234;te &#224; aller dans les prairies, aussi m'a-t-on donn&#233; une paire de bottes d&#233;j&#224; bien crott&#233;es. J'&#233;tais aux anges ! D&#232;s le dimanche midi, il nous a fallu plier bagage si nous voulions &#234;tre de retour &#224; Bruxelles avant la soir&#233;e. Les adieux furent touchants. On me fit promettre de revenir quand ce serait la kermesse. J'ai conquis ce village et ce village m'a conquise. Je me rends compte &#224; pr&#233;sent que j'ai v&#233;cu l&#224; une exp&#233;rience unique &#224; l'&#226;ge de cinq ans. Je ne me suis pas priv&#233;e d'en faire le r&#233;cit aux enfants de mon &#226;ge d&#232;s mon retour &#224; Bruxelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un dimanche soir, Paula ne rentra pas. Nous n'en avions pas &#233;t&#233; averties. Ma m&#232;re &#233;tait furieuse. Lorsque Paula arriva le lundi matin, ma m&#232;re ne voulut rien savoir de ses explications. &#171; C'est scandaleux &#187; disait-elle. Pauvre Paula ! Je trouvais cette r&#233;primande tr&#232;s injuste de la part de ma m&#232;re car je savais o&#249; se trouvait son village, combien d'heures il fallait pour y arriver&#8230; Ma m&#232;re &#233;tait dure, mais Paula osa lui tenir t&#234;te, ce qui for&#231;a mon admiration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paula avait une vingtaine d'ann&#233;es. Elle resta deux ou trois ans &#224; notre service. Je n'ai aucune id&#233;e de ce qu'elle est devenue apr&#232;s son d&#233;part.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Jan et L&#232;ne, de Flandres en Wallonie (Johanna P.)</title>
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		<dc:subject>Francophones, n&#233;erlandophones</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Entre 1866 et 1910, quelques 500.000 Flamands ont &#233;migr&#233; vers la Wallonie &#224; la recherche de travail, pouss&#233;s par les &#233;pid&#233;mies, les mauvaises r&#233;coltes, les crises alimentaires et la pauvret&#233;. D'autres &#233;migrations, moins importantes, se d&#233;rouleront jusqu'en 1950. &lt;br class='autobr' /&gt;
A 18 ans, il s'&#233;tait engag&#233; pour les Pays-Bas et il &#233;tait parti combattre aux Indes n&#233;erlandaises. A 20 ans il revenait dans sa petite ville natale de Flandres. Depuis, tout le monde l'appelait &#171; Jan l'Oriental &#187; (Jan Oosterlink) et ce surnom lui (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot166" rel="tag"&gt;Travail&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L96xH150/arton1362-1d736.jpg?1771353354' width='96' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entre 1866 et 1910, quelques 500.000 Flamands ont &#233;migr&#233; vers la Wallonie &#224; la recherche de travail, pouss&#233;s par les &#233;pid&#233;mies, les mauvaises r&#233;coltes, les crises alimentaires et la pauvret&#233;. D'autres &#233;migrations, moins importantes, se d&#233;rouleront jusqu'en 1950.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A 18 ans, il s'&#233;tait engag&#233; pour les Pays-Bas et il &#233;tait parti combattre aux Indes n&#233;erlandaises. A 20 ans il revenait dans sa petite ville natale de Flandres. Depuis, tout le monde l'appelait &#171; Jan l'Oriental &#187; (Jan Oosterlink) et ce surnom lui resta toute sa vie. Elle s'appelait Maria-Magdelena. Ce pr&#233;nom &#233;tant trop long, on l'appelait tout simplement &#171; L&#232;ne &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Aujourd'hui, dans cette petite ville de Flandres, c'est la f&#234;te : Jan l'Oriental revient au pays. En ce temps-l&#224;, il n'y avait pas beaucoup de distractions en Flandres, personne ne voyageait, aussi le retour de Jan l'Oriental, revenant victorieux des Indes n&#233;erlandaises, &#233;tait un grand &#233;v&#233;nement. Toute la ville, fanfare en t&#234;te, s'appr&#234;te &#224; aller l'attendre &#224; la gare.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les amies de L&#232;ne viennent la chercher : &#171; Tu viens, L&#232;ne, nous allons toutes &#224; la gare accueillir Jan l'Oriental. &#187; L&#232;ne refuse en disant : &#171; Je ne me d&#233;range&lt;br class='autobr' /&gt;
pas pour ce niais. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le train entre en gare. Voil&#224; Jan l'Oriental dans son bel uniforme. La fanfare joue, tout le monde crie et l'applaudit. Jan l'Oriental est port&#233; en triomphe sur les &#233;paules de ses amis. On fait ainsi le tour de la ville, puis on finit dans les caf&#233;s, o&#249; l'on boit, o&#249; l'on chante, o&#249; l'on danse. Jan s'adresse &#224; un groupe de jeunes filles : &#171; Alors les filles, vous &#234;tes toutes venues me voir ? &#187; &#171; Non, il y en a une qui n'a pas voulu nous accompagner. Elle s'appelle L&#232;ne et elle a dit qu'elle ne se d&#233;rangeait pas pour un niais. &#187; Jan est piqu&#233; au vif et curieux, il propose : &#171; Allons-y, allons tous ensemble voir L&#232;ne. &#187; Cela amuse tout le monde et tous sont d'accord. Le cort&#232;ge se reforme, fanfare en t&#234;te, et on part vers la maison de L&#232;ne. Arriv&#233; &#224; destination, on fait silence et on appelle L&#232;ne. &#171; Viens voir, c'est Jan l'Oriental, il vient te saluer. &#187; L&#232;ne ouvre sa fen&#234;tre. Elle voit Jan sur les &#233;paules de ses amis. Le silence est total. L&#232;ne dit : &#171; Bonjour Jan &#187; et lui r&#233;pond : &#171; Bonjour L&#232;ne. &#187; Ce fut tout et c'est ainsi que mon grand-p&#232;re Jan et ma grand-m&#232;re L&#232;ne venaient de faire connaissance. La fanfare se mit &#224; jouer une belle romance d'amour. Et cette fois L&#232;ne accompagna les joyeux f&#234;tards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques semaines plus tard eut lieu le mariage de L&#232;ne et Jan. Les amies de L&#232;ne riaient : &#171; Mais L&#232;ne, tu avais dit que Jan &#233;tait un niais. &#187; &#171; Je suis toujours du m&#234;me avis, r&#233;pondit ma grand-m&#232;re, mais je l'aime. &#187; Et Jan dit &#224; L&#232;ne : &#171; Je t'&#233;pouse parce que tu es la femme la plus intelligente de la ville, toi seule me comprends. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#232;ne et Jan ont uni leur vie. Ils sont tr&#232;s pauvres. Jan est tisserand dans une des nombreuses usines de Flandres. La belle toile de lin des Flandres est c&#233;l&#232;bre. Mais les tisserands travaillent dix heures par jour pour gagner si peu d'argent. De plus L&#232;ne est malheureuse. Elle a donn&#233; naissance &#224; trois beaux enfants. Mais en ce temps-l&#224;, la mortalit&#233; infantile est tr&#232;s forte et L&#232;ne n'a pas eu de chance. Ses trois petits sont d&#233;j&#224; morts. M&#234;me la petite Germana, qui a v&#233;cu jusqu'&#224; ses 17 mois, s'est endormie pour toujours.&lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque L&#232;ne tombe enceinte pour la quatri&#232;me fois, elle va &#224; l'&#233;glise et se prosterne devant la statue de Notre-Dame : &#171; Faites que mon quatri&#232;me enfant reste en vie. Je vous consacre mon enfant. Je fais la promesse, si c'est une fille, de l'appeler Maria comme vous. Si c'est un gar&#231;on ce sera Joseph, le nom de votre &#233;poux. &#187; L&#232;ne, comme les gens de son temps et de sa r&#233;gion, est tr&#232;s croyante. Elle garde espoir. L'enfant vint au monde. C'&#233;tait une fille et on lui donna comme pr&#233;nom Maria Jos&#233;phine. Elle resta en vie et v&#233;cut tr&#232;s longtemps. Heureusement car Maria Jos&#233;phine, c'est ma maman. Maria Jos&#233;phine est une petite fille en bonne sant&#233;. Elle court sur la rue avec tous les enfants. Elle se bat avec les gar&#231;ons et quand il est question de grimper aux arbres, c'est elle qui parvient &#224; la plus haute branche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maria a 8 ans et son petit fr&#232;re Elias 3 ans quand un &#233;v&#233;nement transforma la vie de la petite famille et de leurs descendants.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait un dimanche et Jan faisait sa promenade dominicale. Il rencontra un groupe de coll&#232;gues et voisins. Ceux-ci &#233;taient les premiers socialistes qui essayaient de faire conna&#238;tre leurs id&#233;es en Flandres. Ils voulaient d&#233;filer en ville, mais leur drapeau rouge appuy&#233; contre un mur, personne n'osait le porter. Ceci int&#233;ressa vivement Jan. Bien que n'ayant que de vagues id&#233;es de ce qu'&#233;tait le socialisme, il voulait venir en aide aux copains. Il trouvait aussi tr&#232;s &#171; farce &#187; de parcourir les rues avec un drapeau. Il avait d&#233;j&#224; vu souvent l'un ou l'autre d&#233;filer portant un drapeau. Et celui-ci ne lui paraissait pas plus extraordinaire que les autres. Et voil&#224; mon grand-p&#232;re Jan portant le drapeau rouge dans toutes les rues de la ville, suivi du petit groupe de socialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les Flandres catholiques de cette &#233;poque, &#234;tre socialiste &#233;quivalait &#224; &#234;tre le diable. Et Jan qui avait port&#233; le drapeau rouge &#233;tait consid&#233;r&#233; comme le meneur des sans Dieu et des r&#233;volutionnaires. Le lendemain matin, Jan ne pensait m&#234;me plus &#224; sa promenade de la veille et se pr&#233;senta comme d'habitude &#224; son travail &#224; l'usine. On lui apprit qu'il &#233;tait cong&#233;di&#233;. Jan n'&#233;tait nullement inquiet, il y a tant d'usines de textiles en Flandres. Mais partout o&#249; il se pr&#233;senta, on refusa de l'engager. Toutes les usines &#233;taient d&#233;j&#224; averties