<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
><channel xml:lang="fr">
	<title>Ages et transmissions</title>
	<link>https://agesettransmissions.be/</link>
	<description>Cr&#233;&#233;e en 97, Ages et Transmissions est une asbl pluraliste bruxelloise permettant aux a&#238;n&#233;s de jouer un r&#244;le actif dans la soci&#233;t&#233;. Elle est reconnue comme organisme d'&#233;ducation permanente par la F&#233;d&#233;ration Wallonie-Bruxelles.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>

	<image>
		<title>Ages et transmissions</title>
		<url>https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L144xH138/siteon0-31eb6.png?1779779700</url>
		<link>https://agesettransmissions.be/</link>
		<height>138</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>L'as des travaux manuels (Michel)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1446</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article1446</guid>
		<dc:date>2022-11-04T08:52:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Argent, pauvret&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Parents (&#234;tre)</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>
		<dc:subject>Chr&#233;tien.ne (&#234;tre)</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Extrait de &#034;Nous racontons notre vie&#034; 2020-21 &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis n&#233; &#224; Tubize en 1957. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai pass&#233; mon enfance dans les champs, &#224; toutes saisons. J'aidais &#224; grouper la paille, je montais sur les tracteurs et les conduisais. &#192; 2 km de chez moi, j'allais tous les jours apr&#232;s l'&#233;cole donner &#224; manger aux poules. C'&#233;tait un grand &#233;levage de 30 000 poules. Je marchais et je rentrais le soir dans le noir ; j'avais parfois peur. Avec mes fr&#232;res et s&#339;urs, on s'est &#233;duqu&#233;s seuls vu que nos parents ne s'occupaient pas de nous. (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;Tranches de vie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot136" rel="tag"&gt;Argent, pauvret&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot158" rel="tag"&gt;Parents (&#234;tre)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot166" rel="tag"&gt;Travail&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot186" rel="tag"&gt;Chr&#233;tien.ne (&#234;tre)&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait de &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article1340' class='spip_in'&gt;&#034;Nous racontons notre vie&#034;&lt;/a&gt; 2020-21&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je suis n&#233; &#224; Tubize en 1957.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai pass&#233; mon enfance dans les champs, &#224; toutes saisons. J'aidais &#224; grouper la paille, je montais sur les tracteurs et les conduisais. &#192; 2 km de chez moi, j'allais tous les jours apr&#232;s l'&#233;cole donner &#224; manger aux poules. C'&#233;tait un grand &#233;levage de 30 000 poules. Je marchais et je rentrais le soir dans le noir ; j'avais parfois peur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec mes fr&#232;res et s&#339;urs, on s'est &#233;duqu&#233;s seuls vu que nos parents ne s'occupaient pas de nous. Papa travaillait aux forges de Clabecq et ma m&#232;re tenait un bistrot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole n'&#233;tait pas faite pour moi. Ou moi, pas fait pour l'&#233;cole ! Mais j'ai exerc&#233; des tas de m&#233;tiers manuels diff&#233;rents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A 14 ans alors que j'&#233;tais encore en sixi&#232;me primaire, je suis all&#233; travailler comme apprenti boucher. Mon premier jour de travail a &#233;t&#233; d'&#233;plucher 10 kg d'oignons. A 19 ans, je suis devenu apprenti plafonneur. J'&#233;tais bien pay&#233; et je faisais beaucoup d'heures suppl&#233;mentaires. J'ai fait &#231;a pendant 6 ans. Puis j'ai commenc&#233; dans le chauffage comme ramoneur. Et de ramoneur je suis pass&#233; &#224; l'entretien des chaudi&#232;res, puis au r&#233;glage des br&#251;leurs et finalement au d&#233;pannage. Et c&#8216;est comme &#231;a que je suis devenu chauffagiste. En apprenant tout sur le tas ! J'ai fait &#231;a pendant 20 ans, puis j'ai travaill&#233; dans une firme de r&#233;novation de b&#226;timent. Ensuite on m'a engag&#233; comme aide-carreleur et finalement je suis devenu aussi carreleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule chose que je n'aime pas faire, c'est la peinture. Encore maintenant, je n'arr&#234;te pas de d&#233;panner mon entourage avec des travaux manuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je regrette de n'avoir pas su transmettre mon savoir &#224; mes enfants. Je n'&#233;tais pas un p&#232;re pr&#233;sent. Je n'ai pas eu de bon mod&#232;le. J'ai eu 9 enfants, ma femme s'occupait des petits et moi j'allais travailler. Je passais souvent le soir au bistrot. Ma fuite, c'&#233;tait le boulot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis tr&#232;s content de la vie professionnelle que j'ai v&#233;cue m&#234;me si, &#224; un moment de ma vie, je suis tomb&#233; tr&#232;s bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je travaillais beaucoup, je gagnais bien ma vie, j'avais des amis au bistrot, puis ma femme m'a quitt&#233;. Je me suis retrouv&#233; sans enfants, seul le soir apr&#232;s le boulot. Apr&#232;s un accident de voiture, les choses se sont encha&#238;n&#233;es : plus de voiture, plus de boulot, pas de ch&#244;mage. J'ai ainsi tr&#232;s vite bascul&#233; dans la mis&#232;re, je suis devenu un ivrogne et les amis ont disparu. Pendant un moment, j'&#233;tais sans abri et j'ai v&#233;cu au parc Josaphat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la religion qui m'a fait rebondir. Un jour, j'ai travaill&#233; pour un pasteur et, &#224; ce moment-l&#224;, j'ai eu un d&#233;clic. Je me suis fait baptiser. On m'a tendu la main et, cette fois-l&#224;, j'ai accept&#233;. Cela n'a pas &#233;t&#233; facile mais j'y suis arriv&#233; m&#234;me si cela reste un combat. Ne pas boire, m&#234;me un verre, sinon je risque de rechuter. Aujourd'hui, j'ai gagn&#233; beaucoup plus de respect de ma famille. Je pense que le Seigneur m'a permis de vivre cette exp&#233;rience pour dire aux autres : &#171; ne fais pas &#231;a. Quand on te tend la perche, n'ait pas peur de la saisir ! &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Profession : accoucheuse &#224; domicile (Jeannine F.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1369</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article1369</guid>
		<dc:date>2021-10-03T07:11:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Argent, pauvret&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; sage-femme. Ai-je pour autant &#233;t&#233; sage ? Sur le fil &#233;troit entre vie et mort, je crois avoir rempli le contrat qui m'&#233;tait imparti. Ai-je pour autant aid&#233; &#224; rendre la parole au corps des femmes ? Ai-je entendu le couple et ses d&#233;sirs ? Ai-je tenu compte des besoins relationnels et culturels des familles que j'ai rencontr&#233;es ? C'est avec beaucoup d'humilit&#233; et de tendresse que j'ai &#233;crit sur ma profession. Ce texte, je le d&#233;die &#224; ces parents, ces enfants que j'ai rencontr&#233;s en Belgique ou ailleurs et (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique154" rel="directory"&gt;Au travail !&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot136" rel="tag"&gt;Argent, pauvret&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot166" rel="tag"&gt;Travail&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L96xH150/arton1369-22d01.jpg?1779779700' width='96' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;J'ai &#233;t&#233; sage-femme. Ai-je pour autant &#233;t&#233; sage ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur le fil &#233;troit entre vie et mort, je crois avoir rempli le contrat qui m'&#233;tait imparti.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ai-je pour autant aid&#233; &#224; rendre la parole au corps des femmes ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Ai-je entendu le couple et ses d&#233;sirs ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Ai-je tenu compte des besoins relationnels et culturels des familles que j'ai rencontr&#233;es ?&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est avec beaucoup d'humilit&#233; et de tendresse que j'ai &#233;crit sur ma profession.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce texte, je le d&#233;die &#224; ces parents, ces enfants que j'ai rencontr&#233;s en Belgique ou ailleurs et&lt;br class='autobr' /&gt;
