<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
><channel xml:lang="fr">
	<title>Ages et transmissions</title>
	<link>https://agesettransmissions.be/</link>
	<description>Cr&#233;&#233;e en 97, Ages et Transmissions est une asbl pluraliste bruxelloise permettant aux a&#238;n&#233;s de jouer un r&#244;le actif dans la soci&#233;t&#233;. Elle est reconnue comme organisme d'&#233;ducation permanente par la F&#233;d&#233;ration Wallonie-Bruxelles.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>

	<image>
		<title>Ages et transmissions</title>
		<url>https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L144xH138/siteon0-31eb6.png?1779361123</url>
		<link>https://agesettransmissions.be/</link>
		<height>138</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Un festin dans les Andes (Christian C.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1397</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article1397</guid>
		<dc:date>2022-07-01T13:21:36Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Alimentation</dc:subject>
		<dc:subject>Cultures autres</dc:subject>
		<dc:subject>F&#234;tes</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Il me reste deux semaines pour montrer ma reconnaissance &#224; tous ceux qui ont particip&#233; &#224; la construction de notre maison &#224; Cochabamba en Bolivie d&#233;but 2007. &lt;br class='autobr' /&gt;
Lundi dernier, &#224; quinze m&#232;tres de la maison, j'ai eu l'attention attir&#233;e par une cuvette d'environ un m&#232;tre de diam&#232;tre et un demi-m&#232;tre de profondeur, tapiss&#233;e de briques et partiellement remplie de pierres. J'avais pens&#233; remplir le trou de terre arable pour y planter un palmier. J'ai voulu en savoir plus sur l'origine de cette excavation en (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;Tranches de vie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot133" rel="tag"&gt;Alimentation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot139" rel="tag"&gt;Cultures autres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot149" rel="tag"&gt;F&#234;tes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il me reste deux semaines pour montrer ma reconnaissance &#224; tous ceux qui ont particip&#233; &#224; la construction de notre maison &#224; Cochabamba en Bolivie d&#233;but 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lundi dernier, &#224; quinze m&#232;tres de la maison, j'ai eu l'attention attir&#233;e par une cuvette d'environ un m&#232;tre de diam&#232;tre et un demi-m&#232;tre de profondeur, tapiss&#233;e de briques et partiellement remplie de pierres. J'avais pens&#233; remplir le trou de terre arable pour y planter un palmier. J'ai voulu en savoir plus sur l'origine de cette excavation en interrogeant Marco, le plafonneur. Il me parle des traces de la pr&#233;paration d'un plat typique des hauts-plateaux. Envo&#251;t&#233; par ses explications je lui demande si avec Don Daniel, son beau-p&#232;re, ils seraient d'accord de pr&#233;parer un tel repas le samedi midi, en invitant les corps de m&#233;tiers ayant particip&#233; &#224; la construction de la maison. Aucune h&#233;sitation. J'en parle &#224; Don Mario, l'entrepreneur. On se met d'accord sur le nombre de participants : une trentaine. Et le nombre de poulets &#224; acheter : douze, mettons quinze pour ne pas para&#238;tre pingre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le samedi, avant huit heures, Mama Mona et Papa Francisco, mes beaux-parents, partent acheter :la quinzaine de poulets &#224; couper en morceaux, dix kilos de pommes de terre, des platanos-bananes &#224; cuire- des oignons, tomates et laitues. Vers dix heures Don Daniel et son beau-fils agrandissent la cavit&#233;, la tapissent de briques, pr&#233;parent des pierres en les lavant, rassemblent des bois de construction vou&#233;s aux d&#233;chets. Au moyen de fers &#224; b&#233;ton, ils r&#233;alisent un savant montage o&#249; se m&#234;lent bois et pierres. En-dessous papier journal et petit bois. A onze heures, mise &#224; feu. C'est presque le d&#233;part d'une fus&#233;e : fum&#233;es et flamm&#232;ches puis feu puissant. On croirait l'&#233;mergence d'un mini-volcan. De temps en temps une pierre &#233;clate. A trois, munis de pelles dont l'une &#224; long manche, les tisons non consomm&#233;s sont retir&#233;s. Les pierres brulantes sont rassembl&#233;es. Deux grandes casseroles en aluminium contenant les volatiles sont amen&#233;es. Astuce : pierres et morceaux de volaille sont altern&#233;s dans les marmites. Ces derni&#232;res, munies de leurs couvercles sont plac&#233;es au centre de la cuvette puis rapidement entour&#233;es de pommes de terre, de bananes &#224; cuire et d'autres pierres surchauff&#233;es. L'ensemble est soigneusement recouvert de nombreux papiers forts provenant de sacs de ciment. Puis abondamment recouverts d'une couche de terre d'une vingtaine de centim&#232;tres d'&#233;paisseur. Le tout sous un soleil&#8230;absent, avec, de temps en temps une petite pluie fine. C'est la premi&#232;re fois depuis mon arriv&#233;e il y a un mois qu'il fait couvert tout au long de la journ&#233;e et que la Cordill&#232;re des Andes habituellement si majestueuse se cache sous les nuages. Voil&#224;, me dit-on : il suffit d'attendre entre 45 et 60 minutes. Il est midi trente. A treize heures quinze je pr&#233;viens : 3/4h. Les trois hommes reviennent. Avec le soin d'arch&#233;ologues d&#233;couvrant une momie inca, la couche de terre est enlev&#233;e. Les nombreuses couches de papier sont &#244;t&#233;es tels des linceuls. Oh merveille : on me passe une pomme de terre d&#233;licieusement cuite &#224; point. Puis c'est l'enl&#232;vement des couvercles : parmi les pierres fumantes s'&#233;l&#232;ve le fumet de la basse-cour promue met royal : le plat des Andes, p'ampaku.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entretemps les corps de m&#233;tiers arrivent de divers chantiers. Je ne les connais pas tous. Mama Mona et Papa Francisco arrivent avec les salades et boissons. Assiettes copieuses : &#233;normes portions de poulet, deux pommes de terre, une banane cuite avec sa pelure, un &#233;pi de ma&#239;s cuit &#224; l'eau et la salade. Les hommes se dispersent dans le jardin. Outre les ma&#231;ons il y a peintres, parqueteurs et menuisiers. Je suis subjugu&#233;. D'o&#249; peut remonter cette fa&#231;on de cuisiner r&#233;pandue sur l' Alti-plano des Andes. Ceux qui ont v&#233;cu dans ces villages &#233;loign&#233;s disent que la volaille peut &#234;tre remplac&#233;e par du porc, des poissons, du gibier. Les natifs de Cochabamba voient pour la premi&#232;re fois cette pr&#233;paration &#233;labor&#233;e. A la fin de ce festin, je remercie tous ceux qui ont contribu&#233; &#224; la construction, &#224; en faire une &#339;uvre d'art, exemple du savoir-faire bolivien. L'apr&#232;s-midi se poursuit. Les hommes partent apr&#232;s avoir re&#231;u leur paie. Marlen, l'architecte s'&#233;tant tromp&#233;e d'heure arrive avec son conjoint pour se contenter des restes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une ann&#233;e d'enseignement au Burundi (Yvonne)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1210</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article1210</guid>
		<dc:date>2020-08-04T05:40:12Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sylvie (A&amp;T)</dc:creator>


		<dc:subject>Cultures autres</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>
		<dc:subject>Voyages</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ao&#251;t 1959, j'ai quitt&#233; la Belgique...quitt&#233; Papa, Maman. J'avais alors 21 ans J'&#233;tais heureuse, &#233;panouie. Je pris l'avion pour la premi&#232;re fois, atterrissant &#224; Rome, Ath&#232;nes, Le Caire, Cano, des noms qui me faisaient tourner la t&#234;te, m'enchantaient ; puis L&#233;opoldville ! S&#233;jour d'une semaine, fleuve Congo impressionnant...enfin attribution d'un premier poste comme enseignante pour une ann&#233;e scolaire, &#224; Usumbura, Burundi ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Apr&#232;s trois jours de formalit&#233;s, d'installation domestique, acquisition d'un scooter, (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;Tranches de vie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot139" rel="tag"&gt;Cultures autres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot166" rel="tag"&gt;Travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot171" rel="tag"&gt;Voyages&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ao&#251;t 1959, j'ai quitt&#233; la Belgique...quitt&#233; Papa, Maman. J'avais alors 21 ans J'&#233;tais heureuse, &#233;panouie. Je pris l'avion pour la premi&#232;re fois, atterrissant &#224; Rome, Ath&#232;nes, Le Caire, Cano, des noms qui me faisaient tourner la t&#234;te, m'enchantaient ; puis L&#233;opoldville ! S&#233;jour d'une semaine, fleuve Congo impressionnant...enfin attribution d'un premier poste comme enseignante pour une ann&#233;e scolaire, &#224; Usumbura, Burundi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s trois jours de formalit&#233;s, d'installation domestique, acquisition d'un scooter, plein de contacts chaleureux, accueillants du petit monde belge... je d&#233;couvris l'&#233;cole &#171; asiatique &#187; o&#249; j'allais exercer deux jours plus tard...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pourquoi cette appellation &#171; &#233;cole asiatique &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le si&#232;cle &#233;coul&#233;, Anglais, Belges, Allemands prirent possession de l'Afrique, se r&#233;pandant d'est en ouest, dans ce continent immense. Dans la partie sub-saharienne, ils trouv&#232;rent install&#233;s des comptoirs arabes et indiens. Ceux-ci &#233;taient purement de facture &#233;conomique : marchandises, mati&#232;res premi&#232;res. Ils monopolis&#232;rent les march&#233;s d'&#233;change et s'infiltr&#232;rent au diapason des colonies en formation. Ils furent compl&#233;mentaires, ne visant qu'une chose &#171; faire du commerce &#187;, &#233;toffes, &#233;pices, bien s&#251;r, produits de tous ordres articles h&#233;t&#233;roclites, de type bazar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les colons se r&#233;servaient l'extraction de minerais, la culture de caf&#233;, de th&#233;, pyr&#232;thre, etc. Jamais l'int&#233;r&#234;t de type n&#233;goce &#224; l'indienne ne les effleura ; point de rivalit&#233; donc, l'harmonie r&#233;gnait entre les communaut&#233;s. Ces familles et commerces indiens et arabes s'install&#232;rent c&#244;te &#224; c&#244;te, devenant le quartier asiatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De jolies maisons d'un &#233;tage, commerce au rez-de-chauss&#233;e, logement au premier. Toutes color&#233;es, jaunes, bistres, rouges, vertes, des bougainvilliers coiffant tout cela. Ces gens s'exprimaient en indo-pakistanais, en anglais, dialectes divers... Ainsi le joli b&#226;timent, &#171; &#233;cole asiatique &#187; avait &#233;t&#233; construit &#224; l'intention des nombreux enfants de ce quartier. Et voil&#224; o&#249; j'arrivai...d&#233;barqua plut&#244;t, tant l'&#233;cart &#233;tait grand, entre les c&#244;tes du Brabant wallon et les collines lumineuses du Burundi. Entre les visages p&#226;les et tous mes petits bronz&#233;s...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut passionnant que d'enseigner le fran&#231;ais &#224; ces jeunes enfants de six ans par le jeu, les subterfuges, les le&#231;ons de choses qui nous entouraient, la vie de tous les jours. Apr&#232;s un an, mission accomplie, ces vingt-cinq enfants pouvaient alors commencer un vrai cycle scolaire belge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avions fait un pacte, ces enfants et moi, &#171; je vous apprends le fran&#231;ais et vous m'apprenez le swahili &#187;. Ils furent meilleurs &#233;l&#232;ves que moi. Tant mieux, n'en parlons plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais pris l'habitude de r&#233;compenser un enfant m&#233;ritant, par un tour en vespa, le mercredi apr&#232;s-midi. Quel succ&#232;s quand je me pointais &#224; tel magasin ou telle famille de l'enfant laur&#233;at ! Tout le monde assistait &#224; la p&#233;tarade du d&#233;part, un petit tour de 10 minutes du Tanganika, tout proche, et, au retour, un th&#233; parfum&#233;, le meilleur que j'ai jamais consomm&#233;, me remerciait...