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	<title>Ages et transmissions</title>
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	<description>Cr&#233;&#233;e en 97, Ages et Transmissions est une asbl pluraliste bruxelloise permettant aux a&#238;n&#233;s de jouer un r&#244;le actif dans la soci&#233;t&#233;. Elle est reconnue comme organisme d'&#233;ducation permanente par la F&#233;d&#233;ration Wallonie-Bruxelles.</description>
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		<title>Ages et transmissions</title>
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		<title>Je me sens encore &#233;trang&#232;re en Belgique (Maria, portugaise)</title>
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		<dc:subject>Immigration europ&#233;enne et descendants</dc:subject>
		<dc:subject>Racisme</dc:subject>
		<dc:subject>Expatriation</dc:subject>
		<dc:subject>Colonisation</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Extrait de &#034;Nous racontons notre vie&#034; 2023-24 &lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sentation &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis n&#233;e en 1965, au Mozambique, une ancienne colonie portugaise. Je suis de nationalit&#233; portugaise. Je suis n&#233;e dans une voiture, une Coccinelle. Mes parents &#233;taient en promenade au bord de la mer lorsque j'ai d&#233;cid&#233; d'arriver au monde. Ma vie a connu beaucoup d'&#233;v&#233;nements compliqu&#233;s et tristes, beaucoup de changements. Je suis arriv&#233;e en Belgique en 2010 pour le travail et je me sens encore &#233;trang&#232;re ici. Je ressens de la confusion dans (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;Tranches de vie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot195" rel="tag"&gt;Immigration europ&#233;enne et descendants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot199" rel="tag"&gt;Racisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot188" rel="tag"&gt;Expatriation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot138" rel="tag"&gt;Colonisation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait de &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article1340' class='spip_in'&gt;&#034;Nous racontons notre vie&#034;&lt;/a&gt; 2023-24&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Pr&#233;sentation&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233;e en 1965, au Mozambique, une ancienne colonie portugaise. Je suis de nationalit&#233; portugaise. Je suis n&#233;e dans une voiture, une Coccinelle. Mes parents &#233;taient en promenade au bord de la mer lorsque j'ai d&#233;cid&#233; d'arriver au monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma vie a connu beaucoup d'&#233;v&#233;nements compliqu&#233;s et tristes, beaucoup de changements. Je suis arriv&#233;e en Belgique en 2010 pour le travail et je me sens encore &#233;trang&#232;re ici. Je ressens de la confusion dans mes souvenirs, car je manque de rep&#232;res familiaux.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Enfance&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;J'ai grandi au Mozambique jusqu'&#224; mes 10 ans. C'est gr&#226;ce &#224; des photos de famille faites par mon p&#232;re que je peux me souvenir de cette p&#233;riode, car, &#233;tonnamment, j'ai tr&#232;s peu de m&#233;moire de cela. D'apr&#232;s les photos, je vivais dans une famille soud&#233;e et bienveillante, dans le contexte colonial des ann&#233;es 1960. Mon p&#232;re a &#233;t&#233; mut&#233; plusieurs fois au Mozambique. D'apr&#232;s les photos, je suis all&#233;e &#224; l'&#233;cole chez les religieuses et aussi &#224; l'&#233;cole publique avec les enfants africains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment de l'ind&#233;pendance, en 1975, mes deux s&#339;urs et moi avons &#233;t&#233; envoy&#233;es, seules, au Portugal, car mes parents avaient tr&#232;s peur que quelque chose de grave nous arrive. On a log&#233; pendant 2 ann&#233;es dans des familles d'accueil, en &#233;tant s&#233;par&#233;es de nos parents. La premi&#232;re famille o&#249; je suis tomb&#233;e habitait &#224; la campagne, au nord-est du Portugal. C'&#233;tait une famille de grands propri&#233;taires terriens. Aujourd'hui, j'ai la nostalgie de cette nature et de la montagne, m&#234;me si je n'y ai v&#233;cu que quelques mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque mes parents sont revenus au Portugal, nous nous sommes retrouv&#233;s et avons v&#233;cu ensemble &#224; Lisbonne, mais nous &#233;tions devenus un peu des &#233;trangers les uns envers les autres. Ma m&#232;re est rapidement d&#233;c&#233;d&#233;e d'une maladie incurable. J'avais alors 13 ans.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;&#202;tre femme&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Mon adolescence s'est d&#233;roul&#233;e au Portugal, dans la p&#233;riode suivant la fin de la dictature de Salazar, &#224; un moment de changement de m&#339;urs. Pendant la dictature, la mentalit&#233; &#233;tait tr&#232;s conservatrice et la religion catholique tr&#232;s pr&#233;sente dans la vie des gens. Le r&#244;le social des femmes &#233;tait limit&#233;. Apr&#232;s la r&#233;volution, cela a &#233;t&#233; un changement global de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait d'habiter dans la capitale m'a permis d'&#234;tre plus libre. M&#234;me si mon p&#232;re &#233;tait plut&#244;t conservateur et ma grand-m&#232;re tr&#232;s stricte, le manque d'encadrement familial, d&#251; &#224; la mort de ma m&#232;re, m'a permis de choisir mon chemin. J'&#233;tais plut&#244;t intellectuelle, int&#233;ress&#233;e par la culture, et j'ai d&#233;cid&#233; que le mariage ne me convenait pas. En fait, je ne me suis jamais mari&#233;e, m&#234;me si j'ai v&#233;cu en couple plusieurs fois. Au contraire, mes s&#339;urs se sont mari&#233;es tr&#232;s t&#244;t et sont devenues m&#232;res rapidement.&lt;/p&gt;
&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Entre ici et l&#224;&lt;/h5&gt;
&lt;p&gt;Nous avons beaucoup boug&#233; dans notre famille. Quand on d&#233;m&#233;nage, on gagne, on s'enrichit d'exp&#233;riences et on apprend d'autres modes de vie, mais on perd aussi beaucoup, on perd de son identit&#233; en en construisant une autre. On d&#233;veloppe un &#234;tre flou, et &#231;a, c'est douloureux. Les gens qui n'ont pas eu le m&#234;me genre de parcours ne comprennent pas. Moi, je me sens connect&#233;e avec les autres migrants du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai beaucoup souffert jeune, en arrivant au Portugal, apr&#232;s l'ind&#233;pendance des colonies. On subissait des pr&#233;jug&#233;s : en Afrique, on &#233;tait des Blancs, des colonisateurs et, au Portugal, on nous appelait &#171; retornados &#187;, cela correspond au terme &#171; Pieds-noirs &#187; en France. &#192; l'&#233;cole on &#233;tait harcel&#233;s, on &#233;tait bouscul&#233;s par les autres enfants. Et nous n'avions pas de parents pour nous soutenir, car nous vivions en familles d'accueil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Retornado &#187; signifie celui qui retourne, mais moi je ne retournais pas, car je suis n&#233;e en Afrique. C'&#233;taient plut&#244;t mes grands-parents et mes parents qui retournaient. On &#233;tait mal vus, car on avait &#233;t&#233; des exploitants. Il a eu aussi un grand choc culturel, car les gens arrivant des colonies avaient des habitudes tr&#232;s diff&#233;rentes de celles de Lisbonne. Aussi, le contexte de crise du pays, les grands changements politiques et historiques qui se produisaient &#224; cette &#233;poque ont &#233;t&#233; &#224; l'origine de beaucoup de tensions sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard en tant qu'adulte, en venant travailler au Luxembourg et en Belgique pour des raisons professionnelles, j'ai subi des exp&#233;riences qui m'ont fait bien sentir que je n'appartenais pas au pays &#171; d'accueil &#187; et &#231;a, c'est tr&#232;s dur. Or je suis une Europ&#233;enne. J'imagine que, pour les personnes d'autres continents, &#231;a doit parfois &#234;tre plus complexe et douloureux. En arrivant au Luxembourg en 2005 pour mon travail, j'ai compris que le Portugais &#233;tait per&#231;u comme quelqu'un de bas niveau, qui n'avait pas fait d'&#233;tudes et &#231;a m'a caus&#233; des difficult&#233;s. Un jour je suis all&#233;e chez le m&#233;decin et celui-ci ne croyait pas que j'&#233;tais portugaise : &#171; vous n'&#234;tes pas portugaise, car les Portugais n'ont pas les yeux bleus et ne sont pas blonds ! Vous avez &#233;tudi&#233;, vous &#234;tes mince et grande ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis consciente que je dois transformer ces exp&#233;riences en un atout, pour &#234;tre plus forte. Je n'y arrive pas encore. J'essaie de ne pas vivre uniquement dans un milieu d'immigr&#233;s. Cela me semble fig&#233;, on a des id&#233;es tr&#232;s &#171; clich&#233;s &#187; : la culture portugaise, ce n'est pas que le fado et les pasteis de nata. J'essaie de me lier &#224; plusieurs cultures et personnes et de les comprendre par le biais de la culture. &#199;a me permet de m'&#233;quilibrer et d'apprendre toujours plus. La litt&#233;rature, les arts plastiques, le cin&#233;ma, etc., sont des langages internationaux qui nous font comprendre le monde.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une enfance au Burundi (Sallum)</title>
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		<dc:subject>Colonisation</dc:subject>
		<dc:subject>Ecole, &#233;tudes</dc:subject>
		<dc:subject>Homme (r&#244;le)</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration subsaharienne et descendants</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Extrait de &#034;Nous racontons notre vie&#034; 2020-21 &lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sentation &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis n&#233; au Burundi en 1951. Mon p&#232;re &#233;tait commer&#231;ant et ma m&#232;re femme au foyer et agricultrice. J'ai fait des &#233;tudes primaires dans mon village et l'&#233;cole secondaire chez les missionnaires, &#224; 50 km. Quand il y a eu des troubles au Burundi, nous avons &#233;t&#233; oblig&#233;s de nous r&#233;fugier au Rwanda. Je suis arriv&#233;e en Belgique en 2000. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mon p&#232;re &lt;br class='autobr' /&gt;
Un tr&#232;s beau souvenir ? J'ai suivi l'&#233;cole primaire au Burundi jusqu'en 7&#232;me pr&#233;paratoire. &#192; cette &#233;poque, (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot142" rel="tag"&gt;Ecole, &#233;tudes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot152" rel="tag"&gt;Homme (r&#244;le)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot194" rel="tag"&gt;Immigration subsaharienne et descendants&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait de &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article1340' class='spip_in'&gt;&#034;Nous racontons notre vie&#034;&lt;/a&gt; 2020-21&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;sentation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233; au Burundi en 1951. Mon p&#232;re &#233;tait commer&#231;ant et ma m&#232;re femme au foyer et agricultrice. J'ai fait des &#233;tudes primaires dans mon village et l'&#233;cole secondaire chez les missionnaires, &#224; 50 km. Quand il y a eu des troubles au Burundi, nous avons &#233;t&#233; oblig&#233;s de nous r&#233;fugier au Rwanda. Je suis arriv&#233;e en Belgique en 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mon p&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tr&#232;s beau souvenir ? J'ai suivi l'&#233;cole primaire au Burundi jusqu'en 7&#232;me pr&#233;paratoire. &#192; cette &#233;poque, on passait l'examen du certificat national qui nous permettait ensuite d'aller &#224; l'&#233;cole secondaire. Nous &#233;tions 36 &#233;l&#232;ves en 7&#232;me mais 7 seulement l'avaient r&#233;ussi. Le jour de la proclamation, nous avons mis de beaux v&#234;tements. Nous nous sommes rendus &#224; l'&#233;glise pour la remise des certificats. C'&#233;tait une grande f&#234;te. Nous &#233;tions fiers. Il y avait une foule de gens venus voir les r&#233;sultats et chaque fois qu'on appelait quelqu'un, il y avait des applaudissements. J'ai re&#231;u mon certificat de la main du directeur. Mon p&#232;re &#233;tait encore plus fier que moi. Je lui ai donn&#233; mon certificat. Il l'a mis sur son c&#339;ur et il a dit : &#171; voil&#224;, c'est mon premier dipl&#244;me ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens d'un cadeau un peu sp&#233;cial de mon p&#232;re. C'&#233;tait un petit sac qu'il m'avait achet&#233; comme cartable. Ce sac &#233;tait tr&#232;s beau et j'&#233;tais tr&#232;s fier de le porter. Ce qui suscitait une certaine jalousie de mes coll&#232;gues d'&#233;cole. J'aimais l'&#233;cole et mon papa m'y encourageait. Il me donnait des petits calculs pour m'exercer. Il n'avait fait que les 5 ann&#233;es primaires mais il &#233;tait tr&#232;s fort en calcul mental. Et quand je r&#233;ussissais cela, j'&#233;tais s&#251;r de r&#233;ussir aussi &#224; l'&#233;cole. Mon p&#232;re me f&#233;licitait : &#171; mon fils tu seras quelqu'un ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme j'&#233;tais le fils ain&#233; je mangeais &#224; table avec mon papa. Les autres mangeaient assis sur la natte. Comme mon papa &#233;tait tr&#232;s plus respect&#233;, je me consid&#233;rais privil&#233;gi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ma grand-m&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes parents, grands-parents et arri&#232;res- grands-parents ont toujours habit&#233; dans le m&#234;me village, &#224; Mugara, au Burundi, pendant 10 g&#233;n&#233;rations. J'avais des relations particuli&#232;res avec ma grand-m&#232;re et je l'aimais beaucoup. J'allais souvent passer la nuit chez elle. Je l'appelais grand-m&#232;re mais je n'imaginais pas que c'&#233;tait la m&#232;re de mon p&#232;re. Elle &#233;tait tr&#232;s affectueuse envers ses petits-enfants, nous &#233;tions nombreux. Elle avait l'habitude, certains jours, d'organiser de petits festins pour nous. Elle pr&#233;parait de la viande, du poisson, des l&#233;gumes, des bananes &#224; cuire. Elle &#233;tait tr&#232;s heureuse. Comme elle n'&#233;tait pas la seule &#233;pouse -il y en avait trois autres- et comme ces &#233;pouses-l&#224; se moquaient d'elle quand elle n'avait pas encore de petits-enfants, elle a &#233;t&#233; tr&#232;s fi&#232;re ensuite d'en avoir autant et de les montrer aux autres femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma grand-m&#232;re &#233;tait robuste et faisait du commerce, elle portait des poids importants sur sa t&#234;te. Elle &#233;tait tr&#232;s s&#233;v&#232;re avec ses gar&#231;ons, avec mon p&#232;re quand il &#233;tait adolescent car le gar&#231;on doit incarner la force et g&#233;rer la famille. Mon p&#232;re avait construit une maison en brique avec un sol en ciment. Ce ciment brillait et quand ma grand-m&#232;re venait elle avait tr&#232;s peur de marcher dessus car elle croyait que ce ciment brillant allait &#233;clater. Elle marchait donc tout doucement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand elle est devenue veuve, par tradition, ma grand-m&#232;re a &#233;pous&#233; le petit fr&#232;re de son mari. Lui il &#233;tait d&#233;j&#224; mari&#233;, donc il avait plusieurs femmes. Elle est d&#233;c&#233;d&#233;e en 1966, suite aux troubles dans le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Devenir un homme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons &#233;t&#233; &#233;lev&#233;s diff&#233;remment, gar&#231;ons et filles. Pourquoi ? Parce que chez nous le gar&#231;on est form&#233;, &#233;duqu&#233; pour devenir un homme qui va g&#233;rer la famille plus tard. Il doit veiller &#224; sa musculature pour les grands travaux. Les filles &#233;taient &#233;lev&#233;es pour pouvoir s'occuper de la famille et &#233;lever les enfants. La femme fait les enfants, les met au monde et l'homme joue un r&#244;le mineur dans leur &#233;ducation. &lt;br class='autobr' /&gt;
Si on parle des travaux, par exemple fendre le bois c'est l'homme qui doit s'en occuper car on consid&#232;re que les femmes sont moins fortes. Alors qu'il y a des exceptions. On voit par exemple certaines femmes qui battent les hommes. Un homme qui se fait battre n'ose pas le dire, il doit se taire car c'est une honte. Mais quand la femme a &#233;t&#233; battue, elle peut se plaindre, c'est parfois injuste. L'homme montre son autorit&#233; en faisant les courses car ainsi il domine la situation. Le gar&#231;on est suppos&#233; &#234;tre fort. Il devra d&#233;fendre sa famille contre des hommes qui veulent lui faire peur. Les filles doivent devenir des bonnes m&#232;res, s'occuper de la cuisine, &#233;duquer. Aujourd'hui, cela change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi je fais quelque peu exception car je trouvais que ma m&#232;re &#233;tait trop charg&#233;e par mon p&#232;re. Je voulais l'aider mais mon p&#232;re n'&#233;tait pas d'accord. Il me disait ; tu vas &#234;tre comme une femme, tu ne dois pas t'occuper des travaux f&#233;minins. Mais moi j'avais piti&#233; de ma m&#232;re, je l'aidais pour garder les enfants quand elle devait aller faire des travaux des champs et je faisais aussi la cuisine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'ai eu mes enfants je les ai &#233;duqu&#233;s &#224; &#234;tre des touche-&#224;-tout et &#224; savoir tout faire. Ne pas laisser sa femme faire tous les travaux m&#233;nagers seule. J'ai un gar&#231;on, un homme &#224; pr&#233;sent qui s'occupe plus de la cuisine que sa femme. Il sait tr&#232;s bien cuisiner. Quand il rentre du travail, c'est lui qui fait la cuisine. Mais mes enfants vivent en Occident et se sont adapt&#233;s. Ils vivent en harmonie. Mais quand on retourne au pays et qu'on fait la cuisine, les gens disent : &#171; il se fait dominer par sa femme. Elle l'a ensorcel&#233; ! &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mon premier emploi au Congo (Christian C.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1377</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Colonisation</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>
		<dc:subject>Expatriation</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Un emploi dans l'hydro&#233;lectricit&#233; pendant la s&#233;cession katangaise &lt;br class='autobr' /&gt;
1958, exposition universelle de Bruxelles, dans le pavillon du Congo, j'admire la maquette du projet de la centrale hydro &#233;lectrique d'Inga dont certains r&#234;vaient d'en transporter l'&#233;nergie jusqu'au Caire et m&#234;me jusqu'en Europe via l'Espagne. &lt;br class='autobr' /&gt;