qui m'ont fait l'honneur de m'accepter &#224; leur c&#244;t&#233; dans cette grande aventure : faire un enfant.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Me voici devant la page blanche, avec tant de souvenirs dans la t&#234;te et le c&#339;ur que je ne sais comment en parler et en &#233;crire ; l'&#233;motion reste aussi pr&#233;sente qu'au moment o&#249; j'ai mis au monde ces petits enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des accouchements, j'en ai r&#233;alis&#233; beaucoup, des surveillances encore plus. Des assistances aux accoucheurs, qu'il ne fallait surtout pas appeler trop t&#244;t ou trop tard, ont rempli ma vie professionnelle.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai des souvenirs de drames, de com&#233;dies humaines, d'amour, de haine, d'&#233;checs et de r&#233;ussites. L'inusable film qui d&#233;file avec tous ses d&#233;cors et surtout ses personnages raconte mon exp&#233;rience d'accoucheuse lib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le quartier o&#249; je vivais &#224; l'&#233;poque est un quartier populaire ; les familles italiennes immigr&#233;es y sont nombreuses et riches d'enfants. Les m&#232;res sont m&#233;nag&#232;res et les p&#232;res ouvriers mineurs ou m&#233;tallurgistes. Les voisins de gauche de mes parents sont italo-belges, ceux de droite tch&#233;coslovaques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la fa&#231;ade de la maison, on a accroch&#233; ma plaque professionnelle :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J ROUCOURT ACCOUCHEUSE AGREEE DES MUTUELLES&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d&#251; auparavant effectuer une s&#233;rie de d&#233;marches, comme faire valider mon dipl&#244;me tout neuf aupr&#232;s de la commission m&#233;dicale provinciale, me pr&#233;senter aupr&#232;s des m&#233;decins g&#233;n&#233;ralistes de la commune, introduire une demande d'agr&#233;ation aupr&#232;s de 1'INAMI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a fallu m'&#233;quiper du mat&#233;riel indispensable. Toute la parent&#233; s'y est mise pour me l'offrir : un superbe sac en cuir, une trousse contenant trois pinces chirurgicales, une paire de ciseaux, une pince &#224; agrafes ; du coton pour la ligature du cordon, deux tubes cylindriques contenant chacun une seringue et des aiguilles pour injections intramusculaires. S'ajoutent des bo&#238;tes de compresses st&#233;riles, un tube d'Esbach pour la recherche d'albuminurie, des flacons d'alcool, quelques m&#233;dicaments indispensables. Me voila pr&#234;te &#224; parcourir les rues de Montegn&#233;e et de Saint-Nicolas, &#224; pied bien &#233;videmment ! En mars 1957, je ferai l'acquisition d'une vespa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier accouchement. Une semaine avant le terme pr&#233;vu pour la naissance du b&#233;b&#233; se pr&#233;sente un jeune couple : pas de suivi de grossesse, ils n'en ont pas eu les moyens. L'examen clinique (tel qu'on me l'a enseign&#233;) ne pr&#233;sente rien d'anormal ; je prescris le mat&#233;riel indispensable &#224; acheter &#224; la pharmacie. Les futurs parents occupent un appartement de 2 pi&#232;ces au premier &#233;tage d'une petite maison ouvri&#232;re. Originaires de la r&#233;gion hennuy&#232;re, ils vivent depuis peu &#224; Saint-Nicolas et sont tr&#232;s seuls. La naissance d'une petite fille se passe vite et bien avec la seule assistance du mari que j'aiderai &#224; ranger la cuisine et &#224; effacer les traces de l'accouchement. Heureusement, la m&#232;re de Madame arrive le lendemain et apporte une aide pr&#233;cieuse &#224; la nouvelle famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'essaye de faire passer le message que la pr&#233;paration &#224; l'accouchement rend la douleur plus acceptable, et la &#171; belle place &#187; de notre demeure familiale est convertie en salle de r&#233;union pour futures m&#232;res. Le divan est utilis&#233; &#224; tour de r&#244;le par chacune d'entre elles pour apprendre la relaxation. J'inaugure ce que je crois une grande nouveaut&#233; : la pr&#233;sence des maris &#224; ces soir&#233;es et &#224; l'accouchement. Quelques jeunes couples de mon quartier y participeront. A ma grande surprise viendront se joindre d'autres futurs parents envoy&#233;s par la clinique ou le gyn&#233;cologue choisis pour l'accouchement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aimerais aujourd'hui faire t&#233;moigner ces parents pour conforter mes souvenirs : naissances sans probl&#232;mes, pas d'&#233;pisiotomies, pas de d&#233;chirures, pas d'accouchements provoqu&#233;s, pas de b&#233;b&#233;s traumatis&#233;s, calme et s&#233;r&#233;nit&#233; au sein de la demeure familiale, si modeste soit elle. Je rencontre encore parfois certains d'entre eux ; il m'est m&#234;me arriv&#233; d'&#234;tre l'accoucheuse de leur fille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout le c&#244;t&#233; pittoresque de ma vie professionnelle d'alors me revient&#8230; Dans les familles nombreuses immigr&#233;es, les naissances rev&#234;taient un caract&#232;re social traditionnel. L'entraide f&#233;minine y &#233;tait tr&#232;s pr&#233;sente ; telle voisine se proposait pour la lessive, telle autre pour la garde des enfants a&#238;n&#233;s et les repas ou encore pour l'entretien de la maison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, je suis appel&#233;e dans le camp italien qui se trouvait derri&#232;re la clinique psychiatrique Notre-Dame des Anges. Les mineurs &#233;migr&#233;s et leur famille sont log&#233;s dans ce qui a &#233;t&#233; un camp de prisonniers allemands. Chaque famille dispose d'une pi&#232;ce s&#233;par&#233;e en deux parties ; une pi&#232;ce &#224; vivre, une pi&#232;ce &#224; dormir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La petite fille na&#238;t rapidement ; elle est de petit poids (2 kilos 200), et devrait selon les crit&#232;res m&#233;dicaux &#234;tre transport&#233;e au service des couveuses. Elle est cependant bien color&#233;e, respire calmement et se montre active quand je lui pr&#233;sente une cuiller d'eau sucr&#233;e bouillie. Les pauvres gens, r&#233;cemment arriv&#233;s de leur r&#233;gion napolitaine, ne sont pas en ordre de mutuelle : une hospitalisation les mettrait en difficult&#233; financi&#232;re pour de longues ann&#233;es. Je prends l'audacieuse d&#233;cision de garder l'enfant &#224; domicile. Je l'enveloppe chaudement et fais comprendre &#224; la m&#232;re qu'elle doit tirer son lait pour le donner au nouveau-n&#233; &#224; la cuiller, par petites quantit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s inqui&#232;te, je quitte la famille et reviens t&#244;t le lendemain pour surveiller l'&#233;tat de sant&#233; de la m&#232;re et de l'enfant. Dans la pi&#232;ce &#224; vivre, des hommes attabl&#233;s, l'air fatigu&#233; devant un verre vide ! Dans la pi&#232;ce &#224; dormir, les deux enfants a&#238;n&#233;s et d'autres petits que je ne connais pas. Dans le lit de l'accouch&#233;e, deux dames (j'apprendrai plus tard qu'il s'agit des belles-s&#339;urs)... et Mademoiselle Rosa t&#233;tant vigoureusement le sein de sa m&#232;re. Tout ce petit monde est venu de Micheroux tard dans la soir&#233;e, les femmes sont rest&#233;es pour aider la famille de Rosa, les hommes pour reprendre le premier bus du matin qui les conduira reprendre le travail au charbonnage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gens n'avaient pas toujours les moyens de me payer mes honoraires. A l'&#233;poque, 750 francs couvraient l'accouchement, la surveillance pr&#233;natale, la surveillance postnatale d'une dur&#233;e de 9 jours. S'y ajoutait la pr&#233;sence au bapt&#234;me ; l'accoucheuse portait l'enfant &#224; l'&#233;glise, c'&#233;tait une coutume bien ancr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le p&#232;re de &#171; C&#233;sar &#187;, premier fils d'une lign&#233;e qui comptait d&#233;j&#224; 6 filles, promet de venir r&#233;gler sa dette au plus vite. Il me propose un beau perroquet qui, &#233;chapp&#233; de sa cage bourgeoise, est venu atterrir dans son jardin ; je refuse ce troc. Plus tard, nous nous mettons d'accord pour une fourniture de charbon ; c'est ainsi qu'il s'acquitte de sa dette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec ma moto, le travail est plus facile. Je peux ajouter &#224; mon travail de sage-femme les soins infirmiers &#224; domicile. Beaucoup d'anciens mineurs ont besoin de piq&#251;res de streptomycine parce qu'ils ont contract&#233; une tuberculose. Une &#233;pid&#233;mie de scarlatine me donne beaucoup de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nuit, j'assiste Madame P. ; un deuxi&#232;me enfant est le bienvenu dans la famille. Le p&#232;re mineur est un homme courageux et a b&#233;n&#233;fici&#233; d'une promotion. L'enfant na&#238;t vers les 6 heures du matin et il est 8 heures quand je quitte la famille apr&#232;s les 2 heures de surveillance r&#233;glementaires. Il fait tr&#232;s froid et Monsieur P. tient absolument &#224; me servir un verre de grappa avant que je me mette en route. A ce moment, les parents, amis, ou voisins viennent proposer leur aide. Il serait mal venu de refuser de trinquer avec eux : et va pour un deuxi&#232;me verre de grappa. Je sors de la maison des P., veux enfourcher ma fid&#232;le vespa, et tout le paysage se met &#224; tourner. Heureusement, je ne suis pas loin de l'endroit o&#249; travaille mon p&#232;re. Poussant ma vespa que je n'ose pas conduire, je d&#233;barque chez lui. Imaginez sa surprise : sa fille saoule au petit matin !