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais une excellente relation avec ces gens. Je les aimais ! En d&#233;coulait une suite harmonieuse dans mon travail avec les enfants. C&#244;t&#233; travail, tout coulait de source, l'imagination ne faisait pas d&#233;faut, chaque jour &#233;tait exaltant, ce n'&#233;tait point labeur !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Usumbura s'&#233;talait en une cascade tr&#232;s large, depuis les premi&#232;res collines &#224; l'Est o&#249; tr&#244;nait un superbe coll&#232;ge j&#233;suite ; puis s'&#233;talait harmonieusement autour de petites villas, bungalows, petits immeubles de deux &#233;tages, avant de d&#233;valer jusqu'au grand lac Tanganika. La ville &#233;tait trac&#233;e en avenues bord&#233;es de flamboyants, des arbres, d'un rouge chaleureux comme son &#233;vocation, mais aussi, des arbres rares comme les jacarandas, d'une couleur bleu violet, presque fluorescent, qui tranchaient si bien sur le feuillage vert p&#226;le des essences africaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sud s'&#233;tendait la grande plaine de la Ruzizi, rivi&#232;re tr&#232;s vive ! La communaut&#233; noire &#233;tait concentr&#233;e de ce c&#244;t&#233; ; ils vivaient tr&#232;s rapproch&#233;s les uns des autres et j'avoue que je n'y p&#233;n&#233;trai jamais ! Cela ne se faisait pas ! Cette plaine chaude au bord du lac, &#233;tait le lieu de pr&#233;dilection des crocodiles du Nil et des hippopotames qui ne demandaient pas de c&#226;lins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois me restaient le d&#233;sir, la grande curiosit&#233;, l'int&#233;r&#234;t humain de mieux conna&#238;tre les indig&#232;nes ! lls nous entouraient, mais n'int&#233;graient pas notre soci&#233;t&#233; ! Donc, pour les d&#233;couvrir dans leur vie, leur habitat, il me fallait entrer en communication. J'avais connaissance de centres de soin en brousse ! des dispensaires ! Je rep&#233;rai un jeune m&#233;decin qui avait pour mission de se rendre une fois par mois, dans ces-dits dispensaires !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'exp&#233;rimentai...et fut conquise, j'accompagnai ce &#171; muganga &#187; de fa&#231;on assidue. L'&#233;cole m'octroyait un jour de cong&#233; par mois. Tout &#233;tait bien ! Le &#171; muganga &#187; dixit le docteur, &#233;tait attendu dans la crainte ou la fascination. Le sorcier du coin, comme la maman aux herbes, ou autres panac&#233;es restaient omni pr&#233;sent dans leurs valeurs et pr&#233;rogatives et observaient notre m&#233;decine, ce qui &#233;tait un peu g&#234;nant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les patients d&#233;filaient pour se laisser palper ! Le &#171; muganga &#187;, st&#233;thoscope sur les oreilles, install&#233; sur un tabouret de fortune, les pieds plant&#233;s au sol, relevait la t&#234;te de temps en temps pour apercevoir la file qui s'allongeait : ma modeste contribution consistait &#224; canaliser ce monde h&#233;t&#233;roclite ; instaurer des priorit&#233;s de passage, selon l'&#233;tat de la patiente ou simple visite ! L'ambiance &#233;tait bon enfant, rares &#233;taient les r&#233;calcitrants qu'il fallait obliger &#224; la pr&#233;sentation ! Souvent les vieux, tr&#232;s vieux on les laissait en paix. Par contre, les m&#232;res pr&#233;sentaient leurs enfants avec chaleur et fiert&#233; ! A ce moment je participais plus largement. La maman ayant son dos pour porter l'un, une hanche offerte au deuxi&#232;me, que faire pour les suivants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se passait toujours quelque chose de dr&#244;le, de path&#233;tique, voire dramatique, parfois !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Muganga &#187; s'attendrit sur un adorable b&#233;b&#233;, l'&#233;l&#232;va &#224; la hauteur des yeux, re&#231;ut le pipi d'ange dans la figure ! C&#244;t&#233; dr&#244;le pour moi bien s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre fois un jeune enfant hurlait de douleur, envelopp&#233; dans ses frusques. Je le soulevai, les mains sous les aisselles, il se calma, je le posai sur mon bras, il hurla &#224; nouveau ! Une fois d&#233;shabill&#233;, il y avait d&#233;chirures aux testicules...urgence !!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une naissance spontan&#233;e, presque dans la file d'attente.... La future m&#232;re se d&#233;tache, accompagn&#233;e d'une autre, &#224; trente m&#232;tres dans les buissons, peu de temps avant les cris d'un petit...Et vint un b&#233;b&#233; tr&#232;s clair ! S&#233;ch&#233; rapidement par chiffons, venu parmi nous dans la joie, l'effervescence collective, et re&#231;u pr&#233;cieusement par notre &#171; muganga &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi l'Afrique m'&#233;tonnait, m'enchantait, j'avais r&#234;v&#233; ! Voulu voir ! Je voyais.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> Nous ne devons pas continuer &#224; m&#233;priser l'Afrique ! (Catherine)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1208</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article1208</guid>
		<dc:date>2020-08-04T05:39:55Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sylvie (A&amp;T)</dc:creator>


		<dc:subject>Colonisation</dc:subject>
		<dc:subject>Cultures autres</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Je suis n&#233;e de p&#232;re et m&#232;re burundaises en 1955. Je suis arriv&#233;e en Belgique en 1983 car mon mari rentrait d&#233;finitivement. Je suis n&#233;e dans une famille assez ais&#233;e. J'ai eu une enfance normale ; plut&#244;t de bonnes &#233;tudes car je n'&#233;tais pas trop mauvaise. A l'&#233;poque, nous avions beaucoup de professeurs europ&#233;ens. Les choses se sont compliqu&#233;es &#224; partir d'avril-mai 1972. Nous l'avons senti passer en termes d'injures, d'humiliations, de s&#233;gr&#233;gation, et ce pendant plusieurs ann&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les relations entre Europ&#233;ens (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;Tranches de vie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot138" rel="tag"&gt;Colonisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot139" rel="tag"&gt;Cultures autres&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je suis n&#233;e de p&#232;re et m&#232;re burundaises en 1955. Je suis arriv&#233;e en Belgique en 1983 car mon mari rentrait d&#233;finitivement. Je suis n&#233;e dans une famille assez ais&#233;e. J'ai eu une enfance normale ; plut&#244;t de bonnes &#233;tudes car je n'&#233;tais pas trop mauvaise. A l'&#233;poque, nous avions beaucoup de professeurs europ&#233;ens. Les choses se sont compliqu&#233;es &#224; partir d'avril-mai 1972. Nous l'avons senti passer en termes d'injures, d'humiliations, de s&#233;gr&#233;gation, et ce pendant plusieurs ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les relations entre Europ&#233;ens et Burundais ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est comme les relations entre nantis et les autres. M&#234;me ici, on ne fr&#233;quente pas les m&#234;mes milieux. Par ailleurs, les europ&#233;ens traitaient plut&#244;t avec des personnes parlant fran&#231;ais parce qu'ils sont all&#233;s &#224; l'&#233;cole. Au Burundi, les europ&#233;ens &#233;pousaient pour la plupart des rwandaises, tutsies, plus jolies sans doute, mais certainement plus proches du canon de beaut&#233; europ&#233;en. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au moment de l'ind&#233;pendance, j'&#233;tais trop petite, je ne me rendais pas compte du changement. Je me rappelle seulement une phrase que j'ai entendu de la bouche de ma m&#232;re : &#171; l'&#233;tat burundais sera plus s&#233;v&#232;re que l'&#233;tat belge ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On ne mangeait pas, on ne s'habillait pas de la m&#234;me fa&#231;on !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les europ&#233;ens mangeaient comme en Belgique ; il y avait de grands magasins avec des produits europ&#233;ens. Le petit peuple mangeait du manioc, taro, riz, poisson, de la viande et des l&#233;gumes (aubergines, amarante, feuilles de taro, feuilles de manioc &#8230;) A l'&#233;poque, il &#233;tait impensable qu'un europ&#233;en mange comme nous ! La bourgeoisie burundaise de l'&#233;poque se nourrissait de la m&#234;me fa&#231;on que les Europ&#233;ens car ils en avaient les moyens ou ils cuisinaient des plats africains une fois de temps en temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'habillement europ&#233;en est devenu la norme au Burundi en g&#233;n&#233;ral pour les hommes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il y a une diff&#233;rence en ce qui concerne les femmes : pour celles qui avaient fait des &#233;tudes et qui travaillaient dans un bureau ou dans l'enseignement, c'&#233;tait la tenue europ&#233;enne. Aucune autre tenue n'&#233;tait permise. En milieu populaire, c'&#233;tait le pagne dans toute la r&#233;gion qui longe le lac Tanganika dont la capitale Bujumbura. A l'int&#233;rieur, les femmes mettaient des tissus quelconques. Mais actuellement, presque toutes les femmes portent le pagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les rapports hommes-femmes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai toujours connu la femme burundaise plut&#244;t discr&#232;te. Le couple europ&#233;en montrait plut&#244;t une &#233;pouse &#233;gale &#224; l'homme. Mais la tradition burundaise permettait &#224; certaines femmes d'&#233;merger. Dans ma r&#233;gion natale, j'ai connu des femmes qui &#233;taient plus riches que leur mari ! En milieu musulman, les choses &#233;taient diff&#233;rentes : les femmes et leurs co-&#233;pouses devaient travailler pour faire bouillir la marmite. Le mari ne faisait pas grand-chose. Cette coutume perdure malheureusement jusqu'&#224; nos jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La religion ? Aujourd'hui, pratiquement tous les africains adh&#232;rent &#224; des religions d'origine &#233;trang&#232;re.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le d&#233;sespoir et l'appauvrissement, on a invent&#233; diverses &#233;glises du r&#233;veil qui, g&#233;n&#233;ralement, enrichissent les fondateurs ! Dans les religions chr&#233;tiennes en g&#233;n&#233;ral, on a des fanatiques qui ne supportent pas la moindre herbe pour gu&#233;rir ceci ou cela. Ils ne jurent que par la m&#233;dication europ&#233;enne ; je trouve que c'est une grave erreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une tradition importante ? La dot.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personnellement, j'ai demand&#233; &#224; ce qu'une dot soit pay&#233;e pour moi par respect pour mes parents. Ils appartiennent &#224; un autre monde. Mais par contre, je n'ai pas demand&#233; la m&#234;me chose pour mes filles. Une amie belge ancienne du Congo que j'appelle r&#233;guli&#232;rement est convaincue que la dot est un prix de vente : NON, NON et NON !!!! Il est vrai que la cupidit&#233; de la famille de la fille l'a fait penser &#224; un certain moment. Et quelque part, chez certains, avoir une fille c'est comme avoir un compte bancaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Congo par exemple :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Des jeunes filles pr&#233;f&#232;rent avoir des enfants sans &#234;tre mari&#233;es ni se mettre en m&#233;nage pour &#233;viter les probl&#232;mes avec un mari !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Des femmes essaient d'avoir une fille au teint clair (m&#233;tisse) pour la marier &#224; un riche plus tard !!! La peau claire est synonyme de beaut&#233; !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Lorsqu'on dit &#224; certaines familles de ne pas donner leur gamine de 14 ans en mariage, (entre autres pour &#233;viter les fistules apr&#232;s l'accouchement) elles r&#233;torquent : &#171; Est-ce que c'est toi qui vas nous donner &#224; manger ? &#187; Ici, une dot &#233;lev&#233;e pay&#233;e par un polygame riche passe avant tout autre consid&#233;ration !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personnellement j'ai mal v&#233;cu la fugue de mes 2 filles et surtout le soutien dont elles ont b&#233;n&#233;fici&#233;. Je me suis sentie l&#226;ch&#233;e et surtout m&#233;pris&#233;e en tant que m&#232;re africaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'immigration africaine me fait r&#233;fl&#233;chir...