15 ao&#251;t 1962, dipl&#244;me d'ing&#233;nieur technicien en poche, je monte, avec un coll&#232;gue, dans un vol Sabena pour le Congo : Rome, Entebbe, N'Dola, la Rhod&#233;sie du Nord&#8230; Du hublot je d&#233;couvre cette Afrique qui (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique154" rel="directory"&gt;Au travail !&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot166" rel="tag"&gt;Travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot188" rel="tag"&gt;Expatriation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L96xH150/arton1377-a7143.jpg?1776854100' width='96' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un emploi dans l'hydro&#233;lectricit&#233; pendant la s&#233;cession katangaise&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;1958, exposition universelle de Bruxelles, dans le pavillon du Congo, j'admire la maquette du projet de la centrale hydro &#233;lectrique d'Inga dont certains r&#234;vaient d'en transporter l'&#233;nergie jusqu'au Caire et m&#234;me jusqu'en Europe via l'Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15 ao&#251;t 1962, dipl&#244;me d'ing&#233;nieur technicien en poche, je monte, avec un coll&#232;gue, dans un vol Sabena pour le Congo : Rome, Entebbe, N'Dola, la Rhod&#233;sie du Nord&#8230; Du hublot je d&#233;couvre cette Afrique qui m'a tant fait r&#234;ver : huttes, sentiers rouges, savane s&#232;che, liser&#233;s verts le long des rivi&#232;res&#8230; Nous gagnons Elisabethville en bus, le trajet est ralenti par les barrages de l'ONU. La s&#233;cession katangaise, proclam&#233;e par Mo&#239;se Tshomb&#233; le 11 juillet 1960, oblige. Pris imm&#233;diatement en charge, nous passons quelques jours dans la centrale de Mwadingusha, cr&#233;&#233;e en 1929, sur la Lufira, affluent du Congo. Mon coll&#232;gue y restera et je serai d&#233;sign&#233; pour la centrale de Delcommune, pr&#232;s de Kolwezi, sur l'affluent principal, le Lualaba.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ba,be,bi,bo,bu de la technique&#8230; jusqu'&#224; pr&#233;sent elle &#233;tait en deux dimensions, la voil&#224; en 3D&#8230; Le bruit et les vibrations au d&#233;marrage d'une turbine, les prises de parall&#232;les&#8230; un singe &#233;lectrocut&#233; dans les cellules de 6 kilovolts des services auxiliaires, un serpent qui s'engage entre deux phases&#8230;le voil&#224; cuit&#8230; ou encore un hippopotame qui se dresse sur la route du barrage&#8230; Mais outre la faune et la flore, il faut se faire au genre humain : une dizaine de Belges et leurs familles &#8211; ing&#233;nieurs, contrema&#238;tres, chef de cit&#233; auxiliaire m&#233;dical, &#233;lectriciens, m&#233;caniciens &#8211; et une centaine de Katangais. Les premiers vivent au centre urbain sur la colline dominant le lac de N'Zilo, les seconds dans la cit&#233; plus proche des rives. Tennis, piscine, jeu de quilles ou de boules, cercle avec films de Belmondo ou Fernandel, les mercredis et samedis soir, parties de poker, cocktails, mazout, p&#233;trole, bi&#232;re Simba ou Tembo&#8230; le tout &#171; r&#233;serv&#233; aux Blancs &#187; et&#8230; d'un mortel ennui. Il y a aussi les invitations du petit nouveau o&#249; les anciens, sourire en coin, font mettre la double dose de piments dans la moambe ou la calderade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une grande villa m'est attribu&#233;e. Patrice la g&#232;re, y fait le jardin, la cuisine. Une pr&#233;pos&#233;e belge coordonne les achats et les frais engag&#233;s. Deux fois par semaine, les jours du courrier, une camionnette descend faire les courses &#224; Kolwezi. On attend avec impatience les nouvelles de Belgique, parfois un colis. Ces missives sont le soutien moral des parents et des amis&#8230; il fallait plusieurs semaines pour recevoir une r&#233;ponse &#224; ses questions !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque dimanche, &#224; 10 h, la messe est c&#233;l&#233;br&#233;e par un p&#232;re franciscain. La chapelle de style n&#233;o-roman, en grosses pierres, est situ&#233;e &#224; mi-chemin entre le centre et la cit&#233;, vrai trait d'union entre deux mondes, mais j'y suis souvent le seul Blanc&#8230; Les chants des enfants r&#233;veillent en moi, aujourd'hui encore, d'heureux sentiments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean Francq, chef de centrale, est charg&#233; de ma formation. Lors des troubles de l'Ind&#233;pendance, les plans de la centrale ont &#233;t&#233; perdus. Me voil&#224; passant d'un &#233;tage &#224; l'autre, parfois rampant, suivant un &#224; un les circuits d'huile, d'eau de refroidissement, d'air comprim&#233;. Je me familiarise avec les relais, les fileries des circuits de commande et de signalisation. Apr&#232;s quelques jours, je parviens &#224; distinguer un transformateur de courant, de puissance ou de tension. Dans le gr&#233;sillement et les &#233;tincelles, j'apprends, gant&#233; de caoutchouc et muni d'une perche, &#224; fermer ou ouvrir un sectionneur de moyenne tension ou de 115 KV. Les sch&#233;mas &#233;lectriques sont reconstitu&#233;s et simplifi&#233;s pour en faire des sch&#233;mas de principe. Ils me seront fort utiles lors des d&#233;pannages.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les menaces de guerre, suite &#224; la s&#233;cession katangaise, obligent &#224; modifier certains circuits de mani&#232;re &#224; emp&#234;cher le d&#233;marrage des turbines si elles tombaient aux mains de l'ennemi. Toute la s&#233;quence de d&#233;marrage doit se d&#233;rouler correctement mais, au moment d'entrer en service, la machine doit se mettre &#224; l'arr&#234;t. J'y arrive si bien qu'un jour je d&#233;clenche le groupe voisin qui fonctionnait : rugissement de la turbine qui monte en survitesse et fermeture de la vanne qui doit interrompre le passage de 40 m3 d'eau par seconde&#8230; Erreur de jeunesse qui me sera pardonn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La centrale est r&#233;cente, elle date de 1954, mais il faut d&#233;j&#224; repeindre l'int&#233;rieur des conduites forc&#233;es. Op&#233;rations pr&#233;liminaires : arr&#234;t complet de la centrale, pose des batardeaux, vidange du tunnel de 2 km et des conduites forc&#233;es. Le sablage sous pression permet de mettre le m&#233;tal &#224; nu afin d'assurer un bon accrochage du nouvel enduit bitumineux. Mais il y a un hic, c'est la saison des pluies. A peine le sable projet&#233; par air comprim&#233; a-t-il enlev&#233; la peinture qu'un l&#233;ger film couleur rouille appara&#238;t sur la t&#244;le&#8230; L'obstination est la principale qualit&#233; pour trouver des solutions. Jean Francq assure l'&#233;quipe de jour, moi celle de nuit. Le matin nous confrontons nos exp&#233;riences et nous d&#233;cidons d'assurer de meilleures purges de l'air &#224; la sortie des compresseurs&#8230; en vain. Le sable de la carri&#232;re voisine serait-il trop humide ? De grands bacs m&#233;talliques sur pied, un feu de bois d'enfer par dessous&#8230; un nombreux personnel pour remuer le sable avec de longs r&#226;teaux. La recette est affin&#233;e et le succ&#232;s assur&#233;. L'acier retrouve sa couleur gris m&#233;tal et les derni&#232;res heures de la nuit laissent la place aux peintres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Trois mois de cette &#233;cole m'ont appris plus que quatre ann&#233;es d'&#233;tudes ! En prise directe avec les probl&#232;mes, l'imagination est sans limites pour trouver d'heureuses issues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une petite note d'humour...historique : une conf&#233;rence d'&#233;tat major se d&#233;roule au cercle. J'y fais connaissance de Mo&#239;se Tshomb&#233;, Pr&#233;sident du Katanga. Il s'enquiert aupr&#232;s de M . Liekens, directeur, du bon fonctionnement des centrales. &#171; Oh, dit M. Liekens, la centrale de Delcommune est &#224; l'arr&#234;t pour travaux d'entretien. Mais ne vous en faites pas, la centrale Le Marinel tourne volle gaz ! &#187; &#171; Ah bon, r&#233;pond le Pr&#233;sident, vous ne tournez plus &#224; l'eau ? &#187;. Cette boutade fera le tour du Katanga.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin 1962, je suis envoy&#233; faire un remplacement au dispatching de Shituru &#224; Jadotville, centre d'interconnexion des r&#233;seaux de 110 et 220 kilovolts. Ce centre surveille les r&#233;seaux 24 h sur 24. Le travail est organis&#233; en trois pauses de 8 heures. Je loge &#224; 3 kms, dans la maison de passage. Je n'ai pas de voiture. J'ach&#232;te le v&#233;lo du fils d'un coll&#232;gue. Je me fais vite rep&#233;rer, je suis le seul Blanc &#224; me rendre au travail, &#224; bicyclette ! Longue mont&#233;e &#224; l'aller, descente douce au retour. La nuit, le passage de 3 &#224; 5 heures du matin est le plus p&#233;nible. Parfois je lime et polis une statuette en cuivre pour maintenir mon esprit en &#233;veil. No&#235;l approche et la reconqu&#234;te du Katanga est d&#233;cid&#233;e au Conseil de s&#233;curit&#233; de l'ONU. Mo&#239;se Tshomb&#233;, Pr&#233;sident du Katanga, harangue ses troupes mais la panique est plus forte et les gendarmes katangais fuient vers Kolwezi. Pour retarder la progression des casques bleus de l'ONU, les mercenaires europ&#233;ens et sud-africains &#8211; surnomm&#233;s &#171; les affreux &#187; par la population belge &#8211; voulaient imposer la politique de la terre br&#251;l&#233;e et faire sauter les barrages de Kolwezi mais le Pr&#233;sident katangais s'y opposera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nuit, toutes les alarmes s'activent : sonneries, klaxons, feux clignotants. Avec mon adjoint africain, nous gardons un calme tout relatif. Des lignes de 110 Kv. d&#233;clenchent, il faut effacer les alarmes en identifiant les d&#233;fauts apparus, remettre en concordance les boutons &#171; tourner-pousser &#187;. M. Van Cauwenberghe, directeur de Sogelec-Sogefor m'appelle d'Elisabethville : &#171; La ville est sans courant. Refermez les disjoncteurs qui ont d&#233;clench&#233; &#187;. Vaine tentative, les protections &#233;lectriques ayant fonctionn&#233; une premi&#232;re fois emp&#234;chent le r&#233;tablissement de la situation. Des &#171; affreux &#187; ont fait sauter des pyl&#244;nes d'angle provoquant &#171; le jeu de quilles &#187; des pyl&#244;nes interm&#233;diaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux jours plus tard, Jean Francq m'apprend que le barrage de Delcommune a &#233;t&#233; min&#233; et la centrale mise &#224; l'arr&#234;t. C'est au tour de Jadotville d'&#234;tre sans courant. A Shituru, un groupe de mercenaires p&#233;n&#232;tre au dispatching et nous donne l'ordre de saboter les installations. Je ne suis pas seul, M. de Rosenbaum, directeur, sa femme et M. Devos logent sur place. Avec mon adjoint africain et M. Devos, munis de cl&#233;s et de tournevis, nous d&#233;montons les pi&#232;ces de commande des disjoncteurs. Et tout &#224; coup, des bruits d'explosion. &#171; Couchez-vous ! &#187; Mon sens de commandement de chef scout refait surface&#8230; Des d&#233;bris retombent sur les toitures en t&#244;les ondul&#233;es. Au retour &#224; la salle de commande, les &#171; affreux &#187; raflent ma provision de chocolat C&#244;te d'Or&#8230; Les jours suivants sont sans &#233;lectricit&#233;, les usines et les ateliers pratiquement &#224; l'arr&#234;t. Les vieux &#171; diesel &#187; de secours seront remis en service et un strict rationnement permettra quelques heures de courant quartier par quartier. Mes parents seront rassur&#233;s sur ma sant&#233; par le correspondant italien d'un radioamateur. Le 3 janvier 1963, les casques bleus occupent Jadotville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je profite de quelques jours de r&#233;cup&#233;ration pour aller &#224; Elisabethville. Les ponts sur la Lufira ont saut&#233;. Des &#171; touques &#187;, f&#251;ts d'huile vides de 200 litres, reli&#233;es par des c&#226;bles servent de support &#224; un plancher grossier. Des Gurkhas indiens lancent un pont Bailey, pont m&#233;tallique pr&#233;fabriqu&#233;, pour r&#233;tablir le trafic routier. Les c&#226;bles &#233;lectriques des pyl&#244;nes de la ligne haute tension gisent sur plusieurs kilom&#232;tres&#8230; Des &#233;quipes de secours sont au travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses familles belges vivent &#224; Jadotville. Elles apprennent que j'ai fait du scoutisme. Me voil&#224; engag&#233; &#224; participer avec des jeunes chefs katangais &#224; un week-end de formation. Leur foi m'impressionne et les partages d'exp&#233;rience sont fructueux. Tr&#232;s vite je suis nomm&#233; chef de la troupe blanche. Un comit&#233; de parents demande que je reste &#224; Jadotville. Mais ma mission de remplacement est achev&#233;e et je retourne &#224; Delcommune o&#249; d'autres d&#233;fis m'attendent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on a un savoir-faire, il faut le faire savoir et donc former les Africains. Je donne de petits cours d'&#233;lectricit&#233; et de m&#233;canique. Les op&#233;rateurs ont de longues heures de veille pour apprendre. Cette initiative n'est pas toujours pris&#233;e par la hi&#233;rarchie&#8230; Heureusement Bruxelles me soutiendra dans ma d&#233;marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quarante mois de prise directe avec la r&#233;alit&#233; concr&#232;te m'ont form&#233; pour r&#233;soudre les questions hydro&#233;lectriques les plus complexes. Ma carri&#232;re s'arr&#234;tera en 2002. Les plus belles ann&#233;es &#233;taient encore &#224; venir : Colombie, Equateur, Mali, Nig&#233;ria, Br&#233;sil&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'amiti&#233; sans fronti&#232;res a d&#233;fi&#233; le temps. Une ou deux fois par an, j'ai encore un contact t&#233;l&#233;phonique avec Edouard Kaniki, secr&#233;taire de la centrale et adjoint au chef de la cit&#233;. Il est p&#232;re de 14 enfants et vit &#224; Kananga au Kasa&#239;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Marie-Louise, n&#233;e de parents m&#233;tis au Katanga</title>
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		<dc:date>2020-11-30T14:09:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Colonisation</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration subsaharienne et descendants</dc:subject>
		<dc:subject>Racisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;N&#233;e de parents m&#233;tis, Marie-Louise grandit au Katanga. Dans ce fief de l'Union Mini&#232;re, il y a d'un c&#244;t&#233; les Blancs, de l'autre les Noirs et entre les deux, les M&#233;tis. Au-del&#224; de la col&#232;re, elle t&#233;moigne de son chemin de r&#233;silience et de l'importance de faire entendre la voix des M&#233;tis. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une famille m&#233;tisse &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis n&#233;e le 13 janvier 1952, &#224; Likasi. Mes parents &#233;taient mul&#226;tres tous les deux. Comme beaucoup de m&#233;tis du Katanga, je suis n&#233;e blonde avec des yeux verts. &lt;br class='autobr' /&gt;
Maman a &#233;t&#233; enlev&#233;e &#224; sa maman et a grandi (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique175" rel="directory"&gt;Congo belge. M&#233;moires en noir et blanc, 1945-1960&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot194" rel="tag"&gt;Immigration subsaharienne et descendants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot199" rel="tag"&gt;Racisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L113xH150/arton1269-4e69f.jpg?1776712218' width='113' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;N&#233;e de parents m&#233;tis, Marie-Louise grandit au Katanga. Dans ce fief de l'Union Mini&#232;re, il y a d'un c&#244;t&#233; les Blancs, de l'autre les Noirs et entre les deux, les M&#233;tis. Au-del&#224; de la col&#232;re, elle t&#233;moigne de son chemin de r&#233;silience et de l'importance de faire entendre la voix des M&#233;tis.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une famille m&#233;tisse&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233;e le 13 janvier 1952, &#224; Likasi. Mes parents &#233;taient mul&#226;tres tous les deux. Comme beaucoup de m&#233;tis du Katanga, je suis n&#233;e blonde avec des yeux verts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maman a &#233;t&#233; enlev&#233;e &#224; sa maman et a grandi dans un orphelinat. Papa, lui, a eu la chance de pouvoir vivre un peu avec sa maman.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Papa, cach&#233; par sa m&#232;re&#8230;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de mon papa est celle de beaucoup d'enfants mul&#226;tres. Je ne sais pas grand-chose de son p&#232;re, un Blanc. Il serait arriv&#233; au Congo en 1915. Papa est n&#233; un an apr&#232;s, de m&#232;re congolaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celle-ci &#233;tait fille de chef et avait plusieurs pr&#233;tendants. Cela a donn&#233; lieu &#224; des batailles de rivalit&#233;. Des huttes ont &#233;t&#233; incendi&#233;es. Pour d&#233;partager les pr&#233;tendants, ma grand-m&#232;re et sa famille sont all&#233;es chez le chef du territoire, le Blanc, symbole de l'autorit&#233;. Et le Blanc l'a tout simplement gard&#233;e pour lui !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On disait souvent que les Noires qui &#233;taient avec des Blancs &#233;taient des prostitu&#233;es. Ou que les mamans vendaient leurs filles aux Blancs. Il &#233;tait donc normal que les Blancs couchent avec elles et qu'elles abandonnent les enfants. L'histoire de de ma grand-m&#232;re prouve que ce n'est pas vrai !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme beaucoup de femmes noires &#224; cette &#233;poque-l&#224;, elle s'est enfuie avec son enfant pour ne pas qu'il lui soit pris. Par son p&#232;re blanc, qui pourrait le ramener en Europe ou par les pr&#234;tres pour le mettre dans un orphelinat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ces enfants m&#233;tis &#233;taient enlev&#233;s &#224; leur maman ? Parce que la race blanche &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme sup&#233;rieure. Comme le Mul&#226;tre avait du sang noir, on ne pouvait pas le mettre au m&#234;me niveau que le Blanc et, comme il avait du sang blanc, on ne pouvait pas le mettre au m&#234;me niveau que le Noir. Il ne pouvait donc vivre ni avec les Blancs, ni avec les Noirs, il se situait entre les deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma grand-m&#232;re a donc quitt&#233; son village avec son fils pour le prot&#233;ger. Entre temps, mon grand-p&#232;re blanc est rentr&#233; en Belgique. Quant &#224; ma grand-m&#232;re, elle s'est mari&#233;e avec un Congolais qui est devenu notre &#171; vrai &#187; grand-p&#232;re. Ensemble, ils ont eu onze enfants.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8230; puis enlev&#233; par les cur&#233;s&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Mais l'histoire ne s'arr&#234;te pas l&#224;&#8230; A l'&#226;ge de 11 ans, alors que mon p&#232;re accompagnait son &#171; papa &#187; noir au march&#233;, un pr&#234;tre en mobylette s'est arr&#234;t&#233; et a interpell&#233; ce dernier :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; &#171; Que fais-tu avec l'enfant du Blanc ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; &#171; C'est mon enfant, c'est l'enfant de ma femme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#234;tre a enlev&#233; mon p&#232;re imm&#233;diatement !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma grand-m&#232;re s'est alors rendue chez ce pr&#234;tre en disant : &#171; mais non, c'est mon enfant, je l'ai eu avec tel Blanc. &#187;. Et l&#224;, mon p&#232;re a eu un peu de chance parce que les cur&#233;s ont dit : &#171; Dans le village d'o&#249; vous venez, il y a des &#233;coles. On va mettre votre fils dans telle &#233;cole et vous aurez le droit de venir le voir tous les mois &#187;. Ainsi, ma grand-m&#232;re est retourn&#233;e dans son village natal et est rest&#233;e en contact avec son fils. Les cur&#233;s lui ont donn&#233; le nom de son p&#232;re biologique.