que Jan avait port&#233; le drapeau rouge. Il n'y avait plus de travail pour lui en Flandres. Jan, L&#232;ne et leurs deux enfants n'avaient plus de pain. Jan prit alors une grande d&#233;cision, la seule possible : quitter les Flandres et se rendre en Wallonie pour y chercher du travail. Les deux enfants furent confi&#233;s &#224; des oncles et tantes, eux-m&#234;mes tr&#232;s pauvres, avec la promesse que d&#232;s qu'ils en auraient les moyens ils enverraient de l'argent pour payer les frais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce matin, Jan et L&#232;ne partent &#224; pied vers la Wallonie. Les voil&#224; s&#233;par&#233;s de leurs enfants, sans travail, sans logement et avec tr&#232;s peu d'argent. Jan a emport&#233; sa charrette &#224; bras. Sur celle-ci leur maigre bagage. Jan tire, L&#232;ne pousse. Chemin faisant, Jan a la bonne id&#233;e de se procurer &#224; prix de gros des babeluttes et autres caramels ainsi que des feuillets reprenant recto-verso les paroles de chansons &#224; la mode. Ils cheminent de villes en villages, de kermesses en march&#233;s. L&#232;ne chante, de tout son c&#339;ur, les jolies ritournelles. Sa jeune et jolie voix attire les curieux. Jan pr&#233;sente ses friandises. Au lieu d'envelopper ses caramels dans de simples sachets, il enroule en cornet chaque feuillet musical qu'il remplit de sucreries : les clients emportent pour quelques sous les chansonnettes et les babeluttes. Ce modeste commerce leur rapporte de l'argent, ce qui les encourage &#224; continuer leur chemin. Chaque soir, ils demandent le g&#238;te chez de braves paysans qui les accueillent et leur offrent quelques pommes cuites dans leur peau. Si grand est leur &#233;puisement que souvent ils s'endorment sans avoir la force de manger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un soir ils s'arr&#234;tent dans une grande ville, entour&#233;e de collines verdoyantes, &#171; Li&#232;ge la Cit&#233; Ardente &#187; travers&#233;e par un large fleuve, &#171; La Meuse &#187;. Les citadins parlent le fran&#231;ais et le wallon. Jan et L&#232;ne ne comprennent pas un mot. Mais ils sont conscients qu'ils sont arriv&#233;s &#224; destination. Que l&#224; sera d&#233;sormais leur vie, et leurs espoirs. Jan dit &#224; L&#232;ne : &#171; La belle toile de Flandres que je ne peux plus tisser, maintenant je vais la vendre. J'irai dans les magasins pr&#233;senter la toile blanche pur lin pour les draps de lit et taies d'oreiller. Je vendrai la belle dentelle de Bruges pour border draps et taies. Je vendrai la toile bleue pour les bleus de travail dont les travailleurs ont besoin. &#187; Et L&#232;ne dit : &#171; Nous serons deux &#224; travailler, j'irai faire de m&#234;me dans d'autres villages, ainsi notre gain sera double. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;buts ne furent pas faciles pour nos deux repr&#233;sentants de la toile. Jan qui ne parlait pas encore la langue fran&#231;aise devait se contenter de montrer ses toiles en disant &#171; pur lin &#187;, ce furent ses deux premiers mots de fran&#231;ais et il &#233;crivait les prix sur un petit carnet. Et lui qui en Flandres s'appelait &#171; Jan l'Oriental &#187; s'appela ici &#171; Jan pur lin. &#187; Jan et L&#232;ne furent bien accueillis en Wallonie. Les Wallons avaient bon c&#339;ur et ils d&#233;pensaient largement. Les clients leur permirent de gagner leur vie et devinrent m&#234;me tous des amis fid&#232;les.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le premier hiver fut tr&#232;s dur pour L&#232;ne. &#201;puis&#233;e par ce dur m&#233;tier, elle voulut abandonner. Mais elle pensait &#224; ses deux enfants et retrouvait un courage tout neuf : &#171; J'ai continu&#233; pour que mes enfants ne vivent jamais ce que je peinais dans le pr&#233;sent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut admirer leur courage, leur endurance. Ils ont r&#233;ussi. Bient&#244;t leur commerce prosp&#233;ra. Ils vendaient linge de maison, linge de corps, tissus pour les robes de dames, tissus pour les costumes d'hommes. Et m&#234;me lunettes de lecture et pince-nez. Finalement ils essay&#232;rent aussi le commerce de fourrures qui fut tr&#232;s lucratif. C'&#233;tait la mode pour les dames de porter sur les &#233;paules et autour du cou, une fourrure de renard. Ces fourrures avaient m&#234;me la t&#234;te aux yeux de verre et la magnifique queue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#232;ne et Jan firent fortune. Au moment de sa retraite Jan &#233;tait propri&#233;taire de trente-deux maisons dont deux caf&#233;s, acquis dans sa ville natale de Flandres o&#249; il voulait retourner un jour. Jan mon grand-p&#232;re et parrain eut une belle vieillesse. Apr&#232;s sa r&#233;ussite commerciale, il retourna dans sa petite ville de Flandres, devenue une grande et belle ville. Il y v&#233;cut ses derni&#232;res ann&#233;es heureux et respect&#233; de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais cinq ans lorsqu'une nuit je fis un r&#234;ve et mes pleurs r&#233;veill&#232;rent ma petite famille. Maman, venue me consoler, demanda la raison de mon chagrin. J'ai r&#233;pondu : &#034; Je pleure parce que mon parrain est mort. &#034; On me dit que ce n'&#233;tait qu'un r&#234;ve et non la r&#233;alit&#233;. Pourtant le lendemain un t&#233;l&#233;gramme nous parvenait : &#034; P&#232;re d&#233;c&#233;d&#233; &#034;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi s'est termin&#233;e la vie, combien courageuse de mon grand-p&#232;re et parrain, par un beau dimanche apr&#232;s-midi. Apr&#232;s avoir fait, en pleine sant&#233; sa promenade dominicale dans sa ch&#232;re ville de Flandres, sans m&#234;me comprendre que sa vie s'en allait. Ayant d&#233;jeun&#233; de bon app&#233;tit, il se pr&#233;parait &#224; faire une petite sieste. Comme un arbre foudroy&#233; par l'&#233;clair, il s'effondra.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Nous sommes tous des immigr&#233;s ! (Alain)</title>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sylvie (A&amp;T)</dc:creator>


		<dc:subject>Francophones, n&#233;erlandophones</dc:subject>
		<dc:subject>Voyages</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration europ&#233;enne et descendants</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Extrait de &#034;Nous racontons notre vie&#034;, &#224; la Maison des Femmes de Molenbeek, 2016-2017 &lt;br class='autobr' /&gt;
N&#233; en 1946 &#224; Etterbeek, j'ai toujours habit&#233; Molenbeek. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mon grand-p&#232;re Joseph, est n&#233; en 1850, &#224; Nazareth, pr&#232;s de Gand dans la province de Flandre Orientale. Devenu adulte, il a immigr&#233; &#224; Molenbeek, une commune ouvri&#232;re appel&#233;e le petit Manchester, &#224; cause de nombreuses usines et ateliers install&#233;s pr&#232;s du canal. &lt;br class='autobr' /&gt;
Venir de Gand &#233;tait alors une v&#233;ritable immigration car les d&#233;placements &#233;taient tr&#232;s difficiles. Mes (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot195" rel="tag"&gt;Immigration europ&#233;enne et descendants&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait de &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique170'&gt;&#034;Nous racontons notre vie&#034;&lt;/a&gt;, &#224; la Maison des Femmes de Molenbeek, 2016-2017&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;N&#233; en 1946 &#224; Etterbeek, j'ai toujours habit&#233; Molenbeek.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon grand-p&#232;re Joseph, est n&#233; en 1850, &#224; Nazareth, pr&#232;s de Gand dans la province de Flandre Orientale. Devenu adulte, il a immigr&#233; &#224; Molenbeek, une commune ouvri&#232;re appel&#233;e le petit Manchester, &#224; cause de nombreuses usines et ateliers install&#233;s pr&#232;s du canal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Venir de Gand &#233;tait alors une v&#233;ritable immigration car les d&#233;placements &#233;taient tr&#232;s difficiles. Mes grands-parents ont march&#233; pendant 1 jour et demi pour faire Gand-Bruxelles &#224; pied : l'aventure de l'immigration !