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Nous avons gard&#233; un lavage de cerveau : seule la vie en Europe compte. L'Afrique ne vaut rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Certains europ&#233;ens oublient que ceux qui arrivent ici ont pris l'avion ; donc, ils ont les moyens de le faire !!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Les r&#233;clamations actuelles au sujet de L&#233;opold II ; il a fait quelque chose de bien pour ce pays. Pourquoi exiger qu'on d&#233;boulonne ses statues ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La cruaut&#233; ? Oh, elle s'est retrouv&#233;e chez tous les peuples...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; les enfants grecs envoy&#233;s aux Apoth&#232;tes, gouffre voisin du Tayg&#232;te,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; la colonne lactaire chez les Romains,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; chez les Esquimaux, une gamine sans futur mari &#233;tait tu&#233;e,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; les gamines enterr&#233;es vivantes en Arabie avant les exhortations du proph&#232;te,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; l'anthropophagie chez certains Africains,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; les sacrifices humains pour apaiser la col&#232;re d'un crocodile ou de tel dieu &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; le meurtre d'un jumeau en Afrique de l'ouest &#8230;..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; plus pr&#232;s de nous, les joyeuset&#233;s d'un Mobutu, d'un Hiss&#232;ne Habr&#233;, d'un Bokassa&#8230;..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant l'esclavage, crime horrible : est-ce que ce sont les europ&#233;ens qui couraient derri&#232;re les Africains &#224; travers la for&#234;t ou la savane ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je souhaite aller passer de longs mois au Burundi : nous ne devons pas continuer &#224; m&#233;priser l'Afrique !!!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me, c'est le montant de la retraite !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Six jours au Bas-Congo (Christian C.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1192</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article1192</guid>
		<dc:date>2020-04-14T07:19:11Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Cultures autres</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>
		<dc:subject>Voyages</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;au temps du Za&#239;re, juillet 1981 ... &lt;br class='autobr' /&gt;
Pour ceux qui connaissent l'&#233;tonnante &#233;pop&#233;e de Stanley et son historique rencontre avec Levingstone, les noms de Boma, Matadi, Mbanza Ngungu, Lufu Toto ne sont pas &#233;trangers. Cent et quatre ans plus tard me voici parti de Kinshasa vers Matadi, en compagnie de deux citoyens, l'un chauffeur, l'autre Ing&#233;nieur de la SNEl , Soci&#233;t&#233; Nationale d'Electricit&#233;. Pas de porteurs, pas de gu&#234;tres, pas de fusils. Mais une Peugeot 104 rouge. En parfait &#233;tat selon l'agence de (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;Tranches de vie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot139" rel="tag"&gt;Cultures autres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot166" rel="tag"&gt;Travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot171" rel="tag"&gt;Voyages&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;au temps du Za&#239;re, juillet 1981 ...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pour ceux qui connaissent l'&#233;tonnante &#233;pop&#233;e de Stanley et son historique rencontre avec Levingstone, les noms de Boma, Matadi, Mbanza Ngungu, Lufu Toto ne sont pas &#233;trangers. Cent et quatre ans plus tard me voici parti de Kinshasa vers Matadi, en compagnie de deux citoyens, l'un chauffeur, l'autre Ing&#233;nieur de la SNEl , Soci&#233;t&#233; Nationale d'Electricit&#233;. Pas de porteurs, pas de gu&#234;tres, pas de fusils. Mais une Peugeot 104 rouge. En parfait &#233;tat selon l'agence de location Europcar &#8230; pour faire un tour en Afrique le nom est choisi ! Dure &#224; d&#233;marrer, tirant &#224; gauche, elle est cependant sobre et confortable. La pr&#233;c&#233;dente, blanche, roulait mieux mais l'embrayage peinait dans les mont&#233;es. Le but de la randonn&#233;e : l'inspection de 11 postes HT (Haute Tension) 132 et 220 kilovolts et de deux centrales hydro&#233;lectriques Inga 1 et Inga2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saison s&#232;che, donc pas de pluie. Et pourtant un ciel gris, bas. Pas de soleil si ce n'est le premier jour. Alors que je n'imaginais cette contr&#233;e que sous une chaleur moite, me voil&#224; heureusement surpris. On dit le Za&#239;re sale, les citoyens voleurs, soudoy&#233;s, hostiles. Rien de tout cela : Kinshasa est propre, les citoyens affables, les militaires corrects, les policiers rares. Les ing&#233;nieurs sont comp&#233;tents, bien au courant des probl&#232;mes et conscients des d&#233;ficiences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Visite des premiers postes Mutendi, Kisangulu, mais le chef de poste et son adjoint ne sont pas toujours &#224; leur poste &#8230; &#171; Mais justement chef, on venait de quitter, chef &#187;. Du chef et du patron on en est gratifi&#233; tous les cinq mots. Les gosses sont toujours rieurs et chaleureux pour acclamer et sourire au &#171; musungu &#187; (au blanc). Vers onze heures on passe par Mbaza Ngungu, l'ancienne Thysville. En traversant l'Inkisi sur un nouveau pont, je pense qu'il y a vingt et un an, Andr&#233; Ryckmans et Kervyn y laissaient leurs vies, tu&#233;s par des rebelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kisantu, Mbanza Ngungu, nous quittons la grand route, Lufu Toto , ancienne cit&#233; du chemin de fer. Tout &#224; coup ce sont de belles et larges all&#233;es bord&#233;es de grands arbres formant ombrage. Gare importante. Il reste les villas. Le poste HT n'est pas tr&#232;s au point. Plut&#244;t d&#233;labr&#233; et le jeune wattman ne sait pas tr&#232;s bien ce qu'il y fait. Nous poursuivons par un chemin de brousse. Nous voici dans les &#233;levages de J.V.C personnage c&#233;l&#232;bre &#224; pr&#233;sent d&#233;c&#233;d&#233; et dont les fils se partagent les terres et les milliers de t&#234;tes de b&#233;tail. Mais le but est de poursuivre pour arriver &#224; Kwilu Ngongo, autrefois Moerbeke Kwilu, vastes plantations de cannes &#224; sucre et d'une usine produisant 40 mille tonnes de sucre par an. Six mille Za&#239;rois et trente belges y travaillent. Quinze mille hectare ; horaire de travail : de 6 &#224; 8h ; de 8h30 &#224; 12 ; de 13 &#224; 18h ; samedi matin et dimanche compris pendant les six mois de la campagne sucri&#232;re. Un h&#244;pital, quatre m&#233;decins za&#239;rois, des &#233;coles, des magasins. Le tout s'&#233;tend sur 50km. Une organisation autonome ! J'y rencontre Claude B, sa s&#339;ur et son mari Alain C. A Bruxelles je connais bien Paul B qui lui-m&#234;me a pass&#233; une partie de son enfance dans ces plantations. Tr&#232;s vite des liens se tissent. Alain est pass&#233;, comme moi, par le coll&#232;ge St Boniface et a eu les m&#234;mes professeurs que moi. L'abb&#233; Besan&#231;on, mon premier prof &#224; St Boni a c&#233;l&#233;br&#233; leur mariage et a baptis&#233;, en Belgique, il y a un mois, leur premi&#232;re fille. Quant &#224; Claude il a suivi son parcours scolaire au Coll&#232;ge St Hubert o&#249; j'ai &#233;t&#233; chef de la troupe scoute. Soir&#233;e d'antan&#8230; sous une paillotte avec Claude et le citoyen Botuwa, mon coll&#232;gue de la SNEl. Un peu du Congo de papa ressurgit. Je ne savais pas que cela existait encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain matin, visite de l'usine ou deux superbes machines &#224; vapeur de 1925 broient la canne. Sirop brun, maintes fois trait&#233;, neutralis&#233;, filtr&#233;, chauff&#233;, s&#233;ch&#233;, sulfur&#233; &#8230; en sort le sucre blanc, la cassonade, l'alcool, le CO2 &#8230; Trois cents tonnes de sucre par jour. Ensuite, moment d'&#233;motion, je demande de pouvoir aller me recueillir sur la tombe de Charles C , un condisciple de l'ECAM (Ecole Centrale des Arts et M&#233;tiers). Quelques mois apr&#232;s son arriv&#233;e, en novembre 1962, il avait &#233;t&#233; &#233;cras&#233; par un v&#233;hicule dans le cadre de son travail. Du Katanga je lui avais envoy&#233; une lettre en fin d'ann&#233;e et elle m'&#233;tait revenue avec la mention &#171; d&#233;c&#233;d&#233; &#187;. Je n'y pris attention pensant qu'il s'agissait d'une erreur de la poste. Je me rappelle particuli&#232;rement bien de notre banquet de fin d'&#233;tudes. Il &#233;tait assis &#224; mes c&#244;t&#233;s. Je connaissais aussi sa s&#339;ur Miquette. Ce n'est que bien des ann&#233;es plus tard que je la rencontrai et lui rappelai ce douloureux souvenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le samedi matin, nous voil&#224; repartis sur les routes poussi&#233;reuses. Arr&#234;ts &#224; deux cimenteries pour visite des installations &#233;lectriques puis &#224; Kwilu, important n&#339;ud d'interconnexion du r&#233;seau &#233;lectrique Haute Tension. A 20km de l&#224; et 90km avant Matadi, le voyant rouge &#171; batterie &#187; s'allume au tableau de bord. Courroie cass&#233;e. Une Ford Escort emm&#232;ne le Citoyen Botuwa &#224; 140km/h vers Matadi. Il faudra cependant 3h30 pour qu'il revienne en taxi avec un m&#233;canicien &#224; la tomb&#233;e du jour. Il est 18h15. L'apr&#232;s-midi s'est pass&#233;e &#224; l'ombre d'un arbre ou sommeillant dans la voiture. Toujours au bord de la route l&#224; ou quinze mamas, enfant sur le dos, devant de grandes bassines de foufou (manioc) attendent les automobilistes &#8230; A chaque arr&#234;t de v&#233;hicule, elles chargent leurs bassines sur la t&#234;te, se pr&#233;cipitent et palabrent le prix &#8230; Plus l'acheteur est ais&#233; plus la discussion est &#226;pre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous atteignons Matadi &#224; huit heures du soir. H&#244;tel M&#233;tropole, haute b&#226;tisse en pierre de style espagnol, &#224; patio int&#233;rieur triangulaire, &#224; la v&#233;g&#233;tation abondante. On pourrait se croire &#224; Barcelone. Souper au 5&#176;&#233;tage puis tour de la ville jusqu'&#224; atteindre le sommet de la colline d'o&#249; la vue s'&#233;tend sur toute la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dimanche, visite du poste HT, puis &#224; midi arriv&#233;e au bac pour traverser le fleuve. Mais le bac officiel ne passe qu'&#224; 15h. La SNEl est pr&#233;venue et &#224; 13h nous embarquons. La foule se pr&#233;cipite, trop heureuse de gagner deux heures. Trois autres v&#233;hicules se joignent &#224; nous. Les quatre h&#233;lices sont actionn&#233;es et nous voil&#224; remontant le fleuve, luttant contre le courant. Le bac &#8230; Afrique de grand-papa &#8230; mais pas de demain car les japonais &#224; quelques kilom&#232;tres de l&#224; s'affairent &#224; construire un superbe pont m&#233;tallique avec la soci&#233;t&#233; belge Auxeltra-b&#233;ton. Il sera le plus long d'Afrique et le premier &#224; traverser le fleuve Congo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rive droite du fleuve, on atteint bien vite le Mayombe, superbe for&#234;t tropicale aux arbres &#233;lanc&#233;s. Sur la route, pr&#232;s des villages, des chasseurs attirent notre attention pour vendre du gibier : notre chauffeur s'arr&#234;te maintes fois mais ne parvient pas &#224; faire baisser les prix. De guerre lasse, il ach&#232;te des animaux bizarres, &#233;caill&#233;s, &#224; longue queue et langue plus longue encore, apte &#224; capturer moustiques et fourmis. Un peu effray&#233;, je vois mes compagnons entasser plusieurs de ces bestioles dans le coffre tout en m'assurant qu'&#224; Inga on les mettra au cong&#233;lateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bome, petite ville du midi endormie sous la sieste tropicale et dominicale. Il est trois heures trente. Les horaires d'Europe sont respect&#233;s : trop tard pour les voyageurs affam&#233;s. Et c'est ainsi pour la &#233;ni&#232;me fois nous nous abstenons de nous alimenter &#224; midi. Nouveau travail au poste HT. Dans le port de Matadi, le Fabiola mouille, attendant lundi pour accoster. Que dira Baudouin de savoir Fabi en Afrique ? Nous allons souper