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une famille avec deux gar&#231;ons souhaite de tout c&#339;ur la naissance d'une fille. Tous ont les yeux curieusement brid&#233;s et tr&#232;s petits, ce qui les rend tr&#232;s laids. Naissance facile de la petite fille tant attendue. Un probl&#232;me se pose ; l'expulsion du placenta tarde et je me vois oblig&#233;e de pratiquer une d&#233;livrance manuelle. N'allez surtout pas raconter cette histoire au monde m&#233;dical, je me ferais traiter de criminelle et pourtant... Tous sont en extase devant la derni&#232;re arriv&#233;e ; j'entends encore leurs exclamations &#171; Mon dieu qu'elle est belle ! &#187; Elle a des yeux grands ouverts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'habitude, pour accoucher la m&#232;re, j'utilise la table de cuisine, tr&#232;s inconfortable pour la parturiente. Je d&#233;cide de changer de m&#233;thode et de permettre aux femmes d'accoucher au bord du lit en le prot&#233;geant d'une grande toile cir&#233;e, proposition qui est refus&#233;e chez celles qui ont plusieurs enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je rase le p&#233;rin&#233;e au minimum, juste pour &#233;viter une infection en cas d'&#233;pisiotomie ou de d&#233;chirure. Chez Monsieur et Madame M. na&#238;t un beau petit gar&#231;on, Eric. J'ai proc&#233;d&#233; comme d'habitude et tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes si la m&#232;re de Madame M. n'avait pas cru bon de raser &#233;galement le mont de V&#233;nus. Elle a lu dans je ne sais quel magazine que c'est plus &#171; moderne &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les belles-m&#232;res et m&#232;res sont parfois bien encombrantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je serai probablement la derni&#232;re accoucheuse &#224; domicile dans ma r&#233;gion pour de nombreuses ann&#233;es. Les couples vont de plus en plus souvent faire le choix de voir na&#238;tre leur enfant &#224; la maternit&#233;. Quelques ann&#233;es plus tard, en 1965, les accoucheuses confondues avec des infirmi&#232;res sp&#233;cialis&#233;es se verront retirer le privil&#232;ge de pr&#233;sider aux accouchements normaux, Le terrain est occup&#233; enti&#232;rement par les &#171; g&#233;nies-cologues &#187; &#8211; permettez-moi ce jeu de mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne porte pas de jugement sur cette &#233;volution des m&#339;urs. On pense parfois qu'il s'agit pour les parents d'un choix fait en toute libert&#233;. Derri&#232;re ce choix, il y a toute une manipulation des pouvoirs m&#233;dicaux et politiques : il m'a fallu beaucoup de temps pour en prendre conscience.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Hommage &#224; notre Paula (Anne O.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1364</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article1364</guid>
		<dc:date>2021-10-03T06:59:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Argent, pauvret&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Francophones, n&#233;erlandophones</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Chez mes parents, nous avons toujours eu des servantes. Paula &#233;tait l'une d'elles. Aujourd'hui, quand je pense au travail qu'elle abattait quotidiennement pour sans doute un bien maigre salaire, je ressens de la tristesse et m&#234;me de la r&#233;volte : c'&#233;tait v&#233;ritablement de l'esclavage ! Du plus loin que je m'en souvienne, je n'ai pas souvent vu Paula sourire... &lt;br class='autobr' /&gt;
Paula &#233;tait charg&#233;e de tenir une grande maison : sans machine &#224; laver, elle faisait la lessive pour dix personnes. Elle ouvrait la porte aux clients (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique154" rel="directory"&gt;Au travail !&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot136" rel="tag"&gt;Argent, pauvret&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot150" rel="tag"&gt;Francophones, n&#233;erlandophones&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot166" rel="tag"&gt;Travail&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L96xH150/arton1364-a75dd.jpg?1779779700' width='96' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Chez mes parents, nous avons toujours eu des servantes. Paula &#233;tait l'une d'elles. Aujourd'hui, quand je pense au travail qu'elle abattait quotidiennement pour sans doute un bien maigre salaire, je ressens de la tristesse et m&#234;me de la r&#233;volte : c'&#233;tait v&#233;ritablement de l'esclavage ! Du plus loin que je m'en souvienne, je n'ai pas souvent vu Paula sourire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paula &#233;tait charg&#233;e de tenir une grande maison : sans machine &#224; laver, elle faisait la lessive pour dix personnes. Elle ouvrait la porte aux clients de mon p&#232;re : chaque apr&#232;s-midi, elle montait une dizaine de fois l'escalier des sous-sols au rez-de-chauss&#233;e pour aller ouvrir la porte. Elle pr&#233;parait les repas, servait &#224; table, desservait, lavait la vaisselle, r&#233;curait le corridor de marbre blanc ainsi que les sous-sols... Sa vie se passait dans trois pi&#232;ces en enfilade au sous-sol : une salle &#224; manger, une petite pi&#232;ce avec la chaudi&#232;re &#224; charbon et la cuisine qui se terminait par une petite cour ext&#233;rieure. Le soir, &#233;reint&#233;e, elle montait dans sa mansarde non chauff&#233;e l'hiver et surchauff&#233;e l'&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paula ne s'occupait pas de nous les enfants, c'&#233;tait la t&#226;che de maman. Je voyais Paula uniquement pendant les repas que nous prenions tous ensemble dans la salle &#224; manger. Paula, elle, mangeait toute seule dans la cuisine, en nous tournant le dos. Cela me rendait un peu triste. Lors d'une soir&#233;e, mon p&#232;re l'a invit&#233;e dans notre salle de jeux o&#249; la famille se r&#233;unissait. Elle s'est install&#233;e dans le fauteuil, tellement contente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De temps en temps, elle sortait avec des copines au cin&#233;ma. Elle avait droit &#224; un week-end de cong&#233; par mois. Elle quittait alors la maison le samedi apr&#232;s avoir lav&#233; la vaisselle de midi et revenait le dimanche soir ! Elle habitait tr&#232;s loin de chez nous, dans un petit village de Flandres dont je ne me rappelle plus le nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paula d&#233;sirait tellement me pr&#233;senter &#224; sa famille qu'un jour elle demanda &#224; ma m&#232;re si je pouvais l'accompagner. Je devais avoir cinq ou six ans. Cela se passait en 1936 ou 37. Avec l'accord de ma m&#232;re, nous voila parties, Paula et moi, ma petite main cal&#233;e dans sa grande main rugueuse. Apr&#232;s avoir pris le bus pendant un long moment, nous sommes arriv&#233;es &#224; destination, c'est-&#224;-dire en bordure d'une rivi&#232;re. Ce jour-l&#224;, il faisait brumeux, sombre et humide. Le seul moyen de franchir ce cours d'eau &#233;tait de faire appel au rameur. Le rameur tenait le caf&#233; en face de l'embarcad&#232;re. Il a servi son dernier client puis nous a rejointes. Je crois bien qu'il se prenait pour un vrai marin, il en avait l'allure, la casquette et la barbe. Mes v&#234;tements de ville n'&#233;taient pas tr&#232;s appropri&#233;s &#224; cette aventure. Je n'&#233;tais gu&#232;re &#224; l'aise en m'installant dans sa barquette avec mon petit baluchon, mais Paula veillait sur moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'autre c&#244;t&#233; de la rivi&#232;re nous attendait le fr&#232;re de Paula venu nous chercher en charrette &#224; bras.	Il m'installa dedans avec les bagages. Les roues &#233;taient en bois et j'eus bien du mal &#224; me tenir tant j'&#233;tais secou&#233;e. Une fois devant la maison, quel tintamarre : le chien aboya en venant &#224; notre rencontre, les poules, les oies et les canards nous accueillirent en poussant de grands cris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les parents de Paula nous attendaient sur le pas de la porte. Ils nous ont conduites dans une vaste pi&#232;ce, une pi&#232;ce unique, avec en son centre un grand feu qui r&#233;chauffa instantan&#233;ment les transies que nous &#233;tions. Ils &#233;taient chaleureux, s'empressaient autour de nous. Comme je ne les comprenais pas, Paula servait d'interpr&#232;te. Tr&#232;s vite, tous les voisins d&#233;fil&#232;rent pour me voir, sans que je comprenne tr&#232;s bien ce qui provoquait leur curiosit&#233;. Je voyais Paula fi&#232;re de l'int&#233;r&#234;t que je suscitais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s vite vint l'heure du coucher. &#171; Ici on se couche avec les poules &#187; a dit le p&#232;re de Paula. Il n'y avait pas de chambres, pas de confort. Autour du feu central nichaient des alc&#244;ves, sortes de cavit&#233;s dans les murs &#224; diff&#233;rentes hauteurs dans lesquelles chacun trouvait place sous un gros &#233;dredon. Toute la famille dormait l&#224;. Ce soir-l&#224;, je dormis dans le m&#234;me lit que