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	<title>Ages et transmissions</title>
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	<description>Cr&#233;&#233;e en 97, Ages et Transmissions est une asbl pluraliste bruxelloise permettant aux a&#238;n&#233;s de jouer un r&#244;le actif dans la soci&#233;t&#233;. Elle est reconnue comme organisme d'&#233;ducation permanente par la F&#233;d&#233;ration Wallonie-Bruxelles.</description>
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		<title>Ages et transmissions</title>
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		<title>Christian (Lucienne)</title>
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		<dc:subject>Amiti&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>LGBTQIA+</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;D&#233;but des ann&#233;es 1980, le SIDA fait des ravages dans le monde entier. Les homosexuels sont point&#233;s du doigt. Aucun traitement ne vient en aide &#224; cette &#233;pid&#233;mie. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis assistante aupr&#232;s d'un m&#233;decin qui a mis au point un traitement am&#233;liorant sensiblement l'immunit&#233; de ces malades. Les informations circulent tr&#232;s vite dans cette sph&#232;re tr&#232;s ferm&#233;e et il y a urgence. Les patients affluent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je rencontre de plein fouet et dans des circonstances dramatiques, un monde que je ne connais pas. Dans mon (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;Tranches de vie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot181" rel="tag"&gt;LGBTQIA+&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;D&#233;but des ann&#233;es 1980, le SIDA fait des ravages dans le monde entier. Les homosexuels sont point&#233;s du doigt. Aucun traitement ne vient en aide &#224; cette &#233;pid&#233;mie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis assistante aupr&#232;s d'un m&#233;decin qui a mis au point un traitement am&#233;liorant sensiblement l'immunit&#233; de ces malades. Les informations circulent tr&#232;s vite dans cette sph&#232;re tr&#232;s ferm&#233;e et il y a urgence. Les patients affluent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je rencontre de plein fouet et dans des circonstances dramatiques, un monde que je ne connais pas. Dans mon esprit, &#224; l'&#233;poque, un homosexuel est un homme eff&#233;min&#233;, tr&#232;s mal accept&#233; par la soci&#233;t&#233; bien-pensante, vivant dans la discr&#233;tion. Point. N'&#233;tant pas confront&#233;e &#224; cette diff&#233;rence dans mon entourage, je ne me posais pas de questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de l'accompagnement, de l'&#233;coute de toute cette d&#233;tresse, j'ai d&#233;couvert de tr&#232;s belles personnes, notamment, une amiti&#233; particuli&#232;re et profonde avec mon regrett&#233; Christian.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se pr&#233;sente au cabinet m&#233;dical pour un rendez-vous&#8230;et un &#171; quelque chose &#187; se passe. Il pourrait &#234;tre mon fils. C'est un joli blondinet aux yeux bleu acier malicieux. Comme la plupart des autres patients homos qui consultent, il n'est pas du tout eff&#233;min&#233; bousculant tous mes clich&#233;s et pr&#233;jug&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s rapidement nous devenons amis. Nous nous voyons hors cadre m&#233;dical. Il se sent rassur&#233; avec moi. Relation empathique, chaleureuse. J'adore son humour, son intelligence, sa curiosit&#233;, son sens artistique. Il m'a fait rentrer dans le monde de l'homosexualit&#233;, dans SON monde. Ce ne fut pas toujours facile. J'&#233;tais per&#231;ue comme une intruse, on se m&#233;fiait. Une fois la glace bris&#233;e, je m'y suis fait pas mal d'amis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai entendu combien il &#233;tait douloureux de vivre sa diff&#233;rence en se faisant insulter, culpabiliser, agresser, rejeter. Le d&#233;sespoir aussi devant l'incompr&#233;hension de beaucoup de leurs parents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'ayant pas d'alternatives devant cette mort programm&#233;e, Christian et moi nous inscrivons &#224; toutes sortes de s&#233;minaires, conf&#233;rences, ateliers, etc&#8230;pr&#233;tendant apporter des solutions &#224; cette maladie. Du r&#233;confort au charlatanisme, notre ascenseur &#233;motionnel est mis &#224; rude &#233;preuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce cadre que je c&#244;toie beaucoup d'hommes, la plupart tr&#232;s jeunes, et une jeune fille, infect&#233;s par ce virus. Je les suivrai jusqu'aux derniers moments, le plus souvent &#224; Saint Pierre ou &#224; Saint Luc o&#249; des unit&#233;s particuli&#232;res avaient &#233;t&#233; ouvertes comme maintenant avec la Covid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Christian me disait : &#171; chez les homos tu trouveras beaucoup