au Cin&#233; Palace avec le chef de secteur, le chef de poste et le financier, s&#233;rieux dans son r&#244;le, arm&#233; de son attach&#233;-case. Il faut dire que par d&#233;valuations successives, le franc belge qui valait 0.01 Za&#239;re (ou 1Z pour 100 fb) en vaut &#224; pr&#233;sent 0.3Z soit 30 fois plus. Les billets sont de 1, 5 ou 10 Z. Imaginez quand il faut payer une note d'h&#244;tel de 3000Z en billets de 5, cela fait six cents billets Pour un repas un peu officiel, il faut donc l'attach&#233;-case ! Derni&#232;rement il a fallu enfermer 250 mille Z dans une malle m&#233;tallique : ils &#233;taient deux pour parvenir &#224; fermer le couvercle ! A Kwilu N'Gongo 6000 ouvriers &#224; 200Z, cela fait des centaines de milliers de billets &#224; compter et &#224; distribuer. L'avion doit faire plusieurs fois Kin-Kwilu par quinzaine pour stocker les Za&#239;res. Je propose des billets de 1 Mobutu valant 100 Z. Il est vrai qu'apr&#232;s quelques ann&#233;es ce serait des Moburiens. Un des charmes de l'Afrique est cet humour inn&#233; qui jaillit &#224; tout moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lundi en route pour Inga. Mais la for&#234;t du Mayombe reprend ses droits et voil&#224; mes amis excit&#233;s en voyant d'autres chasseurs : un trio arm&#233; de longs fusils de fabrication locale, rechargeable par le canon font leur affaire. Un singe encore chaud est joint comme un troph&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;INGA, c'est la d&#233;mesure. Le fleuve Za&#239;re d&#233;vale en cascade. En cette saison s&#232;che, les rochers sont apparents. Inga 2, immense centrale de 200m de long reste modeste dans l'immensit&#233; du site. Un dixi&#232;me de la puissance install&#233;e est utilis&#233;e par la capitale et le Bas-Za&#239;re. On peut r&#234;ver : les Suisses avec Alu-Suisse 450 MW, les Hollandais avec une usine d'ur&#233;e 103 MW, le Shaba &#224; 1700km avec une ligne courant continu 500 Kilovolts en 1982 et une capacit&#233; de transport de 500 MW. Et il reste une possibilit&#233; de placer en Inga 3 : 54 groupes de 750 MW chacun, salle des machines de 1500m de long en arc de cercle, &#8230; en arc de si&#232;cle !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux jours sur les plateaux d'Inga. Depuis l'expo 58, o&#249; figurait au Pavillon du Congo, une maquette du site, j'en r&#234;vais. Le r&#234;ve est l&#224;. Un vaste vitrail aux couleurs harmonieuses compose une fresque c&#233;leste dans ce monde de b&#233;ton, d'acier, de puissance &#233;lectrique. Po&#233;sie dans un monde d'&#233;lectrons et de technique. Modestement j'ai contribu&#233; &#224; ce d&#233;fi en travaillant deux ans aux ACEC -Ateliers de Constructions Electriques de Charleroi- &#224; la m&#233;thodologie de montage des turbines, &#224; la supervision des fabrications, &#224; la conception d'outillages pour l'usinage sur site.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le retour vers Kinshasa approche, nous chargeons t&#244;t matin les bestioles congel&#233;es. Le singe prend place dans une bo&#238;te en carton sur le si&#232;ge arri&#232;re gauche : un peu macabre un bras tendu du singe se dresse hors de la bo&#238;te. Nous parcourons environ cinquante kilom&#232;tres lorsqu'un cri d'effroi nous glace : le citoyen Botuwa a vu le bras du singe se replier sous l'effet de la chaleur et a cru un instant en sa r&#233;surrection. Nous en rions encore.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> L'enchantement des Andes (Christian)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1181</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article1181</guid>
		<dc:date>2020-03-30T04:21:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Cultures autres</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Diverses circonstances familiale (ma s&#339;ur habite l'Equateur depuis 1974), professionnelle (construction d'une centrale hydro&#233;lectrique au d&#233;but de la d&#233;cade 80) et autres (reforestation, projet de d&#233;veloppement avec la population locale) me lient &#224; ce coin de la Cordill&#232;re des Andes. Le pays a fortement progress&#233; sous la Pr&#233;sidence de Rafa&#235;l Correa, mais parfois les mentalit&#233;s sont plus lentes &#224; &#233;voluer que les progr&#232;s visibles. Voici quelques souvenirs marquants &lt;br class='autobr' /&gt;
Carnaval 2015 &lt;br class='autobr' /&gt;
Manuel D., Am&#233;rindien, (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;Tranches de vie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot139" rel="tag"&gt;Cultures autres&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L150xH100/arton1181-382af.jpg?1779361205' width='150' height='100' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Diverses circonstances familiale (ma s&#339;ur habite l'Equateur depuis 1974), professionnelle (construction d'une centrale hydro&#233;lectrique au d&#233;but de la d&#233;cade 80) et autres (reforestation, projet de d&#233;veloppement avec la population locale) me lient &#224; ce coin de la Cordill&#232;re des Andes. Le pays a fortement progress&#233; sous la Pr&#233;sidence de Rafa&#235;l Correa, mais parfois les mentalit&#233;s sont plus lentes &#224; &#233;voluer que les progr&#232;s visibles. Voici quelques souvenirs marquants&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Carnaval 2015 &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Manuel D., &lt;/strong&gt; &lt;strong&gt;Am&#233;rindien&lt;/strong&gt;, m'invite &#224; participer &#224; la f&#234;te du Carnaval et au festin du cochon. Je viens d'arriver dans le pays. C&#233;sar, mon filleul et Carmen sa femme, viennent me chercher vers 12h30. Une grande partie de la famille est d&#233;j&#224; r&#233;unie depuis plusieurs heures. Les plus de vingt ans sont d&#233;j&#224; un peu &#233;m&#233;ch&#233;s. La maison du patriarche est faite de planches, de cartons, de t&#244;les ondul&#233;es. Patriarche dis-je : huit enfants, 42 petits-enfants et d&#233;j&#224; 7 arri&#232;res petits-enfants. Autour du corps central de la maison &#224; deux niveaux s'articulent des zones couvertes o&#249; plusieurs foyers aliment&#233;s au bois sont entour&#233;s de cuistots affair&#233;s &#224; la cuisson.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#244;ne sur un chevalet le seigneur cochon. Son cuir croquant a d&#233;j&#224; cuit au &#8230;chalumeau &#224; gaz. On me pr&#233;sente six carr&#233;s bien croustillants : un d&#233;lice. J'arrive juste &#224; temps pour la deuxi&#232;me phase. La langue du cochon, call&#233;e par une pierre sort de sa gueule. Au moyen d'une corde pass&#233;e au cou et d'un crochet fix&#233; &#224; une poutre du plafond, trois hommes costauds redressent la b&#234;te &#224; la verticale. Couteaux aiguis&#233;s la d&#233;coupe se fait du haut vers le bas. D'abord de larges tranches de graisse qui rejoignent un chaudron en cuivre pour en faire une quantit&#233; impressionnante de saindoux. Un groupe de jeunes, gar&#231;ons et filles, font des d&#233;s de viande plong&#233;s dans la graisse bouillante destin&#233;s &#224; la &#171; fritada &#187; (friture). Un deuxi&#232;me groupe s'active &#224; partir d'une casserole pleine de l&#233;gumes et autres condiments et emplissent &#224; la main les boyaux qui feront les boudins &#224; consommer dans les jours qui suivent. Pour acc&#233;l&#233;rer le travail, une bouteille en plastique est d&#233;coup&#233;e en forme d'entonnoir facilitant ainsi le remplissage des boyaux. Dans la cuisine des femmes cuisent le &#171; sancocho &#187; (sorte de ragout). La d&#233;coupe du cochon se poursuit. Lorsque les couteaux ne suffisent plus &#224; la t&#226;che, Manuel sort sa grande cogn&#233;e et les plus vaillants de ses fils et petits-fils fracassent les os les plus r&#233;sistants pour en extraire la moelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les moins de quinze ans font des rondes et vident les bombes de mousses carnavalesques. La soixantaine de participants sont r&#233;partis qui sur des bancs, qui en farandoles passant par les escaliers et les jardins, qui encore autour des vastes chaudrons. Les visages sont grim&#233;s au charbon de bois, les sourires sont coquins. L'approche physique de l'animal semble sacrificielle. Les flammes color&#233;es l&#232;chent le pourtour noir de fum&#233;e des casseroles. Dans celles-ci, la brillance cuivr&#233;e borde le bouillonnement des viandes et des graisses. Voil&#224; les pattes coup&#233;es une &#224; une. On aiguise les couteaux. Le corps de la b&#234;te est de plus en plus d&#233;pec&#233;. Reste la t&#234;te intacte, langue pendante, visage presque souriant du bonheur dispens&#233; aux nombreux convives. Manutention plus d&#233;licate, voire dangereuse, il s'agit de r&#233;cup&#233;rer la graisse liquide et bouillante du chaudron principal. Deux hommes l'inclinent et drainent le liquide vers un autre r&#233;cipient. Un peu plus loin dans le jardin, un autre porc sans doute pas assez engraiss&#233; profite d'un sursis accord&#233; &#224; sa vie terrestre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vue vers la montagne procure une &#233;chapp&#233;e cordill&#232;rement accueillante. Dans la prairie les jeunes se lancent les traditionnels ballons remplis d'eau. Voici, les visages d'enfants qui apparaissent les uns &#224; la suite des autres en descendant l'escalier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je parviens &#224; r&#233;unir un peu plus de la moiti&#233; de la famille pour une photo souvenir. Seule In&#232;s, la femme de Manuel est encore en costume traditionnel. Il manque quelques chants et danses pour donner une couleur plus folklorique. Les app&#233;tits sont l&#224;. D&#233;j&#224; les boudins prennent un aspect comestible dans des casseroles en aluminium. La f&#234;te prend fin au coucher du soleil.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Retour sur la vie de Manuel et de sa famille &#8230;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;flexion m'inspire&#8230; ce couple, &lt;strong&gt;Manuel D et In&#232;s G&lt;/strong&gt;, que je connais bien depuis &lt;strong&gt;1980&lt;/strong&gt; avait &#224; cette &#233;poque 3 enfants, 2 &#224; 3 vaches, un cochon, quelques poules et &#171; cuyes &#187; (cochons d'Inde), des cultures de ma&#239;s et quelques bacs de coca-cola &#224; la vente des passants. Une vie de hauts et de bas car apr&#232;s l'acquisition de deux hectares suite &#224; la r&#233;forme agraire des ann&#233;es 1970 et la venue de plusieurs autres enfants, &lt;strong&gt;le fils a&#238;n&#233; Jorge d&#233;cide de tenter sa chance aux States.&lt;/strong&gt; Un &#171; coyote &#187; servira de passeur &#224; la fronti&#232;re mexicaine. Mais les parents doivent mettre en gage terrains et maison. Cela se passe en 2001. Tours jumelles &#224; New-York et travail en chute libre pour les &#233;migr&#233;s&#8230; Le coyote cupide fait vendre les biens des D. suite &#224; l'incapacit&#233; de rembourser l'exorbitante somme demand&#233;e (en 2020 c'est pr&#232;s de 10mille US$ sans garantie de r&#233;sultat !). Vingt ans se sont pass&#233;s, Jorge est toujours &#224; New-York, sp&#233;cialiste en cuisines &#233;quip&#233;es. Il n'a jamais revu sa femme et ses quatre enfants&#8230; et y a, en septembre 2019, entrain&#233; son fr&#232;re C&#233;sar. Et tente d'y faire venir sa femme Carmen. Une premi&#232;re tentative a &#233;chou&#233; d&#233;but mars 2020, et fin mars elle tente une seconde tentative &#8230;des endettements &#224; vie. Et les &#171; coyotes &#187; continuent &#224; s'enrichir en toute impunit&#233;. &lt;strong&gt;Ah, le r&#234;ve am&#233;ricain &#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Manuel D, chose rare, un soir, est venu me rejoindre au coin du feu pr&#232;s de la grande chemin&#233;e du patio. Je me rappelle des pr&#233;noms de &lt;strong&gt;ses parents Andr&#232;s et Carmela&lt;/strong&gt;. Ils ne parlaient que quechua ( langue des Incas). Une fin d'apr&#232;s-midi en 1980, j'ai vu Andr&#232;s recoudre une blessure qu'il avait au pied avec fil et aiguille. &lt;strong&gt;Manuel a vu ses parents mettre genou en terre pour saluer les ma&#238;tres &#8230;Lui, Manuel n'a jamais accept&#233; de le faire.