Paula. C'&#233;tait convivial parce que la conversation s'engageait entre tout ce petit monde. Bien entendu, je ne comprenais pas un tra&#238;tre mot de ce qui se disait, mais ces sons qui peu &#224; peu se dissipaient me berc&#232;rent jusqu'&#224; m'endormir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dimanche matin, le p&#232;re et le fr&#232;re m'emmen&#232;rent voir les vaches et les porcs. Les poules couraient derri&#232;re nous. Avec mes petits souliers vernis je n'&#233;tais pas pr&#234;te &#224; aller dans les prairies, aussi m'a-t-on donn&#233; une paire de bottes d&#233;j&#224; bien crott&#233;es. J'&#233;tais aux anges ! D&#232;s le dimanche midi, il nous a fallu plier bagage si nous voulions &#234;tre de retour &#224; Bruxelles avant la soir&#233;e. Les adieux furent touchants. On me fit promettre de revenir quand ce serait la kermesse. J'ai conquis ce village et ce village m'a conquise. Je me rends compte &#224; pr&#233;sent que j'ai v&#233;cu l&#224; une exp&#233;rience unique &#224; l'&#226;ge de cinq ans. Je ne me suis pas priv&#233;e d'en faire le r&#233;cit aux enfants de mon &#226;ge d&#232;s mon retour &#224; Bruxelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un dimanche soir, Paula ne rentra pas. Nous n'en avions pas &#233;t&#233; averties. Ma m&#232;re &#233;tait furieuse. Lorsque Paula arriva le lundi matin, ma m&#232;re ne voulut rien savoir de ses explications. &#171; C'est scandaleux &#187; disait-elle. Pauvre Paula ! Je trouvais cette r&#233;primande tr&#232;s injuste de la part de ma m&#232;re car je savais o&#249; se trouvait son village, combien d'heures il fallait pour y arriver&#8230; Ma m&#232;re &#233;tait dure, mais Paula osa lui tenir t&#234;te, ce qui for&#231;a mon admiration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paula avait une vingtaine d'ann&#233;es. Elle resta deux ou trois ans &#224; notre service. Je n'ai aucune id&#233;e de ce qu'elle est devenue apr&#232;s son d&#233;part.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les gueules noires (Jos&#233;-Jeanne W.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1361</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article1361</guid>
		<dc:date>2021-10-03T06:46:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Argent, pauvret&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Homme (r&#244;le)</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les Gueules noires : c'est ainsi que l'on nommait les mineurs lorsqu'ils remontaient &#224; la surface apr&#232;s une p&#233;nible et laborieuse journ&#233;e de travail &#171; &#232;s beur &#187; (dans le bure, dans la mine). &lt;br class='autobr' /&gt;
Petite fille de 7 &#224; 11 ans, &#224; la fin des ann&#233;es 30, j'&#233;tais tr&#232;s impressionn&#233;e de voir ces visages noircis par le travail d'extraction de la houille ; le blanc des yeux tranchait avec la couleur &#171; houille &#187; de la peau ; je croyais voir deux petits phares prot&#233;g&#233;s par un casque rond. Ces hommes me rappelaient (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique154" rel="directory"&gt;Au travail !&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot136" rel="tag"&gt;Argent, pauvret&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot152" rel="tag"&gt;Homme (r&#244;le)&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot166" rel="tag"&gt;Travail&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L96xH150/arton1361-8b50b.jpg?1779779700' width='96' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les Gueules noires : c'est ainsi que l'on nommait les mineurs lorsqu'ils remontaient &#224; la surface apr&#232;s une p&#233;nible et laborieuse journ&#233;e de travail &#171; &#232;s beur &#187; (dans le bure, dans la mine).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Petite fille de 7 &#224; 11 ans, &#224; la fin des ann&#233;es 30, j'&#233;tais tr&#232;s impressionn&#233;e de voir ces visages noircis par le travail d'extraction de la houille ; le blanc des yeux tranchait avec la couleur &#171; houille &#187; de la peau ; je croyais voir deux petits phares prot&#233;g&#233;s par un casque rond. Ces hommes me rappelaient singuli&#232;rement le P&#232;re Fouettard, le &#171; hanscrouff &#187; de Saint-Nicolas. J'avais peur d'eux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, leur sourire semblait exprimer la satisfaction d'avoir &#171; termin&#233; journ&#233;e &#187;, comme on disait, et de retrouver enfin la lumi&#232;re du jour. La chaleur accablante de la mine les d&#233;shydratait compl&#232;tement. Ils avaient de grandes soifs, et besoin de d&#233;tente. Aussi, avant de reprendre le chemin de la maison, bon nombre d'entre eux s'engouffraient dans les deux caf&#233;s exploit&#233;s en face de la sortie du charbonnage du Gosson n&#176;1.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, ils buvaient plus que de raison et y laissaient souvent une partie importante de leur paye, oubliant femme et enfants qui vivaient dans un grand d&#233;nuement. R&#233;guli&#232;rement, des &#233;pouses venaient rechercher leur mari ou envoyaient les enfants pour tenter de ramener leur p&#232;re &#224; la maison ; celui-ci, humili&#233; et m&#233;content, provoquait des disputes se terminant souvent par des violences physiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les charbonnages ont certes fait la richesse de la Wallonie durant de nombreuses d&#233;cennies mais parler de la mine sans souligner la duret&#233; de la condition ouvri&#232;re serait manquer de respect &#224; l'&#233;gard de ces hommes, ces femmes, ces enfants qui y ont laiss&#233; leur sant&#233; et parfois leur vie. Nombreuses ont &#233;t&#233; les victimes du grisou et des accidents de mine. Nombreux aussi ont &#233;t&#233; les actes h&#233;ro&#239;ques au quotidien de ces &#171; Gueules noires &#187; que leur caract&#232;re bourru rendait malgr&#233; tout sympathiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, je me rends mieux compte de ce qu'a &#233;t&#233; la vie de travail de beaucoup d'habitants de mon quartier : travail rude, dangereux, harassant, malsain. Beaucoup y ont perdu la sant&#233;, les poumons &#233;tant atteints de la maladie dite des mineurs, la silicose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#233;crivant ces lignes, je r&#233;alise &#224; quel point j'ai baign&#233; dans cette &#171; culture des charbonnages &#187;, et combien l'histoire, le vocabulaire, la mentalit&#233;, le mode de vie ont fa&#231;onn&#233; mon enfance. En effet, j'ai toujours v&#233;cu &#224; Montegn&#233;e pr&#232;s de Li&#232;ge sur le plateau du Homvent, parsem&#233; depuis le XVIe si&#232;cle de nombreuses bures d'exploitation charbonni&#232;re : Gosson, Petit Corbeau, Ag&#232;sse, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes grands-parents maternels se sont install&#233;s en Wallonie en 1903 pour gagner leur vie, &#224; une &#233;poque o&#249; la Wallonie &#233;tait prosp&#232;re gr&#226;ce &#224; la richesse de son sous-sol : les nombreux charbonnages attiraient une main-d'&#339;uvre nombreuse venue du Limbourg et de Campine, r&#233;gions moins favoris&#233;es &#224; cette &#233;poque. Je me rappelle les cars flamands sillonnant les rues du quartier pour amener les ouvriers mineurs &#224; leur poste de travail et reprendre ceux qui terminaient leur journ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains ouvriers trouvaient &#224; se loger sur place. A une certaine &#233;poque, nous avions chez nous un &#171; logeur &#187;, &#171; Pierket &#187;. Il reniflait r&#233;guli&#232;rement des pinc&#233;es de poivre moulu pour se faire &#233;ternuer : &#171; Il faut &#233;liminer les poussi&#232;res de charbon qui vous collent dans le nez &#187; disait-il avec son accent particulier ; la d&#233;tonation ne se faisait pas attendre : il &#233;ternuait violemment en se cachant le nez dans un grand mouchoir de poche &#224; carreaux bleus ou rouges. Il pratiquait une autre &#171; technique sant&#233; &#187;, comme tous les mineurs d'ailleurs : il chiquait &#224; longueur de journ&#233;e ce que l'on appelle &#171; des chiques de rolle &#187;, que maman vendait aussi au magasin ; il s'agissait de petites boules ou petits rouleaux de feuilles, probablement de tabac, compress&#233;es et mac&#233;r&#233;es dans un jus brun. Ces &#171; chiques de rolle &#187; lubrifient et purifient la gorge des mineurs, disaient-ils ! Il n'est pas rare de voir les l&#232;vres et les dents de ces chiqueurs jaunies et parfois m&#234;me noircies. Mes s&#339;urs et moi &#233;tions fascin&#233;es par ces exercices de pr&#233;vention-sant&#233; r&#233;p&#233;t&#233;s journellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rest&#233; veuf, avec cinq gar&#231;ons &#224; &#233;lever, &#233;duquer et nourrir, mon grand-p&#232;re paternel, Jacques, a fait face avec beaucoup de courage &#224; une situation familiale dramatique dans un contexte social inhumain. Il travaillait 10 &#224; 12 h par jour dans la mine, et dans des conditions plus difficiles encore durant la guerre 1914-1918. Mon p&#232;re a grandi dans la pauvret&#233;, les privations et le manque de pr&#233;sence maternelle. Et &#224; l'&#226;ge de 9 ans, il est &#224; son tour descendu dans les mines du charbonnage du Gosson, et ce jusqu'&#224; son mariage avec maman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la guerre 1940-1945, l'extraction du charbon dans la r&#233;gion li&#233;geoise devint de plus en plus difficile et on&#233;reuse : il fallait parfois descendre &#224; mille m&#232;tres pour acc&#233;der aux veines. Malgr&#233; de nombreuses subventions, les autorit&#233;s d&#233;cid&#232;rent alors la fermeture des charbonnages : le Gosson n&#176;1 a &#233;t&#233; ferm&#233; le 2 mai 1959 et le Gosson n&#176;2 quelques ann&#233;es plus tard, le 29 janvier 1966.