d'infirmiers, restaurateurs, artistes, coiffeurs, antiquaires, &#8230; &#187;. Toutes des professions n&#233;cessitant de la sensibilit&#233;, de l'esth&#233;tisme. Mais pas que ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Christian n'&#233;tait rien de tout cela mais c'&#233;tait un d&#233;lice de partager avec lui, un film, une exposition, un concert. Amusantes aussi, nos discussions chiffons. Il attachait beaucoup d'importance &#224; l'&#233;l&#233;gance, &#224; l'harmonie des couleurs, &#224; la d&#233;coration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vu la gravit&#233; de la situation, les &#233;changes avec mes amis homos furent empreints de profondeur, d'essentiel, de chaleur humaine et aussi de franches rigolades, d'humour, d'autod&#233;rision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Christian est parti pendant l'&#233;t&#233; 1984. &lt;br&gt;
Il m'a ouvert les yeux et le c&#339;ur sur l'homosexualit&#233;. &lt;br&gt;
Merci Christian.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>L'alibi (Jeannine)</title>
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		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Amiti&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>LGBTQIA+</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Eric a vingt et un an. Ses parents sont en relations avec les miens. Notre fils cherche une partenaire pour aller au bal s de l'Ecole Royale Militaire, leur disent-ils. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je sors d'une aventure amoureuse traumatisante, mes parents esp&#232;rent me changer les id&#233;es. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'accepte la proposition. Le gar&#231;on me t&#233;l&#233;phone et une premi&#232;re rencontre est fix&#233;e devant le cin&#233;ma Arenberg. Je sais qu'il est grand, blond, qu'il a vingt et un ans. Un peu g&#234;n&#233;s tous deux nous brisons la glace. Eric est sympathique, (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Eric a vingt et un an. Ses parents sont en relations avec les miens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Notre fils cherche une partenaire pour aller au bal s de l'Ecole Royale Militaire, leur disent-ils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sors d'une aventure amoureuse traumatisante, mes parents esp&#232;rent me changer les id&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'accepte la proposition. Le gar&#231;on me t&#233;l&#233;phone et une premi&#232;re rencontre est fix&#233;e devant le cin&#233;ma Arenberg. Je sais qu'il est grand, blond, qu'il a vingt et un ans. Un peu g&#234;n&#233;s tous deux nous brisons la glace. Eric est sympathique, apparemment calme et bien &#233;duqu&#233;. Il m'explique qu'il fait des &#233;tudes de polytechnique en tant qu'&#233;l&#232;ve officier &#224; l'Ecole Royale Militaire. Je suis donc invit&#233;e au grand bal annuel. Il m'indique en quelques mots comment cela se passe et me certifie que je serai ravie. Je me pr&#233;pare f&#233;brilement &#224; cette soir&#233;e mythique. Quelques jours plus tard il vient me chercher en voiture chez mes parents. Je le trouve beau dans son bel uniforme d'officier. Je suis gracieuse dans une ravissante robe de bal, pr&#234;te pour une soir&#233;e exceptionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entr&#233;e du b&#226;timent est par&#233;e d'un tapis rouge et de magnifiques bouquets de fleurs. Eric me guide vers la salle principale o&#249; se pressent des jeunes couples qui rivalisent d'&#233;l&#233;gance. Je d&#233;couvre avec ravissement une soci&#233;t&#233; diff&#233;rente de la mienne. Je suis pr&#233;sent&#233;e &#224; ses camarades de promotion, en particulier &#224; son grand ami Jean qui lui fait compliment :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Tu as amen&#233; une charmante jeune fille, lui dit-il en me baisant la main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de la soir&#233;e, ses camarades de promotion me laissent entendre que c'est la premi&#232;re fois qu'Eric est accompagn&#233; d'une jeune fille. Nous profitons des quatre salles de bal r&#233;parties dans les &#233;tages. Je vais de d&#233;couvertes en d&#233;couvertes. Eric est bon danseur et nous appr&#233;cions tous les deux les quatre orchestres qui proposent des musiques et des rythmes diff&#233;rents. Je suis sur un nuage. J'ai le sentiment de vivre un conte de f&#233;e. L'animation g&#233;n&#233;rale, la musique, les grands escaliers, tout m'impressionne. C'est une exp&#233;rience unique pour moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous rentrons au milieu de la nuit et pr&#233;voyons de nous revoir bient&#244;t. Je suis ravie de cette nouvelle relation. J'ose r&#234;ver mais sans trop y croire. En 1955 n'existent ni r&#233;seaux sociaux ni t&#233;l&#233;phones portables. Je dois donc attendre un appel t&#233;l&#233;phonique d'Eric.