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis un grand militant de l'id&#233;e que nous sommes tous des immigr&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les Flamands de Molenbeek &#233;taient en perp&#233;tuelle bagarre avec les vrais Bruxellois de la rue Haute car ils travaillaient pour un salaire mis&#233;rable et &#233;taient donc en concurrence avec les ouvriers bruxellois. Mon grand-p&#232;re a particip&#233; &#224; de nombreuses bagarres entre ouvriers &#224; la rue Haute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; de ma m&#232;re, ils &#233;taient juifs orthodoxes. En 1910, ils ont fui les pers&#233;cutions de la Russie tsariste. Ma m&#232;re, n&#233;e en 1908, a &#233;t&#233; une des seules filles &#224; aller jusqu'&#224; l'&#233;cole normale, en Belgique. C'est l&#224; qu'elle a rencontr&#233; mon p&#232;re, un goy la&#239;c. Ils ont fait un mariage d'amour, contre la volont&#233; de son p&#232;re. Du coup, elle a &#233;t&#233; reni&#233;e par sa famille. Son propre p&#232;re a m&#234;me signal&#233; &#224; la commune que sa fille &#233;tait d&#233;c&#233;d&#233;e. Elle-m&#234;me a reni&#233; son appartenance &#224; la religion juive, ce qui l'a sauv&#233;e sans doute pendant la guerre car, vers 1938-39, elle ne s'est pas inscrite comme juive sur les registres communaux. C'est gr&#226;ce &#224; cela que je suis n&#233; ! En effet, dans sa famille, 17 personnes sont mortes &#224; Auschwitz ou autre part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'ai &#233;t&#233; appel&#233; au service militaire, au d&#233;but des ann&#233;es 70, je devais &#234;tre envoy&#233;, en train, vers l'Allemagne, au d&#233;part de la tristement c&#233;l&#232;bre caserne Dossin. Ce train effectuait le m&#234;me voyage que les d&#233;port&#233;s juifs pendant la guerre. Ma m&#232;re a &#233;crit au ministre des arm&#233;es ; &#171; si vous faites voyager mon fils dans ce train vers l'Allemagne, je me coucherai sur les rails du train &#224; son passage &#187;. Mon service militaire a &#233;t&#233; transform&#233; en service civil, j'ai pass&#233; 2 ans au P&#233;rou o&#249; j'ai &#233;t&#233; envoy&#233; en assistance technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;-bas, puis ensuite au Venezuela, j'ai travaill&#233; avec des tribus indig&#232;nes encore tr&#232;s &#233;loign&#233;es de la civilisation. J'ai appris &#224; vivre avec eux, &#224; comprendre leurs m&#339;urs, leurs attitudes. Je suis fier d'avoir contribu&#233; &#224; y cr&#233;er une &#233;cole. Shell avait besoin de ce territoire et chassait les tribus qui y vivaient. Cette &#233;cole existe toujours aujourd'hui ; mes premiers &#233;l&#232;ves m'&#233;crivent parfois encore. Ils continuent &#224; vivre de mani&#232;re traditionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'important pour moi, lors de ce service civil, &#233;tait la rencontre avec les gens, conna&#238;tre et appr&#233;cier les diff&#233;rences. C'est l&#224; que j'ai eu ma vocation : le monde ne doit pas &#234;tre &#224; l'image de l'Europe ! Quand on se prom&#232;ne en for&#234;t avec les Indiens, ils marmonnent tout le temps car ils sont en contact avec l'esprit de leurs anc&#234;tres. Savez-vous qu'ils reconnaissent les autres par l'odeur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon int&#233;r&#234;t s'est agrandi au monde animal. Savez-vous que le chat a 35 miaulements diff&#233;rents, qu'il communique avec ses oreilles, sa queue, &#8230; ? Son langage est plus riche que le n&#244;tre. Un chat de chez nous, transpos&#233; &#224; P&#233;kin, communique tr&#232;s bien avec un chat chinois !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revenant en Belgique, j'ai poursuivi des &#233;tudes en &#233;thologie. J'avais d&#233;j&#224; fait le droit et la criminologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour moi, les animaux valent autant que les humains. Le seul moyen de vivre ensemble, c'est de se respecter. C'est vrai pour les &#234;tres humains, les animaux, les arbres &#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Francophone de Flandre, &#231;a se soigne ? (Galmaerde)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1113</link>
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		<dc:date>2017-04-21T07:40:24Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Francophones, n&#233;erlandophones</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre les enfants d'alors &#233;taient-ils moins &#233;veill&#233;s que de nos jours, mais mon premier souvenir de ce que j'&#233;tais diff&#233;rent des autres ne date que du premier septembre 1954. C'&#233;tait chez les S&#339;urs de Notre-Dame &#224; Berchem-Anvers et j'entrais en premi&#232;re primaire. J'avais peur et je suis s&#251;r que je me suis mis &#224; pleurer, car j'entendais une autre langue que celle qu'on parlait &#224; la maison, et je ne comprenais rien. Avant de me laisser seul dans ce milieu si effrayant, Maman m'a embrass&#233; et m'a dit que la (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Peut-&#234;tre les enfants d'alors &#233;taient-ils moins &#233;veill&#233;s que de nos jours, mais mon premier souvenir de ce que j'&#233;tais diff&#233;rent des autres ne date que du premier septembre 1954. C'&#233;tait chez les S&#339;urs de Notre-Dame &#224; Berchem-Anvers et j'entrais en premi&#232;re primaire. J'avais peur et je suis s&#251;r que je me suis mis &#224; pleurer, car j'entendais une autre langue que celle qu'on parlait &#224; la maison, et je ne comprenais rien. Avant de me laisser seul dans ce milieu si effrayant, Maman m'a embrass&#233; et m'a dit que la demoiselle &#233;tait tr&#232;s gentille et que je pourrais m'adresser &#224; elle en fran&#231;ais. C'&#233;tait vrai. Mademoiselle Van Bladel &#233;tait tr&#232;s douce, et elle avait l'habitude d'accueillir de petits d&#233;racin&#233;s comme moi. Quand ses &#233;l&#232;ves avaient &#233;t&#233; bien sages, elle soulevait le couvercle d'une grande bo&#238;te en bak&#233;lite blanche et il en sortait de la musique. C'&#233;tait un poste &#224; transistors (il ne fallait pas dire transitors).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai pos&#233; la question &#224; Maman : &#034;Suis-je moins bien que les autres ? Je ne comprends rien...&#034; Elle m'a rassur&#233; : &#034;Ce n'est pas grave, tu apprendras vite. A Anvers, les gens parlent flamand, mais &#224; la maison, nous parlons fran&#231;ais. C'est la plus belle langue de toutes.&#034; C'est ainsi que je suis devenu francophone de Flandre, et fier de l'&#234;tre. Ma diff&#233;rence &#233;tait une sorte de tr&#233;sor. Certes, il e&#251;t &#233;t&#233; possible de m'inscrire dans une &#233;cole priv&#233;e francophone ou au Lyc&#233;e fran&#231;ais, mais mes parents estimaient &#224; raison qu'il &#233;tait n&#233;cessaire et profitable de ma&#238;triser le n&#233;erlandais, pour la vie courante, pour la vie tout court. En fervents royalistes, ils auraient &#233;galement pu choisir le coll&#232;ge L&#233;opold III, qui &#233;tait au coin de notre rue, mais c'&#233;tait une &#233;cole communale, inconcevable pour les catholiques de l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment se fait-il que je ne sois pas rendu compte plus t&#244;t de ce que dans la rue, dans le tram, dans les magasins, l'immense majorit&#233; utilisait une autre langue que le fran&#231;ais ? C'est parce qu'alors, il &#233;tait encore possible de le parler un peu partout. Au Grand Bazar, les rayons &#233;taient indiqu&#233;s dans les deux langues. Au Saint-Esprit, chauss&#233;e de Malines, la messe de onze heures se disait dans la langue de Voltaire, et l'&#233;glise &#233;tait comble. Mes tantes, Anversoises de toujours, &#233;voquaient avec d&#233;lectation (elles le font encore) la rue du Vallon vert, celle du Jardin des Arbal&#233;triers, le rempart des R&#233;collets. Peut-&#234;tre les francophones qui ont fini par aller habiter &#224; Bruxelles ou dans le Brabant wallon ressentent-ils un peu la m&#234;me nostalgie que les Belges qui ont quitt&#233; le Congo, celle d'un paradis perdu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le communautarisme est un sujet qui f&#226;che, actuellement. Dans les ann&#233;es 50 et 60, nous n'&#233;tions pas en reste. La finance, les entreprises maritimes, le barreau, le notariat et la m&#233;decine &#233;taient encore des nids de &#034;fransquillons&#034;. De nombreuses associations, culturelles ou de bienfaisance, &#233;taient leur jardin clos. Comme on se sent bien, ensemble ! H&#233;las, cela s'accompagnait bien souvent d'un &#034;plafond de verre&#034; vis-&#224;-vis des Flamands. M&#234;me &#224; la r&#233;cr&#233;ation, on ne jouait pas avec n'importe qui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On faisait parfois l'objet de repr&#233;sailles. Un jour de distribution des prix (je devais avoir dix ans), deux &#233;l&#232;ves me jet&#232;rent dans une poubelle et je dus me pr&#233;senter tout honteux devant les parents avec un uniforme tach&#233;. Je mettais pourtant mon point d'honneur &#224; avoir de tr&#232;s bonnes notes en n&#233;erlandais. Sans doute &#233;tait-ce pour d&#233;mentir le pronostic d'un p&#232;re j&#233;suite, qui avait assur&#233; &#224; mes parents que francophone, je n'arriverais jamais tr&#232;s loin dans les &#233;tudes. Je suis sorti premier de rh&#233;torique...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes grands-parents habitaient Bruxelles, et je m'inscrivis &#224; Saint-Louis pour mes candidatures en droit. Quel confort que de pouvoir suivre les cours dans sa langue maternelle ! Contrairement &#224; d'autres &#233;tudiants venus de Flandre, je les poursuivis en fran&#231;ais &#224; Louvain, juste avant que la facult&#233; de Droit n'&#233;migre vars des cieux un rien plus m&#233;ridionaux. Je n'ai jamais trouv&#233; aucun int&#233;r&#234;t &#224; jeter les v&#233;los des Flamands dans la Dyle. Le &#034;Walen buiten&#034; n'avait aucun effet sur l'ambiance chaleureuse de cette ville que beaucoup de gens pr&#233;f&#232;rent maintenant appeler Leuven. On se demande pourquoi, aucune confusion n'&#233;tant possible avec Louvain-la-Neuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, ce fut le service militaire &#224; la Force Navale. Les COR des deux r&#233;gimes linguistiques dormaient dans la m&#234;me chambr&#233;e, et les ronflements n'ont pas d'accent. Sur les bateaux, les deux langues se m&#233;langeaient joyeusement, au m&#233;pris absolu des puristes. Quant aux ordres de mouvement &#224; terre, ils sont toujours braill&#233;s de mani&#232;re telle que bien malin celui qui distinguerait en quel sabir ils sont prononc&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; quarante ans que j'ai quitt&#233; Anvers pour Bruxelles. Je me souviens d'avoir eu honte d'&#234;tre rep&#233;r&#233; comme francophone, quand j'avais quinze ans. Dans mon plus beau n&#233;erlandais (enfin, l'habituel), j'avais demand&#233; mon chemin &#224; un agent de police. Entendant mon accent, il m'avait r&#233;pondu en fran&#231;ais. C'&#233;tait gentil, mais humiliant en m&#234;me temps. Aussi, quand je vais en Flandre, je me fais passer pour un Bruxellois. Mes interlocuteurs me disent qu'ils sont agr&#233;ablement surpris qu'un habitant de la capitale parle si correctement leur langue. Si j'avouais que je suis n&#233; et que j'ai pass&#233; toute ma jeunesse &#224; Anvers, je n'aurais sans doute pas autant de succ&#232;s. Ainsi va la diplomatie...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La &#034;honte&#034; d'&#234;tre flamande (A.V.)</title>