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel drame pour les familles des mineurs et pour toute l'activit&#233; commerciale qui s'&#233;tait d&#233;velopp&#233;e autour de cette activit&#233; ! La plupart des travailleurs ont cherch&#233; &#224; se replacer dans les petites entreprises des environs, dans l'industrie sid&#233;rurgique du Bassin de Seraing (Cockerill, Vieille Montagne). Certains n'ont pu retravailler, victimes de maladies des mineurs, dont la silicose.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>J'ai du arr&#234;ter l'&#233;cole &#224; 14 ans (Mani)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1290</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article1290</guid>
		<dc:date>2021-01-14T13:16:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mich&#232;le A&amp;T</dc:creator>


		<dc:subject>Argent, pauvret&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Ecole, &#233;tudes</dc:subject>
		<dc:subject>Travail</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Extrait de &#034;Nous racontons notre vie&#034; &#224; Laeken (2016) &lt;br class='autobr' /&gt;
Ma m&#232;re &#233;tait femme au foyer. Mon p&#232;re, lui, &#233;tait ind&#233;pendant. Il &#233;tait ardoisier- couvreur et plombier. En 1943, il est d&#233;c&#233;d&#233;. J'avais 11 ans. A l'&#233;poque, il n'y avait pas de soutien pour les veuves. Ma m&#232;re est donc rest&#233;e sans ressources. J'aurais aim&#233; devenir infirmi&#232;re mais c'&#233;tait impossible. J'ai d&#251; arr&#234;ter l'&#233;cole &#224; 14 ans. Pour aider notre m&#232;re, mon fr&#232;re travaillait par-ci, par-l&#224;. Moi, je rendais service aux personnes &#226;g&#233;es, je faisais des (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;Tranches de vie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot136" rel="tag"&gt;Argent, pauvret&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot142" rel="tag"&gt;Ecole, &#233;tudes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot166" rel="tag"&gt;Travail&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Extrait de &#034;Nous racontons notre vie&#034; &#224; Laeken (2016)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma m&#232;re &#233;tait femme au foyer. Mon p&#232;re, lui, &#233;tait ind&#233;pendant. Il &#233;tait ardoisier- couvreur et plombier. En 1943, il est d&#233;c&#233;d&#233;. J'avais 11 ans. A l'&#233;poque, il n'y avait pas de soutien pour les veuves. Ma m&#232;re est donc rest&#233;e sans ressources. J'aurais aim&#233; devenir infirmi&#232;re mais c'&#233;tait impossible. J'ai d&#251; arr&#234;ter l'&#233;cole &#224; 14 ans. Pour aider notre m&#232;re, mon fr&#232;re travaillait par-ci, par-l&#224;. Moi, je rendais service aux personnes &#226;g&#233;es, je faisais des m&#233;nages, je faisais de la p&#226;te pour le pain. A 16 ans, j'ai travaill&#233; dans un h&#244;tel. J'y ai &#233;pluch&#233; des patates, lav&#233; la vaisselle. Je gagnais 15 FB par jour. Tout l'argent que je recevais, je le donnais &#224; ma m&#232;re. A la maison, nous avions des poules, des lapins, un potager pour notre propre consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis mari&#233;e en 1954, &#224; l'&#226;ge de 22 ans. Mon mari n'a pas voulu que je travaille. J'ai eu deux enfants &#224; 17 mois d'intervalle. En 1958, maman est venue habiter avec nous et je me suis occup&#233;e d'elle. Par apr&#232;s, j'ai &#233;t&#233; sollicit&#233;e pour travailler &#224; mi-temps au service de l'exp&#233;dition de l'AGEFI. J'&#233;tais adressographe. Pendant 7 ans, j'ai travaill&#233; &#224; la machine pour imprimer les adresses. Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; op&#233;r&#233;e de l'oreille, j'ai cess&#233; de travailler. Je me suis occup&#233;e de mes trois enfants et de ma m&#232;re.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Martine, &#234;tre pauvre, &#234;tre riche</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1252</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article1252</guid>
		<dc:date>2020-11-24T06:45:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mich&#232;le A&amp;T</dc:creator>


		<dc:subject>Argent, pauvret&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Extrait de &#034;Nous racontons notre vie&#034;, Laeken, 2012-13 &lt;br class='autobr' /&gt;
Mes grands-parents sont arriv&#233;s de Flandre &#224; Bruxelles. Un de mes grands-p&#232;res &#233;tait boucher, l'autre cheminot. &lt;br class='autobr' /&gt;
Enfant, j'ai d'abord habit&#233; &#224; Schaerbeek, j'&#233;tais la petite pauvre du quartier et de l'&#233;cole. Un souvenir marquant ? A 7 ans, dans les ann&#233;es 50, j'&#233;tais en deuxi&#232;me primaire, la directrice savait que mon papa ne travaillait pas. Elle m'a fait venir dans son bureau et m'a donn&#233; un pull trop large en laine r&#234;che, r&#233;serv&#233;e aux petits (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;Tranches de vie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot136" rel="tag"&gt;Argent, pauvret&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Extrait de &lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique170'&gt;&#034;Nous racontons notre vie&#034;&lt;/a&gt;, Laeken, 2012-13&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mes grands-parents sont arriv&#233;s de Flandre &#224; Bruxelles. Un de mes grands-p&#232;res &#233;tait boucher, l'autre cheminot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfant, j'ai d'abord habit&#233; &#224; Schaerbeek, j'&#233;tais la petite pauvre du quartier et de l'&#233;cole. Un souvenir marquant ? A 7 ans, dans les ann&#233;es 50, j'&#233;tais en deuxi&#232;me primaire, la directrice savait que mon papa ne travaillait pas. Elle m'a fait venir dans son bureau et m'a donn&#233; un pull trop large en laine r&#234;che, r&#233;serv&#233;e aux petits d&#233;sh&#233;rit&#233;s, et des chaussures &#171; d'handicap&#233; &#187;. Lorsque je suis retourn&#233;e en classe, j'avais honte devant les autres d'&#234;tre ainsi habill&#233;e. De retour &#224; la maison, maman &#233;tait tr&#232;s f&#226;ch&#233;e parce qu'elle &#233;tait couturi&#232;re, et que moi, j'&#233;tais toujours bien habill&#233;e !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un an apr&#232;s, nous avons d&#233;m&#233;nag&#233; dans une habitation sociale, une maison de cit&#233; &#224; Anderlecht. En fait c'&#233;tait la maison de mon grand-p&#232;re, cheminot. Du coup, nous devenions &#171; les riches &#187; ! J'ai d&#233;couvert des familles avec douze enfants, des femmes et des enfants battus, des p&#232;res alcooliques &#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Premier compte en banque (Jacqueline)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1103</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article1103</guid>
		<dc:date>2017-03-07T13:36:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sylvie (A&amp;T)</dc:creator>


		<dc:subject>Amour, mariage, divorce</dc:subject>
		<dc:subject>Argent, pauvret&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Femme, f&#233;minisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Mai 1968. J'ai 19 ans et je ne m'entends plus du tout avec ma m&#232;re et mon beau-p&#232;re. Ils me consid&#232;rent encore comme une enfant ; je dois m&#234;me leur demander la permission pour rentrer tard le soir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je d&#233;cide, sans rien dire &#224; personne, de quitter la maison et d'aller vivre chez Eric. C'est un ami et je le connais depuis plusieurs mois. Nous nous entendons bien. Nous vivons ensemble pendant 6 mois. &lt;br class='autobr' /&gt;