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s plusieurs semaines d'un silence &#233;trange, Eric m'invite &#224; un apr&#232;s-midi dansant de l'Ecole Militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Je dois te dire que cet &#233;v&#233;nement qui a lieu plusieurs fois par an, est surnomm&#233; &#8216;le pince fesses'.me dit-il, en s'excusant pour cette libert&#233; d'expression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ris car enfin je le trouve moins guind&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son ami Jean est pr&#233;sent, toujours aussi courtois tandis qu'Eric reste pr&#233;venant et affable. Nous avons, lui et moi, de longues conversations, j'ai l'impression que nous commen&#231;ons &#224; &#234;tre en harmonie. Je l'appr&#233;cie beaucoup mais je ne suis pas amoureuse. Au fil du temps, il ne se manifeste que rarement, pas d'appels t&#233;l&#233;phoniques pendant plusieurs semaines. Je suis &#233;tonn&#233;e, un peu d&#233;&#231;ue, mais il se justifie par des missions de d&#233;placement en Angleterre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; - Je te ferai signe &#224; mon retour, me dit-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais d'&#233;tonnement en questionnements. Lors de ces retrouvailles il s'amuse &#224; me raconter ses escapades avec les petites anglaises, anecdotes partag&#233;es bien s&#251;r en connivence avec son ami Jean. Je trouve ces confidences inattendues et d&#233;rangeantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;t&#233;- l&#224; nous partirons &#224; Bruges, &#224; Gand. Et puis nous passons une journ&#233;e tr&#232;s romantique dans les dunes de la mer du Nord. Plus tard nous allons &#224; Deinze o&#249; il souhaite me faire rencontrer sa grand-m&#232;re. Petit &#224; petit nos relations, bien qu'irr&#233;guli&#232;res, se font plus tendres. Il m'embrasse, me sert fougueusement dans ses bras. Et pourtant un jour il s'&#233;loigne de moi et me dit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Prenons nos distances, car je sens que nous pourrions &#234;tre amen&#233;s &#224; des exc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis &#233;tonn&#233;e, surprise, je ne comprends pas cette phrase, cette attitude. Je le trouve singulier. Nous commen&#231;ons pourtant &#224; mieux nous conna&#238;tre et nous parlons beaucoup. Quand la conversation nous am&#232;ne &#224; parler de la vie du couple, il me dit avec aplomb :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; En tout cas, moi, je ferai chambre &#224; part. Je ne supporterais pas de partager un r&#233;veil n&#233;glig&#233; avec ma compagne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avoue qu'il me d&#233;concerte s&#233;rieusement. J'ai connu un autre gar&#231;on avant lui, je sais ce que signifie une relation amoureuse. Son comportement me semble peu banal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour nous parlons lecture, auteurs et il me demande :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='puce_bee'&gt;&lt;/span&gt; Que penses -tu d'Andr&#233; Gide ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;ponds par l'&#233;num&#233;ration de mes lectures, mon admiration pour l'auteur. Je sens que ma r&#233;ponse le d&#233;sar&#231;onne. En 1955, le genre et les tendances sexuelles ne sont pas &#233;voqu&#233;es ouvertement. Je suppose qu'Eric essaye d'ouvrir un d&#233;bat, de me faire r&#233;fl&#233;chir. A quoi ? De quoi veux-t-il m'avertir ? Je ne sais pas. Je suis perturb&#233;e, j'ai dix-huit ans, je me sens mal &#224; l'aise. Trop de choses nous s&#233;parent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une nouvelle absence marqu&#233;e par un silence prolong&#233;, je d&#233;cide de ne pas poursuivre ces rencontres qui ne m'apportent qu'&#233;nigmes et interrogations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s r&#233;flexions et l'analyse de certaines attitudes, je comprends enfin, la r&#233;alit&#233; &#233;vidente : Eric est homosexuel. Je n'&#233;tais qu'un alibi ! Ma pr&#233;sence le rassurait sans doute, lui offrait l'image du jeune homme bien sous tous rapports. Je le d&#233;douanais d'une situation sur laquelle il s'interrogeait lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai r&#233;trospectivement soup&#231;onn&#233; ses parents de m'avoir utilis&#233;e comme &#233;chappatoire &#224; une r&#233;alit&#233; qu'ils refusaient. Je l'ai per&#231;u comme un camouflet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais j'ai compris le d&#233;sarroi d'Eric. J'en ai gard&#233; une tendresse particuli&#232;re pour ce gar&#231;on. Homosexuel il a essay&#233; -sinc&#232;rement sans doute- de combattre ses pulsions. Un combat impossible : son ami Jean &#233;tait le plus fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je n'ai plus jamais eu de leurs nouvelles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Continue d'&#233;tudier l'anglais et le fran&#231;ais ! (Bernard B.)</title>