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		<dc:date>2014-11-05T10:30:37Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Ecole, &#233;tudes</dc:subject>
		<dc:subject>Francophones, n&#233;erlandophones</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;N&#233;e flamande et ayant v&#233;cu la plus grande partie de ma vie &#224; Bruxelles, je suis pass&#233;e par toutes les phases de l'acceptation. &lt;br class='autobr' /&gt; Je suis n&#233;e &#224; Ostende, dans une famille flamande de souche et de c&#339;ur, famille bourgeoise, intellectuelle, respect&#233;e de tous. J'y v&#233;cu jusqu'&#224; ma longue maladie, une dipht&#233;rie, fin 1946. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour me refaire une sant&#233; on me confia quasi toute l'ann&#233;e 1947 &#224; mes grands-parents maternels sur la ferme familiale &#224; St Jean lez Ypres. Ils &#233;taient de vrais ind&#233;pendants vivant sur la grande (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot142" rel="tag"&gt;Ecole, &#233;tudes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot150" rel="tag"&gt;Francophones, n&#233;erlandophones&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;N&#233;e flamande et ayant v&#233;cu la plus grande partie de ma vie &#224; Bruxelles, je suis pass&#233;e par toutes les phases de l'acceptation.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233;e &#224; Ostende, dans une famille flamande de souche et de c&#339;ur, famille bourgeoise, intellectuelle, respect&#233;e de tous. J'y v&#233;cu jusqu'&#224; ma longue maladie, une dipht&#233;rie, fin 1946.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour me refaire une sant&#233; on me confia quasi toute l'ann&#233;e 1947 &#224; mes grands-parents maternels sur la ferme familiale &#224; St Jean lez Ypres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils &#233;taient de vrais ind&#233;pendants vivant sur la grande ferme avec sa longue dr&#232;ve d'acc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La famille de mon papa habitait le m&#234;me village ; elle &#233;tait respect&#233;e malgr&#233; les p&#233;rip&#233;ties politiques de mon grand-p&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon premier &#233;pisode de vie &#224; Bruxelles de 1947 &#224; 49, suivi de deux ann&#233;es de pensionnat &#224; Courtrai, chez ma tante religieuse ont confirm&#233; mon sentiment rassurant de faire partie d'une &#034;bonne famille&#034;, bonne dans tous les sens du terme.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; 11 ans, revenue &#224; Bruxelles mes parents m'ont inscrite pour faire mes &#034;humanit&#233;s gr&#233;co-latines&#034; chez les S&#339;urs ... pas trop loin de la maison, o&#249; je pourrais me rendre &#224; pieds. Alors que mes fr&#232;res &#233;taient au coll&#232;ge des J&#233;suites en flamand, moi je suis inscrite dans une &#233;cole francophone, d'apr&#232;s maman, pour que je ne coure pas les risques qu'encourt une petite jeune fille en ville.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet &#224; l'&#233;poque il n'y avait, &#224; Bruxelles, qu'une seule &#233;cole n&#233;erlandophone pour fille et elle &#233;tait situ&#233;e dans le bas de la ville alors que nous habitions Ixelles, le haut de la ville.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est au cours de mes &#233;tudes moyennes que j'ai commenc&#233; &#224; apprendre &#034;la honte d'&#234;tre flamande&#034;.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sixi&#232;me latine, je parlais sans doute encore fort mal le fran&#231;ais, nous devions avoir la visite en classe de l'inspecteur. La directrice vint me dire &#034;Et vous, ne r&#233;pondez pas aux questions que la ma&#238;tresse posera !&#034; Il ne fallait pas que l'inspecteur sache que j'&#233;tais flamande.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les filles de l'&#233;cole parlaient des Flamands en les appelant &#034;les M&#233;napiens&#034; ou &#034;les primitifs flamands&#034; parce que, c'est bien connu, les Flamands sont primaires, ils s'habillent mal, parlent mal, n'ont pas de mani&#232;res, aucune culture, ils sont juste de bons travailleurs.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ambiance g&#233;n&#233;rale &#233;tait tr&#232;s m&#233;prisante vis &#224; vis du Flamand. On se moquait de la prof de flamand, des &#233;l&#232;ves qui avaient un fort accent flamand, de leurs erreurs de langage. On disait volontiers que le flamand n'&#233;tait pas vraiment une langue. Le Cardinal Mercier lui-m&#234;me n'a-t-il pas r&#233;pondu &#224; des journalistes (&#233;trangers, sans doute) que c'&#233;tait un dialecte qui se parlait &#224; la cuisine ?&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai eu la chance d'&#234;tre une bonne &#233;l&#232;ve, ce qui relevait l'estime qu'on avait pour moi. &lt;br&gt;
Arriv&#233;e en sixi&#232;me latine, n'ayant quasi pas appris le fran&#231;ais, lors de ma premi&#232;re dict&#233;e, j'avais une faute d'orthographe &#224; chaque mot ; la directrice voulut me faire descendre en primaires. Heureusement mes parents s'y sont oppos&#233;s - et ne m'ont heureusement rien dit &#224; ce moment-l&#224;. En fin d'ann&#233;e j'&#233;tais premi&#232;re en grammaire fran&#231;aise !&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque j'&#233;tais jeune &#233;tudiante &#224; Louvain, encore bilingue, mes compagnons ne se g&#234;naient pas pour se moquer des Flamands, les appelant ces &#034;sales Flamands&#034;, en imitant de fa&#231;on stupide l'accent d'un Flamand, grossier et vulgaire. Lorsqu'&#224; l'un d'eux je dis de faire attention &#224; ses paroles parce que j'&#233;tais moi-m&#234;me flamande, il a r&#233;pondu, tout &#233;berlu&#233;, que c'&#233;tait impossible, &#034;qu'une fille comme moi ne pouvait pas &#234;tre flamande&#034;. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inutile de dire que la cour qu'il essayait maladroitement de me faire n'avait plus aucune chance de succ&#232;s.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une fois, mes bons r&#233;sultats aux &#233;tudes, mon fran&#231;ais et mon allure me rendaient acceptable, mais, dans mon c&#339;ur et dans ma t&#234;te, quelque chose me mettait mal &#224; l'aise, je restais &#034;une Flamande&#034; c'est &#224; dire quelqu'un de moindre valeur, sans que j'arrive &#224; comprendre pourquoi. Je voulais &#234;tre accept&#233;e comme une &#233;gale par les Francophones, mais, en m&#234;me temps, je ne voulais et ne pouvais pas renier ma famille et mes racines flamandes.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout au long de ma vie, j'ai senti ce m&#233;pris souvent discret mais profond des Francophones pour les Flamands, cette conviction in&#233;branlable qu'&#234;tre francophone &#233;tait une esp&#232;ce de marque de qualit&#233; sup&#233;rieure. Je le sentais dans les magasins, en ville, &#224; l'&#233;cole, &#224; l'universit&#233;, au travail, en soci&#233;t&#233;.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, c'est en France, &#224; Paris o&#249; j'ai fait plusieurs fois des stages (entre 1962 et 1969) dans divers h&#244;pitaux, que j'ai appris et retenu qu'&#034;&#234;tre flamande&#034; pouvait &#234;tre digne d'int&#233;r&#234;t alors qu'&#234;tre belge &#233;tait assez peu valorisant. Et l&#224;, &#224; Paris, on se moquait volontiers de l'accent des Belges parlant le fran&#231;ais, alors qu'&#234;tre flamand &#233;tait, m'a-t-on dit plusieurs fois, synonyme d'avoir du caract&#232;re, d'&#234;tre travailleur, ing&#233;nieux et pragmatique.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Belgique les choses ont commenc&#233; &#224; changer un peu depuis les ann&#233;es 70-80.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque je travaillais dans un groupe m&#233;dical j'acceptai la t&#226;che d'engager les secr&#233;taires. Mes confr&#232;res, en majorit&#233; francophones, accept&#232;rent tous mon id&#233;e : il fallait une secr&#233;taire bilingue. Je me mis donc &#224; la recherche de cette perle : sur les cent candidates qui se d&#233;claraient bilingues sur papier, 95% ne me r&#233;pondaient m&#234;me pas &#224; la premi&#232;re question que je leur posais en flamand. On me consid&#233;ra comme tr&#232;s s&#233;v&#232;re, voir injuste, mais cela nous a n&#233;anmoins permis d'engager des secr&#233;taires de grande valeur, respectueuses, aussi de la langue, des malades qui se pr&#233;sentaient &#224; la consultation.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les magasins, surtout de luxe, si vous posiez une question en flamand on vous ignorait. Dans ma t&#234;te, je me disais qu'elles &#233;taient &#034;trop b&#234;tes pour parler le flamand&#034; mais je me sentais n&#233;anmoins vex&#233;e.&lt;br&gt;