Maman se fait du souci pour moi ; je lui t&#233;l&#233;phone. Une r&#233;union de famille est pr&#233;vue entre Eric et (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;Tranches de vie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot135" rel="tag"&gt;Amour, mariage, divorce&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot136" rel="tag"&gt;Argent, pauvret&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot148" rel="tag"&gt;Femme, f&#233;minisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mai 1968. J'ai 19 ans et je ne m'entends plus du tout avec ma m&#232;re et mon beau-p&#232;re. Ils me consid&#232;rent encore comme une enfant ; je dois m&#234;me leur demander la permission pour rentrer tard le soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je d&#233;cide, sans rien dire &#224; personne, de quitter la maison et d'aller vivre chez Eric. C'est un ami et je le connais depuis plusieurs mois. Nous nous entendons bien. Nous vivons ensemble pendant 6 mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maman se fait du souci pour moi ; je lui t&#233;l&#233;phone. Une r&#233;union de famille est pr&#233;vue entre Eric et mon beau-p&#232;re. Ils vont parler de mon avenir ! Conclusion : nous devons nous marier sinon mon beau-p&#232;re portera plainte. En effet, je n'ai pas encore 21 ans et suis donc mineure et sous la responsabilit&#233; de mes parents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous marions donc en 1971. Nous passons chez le notaire et signons un contrat de mariage. Mes parents nous y obligent. Ce sera un contrat de s&#233;paration de biens. Pourtant je ne poss&#232;de qu'une casserole &#224; pression et un peu d'argent sur mon livret d'&#233;pargne. Mes parents affirment :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Ce contrat veillera &#224; ton ind&#233;pendance dans l'avenir en cas de divorce !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu plus tard, je trouve un travail. Je suis vendeuse dans un grand magasin. Je gagne ma vie. Mon salaire sera vers&#233; sur un compte en banque. Il doit &#234;tre ouvert &#224; mon nom. Il faut r&#233;gler cette affaire. Je vais &#224; la banque le jour de mon cong&#233; hebdomadaire. J'emporte mon contrat de mariage. Je me pr&#233;sente :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Bonjour Monsieur ; je souhaite ouvrir un compte en banque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le guichetier me demande ma carte d'identit&#233;. Je la lui donne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Je vois que vous &#234;tes mari&#233;e. Avez-vous l'autorisation de votre mari ? &lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Mais je n'ai pas besoin de son accord. J'ai un contrat de mariage qui me le permet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sors de mon sac le fameux document. Le guichetier y jette un rapide coup d'&#339;il. Il me dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; J'ai besoin d'une attestation de votre mari.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je commence &#224; m'&#233;nerver. Je lui r&#233;ponds :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Non, Monsieur. Un contrat de &#171; communaut&#233; &#187; de biens exige l'accord du mari. Mais ceci est un contrat de &#171; s&#233;paration &#187; de biens !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'employ&#233;, machiste, ne veut rien entendre. Il continue de s'opposer &#224; ma demande. Pour le coup, je m'&#233;nerve vraiment. J'exige de parler au directeur. Je parle haut et fort. Le directeur accourt. Je lui raconte ma m&#233;saventure. Il semble mieux au courant des lois. Il a aussi plus de respect pour la libert&#233; des femmes. Il ordonne &#224; son employ&#233; d'ouvrir un compte &#224; mon nom. Je suis ravie. J'ai gagn&#233; une bataille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1973, en Belgique, la loi change. Elle permet aux femmes d'ouvrir un compte en banque, sans l'autorisation du mari.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une partie de chasse (Marthe)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article1083</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article1083</guid>
		<dc:date>2016-10-11T23:17:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sylvie (A&amp;T)</dc:creator>


		<dc:subject>Amiti&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Argent, pauvret&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'adolescence est l'&#226;ge des amiti&#233;s passionn&#233;es. L'&#226;ge o&#249; l'on aspire &#224; appartenir &#224; un groupe, o&#249; l'on cherche la reconnaissance et l'indiff&#233;renciation, la fusion peut-&#234;tre. J'aspirais &#224; me fondre dans un milieu que je trouvais &#233;l&#233;gant et romanesque mais qui ne voulait pas de moi et que je trouverais bient&#244;t d&#233;nu&#233; d'int&#233;r&#234;t. Je d&#233;sirais ce qui m'&#233;chappait. Y aurais-je &#233;t&#233; accept&#233;e qu'il ne m'aurait sans doute plus import&#233; d'en &#234;tre. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais une amie de belle aristocratie qui vivait dans un ch&#226;teau &#224; tourelles, chez (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;Tranches de vie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot134" rel="tag"&gt;Amiti&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot136" rel="tag"&gt;Argent, pauvret&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'adolescence est l'&#226;ge des amiti&#233;s passionn&#233;es. L'&#226;ge o&#249; l'on aspire &#224; appartenir &#224; un groupe, o&#249; l'on cherche la reconnaissance et l'indiff&#233;renciation, la fusion peut-&#234;tre. J'aspirais &#224; me fondre dans un milieu que je trouvais &#233;l&#233;gant et romanesque mais qui ne voulait pas de moi et que je trouverais bient&#244;t d&#233;nu&#233; d'int&#233;r&#234;t. Je d&#233;sirais ce qui m'&#233;chappait. Y aurais-je &#233;t&#233; accept&#233;e qu'il ne m'aurait sans doute plus import&#233; d'en &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais une amie de belle aristocratie qui vivait dans un ch&#226;teau &#224; tourelles, chez qui le vouvoiement &#233;tait de rigueur entre parents et enfants, l'anglais aussi, en alternance, tr&#232;s ch&#226;ti&#233;, qui avait des chevaux, allait &#224; la chasse &#224; courre, peaufinait une &#233;ducation &#233;sot&#233;rique pour un jour pouvoir courir les bals o&#249; se rendaient, dans de grands atours, son fr&#232;re et sa soeur a&#238;n&#233;s. Il y avait aussi un endroit myst&#233;rieux et tamis&#233; d'o&#249; les pri&#232;res s'&#233;levaient vers un ciel tr&#232;s priv&#233; : une ravissante chapelle o&#249; se donnait, &#224; l'usage de la famille, la messe dominicale. Le d&#238;ner, d'une grande solennit&#233;, se d&#233;roulait en pr&#233;sence de nombreux domestiques. Invit&#233;e au ch&#226;teau, j'&#233;tais &#8220;souffl&#233;e&#8221;. Je per&#231;us alors un monde inaccessible au commun des mortels et ma maison familiale me sembla subitement une chaumi&#232;re. J'eu, je l'avoue, m&#234;me un peu honte quand on me ramena dans cette chaumi&#232;re qui &#233;tait pourtant une grande maison. J'ai honte d'avoir eu honte de cette maison que j'ai aim&#233;e. L'excitation de s&#233;journer dans ce ch&#226;teau majestueux &#233;tait indescriptible et je me r&#233;jouissais de dormir dans l'une des magnifiques chambres rondes am&#233;nag&#233;es dans les tours&#8230;mais mon amie, elle, habitu&#233;e &#224; ces fastes, trouvait plus excitant de dormir avec un sac de couchage, par terre, dans le grenier. Ce fut la premi&#232;re d&#233;ception terrible du week-end. Le matin, de la lucarne de mon grenier, je vis les pr&#233;paratifs de la chasse : une grande effervescence, des voix distingu&#233;es, des costumes chamarr&#233;s ! Je fus charg&#233;e de tenir les chiens. Cette chasse me parut d'une barbarie inou&#239;e : j'en ai un souvenir noir. Il me semble que j'&#233;tais au bord des larmes. Je n'&#233;tais d&#233;cid&#233;ment pas une aristocrate !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;poque, il y avait certaines &#233;coles qui refusaient les &#233;l&#232;ves &#224; qui manquaient les quartiers de noblesse. Ce fut mon cas dans une &#233;cole qui existe toujours et porte toujours le nom invraisemblable de &#034;Institut de la Vierge Fid&#232;le&#034;. Je ne compte pas non plus le nombre de &#171; cours de danse &#187; o&#249; ma m&#232;re tenta en vain de m'inscrire pour rejoindre le cercle exclusif. Comment surmonter l'humiliation sociale impos&#233;e par ce petit pays born&#233; ? Certaines de mes amies ont continu&#233; &#224; avaler des couleuvres pour tenter vainement d'&#234;tre assimil&#233;es, certaines ont trouv&#233; un mari mais je sais que, jusqu'&#224; la fin de leurs jours, elles n'attinrent que rarement le triomphe escompt&#233; et que le m&#233;pris a continu&#233; de leur coller &#224; la peau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque je n'&#233;tais d&#233;cid&#233;ment pas aristo, je devins alors amie d'une fille d'ouvriers qui habitait un pavillon de banlieue incroyablement modeste et qui passait ces week-ends dans un champ sous tente. Il y avait beaucoup de chaleur sous cette tente glac&#233;e !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ma jupe bleue (Johanna P.)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article897</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article897</guid>
		<dc:date>2012-08-28T10:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Argent, pauvret&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Ecole, &#233;tudes</dc:subject>