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		<dc:subject>Amiti&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Voyages</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Lettre &#224; H&#233;l&#232;ne &lt;br class='autobr' /&gt;
Vous &#234;tes toujours l&#224;, je ne vous ai pas oubli&#233;e ! &#192; la fin des ann&#233;es &#8216;50, vous venez parfois nous rendre visite, pour une nuit ou deux, et je vous entends parler de Paris, Munich et Berlin. J'ai 12 ans et j'habite un village en Rh&#233;nanie, dans l'ouest de l'Allemagne. Votre &#233;l&#233;gance et votre fa&#231;on de parler et de bouger me fascinent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Non, je ne vous ai pas oubli&#233;e ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Car vous avez alors dit une phrase qui a d&#233;termin&#233; ma vie. &#171; Continue, Bernard, d'&#233;tudier l'anglais et le fran&#231;ais, cela (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?rubrique48" rel="directory"&gt;Tranches de vie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://agesettransmissions.be/spip.php?mot171" rel="tag"&gt;Voyages&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Lettre &#224; H&#233;l&#232;ne&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Vous &#234;tes toujours l&#224;, je ne vous ai pas oubli&#233;e !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fin des ann&#233;es &#8216;50, vous venez parfois nous rendre visite, pour une nuit ou deux, et je vous entends parler de Paris, Munich et Berlin. J'ai 12 ans et j'habite un village en Rh&#233;nanie, dans l'ouest de l'Allemagne. Votre &#233;l&#233;gance et votre fa&#231;on de parler et de bouger me fascinent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, je ne vous ai pas oubli&#233;e !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car vous avez alors dit une phrase qui a d&#233;termin&#233; ma vie. &#171; Continue, Bernard, d'&#233;tudier l'anglais et le fran&#231;ais, cela va t&#8216;ouvrir des portes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me vois encore accroupi sur le divan dans notre petit salon lorsque j'entends vos paroles. Vous, vous &#234;tes assise &#224; c&#244;t&#233; du po&#234;le et je n'arr&#234;te pas de vous regarder et de vous &#233;couter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis longtemps, je r&#234;ve des villes dont vous me parlez et j'aimerais quitter notre village le plus vite possible. D&#233;j&#224; &#224; cet &#226;ge, je sens les contraintes sociales qui y r&#232;gnent et je les supporte mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Votre phrase est d&#233;cisive puisqu'&#224; partir de ce moment, j'ai une notion de ma vie future : je veux apprendre des langues et voyager comme vous. Je l'ai fait toute ma vie et je vous dois, ch&#232;re H&#233;l&#232;ne, ce grand bonheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la guerre, vous avez pass&#233; un an dans la famille de notre m&#232;re Gudula. Toutes les jeunes femmes &#233;taient alors oblig&#233;es de faire un service civil &#224; la campagne. Le gouvernement terrible de ces ann&#233;es l'exigeait. Depuis ce service, vous revenez de temps en temps &#224; la maison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es '50, vous conduisez une Mercedes noire. La secr&#233;taire qui vous accompagne loge &#224; l&#8216;auberge du village. Quand vous descendez de la voiture, mon c&#339;ur bat plus fort. C'est vous ! Vous &#234;tes enfin l&#224; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; cette &#233;poque, vous travaillez comme repr&#233;sentante de commerce pour des entreprises italiennes et plus tard, j'apprends que vous avez gagn&#233; beaucoup d'argent. Cela vous permet d'acheter un grand terrain en Espagne et d'y faire construire une belle demeure. Un jour, Gudula et Hans vous offrent l'ancienne cloche de la ferme pour votre maison l&#224;-bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au milieu des ann&#233;es '60, vous n'&#234;tes plus venue. Je ne sais pas pourquoi. Parfois, vous avez &#233;crit une carte, c'est tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant quelques &#233;conomies et voulant voyager en France, j'abandonne en '79 mon appartement &#224; Cologne. Apr&#232;s deux mois, j'ai une valise en Normandie et une &#224; Lille. Quand vous m'&#233;crivez : &#171; Viens me voir en Espagne ! &#187; je prends un train de nuit &#224; la gare de Lyon &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous vivez avec un compagnon allemand dans un village pas loin de la fronti&#232;re fran&#231;aise. Monsieur B. est plus &#226;g&#233; que vous, se retire souvent lors de ma visite, nous laisse papoter le soir. La M&#233;diterran&#233;e est partout et c&#8216;est merveilleux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des ann&#233;es '80, nous nous rencontrons soit en Espagne, soit en Allemagne. Vers '90, vous tombez malade et deux ans plus tard, votre compagnon m'informe que vous &#234;tes d&#233;c&#233;d&#233;e du cancer. Vous n&#8216;avez que 68 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;l&#232;ne, vous m'avez tant influenc&#233;, tant motiv&#233; et tout ce dont nous avons parl&#233; dans notre petit salon &#224; la fin des ann&#233;es '50 s'est r&#233;alis&#233;. En apprenant des langues, des portes se sont ouvertes et s&#8216;ouvrent toujours. De plus, j'ai eu la fortune de faire des &#233;tudes, d'avoir des postes int&#233;ressants et de trouver des amis un peu partout dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle chance pour un gar&#231;on qui a grandi &#224; la campagne !