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Papa &#233;tudie, devient enseignant et &#233;pouse maman&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'&#233;cole secondaire, mon p&#232;re a poursuivi ses &#233;tudes pr&#232;s de Likasi. Puis il a &#233;pous&#233; maman qui venait de l'orphelinat de Lubunda. En effet, quand les gar&#231;ons mul&#226;tres &#233;taient en &#226;ge de se marier, ils allaient &#224; l'orphelinat des filles pour rencontrer une Mul&#226;tre. On mettait les filles en &#226;ge de se marier en rang et le gar&#231;on choisissait celle qui lui convenait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Papa a &#233;t&#233; enseignant &#224; Lubumbashi, puis &#224; Likasi, &#224; l'&#233;cole professionnelle de l'Union Mini&#232;re. Il enseignait &#224; de jeunes adultes noirs, des enfants de travailleurs de l'Union Mini&#232;re. Le fait qu'il &#233;tait mul&#226;tre ne causait pas de probl&#232;mes aupr&#232;s des &#233;l&#232;ves noirs. Il a toujours &#233;t&#233; bon professeur, s&#233;v&#232;re mais juste. Il &#233;tait appr&#233;ci&#233; de ses &#233;l&#232;ves qui venaient parfois le trouver des ann&#233;es apr&#232;s pour le remercier.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Maman, s&#233;par&#233;e de sa m&#232;re est &#233;lev&#233;e &#224; l'orphelinat &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Maman n'a jamais su qui &#233;tait son p&#232;re. Comme beaucoup de femmes qui avaient eu un enfant avec un Blanc, sa m&#232;re enduisait le corps de son enfant avec un m&#233;lange de charbon et d'huile pour le rendre noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais un jour, un Congolais du village est all&#233; dire aux pr&#234;tres : &#171; on cache l'enfant d'un Blanc dans ce village. &#187;. Maman, alors &#226;g&#233;e de 2 ans et demi, a donc &#233;t&#233; enlev&#233;e &#224; sa maman et plac&#233;e &#224; l'orphelinat de Lubunda.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi avoir &#233;t&#233; d&#233;nonc&#233;e par un Congolais ? Parce que beaucoup ne voulaient pas que les enfants mul&#226;tres vivent parmi eux. Pour les Congolais, si on est m&#233;tis, on est l'enfant d'un Blanc tout simplement. Encore aujourd'hui, quand on parle d'un Mul&#226;tre, on va dire : &#171; c'est l'enfant d'un Blanc &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maman a tr&#232;s peu parl&#233; de sa vie &#224; l'orphelinat parce qu'elle y a beaucoup souffert et, qu'&#224; cette &#233;poque, on ne parlait pas de ce que l'on ressentait. L'orphelinat &#233;tait tenu par des religieuses qui n'&#233;taient pas des plus tendres. Un exemple ? Maman s'&#233;tait prise d'affection pour une fillette plus jeune qu'elle. Et comme les religieuses avaient vu que c'&#233;tait un r&#233;confort pour toutes les deux, elles ont &#233;t&#233; s&#233;par&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#232;res n'avaient pas le droit de rendre visite &#224; leurs enfants &#224; l'orphelinat. Ma grand-m&#232;re est d&#233;c&#233;d&#233;e sans avoir revu sa fille. Une cousine de maman m'a dit qu'elle en &#233;tait morte de chagrin. Elle n'a pas eu d'autres enfants apr&#232;s maman.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Mul&#226;tre ou M&#233;tis ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Je pr&#233;f&#232;re le mot &#171; Mul&#226;tre &#187; parce que ce mot n'est pas anodin. Ce sont les Portugais qui l'ont cr&#233;&#233;. &#171; Mul&#226;tre &#187; vient de &#171; mulato &#187;, &#171; mule &#187; en fran&#231;ais. Pour l'homme blanc, &#224; cette &#233;poque, l'union d'un Blanc et d'une Noire &#233;tait contre-nature, donc l'enfant n&#233; de cette union ne pouvait &#234;tre que contre-nature. Quand ce probl&#232;me a &#233;t&#233; soulev&#233;, les Blancs se sont dit &#171; ce n'est pas grave, la race mul&#226;tre va s'&#233;teindre d'elle-m&#234;me parce que les mul&#226;tres ne pourront pas avoir d'enfants &#187;. En effet, il faut savoir que la mule est un animal g&#233;n&#233;ralement st&#233;rile qui provient du croisement de la jument et de l'&#226;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, un jour, il y a eu des enfants et alors, l&#224;, c'est devenu &#171; le probl&#232;me mul&#226;tre &#187;. Donc, pour moi, quelqu'un n&#233; d'un Noir et d'un Blanc, c'est un Mul&#226;tre. M&#234;me si aujourd'hui, on parle plut&#244;t de m&#233;tissage. Ce terme &#171; mul&#226;tre &#187;, ces pens&#233;es ont amen&#233; tellement de souffrances&#8230;il faut en parler, expliquer !&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'apartheid au sein de l'Union Mini&#232;re&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;J'ai pass&#233; mon enfance &#224; Likasi, un des fiefs de l'Union Mini&#232;re. Ce contexte de l'Union Mini&#232;re est tr&#232;s particulier. C'&#233;tait un &#233;tat dans l'&#233;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant l'ind&#233;pendance, &#224; Likasi, les populations vivaient s&#233;par&#233;ment. Certains Belges de l'Union Mini&#232;re partaient en vacances en Afrique du Sud. Ils ont sans doute reproduit l'organisation sociale qu'ils y ont vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait le quartier des Noirs qui travaillaient &#224; l'Union Mini&#232;re, le quartier des Mul&#226;tres, les usines et les quartiers des Blancs. Et, de l'autre c&#244;t&#233;, il y avait la cit&#233; o&#249; habitaient les Noirs qui ne travaillaient pas &#224; l'Union Mini&#232;re ainsi que la ville avec les magasins et commer&#231;ants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'administration coloniale a utilis&#233; les Mul&#226;tres comme tampons entre les Blancs et les Noirs. Le pouvoir colonial pensait que les Mul&#226;tres ne trahiraient pas les Blancs en raison de leur sang &#171; blanc &#187; et que, pour cette m&#234;me raison, ils n'allaient pas non plus s'allier avec les Noirs. De ce fait, ils recevaient quelques privil&#232;ges : des &#233;coles, de plus grandes maisons, des places dans l'administration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le quartier des Mul&#226;tres, vivait une cinquantaine de m&#233;nages. La plupart des parents venaient d'orphelinats. Je vivais dans une belle villa. Les Noirs, eux, logeaient dans de petites maisons ouvri&#232;res comme on en trouve ici en Belgique. Tout &#233;tait s&#233;par&#233; mais sans barri&#232;re ni portails ! Il y avait aussi l'h&#244;pital des Blancs et l'h&#244;pital &#171; indig&#232;ne &#187;. C'&#233;tait donc un apartheid !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois par mois, une femme blanche venait inspecter nos maisons pour voir si le m&#233;nage avait &#233;t&#233; bien fait, si tout &#233;tait propre. C'est le seul contact qu'on avait avec des Blancs dans notre quartier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme la ville s'organisait autour de l'Union Mini&#232;re, on y trouvait des magasins li&#233;s &#224; la soci&#233;t&#233;, et certaines grandes enseignes belges comme Sarma ou Bata. Maman recevait la liste des produits qu'on pouvait obtenir dans les magasins de l'Union Mini&#232;re et on cochait : &#171; famille 1 enfant, 2 enfants, 3 enfants, 4 enfants &#187;. En fonction de cela, nous avions droit &#224; x kilos de lait, x kilos de farine,...Une fois par mois, nous allions au magasin chercher les provisions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est que plus tard, en grandissant, que j'ai pris conscience du racisme. Dans la file, on est mis de c&#244;t&#233;, on passe toujours apr&#232;s les Blancs. Mais m&#234;me parmi les Blancs, il y a une hi&#233;rarchie : la femme du m&#233;decin va passer avant la femme de l'ing&#233;nieur et celle-ci, avant l'&#233;pouse du m&#233;canicien. C'&#233;tait &#231;a l'esprit de l'Union Mini&#232;re : une tr&#232;s forte hi&#233;rarchie. Les Mul&#226;tres passaient en dernier et les Noirs encore derri&#232;re !&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;En classe, au dernier rang&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Nous, les Mul&#226;tres, &#233;tions tol&#233;r&#233;es &#224; l'&#233;cole des Blancs. Les Blancs &#233;taient assis aux premiers rangs, puis il y avait des rang&#233;es vides et nous, dans le fond de la classe. En maternelle et en premi&#232;re primaire, nous &#233;tions quatre ou cinq de mon &#226;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon premier souvenir d'&#233;cole, c'est &#224; la maternelle : la petite fille &#224; c&#244;t&#233; de moi a hurl&#233; toute la journ&#233;e ! Elle avait encore plus peur que moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment je vivais ces moments d'&#233;cole ? Dans la terreur ! J'&#233;tais impressionn&#233;e par les religieuses et leurs grandes robes. Elles &#233;taient m&#233;chantes, je ne sentais chez elles aucune g&#233;n&#233;rosit&#233;, amour ou douceur. Je les vois encore, marchant les deux mains dans les manches, le regard s&#233;v&#232;re. On ne pouvait pas bouger un cil ni dire un mot. Parfois, elles donnaient des coups de r&#232;gle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, il y avait cette s&#233;paration physique qui apportait une incompr&#233;hension. On ne nous adressait pas la parole, on ne nous posait m&#234;me pas de questions... Nous vivions dans la crainte car nous sentions que nous n'&#233;tions pas accueillies. Le cours se donnait pour les enfants blancs et nous, nous &#233;tions au fond de la classe. Comme si nous n'&#233;tions que spectatrices. A ce moment-l&#224;, je ne comprenais pas... Je n'avais pas conscience que c'&#233;tait tout simplement du racisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la r&#233;cr&#233;ation, nous ne nous jouions pas tous ensembles. Nous, les Mul&#226;tres, restions en-dessous de l'escalier, en nous disant : &#171; qu'est-ce qui va se passer ? Surtout, ne pas faire de bruit ! Ne pas nous faire remarquer ! &#187; Je ne me souviens pas de cris d'enfants qui s'amusent.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;C'&#233;tait moi la voleuse !&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Un tr&#232;s mauvais souvenir d'enfance ? Un jour, papa est venu me chercher &#224; l'&#233;cole pour m'emmener au bureau de police. Je me vois encore, petite fille, assise sur le si&#232;ge en face du commissaire, un grand Blanc. Une fille blanche avait perdu sa cha&#238;ne en or. Et comme j'&#233;tais une &#171; &#233;trang&#232;re &#187;, &#171; color&#233;e &#187;, c'&#233;tait forc&#233;ment moi qui l'avais vol&#233;e ! Je ne comprenais rien, je pleurais : &#171; quoi ? une chaine en or ? pourquoi je suis l&#224; ? ce n'est pas moi ! &#187;. Je ne me souviens pas comment s'est termin&#233;e cette histoire mais j'en ai ressenti longtemps de la douleur, de l'injustice.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;De la luge sur les terrils&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Mais, &#224; la maison, j'&#233;tais heureuse. J'ai plus de bons souvenirs d'enfance que de mauvais. Avec mes amies, des Mul&#226;tres de mon quartier, nous &#233;tions plus souvent pli&#233;es en deux de rire. Quand nous allions jouer sur les terrils, par exemple ; tout &#233;tait vallonn&#233; et donc on montait sur une butte et on descendait sur des cartons, comme si on faisait de la luge !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grands avaient fabriqu&#233; un v&#233;hicule avec quatre roues de brouette bien solides. Nous montions dessus et les grands conduisaient avec leurs pieds. Jusqu'au jour o&#249; quelqu'un s'est cass&#233; un bras. Alors, les parents ont confisqu&#233; le v&#233;hicule.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les vacances en famille au village&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Tous les &#233;t&#233;s, maman et nous, les enfants, allions en vacances chez notre grand-m&#232;re paternelle. Cela fait partie de mes meilleurs souvenirs d'enfance : deux mois de vie fantastique au village !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224;, le trajet en voiture &#233;tait tr&#232;s agr&#233;able car papa poss&#233;dait une Pontiac. Waouw ! Nous devions dormir une nuit sur la route et papa disait : &#171; surtout, ne sortez pas de la voiture pour faire pipi. Il y a des lions ! &#187;. On les entendait autour de la voiture. Quand papa ne pouvait pas nous accompagner, un commer&#231;ant nous emmenait dans son camion. Nous avions alors le privil&#232;ge de nous asseoir devant. Et puis venait la joie de se dire : &#171; on arrive au village ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma grand-m&#232;re &#233;tant fille de chef et respect&#233;e, elle avait sa propre maison. Autour de celle-ci, se trouvaient les huttes de ses enfants et petits-enfants. C'&#233;tait comme un village.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La journ&#233;e, on se lavait et jouait dans la rivi&#232;re, on grimpait dans les arbres et cueillions des mangues. On courait partout. Une grande libert&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les couchers de soleil &#233;taient magnifiques. Le soir, &#233;tant donn&#233; qu'il n'y avait pas encore d'&#233;lectricit&#233;, on mangeait &#224; 17h avec les oncles et les tantes, tous ensemble autour du feu. Il faisait froid mais le feu nous r&#233;chauffait. Les oncles racontaient des histoires, des histoires de monstres qui boitaient. Plus la nuit avan&#231;ait, plus les contes faisaient peur et plus on craignait de se coucher !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conteur prenait la parole en swahili et tout le monde r&#233;pondait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; l'histoire, c'est... ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; c'est l'histoire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; l'enfant de l'histoire... ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; &#8230;ne grandit jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire pouvait alors enfin commencer. J'attendais ce moment avec impatience. Tout cela sous un ciel &#233;toil&#233; &#224; n'en plus finir&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Apr&#232;s l'ind&#233;pendance, tout &#233;tait diff&#233;rent&#8230;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Au moment de l'ind&#233;pendance, j'avais 8 ans. Je me souviens de gens qui couraient dans tous les sens avec ce qu'ils avaient pill&#233; : un v&#233;lo, une chaise,...Et au loin, de la fum&#233;e. Les parents nous disaient : &#171; ne sortez pas de la maison, on ne sait pas ce qui va se passer ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Juste apr&#232;s, nous avons d&#233;m&#233;nag&#233; car, &#224; partir de ce moment, nous avons pu habiter dans les quartiers des Blancs. Une maison &#233;tait assign&#233;e &#224; chaque famille. Quelques familles mul&#226;tres et noires occupaient les maisons des Blancs. Fini le ghetto !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle d&#233;couverte : nouvelle maison, nouveaux voisins, nouveau bus scolaire o&#249; Blancs et Noirs &#233;taient m&#233;lang&#233;s. Avec papa et maman, je me sentais en s&#233;curit&#233; et inconsciente de ce qui se d&#233;roulait. Tout &#233;tait diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8230; et en m&#234;me temps, rien n'avait chang&#233; &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Mais un an ou deux apr&#232;s l'ind&#233;pendance, l'&#233;cole &#233;tait toujours la m&#234;me : une &#233;cole o&#249; on ne se m&#233;langeait pas ! Avec plus de M&#233;tisses et de Noires, mais toujours des groupes s&#233;par&#233;s. Dans la cour de r&#233;cr&#233;ation on ne se regardait pas, il n'y avait aucun &#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que j'ai vraiment pris conscience du racisme. Vous voulez une autre anecdote ? En voici une ! En 1963, quand je suis all&#233;e &#224; la piscine, les Blancs sont sortis parce que nous allions salir l'eau. Nous &#233;tions les premiers M&#233;tis &#224; rentrer dans la piscine &#224; Likasi ! Cet &#233;v&#233;nement m'a marqu&#233;e. Je ne m'y attendais pas, n'ayant peut-&#234;tre jamais r&#233;alis&#233; qu'il y avait ce rejet. Pour moi, il y avait les Blancs, les Noirs, les Mul&#226;tres. Sans plus. Cela a &#233;t&#233; un vrai choc.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;De l'autre c&#244;t&#233; du miroir : regard sur la Belgique et sur les colons belges&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En 1970, je suis venue en Belgique pour la premi&#232;re fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; marqu&#233;e par les maisons coll&#233;es les unes contre les autres. Je n'avais jamais vu &#231;a. Au Congo, les Belges disaient &#171; En Belgique, nous vivons tous aussi bien qu'ici, avec de grandes villas et des domestiques &#187;. Donc, je pensais arriver &#171; au paradis &#187; en arrivant en Belgique. Or, il pleuvait, il faisait gris et les Blancs vivaient de fa&#231;on bien moins luxueuse qu'au Congo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je trouvais aussi certains Belges peu &#233;duqu&#233;s et me disais, d&#233;pit&#233;e : &#171; c'est &#231;a qui nous a colonis&#233;s ?! &#187;. J'ai alors r&#233;alis&#233; que le Congo &#233;tait un tr&#232;s beau pays et que j'avais la chance d'avoir deux cultures.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le cheminement personnel, les recherches&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Lors de ce premier voyage en Belgique, j'ai voulu rechercher mon grand-p&#232;re. J'avais une adresse o&#249; me rendre, &#224; Ostende. Mais &#224; celle-ci, les anciennes maisons n'existaient plus, c'&#233;taient de nouveaux immeubles. Il fallait faire des d&#233;marches officielles pour aller plus loin dans les recherches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis demand&#233; : &#171; en ai-je vraiment envie ? En ai-je besoin ? &#187;. Ma r&#233;ponse a &#233;t&#233; &#171; non &#187;. Je n'ai donc pas poursuivi mes investigations. Je sais d'o&#249; je viens, j'ai eu un papa, une maman, des fr&#232;res et des soeurs. Une famille avec une grand-m&#232;re pr&#233;sente, des oncles et tantes, des cousins avec lesquels j'ai grandi. Tout cela a combl&#233; ce qu'il fallait combler. Ma vie est pleine. Mes racines sont africaines et europ&#233;ennes. Trouver un &#233;quilibre est le plus important.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;passer la col&#232;re&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est qu'&#224; l'&#226;ge adulte qu'on peut comprendre ce qui s'est pass&#233; durant notre enfance. En grandissant, on trouve ses racines. On essaie de comprendre au fil des rencontres, des confrontations, des blessures, des joies. Nous ne savons pas tout ce que nos parents ont v&#233;cu...