Encore derni&#232;rement une copine me dit en toute simplicit&#233; &#034;mais avoue que les Flamands ne sont pas chaleureux compar&#233;s aux francophones&#034;. Je lui r&#233;pondis que c'est dans ma famille flamande que je me suis toujours sentie accueillie avec le plus de chaleur, d'enthousiasme et de respect.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci ne m'a pas emp&#234;ch&#233;e de vivre heureuse parmi les Francophones et de m'y faire les meilleurs amis. &lt;br&gt;
De fa&#231;on peut-&#234;tre &#233;tonnante, je n'ai jamais pris ce m&#233;pris pour moi, mais cela m'a toujours fait mal pour les miens, mon peuple, mes anc&#234;tres, eux qui m'ont inculqu&#233; dignit&#233; et en m&#234;me temps curiosit&#233; et respect des autres.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pr&#233;f&#232;re &#233;crire en fran&#231;ais plut&#244;t qu'en flamand, sans doute parce qu'&#224; l'&#226;ge le plus mall&#233;able, j'ai appris et aim&#233; la langue et la culture fran&#231;aise.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec les ann&#233;es, j'ai appris &#224; mieux comprendre les uns et les autres. J'ai mieux &#233;tudi&#233; l'histoire de nos r&#233;gions. &lt;br&gt;
J'ai v&#233;cu pr&#232;s de 20 ans avec un Hongrois de Transylvanie. Nous nous sommes beaucoup racont&#233; l'histoire de nos pays d'origine respectifs et c'est ainsi que j'ai appris &#224; exprimer ma fiert&#233; d'&#234;tre flamande.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi en visitant la Transylvanie que j'ai d&#233;couvert, dans la biblioth&#232;que Teleki &#224; Marosv&#224;s&#224;rhely (= Targu-Mures en Roumanie) un dictionnaire imprim&#233; &#224; Gen&#232;ve au seizi&#232;me si&#232;cle, en 1595, qui donnait en parall&#232;le les huit langues majeures d'Europe ; &#224; c&#244;t&#233; du Latin, H&#233;breu et Grec, il y a Galia (=fran&#231;ais), Anglia (=anglais), Belgica (=flamand), German (=allemand), Italia (=italien), Hispania (=espagnol), Hungarica (=hongrois) et Suedia (su&#233;dois). Donc en 1595 le flamand figurait parmi les principales langues d'Europe et de plus il &#233;tait appel&#233; Belgica !! Alors qu'on avait tout fait pour me faire croire que le flamand n'&#233;tait pas vraiment une langue.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci m'a confort&#233;e dans ma conviction que nous, les Flamands, devons encore toujours nous reconstruire apr&#232;s les centaines d'ann&#233;es de r&#233;pression par les Espagnols surtout, mais ensuite par les Fran&#231;ais. La Flandre a &#233;t&#233; saign&#233;e &#224; blanc par l'Inquisition et la guerre de quatre-vingts ans des Espagnols, suivies par les guerres incessantes de Louis XIV qui amput&#226;t la Flandre de la moiti&#233; de son territoire et fit tout pour &#233;liminer le jans&#233;nisme. Mgr Jansen &#233;tait &#233;v&#234;que d'Ypres. Apr&#232;s un passage des Autrichiens, les Fran&#231;ais, surtout depuis la r&#233;volution de 1789, ont tout fait pour nous &#034;assimiler&#034; comme ils l'ont fait avec la Provence, le B&#233;arn, le Pays Basque, la Bretagne, l'Alsace, la Savoie.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Belgique est si fi&#232;re de ses atouts historiques flamands : Ypres, Bruges, Gand, Louvain, Bruxelles. Ces villes &#233;taient du 12&#232; au 16&#232; si&#232;cle aussi prosp&#232;res que Venise, Florence, G&#232;nes, Sienne ; elles &#233;taient parmi les premi&#232;res et les plus importantes du vaste r&#233;seau commercial hans&#233;atique, &#224; l'&#233;gale de Londres, et commer&#231;aient avec l'Ecosse, la Su&#232;de, la Russie. C'est &#224; Bruges que la &#034;bourse&#034;, syst&#232;me d'&#233;change de cr&#233;ances, de pr&#234;t fut institutionnalis&#233; en 1409. Toute cette effervescence fut le terreau d'une culture hors pair, en peinture les &#034;primitifs flamands&#034;, en architecture beffrois et halles en gothique flamboyant uniques au monde, en musique le fabuleux d&#233;veloppement de la polyphonie : Guillaume Du Fa&#255; de Beersel, Pierre de la Rue de Courtrai, Nicolas Craen de Bruges, Adriaan Willaert de Rumbeke et tant d'autres dont les noms furent syst&#233;matiquement francis&#233;s.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi est-il si difficile de reconna&#238;tre le flamand et sa culture comme une part importante de la valeur de la Belgique ?&lt;br&gt;
Pourquoi les extr&#233;mistes, de part et d'autre, persistent-ils &#224; nier la valeur des uns et des autres ?&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais mal &#224; l'aise mais je suis devenue autant allergique aux excuses de Francophones, parfaits unilingues et fiers de l'&#234;tre en disant &#034;qu'ils ne parlent pas le flamand parce que leur grand-m&#232;re &#233;tait fran&#231;aise&#034;, qu'aux propos de Flamands born&#233;s qui rejettent en bloc tout ce qui est francophone, parce que le fran&#231;ais est une langue inutile et les Francophones arrogants, paresseux et profiteurs. &lt;br&gt;
Je suis doublement allergique aux Francophones rabiques, qui renient sans aucune g&#234;ne leurs origines flamandes, ainsi qu'aux fransquillons flamands de Gand, Bruges ou Anvers, qui se croyaient de la bourgeoisie sup&#233;rieure s'ils parlaient fran&#231;ais et rejoignent aujourd'hui les partis flamands gagnants.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De part et d'autre il y a de l'ignorance, de la b&#234;tise, de l'ambition et le d&#233;sir d'&#234;tre sup&#233;rieur en &#233;crasant l'autre. C'est une lutte psychologique pour &#234;tre le plus fort, le plus riche, le plus puissant.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que, petit &#224; petit, je me suis d&#233;barrass&#233;e de ce flou g&#234;nant et honteux qui, dans ma t&#234;te, entourait le terme de &#034;flamand&#034;. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela m'a donn&#233; une plus grande sensibilit&#233; pour comprendre les injustices sociales et pour compatir avec tous ceux qui sont victimes de propos ou d'attitudes racistes, quels qu'ils soient. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'esp&#232;re avoir transmis &#224; mes enfants et petits-enfants le message de ne jamais tenir de propos m&#233;prisant de quelqu'un, de sa langue, de ses origines, mais de toujours rester curieux d'autres langues, d'autres cultures.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une francophone en Flandre (Rose-Marie)</title>
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		<dc:date>2010-10-18T08:20:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Francophones, n&#233;erlandophones</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Je suis heureuse de vivre dans un coin du Brabant flamand que j'adore. Un beau petit village dans la p&#233;riph&#233;rie de Bruxelles. En Flandre donc, sans facilit&#233;s pour les &#171; &#233;trangers &#187;, surtout francophones, qui l'habitent. J'y vis depuis vingt ans. Sans probl&#232;me aucun si ce n'est, &#224; de rares moments, quand je dois remplir certaines formalit&#233;s administratives r&#233;dig&#233;es en flamand et dont certains termes m'&#233;chappent, m&#234;me avec un dictionnaire. Il est vrai que ce serait peut-&#234;tre pareil s'ils &#233;taient &#233;crits en (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je suis heureuse de vivre dans un coin du Brabant flamand que j'adore. Un beau petit village dans la p&#233;riph&#233;rie de Bruxelles. En Flandre donc, sans facilit&#233;s pour les &#171; &#233;trangers &#187;, surtout francophones, qui l'habitent. J'y vis depuis vingt ans. Sans probl&#232;me aucun si ce n'est, &#224; de rares moments, quand je dois remplir certaines formalit&#233;s administratives r&#233;dig&#233;es en flamand et dont certains termes m'&#233;chappent, m&#234;me avec un dictionnaire. Il est vrai que ce serait peut-&#234;tre pareil s'ils &#233;taient &#233;crits en fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit, j'entends souvent des amis francophones me demander : &#171; comment vis-tu ? As-tu des contacts avec tes voisins ? Et &#224; la maison communale - on dit qu'ils sont tellement flamingants ? qu'ils ne parlent que le flamand ? Et tes courses, o&#249; les fais-tu ? Est-ce que tu te d&#233;brouilles bien en flamand ? Il para&#238;t qu'on ne peut pas dire un mot de flamand &#224; l'&#233;glise, m&#234;me lors d'un enterrement... ; il para&#238;t aussi qu'aucune biblioth&#232;que francophone n'est admise dans ta commune ? Il para&#238;t aussi que des commer&#231;ants, flamands de souche, ont des tas de probl&#232;mes quand ils font de la publicit&#233; dans une autre langue que le flamand (que ce soit en fran&#231;ais mais aussi en anglais ou en allemand) ? Il para&#238;t m&#234;me que l' &#171; on &#187; vient taguer des injures sur leurs vitrines ; il para&#238;t...., il para&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je suis heureuse et fi&#232;re de vivre dans ma commune, je me dois de relativiser tous ces &#171; on dit &#187; qui sont pourtant et , malheureusement, bien fond&#233;s mais qu'il s'agit de contrer, en tout cas de faire la part des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la question r&#233;currente de &#171; comment vis-tu ? &#187; Je r&#233;ponds toujours TRES BIEN ! Ai-je de bons contacts avec les voisins ? Oui, m&#234;me, &#233;videmment aussi, avec mes voisins flamands. Et quand je pars en cong&#233;, ce sont eux qui viennent, avec plaisir, vider notre bo&#238;te aux lettres, soigner et papoter (en flamand sans doute) avec notre chatte. Quelle chance pour elle et ..., pour nous !