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bruxelles le 13 mai 2014&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une partie de chasse (Marthe)</title>
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		<dc:date>2016-10-11T23:17:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sylvie (A&amp;T)</dc:creator>


		<dc:subject>Amiti&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Argent, pauvret&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'adolescence est l'&#226;ge des amiti&#233;s passionn&#233;es. L'&#226;ge o&#249; l'on aspire &#224; appartenir &#224; un groupe, o&#249; l'on cherche la reconnaissance et l'indiff&#233;renciation, la fusion peut-&#234;tre. J'aspirais &#224; me fondre dans un milieu que je trouvais &#233;l&#233;gant et romanesque mais qui ne voulait pas de moi et que je trouverais bient&#244;t d&#233;nu&#233; d'int&#233;r&#234;t. Je d&#233;sirais ce qui m'&#233;chappait. Y aurais-je &#233;t&#233; accept&#233;e qu'il ne m'aurait sans doute plus import&#233; d'en &#234;tre. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais une amie de belle aristocratie qui vivait dans un ch&#226;teau &#224; tourelles, chez (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'adolescence est l'&#226;ge des amiti&#233;s passionn&#233;es. L'&#226;ge o&#249; l'on aspire &#224; appartenir &#224; un groupe, o&#249; l'on cherche la reconnaissance et l'indiff&#233;renciation, la fusion peut-&#234;tre. J'aspirais &#224; me fondre dans un milieu que je trouvais &#233;l&#233;gant et romanesque mais qui ne voulait pas de moi et que je trouverais bient&#244;t d&#233;nu&#233; d'int&#233;r&#234;t. Je d&#233;sirais ce qui m'&#233;chappait. Y aurais-je &#233;t&#233; accept&#233;e qu'il ne m'aurait sans doute plus import&#233; d'en &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais une amie de belle aristocratie qui vivait dans un ch&#226;teau &#224; tourelles, chez qui le vouvoiement &#233;tait de rigueur entre parents et enfants, l'anglais aussi, en alternance, tr&#232;s ch&#226;ti&#233;, qui avait des chevaux, allait &#224; la chasse &#224; courre, peaufinait une &#233;ducation &#233;sot&#233;rique pour un jour pouvoir courir les bals o&#249; se rendaient, dans de grands atours, son fr&#232;re et sa soeur a&#238;n&#233;s. Il y avait aussi un endroit myst&#233;rieux et tamis&#233; d'o&#249; les pri&#232;res s'&#233;levaient vers un ciel tr&#232;s priv&#233; : une ravissante chapelle o&#249; se donnait, &#224; l'usage de la famille, la messe dominicale. Le d&#238;ner, d'une grande solennit&#233;, se d&#233;roulait en pr&#233;sence de nombreux domestiques. Invit&#233;e au ch&#226;teau, j'&#233;tais &#8220;souffl&#233;e&#8221;. Je per&#231;us alors un monde inaccessible au commun des mortels et ma maison familiale me sembla subitement une chaumi&#232;re. J'eu, je l'avoue, m&#234;me un peu honte quand on me ramena dans cette chaumi&#232;re qui &#233;tait pourtant une grande maison. J'ai honte d'avoir eu honte de cette maison que j'ai aim&#233;e. L'excitation de s&#233;journer dans ce ch&#226;teau majestueux &#233;tait indescriptible et je me r&#233;jouissais de dormir dans l'une des magnifiques chambres rondes am&#233;nag&#233;es dans les tours&#8230;mais mon amie, elle, habitu&#233;e &#224; ces fastes, trouvait plus excitant de dormir avec un sac de couchage, par terre, dans le grenier. Ce fut la premi&#232;re d&#233;ception terrible du week-end. Le matin, de la lucarne de mon grenier, je vis les pr&#233;paratifs de la chasse : une grande effervescence, des voix distingu&#233;es, des costumes chamarr&#233;s ! Je fus charg&#233;e de tenir les chiens. Cette chasse me parut d'une barbarie inou&#239;e : j'en ai un souvenir noir. Il me semble que j'&#233;tais au bord des larmes. Je n'&#233;tais d&#233;cid&#233;ment pas une aristocrate !