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense que, Blancs, Noirs ou M&#233;tis, nous sommes tous pareils. C'est notre regard sur la vie et les gens, nos peurs qui nous rendent diff&#233;rents. Chaque individu a une richesse. Et quand on a la chance d'avoir plusieurs cultures, c'est une richesse suppl&#233;mentaire. Il faut l'exploiter, prendre le meilleur de chaque culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne connait pas l'histoire de l'autre. Parfois, sa souffrance s'exprime par de l'agressivit&#233;, par du rejet. Mais &#224; partir du moment o&#249; on se met &#224; sa place, on peut poser sur lui un regard diff&#233;rent et le comprendre. Ce n'est pas facile &#224; faire. C'est le travail de toute une vie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bouddhisme m'aide &#224; acc&#233;der &#224; cette s&#233;r&#233;nit&#233;, &#224; d&#233;passer la col&#232;re qu'il y a en moi. Je ne veux plus vivre l&#224;-dedans, m&#234;me s'il arrive que certaines paroles ou actes me f&#226;chent. Parfois j'ai r&#233;alis&#233; que la personne ne se rendait m&#234;me pas compte de ce qu'elle avait dit ou fait. Par ignorance ? Par b&#234;tise ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui encore, je rencontre des femmes blanches de mon &#226;ge qui me disent &#171; Marie-Louise, c'est incroyable, comment se fait-il que nous ne nous sommes pas rencontr&#233;es au Congo ? &#187;. Que r&#233;pondre ? Ces personnes, enfants &#224; cette &#233;poque, n'ont pas r&#233;alis&#233; que cet apartheid existait. Certaines personnes ne veulent toujours pas le reconna&#238;tre. C'est triste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Derni&#232;rement, lors d'une r&#233;union, j'ai eu l'occasion de revoir des amies d'enfance, des M&#233;tisses, aujourd'hui grands-m&#232;res. J'ai constat&#233; que beaucoup des petits-enfants se sont mari&#233;s dans la communaut&#233;&#8230; Cela m'a interpell&#233;e. Encore des traces de cette colonisation o&#249; l'on ne se m&#233;lange pas ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Je trouve important de faire entendre la voix des M&#233;tis &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, l'Association des M&#233;tis essaie de faire entendre leur voix au Parlement, d'obtenir des excuses du gouvernement belge, l'ouverture des archives,&#8230; C'est une bonne chose parce qu'il y a &#233;norm&#233;ment de souffrance dans les histoires des M&#233;tis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai assist&#233; &#224; la premi&#232;re s&#233;ance au Parlement. Des horreurs ont &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233;es. Beaucoup de parlementaires ignoraient certains faits. Comment est-ce possible ? Tout se trouve dans les archives du mus&#233;e &#224; Tervuren. Il faut en parler et pr&#233;senter des excuses. Parce que tout &#233;tait bien organis&#233; et qu'il y a une responsabilit&#233; de l'Etat belge. Moi, je n'ai pas &#233;t&#233; s&#233;par&#233;e de ma famille. Mais quand vous vous retrouvez plac&#233;s en famille d'accueil en Belgique, comme l'ont &#233;t&#233; les enfants de l'internat de Save&#8230; dans un pays inconnu, dont vous ne parlez pas la langue ! C'est l'horreur. Je pense qu'il doit y avoir une r&#233;habilitation des M&#233;tis. Comment ? Je ne sais pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parler ferait du bien &#224; tout le monde. A ceux qui n'en ont jamais entendu parler et &#224; ceux qui ont eu de mauvaises informations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut pouvoir parler de tout. Aujourd'hui, quand certains disent &#171; oui, mais on en a marre de donner au Congo&#8230; &#187;, j'ai envie de r&#233;pondre : &#171; est-ce que vous pourriez vous passer de votre GSM ? Parce que votre t&#233;l&#233;phone est compos&#233; de coltan et que des enfants meurent tous les jours pour en r&#233;colter. &#187; Mais les gens ne veulent pas toujours entendre.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Enseigner l'histoire de la colonisation&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Il faut parler dans les &#233;coles de la colonisation et de ses malheureuses cons&#233;quences. Pour aujourd'hui, pour le futur. Comment voulez-vous qu'il y ait une paix si les Belges ne savent pas pourquoi il y a tant de Congolais en Belgique, pourquoi il y a parfois des manifestations ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut que les jeunes g&#233;n&#233;rations apprennent l'histoire de la colonisation et notamment ce qui s'est pass&#233; du temps de L&#233;opold II. Il y a assez d'&#233;crits, de t&#233;moignages, d'expositions pour se documenter. Aujourd'hui heureusement des associations se font entendre. La parole se lib&#232;re, on en parle. Les Belges disent souvent : &#171; mais nous avons construit des h&#244;pitaux ! &#187;. Oui mais les premiers h&#244;pitaux ont &#233;t&#233; construits pour soigner la main d'&#339;uvre, pour la rentabilit&#233; ! On oublie de dire cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les jeunes d'origine congolaise qui sont n&#233;s en Belgique sont belges, la Belgique est leur pays. Certains demandent qu'on r&#233;habilite Lumumba. Pourquoi pas si cela est accompagn&#233; d'une communication, d'une information juste ? L&#224; encore, il faut expliquer pourquoi r&#233;habiliter Lumumba. Quelle est l'histoire entre Lumumba et la Belgique ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce t&#233;moignage fait partie du livre &#034;Congo belge, m&#233;moires en noir et blanc&#034;, 1945-1960, &#233;dit&#233; aux Editions Weyrich. Il ne peut pas &#234;tre reproduit sans l'autorisation de l'&#233;diteur.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Andr&#233;, administrateur de territoire au Congo belge</title>
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		<dc:date>2020-11-30T13:56:41Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mich&#232;le A&amp;T</dc:creator>


		<dc:subject>Colonisation</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Plong&#233; d&#232;s la naissance dans un bain colonial, Andr&#233; part au Congo &#171; pour servir &#187; et rentre dans la &#171; Territoriale &#187; au Kivu. Un m&#233;tier qui l'am&#232;ne &#224; devoir prendre sept d&#233;cisions par jour ! D&#233;fenseur de l'&#339;uvre coloniale, il nous livre un t&#233;moignage particuli&#232;rement engag&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une famille de colons &lt;br class='autobr' /&gt;
Mes parents &#233;taient colons-planteurs au Katanga. Ils &#233;taient partis avec leurs trois a&#238;n&#233;s, dans les ann&#233;es 20. En 1928, mes parents sont rentr&#233;s en Belgique &#224; cause de la crise. Un an apr&#232;s, je suis n&#233;, en Flandre (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique175" rel="directory"&gt;Congo belge. M&#233;moires en noir et blanc, 1945-1960&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot138" rel="tag"&gt;Colonisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot166" rel="tag"&gt;Travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot387" rel="tag"&gt;art_logo_contain&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L98xH150/arton1268-608b3.jpg?1776712218' width='98' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Plong&#233; d&#232;s la naissance dans un bain colonial, Andr&#233; part au Congo &#171; pour servir &#187; et rentre dans la &#171; Territoriale &#187; au Kivu. Un m&#233;tier qui l'am&#232;ne &#224; devoir prendre sept d&#233;cisions par jour ! D&#233;fenseur de l'&#339;uvre coloniale, il nous livre un t&#233;moignage particuli&#232;rement engag&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une famille de colons&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Mes parents &#233;taient colons-planteurs au Katanga. Ils &#233;taient partis avec leurs trois a&#238;n&#233;s, dans les ann&#233;es 20. En 1928, mes parents sont rentr&#233;s en Belgique &#224; cause de la crise. Un an apr&#232;s, je suis n&#233;, en Flandre occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1939, mon p&#232;re est reparti seul au Congo. Comme la guerre a &#233;clat&#233; et que ma m&#232;re &#233;tait malade, nous n'avons pas pu le rejoindre. Maman est morte l'ann&#233;e suivante. Nous &#233;tions neuf enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon p&#232;re a alors &#233;t&#233; mobilis&#233; et charg&#233; de commander le d&#233;tachement de la Force Publique &#224; Usumbura. Apr&#232;s la guerre, il a occup&#233; la fonction d'Administrateur Territorial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 21 ans, je suis devenu Docteur en droit. Et j'ai r&#233;ussi le concours pour le poste d'Administrateur Territorial au Congo. Je me suis mari&#233; et, apr&#232;s avoir suivi des cours pr&#233;paratoires, ma femme et moi sommes partis en mars 1952 pour le Congo.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le go&#251;t de l'aventure et faire sa B.A. &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi partir ? Notre d&#233;part s'explique par plusieurs facteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le go&#251;t de l'aventure, s&#251;rement ! J'avais pass&#233; la guerre, entre 10 et 15 ans, coinc&#233; dans mon pays et j'avais envie de voir d'autres horizons. J'&#233;tais aussi attir&#233; par les r&#233;cits de mon oncle et ma tante qui revenaient du Katanga, de mes fr&#232;res ain&#233;s qui avaient v&#233;cu l&#224;-bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, il y avait l'influence du scoutisme : &#171; Servir &#187;&#8230; &#171; Faire sa B.A. (bonne action) &#187;. J'y croyais vraiment. Ma motivation ? Amener une population, qui nous &#233;tait d&#233;crite comme pauvre et arri&#233;r&#233;e, &#224; plus de confort et de bien-&#234;tre. Il y avait donc un c&#244;t&#233; altruiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il faut savoir qu'au d&#233;but des ann&#233;es 50, les jeunes universitaires peinaient &#224; trouver un job r&#233;mun&#233;rateur. Le mieux que j'aurais pu esp&#233;rer &#224; l'&#233;poque, c'&#233;tait d'&#234;tre stagiaire dans un bureau d'avocats. Avec pour seul salaire seulement de quoi m'acheter de temps en temps un paquet de frites (rires) !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience coloniale de mon p&#232;re m'a sans doute aid&#233; &#224; imaginer ce projet sans craintes. Mon &#233;pouse, au contraire, venait d'une famille o&#249; il n'y avait aucune culture coloniale ou africaine. Ses parents imaginaient que seuls les t&#234;tes br&#251;l&#233;es et les repris de justice filaient au Congo. J'ai d&#251; les convaincre !&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Karibu !&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le jour du d&#233;part, nous avons pris le bateau &#224; Anvers pour le Congo. Ma femme &#233;tait enceinte de notre premier enfant. Ce n'est qu'apr&#232;s avoir pass&#233; l'Equateur que nous avons appris notre destination. Moi, j'&#233;tais d&#233;sign&#233; pour le Kivu et, plus particuli&#232;rement, pour le territoire de Rutshuru.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque nous avons pass&#233; la fronti&#232;re entre l'Angola et le Congo, j'ai eu le premier choc de ma vie au Congo. Tout le village chantait &#171; karibou &#187;, ce qui voulait dire &#171; bienvenue &#187;. Ayant connu l'Occupation, je me demandais : &#171; N'arrive-t-on pas un peu comme des occupants ? &#187;. Apr&#232;s tout, nous n'&#233;tions pas vraiment invit&#233;s (rires) &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Rutshuru, on nous a allou&#233;s une maison au Poste. Cette maison &#233;tait meubl&#233;e sommairement, il n'y avait ni eau courante ni &#233;lectricit&#233;. Nous nous sommes install&#233;s l&#224; et, &#224; peu pr&#232;s quinze jours apr&#232;s, notre premier-n&#233; est venu au monde.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Tout faire sauf dire la messe !&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;J'ai toujours travaill&#233; au Nord-Kivu. D'abord, trois ans &#224; Rutshuru de 1952 &#224; 55, puis un an &#224; Butembo et ensuite &#224; Beni o&#249; j'ai &#233;t&#233; l'Adjoint direct du Chef de Territoire jusqu'en 57, puis Chef de Territoire jusqu'en 60. Mon exp&#233;rience s'est limit&#233;e au milieu rural, &#224; la brousse o&#249; j'&#233;tais en contact permanent avec les Congolais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Rutshuru, j'&#233;tais Administrateur Territorial Assistant. Nous disions entre nous qu'on devait &#171; tout faire sauf dire la messe &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le lendemain de mon arriv&#233;e, mon Chef de Territoire m'a dit : &#171; Demain, &#224; six heures vous partez sur la route avec une &#233;quipe de travailleurs et des prisonniers. Il va falloir &#233;largir les tournants pour qu'on puisse se croiser et &#233;viter des accidents. Vous devrez faire sauter des roches parce que c'est assez rocailleux l&#224;-bas. Voil&#224; le manuel des travaux publics, potassez &#231;a ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus de l'entretien des routes et des ponts, nous nous occupions de la construction de maisons. Alors, vous imaginez, quand vous avez une formation de docteur en droit, et qu'on on vous demande de superviser les chantiers ... Heureusement que nous avions de bons ma&#231;ons qui savaient comment faire (rires) !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devions aussi veiller &#224; l'hygi&#232;ne du village, nous &#233;tions tr&#232;s tr&#232;s paternalistes ! Le meilleur et le pire du paternalisme : les villages devaient &#234;tre propres, les latrines install&#233;es &#224; une certaine distance des maisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cultures &#233;taient &#233;galement inspect&#233;es. Nous imposions des cultures pour lutter contre une certaine nonchalance des indig&#232;nes. En effet, ils avaient des terres tellement fertiles qu'il suffisait de jeter quelques grains de ma&#239;s pour que &#231;a pousse. Deux mois plus tard, lorsqu'on repassait, on r&#233;coltait des &#233;pis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre de mes t&#226;ches concernait l'&#233;tat civil : le recensement de la population. Nous &#233;tions constamment en route dans le Territoire car nous &#233;tions astreints &#224; faire 20 jours d'itin&#233;rance par mois, en brousse. Quand nous faisions nos tourn&#233;es, les indig&#232;nes avertissaient par tam-tam tous les villages : &#171; Voil&#224;, le bwana est en route, il est &#224; tel endroit, vous pouvez vous attendre &#224; ce qu'il arrive chez vous vers telle heure &#187;. Et hop, tout le village &#233;tait l&#224; pour nous accueillir au moment o&#249; on arrivait !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devions aussi collecter l'imp&#244;t. Tous les hommes, adultes et valides, payaient une somme, fix&#233;e une fois par an en fonction du territoire, de la province et du revenu moyen. L'imp&#244;t &#233;tait obligatoire. S'ils ne savaient pas le payer, ils devaient faire des jours de travail, de servitude p&#233;nale.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Macaque ! Une injure punie par la loi&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;S'il y avait un crime, une infraction, nous exercions le r&#244;le d'officiers de police judiciaire. Et si c'&#233;tait dans les limites de notre comp&#233;tence, nous &#233;tions juges de police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les jours, o&#249; qu'on soit, &#224; 11 heures, se tenait une audience publique, appel&#233;e &#171; le rapport &#187;. C'&#233;tait tr&#232;s important. Tous les Congolais qui souhaitaient d&#233;poser une plainte pouvaient venir exposer leur cas et on essayait de le r&#233;gler, s&#233;ance tenante. Et cela, quelle que soit la personne vis&#233;e par la plainte : colon, commer&#231;ant, chef, agent de l'Etat,&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous donne un exemple. Un jour, un boy de maison est venu se plaindre parce que son employeur l'avait trait&#233; de &#171; macaque &#187;. Alors, nous avons convoqu&#233; l'employeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Il para&#238;t que vous l'avez trait&#233; de &#171; macaque &#187;, c'est une injure, ce n'est pas tol&#233;r&#233; ! &lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Ce n'est pas une injure, c'est une constatation ! &lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Non, c'est une injure&#8230; &#231;a vous fait 250 francs d'amende. Et vous allez donner &#233;galement 100 francs d'indemnit&#233; &#224; votre boy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'employeur a sorti un autre billet de 100 et il a r&#233;p&#233;t&#233; : &#171; macaque &#187;. Alors je lui ai dit : &#171; Quand il y a r&#233;cidive, c'est doubl&#233;, donc cela fera 500 francs d'amende et 200 francs d'indemnit&#233; ! &#187;. Il n'a plus insist&#233; et a pay&#233; son amende.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le fouet pour maintenir l'ordre &#224; la prison&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Nous avions un peloton de la Force Publique, mais il n'a jamais d&#251; vraiment intervenir. C'&#233;tait un peloton d'une trentaine de soldats, tous Congolais y compris les grad&#233;s, &#224; savoir le caporal, le sergent et le sergent-major. Mais &#224; partir du grade de sous-officier, c'&#233;taient toujours des Blancs. Le peloton &#233;tait charg&#233; aussi de garder les prisonniers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais la t&#226;che de g&#233;rer les sanctions disciplinaires &#224; la prison. Par exemple, un soldat accusait un prisonnier d'avoir &#233;t&#233; paresseux, de ne pas avoir fait sa t&#226;che. Je m'assurais que c'&#233;tait vrai en questionnant le prisonnier qui parfois reconnaissait sa faute et parfois la niait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'&#233;tait pas facile. Si je donnais syst&#233;matiquement raison au prisonnier ou qu'il subsistait un doute, celui-ci b&#233;n&#233;ficiait &#224; l'accus&#233; et moi, je n'avais plus d'autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors je disais : &#171; Si tu es au rapport, c'est quand m&#234;me qu'il s'est pass&#233; quelque chose ! &#187;&#8230; et je le consignais dans le registre des sanctions disciplinaires. Alors, on amenait une couverture, le prisonnier enlevait son short, se mettait &#224; plat ventre et un soldat lui donnait des coups de fouet. Le maximum, c'&#233;tait quatre coups.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Sept d&#233;cisions par jour !&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Nous menions une vie assez militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le clairon sonnait &#171; Aux champs &#187; un peu avant six heures. Je buvais une tasse de caf&#233; et partais, sans avoir pris de petit d&#233;jeuner, pour arriver &#224; 6h30 pile devant le bureau du Territoire, pour l'appel et le lever du drapeau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 17 heures, le clairon sonnait la fin de la journ&#233;e. Une heure plus tard, la nuit tombait. Les soir&#233;es n'&#233;taient pas tr&#232;s longues, on mettait les enfants au lit, on &#233;coutait un peu la radio puis on allait se coucher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais tout le temps en fonction. La nuit par exemple, surtout le samedi soir, on venait souvent tambouriner &#224; ma porte en disant : &#171; Bwana, Bwana, il faut venir, ils sont en train de se battre &#224; la Cit&#233;, pr&#232;s du chef-lieu du Territoire. &#187;. Alors je partais. Mon &#233;pouse disait &#171; tu ne prends pas ton revolver ? &#187;. C'&#233;tait la derni&#232;re chose &#224; prendre ! Mais je prenais mon porte-voix MBLE sur piles et faisais entendre une voix de stentor. Quand ils me voyaient arriver avec mon casque, &#231;a se calmait d&#233;j&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait un travail &#233;norme avec beaucoup de responsabilit&#233;s. J'&#233;tais &#171; seul ma&#238;tre &#224; bord &#187;. On disait tr&#232;s souvent qu'on devait prendre sept d&#233;cisions par jour !