&lt;/strong&gt; Il est n&#233; en 1946. C'&#233;tait donc une pratique courante au milieu du XX&#176; si&#232;cle. Il a vu son p&#232;re frapp&#233; par le ma&#238;tre. La pratique des Indiens &#233;tait alors de dispara&#238;tre pendant plusieurs jours&#8230; le ma&#238;tre embarrass&#233; envoyait un &#233;missaire avec quelques caramels, fa&#231;on indirecte de s'excuser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 14 ans, Manuel avait d&#233;j&#224; travaill&#233; deux ans dans des plantations &#224; la c&#244;te. A son retour deux fr&#232;res d&#233;j&#224; adultes ne pouvaient diriger la paire de b&#339;ufs en train de labourer. Non pas &#224; la charrue mais avec un araire : lame de ressort de v&#233;hicule effil&#233;e et plant&#233;e dans un timon en bois. Les b&#339;ufs ne voulaient entrer dans le bon sillon. Le patron irrit&#233;, &#233;nerv&#233;, allait et venait, ne pouvant lui-m&#234;me prendre le risque de mener les b&#339;ufs&#8230; en cas d'&#233;chec il aurait &#233;t&#233; ridiculis&#233;. Manuel observait la sc&#232;ne de loin en se demandant comment faire. Le ma&#238;tre s'en aper&#231;u. Manuel tremblait de peur d'&#234;tre appel&#233; &#224; prendre la rel&#232;ve. Ce qui arriva. Risquant le tout pour le tout, il appliqua une frappe &#233;nergique sur le flanc des b&#234;tes. Miraculeusement celles-ci reprirent le bon sillon. Il fit quatre fois le tour du champ, pas loin du patio o&#249; il me raconte son exploit. Il avait gagn&#233; d'audace. De loin, le patron lui sourit en coin et lui fit remettre deux caramels. Jeune gamin il avait r&#233;ussi son pari et gagn&#233; le respect de Don Anduco V- A . De cet instant lui vint cette assurance &#224; diriger les autres et de prendre des initiatives pour ex&#233;cuter des travaux. De sa silhouette trapue et rondelette lui vint le surnom de &#171; osito &#187;, l'ourson.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;flexions ...&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jusqu'&#224; ce jour, soixante ans apr&#232;s, le conflit blancs/m&#233;tiss&#233;s et Indiens reste palpable.&lt;/strong&gt; Je l'ai remarqu&#233; dans le chef de mon neveu, de quarante ans mon cadet et de son beau-fr&#232;re. La d&#233;marche un peu cowboy, d&#233;hanch&#233;e, l'allure d'une descente sur la ville. Consciente ou non, on note une condescendance qui se traduit par l'humilit&#233; palpable des &#171; campesinos &#187; (paysans). La g&#233;nuflexion n'est plus de mise mais elle reste dans l'inconscient collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Christian C. mars 2020&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Souvenirs d'enfance en Italie (Monica)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1141</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article1141</guid>
		<dc:date>2017-10-04T09:35:22Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Cultures autres</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre 40-45</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Texte &#233;crit dans le cadre du groupe de r&#233;cit de vie &#034;Je raconte une exp&#233;rience marquante&#034; &#224; l'espace senior Van Artevelde, &#224; Bruxelles-ville, 2017. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un souvenir marquant de mon enfance ? 1944, Scapoli, un petit village de campagne dans la r&#233;gion de Naples, mon village. Je vois un monsieur arriver. J'ai 4 ans et c'est la premi&#232;re fois que je vois mon p&#232;re. Il veut que je l'appelle papa. Mais, moi, je ne veux pas, je ne connais pas ce monsieur, personne ne m'a rien expliqu&#233;. Il me donne une fess&#233;e pour (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;Tranches de vie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot139" rel="tag"&gt;Cultures autres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot191" rel="tag"&gt;Guerre 40-45&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte &#233;crit dans le cadre du groupe de r&#233;cit de vie &#034;Je raconte une exp&#233;rience marquante&#034; &#224; l'espace senior Van Artevelde, &#224; Bruxelles-ville, 2017.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Un souvenir marquant de mon enfance ? 1944, Scapoli, un petit village de campagne dans la r&#233;gion de Naples, mon village. Je vois un monsieur arriver. J'ai 4 ans et c'est la premi&#232;re fois que je vois mon p&#232;re. Il veut que je l'appelle papa. Mais, moi, je ne veux pas, je ne connais pas ce monsieur, personne ne m'a rien expliqu&#233;. Il me donne une fess&#233;e pour que je l'appelle papa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la guerre a &#233;clat&#233; en 1939, il faisait son service militaire. Il a &#233;t&#233; fait prisonnier en Albanie. Et moi, je suis n&#233;e en 1940, je ne me rappelais donc pas du tout de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des souvenirs de la guerre ? Je nous revois, avec ma m&#232;re, cach&#233;es dans les montagnes dans une grotte. Le ciel &#233;tait pos&#233; sur les montagnes, je pensais qu'il n'y avait plus rien au-del&#224;. C'&#233;tait &#224; l'&#233;poque du d&#233;barquement des Anglais et des Am&#233;ricains en Sicile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la guerre, nous avons continu&#233; &#224; vivre &#224; Scapoli dans une ferme. Mon p&#232;re est redevenu ma&#231;on et sculpteur de pierre. Moi, je m'occupais avec maman de la maison, des champs, de mes jeunes fr&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers 5, 6 heures du matin, j'&#233;tais debout. Je donnais &#224; manger aux lapins, aux poules. De 9h30 &#224; 12h, c'&#233;tait l'heure de l'&#233;cole. Ensuite, je faisais &#224; manger pour la famille et m'occupais des ch&#232;vres, des moutons, des tomates, &#8230; On n'achetait rien, on faisait tout &#224; la main : les p&#226;tes, les lasagnes, les pizzas, &#8230; Une fois par semaine, on cuisait le pain dans un grand four &#224; bois (le m&#234;me que pour les pizzas). Je me souviens qu'un jour, &#224; 14 ans, j'ai pour la premi&#232;re fois r&#233;ussi &#224; mettre le pain dans le four. J'&#233;tais tr&#232;s fi&#232;re d'avoir r&#233;ussi ! Mais on ne m'a pas f&#233;licit&#233;e. Jamais, nous n'&#233;tions f&#233;licit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 6 h du soir, on rentrait les moutons, les ch&#232;vres ; on les trayait. Et puis, on pr&#233;parait &#224; souper et on mangeait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je jouais quand j'&#233;tais enfant ? C'est quoi &#231;a jouer ? Je n'ai jamais eu de poup&#233;e, ni de jouet. Parfois, je r&#234;vais &#8230; Je n'avais pas le temps d'&#233;tudier non plus. Apr&#232;s la 4e primaire, je n'ai plus &#233;t&#233; &#224; l'&#233;cole. Pour aller en 5e, j'aurais d&#251; aller dans une &#233;cole plus &#233;loign&#233;e. Mon p&#232;re n'a pas voulu : &#171; Tu n'es pas un gar&#231;on. En tant que fille, ce qui est important c'est de savoir faire le m&#233;nage, d'&#233;duquer les enfants et de t'occuper de ton mari. &#187; J'&#233;tais vex&#233;e parce que mes copines continuaient l'&#233;cole. Mes fr&#232;res aussi ont poursuivi. Ma m&#232;re a m&#234;me donn&#233; un terrain sur lequel a &#233;t&#233; construit une nouvelle &#233;cole dans laquelle mes fr&#232;res sont all&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 14 ans, j'&#233;tais form&#233;e. A cette &#233;poque, les filles se mariaient parfois &#224; cet &#226;ge-l&#224;. Ma dot &#233;tait faite ; je l'avais brod&#233;e et cousue moi-m&#234;me. Je me souviens d'avoir fabriqu&#233; mon premier soutien avec une taie d'oreiller ! Plein de gar&#231;ons me couraient derri&#232;re. J'ai eu des amoureux. Mais je n'aimais pas les ragots du village. A 16 ans, j'ai rejoint ma tante et mon oncle, glaciers &#224; Li&#232;ge, en Belgique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233;, j'ai l'impression d'avoir eu une enfance heureuse ; tout &#231;a, cette vie, pour moi, c'&#233;tait normal et puis, j'adorais bouger ! D'un autre c&#244;t&#233;, je n'ai pas vraiment eu d'enfance, ni de jeunesse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Rentr&#233;e des classes. La &#171; Schult&#252;te &#187;, une belle coutume allemande (Claudia)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1069</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article1069</guid>
		<dc:date>2015-08-26T08:40:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Cultures autres</dc:subject>
		<dc:subject>Ecole, &#233;tudes</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Rentr&#233;e des classes. La &#171; Schult&#252;te &#187;, une belle coutume allemande &lt;br class='autobr' /&gt;
Printemps 1951. J'ai six ans et demi. Ma vie va changer quand j'aurai dig&#233;r&#233; les oeufs en chocolat, apport&#233;s par le lapin de P&#226;ques. N&#233;e en 1944, j'ai &#224; pr&#233;sent l'&#226;ge d'&#234;tre scolaris&#233;e. C'est le lot de plusieurs enfants autour de moi. Je suis tout heureuse que mon amie Solveig M&#252;hlenbach, du num&#233;ro deux, soit inscrite dans la m&#234;me &#233;cole. Mes parents m'ont achet&#233; un cartable en cuir, &#224; porter sur le dos, une ardoise et de longs crayons d'ardoise, (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;Tranches de vie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot139" rel="tag"&gt;Cultures autres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot142" rel="tag"&gt;Ecole, &#233;tudes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L122xH150/arton1069-f7241.jpg?1779361205' width='122' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Rentr&#233;e des classes. La &#171; Schult&#252;te &#187;, une belle coutume allemande&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Printemps 1951. J'ai six ans et demi. Ma vie va changer quand j'aurai dig&#233;r&#233; les oeufs en chocolat, apport&#233;s par le lapin de P&#226;ques. N&#233;e en 1944, j'ai &#224; pr&#233;sent l'&#226;ge d'&#234;tre scolaris&#233;e. C'est le lot de plusieurs enfants autour de moi. Je suis tout heureuse que mon amie Solveig M&#252;hlenbach, du num&#233;ro deux, soit inscrite dans la m&#234;me &#233;cole.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mes parents m'ont achet&#233; un cartable en cuir, &#224; porter sur le dos, une ardoise et de longs crayons d'ardoise, fins et fragiles. Non, nous n'avons pas peur de l'&#233;cole, bien au contraire ! Fini d'&#234;tre la ris&#233;e des plus grands qui savent d&#233;j&#224; lire et &#233;crire ! C'est un grand jour qui nous attend. Nous porterons des v&#234;tements neufs et de belles chaussures assorties. Mes cheveux longs sont coiff&#233;s, bien ordonn&#233;s, en deux tresses qui tombent sur ma poitrine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, les enfants ne pleurent pas lors de leur premier jour d'&#233;cole, et pour cause. En Allemagne, nous avons une belle coutume : die Schult&#252;te. C'est un grand cornet en carton, d&#233;cor&#233; de motifs scintillants de toutes les couleurs que les enfants emportent le premier jour de l'&#233;cole en classe. Pour enlever toute appr&#233;hension et crainte en douceur, l'int&#233;rieur de ce chapeau pointu &#224; l'envers est rempli de friandises. Il se ferme par du papier cr&#233;pon, nou&#233; d'un beau ruban.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma m&#232;re m'accompagne jusqu'&#224; la cour de la vieille maison qui abrite notre &#233;cole provisoire. Une nouvelle est en train d'&#234;tre construite, &#224; l'instar des habitations de notre cit&#233; et de la wasserette. Dans la cour, nous nous mettons en rang avant de prendre connaissance de notre local. Par chance, mon amie Solveig entre avec moi dans la m&#234;me classe. Nous y d&#233;couvrons un petit mobilier en bois, plein de cicatrices, que le temps lui a inflig&#233;. Les pupitres sont pr&#233;vus pour deux personnes. C'est rassurant de ne pas &#234;tre seul. &#192; deux, nous pouvons discr&#232;tement nous entraider. En dessous du banc d'&#233;cole, chaque &#233;l&#232;ve a un espace &#233;troit pour ranger ses affaires. &#199;a sent un peu la brocante. Assises sur nos chaises, nous attendons, timides, notre ma&#238;tresse, qui nous donnera tous les cours pendant quatre ans. Voil&#224; qu'elle pousse la porte. &#192; quoi ressemble-t-elle ? Notre &#8220;Fr&#228;ulein&#8221; est une jeune femme svelte, de taille moyenne, avec des cheveux auburn, boucl&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Appelez-moi Fr&#228;ulein M&#252;ller, nous dit-elle. Nous nous pr&#233;sentons et faisons la connaissance de nos camarades de classe. Nous chantons quelques chansons populaires connues pour nous d&#233;tendre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Chanter c'est gai et fait oublier la peur de cette inconnue que nous devrons affronter, m&#234;me si notre classe chante un peu faux. Notre mademoiselle semble beaucoup aimer le chant, et voil&#224; qu'elle nous livre d'une voix forte un bel canto auquel nous ne sommes pas habitu&#233;s, et sa rafale interminable de tr&#233;molos d&#233;clenche une hilarit&#233; g&#233;n&#233;rale. Nous nous &#233;clatons de rire ! Consternation de Fr&#228;ulein M&#252;ller. Ahurie, elle s'adresse &#224; moi pour savoir ce qui nous fait tant rire ! Je suis bien emb&#234;t&#233;e je sens que la r&#233;ponse est inavouable. Je sais pourquoi nous avons ri comme des fous. Pour sauver ma peau, je pr&#233;tends l'ignorer. Ma premi&#232;re le&#231;on est apprise. Il vaut mieux se taire que d'&#234;tre le bouc &#233;missaire pour la classe et de subir sa col&#232;re. Notre diva m&#233;connue n'est pas tr&#232;s contente. Je saurai plus tard qu'elle est chanteuse &#224; ses heures.