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;poque, il y avait certaines &#233;coles qui refusaient les &#233;l&#232;ves &#224; qui manquaient les quartiers de noblesse. Ce fut mon cas dans une &#233;cole qui existe toujours et porte toujours le nom invraisemblable de &#034;Institut de la Vierge Fid&#232;le&#034;. Je ne compte pas non plus le nombre de &#171; cours de danse &#187; o&#249; ma m&#232;re tenta en vain de m'inscrire pour rejoindre le cercle exclusif. Comment surmonter l'humiliation sociale impos&#233;e par ce petit pays born&#233; ? Certaines de mes amies ont continu&#233; &#224; avaler des couleuvres pour tenter vainement d'&#234;tre assimil&#233;es, certaines ont trouv&#233; un mari mais je sais que, jusqu'&#224; la fin de leurs jours, elles n'attinrent que rarement le triomphe escompt&#233; et que le m&#233;pris a continu&#233; de leur coller &#224; la peau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque je n'&#233;tais d&#233;cid&#233;ment pas aristo, je devins alors amie d'une fille d'ouvriers qui habitait un pavillon de banlieue incroyablement modeste et qui passait ces week-ends dans un champ sous tente. Il y avait beaucoup de chaleur sous cette tente glac&#233;e !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De curieux handicaps ! (Francine)</title>
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		<dc:date>2016-10-11T14:17:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Amiti&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Maladie, handicap</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Une dame rendait r&#233;guli&#232;rement visite &#224; ma m&#232;re. Elle y amenait sa s&#339;ur, Olga, qui faisait l'objet de chuchotements discrets car elle n'&#233;tait pas tout &#224; fait comme les autres. Chez nous, elle &#233;tait accueillie avec beaucoup de respect et d'empathie car son handicap, le nanisme, s'il interpellait au premier regard, ne l'emp&#234;chait pas d'&#234;tre une personne tr&#232;s souriante et attentive aux autres. &lt;br class='autobr' /&gt;
Olga comprit vite que j'&#233;tais un petit animal solitaire et posa sur moi un regard de tendresse et de compassion (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Une dame rendait r&#233;guli&#232;rement visite &#224; ma m&#232;re. Elle y amenait sa s&#339;ur, Olga, qui faisait l'objet de chuchotements discrets car elle n'&#233;tait pas tout &#224; fait comme les autres. Chez nous, elle &#233;tait accueillie avec beaucoup de respect et d'empathie car son handicap, le nanisme, s'il interpellait au premier regard, ne l'emp&#234;chait pas d'&#234;tre une personne tr&#232;s souriante et attentive aux autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Olga comprit vite que j'&#233;tais un petit animal solitaire et posa sur moi un regard de tendresse et de compassion inexistants dans mon entourage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout naturellement, elle m'invita chez elle mais elle habitait assez loin &#224; l'autre bout du village. Elle avait d'ailleurs conseill&#233; que je prenne un raccourci en traversant les champs, id&#233;e qui ne plaisait pas trop &#224; ma m&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, devant ma d&#233;termination, maman consentait &#224; m'amener aux fronti&#232;res des habitations sans manquer d'agiter le spectre des bombardements et des grands dangers qui me mena&#231;aient, moi, petite fille de 5 ans en ces ann&#233;es de fin de guerre. Il est certain que mon d&#233;sir de voir Olga balayait bien vite ces basses recommandations et je m'&#233;lan&#231;ais plus rapide que le vent vers ce chemin d&#233;sert. J'&#233;tais partag&#233;e entre mon c&#339;ur qui me disait : tu vas y arriver et ma raison qui entretenait une sourde angoisse pour les risques r&#233;els cr&#233;&#233;s par les bellig&#233;rants sur notre territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;touffer ces &#233;tats d'&#226;me, je n'avais trouv&#233; qu'une solution, la course !&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand les froids brouillards avaient gagn&#233; le pays, je parcourais ces orni&#232;res gel&#233;es qui ouvraient sur un paysage d&#233;sol&#233;, gris&#226;tre &#224; perte de vue et, perspective aidant, mon but reculait au fur et &#224; mesure de mon avanc&#233;e. Par contre, avec l'arriv&#233;e du printemps, ces &#233;tendues verdissaient et pour mon plus grand plaisir les bl&#233;s poussaient petit &#224; petit jusqu'&#224; me noyer dans les d&#233;dales des &#233;pis arriv&#233;s &#224; maturit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cette longue aventure, mon p&#232;lerinage prenait fin, subitement, devant la porte du jardin d'Olga.