&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Des abus de pouvoir&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ce pouvoir pouvait donner lieu, chez certains, &#224; des abus. Je me souviens d'une attitude choquante de mon premier Chef de Territoire, un vieux de la vieille encore partisan de la m&#233;thode dure avec les indig&#232;nes. Un jour o&#249; je l'ai accompagn&#233; en brousse, il a command&#233; des &#339;ufs qui n'arrivaient pas. Le chef du village &#233;tait venu dire : &#171; D&#233;sol&#233; mais les poules n'ont pas pondu &#187;. Alors mon chef a convoqu&#233; les chefs des villages voisins et les a oblig&#233;s &#224; s'asseoir sur des casseroles. Ils devaient mimer &#171; kot, kot, kot &#187; jusqu'&#224; ce que les villageoises apportent des &#339;ufs ! Lui trouvait &#231;a tr&#232;s dr&#244;le mais moi, j'&#233;tais outr&#233; ! C'&#233;tait vraiment un manque de respect, surtout vis-&#224;-vis du d&#233;tenteur de l'autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; c&#244;t&#233; de cela, certains agents de l'Etat se montraient tr&#232;s coop&#233;ratifs, notamment vis-&#224;-vis d'indig&#232;nes qu'ils rencontraient, bless&#233;s ou malades, le long de la route. Ils les faisaient entrer dans leur voiture puis les emmenaient jusqu'&#224; l'h&#244;pital. C'&#233;tait une attitude normale apr&#232;s tout mais, &#224; l'&#233;poque, ce n'&#233;tait pas tellement courant.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le Mwami Ndeze&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le Congolais qui m'a le plus marqu&#233; ? C'est un chef coutumier, le Mwami Ndeze, &#224; Rutshuru. Il &#233;tait tr&#232;s &#226;g&#233;. A l'&#233;poque de la guerre 14-18, il avait apport&#233; une aide pr&#233;cieuse &#224; la Force Publique. Il avait mis &#224; disposition des milliers de porteurs et des vivres en masse pour nourrir l'arm&#233;e qui partait au Rwanda et en Tanzanie. Le Roi Albert l'avait d'ailleurs d&#233;cor&#233;. Il lui avait offert un superbe uniforme qu'il portait fi&#232;rement lors de la F&#234;te nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait chef de la Chefferie des Bwisha, donc l'autorit&#233; supr&#234;me de la Chefferie et avait un ascendant r&#233;el sur ses sujets. Il pr&#233;sidait le tribunal de Chefferie. Il s'occupait principalement des affaires civiles coutumi&#232;res, c'est-&#224;-dire de mariages, de dots, de litiges, des limites des champs,... A l'administration territoriale, nous respections la coutume, sauf quand elle &#233;tait contraire &#224; l'ordre public et aux bonnes m&#339;urs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Mwami Ndeze &#233;tait un roi. Il logeait dans une maison comme nous. Il avait sa cour, sa garde, etc. On avait beaucoup de respect pour lui. C'&#233;tait un homme courtois qui n'&#233;levait pas la voix, ne jouait pas au tyran autoritaire. Il imposait naturellement le respect. Lorsqu'il se pr&#233;sentait, tous les notables s'inclinaient et battaient discr&#232;tement des mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il m'a donn&#233; beaucoup de conseils judicieux. Je n'&#233;tais, apr&#232;s tout, qu'un jeune blanc bec, un &#171; bleu &#187; qui venait d'arriver et n'avait aucune exp&#233;rience tandis que lui avait &#224; son cr&#233;dit des dizaines d'ann&#233;es d'exp&#233;rience en tant qu'autorit&#233; de l'Etat. Il m'avait par exemple dit &#171; ce n'est pas la peine d'&#233;lever la voix &#187;, ce que j'avais tendance &#224; faire en arrivant. &#171; Vous repr&#233;sentez une fonction qui est respect&#233;e. Plus vous vous exprimez lentement et clairement, sans &#233;lever la voix, plus vous serez &#233;cout&#233;. Sinon, ils laisseront passer l'orage. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le difficile exercice du pouvoir&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La chose la plus difficile dans mes relations avec les Congolais &#233;tait de savoir exactement ce qu'ils pensaient quand ils r&#233;pondaient &#224; une question. Parce qu'avec leur naturel respectueux de l'autorit&#233; et leur sens de la courtoisie, ils cherchaient &#224; donner une r&#233;ponse qui plaisait &#224; celui qui l'avait pos&#233;e. Peut-&#234;tre se disaient-ils : &#171; Quel que soit notre avis, il n'en fera qu'&#224; sa t&#234;te &#187;. Alors, je devais chaque fois leur expliquer : &#171; Ecoutez, cette r&#233;ponse me fait plaisir mais elle ne me satisfait pas. J'aimerais savoir ce qui convient le mieux dans le probl&#232;me qui nous occupe &#187;. Il y avait alors un moment d'h&#233;sitation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Vraiment Bwana ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Vraiment !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Et alors, quand la confiance &#233;tait instaur&#233;e, &#231;a allait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le Chef coutumier me disait &#171; Vous &#234;tes l'autorit&#233; incontest&#233;e &#187;, je le vivais effectivement comme &#231;a. On &#233;tait l&#224; pour commander. Et d'une certaine fa&#231;on, &#231;a arrangeait aussi les Congolais que nous prenions la responsabilit&#233; au nom de tous les Chefs qui d&#233;pendaient de nous, que nous contr&#244;lions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Evidemment, il y avait parfois des cas de r&#233;bellion. Je me souviens par exemple d'un village ayant refus&#233; de payer l'imp&#244;t. Les villageois avaient trac&#233; une ligne sur la piste en disant &#224; l'agent territorial dont c'&#233;tait le premier mandat : &#171; Si vous passez cette ligne, vous &#234;tes mort &#187;. Et lui, au lieu de passer la ligne, il avait rebrouss&#233; chemin et &#233;tait venu m'expliquer la situation. Moi, comme j'en &#233;tais d&#233;j&#224; mon troisi&#232;me mandat, je me suis rendu sur place en me faisant suivre par pr&#233;caution par un camion avec mes soldats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mon arriv&#233;e, j'ai demand&#233; : &#171; O&#249; est-elle cette fameuse ligne ? &#187;. Les villageois &#233;taient un peu ennuy&#233;s parce qu'ils avaient affaire &#224; un ancien. Je leur ai dit : &#171; Ecoutez-moi, j'ai soif et, si vous avez un jus de fruit, je le prendrais bien mais pour cela il faudrait que je passe la ligne &#187;. J'ai pass&#233; la ligne, ils m'ont apport&#233; du vin de palme et des ananas et je leur ai demand&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Alors, c'est quoi le probl&#232;me ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; On n'a pas confiance dans le jeune bwana.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Ecoutez, il faut qu'il apprenne son m&#233;tier, j'ai commenc&#233; comme lui, moi aussi ! Et comment voulez-vous que nous entretenions les routes, les h&#244;pitaux etc. si on ne paye pas d'imp&#244;t. Et vous, le Chef l&#224;, comment voulez-vous que nous payions votre traitement s'il n'y a pas une participation de la population ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, persuader plut&#244;t qu'imposer ! Je crois que cela a &#233;t&#233; bien compris, car, apr&#232;s &#231;a, comme pour toutes les palabres qui se terminent bien, ils ont chant&#233; et dans&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La visite du Roi Baudouin&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Mon plus beau souvenir du Congo belge est la visite du Roi Baudouin, en mai 1955 &#224; Butembo, dans le Nord-Kivu o&#249; j'&#233;tais alors Chef de Poste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, il y a eu l'accueil enthousiaste de la population, c'&#233;tait vraiment du d&#233;lire ! Et puis surtout, le Roi a manifest&#233; un grand int&#233;r&#234;t pour ce que nous faisions. Il a fait l'&#233;loge de la Territoriale dont je faisais partie en disant : &#171; C'est vraiment vous qui faites le Congo et qui pouvez am&#233;liorer le bien-&#234;tre des autochtones. C'est votre r&#244;le principal. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en effet ce qu'on nous avait inculqu&#233; pendant notre formation coloniale. La devise de la Territoriale &#233;tait &#171; Dominer pour servir &#187;, en r&#233;f&#233;rence au livre &#233;ponyme du Gouverneur G&#233;n&#233;ral, Pierre Ryckmans. Dans celui-ci, il avait pr&#233;cis&#233; : &#171; Pour servir, il faut conna&#238;tre et pour conna&#238;tre il faut aimer &#187;. Ce livre, c'&#233;tait vraiment notre &#171; bible &#187;. Et le Roi l'avait tr&#232;s bien compris. &#199;a m'a beaucoup touch&#233; qu'il reconnaisse l'utilit&#233; de notre action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens aussi d'un fait qui a heurt&#233; l'un ou l'autre des colons pr&#233;sents lors de cette visite royale. Lorsque le Roi est arriv&#233; &#224; Butembo, une petite fille noire et une petite fille blanche lui ont apport&#233; des fleurs. Et il n'a embrass&#233; que la petite fille noire ! Une sorte de discrimination donc mais &#224; l'envers (rires) &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le message du Roi Baudouin &#233;tait un message chr&#233;tien et cela me parlait beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Apr&#232;s la messe, l'ap&#233;ritif au Club des Evolu&#233;s !&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ma femme et moi &#233;tions des chr&#233;tiens pratiquants. Nous allions tous les dimanches &#224; l'&#233;glise de Beni. Les Congolais y venaient aussi, avec leur plus beau costume, leur plus beau pagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Europ&#233;ens &#233;taient toujours mis un peu &#224; l'&#233;cart des Congolais, soit dans une nef lat&#233;rale qui donnait sur l'autel, soit en avant. Cette mise &#224; l'&#233;cart n'&#233;tait pas vraiment du racisme mais une question de convenance, pour eux comme pour nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur mode de vie &#233;tait, en effet, tr&#232;s diff&#233;rent du n&#244;tre et donnait lieu &#224; ce que nous pourrions appeler un manque d'hygi&#232;ne ; ils &#233;taient tr&#232;s souvent entour&#233;s de mouches. Certaines femmes donnaient le sein au b&#233;b&#233; pendant la messe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous serions tous sentis mal &#224; l'aise si nous avions &#233;t&#233; ensemble. Par contre, les enfants se m&#233;langeaient, les n&#244;tres et ceux qui fr&#233;quentaient l'&#233;cole, presque tous en uniforme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s souvent, le c&#233;l&#233;brant &#233;tait congolais. L'Eglise avait, d&#232;s le d&#233;but, compris qu'elle devait s'africaniser, int&#233;grer la population congolaise. Le premier abb&#233; congolais du Congo belge a &#233;t&#233; ordonn&#233; pr&#234;tre en 1917. D&#233;j&#224; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la messe, il y avait l'ap&#233;ritif au Club des &#233;volu&#233;s, que nous appelions aussi le Cercle du Roi Baudouin. J'aimais la franchise et l'ouverture d'esprit qui r&#233;gnait entre les &#233;volu&#233;s et nous. Ceux qu'on appelait &#171; les &#233;volu&#233;s &#187; &#233;taient les Noirs qui s'habillaient &#224; l'occidentale, qui &#233;taient immatricul&#233;s et qui avaient donc le statut d'immatricul&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;, c'&#233;tait la d&#233;tente, ce n'&#233;tait plus le clerc qui &#233;tait en face de son employeur. On &#233;tait habill&#233;s en civils d'ailleurs. On discutait vraiment de tout y compris de la vie familiale, de la diff&#233;rence entre leurs conceptions de la vie familiale et la n&#244;tre. Les discussions &#233;taient particuli&#232;rement libres, surtout les quatre ou cinq derni&#232;res ann&#233;es apr&#232;s le voyage du Roi Baudouin qui a vraiment &#233;t&#233; l'amorce d'un tournant et le d&#233;but de la marche vers l'ind&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'ind&#233;pendance s'annonce&#8230;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Lors de son discours en 55, le Roi remettait en question les relations entre Belges et Congolais. Cela n'a pas &#233;t&#233; &#233;voqu&#233; tellement souvent en brousse parce que l&#224;, contrairement aux villes, il y avait peu de probl&#232;mes entre Noirs et Blancs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis il y a eu, toujours en 55, le fameux Manifeste de Conscience Africaine et le Plan Van Bilsen de 30 ans. Nous sentions tout doucement que le vent tournait. Les Congolais pensaient d&#233;j&#224; &#224; l'ind&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque je discutais de cela avec eux, ils exprimaient leurs craintes que les administrateurs belges, dont le r&#233;gime n'&#233;tait pas contest&#233;, soient remplac&#233;s par des Congolais. Ils se demandaient de quelle ethnie ils seraient et comment ils allaient se comporter vis-&#224;-vis d'eux. &#171; Vous, vous &#234;tes impartial, parce que vous n'avez pas de raison, en cas de conflit, de favoriser une ethnie par rapport &#224; une autre. Mais un Congolais se laissera in&#233;vitablement influencer et s'il ne le fait pas, il subira la pression de son clan pour le faire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Vive le Roi, vivent les Belges !&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le 30 juin 60, j'&#233;tais Chef de Territoire &#224; Beni. Comme partout ailleurs, des discours ont &#233;t&#233; prononc&#233;s au cours de la f&#234;te qui a suivi le lever du nouveau drapeau congolais. A mes c&#244;t&#233;s se trouvait mon adjoint congolais, qui allait devenir Chef de Territoire &#224; ma place. Il &#233;tait en grand uniforme. J'avais mis mon &#233;p&#233;e. On a descendu le drapeau belge, puis on a lev&#233; le drapeau congolais. Comme il n'y avait pas encore d'hymne congolais, les soldats de la Force Publique ont chant&#233; &#171; U&#233;l&#233;, U&#233;l&#233;, moliba makasi &#187;, un chant de ralliement, en lingala.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, il y a eu des discours au Cercle Baudouin Ier. Je n'ai pas gard&#233; le mien mais j'ai encore celui du pr&#233;sident, un Congolais. Il nous a rendu hommage :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Vive le Roi. Vivent les Belges qui ont courageusement pris notre Congo comme objet de leur sollicitude. Vivent les Belges qui malgr&#233; tant de difficult&#233;s ont pu rester fermes et mener le Congo &#224; sa maturit&#233;. Vivent les missionnaires qui, &#224; c&#244;t&#233; de leur &#339;uvre &#233;vang&#233;lisatrice, n'ont pas manqu&#233; de contribuer &#233;nergiquement &#224; la formation intellectuelle, morale et physique des Congolais &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je trouve qu'avec des mots tr&#232;s simples, ce discours exprimait bien ce que les Congolais pensaient.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Apr&#232;s l'ind&#233;pendance = avant l'ind&#233;pendance !&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Mais apr&#232;s l'euphorie du 30 juin, dans les jours qui ont suivi, les choses se sont g&#226;t&#233;es. Les premiers troubles sont venus de l&#224; o&#249; on les attendait le moins, de la Force Publique, dont tous les officiers &#233;taient blancs. Les militaires congolais ont tout d'un coup r&#233;alis&#233; qu'ils allaient &#234;tre les &#171; dindons de la farce &#187;. Quand ils ont appris que leur commandant en chef, le g&#233;n&#233;ral Janssens avait &#233;crit au tableau la fameuse phrase &#171; Apr&#232;s l'ind&#233;pendance = avant l'ind&#233;pendance &#187; - phrase par laquelle il voulait dire que leur r&#244;le resterait le m&#234;me - ils ont compris qu'il ne fallait pas s'attendre &#224; des promotions. Et &#231;a a &#233;t&#233; l'&#233;tincelle qui a mis le feu aux poudres ! La mutinerie s'est r&#233;pandue tr&#232;s rapidement dans tous les camps militaires, avec des brutalit&#233;s et des choses qui ont d&#233;pass&#233; en horreur tout ce qu'on pouvait imaginer : assassinats, coups et blessures, viols collectifs de femmes europ&#233;ennes dont de nombreuses religieuses, brimades, s&#233;questrations, pillages d'entrep&#244;ts et de magasins d'armes, incendies et destructions sauvages de tout ce qui rappelait encore le r&#233;gime colonial. Il y a eu beaucoup de victimes des deux c&#244;t&#233;s, notamment des Congolais qui d&#233;fendaient leurs employeurs.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Dernier lever de drapeau belge&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'ind&#233;pendance, je suis encore rest&#233; deux mois &#224; mon poste &#224; Beni. J'&#233;tais devenu le conseiller de mon successeur, un Congolais. Nous si&#233;gions &#224; deux derri&#232;re ce qui avait &#233;t&#233; mon bureau. On recevait et traitait les affaires ensemble. J'avais eu le temps de commencer &#224; le former huit &#224; dix mois avant l'ind&#233;pendance. On se connaissait bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis un beau jour, fin ao&#251;t 60, des mutins sont entr&#233;s dans mon bureau et m'ont dit : &#171; On n'a plus besoin de conseiller, on ne sait plus payer &#231;a. Vous avez 48 heures pour quitter le territoire ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon plus mauvais souvenir du Congo est ce d&#233;part, vers minuit, pour le poste fronti&#232;re entre le Congo et l'Uganda. Je suis parti avec une double escorte, mon peloton et les mutins. Petit r&#233;confort ; mon peloton avait tenu &#224; nous rendre un dernier hommage &#8211; il y avait d&#233;j&#224; le drapeau congolais &#8211; ils ont baiss&#233; le drapeau congolais et ils ont encore lev&#233; le drapeau belge, une derni&#232;re fois&#8230; (&#233;motion dans la voix).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai consid&#233;r&#233; ce d&#233;part forc&#233; comme un abandon de poste et de la population &#224; laquelle je m'&#233;tais attach&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Ce que je pense de la colonisation&#8230;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais que les jeunes comprennent que, quand les premiers Blancs sont arriv&#233;s au Congo, avec L&#233;opold II, ils ont trouv&#233; une situation que j'estime &#233;pouvantable : la situation n'avait rien &#224; voir avec le paradis terrestre, comme on imagine Adam et Eve vivant librement dans une for&#234;t idyllique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre ce moment-l&#224; et les violences qui ont suivi l'ind&#233;pendance, il y a eu, &#224; mes yeux, &#171; la parenth&#232;se coloniale &#187;. Une parenth&#232;se tr&#232;s courte finalement car le Congo belge n'a dur&#233; que 52 ans. En ces quelques ann&#233;es, nous sommes parvenus &#224; faire r&#233;gner l'ordre, &#224; amener le progr&#232;s, l'enseignement, les soins m&#233;dicaux gratuits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons contribu&#233; &#224; l'am&#233;lioration du niveau de vie. Beaucoup de Congolais qui vivaient de mani&#232;re tr&#232;s frugale ont eu des conditions de vie plus confortables, avec la possibilit&#233; d'acqu&#233;rir une maison, d'avoir une machine &#224; coudre, un v&#233;lo, une radio, ... C'&#233;tait absolument impensable &#224; l'&#233;poque o&#249; nous avons commenc&#233; &#224; travailler l&#224;-bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;sumerais le Congo belge par l'expression &#171; Pax Belgica &#187;. Comme au temps des Romains nous avions b&#233;n&#233;fici&#233; de la Pax Romana, nous avons fait r&#233;gner au Congo, la &#171; Pax Belgica &#187;. Cette paix &#233;tait appr&#233;ci&#233;e, cela se manifestait le long des routes par la fa&#231;on dont les Congolais nous accueillaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Congo Belge &#233;voque pour moi l'image d'un pays magnifique, que beaucoup d'observateurs, tant Belges qu'&#233;trangers, consid&#233;raient &#224; l'&#233;poque comme &#233;tant une &#171; colonie mod&#232;le &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La d&#233;colonisation, un l&#226;cher-tout criminel&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;colonisation b&#226;cl&#233;e a &#233;t&#233; suivie de tueries, d'assassinats, de viols et autres atrocit&#233;s. Je trouve que le l&#226;cher-tout a &#233;t&#233; un crime. Il fallait d&#233;coloniser, mais il fallait le faire avec une vision. Nos politiciens de l'&#233;poque n'&#233;taient pas des visionnaires, ils &#233;taient surtout obnubil&#233;s par l'opinion publique belge et leur r&#233;&#233;lection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Congo, d&#232;s 1959, &#233;tait devenu beaucoup moins attrayant pour la Belgique ; son budget repr&#233;sentait de plus en plus un gouffre financier. Des politiciens se sont dit que faire payer les Belges pour le Congo dont ne profitaient que quelques-uns, n'&#233;tait plus d&#233;fendable. Ils ont alors commenc&#233; &#224; penser se retirer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ressens de la col&#232;re contre le gouvernement belge. Nous l'avions averti mais nos avis ont &#233;t&#233; trait&#233;s avec d&#233;dain, m&#233;pris et jug&#233;s partiaux. Le gouvernement pensait que nous ne d&#233;fendions que notre position, nos privil&#232;ges. Il y avait bien s&#251;r de cela, mais ce n'&#233;tait pas notre objectif premier, nous voulions surtout &#233;viter le naufrage !