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la maison communale : ce n'est pas &#233;vident pour quelqu'un qui ne fait aucun effort en flamand de se faire comprendre ! &#171; Hier spreekt men Vlaams &#187; Mais tout de m&#234;me, les employ&#233;s sont corrects et polis. Ils se doivent de suivre les directives d'en haut. C'est comme &#231;a, c'est un fait. Ils ne peuvent parler aucune autre langue que le flamand. Oui, &#231;a c'est dommage. Mais plus comique que dramatique quand on se trouve, comme cela m'est arriv&#233;, &#224; c&#244;t&#233; d'un couple de Japonais, qui ne s'exprimait qu'en anglais et avec quelques mots de fran&#231;ais dont le Monsieur &#233;tait tr&#232;s fier ! Le couple venait s'inscrire &#224; la commune et avait plein de questions concernant notamment les transports en commun et les services de la voirie. J'ai servi d'interpr&#232;te ; ne dame flamande qui se trouvait derri&#232;re nous s'est f&#226;ch&#233;e sur l'employ&#233; communal et l'a trait&#233; d'incomp&#233;tent. Tout s'est arrang&#233;. Les braves Japonais nous attendaient &#224; la sortie, dans la rue. Penauds, intimid&#233;s. Apr&#232;s nous avoir remerci&#233;es, ils nous ont dit &#171; la prochaine fois que nous devrons venir ici, nous nous ferons accompagner par un interpr&#232;te &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les courses ? Mais je les fais dans mon village, bien s&#251;r. Dans les grands magasins, je croise r&#233;guli&#232;rement les m&#234;mes vendeurs ou vendeuses ; nous nous saluons in het Vlaams mais si j'ai besoin d'un renseignement &#171; pointu &#187; ou d'un conseil, par exemple sur une marque de vin, un dialogue bilingue s'installe. Et c'est tr&#232;s amusant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, c'est malheureusement exact que des tenanciers de petits commerces flamands n'osent pas faire leur publicit&#233; dans une autre langue que la leur ; &#231;a ne leur pla&#238;t pas &#233;videmment mais ils s'y font ; de toute fa&#231;on, ils sont assez malins (dans le bon sens du terme) pour fid&#233;liser les &#171; &#233;trangers &#187;, avec beaucoup d'humour &#224; la clef. De part et d'autre. Personnellement, j'aime beaucoup discuter avec eux, avec ma coiffeuse surtout. Elle rentre son panneau &#171; WELCOME &#187; chaque soir. Elle devait, soit l'&#244;ter, soit &#233;crire WELKOM. lui avait-&#171; on &#187; impos&#233; ! C'est b&#234;te et m&#233;chant mais si on sait contrer la m&#233;chancet&#233;, la b&#234;tise, elle, est souveraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;glise : &#231;a, c'est autre chose. On n'y prie qu'en flamand et aucune autre langue n'est admise lors des c&#233;r&#233;monies. M&#234;me lors d'un enterrement. Alors, mon mari et moi d&#233;sertons la pourtant si belle petite &#233;glise de notre village, &#224; tout jamais. Et c'est vrai que cela fait mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire qu'il existe des messes &#171; secr&#232;tes &#187; - en fran&#231;ais - chez tel ou tel particulier, un peu comme au temps des catacombes ! Elles ont beaucoup de succ&#232;s et l'ap&#233;ritif qui les suit aussi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, il y a une biblioth&#232;que francophone : elle aussi est install&#233;e discr&#232;tement et c'est un lieu de rencontre bien agr&#233;able et joyeux, parce que, justement, on y &#233;prouve un d&#233;licieux sentiment de transgression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne nous laissons pas d&#233;boussoler ! Il fera toujours bon vivre en Belgique ! Pour les Flamands : de Flandre, de Wallonie ou de Bruxelles ; pour les Francophones : de Wallonie, de Flandre ou de Bruxelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et vive Bruxelles, Capitale de l'Europe !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Willy, flamand ou francophone ? (Adrien)</title>
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		<dc:date>2010-03-17T13:29:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Francophones, n&#233;erlandophones</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Willy, flamand ou francophone ? par Adrien &lt;br class='autobr' /&gt;
A la fin du mois d'ao&#251;t , quelques jours avant la rentr&#233;e scolaire, tous les enfants de la ville d'Enghien sont convoqu&#233;s &#224; l'&#233;cole o&#249; leurs parents les ont inscrits. &lt;br class='autobr' /&gt;
A l'&#233;cole communale que je fr&#233;quente, chaque &#233;l&#232;ve doit se pr&#233;senter dans une classe o&#249; derri&#232;re des tables juxtapos&#233;es ont pris place deux hommes strictement v&#234;tus. Ils affichent un sourire de composition. Ce sourire fig&#233; ne s'accorde gu&#232;re avec leur regard qui semble avoir travers&#233; une banquise un (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Willy, flamand ou francophone ? par Adrien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la fin du mois d'ao&#251;t , quelques jours avant la rentr&#233;e scolaire, tous les enfants de la ville d'Enghien sont convoqu&#233;s &#224; l'&#233;cole o&#249; leurs parents les ont inscrits.&lt;br /&gt;
A l'&#233;cole communale que je fr&#233;quente, chaque &#233;l&#232;ve doit se pr&#233;senter dans une classe o&#249; derri&#232;re des tables juxtapos&#233;es ont pris place deux hommes strictement v&#234;tus. Ils affichent un sourire de composition. Ce sourire fig&#233; ne s'accorde gu&#232;re avec leur regard qui semble avoir travers&#233; une banquise un jour de blizzard.&lt;br /&gt;
Un homme efflanqu&#233; de grande taille se tient debout derri&#232;re eux, immobile, comme s'il posait pour la r&#233;alisation de sa statue. Il ne sourit gu&#232;re. Il a l'air aussi arrogant qu'un conducteur de 4x4. Ses yeux luisent avec malveillance. Sa peau a le teint d'un boudin blanc invendu, expos&#233; un peu trop longtemps &#224; l'&#233;tal d'un boucher de derni&#232;re cat&#233;gorie. Son nom, celui du personnage, pas celui du boudin, est Florimond Grammens, flamingant notoire. Une barbiche longue et &#233;troite comme une brosse us&#233;e de peintre en b&#226;timent, accessoire de ralliement des flamingant rabiques, allonge son visage p&#226;le et &#233;maci&#233; d'ulc&#233;reux stomacal. &lt;br /&gt;
Un peu avant la guerre il a organis&#233; de virulentes manifestations flamingantes dans toute la ville. Il marchait fi&#232;rement &#224; la t&#234;te de ses troupes constitu&#233;es presque exclusivement &lt;br /&gt;
d' &#233;trangers &#224; la localit&#233;. Par les rues vides de tout habitant ils scandaient de bruyants &#171; Edingen vlaamsch (ancienne orthographe) &#187;, slogan mat&#233;rialis&#233; sommairement sur des panneaux de confection artisanale. &lt;br /&gt;
Un peu avant la guerre, le gauleiter en herbe a &#233;t&#233; surpris &#233;talant sur le mot FILLES figurant en relief sur le linteau d'une grille d'entr&#233;e de l'&#233;cole communale, une &#233;paisse couche de goudron avec l'&#233;nergie et le talent d'un peintre abstrait, un jour de grande inspiration.&lt;br /&gt;
L' irr&#233;ductible inimiti&#233; qu'il nourrissait envers les francophones s'est mu&#233;e en une haine rageuse apr&#232;s les &#233;checs r&#233;p&#233;t&#233;s de ses tentatives de flamandisation de la ville.&lt;br /&gt;
Aujourd'hui il tient sa vengeance.&lt;br /&gt;
Les Allemands, d&#232;s leur arriv&#233;e, ont jet&#233; en p&#226;ture des bribes de pouvoir &#224; quelques extr&#233;mistes parmi lesquels Grammens tient une place respectable.&lt;br /&gt;
Les maigres droits dont il a &#233;t&#233; investi par l'occupant se sont rapidement amplifi&#233;s dans sa caboche de caporal &#224; vie.&lt;br /&gt;
Il va enfin pouvoir faire baver ces maudits fransquillons qui l'ont tant humili&#233;.&lt;br /&gt;
Chaque enfant para&#238;t devant, ce qu'on apprendra plus tard, un des deux inquisiteurs supervis&#233;s par le Torquemada au petit pied pour une d&#233;monstration de d&#233;mocratie tronqu&#233;e.&lt;br /&gt;
A mon tour, je me retrouve devant l'un des deux personnages myst&#233;rieux qui m'accueille par un &#171; Dag grote jongen &#187; prononc&#233; sur un ton qui se voudrait suave.&lt;br /&gt;
La t&#234;te r&#233;barbative de Grammens que la contre-plong&#233;e &#233;tire encore m'impressionne et m'intimide. Je ne parviens pas &#224; prononcer un mot.&lt;br /&gt;
Son discours d'accueil n'ayant r&#233;percut&#233; aucun &#233;cho, mon interlocuteur saisit un lapin en peluche. Il le secoue devant moi en lui insufflant des sursauts hyst&#233;riques comme ceux d'un ali&#233;n&#233; en crise qui tente de se d&#233;gager de sa camisole de force. Je crois d'abord &#224; une manifestation de prestidigitateur amateur en mal de public. Il n'en est rien. L'op&#233;ration est suivie par un&#171; Wat is dit, vriendje ?&#8221;, prononc&#233; sur un ton doucereux. Le regard de mon interrogateur s'est radouci. Il est m&#234;me presque rassurant, suffisamment en tous cas pour me mettre un peu &#224; l'aise et me permettre de r&#233;pondre : &#171; Een konijntje. &#187;.&lt;br /&gt;
Un faible sourire se profile sur le visage de granit de Grammens. Sa morgue s'estompe un court instant. Il se penche vers moi, approche son visage du mien, bredouille quelques mots de satisfaction et me tapote d&#233;licatement la joue. Il doit &#234;tre affect&#233; de graves troubles du foie et de l'estomac car son haleine d&#233;gage des effluves de camion poubelle un jour de canicule.&lt;br /&gt;