		<dc:subject>Couture, v&#234;tement</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; 123 j'ai vu - Des seniors d'aujourd'hui racontent leur enfance d'hier &#187; &lt;br class='autobr' /&gt; Rien ne se perdait chez nous. Maman avait un sens exag&#233;r&#233; de l'&#233;conomie et, depuis le d&#233;but de la guerre, cette qualit&#233; s'&#233;tait encore accentu&#233;e. Elle ne voulait rien acheter parce que tout devenait de plus en plus cher. Elle se r&#233;servait de faire ses achats quand la guerre serait finie croyant qu'alors, les prix redeviendraient normaux. Et en attendant, (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique146" rel="directory"&gt;1,2,3 j'ai vu ...&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot136" rel="tag"&gt;Argent, pauvret&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot142" rel="tag"&gt;Ecole, &#233;tudes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Couture, v&#234;tement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L99xH150/arton897-cf0d3.jpg?1779779700' width='99' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;a href='https://agesettransmissions.be/spip.php?article530' class='spip_in'&gt;Ce texte est issu de notre recueil d'histoires v&#233;cues imprim&#233; sous forme de livre &#171; 123 j'ai vu - Des seniors d'aujourd'hui racontent leur enfance d'hier &#187;&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien ne se perdait chez nous. Maman avait un sens exag&#233;r&#233; de l'&#233;conomie et, depuis le d&#233;but de la guerre, cette qualit&#233; s'&#233;tait encore accentu&#233;e. Elle ne voulait rien acheter parce que tout devenait de plus en plus cher. Elle se r&#233;servait de faire ses achats quand la guerre serait finie croyant qu'alors, les prix redeviendraient normaux. Et en attendant, Maman faisait de la r&#233;cup&#233;ration. Avec les draps de lit usag&#233;s qui se d&#233;chiraient par le milieu, Maman confectionnait, dans les bords encore solides, des essuies de cuisine, des draps de bain, des gants de toilette. Les restes des draps, les plus us&#233;s, servaient encore comme torchons de sol et lavettes de vaisselle. Avec les chemises que Papa avait trop port&#233;es et qui finissaient par s'effilocher, Maman transformait les morceaux encore bons en mouchoirs de poche. Elle travaillait avec art. Tous ces linges de r&#233;cup&#233;ration &#233;taient soigneusement lessiv&#233;s, blanchis, coup&#233;s aux mesures exactes, ourl&#233;s &#224; la machine, repass&#233;s &#224; la perfection et finalement rang&#233;s dans l'armoire en piles bien droites. Nous avions toujours &#224; notre disposition du linge modeste mais parfaitement entretenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, Maman eut l'id&#233;e lumineuse et &#233;conomique de transformer le pantalon de mon fr&#232;re, devenu trop court et &#233;troit pour lui, en jupe pour moi. Cela paraissait d'abord impossible, mais Maman a beaucoup travaill&#233;. Elle a ouvert toutes les coutures du pantalon et, ensuite, elle a d&#233;coup&#233;, dans le tissu, des rectangles et des carr&#233;s de diff&#233;rentes dimensions suivant la possibilit&#233;. Ensuite elle a rassembl&#233; tous ces morceaux pour former un grand rectangle dont elle fit une jupe pour moi. La jupe &#233;tait bien confectionn&#233;e, avec un ourlet, une ceinture et des bretelles. Mais faite de 36 morceaux ! Maman avait eu la coquetterie de mettre les plus grands morceaux au devant de la jupe et les plus petits au dos. J'&#233;tais donc, heureusement, un peu plus pr&#233;sentable de face que de dos. &lt;br&gt;
En ce qui concernait les travaux manuels, Maman &#233;tait une artiste modeste : &#171; C'est une jupe pour aller &#224; l'&#233;cole &#187; s'excusait-elle. J'avais honte de ma jupe. Pour me pr&#233;senter en classe devant la ma&#238;tresse et mes compagnes, j'aurais d&#233;sir&#233; &#234;tre aussi belle que possible...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier jour o&#249; je me suis rendue en classe avec ma &#171; nouvelle jupe &#187;, j'avais huit ans et j'&#233;tais en 2i&#232;me ann&#233;e primaire. J'ai toujours &#233;t&#233; une des plus grandes &#233;l&#232;ves de ma classe. Aussi, j'&#233;tais toujours assise &#224; l'avant-dernier banc. Le tout dernier banc &#233;tait r&#233;serv&#233; aux plus mauvaises &#233;l&#232;ves qui perturbaient les cours. Dans le fond de la classe, celles-ci se faisaient moins remarquer.&lt;br&gt;
Avec ma nouvelle jupe, je suis entr&#233;e en classe en, me faisant aussi petite que possible et me dissimulant derri&#232;re les autres fillettes. J'eus vite fait d'enfiler le tablier noir r&#233;glementaire. Mais notre ma&#238;tresse, que nous devions appeler &#171; Ch&#232;re S&#339;ur &#187;, avait remarqu&#233; mon attitude et entrevu ma jupe. Elle me fixait d'un &#339;il surpris. Toutes les &#233;l&#232;ves install&#233;es, elle m'appela &#224; son bureau. Elle me demanda d'enlever mon tablier noir et de monter sur l'estrade. Ch&#232;re S&#339;ur fixait ma jupe et on voyait qu'elle essayait de comprendre le mod&#232;le. Apr&#232;s m'avoir inspect&#233;e de face, elle me demanda de me retourner. De cette fa&#231;on, je me montrai &#224; elle et &#224; mes petites compagnes sur toutes les coutures. Ch&#232;re S&#339;ur, fort surprise, ne comprenait toujours pas et me demanda des explications. &#171; C'est Maman, lui dis-je, elle a transform&#233; la vieille culotte de mon fr&#232;re en jupe pour moi &#187;. Ch&#232;re S&#339;ur resta pensive et laissa tomber ces deux mots : &#171; Quel ordre ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'&#233;tais pas contente de porter cette jupe, mais je respectais d&#233;sormais le travail de Maman et voulais malgr&#233; tout lui faire plaisir. Rentr&#233;e &#224; la maison, j'ai racont&#233; &#224; Maman comment Ch&#232;re S&#339;ur avait appr&#233;ci&#233; et dit ces mots &#171; Quel ordre ! &#187; Maman &#233;clata de fiert&#233; et toute joyeuse fit part de l'appr&#233;ciation de Ch&#232;re S&#339;ur &#224; mon p&#232;re. Ensuite je l'ai entendue raconter son triomphe &#224; toutes les voisines et amies. Il y a de ceci presque 60 ans, mais je suis toujours heureuse d'avoir donn&#233; ce grand plaisir &#224; Maman. On ne regrette jamais le bien que l'on a fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ann&#233;es de guerre passaient, mais je portais toujours la m&#234;me jupe. Elle &#233;tait bien longue au d&#233;part et pourvue d'un ourlet. Au fil des ann&#233;es de guerre, je grandissais, mais je ne grossissais pas. Trois ans plus tard, la jupe m'allait toujours, sauf qu'elle devenait de plus en plus courte. Finalement, m&#234;me si j'&#233;tais fort maigre, les os de mes hanches s'&#233;largissaient. La jupe, dont le tissu se tendait sur les hanches et les fesses, prenait exactement mes formes, mais le bas de la jupe restait &#233;troit. Parfois je me regardais dans le miroir : la jupe tombait droite au devant mais, vue de profil, elle suivait la forme des fesses puis celle des cuisses. Elle &#233;tait devenue une minijupe fourreau. Autre particularit&#233; de celle-ci : &#224; force de m'&#234;tre assise pendant des ann&#233;es sur les bancs de bois de l'&#233;cole, le dos de la jupe &#233;tait devenu lustr&#233; et brillant . J'avais, sans exag&#233;rer, un miroir au cul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la jupe bleue, je portais les chemises de mon fr&#232;re. Ces chemises &#233;taient toujours soigneusement lav&#233;es et repass&#233;es par Maman. Mais il &#233;tait bien visible que je portais des chemises de gar&#231;on. Les manches &#233;taient trop &#233;troites, la fermeture &#233;tait masculine, de gauche &#224; droite et surtout, tandis que les fillettes portaient des cols ronds, qu'on appelait &#171; cols Claudine &#187;, mes cols &#224; moi &#233;taient &#224; longues pointes. Une petite laine m'&#233;tait n&#233;cessaire pour r&#233;chauffer le tout. Maman me tricota un cardigan avec des restes de laines de toutes les couleurs. Devant mon attitude d&#233;courag&#233;e, elle m'annon&#231;a que tout finirait bien car, le cardigan termin&#233;, elle le plongerait dans une teinture bleu fonc&#233;, ce qui &#233;galiserait le ton du v&#234;tement. Maman avait beaucoup d'id&#233;es et surtout de l'espoir. Finalement, mon cardigan fut bleu de tous les tons, ce qui ne cachait en rien l'origine de cette r&#233;alisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et lorsque mon manteau fut devenu trop petit, j'ai port&#233; la redingote de mon fr&#232;re. Alors je devins un vrai gar&#231;on. Passant une visite m&#233;dicale accompagn&#233;e de Maman, le m&#233;decin, voyant la redingote, demanda : &#171; quel &#226;ge a votre fils ? &#187;. &#171; Mais docteur, r&#233;pondit-elle, c'est une fille. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
Un jour, une dame apitoy&#233;e lui demanda : &#171; Madame, vous devez &#234;tre bien pauvre pour &#234;tre oblig&#233;e d'habiller si mal votre fille. &#187; Maman qui n'avait pas sa langue dans sa poche, surtout quand on la vexait, s'&#233;cria d'une voix forte : &#171; Mais, Madame, j'ai les moyens d'habiller ma fille avec des v&#234;tements neufs chaque jour et de toutes les couleurs, si je le voulais. &#187;&lt;br&gt;