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai jamais oubli&#233; un d&#233;tail physique chez elle : lorsque je me trouve pour la premi&#232;re fois en face d'elle, je n'en crois pas mes yeux ! Les siens ne sont pas de la m&#234;me couleur : un oeil est brun, l'autre est bleu !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous apprenons que l'&#233;cole commence du lundi au samedi, de huit heures du matin jusqu'&#224; treize heures ; que nous devons nous lever lorsque notre enseignante entre la classe pour la saluer &#224; voix haute, puis joindre nos mains, et prier tout haut le &#171; Notre P&#232;re &#187;. L'Allemagne est pour la plupart catholique ou protestante selon les r&#233;gions. Le &#171; Pater &#187; convient &#224; tout le monde, et tant pis pour les ath&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maman m'attend &#224; l'entr&#233;e de l'&#233;cole pour me ramener. Je ne peux pas encore aller toute seule et traverser les dangereuses rues, loin de ma cit&#233; tranquille. Le premier jour est une grande aventure, couronn&#233;e de nouvelles connaissances prometteuses, et de bonbons &#224; piocher dans ma corne d'abondance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma cousine allemande m'a confirm&#233; que cette belle coutume avec la &#8220;Schult&#252;te&#8221; est toujours observ&#233;e &#224; l'heure actuelle. D'ailleurs, j'ai pu en acheter une, adapt&#233;e au go&#251;t moderne des &#233;coliers, juste en face de ma maison natale. C'&#233;tait l'heure du midi et le petit magasin &#233;tait ferm&#233;. Mais voil&#224; que la propri&#233;taire r&#233;appara&#238;t et reconna&#238;t mon cousin qui me pr&#233;sente. Elle est bien &#233;tonn&#233;e de voir la petite fille des boulangers Scheinert venir sur le lieu de ses origines apr&#232;s 64 ans. Avec plaisir, elle ouvre vite sa boutique et me laisse choisir une Schult&#252;te que je ram&#232;ne chez moi &#224; Waterloo. Mon but est d'en parler &#224; mes petits-enfants et de leur faire conna&#238;tre nos belles coutumes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je tire mon chapeau au g&#233;nie qui a eu cette brillante id&#233;e pour enlever l'appr&#233;hension des petits &#233;coliers le premier jour d'&#233;cole. Ces petits innocents, qui ne savent pas encore que c'est le d&#233;but d'un long chemin parsem&#233; d'angoisses, de pressions, de comp&#233;titions f&#233;roces, et de d&#233;ceptions, ces ingr&#233;dients qui font partie de la grande &#233;cole de vie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Heureux, celui qui trouve un ma&#238;tre qui sait lui insuffler l'enthousiasme pour la mati&#232;re, la force de caract&#232;re et l'&#233;thique aussi &#8212; celui qui encourage avec bienveillance. Quel cadeau, l'enseignant qui rend plus fort quand nous sommes au plus bas, ou lorsque nous risquons de perdre l'estime des autres et surtout de nous-m&#234;mes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Dessine-moi quelque chose de joli (Jean-Pierre L.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1063</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article1063</guid>
		<dc:date>2015-03-22T15:32:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Cultures autres</dc:subject>
		<dc:subject>Loisirs, jeux</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;J'ai v&#233;cu les 18 premi&#232;res ann&#233;es de ma vie au Congo belge. Les livres ont toujours eu beaucoup d'importance dans mon existence. Ils m'ont orient&#233; dans des mondes fantastiques. Mais les d&#233;buts furent difficiles &#8230; Au Congo, pendant la 2e guerre mondiale, on ne trouvait pas le moindre livre pour enfants. Afin de me montrer quelques images, qui soient &#224; ma port&#233;e de compr&#233;hension, ma m&#232;re imagina de d&#233;couper des photos publicitaires dans les magazines am&#233;ricains qui nous parvenaient, durant la guerre, (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;Tranches de vie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot139" rel="tag"&gt;Cultures autres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot174" rel="tag"&gt;Loisirs, jeux&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;J'ai v&#233;cu les 18 premi&#232;res ann&#233;es de ma vie au Congo belge. Les livres ont toujours eu beaucoup d'importance dans mon existence. Ils m'ont orient&#233; dans des mondes fantastiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais les d&#233;buts furent difficiles &#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Congo, pendant la 2e guerre mondiale, on ne trouvait pas le moindre livre pour enfants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Afin de me montrer quelques images, qui soient &#224; ma port&#233;e de compr&#233;hension, ma m&#232;re imagina de d&#233;couper des photos publicitaires dans les magazines am&#233;ricains qui nous parvenaient, durant la guerre, au Congo. &lt;br&gt;
Dans le c&#233;l&#232;bre magazine Life, on trouvait de pleines pages, en couleurs, d&#233;di&#233;es au lait Klim, avec de sympathiques vaches, souriantes&#8230;&lt;br&gt;
Les pneumatiques Good Year, avaient comme mascotte un petit gar&#231;on, tenant une bougie allum&#233;e, qui s'appuyait contre un pneu. &lt;br&gt;
Les publicit&#233;s les plus frappantes &#233;taient celles de Coca Cola, qui mettaient en sc&#232;ne le P&#232;re No&#235;l, avec son traineau de rennes, livrant des bouteilles de Coca. &lt;br&gt;
Ayant coll&#233;, dans un grand carnet de r&#233;cup&#233;ration, toutes ces feuilles d&#233;coup&#233;es, ma m&#232;re me commentait ces images commerciales, aux couleurs gaies et intrigantes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#251; avoir acc&#232;s &#224; d'autres livres pour enfants. Mais je n'en ai pas gard&#233; de souvenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;v&#233;lation fut la d&#233;couverte des magnifiques aventures de Tarzan, dans la version d'origine, dessin&#233;e avant-guerre aux USA.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces albums se distinguaient par la qualit&#233; de leur graphisme, de leurs couleurs, et par un sc&#233;nario tr&#232;s ing&#233;nieux. Toute cette fantasmagorie enflammait l'imagination d'un enfant qui manquait de points de comparaison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etrangement, c'est en pleine brousse, que ces livres dessin&#233;s furent mis &#224; ma port&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
La forte emprise du d&#233;cor tropical dans lequel je vivais s'ajouta &#224; l'&#233;motion esth&#233;tique &#233;prouv&#233;e par le d&#233;frichement des cases dessin&#233;es et colori&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assez &#233;trangement, ces deux albums de Tarzan me furent pr&#234;t&#233;s par la famille d'un &#233;leveur de b&#233;tail, qui s'&#233;tait &#233;tabli dans les hauts plateaux des Marungu, &#224; 300 km de la ville d'Albertville, (l'actuelle Kalemi&#233;), la ville o&#249; nous vivions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Petite digression et excursion sur le plateau des Marungu&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour pouvoir occasionnellement respirer, en montagne, un air un peu moins torride, ma m&#232;re emmenait, cette ann&#233;e-l&#224;, ses deux fils durant quelques jours. &lt;br&gt;
Une excursion qui &#233;tait une v&#233;ritable exp&#233;dition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout commen&#231;ait par une longue navigation sur le lac Tanganyika. &lt;br&gt;
Plein sud. Sur un gros vapeur, le Baron Danis. &lt;br&gt;
Embarqu&#233;s, &#224; Albertville, au coucher du soleil, on arrivait &#224; l'aube au large du village de Moba, adoss&#233; aux premiers contreforts des hauts plateaux, objets de nos efforts. &lt;br&gt;
Au port de Moba, il n'existait aucune estacade pour amarrer le bateau. &lt;br&gt;
Le vapeur s'ancrait donc au large, &#224; 300 m du rivage. &lt;br&gt;
Le d&#233;barquement commen&#231;ait par le d&#233;chargement d'une vingtaine de vaches, entrepos&#233;es dans la cale. &lt;br&gt;
Un c&#226;ble enroul&#233; autour de leurs cornes, les vaches &#233;taient soulev&#233;es par un treuil depuis la cale, et d&#233;pos&#233;es dans l'eau du lac. &lt;br&gt;
Les vaches, lib&#233;r&#233;es du c&#226;ble, comprenaient vite et nageaient vers le rivage. &lt;br&gt;
Les crocodiles du lac, n'&#233;tant pas inform&#233;s des dates et des heures de ces d&#233;barquements, tout se passait bien. &lt;br&gt;
Pour d&#233;barquer, sans estacade, la dizaine de passagers, il y avait une grosse baleini&#232;re, accol&#233;e &#224; l'&#233;chelle de coup&#233;e. &lt;br&gt;
Une chaise en osier, avec accoudoirs, &#233;tait pr&#233;vue pour le pr&#234;tre. (S'il y en avait un &#224; bord).&lt;br class='autobr' /&gt;
Une autre chaise attendait ma m&#232;re. &lt;br&gt;
Arriv&#233;e, sans encombre, au rivage. &lt;br&gt;
Accueil par les belges du village, &#224; qui nous avions &#233;t&#233;s recommand&#233;s. &lt;br&gt;
Apr&#232;s le rassemblement des bagages, nous embarquons dans un camion benne. &lt;br&gt;
Ma m&#232;re et ses deux fils, &#224; l'avant, &#224; c&#244;t&#233; du chauffeur du camion. &lt;br&gt;
Nos valises, dans la benne, au milieu d'autres passagers. &lt;br&gt;
Le camion commence sa lente mont&#233;e dans l'escarpement qui domine le lac, et se dirige vers un haut plateau fertile, o&#249; l'herbe nourrici&#232;re permet l'&#233;levage du b&#233;tail, dans une zone exempte de la mouche ts&#233;-ts&#233;, qui transmet la maladie du sommeil. &lt;br&gt;
La mauvaise piste de montagne est &#233;troite et raide. &lt;br&gt;
Une grosse voiture arrive en sens inverse. &lt;br&gt;
Le camion serre trop sur sa droite, d&#233;rape sur le bord de la route, et tombe dans le vide. &lt;br&gt;
Un arbre arr&#234;te le pesant v&#233;hicule. &lt;br&gt;
On d&#233;barque. Emus, &#233;berlu&#233;s, mais indemnes. &lt;br&gt;
La grosse voiture s'est arr&#234;t&#233;e. &lt;br&gt;
C'est celle du m&#233;decin de l'Etat, en charge de cette r&#233;gion. &lt;br&gt;
Le docteur nous r&#233;conforte et nous conduit &#224; son domicile. &lt;br&gt;
Pour nous ragaillardir, son &#233;pouse, madame V. nous sert un repas. &lt;br&gt;
Je me souviens de blanc de poulet, aux pommes de terre pur&#233;e. Le plat me semble d&#233;licieux. &lt;br&gt;
Apr&#232;s avoir failli dispara&#238;tre dans le gouffre de la montagne, la vie retrouve sa s&#233;duction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous continuons notre lente progression vers le g&#238;te de Kagera. &lt;br&gt;
Un hameau &#233;tabli sur le haut plateau des Marungu. &lt;br&gt;
Notre destination est une maison d'&#233;tape, tr&#232;s simple. &lt;br&gt;
Un toit de paille, et une chemin&#233;e, car &#224; cette altitude il fait froid la nuit. &lt;br&gt;
A la nuit tomb&#233;e, un bon feu fut allum&#233;. Les deux enfants prirent leur petit bain, devant&lt;br class='autobr' /&gt;
le foyer, dans un grand bassin de zinc, servant &#224; laver le linge. &lt;br&gt;
Le lendemain, premi&#232;re promenade dans les alentours, et d&#233;couverte dans la poussi&#232;re du sol des nettes empreintes d'un l&#233;opard qui, la nuit, avait rod&#233; autours de la maison. &lt;br&gt;
Le l&#233;opard s'int&#233;resse &#224; notre logis car il est tr&#232;s amateur de chiens domestiques, qu'il faut mettre &#224; l'abri pour la nuit. &lt;br&gt;
Nos voisins les plus proches sont les fermiers d'une ferme d'&#233;levage de b&#233;tail. &lt;br&gt;