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le manque d'exp&#233;rience de nos politiciens a men&#233; le Congo &#224; la catastrophe.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Ils ne sont pas encore m&#251;rs&#8230; &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ind&#233;pendamment de la fa&#231;on dont a &#233;t&#233; g&#233;r&#233;e la d&#233;colonisation, la critique que je fais du Congo belge, c'est que nous avons trop longtemps pratiqu&#233; le paternalisme. Nous n'avons pas suffisamment fait monter de cadres, nous ne leur avons pas assez fait confiance en leur donnant des responsabilit&#233;s. Par exemple, pour les &#233;tudes de m&#233;decine, les Congolais suivaient six ann&#233;es de cours, pas sept ! Ils n'obtenaient donc pas un dipl&#244;me de m&#233;decins mais d'assistants m&#233;dicaux. Les Congolais avaient acc&#232;s aux &#233;tudes mais pas aux m&#234;mes droits que les Blancs, de crainte qu'ils ne deviennent revendicatifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce petit esprit, que je critique. &#171; Ils ne sont pas encore m&#251;rs &#187;, une phrase qu'on entendait souvent. En pensant de la sorte, on en a fait un peuple d'assist&#233;s. Encore aujourd'hui, alors que c'est le pays le plus riche du monde ! Avec le seuil de pauvret&#233; pratiquement le plus &#233;lev&#233; au monde ; c'est &#231;a qui m'indigne !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s moi, la fa&#231;on dont on consid&#233;rait les Congolais &#224; la p&#233;riode coloniale n'&#233;tait pas &#171; anti-Noirs &#187;, mais c'&#233;tait empreint d'un esprit, d'un complexe de sup&#233;riorit&#233; &#233;vident. On &#233;tait persuad&#233; qu'on apportait, LA civilisation, alors qu'on n'apportait qu'&#171; une &#187; civilisation, parmi d'autres. On disait : &#171; Ce sont des cannibales, ils s'entretuent, ils s'habillent mal, se conduisent n'importe comment, ils sont polygames,... &#187;. Nous pensions que nous allions leur apprendre &#224; vivre d&#233;cemment, &#224; lire et &#224; &#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les guides du voyageur au Congo belge, il y avait tout un expos&#233; qui expliquait pourquoi, ethniquement, le Noir &#233;tait moins intelligent et inf&#233;rieur au Blanc. C'est faux ! Nous avons maintenant, dans les universit&#233;s, des Noirs qui sont d'une intelligence fulgurante, des professeurs d'universit&#233; polyglottes.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Ce que j'admirais chez les Noirs&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Honn&#234;tement, le Blanc se sentait sup&#233;rieur, mais cela ne l'emp&#234;chait pas d'&#234;tre admiratif de certains domaines o&#249; les Noirs excellaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, leur art de la palabre et de constituer des communaut&#233;s qui &#233;taient vraiment d&#233;mocratiques. Ils &#233;lisaient eux-m&#234;mes leurs chefs ! Mais &#233;galement devant leur sens artistique et leur artisanat de tr&#232;s haute qualit&#233;. Il faut voir les masques qu'ils produisaient, regarder leurs danses traditionnelles, entendre leurs musiques. Ils ont des voix superbes. Ils apprenaient tr&#232;s facilement le chant gr&#233;gorien, dans lequel ils &#233;taient tr&#232;s dou&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'admirais aussi leur patience et leur pragmatisme, la fa&#231;on dont ils se d&#233;brouillaient avec trois fois rien. Au sein de leur clan, ils s'entraidaient, personne ne manquait de ce qui &#233;tait n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Pour moi, on parle trop n&#233;gativement de la colonisation &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Je sens une certaine injustice dans la fa&#231;on dont les anciens colons sont consid&#233;r&#233;s en Belgique parce qu'il y a des amalgames. Je trouve qu'on s'attarde trop sur les aspects n&#233;gatifs, sur un certain racisme, sur une s&#233;gr&#233;gation raciale qui &#233;tait l&#224;, sans la nommer, mais qui existait surtout dans les villes. On s'appesantit surtout sur les bavures ; elles sont in&#233;vitables dans toute entreprise humaine ! Et on ne voit pas suffisamment ce qui a &#233;t&#233; fait de bien, le climat relationnel qui r&#233;gnait &#224; l'int&#233;rieur du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On parle beaucoup de la colonisation mais on en parle mal. Ce qui me heurte, c'est un parti pris vraiment anti-colonial. Ce qui ne veut pas dire que je sois &#171; pro-colonial &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, je suis orient&#233;, mais j'essaye d'&#234;tre honn&#234;te, de dire ce que je pense, de faire aussi la part des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, je reste attach&#233; au Congo. J'y suis retourn&#233; pour participer &#224; plusieurs projets de coop&#233;ration mais &#224; pr&#233;sent j'essaye de les amener &#224; s'aider eux-m&#234;mes. Je ne suis pas le seul, je connais pas mal d'anciens du Congo qui ont fait la m&#234;me chose. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce t&#233;moignage fait partie du livre &#034;Congo belge, m&#233;moires en noir et blanc&#034;, 1945-1960, &#233;dit&#233; aux Editions Weyrich. Il ne peut pas &#234;tre reproduit sans l'autorisation de l'&#233;diteur.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Jean, instituteur au Congo belge</title>
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		<dc:date>2020-11-30T13:24:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mich&#232;le A&amp;T</dc:creator>


		<dc:subject>Colonisation</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration subsaharienne et descendants</dc:subject>
		<dc:subject>Racisme</dc:subject>
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&lt;p&gt;Jean, notre t&#233;moin congolais le plus &#226;g&#233;, a grandi dans un village du Kasa&#239;, dans le Congo belge d'avant-guerre, celui des corv&#233;es obligatoires. Apr&#232;s avoir appris &#224; &#233;crire &#171; pour faire comme les Blancs &#187;, il devient moniteur au Katanga. &lt;br class='autobr' /&gt;
La vie dans un village du Kasa&#239; &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis n&#233; au Kasa&#239; en 1932, dans un village de brousse d'une centaine de personnes. J'y suis rest&#233; jusqu'en 1948. Je suis fils unique. Mon p&#232;re &#233;tait cultivateur et n'&#233;tait pas instruit. Je ne l'ai presque pas connu car il est d&#233;c&#233;d&#233; quand (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique175" rel="directory"&gt;Congo belge. M&#233;moires en noir et blanc, 1945-1960&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot194" rel="tag"&gt;Immigration subsaharienne et descendants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot199" rel="tag"&gt;Racisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot387" rel="tag"&gt;art_logo_contain&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L113xH150/arton1267-bdb5c.jpg?1776712218' width='113' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Jean, notre t&#233;moin congolais le plus &#226;g&#233;, a grandi dans un village du Kasa&#239;, dans le Congo belge d'avant-guerre, celui des corv&#233;es obligatoires. Apr&#232;s avoir appris &#224; &#233;crire &#171; pour faire comme les Blancs &#187;, il devient moniteur au Katanga.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La vie dans un village du Kasa&#239;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Je suis n&#233; au Kasa&#239; en 1932, dans un village de brousse d'une centaine de personnes. J'y suis rest&#233; jusqu'en 1948. Je suis fils unique. Mon p&#232;re &#233;tait cultivateur et n'&#233;tait pas instruit. Je ne l'ai presque pas connu car il est d&#233;c&#233;d&#233; quand j'avais 1 an. J'ai alors v&#233;cu avec ma m&#232;re, mon oncle paternel et ses trois enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous vivions dans une case, une maison en paille, sur un sol en terre. Ma famille cultivait des champs. On vendait le manioc dans les march&#233;s. Avant l'arriv&#233;e des Blancs, il n'y avait pas d'argent, on faisait du troc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais habitu&#233; &#224; chasser le gibier avec les gar&#231;ons et les hommes du village : des antilopes, des rongeurs. Outre le manioc, j'ai appris &#224; cultiver du ma&#239;s et des arachides dans un champ familial. J'&#233;levais aussi des poules, des ch&#232;vres, des moutons et je tressais des nattes, sortes de tapis, pour les vendre. Tout &#231;a, c'&#233;tait ma vie, avant l'&#226;ge de 9 ans quand j'ai commenc&#233; l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Traditions&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Mon oncle et ma m&#232;re m'apprenaient surtout la politesse et le respect : &#171; il ne faut pas se moquer d'un infirme, il faut dire bonjour aux personnes &#226;g&#233;es, il ne faut pas voler. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'apprendre la Bible &#224; l'&#233;cole protestante du village, nous avions nos propres croyances envers les anc&#234;tres. On croyait que, bien que morts, les anc&#234;tres &#233;taient encore vivants quelque part et nous voyaient. Si on faisait de mauvaises choses, ils allaient nous punir. Nous avions peur de cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nos anc&#234;tres d&#233;c&#233;d&#233;s, on construisait de petites huttes et on disait qu'ils &#233;taient l&#224;. Nous leur pr&#233;parions et donnions de la nourriture. Apr&#232;s un certain temps, nous la reprenions pour la manger nous-m&#234;mes. Parfois, on me demandait de veiller sur la nourriture pour que les chiens ne viennent pas. Moi, j'observais pour voir si les anc&#234;tres venaient manger mais on me disait : &#171; nos anc&#234;tres ont d&#233;j&#224; mang&#233; ! &#187; (rires).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand quelqu'un d&#233;c&#233;dait, nous l'enveloppions dans des nattes et l'enterrions. Une ann&#233;e apr&#232;s le d&#233;c&#232;s, on le f&#234;tait.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le recensement &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les seuls contacts que nous avions avec les Blancs au village, c'&#233;tait pour le recensement de la population et le payement des imp&#244;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier Blanc que j'ai vu faisait partie de l'administration coloniale. J'avais 4 ans et j'accompagnais mon oncle pour le recensement. Tous les gens du village &#233;taient rassembl&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Blanc demandait &#224; chaque villageois : &#171; Quel est ton nom ? &#187; et il l'&#233;crivait. Ensuite le Blanc appelait les gens par leur nom. Moi, je n'avais jamais vu &#231;a, j'&#233;tais vraiment &#233;tonn&#233; ! Je me demandais : &#171; Comment il conna&#238;t les noms ? &#187;. C'&#233;tait la premi&#232;re fois que je voyais quelqu'un &#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand un Blanc arrivait dans un village pour le recensement, on lui construisait une hutte pour qu'il reste dormir. Chaque villageois devait amener un &#339;uf et du bois pour que le Blanc puisse se laver avec de l'eau chaude. C'&#233;tait comme une offrande !&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La peur des Blancs, des policiers congolais et du fouet&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Tout le monde avait peur des Blancs. Au village, on disait qu'ils &#233;taient m&#233;chants car quand ils vous arr&#234;taient, vous receviez des coups de fouet. Un exemple ? Si on ne payait pas l'imp&#244;t, on vous arr&#234;tait pendant deux semaines et vous receviez chaque jour quatre coups de fouet. Vous deviez ensuite payer et si vous refusiez, on vous remettait en prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, j'ai assist&#233; &#224; cela. Apr&#232;s les coups, il fallait saluer le Blanc pour lui dire merci sinon on vous redonnait des coups de fouet ! C'&#233;taient des policiers congolais qui donnaient les coups de fouet, ils travaillaient avec l'administration. A cette &#233;poque, ils &#233;taient tr&#232;s disciplin&#233;s, ils n'&#233;taient pas corrompus comme maintenant. Ils portaient le &#171; feu rouge &#187;, une sorte de bonnet rouge. On avait peur d'eux. Les administrateurs portaient le casque colonial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant les Blancs, il n'y avait pas de prison et on ne donnait pas de coups de fouet.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Entre la corv&#233;e et l'enr&#244;lement de force dans la Force Publique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Avant la guerre 40-45, il y avait la corv&#233;e, le fait de travailler sans &#234;tre pay&#233;. Les Blancs emmenaient les gens du village pour am&#233;nager une route, par exemple. J'ai v&#233;cu cela. A cette &#233;poque, les administrateurs belges consid&#233;raient bien les chefs coutumiers. Ils s'adressaient &#224; eux pour qu'ils demandent &#224; leurs hommes de participer au travail obligatoire. Mais en r&#233;alit&#233;, les chefs coutumiers &#233;taient oblig&#233;s de coop&#233;rer parce que tout le monde avait peur du Blanc et du fouet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'il avait 17 ans, le fils de mon oncle a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; par le chef coutumier, sur ordre du Blanc, pour &#234;tre envoy&#233; au service militaire. Il y a &#233;t&#233; oblig&#233; mais il &#233;tait pay&#233;. Il a fait la deuxi&#232;me guerre mondiale en Afrique et est m&#234;me arriv&#233; en Ethiopie. Apr&#232;s la guerre, il est revenu au village et &#233;tait fier de raconter ses aventures, ses souffrances en traversant le d&#233;sert. Il est revenu avec des jumelles &#171; viewmaster &#187; dans lesquelles on pouvait voir des photos de l'endroit o&#249; J&#233;sus Christ &#233;tait n&#233; en Isra&#235;l. Il nous parlait aussi du fait que les Blancs &#233;taient tr&#232;s disciplin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;cole au village : savoir &#233;crire comme le Blanc&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;J'ai commenc&#233; l'&#233;cole &#224; 9 ans d'abord sous un arbre, puis les villageois ont &#233;t&#233; oblig&#233;s de construire une &#233;cole. C'&#233;tait un b&#226;timent en paille, une hutte. Le premier instituteur &#233;tait congolais, il est venu de l'ext&#233;rieur. A ce moment-l&#224;, seuls les gar&#231;ons y allaient car les parents ne voulaient pas y amener les filles. Nous &#233;tions une vingtaine d'enfants dans la classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains enfants ne voulaient pas aller &#224; l'&#233;cole. Ils voulaient continuer &#224; chasser le gibier. Alors, l'instituteur nous demandait de les chercher. Moi, j'avais envie d'aller &#224; l'&#233;cole car c'&#233;tait pour moi une nouvelle vie. Mon r&#234;ve de petit gar&#231;on, c'&#233;tait d'&#233;crire comme le Blanc &#233;crivait ! Car le Blanc faisait peur mais il faisait aussi envie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vous ai racont&#233; la premi&#232;re fois o&#249; j'ai rencontr&#233; un Blanc. Eh bien quand je suis rentr&#233; du recensement, je suis mont&#233; sur un arbre, j'ai pris des feuilles d'arbre et, avec un petit b&#226;ton, j'ai commenc&#233; &#224; griffonner. Et puis, j'ai imit&#233; le Blanc en pronon&#231;ant le nom des gens : &#171; Untel, untel.. &#187;. Alors, on m'a donn&#233; un surnom. Dans ma langue cela voulait dire &#171; quelqu'un qui &#233;crit des lettres, m&#234;me aux l&#233;zards, m&#234;me aux crapauds, m&#234;me aux grenouilles (rires). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une deuxi&#232;me raison me motivait &#224; aller &#224; l'&#233;cole : devenir vendeur. En effet, dans le village, des commer&#231;ants juifs prenaient les personnes qui avaient &#233;tudi&#233; quatre ou cinq ann&#233;es de primaires pour faire du commerce avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Il faut croire en Dieu&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En allant &#224; l'&#233;cole, j'ai entendu pour la premi&#232;re fois parler de Dieu. Je me suis adapt&#233;, j'ai compris que ce que nos parents nous avaient enseign&#233; &#233;tait faux, qu'il fallait croire en Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; baptis&#233; lorsque j'avais 10 ans par un cat&#233;chiste venu d'un village lointain. Avant d'&#234;tre baptis&#233;, on devait &#233;tudier pendant une ann&#233;e le cat&#233;chisme puis passer un examen. Et seulement si on r&#233;ussissait, on &#233;tait baptis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;glise &#233;tait en paille. Mes parents avec d'autres gens du village l'avaient construite dans le cadre du travail obligatoire.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;cole &#224; la mission protestante : &#171; nos anc&#234;tres les Gaulois &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;J'ai termin&#233; mes primaires dans une mission protestante, &#224; 35 km de mon village. Les cours &#233;taient donn&#233;s par des instituteurs congolais. Les missionnaires ne s'occupaient que de la religion et de l'&#233;glise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but, je logeais chez quelqu'un de la famille de ma maman, &#224; 6 km de la mission puis j'ai log&#233; sur place chez un ancien &#233;l&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;poque, j'avais des contacts avec des Am&#233;ricains blancs : des missionnaires protestants et presbyt&#233;riens. Ils &#233;taient gentils, se familiarisaient avec nous, ne tapaient pas, contrairement aux Blancs de l'administration belge. On les rencontrait &#224; l'&#233;glise, parfois ils racontaient des histoires. Ils enseignaient la politesse, le respect, la religion. C'est un bon souvenir, la base de mon &#233;ducation. Cela m'a aid&#233; dans ma vie d'adulte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours d'histoire, on apprenait la g&#233;ographie de la Belgique, ses provinces, les rois belges, et l'histoire du Congo &#8230; &#224; partir de l'arriv&#233;e des Belges. L'autre histoire du Congo, nous l'apprenions dans nos villages, nos familles, par des histoires. Nous avons appris &#224; l'&#233;cole les provinces du Congo mais apr&#232;s les provinces de la Belgique ! J'ai appris &#171; nos anc&#234;tres, les Gaulois &#187; et m&#234;me, l'hymne national belge : &#171; &#212; Belgique, &#244; m&#232;re ch&#233;rie, &#224; toi nos c&#339;urs, &#224; toi nos bras,&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois, &#224; l'&#233;cole, on se faisait punir pour quelque chose qu'on n'avait pas fait, et &#231;a je n'aimais pas du tout. Par exemple, quand quelqu'un faisait du bruit, le professeur venait taper tout le monde sur la t&#234;te avec un b&#226;ton. A la maison, on pouvait aussi se faire frapper sur la t&#234;te, se faire chicoter. Mais cela n'avait rien &#224; voir avec les coups de fouet des Blancs apr&#232;s avoir &#233;t&#233; d&#233;shabill&#233;. &#199;a c'&#233;tait vraiment humiliant !