En classe, nous devions porter le tablier noir qui &#233;tait cens&#233; prot&#233;ger nos v&#234;tements. Avec ce tablier noir, j'&#233;tais contente de cacher ma tenue. Mais parfois, nous avions la visite en classe de &#171; Madame l'inspectrice &#187; ou de l'une ou l'autre personnalit&#233; de l'instruction publique. Dans ce cas, Ch&#232;re S&#339;ur nous donnait l'ordre d'enlever nos tabliers. Ces moments-l&#224; &#233;taient pour moi les plus p&#233;nibles car j'exposais devant tous mes humbles v&#234;tements. Je ne savais pas quelle attitude prendre tant j'avais honte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec ma tenue vestimentaire, je n'avais pas beaucoup d'amies. Les &#233;l&#232;ves et m&#234;me Ch&#232;re S&#339;ur &#233;taient attir&#233;es par les petites filles coquettement habill&#233;es. On me prenait pour une pauvresse sans grande valeur. Seules mes deux amies Lily et Loulou m'aimaient beaucoup. &#171; Ne t'en fais pas pour les autres &#187; me disait Loulou, &#171; ce sont toutes des fi&#232;res-cacas &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maman avait un don tr&#232;s particulier, celui de passer d'une d&#233;cision extr&#234;me &#224; l'autre. Elle disait : &#171; Je n'ach&#232;te jamais rien, mais quand je prends la peine de faire une d&#233;pense, je choisis ce qu'il y a de plus beau. &#187; Cette vue de l'esprit avait pour r&#233;sultat qu'aux grandes occasions, j'&#233;tais habill&#233;e comme une princesse.&lt;br&gt;
Je me souviens d'une belle robe. Elle &#233;tait extraordinaire, en velours rouge, avec un col en plumetis blanc garni de dentelles. Je la portais les jours de f&#234;te &#224; l'&#233;cole et pour la remise des bulletins. Ces jours-l&#224;, Maman ne tressait pas mes cheveux ; j'avais une belle chevelure blonde qui ondulait jusqu'&#224; ma taille. Ou bien Maman me mettait des bigoudis ; j'avais alors de longues boucles, avec un beau ruban blanc nou&#233; dans les cheveux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disons aussi un mot de mon superbe manteau blanc avec lequel je portais un chapeau &#171; cow-boy &#187; en feutre blanc. Ainsi, toute de blanc v&#234;tue, &#171; comme un b&#233;b&#233; &#187; disaient les langues de vip&#232;res, j'allais chaque jeudi apr&#232;s-midi &#224; ma le&#231;on priv&#233;e de piano. Maman adorait la musique, j'avais un piano et chaque jour, apr&#232;s avoir termin&#233; mes devoirs et le&#231;ons pour l'&#233;cole, j'effectuais une heure d'exercices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pourrais encore d&#233;crire longuement ma robe en organdi blanc, parsem&#233;e de roses minuscules brod&#233;es &#224; la main ou &#233;piloguer sur mon chapeau &#171; Deanna Durbin &#187;, fid&#232;le copie de celui que portait cette jeune vedette de cin&#233;ma. En fait, j'aurais tout simplement souhait&#233; &#234;tre habill&#233;e &#171; comme tout le monde &#187; car j'avais autant honte du chapeau &#171; cow-boy &#187; blanc que de ma fameuse &#171; jupe bleue &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Histoire de pieds (Annie)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article719</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article719</guid>
		<dc:date>2010-03-17T13:28:53Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Argent, pauvret&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Couture, v&#234;tement</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Depuis ma plus tendre enfance j'ai des probl&#232;mes de pieds ! Pourtant j'&#233;tais tr&#232;s joliment chauss&#233;e hiver comme &#233;t&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
En hiver, c'&#233;tait une paire de hautes bottines Clarck en cuir blanc &#224; lacets, qui enserraient mes chevilles comme des &#233;taux. La semelle &#233;tait en cuir, confortable, s'il neigeait ou gelait ! Elles avaient &#233;t&#233; achet&#233;es &#224; gros prix dans une grande maison. Ma m&#232;re avait d&#233;cr&#233;t&#233;, ne tenant absolument pas compte de l'&#233;tat de mes pieds et de leur croissance, que ces bottines devaient &#234;tre port&#233;es au (...)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;Tranches de vie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot136" rel="tag"&gt;Argent, pauvret&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot173" rel="tag"&gt;Couture, v&#234;tement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis ma plus tendre enfance j'ai des probl&#232;mes de pieds ! Pourtant j'&#233;tais tr&#232;s joliment chauss&#233;e hiver comme &#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En hiver, c'&#233;tait une paire de hautes bottines Clarck en cuir blanc &#224; lacets, qui enserraient mes chevilles comme des &#233;taux. La semelle &#233;tait en cuir, confortable, s'il neigeait ou gelait ! Elles avaient &#233;t&#233; achet&#233;es &#224; gros prix dans une grande maison. Ma m&#232;re avait d&#233;cr&#233;t&#233;, ne tenant absolument pas compte de l'&#233;tat de mes pieds et de leur croissance, que ces bottines devaient &#234;tre port&#233;es au moins trois saisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re saison mes magnifiques bottines avaient un d&#233;faut : celui d'&#234;tre trop grandes. De sorte que je devais compenser ce d&#233;faut par le port de chaussettes &#233;l&#233;gantes blanches en laine. En plus l'extr&#233;mit&#233; des bottines &#233;tait combl&#233;e par de l'ouate sur laquelle butaient mes orteils. Malgr&#233; ces deux mesures, je devais recroqueviller mes orteils pour avancer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me saison c'&#233;tait mieux ! Mes pieds avaient grandi, les chaussures avaient presque la bonne pointure. Restait l'inconfort des semelles en cuir parfaitement glissantes comme le patin d'un fer &#224; repasser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me saison c'&#233;tait &#224; nouveau l'enfer ! Cette fois mes pieds avaient froid car les chaussettes en laine avaient &#233;t&#233; remplac&#233;es par de fines chaussettes en coton. Malgr&#233; tout les bottines &#233;taient devenues trop petites. Elles me serraient les pieds, me rappaient les talons. A force de frottement, j'avais de grosses phlyct&#232;nes. Mes chevilles frottaient douloureusement dans les bottines au point d'&#234;tre bless&#233;es &#224; sang. Je dois me prot&#233;ger avec des morceaux de tissus blancs bouillis pour absorber les s&#233;cr&#233;tions. J'ai mal. ! Je n'en peux plus ! La souffrance me pince le c&#339;ur. Je devais plus que jamais garder mes orteils recroquevill&#233;s pour pouvoir encore marcher. Mes orteils se r&#233;tractent de plus en plus. Des oignions apparaissent sur les articulations de mes orteils sauf les gros qui ont la bonne id&#233;e d'&#234;tre plus courts que les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la belle saison,j'avais une paire de mignonnes ballerines en vernis noir, qui bien entendu, devaient aussi tenir trois saisons. Je les portais avec des chaussettes blanches qu'il m'&#233;tait interdit de salir. Ces chaussettes glissaient perp&#233;tuellement sur mes maigres chevilles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle obsession ! A chaque pas, je les sentais descendre sur mes mall&#233;oles. Je me baissais donc pour les remettre en bonne place. Ce tic me valut les sarcasmes de ma m&#232;re qui me lan&#231;ait de mani&#232;re peu am&#232;ne :&lt;br&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Tiens, voil&#224; Miss chaussettes-culotte ! &lt;br&gt;
J'ex&#233;cutais en effet un mouvement coordonn&#233; lorsque ma culotte &#224; l'&#233;lastique fatigu&#233;, m'abandonnait dans une descente vers mes hanches maigrichonnes, pour continuer le chemin au-del&#224; de l'ombilic et enfin se retrouver sans retenue aucune &#224; mi-cuisses d&#233;nudant mon pubis imberbe d'enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les averses de pluie ou de neige fondante &#233;taient ma hantise. Le sol &#233;tait glissant pour mes bottines ou ballerines chics et ch&#232;res. J'avais la phobie de la chute sur les cailloux de Bruxelles dits &#171; les chapeaux boules &#187;. Je n'avais que 6 ans mais ma d&#233;marche &#233;tait aussi peu assur&#233;e que celle d'une personne afflig&#233;e d'une maladie de Parkinson. J'avais peur de marcher, peur de tomber, je craignais la fracture et les reproches de ma m&#232;re. J'empruntais les bordures des trottoirs taill&#233;es en pierre bleue l&#233;g&#232;rement stri&#233;e, comme les marches des &#233;glises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes chaussures &#233;taient mon cauchemar &#233;veill&#233; ! Mes tentatives pour ne pas les abandonner sur les pav&#233;s lorsqu'elles &#233;taient trop grandes et continuer &#224; marcher quand elles &#233;taient trop petites furent un r&#233;el succ&#232;s pour les chaussures et un d&#233;sastre pour mes pieds. J'en ai d&#233;form&#233; mes orteils, &#224; tel point que j'ai &#233;t&#233; op&#233;r&#233;e &#224; l'&#226;ge de 7 ans d'orteils en griffe et en marteau. J'en garde encore apr&#232;s 60 ans des s&#233;quelles douloureuses et bien des difficult&#233;s &#224; me chausser.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>