Son commis pr&#233;sente soudainement tous les sympt&#244;mes de l'homme heureux : son sourire fig&#233; a pris une forme presque humaine, il se dodeline sur sa chaise &#224; la cadence d'un m&#233;tronome dop&#233; &#224; l'E.P.O.. Il fredonne sur l'air des lampions &#171; Nog een Vlaming meer ! ! Nog een Vlaming meer ! &#187;.&lt;br /&gt;
Pendant qu'il remplit des formulaires j'observe la sc&#232;ne qui se d&#233;roule &#224; c&#244;t&#233; de moi &#224; la table du second questionneur.&lt;br /&gt;
Un lapin en peluche y est &#233;galement anim&#233; de mouvements &#233;pileptiques devant un de mes copains r&#233;pondant au nom de Willy. L'animation saccad&#233;e est suivie de la question qui m'a &#233;t&#233; pos&#233;e peu avant : &#171; Wat is dit, vriendje ? &#187;. L'interrog&#233; r&#233;pond avec l'accent local : &#171; De witte lapin van marraine. &#187;.&lt;br /&gt;
Dans un m&#234;me mouvement d'&#233;bahissement, les sourcils des trois investigateurs se muent en accents circonflexes, manifestation d'une profonde perplexit&#233; commune.&lt;br /&gt;
Les yeux de Grammens expriment &#233;galement la d&#233;ception et la col&#232;re comme ceux d'un Amish d&#233;couvrant que son &#233;pouse porte des strings bariol&#233;s.&lt;br /&gt;
Dans quelle cat&#233;gorie linguistique faut-il classer Willy ?&lt;br /&gt;
Les mots &#171; De &#187;, &#171; witte &#187; et &#171; van &#187; sont incontestablement d'origine ou d'inspiration flamande. Quant &#224; &#171; lapin &#187; et &#224; &#171; marraine &#187;&#8230;&lt;br /&gt;
Les trois inquisiteurs se concertent nerveusement mais aucun accord ne semble r&#233;sulter de leurs laborieuses cogitations. L'un d'eux se gratte l'occiput sans discontinuation avec l'air du cuisinier cannibale qui h&#233;site entre le jus d'ananas et le lait de coco pour la pr&#233;paration du missionnaire qui vient d'&#234;tre captur&#233;.&lt;br /&gt;
Il consulte sa montre et observe par le ch&#226;ssis r&#233;gnant du local la longue file des enfants qui attendent encore leur tour de para&#238;tre devant les faux prestidigitateurs. Exasp&#233;r&#233; il lance s&#232;chement &#224; la face de ses acolytes qui d&#233;tournent discr&#232;tement la t&#234;te pour &#233;chapper aux relents de choux avari&#233;s que d&#233;gage son haleine, relents que la col&#232;re accentue encore : &#171; Dat is zeker een franskiljon !! &#187;. Schrijft hem zo maar in ! &#187; (C'est certainement un fransquillon !! Inscrivez-le comme tel !)&lt;br /&gt;
Celui qui s'est occup&#233; de mon interrogatoire termine sa t&#226;che administrative et me tend deux formulaires compl&#233;t&#233;s que je suis charg&#233; de remettre &#224; mes parents. Le premier stipule que je suis d'expression n&#233;erlandaise, le second que j'int&#233;grerai une classe conforme &#224; ma langue maternelle &#224; la tr&#232;s prochaine rentr&#233;e. &lt;br /&gt;
Willy pourra suivre les cours en fran&#231;ais.&lt;br /&gt;
Je quitte le local o&#249; d'infatigables lapins fr&#233;n&#233;tiques continuent &#224; duper d'innocents enfants.&lt;br /&gt;
L'ordre nouveau vient d'accoucher d'un monstre que l'on portera sur les fonds baptismaux en lui donnant, avec le plus grand s&#233;rieux, le nom de D&#233;mocratie et le pr&#233;nom de Tol&#233;rance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adrien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Francophone &#224; Dilbeek (Jean N.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article448</link>
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		<dc:date>2008-04-09T08:07:43Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Francophones, n&#233;erlandophones</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Je tiens cette histoire de ma kin&#233;sith&#233;rapeute ; appelons-la Marianne. Au d&#233;but des ann&#233;es 1970, elle habitait avec ses parents &#224; Dilbeek ? Avant la fusion avec d'autres communes flamandes, une importante minorit&#233; de francophones y r&#233;sidaient. Son p&#232;re s'est pr&#233;sent&#233; sur une liste en tant que tel. Il parlait aussi le n&#233;erlandais. Il a &#233;t&#233; &#233;lu conseiller communal. Il &#233;tait le seul francophone ; lui et sa famille ont &#233;t&#233; l'objet de toutes sortes de vexations : coups de t&#233;l&#233;phone la nuit, jet de pierres sur (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je tiens cette histoire de ma kin&#233;sith&#233;rapeute ; appelons-la Marianne. Au d&#233;but des ann&#233;es 1970, elle habitait avec ses parents &#224; Dilbeek ? Avant la fusion avec d'autres communes flamandes, une importante minorit&#233; de francophones y r&#233;sidaient. Son p&#232;re s'est pr&#233;sent&#233; sur une liste en tant que tel. Il parlait aussi le n&#233;erlandais. Il a &#233;t&#233; &#233;lu conseiller communal. Il &#233;tait le seul francophone ; lui et sa famille ont &#233;t&#233; l'objet de toutes sortes de vexations : coups de t&#233;l&#233;phone la nuit, jet de pierres sur la demeure, pneus crev&#233;s, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marianne s'est install&#233;e &#224; Dilbeek en tant que jeune kin&#233; ind&#233;pendante. Au bureau des imp&#244;ts o&#249; elle allait d&#233;clarer ses revenus, elle a lu la seule affiche en fran&#231;ais de la commune : &#171; Les &#233;trangers qui ne parlent pas le n&#233;erlandais sont pri&#233;s d'amener un interpr&#232;te. &#187;. Son p&#232;re alla trouver le percepteur pour lui dire que sa fille, d'abord n'&#233;tait pas &#233;trang&#232;re et ensuite, se &#171; d&#233;brouillait &#187; en n&#233;erlandais. R&#233;ponse : &#171; Si elle ne parle pas couramment, elle sera &#171; redress&#233;e &#187; d'office ! &#187;. Marianne se r&#233;solut &#224; confier son dossier &#224; un comptable n&#233;erlandophone, moyennant finances, &#233;videmment. Il pr&#233;senterait lui-m&#234;me la d&#233;claration au bureau. Puis elle est all&#233;e habiter en Brabant wallon&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Jan et Lene (Johanna P.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article420</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article420</guid>
		<dc:date>2008-01-10T13:37:22Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Francophones, n&#233;erlandophones</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Du temps o&#249; les flamands venaient chercher du travail en Wallonie &#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
A 18 ans, Jan s'&#233;tait engag&#233; pour les Pays-Bas ; il &#233;tait parti combattre aux Indes N&#233;erlandaises. A 20 ans il revenait dans sa petite ville natale en Flandres. Depuis , tout le monde l'appelait &#034; Jan de l'Est &#034; et se surnom lui resta toute sa vie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Elle s'appelait Maria-Magdalena. Ce pr&#233;nom &#233;tant trop long, on l'appelait tout simplement &#034;L&#232;ne&#034;. &lt;br class='autobr' /&gt; Aujourd'hui, dans cette petite ville de Flandres, c'est la f&#234;te. Jan de l'Est revient (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;Tranches de vie&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du temps o&#249; les flamands venaient chercher du travail en Wallonie &#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 18 ans, Jan s'&#233;tait engag&#233; pour les Pays-Bas ; il &#233;tait parti combattre aux Indes N&#233;erlandaises. A 20 ans il revenait dans sa petite ville natale en Flandres. Depuis , tout le monde l'appelait &#034; Jan de l'Est &#034; et se surnom lui resta toute sa vie. &lt;br&gt;
Elle s'appelait Maria-Magdalena. Ce pr&#233;nom &#233;tant trop long, on l'appelait tout simplement &#034;L&#232;ne&#034;.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, dans cette petite ville de Flandres, c'est la f&#234;te. Jan de l'Est revient au pays. En ce temps-l&#224;, il n'y avait pas beaucoup de distractions en Flandres, personne ne voyageait, aussi le retour de Jan de l'Est, revenant victorieux des Indes N&#233;erlandaises, &#233;tait un grand &#233;v&#233;nement. Toute la ville, fanfare en t&#234;te s'appr&#234;tait &#224; aller l'attendre &#224; la gare. &lt;br&gt;
Les amies de L&#232;ne sont venues l'appeler. &#034; Tu viens L&#232;ne, nous allons toutes &#224; la gare accueillir Jan de l'Est ! &#034;. L&#232;ne &#224; refus&#233; en disant : &#034; je ne me d&#233;range pas pour ce niais &#034;.&lt;br&gt;
Maintenant le train entre en gare. Voil&#224; Jan de l'Est avec son bel uniforme. La fanfare joue, tout le monde crie et l'applaudit. Jan de l'Est est port&#233; en triomphe sur les &#233;paules de ses amis. On fait ainsi le tour de la ville, puis on fini dans les caf&#233;s, o&#249; l'on boit, o&#249; l'on chante, o&#249; l'on danse. Jan de l'Est s'adresse &#224; un groupe de jeunes filles. &#034; Alors les filles, vous &#234;tes toutes venues me voir ? &#034;. &#034; Non, il y en a une qui n'a pas voulu nous accompagner. Elle s'appelle L&#232;ne et elle a dit qu'elle ne se d&#233;rangeait pas pour un niais. &#034; Jan est piqu&#233; au vif et curieux, il propose &#034; allons-y, allons tous ensemble voir L&#232;ne. &#034; Cela amuse tout le monde et tous sont d'accord. Le cort&#232;ge se reforme fanfare en t&#234;te et on part vers la maison de L&#232;ne. Arriv&#233;s &#224; destination, on fait silence et on appelle L&#232;ne. &#034; Viens voir, c'est Jan de l'Est, il vient te saluer. &#034; Maintenant L&#232;ne a ouvert sa fen&#234;tre. Elle voit Jan sur les &#233;paules de ses amis. Le silence est total. L&#232;ne dit &#034; bonjour Jan &#034; et lui a r&#233;pondu &#034; bonjour L&#232;ne &#034;. Ce fut tout et c'est ainsi que mon grand-p&#232;re Jan et ma grand-m&#232;re L&#232;ne venaient de faire connaissance. La fanfare se mit &#224; jouer une belle romance d'amour. Et cette fois L&#232;ne accompagna les joyeux f&#234;tards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques semaines plus tard ce fut le mariage de L&#232;ne et Jan. Les amies de L&#232;ne riaient &#034; mais L&#232;ne, tu avais dit que Jan &#233;tait un niais ! &#034; &#034; Je suis toujours du m&#234;me avis, r&#233;pondit ma grand-m&#232;re, mais je l'aime. &#034; Et Jan dit &#034; L&#232;ne je t'&#233;pouse parce que tu es la femme la plus intelligente de la ville, toi seule me comprends. &#034;&lt;br&gt;