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'&#233;tait un moment magique, moi, haletante et elle, qui m'ouvrait les bras ou sa petite taille s'accommodait avec justesse de mon corps d'enfant. La f&#234;te continuait quand elle me pr&#233;parait des tartines au beurre (moi qui ne pouvait avaler le saindoux) avec de la confiture maison, c'&#233;tait mon &#171; Compostelle &#187; &#224; moi et je me r&#233;galais avec d&#233;lice, savoureuse r&#233;compense d'avoir os&#233; aller jusqu'&#224; elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois, je la voyais avec incr&#233;dulit&#233; sortir des touches neuves de sa poche avec ce regard coquin qu'elle savait prendre, m'&#233;pargnant ainsi les lamentations de ma m&#232;re lorsque je les brisais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une de mes t&#226;ches favorites &#233;tait le ramassage des &#339;ufs dans l'immense grange qui sentait si bon le foin. Je m'y appliquais avec soin et &#233;tais bien fi&#232;re de n'en avoir jamais cass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De temps en temps, Gaga, surnom que je lui donnais, me proposait de l'accompagner chez des connaissances. Comme elle &#233;tait vite essouffl&#233;e, elle appuyait sa main sur mon &#233;paule car j'&#233;tais juste &#224; sa hauteur, disait-elle. Cette requ&#234;te me valorisait par-dessus tout, je me sentais importante pour quelqu'un et c'est fi&#232;re comme un paon que je cheminais dans le village en la soutenant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme notre marche &#233;tait tr&#232;s lente, il y avait une grande place pour nos &#233;changes. Elle m'apprit &#224; m'arr&#234;ter pour reconna&#238;tre un oiseau qui s'envolait ou pour &#233;couter son chant mais aussi &#224; lever les yeux vers le ciel pour capter un nuage qui se jouait du soleil. C'&#233;tait une &#233;cole de vie formidable et elle me contait les naissances, les b&#233;b&#233;s, les cycles des saisons avec beaucoup de paix ce qui me changeait du climat ambiant familial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but de mes promenades chez elle, je lui confessai mon &#171; handicap &#187;, me disant que son infirmit&#233; l'aiderait &#224; comprendre mon probl&#232;me. Je lui racontai, g&#234;n&#233;e, que ma m&#232;re me hissait sur le porte-bagage de son v&#233;lo pour acheter du bl&#233; chez les fermiers, guerre oblige, et quand elle se plaignait d'avoir une fille handicap&#233;e, les regards me d&#233;taillaient de la t&#234;te aux pieds pour d&#233;couvrir de quoi je souffrais. Quand les personnes osaient la r&#233;flexion &#171; &#231;a ne se voit pas &#187; elle soupirait et se r&#233;signait &#224; nommer ce qu'elle consid&#233;rait comme une tare : &#171; Elle est gauch&#232;re &#187;. Quand elle entendit ce mot, Gaga partit d'un grand rire sonore et me r&#233;v&#233;la qu'elle aussi l'&#233;tait ! Elle me parla du dicton qui affirme &#171; qu'un gaucher n'est jamais gauche &#187; et conclut qu'au moins nous &#233;tions diff&#233;rentes des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais &#233;berlu&#233;e, je n'avais jamais vu de gaucher et je me trouvais devant une personne &#233;panouie et qui en avait fait une chose positive. Mais alors, elle &#233;tait comme moi ! C'&#233;tait notre lien subtil et profond, un hasard qui ajoutait de la complicit&#233; &#224; notre attirance mutuelle. Une immense amiti&#233; nous habitait qui se transforma bien vite en amour tout court. Je l'ai choisie comme maman de c&#339;ur. On se voyait trois fois par semaine et c'est gr&#226;ce &#224; elle que j'ai trouv&#233; mon &#233;quilibre pendant ces ann&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mes deux amis (Lucie)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article989</link>
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		<dc:date>2014-06-18T10:32:34Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Raton Laveur</dc:creator>


		<dc:subject>Amiti&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'amiti&#233; est pour moi tr&#232;s importante&#8230; elle permet de se confier quotidiennement, de grandir gr&#226;ce &#224; la confrontation des id&#233;es, d'&#234;tre tol&#233;rant par rapport &#224; nos diff&#233;rences, de se soutenir dans les coups durs, de rire ensemble, de vibrer pour les m&#234;mes choses, de se construire gr&#226;ce au regard de l'autre. &lt;br class='autobr' /&gt;
J' ai 2 amis : Marie-Louise et mon fr&#232;re Paul. &lt;br class='autobr' /&gt;
Marie-Louise, je l'ai rencontr&#233;e comme directrice quand je me suis pr&#233;sent&#233;e comme psychomotricienne en 1978. (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'amiti&#233; est pour moi tr&#232;s importante&#8230; elle permet de se confier quotidiennement, de grandir gr&#226;ce &#224; la confrontation des id&#233;es, d'&#234;tre tol&#233;rant par rapport &#224; nos diff&#233;rences, de se soutenir dans les coups durs, de rire ensemble, de vibrer pour les m&#234;mes choses, de se construire gr&#226;ce au regard de l'autre.&lt;br&gt;
J' ai 2 amis : Marie-Louise et mon fr&#232;re Paul.&lt;br&gt;
Marie-Louise, je l'ai rencontr&#233;e comme directrice quand je me suis pr&#233;sent&#233;e comme psychomotricienne en 1978. &lt;br&gt; A force de parler des enfants et de m&#233;thodologie, nous nous sommes rendues compte que nous partagions les m&#234;mes id&#233;aux&#8230;..et petit &#224; petit nous avons parl&#233; de notre vie et partag&#233; nos secrets&#8230; Lorsque ma profession nous a s&#233;par&#233;es, nous avons gard&#233; le contact par t&#233;l&#233;phone et par un repas pris ensemble 1 fois par semaine. &lt;br&gt;