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, quand j'ai &#233;tudi&#233; la psychologie et la p&#233;dagogie, nous avons appris &#224; ne pas pratiquer les punitions corporelles mais plut&#244;t des punitions psychologiques.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un dipl&#244;me de moniteur au Katanga&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En 1948, je suis all&#233; au Katanga, pr&#232;s de Kolwezi, &#233;galement dans une mission, pour continuer mes &#233;tudes. J'aurais pu faire mes secondaires au Kasa&#239; mais le fils de ma cousine est venu me chercher en disant qu'au Katanga, les gens vivaient bien et &#233;taient civilis&#233;s. Moi, j'&#233;tais tr&#232;s content.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le programme du Katanga &#233;tait plus avanc&#233; que celui du Kasa&#239; alors j'ai refait ma 6&#232;me primaire. En plus, la langue de l'&#233;cole au Kasa&#239; &#233;tait le tshiluba alors qu'au Katanga, c'&#233;tait le fran&#231;ais pour la plupart des le&#231;ons. Heureusement, j'avais d&#233;j&#224; un peu appris le fran&#231;ais auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maman est d&#233;c&#233;d&#233;e en 1950. C'est le fils de ma cousine qui a alors support&#233; les co&#251;ts de mon &#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quasi tous les professeurs &#233;taient congolais. Un professeur am&#233;ricain nous donnait cours de p&#233;dagogie. Mr M.N. &#233;tait une autre exception. Il travaillait dans la mission et nous donnait cours de fran&#231;ais. C'est le seul Belge avec qui je me suis familiaris&#233;. Je l'appr&#233;ciais car il avait vraiment l'amour des Congolais. Quand il nous enseignait le fran&#231;ais avec des gestes, on voulait l'imiter. Ses gestes nous aidaient &#224; apprendre. Il ne se sentait pas sup&#233;rieur comme les administrateurs ou comme d'autres Blancs. Il travaillait avec les missionnaires et se comportait comme eux, m&#234;me s'il &#233;tait la&#239;c.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s mes primaires, j'ai donc &#233;tudi&#233; quatre ans dans cette &#233;cole qui formait des moniteurs. L&#224; encore, la plupart des Blancs avec lesquels j'&#233;tais en contact &#233;taient des Missionnaires protestants, des Am&#233;ricains m&#233;thodistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette &#233;poque, je n'avais pas de contacts avec les gens de l'administration coloniale, trop &#233;loign&#233;e de la mission. Par contre, lors de la f&#234;te organis&#233;e &#224; la fin de mes &#233;tudes, en 54, des administrateurs sont venus chercher quatre jeunes dipl&#244;m&#233;s pour le service militaire obligatoire, &#171; La Force Publique &#187;. Ils ont &#233;t&#233; tir&#233;s au sort avec des num&#233;ros sur des bouts de papier. Moi, je n'ai pas eu la chance d'&#234;tre pris. J'aurais bien voulu car quand je voyais les militaires bien habill&#233;s, avec des armes, cela me faisait envie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors je suis devenu enseignant en 1956, apr&#232;s deux ann&#233;es suppl&#233;mentaires de stage. En fait, dans la mission o&#249; j'&#233;tais, il n'y avait pas d'autres &#233;tudes possibles. Aujourd'hui, je poss&#232;de encore mon dipl&#244;me. J'en suis fier. Ce document a r&#233;sist&#233; aux trois guerres que nous avons travers&#233;es !&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Enseigner &#224; l'&#233;cole officielle d'Elisabethville&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s mes &#233;tudes, je voulais travailler dans l'enseignement colonial. L'&#233;cole la&#239;que, officielle venait d'&#234;tre cr&#233;&#233;e &#224; Elisabethville et quand j'ai vu les instituteurs congolais, avec les barrettes et l'inscription &#171; l'union fait la force &#187;, cela m'attir&#233;. Et surtout, ils &#233;taient bien pay&#233;s !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les missionnaires m'avaient propos&#233; d'aller &#224; l'&#233;cole de th&#233;ologie pour devenir pasteur mais j'ai pr&#233;f&#233;r&#233; m'engager dans l'&#233;cole officielle. J'y ai travaill&#233; jusqu'&#224; l'ind&#233;pendance. Le directeur de cette &#233;cole &#233;tait belge, de m&#234;me que le conseiller p&#233;dagogique. Les autres enseignants &#233;taient congolais. Etant protestant, on me confiait les enfants protestants pour le cours de religion. C'&#233;tait une &#233;cole pour Congolais, dans la cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Blancs, eux, allaient dans les &#233;coles du centre-ville. Certains enfants noirs qui habitaient en ville ou dont la famille avaient de l'argent fr&#233;quentaient les &#233;coles des Blancs et cela m&#234;me avant l'ind&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, en 1957, Auguste Buisseret, le ministre des colonies, avait autoris&#233; les enfants noirs &#224; apprendre avec les enfants blancs. Mais beaucoup de colons belges s'y &#233;taient oppos&#233;s parce qu'ils consid&#233;raient les Noirs comme inf&#233;rieurs &#224; eux. &lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'ind&#233;pendance s'annonce&#8230;.&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En 1959, au Kasa&#239;, des troubles ont &#233;clat&#233; entre les Baluba et les Lulua, ils se sont entretu&#233;s. J'ai vu des gens qui avaient perdu des bras, des mains. C'est un mauvais souvenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait une cons&#233;quence des &#233;lections des bourgmestres des communes dans la province de Kananga, organis&#233;es par les Belges en 1957. C'&#233;tait la r&#233;gion des Lulua mais il y avait aussi des Baluba. Beaucoup de Baluba ont &#233;t&#233; &#233;lus bourgmestres. Une ann&#233;e avant l'ind&#233;pendance, des Belges ont dit aux Lulua : &#171; si vous ne faites pas attention, vous serez domin&#233;s par les Baluba. &#187; Alors, les Lulua ont voulu se venger et prendre leur place. Ainsi, les troubles ont commenc&#233; et les Baluba sont rentr&#233;s au Kasa&#239; oriental. Moi, j'&#233;tais du c&#244;t&#233; des Baluba.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant l'ind&#233;pendance, nous disions : &#171; nous allons remplacer les Blancs, nous vivrons mieux, nous serons libres ! &#187;. Nous le pensions vraiment en &#233;coutant les politiciens : Lumumba, Kalonji, Kasa-Vubu, Tshombe. Avant, on n'y pensait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voulions avoir les places qu'occupaient les Blancs : administrateurs de territoires, commissaires de district, gouverneur&#8230; Les politiciens voulaient que les Belges partent et nous avons pens&#233; comme eux. A ce moment, je m'int&#233;ressais &#224; la politique et je croyais qu'ils disaient la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#8230; et arrive&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le jour de l'ind&#233;pendance, j'ai &#233;cout&#233; les discours de Lumumba et de Kasa-Vubu &#224; la radio, chez moi, &#224; Elisabethville. Ces discours me captivaient, j'&#233;tais tr&#232;s heureux. Nous avons chant&#233;, dans&#233;, nous &#233;tions contents de sortir de l'esclavage des Belges, du colonialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinq jours apr&#232;s l'ind&#233;pendance, la Force Publique s'est r&#233;volt&#233;e. Elle &#233;tait dirig&#233;e par le g&#233;n&#233;ral Janssens, un Blanc. On m'a racont&#233; qu'il avait dit aux soldats : &#171; Avant l'ind&#233;pendance = apr&#232;s l'ind&#233;pendance ! &#187;. Alors, des r&#233;voltes ont &#233;clat&#233; et les Belges ont parfois &#233;t&#233; attaqu&#233;s par les militaires. Cela a &#233;t&#233; la d&#233;bandade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Blancs avaient peur et fuyaient avec toutes leurs affaires pour aller en Zambie. Quand je les ai vus avec leurs matelas, leur famille, j'ai regrett&#233;, j'ai eu piti&#233;. Je me suis demand&#233; pourquoi ils partaient. J'aurais eu envie que les colons et les commer&#231;ants restent et que les gens de l'administration coloniale s'en aillent. Les colons auraient pu rester avec nous pour d&#233;velopper le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Katanga, je n'ai pas vu de violences &#224; l'&#233;gard des Blancs, contrairement &#224; ce qui s'est pass&#233; &#224; L&#233;opoldville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, des troupes belges de la base militaire de Kamina sont arriv&#233;es au centre-ville d'Elisabethville pour ma&#238;triser les militaires de la Force Publique et assurer la s&#233;curit&#233; des Blancs. Mais &#224; l'ext&#233;rieur de la ville, dans la cit&#233; o&#249; je vivais, il y a eu des pillages de Congolais dans les fermes des Blancs, les pharmacies. Certains ont profit&#233; du d&#233;part des Blancs. Quand les administrateurs blancs sont partis, leurs rempla&#231;ants congolais ont occup&#233; leurs maisons.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;S&#233;cession du Katanga et fuite au Kasa&#239;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Onze jours apr&#232;s, Tshombe a d&#233;clar&#233; l'ind&#233;pendance du Katanga. Il a &#233;t&#233; influenc&#233; et aid&#233; par des Belges. La plupart &#233;tait rest&#233; car le Katanga &#233;tait une province mini&#232;re tr&#232;s riche. A ce moment-l&#224;, m&#234;me le commissaire de police &#233;tait encore un Belge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai mal v&#233;cu cela car les Katangais voulaient nous chasser. Certains sont all&#233;s se r&#233;fugier aupr&#232;s des troupes de l'ONU appel&#233;es &#224; l'aide par Lumumba. J'avais peur que les Katangais viennent m'agresser. Alors je suis retourn&#233; dans mon village natal, au Kasa&#239;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'y suis arriv&#233;, il y avait aussi des troubles du fait de la s&#233;cession du Sud-Kasa&#239; men&#233;e par Albert Kalonji. J'ai d&#251; vivre quelques jours en brousse avec mes enfants pour me prot&#233;ger. Les Baluba se battaient contre les quatre autres tribus du Kasa&#239; oriental pour obtenir le pouvoir. Il y a eu beaucoup de violence, des t&#234;tes coup&#233;es&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les missionnaires protestants m'ont propos&#233; d'&#234;tre directeur de leur &#233;cole primaire. Ils n'avaient pas &#233;t&#233; inqui&#233;t&#233;s pendant les troubles car ils &#233;taient amis avec toutes les tribus. Un jour, j'ai &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; par les militaires de Kalonji mais les missionnaires sont intervenus et j'ai &#233;t&#233; lib&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions en juillet 1960. Il y avait des troubles partout et j'ai vraiment pris conscience que les politiciens nous avaient tromp&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Une histoire avec des aspects positifs et n&#233;gatifs &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Avec le recul je pense que nous n'&#233;tions pas form&#233;s pour l'ind&#233;pendance. Au Kasa&#239;, il n'y avait pas d'&#233;coles sup&#233;rieures ni d'&#233;coles de m&#233;tiers. Il aurait fallu garder un moment les coloniaux avec nous pour apprendre d'eux. En Zambie, la population a travaill&#233; un certain temps avec les Blancs apr&#232;s l'ind&#233;pendance et cela s'est mieux pass&#233; car ils &#233;taient mieux form&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la colonisation, les Belges ont permis de d&#233;velopper la civilisation, les &#233;coles, les routes, des voies de communication. Mais les Congolais ont aussi beaucoup apport&#233; aux Belges : du travail gratuit, des &#339;ufs, du bois, ... Cela a aid&#233; les Belges &#224; ne pas d&#233;penser ! Les Congolais ont particip&#233; &#224; la construction d'un nouveau Congo, surtout dans les soci&#233;t&#233;s mini&#232;res du Katanga.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, un grand nombre de Belges se croient encore sup&#233;rieurs aux Noirs, ils ne vous laissent pas entrer dans leur maison. Il faut que les Belges se souviennent de leur pass&#233;. Je trouve bien qu'il y ait une place Lumumba afin de se rappeler que les Congolais ont voulu l'ind&#233;pendance. C'est une histoire dont il faut se souvenir, avec les aspects positifs et n&#233;gatifs. Il faut en parler, l'enseigner dans les &#233;coles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce t&#233;moignage fait partie du livre &#034;Congo belge, m&#233;moires en noir et blanc&#034;, 1945-1960, &#233;dit&#233; aux Editions Weyrich. Il ne peut pas &#234;tre reproduit sans l'autorisation de l'&#233;diteur.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Bernadette, un parcours de migration (Congo)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1090</link>
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		<dc:date>2020-11-24T08:43:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Colonisation</dc:subject>
		<dc:subject>Immigration subsaharienne et descendants</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Extrait de &#034;Nous racontons notre vie&#034;, La Fonderie, 2013-14 &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis n&#233;e en 1947 au Congo belge &#224; Lubumbashi, au Katanga. Bernadette est mon nom de bapt&#234;me. Mon pr&#233;nom de naissance est Nsanza, qui veut dire jumeau. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une enfance au Congo &lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant mon enfance, nous habitions &#224; Jadotville au Katanga. Nous &#233;tions &#224; la maison 3 gar&#231;ons et 3 filles. Les fr&#232;res et soeurs ont &#233;t&#233; &#233;duqu&#233;s diff&#233;remment. Mes soeurs et moi, nous suivions maman ; mes fr&#232;res suivaient papa. Ma m&#232;re me consid&#233;rait comme une (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;Tranches de vie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot138" rel="tag"&gt;Colonisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot194" rel="tag"&gt;Immigration subsaharienne et descendants&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait de &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article1340' class='spip_in'&gt;&#034;Nous racontons notre vie&#034;&lt;/a&gt;, La Fonderie, 2013-14&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je suis n&#233;e en 1947 au Congo belge &#224; Lubumbashi, au Katanga. Bernadette est mon nom de bapt&#234;me. Mon pr&#233;nom de naissance est Nsanza, qui veut dire jumeau.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une enfance au Congo&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant mon enfance, nous habitions &#224; Jadotville au Katanga. Nous &#233;tions &#224; la maison 3 gar&#231;ons et 3 filles. Les fr&#232;res et soeurs ont &#233;t&#233; &#233;duqu&#233;s diff&#233;remment. Mes soeurs et moi, nous suivions maman ; mes fr&#232;res suivaient papa. Ma m&#232;re me consid&#233;rait comme une esclave ; il fallait que je torchonne la maison avant d'aller &#224; l'&#233;cole. Du coup j'arrivais en retard &#224; l'&#233;cole ; tout &#233;tait ferm&#233; quand j'arrivais. Au retour, je devais courir &#224; la maison pour y faire &#224; manger &#224; 16 h.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'&#233;cole &#233;tait &#224; un km &#224; pied ; j'ai commenc&#233; l'&#233;cole &#224; 7 ans en 1953 et j'ai termin&#233; en 1962 &#224; 16 ans. C'&#233;tait encore des s&#339;urs B&#233;n&#233;dictines. Les cours &#233;taient surtout en swah&#233;li pour les filles et plut&#244;t en fran&#231;ais pour les gar&#231;ons. En primaire, les enseignants &#233;taient noirs, en secondaire, ils &#233;taient blancs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma m&#232;re disait toujours que j'&#233;tais la &#171; b&#234;te &#187; de la maison. Elle disait : &#034;Ton bureau, c'est la cuisine ! Tu ne travailleras jamais dans des bureaux, &#231;a ne sert &#224; rien d'&#233;tudier.&#034; J'ai &#233;t&#233; traumatis&#233;e toute ma vie par &#231;a. Alors que j'ai toujours ador&#233; l'&#233;cole, encore aujourd'hui !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle a voulu que je me marie &#224; 14 ans. Heureusement, mon p&#232;re me poussait &#224; continuer et moi je voulais &#233;tudier. J'ai choisi la p&#233;dagogie pour devenir enseignante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait le temps du Congo belge, tout &#233;tait s&#233;par&#233; entre Blancs et Noirs : les &#233;coles, les magasins, les &#233;glises, les bus. Les Blancs habitaient ailleurs. Un v&#233;ritable &#171; apartheid &#187; ! Pour nous, c'&#233;tait normal. Par contre, les mariages mixtes n'&#233;taient pas interdits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me rappelle de l'Ind&#233;pendance en 1960. On nous interdisait de sortir car on savait qu'il allait y avoir des probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au travail !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai termin&#233; mes &#233;tudes de p&#233;dagogie au Congo en 1962 ; j'avais 16 ans. C'&#233;tait une p&#233;riode tr&#232;s troubl&#233;e car nous &#233;tions en pleine guerre de s&#233;cession du Katanga. Mon p&#232;re &#233;tait en prison. Originaires du Kasa&#239;, nous habitions le Katanga et nous ne pouvions pas rentrer chez nous. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai &#233;t&#233; voir le directeur de l'&#233;cole la&#239;que et il m'a engag&#233;e. J'ai donc &#233;t&#233; pendant un an institutrice en premi&#232;re ann&#233;e primaire &#224; Jadotville (Likassi). Les gendarmes katangais kidnappaient les filles. Ma m&#232;re venait me chercher &#224; l'&#233;cole tous les jours. Je gagnais 7000 FB que je donnais &#224; ma m&#232;re pour faire vivre notre famille.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ensuite, je me suis mari&#233;e et nous sommes partis &#224; Lubumbashi.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'&#233;tais la seule &#224; gagner de l'argent. Dans ma classe, j'avais 30 enfants. J'aimais beaucoup ce travail que j'ai occup&#233; jusqu'en 1967. A ce moment-l&#224;, les enseignants n'&#233;taient plus pay&#233;s. Nous avons alors ouvert un petit commerce d'alimentation o&#249; on vendait un peu de tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mariage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re fois que j'ai vu mon futur mari, il m'a dit qu'il m'aimait. J'&#233;tais un peu surprise. Il ne pouvait pas me demander en mariage &#224; mes parents directement. Il m'a emmen&#233;e le dimanche chez ses parents. Moi j'ai dit &#224; mes parents que j'avais trouv&#233; un gar&#231;on. En un mois, j'&#233;tais mari&#233;e ! J'avais 17 ans. C'&#233;tait le 1er juin 1964.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le jour o&#249; on donne la dot, c'est le mariage coutumier, ensuite vient le mariage &#224; la commune et enfin &#224; l'Eglise. On ne pouvait pas dormir ensemble avant le mariage religieux. Dans notre culture, il faut marier une fille vierge. Sinon on la renvoie aux parents et il y a de gros scandales.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons eu 4 enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Religion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour moi, &#234;tre chr&#233;tien est tr&#232;s important. Je ne peux pas vivre sans la pri&#232;re et la religion. Dans le temps, mes parents &#233;taient divorc&#233;s et on n'avait pas le droit d'&#234;tre baptis&#233;. Je suis la seule dans la famille qui ait &#233;t&#233; baptis&#233;e. Pour moi, Dieu nous aime tous. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mes quatre enfants vivants ont tous bien r&#233;ussi et travaillent. C'est gr&#226;ce &#224; la pri&#232;re. Je me sens unie &#224; eux gr&#226;ce &#224; la pri&#232;re. Je visite aussi maintenant les sans-abris &#224; la gare centrale, &#224; la rue Neuve. Dieu est pour tout le monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mes enfants et petits-enfants sont croyants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mes parents n'&#233;taient pas tr&#232;s croyants. Ils &#233;taient divorc&#233;s et &#224; l'&#233;cart. C'est l'&#233;cole qui m'a appris la foi. Mes parents ne m'ont jamais oblig&#233;e &#224; aller &#224; l'&#233;glise, j'ai d&#233;cid&#233; seule.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les religieuses en Afrique &#233;taient tr&#232;s dures et favorisaient les enfants d'origine katangaise. Mais elles ne m'ont pas d&#233;gout&#233; de Dieu, &#231;a n'a rien &#224; voir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comment je me sens par rapport aux autres religions ? Dieu est grand. Il y a plusieurs mani&#232;res d'arriver au m&#234;me endroit. Dieu nous aime tous. Pour moi Dieu est un visage d'amour.&lt;br class='autobr' /&gt;