Bien qu'habitant loin de tout, les fils du fermier &#233;taient bien approvisionn&#233;s en bandes dessin&#233;es. &lt;br&gt;
J'ai gard&#233; souvenir de deux albums de Tarzan, en anglais. &lt;br&gt;
Dessin&#233;s, avant-guerre, aux Etats-Unis. &lt;br&gt;
Un excellent sc&#233;nario. Des couleurs agr&#233;ables. Un somptueux dessin. &lt;br&gt;
A l'heure actuelle, &#224; notre &#233;poque qui d&#233;borde d'une abondance d'images, de photos en pleine page, de couleurs &#233;clatantes, il est difficile, d'imaginer la disette des publications, destin&#233;es aux enfants, dans les ann&#233;es 1946. &lt;br&gt;
Il n'y avait, alors, que tr&#232;s peu de moyens d'&#233;dition consacr&#233;s au minuscule march&#233; commercial des adolescents. &lt;br&gt;
Les aventures de B&#233;cassine, de l'&#233;l&#233;phant Babar, et des Pieds Nickel&#233;s, n'apportaient pas de gros &#233;l&#233;ments de r&#234;ve. &lt;br&gt;
La d&#233;couverte des dangereuses aventures de Tarzan, lues dans le d&#233;cor de la brousse des Marungu, au milieu d'une nature fruste, isol&#233;e, authentique, ces exploits de fiction marqu&#232;rent l'imagination d'un enfant tr&#232;s r&#233;ceptif. &lt;br&gt;
Je percevais instinctivement avoir plong&#233; dans un univers diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'excursion sur le plateau des Marungu se termina.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vols de retour vers la Belgique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le retour &#224; Albertville se fit sans probl&#232;mes. &lt;br&gt;
Arriva, en 1947, le moment du d&#233;part vers la Belgique. &lt;br&gt;
Tous les trois ans, mon p&#232;re, fonctionnaire colonial, disposait d'un cong&#233; de repos qu'il &#233;tait conseill&#233; de passer dans un pays temp&#233;r&#233;, afin de compenser la duret&#233; du climat &#233;quatorial des ann&#233;es &#233;coul&#233;es. &lt;br&gt;
La premi&#232;re &#233;tape du transfert de retour reliait Albertville et Elisabethville, capitale du Katanga. &lt;br&gt;
Le vol se faisait par l'interm&#233;diaire d'un petit bimoteur. &lt;br&gt;
Ces avions &#233;taient peu fiables. Les accidents n'&#233;taient pas rares. &lt;br&gt;
Ainsi, six mois plus t&#244;t, la m&#234;me ligne avait perdu un avion, identique &#224; celui que nous devions bient&#244;t emprunter. &lt;br&gt;
Il &#233;tait r&#233;ellement perdu. &lt;br&gt;
Puisque ce n'est qu'apr&#232;s trois semaines de recherches, qu'un chasseur indig&#232;ne retrouva la carcasse de l'appareil, et les corps&#8230;&lt;br&gt;
Malgr&#233; la perspective, peu r&#233;jouissante, d'utiliser la m&#234;me ligne, nous &#233;tions r&#233;sign&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'existait pas d'autre solution pratique. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation se discutait en public. Ma titulaire de classe, une des religieuses de l'&#233;cole, fit &#224; la classe un petit r&#233;sum&#233; de la situation. C'&#233;tait tr&#232;s franc. &lt;br&gt;
&#171; Notre ami Jean Pierre va rentrer en Belgique, dans 15 jours. &lt;br&gt;
Avec sa famille il va prendre l'avion qui nous survole tous les vendredis. &lt;br&gt;
Tous ensembles, nous allons prier, afin que tout se passe bien. &lt;br&gt;
Et, en plus, je vous invite, si cela vous est possible, &#224; communier ce dimanche, afin d'ajouter la force de vos intentions &#224; vos pri&#232;res. &#187; &lt;br&gt;
C'est ainsi, que d&#233;j&#224; tr&#232;s jeune, j'ai appr&#233;ci&#233; l'important r&#233;confort moral que repr&#233;sente l'approbation du groupe. Et, je per&#231;u surtout, le soutien qu'apportaient les forces spirituelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le soutien de ce petit nuage mystique, entour&#233; par les pri&#232;res formul&#233;es par ma classe, ce vol tant redout&#233;, entre Albertville et Elisabethville se passa bien. &lt;br&gt;
Je crois aussi, que selon les lois de la statistique, l'avion ne peut pas s'&#233;craser &#224; chaque vol&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Il y eut ensuite un vol entre le Katanga et la capitale L&#233;opoldville. &lt;br&gt;
Puis la remont&#233;e vers le nord de l'Afrique, avec un atterrissage de nuit &#224; Kano, au Nig&#233;ria. &lt;br&gt;
Une piste dans le d&#233;sert, la nuit. Et puis, l'atterrissage &#224; Melsbroek.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En Belgique, de nouvelles d&#233;couvertes &#171; litt&#233;raires &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous logions chez la s&#339;ur de mon p&#232;re, pr&#232;s de Bruges. &lt;br&gt;
Le cong&#233; de mes parents durait six mois. On me pla&#231;a &#224; l'&#233;cole des filles du village. &lt;br&gt;
Les enseignantes, des nonnes, &#233;tant pourtant tr&#232;s r&#233;ticentes &#224; scolariser un petit gar&#231;on, dans une &#233;cole o&#249; il n'y avait que des filles. De plus je paraissais plus que mes sept ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce s&#233;jour &#224; Bruges je garde le souvenir d'avoir d&#233;couvert, au domicile de ma marraine, une biblioth&#232;que enfantine, approvisionn&#233;e par les meilleures bandes dessin&#233;es, disponibles &#224; l'&#233;poque. &lt;br&gt;
Ces albums appartenaient &#224; mes cousines. Elles &#233;taient &#224; la veille de se marier et n'avaient plus la t&#234;te &#224; s'occuper de leurs albums de bandes dessin&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est avec ravissement que je d&#233;couvris cow-boys, pirates, batailles navales, et massacres&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Une violence, inconnue jusqu'ici. &lt;br&gt;
Une fiction d&#233;brid&#233;e, loin des pieuses normes morales habituelles. &lt;br&gt;
Le tout enrob&#233; de couleurs vives, s&#233;duisantes, et dessin&#233; avec talent. &lt;br&gt;
A cela s'ajoutaient des r&#233;cits tr&#232;s concrets sur la R&#233;volution Fran&#231;aise, et ses exc&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des pages sur la guillotine, la description des files d'aristocrates et d'opposants qui marchaient vers la mort&#8230;&lt;br&gt;
Et c'est ainsi, qu'&#224; 8 ans, je d&#233;couvris qu'il n'allait pas de soi&#8230;.de rester en vie. &lt;br&gt;
Jusqu'alors, je n'avais jamais envisag&#233; le c&#244;t&#233; provisoire de l'existence. &lt;br&gt;
Vivre me semblait aller de soi. Vivre en s&#233;curit&#233;. &lt;br&gt;
Ainsi, pendant plusieurs jours, apr&#232;s ces lectures, subsista cette angoisse vis-&#224;-vis des violences de la R&#233;volution. &lt;br&gt;
Qu'allais-je devenir, quand mes parents seraient guillotin&#233;s ? &lt;br&gt;
Ces lectures d&#233;sordonn&#233;es, sans encadrement, ne me permettaient pas de comprendre qu'il s'agissait d'une &#233;poque r&#233;volue. &lt;br&gt;
Et toutes ces fictions violentes, cruelles, sanglantes, s'imprimaient dans mon esprit. &lt;br&gt;
Tous ces exc&#232;s devenaient la norme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retour &#224; Albertville et &#8230; stup&#233;faction &#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le s&#233;jour en Belgique se termina. &lt;br&gt;
De retour &#224; Albertville, &#224; l'&#233;tablissement scolaire dirig&#233; par les s&#339;urs blanches, ma m&#232;re me pr&#233;senta &#224; l'audition de la m&#232;re sup&#233;rieure. &lt;br&gt;
Ma m&#232;re expliqua mon absence, mes cours &#224; l'&#233;cole des filles d'Assebroek, pr&#232;s de Bruges.&lt;br class='autobr' /&gt;
La m&#232;re sup&#233;rieure, tr&#232;s bienveillante, me sourit : &#171; Eh bien, tout cela est parfait, mon petit Jean Pierre. Tiens, dessine-moi quelque chose de joli, sur ce papier &#187;. &lt;br&gt;
On aurait dit que toutes les enseignantes de cet institut aimaient le dessin. &lt;br&gt;
Dessiner &#233;tait le d&#233;lassement de ma titulaire de classe. &lt;br&gt;
Un instant, j'ai r&#233;fl&#233;chi. &lt;br&gt;
Et j'ai commenc&#233; &#224; dessiner ce qui, en ce moment, devait me trotter en t&#234;te. &lt;br&gt;
Je dessinai&#8230;un grand gibet en bois. Soutenant un superbe pendu&#8230;&lt;br&gt;
Celui-ci, les yeux clos, la langue pendant hors de la bouche&#8230;exactement comme ce th&#232;me &#233;tait repr&#233;sent&#233; dans les bd de pirates&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut la consternation. La stup&#233;faction. &lt;br&gt;
Ma m&#232;re et la directrice se regard&#232;rent fixement. &lt;br&gt;
L'entretien fut abr&#233;g&#233;. &lt;br&gt;
Il n'y eut pas de cons&#233;quences d&#233;sagr&#233;ables. Ni r&#233;probation formul&#233;e, ni sanctions&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je devenais un personnage&#8230;&#224; surveiller. &lt;br&gt;
Si l'on replace le minime incident, d'un test de dessin, &#224; l'&#233;poque actuelle, les cons&#233;quences auraient &#233;t&#233; diff&#233;rentes. &lt;br&gt;
Au minimum, il y aurait eu le choix, urgent, d'un psychologue enfantin. &lt;br&gt;
A notre &#233;poque, o&#249; certains &#233;coliers fuient l'&#233;cole, afin de prendre part au djihad en Syrie, un tel dessin, &#224; ce point morbide, aurait repr&#233;sent&#233; un sympt&#244;me &#233;vident d'une dangereuse pulsion criminog&#232;ne&#8230;&lt;br&gt;
J'ai conserv&#233; mon go&#251;t pour la bande dessin&#233;e. &lt;br&gt;
Et, dans ce domaine, rien n'a chang&#233;. &lt;br&gt;
Les th&#232;mes actuels font toujours appel au m&#234;me fond de violence.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Souvenir et hommage &#224; Grand'm&#232;re Vermeille (Josiane)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article945</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article945</guid>
		<dc:date>2014-09-11T11:04:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Raton Laveur</dc:creator>


		<dc:subject>Cultures autres</dc:subject>
		<dc:subject>Vie quotidienne</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les mots lui viennent, vont et reviennent encore. Ils se bousculent comme ces petits enfants affam&#233;s devant la manne salvatrice venue ils ne savent d'o&#249;. Les mots se bousculent, la submergent, la d&#233;bordent m&#234;me. Pourra-t-elle y mettre de l'ordre ? L'ordre, mais quel ordre ? Ces mots, ces phrases, ces souvenirs, tr&#232;s souvent tronqu&#233;s, sont emprunts de douceur, de violence, de peur, d'amour ou de non amour, d'espoir, de d&#233;sespoir. &lt;br class='autobr' /&gt; Par o&#249; et par quoi va-t-elle commencer ? Sonia, ne parvient pas &#224; saisir (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;Tranches de vie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot139" rel="tag"&gt;Cultures autres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot175" rel="tag"&gt;Vie quotidienne&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les mots lui viennent, vont et reviennent encore. Ils se bousculent comme ces petits enfants affam&#233;s devant la manne salvatrice venue ils ne savent d'o&#249;. Les mots se bousculent, la submergent, la d&#233;bordent m&#234;me. Pourra-t-elle y mettre de l'ordre ? L'ordre, mais quel ordre ? Ces mots, ces phrases, ces souvenirs, tr&#232;s souvent tronqu&#233;s, sont emprunts de douceur, de violence, de peur, d'amour ou de non amour, d'espoir, de d&#233;sespoir.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par o&#249; et par quoi va-t-elle commencer ? Sonia, ne parvient pas &#224; saisir le moment o&#249; sa vie a commenc&#233;. Bien s&#251;r, lui diriez-vous, par ses parents. Aurait-elle l&#224;, pos&#233; la premi&#232;re pierre de son &#233;difice ?&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cir&#233;nus, le p&#232;re de Sonia est l'a&#238;n&#233; de cinq enfants. Lui succ&#232;deront deux s&#339;urs et deux fr&#232;res. Enfant de la guerre, il conna&#238;tra s&#251;rement les manques m&#234;me si, &#224; des kilom&#232;tres des points strat&#233;giques o&#249; se d&#233;roule celle-ci, les chars ne se feront pas entendre.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des parents de son p&#232;re, Sonia ne conna&#238;tra que la m&#232;re au nom enchanteur de Vermeille et quelques s&#339;urs de celle-ci. Bonne-Maman, c'est ainsi que Sonia et ses fr&#232;res et s&#339;urs ont pris l'habitude de l'appeler. C'est un petit bout de femme &#233;nergique et courageuse qui n'a pas eu la chance de garder un mari ou un compagnon aupr&#232;s d'elle. Elle en aura eu deux au moins. Ici, dans le pays de Sonia, en Martinique, souvent les m&#232;res &#233;l&#232;vent seules leurs prog&#233;nitures, les hommes sont volages et infid&#232;les.