L&#232;ne et Jan ont unis leur vie. Ils sont tr&#232;s pauvres. Jan est tisserand dans une des nombreuses usines de Flandres. La belle toile de lin des Flandres est c&#233;l&#232;bre. Mais les tisserands travaillent 10 heures par jour pour gagner si peu d'argent. De plus L&#232;ne est malheureuse. Elle a donn&#233; naissance &#224; trois beaux enfants. Mais en ce temps-l&#224;, la mortalit&#233; infantile est tr&#232;s forte et L&#232;ne n'a pas eu de chance. Ses trois petits sont d&#233;j&#224; morts. M&#234;me la petite Germana, qui a v&#233;cu jusqu'&#224; ses 17 mois, s'est endormie pour toujours. &lt;br&gt;
Maintenant L&#232;ne est enceinte pour la quatri&#232;me fois. Elle va &#224; l'&#233;glise et se prosterne devant la statue de Notre-Dame. L&#232;ne prie : &#034; faites que mon quatri&#232;me enfant reste en vie. Je vous consacre mon enfant. Je fais la promesse si c'est une fille, je l'appellerai &#034; Maria &#034; comme vous. Si c'est un gar&#231;on ce sera Joseph le nom de votre &#233;poux. &#034; L&#232;ne, comme les gens de son temps et de sa r&#233;gion est tr&#232;s croyante en Dieu. Elle garde espoir. L'enfant vint au monde. C'est une fille et on lui donne comme pr&#233;nom : Maria Jos&#233;phine. Elle resta en vie et v&#233;cut tr&#232;s longtemps. &lt;br&gt;
Heureusement car Maria Jos&#233;phine est ma maman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maria Jos&#233;phine est une petite fille en bonne sant&#233;. Elle court sur la rue avec tous les enfants. Elle se bat avec les gar&#231;ons et quand il est question de grimper aux arbres, c'est elle qui parvient &#224; la plus haute branche. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maria a 8 ans et son petit fr&#232;re Elias a 3 ans quand un &#233;v&#233;nement se produit qui a transform&#233; la vie de la petite famille et de leurs descendants. C'&#233;tait un dimanche et Jean faisait sa promenade dominicale. Il a rencontr&#233; un groupe de coll&#232;gues et voisins. Ceux-ci &#233;taient les premiers socialistes qui essayaient de faire conna&#238;tre leurs id&#233;es en Flandres. Ils voulaient d&#233;filer en ville, mais leur drapeau rouge appuy&#233; contre un mur, personne n'osait le porter. Ceci int&#233;ressa vivement Jan. Bien que n'ayant que de vagues id&#233;es de ce qu'&#233;tait le socialisme, il voulait venir en aide aux copains. Il trouvait aussi tr&#232;s farce de parcourir les rues portant un drapeau. Il avait d&#233;j&#224; vu souvent l'un ou l'autre d&#233;fil&#233; portant un drapeau. Et celui-ci ne lui paraissait pas plus extraordinaire que les autres. Et voil&#224; mon grand-p&#232;re Jan portant le drapeau rouge dans toutes les rues de la ville, suivi du petit groupe de socialistes. &lt;br&gt;
Dans les Flandres catholiques de cette &#233;poque, &#234;tre socialiste &#233;quivalait a &#234;tre le diable. Et Jan qui avait port&#233; le drapeau rouge &#233;tait consid&#233;r&#233; comme le meneur des sans Dieu et des r&#233;volutionnaires. Le lendemain matin, Jean ne pensait m&#234;me plus &#224; sa promenade de la veille, et se pr&#233;senta comme d'habitude &#224; son travail &#224; l'usine. On lui apprit qu'il &#233;tait cong&#233;di&#233;. Jan n'&#233;tait nullement inquiet, il y a tant d'usines de textiles en Flandres. Mais partout o&#249; il se pr&#233;senta, on refusa de l'engager. Toutes les usines &#233;taient d&#233;j&#224; averties que Jan avait port&#233; le drapeau rouge. Il n'y avait plus de travail pour lui en Flandres. Jan, L&#232;ne et leurs deux enfants n'avaient plus de pain. Jan pris une grande d&#233;cision, la seule possible, quitter les Flandres et se rendre en Wallonie pour y chercher du travail. Les deux enfants furent confi&#233;s &#224; des oncles et tantes, eux-m&#234;mes tr&#232;s pauvres, avec la promesse que d&#232;s qu'ils en auraient les moyens ils enverraient de l'argent pour payer les frais. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce matin, Jan et L&#232;ne sont partis en train vers la Wallonie. Les voil&#224; s&#233;par&#233;s de leurs enfants, sans travail, sans logement et avec tr&#232;s peu d'argent. Ils ne savaient pas o&#249; ils iraient, ni ce qu'ils feraient. Ils ont voyag&#233; toute la journ&#233;e et le soir ils se sont arr&#234;t&#233;s dans une grande ville, entour&#233;e de collines verdoyantes et travers&#233;e par un large fleuve. Les citadins parlaient le fran&#231;ais et le wallon. Jan et L&#232;ne ne comprenaient pas un mot. Mais ils &#233;taient conscients qu'ils &#233;taient arriv&#233;s &#224; destination. Que l&#224; serait d&#233;sormais leur vie et leurs espoirs. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jan dit &#224; L&#232;ne : &#034; la belle toile de Flandres, que je ne sais plus tisser maintenant je vais la vendre. J'irai dans les villages environnants, &#233;loign&#233;s de tous magasins, pr&#233;senter la toile blanche pur lin pour les draps de lit et taies d'oreillers. Je vendrai la belle dentelle de Bruges, pour border draps et taies. Je vendrai la toile bleue pour les bleus de travail dont les travailleurs ont besoin. &#034; Et L&#232;ne dit : &#034; nous serons deux &#224; travailler, j'irai faire de m&#234;me dans d'autres villages, ainsi notre gain sera double. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;buts ne furent pas faciles pour nos deux repr&#233;sentants de la toile. Jan qui ne savait pas encore la langue fran&#231;aise devait se contenter de montrer ses toiles en disant &#034; pur lin &#034;, ce furent ses deux premiers mots de fran&#231;ais et il &#233;crivait les prix sur un petit carnet. Et lui qui s'appelait &#034; Jan de l'Est &#034; en Flandres, s'appela ici&#034; Jan pur lin &#034;. Jan et L&#232;ne furent bien accueillis en Wallonie. Les wallons avaient bon coeur et ils d&#233;pensaient largement. Les clients leur permirent de gagner leur vie et m&#234;me devinrent tous des amis fid&#232;les. &lt;br&gt;
Le premier hiver fut tr&#232;s dur pour L&#232;ne. Epuis&#233;e par ce dur m&#233;tier, elle a voulu abandonner. Mais elle pensait &#224; ses deux enfants et retrouvait un courage tout neuf. &#034; J'ai continu&#233; pour que mes enfants ne vivent jamais ce que je peinais dans le pr&#233;sent. &#034;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut admirer leur courage, leur endurance. Ils ont r&#233;ussi. Bient&#244;t leur commerce prosp&#233;ra. Ils vendaient linge de maison, linge de corps, tissus pour les robes de dames, tissus pour les costumes d'hommes. Et m&#234;me lunettes de lecture et pince-nez. Finalement ils essay&#232;rent aussi le commerce de fourrures qui fut tr&#232;s lucratif. C'&#233;tait la mode pour les dames, de porter sur les &#233;paules et autour du cou, une fourrure de renard. Ces fourrures avaient m&#234;me la t&#234;te aux yeux de verre et la magnifique queue. &lt;br&gt;
L&#232;ne et jan ont fait fortune. Au moment de sa retraite Jan &#233;tait propri&#233;taire de 32 maisons dont deux caf&#233;s, acquis dans sa ville natale de Flandres o&#249; il voulait retourner un jour. &lt;br&gt;
Jan mon grand-p&#232;re et parrain a eu une belle vieillesse. Apr&#232;s sa r&#233;ussite commerciale, il est retourn&#233; dans sa petite ville de Flandres, devenue une grande et belle ville. Il a v&#233;cu ses derni&#232;res ann&#233;es heureux et respect&#233; de tous. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais cinq ans lorsqu'une nuit je fis un r&#234;ve et mes pleurs r&#233;veill&#232;rent ma petite famille. Maman venue me consoler, demanda la raison de mon chagrin. J'ai r&#233;pondu &#034; je pleure parce que mon parrain est mort. &#034; On me dit que ce n'&#233;tait qu'un r&#234;ve et non la r&#233;alit&#233;. Pourtant le lendemain un t&#233;l&#233;gramme nous parvenait &#034; P&#232;re d&#233;c&#233;d&#233; &#034;. Mes parents se demand&#232;rent s'il &#233;tait question de Jan, p&#232;re de maman ou d'Eduard p&#232;re de papa. En se temps-l&#224; peu de gens avaient le t&#233;l&#233;phone. Maman a pu joindre une personnalit&#233; importante de la ville o&#249; habitaient mes deux grand- p&#232;res et celle - ci r&#233;pondit &#034; il y a une rumeur qui circule dans toutes les rues de la ville et les passants ne parlent que de cela &#034; Jan de l'Est est d&#233;c&#233;d&#233; &#034;.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi s'est termin&#233; la vie, combien courageuse de mon grand-p&#232;re et parrain, par un beau dimanche apr&#232;s-midi. Apr&#232;s avoir fait , en pleine sant&#233; sa promenade dominicale dans sa ch&#232;re ville de Flandres, sans m&#234;me comprendre que sa vie s'en allait. Ayant d&#233;jeun&#233; de bon app&#233;tit, il se pr&#233;parait &#224; faire une petite sieste. Comme un arbre foudroy&#233; par l'&#233;clair, il s'effondra.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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