Maintenant avec l'&#226;ge, je deviens sage, je suis plus croyante et plus sereine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aujourd'hui, en Belgique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis arriv&#233;e ici, en Belgique, en 1993. Mes enfants faisaient leurs &#233;tudes &#224; Louvain-La-Neuve. J'ai fui les pillages et la fin de la p&#233;riode Mobutu. Mes enfants ont trouv&#233; un magasin pour moi &#224; Koekelberg mais suite &#224; des tracasseries administratives, le magasin a ferm&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis retrait&#233;e mais je vends des pagnes, des bijoux de fantaisie le samedi et le dimanche au March&#233; de l'Abattoir &#224; Anderlecht. Je suis aussi mamy conteuse &#224; l'&#233;cole 13 &#224; Molenbeek et visite des personnes &#226;g&#233;es dans des maisons de repos.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> Nous ne devons pas continuer &#224; m&#233;priser l'Afrique ! (Catherine)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1208</link>
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		<dc:date>2020-08-04T05:39:55Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sylvie (A&amp;T)</dc:creator>


		<dc:subject>Colonisation</dc:subject>
		<dc:subject>Cultures autres</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Je suis n&#233;e de p&#232;re et m&#232;re burundaises en 1955. Je suis arriv&#233;e en Belgique en 1983 car mon mari rentrait d&#233;finitivement. Je suis n&#233;e dans une famille assez ais&#233;e. J'ai eu une enfance normale ; plut&#244;t de bonnes &#233;tudes car je n'&#233;tais pas trop mauvaise. A l'&#233;poque, nous avions beaucoup de professeurs europ&#233;ens. Les choses se sont compliqu&#233;es &#224; partir d'avril-mai 1972. Nous l'avons senti passer en termes d'injures, d'humiliations, de s&#233;gr&#233;gation, et ce pendant plusieurs ann&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les relations entre Europ&#233;ens (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je suis n&#233;e de p&#232;re et m&#232;re burundaises en 1955. Je suis arriv&#233;e en Belgique en 1983 car mon mari rentrait d&#233;finitivement. Je suis n&#233;e dans une famille assez ais&#233;e. J'ai eu une enfance normale ; plut&#244;t de bonnes &#233;tudes car je n'&#233;tais pas trop mauvaise. A l'&#233;poque, nous avions beaucoup de professeurs europ&#233;ens. Les choses se sont compliqu&#233;es &#224; partir d'avril-mai 1972. Nous l'avons senti passer en termes d'injures, d'humiliations, de s&#233;gr&#233;gation, et ce pendant plusieurs ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les relations entre Europ&#233;ens et Burundais ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est comme les relations entre nantis et les autres. M&#234;me ici, on ne fr&#233;quente pas les m&#234;mes milieux. Par ailleurs, les europ&#233;ens traitaient plut&#244;t avec des personnes parlant fran&#231;ais parce qu'ils sont all&#233;s &#224; l'&#233;cole. Au Burundi, les europ&#233;ens &#233;pousaient pour la plupart des rwandaises, tutsies, plus jolies sans doute, mais certainement plus proches du canon de beaut&#233; europ&#233;en. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au moment de l'ind&#233;pendance, j'&#233;tais trop petite, je ne me rendais pas compte du changement. Je me rappelle seulement une phrase que j'ai entendu de la bouche de ma m&#232;re : &#171; l'&#233;tat burundais sera plus s&#233;v&#232;re que l'&#233;tat belge ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On ne mangeait pas, on ne s'habillait pas de la m&#234;me fa&#231;on !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les europ&#233;ens mangeaient comme en Belgique ; il y avait de grands magasins avec des produits europ&#233;ens. Le petit peuple mangeait du manioc, taro, riz, poisson, de la viande et des l&#233;gumes (aubergines, amarante, feuilles de taro, feuilles de manioc &#8230;) A l'&#233;poque, il &#233;tait impensable qu'un europ&#233;en mange comme nous ! La bourgeoisie burundaise de l'&#233;poque se nourrissait de la m&#234;me fa&#231;on que les Europ&#233;ens car ils en avaient les moyens ou ils cuisinaient des plats africains une fois de temps en temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'habillement europ&#233;en est devenu la norme au Burundi en g&#233;n&#233;ral pour les hommes.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Il y a une diff&#233;rence en ce qui concerne les femmes : pour celles qui avaient fait des &#233;tudes et qui travaillaient dans un bureau ou dans l'enseignement, c'&#233;tait la tenue europ&#233;enne. Aucune autre tenue n'&#233;tait permise. En milieu populaire, c'&#233;tait le pagne dans toute la r&#233;gion qui longe le lac Tanganika dont la capitale Bujumbura. A l'int&#233;rieur, les femmes mettaient des tissus quelconques. Mais actuellement, presque toutes les femmes portent le pagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les rapports hommes-femmes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai toujours connu la femme burundaise plut&#244;t discr&#232;te. Le couple europ&#233;en montrait plut&#244;t une &#233;pouse &#233;gale &#224; l'homme. Mais la tradition burundaise permettait &#224; certaines femmes d'&#233;merger. Dans ma r&#233;gion natale, j'ai connu des femmes qui &#233;taient plus riches que leur mari ! En milieu musulman, les choses &#233;taient diff&#233;rentes : les femmes et leurs co-&#233;pouses devaient travailler pour faire bouillir la marmite. Le mari ne faisait pas grand-chose. Cette coutume perdure malheureusement jusqu'&#224; nos jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La religion ? Aujourd'hui, pratiquement tous les africains adh&#232;rent &#224; des religions d'origine &#233;trang&#232;re.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le d&#233;sespoir et l'appauvrissement, on a invent&#233; diverses &#233;glises du r&#233;veil qui, g&#233;n&#233;ralement, enrichissent les fondateurs ! Dans les religions chr&#233;tiennes en g&#233;n&#233;ral, on a des fanatiques qui ne supportent pas la moindre herbe pour gu&#233;rir ceci ou cela. Ils ne jurent que par la m&#233;dication europ&#233;enne ; je trouve que c'est une grave erreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une tradition importante ? La dot.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personnellement, j'ai demand&#233; &#224; ce qu'une dot soit pay&#233;e pour moi par respect pour mes parents. Ils appartiennent &#224; un autre monde. Mais par contre, je n'ai pas demand&#233; la m&#234;me chose pour mes filles. Une amie belge ancienne du Congo que j'appelle r&#233;guli&#232;rement est convaincue que la dot est un prix de vente : NON, NON et NON !!!! Il est vrai que la cupidit&#233; de la famille de la fille l'a fait penser &#224; un certain moment. Et quelque part, chez certains, avoir une fille c'est comme avoir un compte bancaire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Congo par exemple :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Des jeunes filles pr&#233;f&#232;rent avoir des enfants sans &#234;tre mari&#233;es ni se mettre en m&#233;nage pour &#233;viter les probl&#232;mes avec un mari !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Des femmes essaient d'avoir une fille au teint clair (m&#233;tisse) pour la marier &#224; un riche plus tard !!! La peau claire est synonyme de beaut&#233; !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Lorsqu'on dit &#224; certaines familles de ne pas donner leur gamine de 14 ans en mariage, (entre autres pour &#233;viter les fistules apr&#232;s l'accouchement) elles r&#233;torquent : &#171; Est-ce que c'est toi qui vas nous donner &#224; manger ? &#187; Ici, une dot &#233;lev&#233;e pay&#233;e par un polygame riche passe avant tout autre consid&#233;ration !!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Personnellement j'ai mal v&#233;cu la fugue de mes 2 filles et surtout le soutien dont elles ont b&#233;n&#233;fici&#233;. Je me suis sentie l&#226;ch&#233;e et surtout m&#233;pris&#233;e en tant que m&#232;re africaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'immigration africaine me fait r&#233;fl&#233;chir...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Nous avons gard&#233; un lavage de cerveau : seule la vie en Europe compte. L'Afrique ne vaut rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Certains europ&#233;ens oublient que ceux qui arrivent ici ont pris l'avion ; donc, ils ont les moyens de le faire !!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Les r&#233;clamations actuelles au sujet de L&#233;opold II ; il a fait quelque chose de bien pour ce pays. Pourquoi exiger qu'on d&#233;boulonne ses statues ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La cruaut&#233; ? Oh, elle s'est retrouv&#233;e chez tous les peuples...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; les enfants grecs envoy&#233;s aux Apoth&#232;tes, gouffre voisin du Tayg&#232;te,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; la colonne lactaire chez les Romains,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; chez les Esquimaux, une gamine sans futur mari &#233;tait tu&#233;e,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; les gamines enterr&#233;es vivantes en Arabie avant les exhortations du proph&#232;te,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; l'anthropophagie chez certains Africains,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; les sacrifices humains pour apaiser la col&#232;re d'un crocodile ou de tel dieu &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; le meurtre d'un jumeau en Afrique de l'ouest &#8230;..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; plus pr&#232;s de nous, les joyeuset&#233;s d'un Mobutu, d'un Hiss&#232;ne Habr&#233;, d'un Bokassa&#8230;..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant l'esclavage, crime horrible : est-ce que ce sont les europ&#233;ens qui couraient derri&#232;re les Africains &#224; travers la for&#234;t ou la savane ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je souhaite aller passer de longs mois au Burundi : nous ne devons pas continuer &#224; m&#233;priser l'Afrique !!!!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me, c'est le montant de la retraite !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>A propos des Congolais et des coloniaux (Clodomir)</title>
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		<dc:date>2020-05-19T05:48:40Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sylvie (A&amp;T)</dc:creator>


		<dc:subject>Colonisation</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans ma famille, les coloniaux n'avaient pas bonne presse : ils &#233;taient consid&#233;r&#233;s comme des profiteurs et des fain&#233;ants qui se faisaient facilement du pognon en exploitant les &#171; n&#232;gres &#187; (eh oui, &#224; l'&#233;poque, on disait les n&#232;gres et &#231;a ne posait probl&#232;me &#224; personne) ; ils avaient la vie facile, surtout les femmes qui avaient des boys ; lors de leurs cong&#233;s, ils revenaient &#233;clabousser les belges d'ici (qui, eux travaillaient dur !) en &#233;talant leur opulence&#8230; et leur vie de r&#234;ve. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'autre part, &#224; l'&#233;cole (...)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L144xH150/arton1206-781e4.jpg?1776944177' width='144' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans ma famille, les coloniaux n'avaient pas bonne presse : ils &#233;taient consid&#233;r&#233;s comme des profiteurs et des fain&#233;ants qui se faisaient facilement du pognon en exploitant les &#171; n&#232;gres &#187; (eh oui, &#224; l'&#233;poque, on disait les n&#232;gres et &#231;a ne posait probl&#232;me &#224; personne) ; ils avaient la vie facile, surtout les femmes qui avaient des boys ; lors de leurs cong&#233;s, ils revenaient &#233;clabousser les belges d'ici (qui, eux travaillaient dur !) en &#233;talant leur opulence&#8230; et leur vie de r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, &#224; l'&#233;cole catholique, on nous bassinait avec la &#171; noble mission civilisatrice &#187; et le d&#233;vouement de nos missionnaires qui leur apprenaient &#224; lire et cadeau supr&#234;me leur avaient apport&#233; la vraie religion !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et &#224; ce sujet, il me revient un souvenir attendrissant : &#224; l'instigation de l'Oeuvre de la Sainte Enfance, j'avais accept&#233; de parrainer un petit &#171; n&#232;gre &#187; ; &#231;a consistait en 2 choses : d'abord, il fallait donner un peu de sa tirelire, et puis, surtout, dire 3 &#171; Je vous salue, Marie &#187; par jour &#224; l'intention de mon filleul ; je ne l'ai &#233;videmment jamais rencontr&#233; et je ne me souviens m&#234;me pas si je lui ai &#233;crit !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques mois avant l'ind&#233;pendance, est arriv&#233; &#224; Esneux (o&#249; j'habitais &#224; l'&#233;poque), un jeune congolais qui venait s'initier &#224; la gestion administrative communale ; il faisait un stage de formation sur le tas dans la commune ; c'&#233;tait ce que l'on appelait &#224; l'&#233;poque un &#171; &#233;volu&#233; &#187;. Il a &#233;t&#233; accueilli par la population avec sympathie et&#8230;.curiosit&#233; : on se demandait comment fonctionnait un &#171; n&#232;gre &#187;&#8230;..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me demande si cette curiosit&#233;, m&#234;me teint&#233;e de sympathie, n'avait pas quelque chose d'insultant pour le pauvre gar&#231;on ; on l'observait un peu comme un animal savant. Je me souviens encore de son nom ; je lui avais demand&#233; un autographe que j'ai conserv&#233; pendant des ann&#233;es. On l'a retrouv&#233; ensuite &#224; un poste subalterne (secr&#233;taire d'&#233;tat ?) dans le gouvernement de Patrice Lumumba,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-il devenu ensuite ? Je n'en ai jamais rien su !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup plus tard et bien apr&#232;s l'ind&#233;pendance, j'ai retrouv&#233; dans mes coll&#232;gues des anciens du Congo qui y avaient pass&#233; une bonne partie de leur carri&#232;re ; tous &#233;taient marqu&#233;s par cette exp&#233;rience et en avaient gard&#233; un souvenir &#233;merveill&#233; ; un point commun m'a frapp&#233;, m&#234;me chez les plus id&#233;alistes, ils ne pouvaient s'emp&#234;cher de consid&#233;rer le &#171; n&#232;gre &#187; comme un grand enfant, plein de pu&#233;rilit&#233; et d'innocence, incapable de se gouverner soi-m&#234;me ; ils avaient de la tendresse pour lui et &#233;taient conscients d'avoir consid&#233;rablement am&#233;lior&#233; ses conditions de vie, notamment du point de vue sanitaire. Ils n'&#233;taient pas loin de le consid&#233;rer comme un ingrat !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J&#8216;ai beaucoup r&#233;fl&#233;chi et je crois avoir compris : le blanc a d&#233;barqu&#233; au Congo et a imm&#233;diatement pris la direction du pays ; l'indig&#232;ne s'est retrouv&#233; un citoyen de seconde zone dans son propre pays,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le blanc l'a d&#233;poss&#233;d&#233; de son pays &#187; et c'est l&#224;, me semble-t-il, le sens du fameux discours de Lumumba qui a fait scandale le 30 juin.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Une correspondante congolaise &#224; l'&#233;cole (Michelle)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1203</link>
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		<dc:date>2020-05-14T08:38:14Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sylvie (A&amp;T)</dc:creator>


		<dc:subject>Colonisation</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;D&#232;s ma premi&#232;re ann&#233;e de secondaire &#224; Saint Andr&#233; Ramegnies Chin, pr&#232;s de Tournai, en 1958, les religieuses nous ont propos&#233; d'avoir une correspondance avec une &#233;tudiante congolaise. J'ai accept&#233; de suite et suis rest&#233;e en correspondance avec Elo&#239;se Nunanga pendant plusieurs ann&#233;es. Elle me parlait de ses cours, tr&#232;s peu de sa famille. Le coll&#232;ge se situait &#224; Kikwit. Nous nous envoyions l'une &#224; l'autre des cadeaux. Je lui envoyais des livres et des instruments scolaires. Elle m'envoyait des petits tapis en (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L144xH150/arton1203-5cc3f.jpg?1776944177' width='144' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;D&#232;s ma premi&#232;re ann&#233;e de secondaire &#224; Saint Andr&#233; Ramegnies Chin, pr&#232;s de Tournai, en 1958, les religieuses nous ont propos&#233; d'avoir une correspondance avec une &#233;tudiante congolaise. J'ai accept&#233; de suite et suis rest&#233;e en correspondance avec Elo&#239;se Nunanga pendant plusieurs ann&#233;es. Elle me parlait de ses cours, tr&#232;s peu de sa famille. Le coll&#232;ge se situait &#224; Kikwit. Nous nous envoyions l'une &#224; l'autre des cadeaux. Je lui envoyais des livres et des instruments scolaires. Elle m'envoyait des petits tapis en rafia et des tout petits paniers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un souvenir qui ne m'a jamais quitt&#233; et m'a donn&#233; le souci de suivre l'&#233;volution du Congo. Son nom aussi me revient dans la vie r&#233;guli&#232;rement. Ce fut une aventure et un bonheur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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