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sonia se souvient de la maison o&#249; Bonne-Maman Vermeille a v&#233;cu longtemps et o&#249; elle a pass&#233; ses derniers jours. Une petite maison, toute de bois &#224; l'exception de la t&#244;le qui lui servait de toit, dont les sols &#233;taient faits de terre battue, sans eau ni sanitaire. Une grande fosse creus&#233;e au fond du grand jardin fait office de toilette et, pour la nuit, un baquet en &#233;mail blanc qu'elle allait d&#233;verser, le matin venu. Avec le temps, Bonne Maman vieillissant, un petit cabinet de toilette avec une douche et un w-c sont venus lui faciliter la vie et celle de ses petits-enfants.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'ext&#233;rieur, accol&#233;s &#224; la maison, de vieux bidons servaient de r&#233;serve d'eau de pluie, celle-l&#224; m&#234;me qui servait pour la toilette, pour l'entretien de la maison et surtout, &#224; l'arrosage des plantes et fleurs qui lui &#233;taient si ch&#232;res. Mais pour ce qui &#233;tait de l'eau &#224; boire, ou de celle devant servir &#224; la cuisson des aliments, Bonne-Maman Vermeille allait chercher l'eau &#224; la fontaine qui se trouvait en contrebas de la maison, au bord de la route. Elle transportait cette eau dans de grandes jarres soigneusement d&#233;pos&#233;es sur un coussinet qu'elle portait sur la t&#234;te. Un vrai ballet color&#233; pour les yeux, toutes ces femmes et jeunes enfants venus r&#233;colter l'eau n&#233;cessaire pour tous les services de la maison. Quelle belle occasion aussi de prendre des nouvelles des voisins, de se saluer, de &#171; baye milan &#187; comme on dit au pays ! &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chambre de Bonne-Maman Vermeille &#233;tait tr&#232;s rudimentaire ; de vieux v&#234;tements soigneusement assembl&#233;s en gros coussins plats et &#233;tal&#233;s sur un lit en fer formaient sa couche qu'elle rafra&#238;chissait chaque matin en la secouant au dehors et r&#233;chauffait aux rayons du soleil. Un christ en croix sur le mur, au dessus de la t&#234;te de son lit lui donnait le courage et la force dont elle avait besoin chaque jour. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bonne Maman Vermeille &#233;tait tr&#232;s pieuse et tr&#232;s croyante. Elle allait tous les dimanches &#224; la messe. Comme elle &#233;tait belle dans ses apparats du dimanche ! Sa grand'robe qui laissait apercevoir un grand jupon en broderie blanche qu'elle rattrapait d&#233;licatement d'une main sur le c&#244;t&#233;, ses beaux souliers noirs, ses cheveux attach&#233;s en chignon sous son chapeau, ses anneaux et ses colliers choux, sans oublier son sac &#224; main qui abritait soigneusement sa bible et son chapelet lui donnaient un petit air de grande dame.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La maison de Bonne Maman aurait du &#234;tre la maison du bonheur, situ&#233;e &#224; la campagne, &#224; quinze kilom&#232;tres de la capitale, Fort de France, &#224; quelques deux kilom&#232;tres du bourg de Mont-Gros, dans un quartier nomm&#233; &#171; Quartier Flamboyant &#187;, du fait m&#234;me qu'il &#233;tait fleuri de magnifiques flamboyants rouges. Un v&#233;ritable ravissement pour les promeneurs ou les voyageurs qui empruntaient cette route pour rejoindre les communes voisines ou la capitale.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Perch&#233;e sur un morne, au milieu de ce que l'on aurait pu appeler un vaste jardin botanique, on y trouvait presque tout : arbres &#224; fruits &#224; pain, bananes &#224; cuire, ignames, patates douces, dachines ou choux de chine, choux, topinambours, nombreuses vari&#233;t&#233;s de bananes dessert, litchis, mangues, mangos, citrons jaunes, amers et verts pour le ti'punch, oranges, chad&#232;ques, ananas, pamplemousses, mandarines, cl&#233;mentines, kumquats, maracuja ou fruits de la passion, caramboles, pommes-cannelle, mamain, abricots, sapotilles, pommes d'eau, cocotiers, goyaves, calebasses, sans compter toutes les vari&#233;t&#233;s de fleurs comme des arums, rouges, fuchsia ou blancs, des roses de porcelaine, des six-mois-rouge-six-mois-vert (appel&#233;s ici fleurs de No&#235;l), impatiens, et des plantes et herbes m&#233;dicinales comme la menthe, la menthe glaciale, la verveine, le patchouli, la basilic et encore d'autres sans oublier le caf&#233; et le poivre.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi toutes ces esp&#232;ces, certaines ne demandaient pas ou peu d'entretien. D'autres par contre requerraient tout le savoir-faire et l'amour de Bonne-Maman Vermeille. D'ailleurs, encore aujourd'hui, pour ceux qui peuvent s'en souvenir, on entend dire que Bonne-Maman Vermeille avait un don, celui de gu&#233;risseuse. De toutes parts du pays on accourait chez elle pour demander et trouver le rem&#232;de, pour un mal au ventre, pour stopper une diarrh&#233;e ou une fi&#232;vre persistante, pour soigner les nourrissons, les jeunes enfants ou m&#234;me les adultes. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bonne-Maman Vermeille connaissait la nature et ses bienfaits. Elle vivait en symbiose avec elle. Le p&#232;re de Sonia en garde quelques secrets, mais pour combien de temps encore ! De nos jours, les jeunes, il est vrai, ne s'int&#233;ressent plus trop &#224; la terre, ils pensent que la vraie vie se passe &#224; la ville.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le temps des vaches maigres et des baleines grasses (Claudia M.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article984</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article984</guid>
		<dc:date>2013-10-03T14:03:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Raton Laveur</dc:creator>


		<dc:subject>Alimentation</dc:subject>
		<dc:subject>Cultures autres</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre 40-45</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le r&#233;cit ci-dessous fait partie d'un &#233;pisode de mes souvenirs d'enfance. Pour situer le lecteur, je dois pr&#233;ciser qu'il se passe pendant l'&#233;t&#233; 1948 sur une des plages de la mer du Nord non loin du Danemark. &lt;br class='autobr' /&gt; Nous &#233;tions enfin r&#233;unis : papa qui s'&#233;tait r&#233;fugi&#233; &#224; la fin de la guerre au Schleswig-Holstein, en Allemagne de l'Ouest, maman qui l'a rejoint, un an apr&#232;s m'avoir mise au monde en 1944, non loin de Dresden, et moi, qui les ait retrouv&#233;s gr&#226;ce &#224; un membre de la famille. Je venais donc de faire la (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;Tranches de vie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot133" rel="tag"&gt;Alimentation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot139" rel="tag"&gt;Cultures autres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot191" rel="tag"&gt;Guerre 40-45&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le r&#233;cit ci-dessous fait partie d'un &#233;pisode de mes souvenirs d'enfance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pour situer le lecteur, je dois pr&#233;ciser qu'il se passe pendant l'&#233;t&#233; 1948 sur une des plages de la mer du Nord non loin du Danemark.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions enfin r&#233;unis : papa qui s'&#233;tait r&#233;fugi&#233; &#224; la fin de la guerre au Schleswig-Holstein, en Allemagne de l'Ouest, maman qui l'a rejoint, un an apr&#232;s m'avoir mise au monde en 1944, non loin de Dresden, et moi, qui les ait retrouv&#233;s gr&#226;ce &#224; un membre de la famille. Je venais donc de faire la connaissance de mon p&#232;re que je n'avais jamais vu et de d&#233;couvrir l'inconnue qu'&#233;tait devenue ma m&#232;re apr&#232;s deux ans d'absence. C'&#233;taient les cons&#233;quences de la guerre. Nous &#233;tions tous les trois des d&#233;racin&#233;s, car le berceau de notre famille appartenait &#224; pr&#233;sent &#224; l'est d'une Allemagne fra&#238;chement divis&#233;e. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai heureusement pas connu les trois ann&#233;es d'indigence de mes parents, o&#249; leur seule nourriture &#233;tait des betteraves fourrag&#232;res cuites dans une bo&#238;te &#224; conserve. Je les ai rejoints au moment o&#249; ils commen&#231;aient &#224; s'en sortir. Mes grands-parents boulangers chez qui j'avais pass&#233; les trois premi&#232;res ann&#233;es de ma vie me manquaient cruellement, mais aussi leur bon pain et la nourriture &#224; laquelle j'&#233;tais habitu&#233;e. Au d&#233;but, mes pauvres parents ont d&#251; entendre bien des plaintes de ma part, car j'avais du mal &#224; m'habituer &#224; mon nouveau r&#233;gime aust&#232;re et tr&#232;s diff&#233;rent.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;QUAND LES &#201;L&#201;MENTS SE DECHAINENT&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maman me racontait que la mer, toute proche de notre presqu'&#238;le, jetait quelquefois une manne inesp&#233;r&#233;e sur la plage. Elle provenait de bateaux malchanceux qui avaient perdu leur cargaison lors d'une violente temp&#234;te o&#249; la houle d&#233;cha&#238;n&#233;e roulait des tr&#233;sors inesp&#233;r&#233;s dans le sable. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les habitants, qui comptaient secr&#232;tement y trouver ces cadeaux &#233;parpill&#233;s, se d&#233;p&#234;chaient de ramasser des objets &#233;chou&#233;s avant que la mar&#233;e haute ne les happe &#224; nouveau vers le large. Chaque d&#233;cha&#238;nement des &#233;l&#233;ments pouvait faire don d'une p&#234;che miraculeuse. Il y en avait une qui &#233;tait de taille, dans tous les sens du mot. Celle-l&#224; n'&#233;tait pas comparable au naufrage d'objets h&#233;t&#233;roclites, planches, bois de chauffage, bo&#238;tes &#224; conserves ou autres caisses d'oranges, bananes et noix de coco. Il arrivait que la Providence envoy&#226;t un cadeau aux dimensions gigantesques : une baleine, &#233;chou&#233;e sur la plage, sans espoir de retourner dans les flots salvateurs. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela voulait dire qu'en ces temps durs ce c&#233;tac&#233; infortun&#233; allait livrer au village entier de la viande et de la graisse dont on avait tant besoin. C'&#233;tait en quelque sorte le bifteck de la mer. Chaque fois toute la population affluait pour voir cet &#233;v&#233;nement hors du commun et qui s'est produit lorsque j'&#233;tais chez mes parents. Maman m'a prise par la main pour m'emmener voir ce spectacle extraordinaire et cruel. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les images sont encore vivantes dans ma t&#234;te : les gens grouillaient autour de cette b&#234;te &#8211; les uns joyeux, les autres tristes. Il y avait de la piti&#233; et de la joie dans l'air, surtout chez les badauds. C'&#233;tait plus pragmatique pour les hommes qui escaladaient le monstre marin. Ils essayaient d'enfoncer avec grande peine leurs couteaux dans la peau &#233;paisse de l'animal. Cette t&#226;che de boucherie &#233;tait tr&#232;s fatigante, car il fallait arriver &#224; l'&#233;norme couche de graisse blanch&#226;tre, et ensuite &#224; la chair, rouge fonc&#233;. Quelques hommes jeunes chevauchaient cette montagne pour distribuer le butin &#224; tous les estomacs du village qui &#233;taient venus avec des r&#233;cipients pour apporter leur part &#224; la maison. Cela a d&#251; se passer dans les ann&#233;es 1948. J'avais quatre ans. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, j'ai 68 ans. Les temps ont chang&#233;. Lorsqu'une baleine &#233;choue sur la plage, la t&#233;l&#233;vision nous livre le reportage plein d'&#233;motion et de compassion. Des masses se mobilisent pour son sauvetage, car on estime que c'est une esp&#232;ce que nous devons prot&#233;ger. Je suis d'accord, car j'ai de l'amiti&#233; pour ce chanteur sous-marin. Cependant, je n'ai pas oubli&#233; la vue r&#233;pugnante de la baleine charcut&#233;e de mon enfance, mais on a tendance &#224; oublier tr&#232;s vite la mis&#232;re et les horreurs du pass&#233;. Plus personne ne pensera &#224; voir dans un incident naturel de ce genre, l'aubaine de palier la pauvret&#233; et &#224; calmer la faim des hommes o&#249; la sensiblerie n'avait pas de place. Tant mieux pour les baleines d'aujourd'hui !&lt;br&gt;
Mais n'oublions pas le temps des vaches maigres et des baleines grasses sur la plage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>