Actuellement, nous nous voyons tous les vendredis soirs avec mon fr&#232;re Paul, et nous nous t&#233;l&#233;phonons 2 &#224; 3 fois par semaine. Elle a &#233;t&#233; le t&#233;moin de mon d&#233;sir d'enfant, puis de l'arriv&#233;e de ceux-ci.&lt;br&gt;
Lorsque George et moi &#233;tions tous 2 &#224; l'h&#244;pital, elle a pris chez elle Nadia, la plus jeune et lui a fait faire des travaux scolaires et surtout l'a &#233;paul&#233;e dans cette &#233;preuve. Le jour de mon retour de clinique, ML est venue ranger ma maison et pr&#233;parer un d&#238;ner de f&#234;te.&lt;br&gt;
Elle m'a toujours &#233;cout&#233;e et a &#233;t&#233; de bon conseil dans les moments difficiles&#8230;..Par contre , j'&#233;vite de lui parler de la sexualit&#233; de mes jeunes car pour elle, on ne se donne qu'&#224; celui qui sera son &#233;poux. Elle me confie aussi les difficult&#233;s de sa vie&#8230; &lt;br&gt; Elle a d&#233;j&#224; fort &#233;volu&#233;, mais reste ferm&#233;e concernant la vie sexuelle, il faut dire qu'elle est c&#233;libataire...&lt;br class='autobr' /&gt;
A c&#244;t&#233; de cela, ML est tr&#232;s dynamique et rieuse&#8230;courageuse aussi car &#224; 72 ans elle est bourr&#233;e d'arthrose et son p&#233;rim&#232;tre de marche est de 500 m.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon autre ami est mon fr&#232;re Paul !&lt;br&gt; A la fin de mes humanit&#233;s, nous nous sommes rapproch&#233;s car nos chambres &#233;taient voisines et nous laissions toujours la porte ouverte. Nous avons parl&#233; pendant des heures &#224; l'&#226;ge des grands id&#233;aux et o&#249; nous allions changer le monde. Lui aussi a 72 ans, mais est tr&#232;s ouvert !&lt;br&gt;
Il s'est mari&#233; quand j'&#233;tais au noviciat et nous n'avons plus eu de contacts que lors des f&#234;tes de famille. On sentait qu'il &#233;tait malheureux en m&#233;nage et il m'a confi&#233; que sa femme buvait.&lt;br&gt;
Lors de mon op&#233;ration pour le cancer du sein, j'ai &#233;t&#233; &#233;tonn&#233;e de ne pas le voir &#224; l'h&#244;pital. Il m'a ensuite expliqu&#233; qu'il &#233;tait parti de chez lui et comptait divorcer. Je lui ai dit que toute la famille se demandait pourquoi il restait avec sa femme et qu'il prenait une bonne d&#233;cision&#8230;je lui ai propos&#233; de venir &#224; la maison en p&#233;riode transitoire&#8230; il est rest&#233; 3 ans. &lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a pu partager ses souffrances familiales et nous nous sommes retrouv&#233;s amis comme avant son mariage. Je l'ai beaucoup &#233;cout&#233; et il a pu retrouver sa confiance en lui, en son jugement et refaire sa vie enfin libre financi&#232;rement et psychologiquement.&lt;br&gt;
Ce que j'admire en lui : c'est sa fid&#233;lit&#233;, son sens des responsabilit&#233;s&#8230;il assume encore compl&#232;tement les frais de son &#233;pouse&#8230;mais il a pris une distance et revit une vie sociale plus normale. Nous nous confions aussi nos joies et nos peines et nous nous &#233;paulons beaucoup. Entre nous il y a de la compr&#233;hension et ce dont je ne peux pas parler avec ML, avec lui je peux l'exprimer.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A trois, avec ML, nous parlons de sujets s&#233;rieux, mais aussi plus l&#233;gers et nous rions souvent ensemble. Tous les trois nous aimons la bonne chair et partageons de bons moments lors de notre souper hebdomadaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Paul et moi aimons tous 2 la musique et avons &#233;t&#233;s ensemble au concours Reine Elisabeth l'an dernier. Nous nous passons des livres qui nous ont plu et en parlons ensemble.&lt;br&gt;
Pour chacun, notre amiti&#233; est tr&#232;s importante car elle nous permet d'avoir l'avis de l'autre devant chaque &#233;v&#233;nement important de notre vie, et le contact r&#233;gulier nous soutien dans la vie de tous les jours.&lt;br&gt;
Quel bonheur d'avoir des amis !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un lien d'amiti&#233; entre g&#233;n&#233;rations (Manou)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article315</link>
		<guid isPermaLink="true">https://agesettransmissions.be/spip.php?article315</guid>
		<dc:date>2007-02-14T08:26:38Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Amiti&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Elle s'appelait Madame Topart, elle devait avoir entre 75 et 80 ans. Moi, j'en avais 5 ou 6, je ne me souviens plus exactement. Je sais seulement qu'aujourd'hui, alors que moi-m&#234;me j'approche de mes 70 ans, son souvenir est encore bien vivant dans ma m&#233;moire et mon c&#339;ur. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous habitions, elle comme moi, le m&#234;me immeuble bourgeois du 15&#232;me arrondissement de Paris. Je vivais avec mes parents, dans un grand appartement confortable. Elle, logeait &#224; l'&#233;tage au-dessus, dans une chambre de bonne. Son (...)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' alt=&#034;&#034; style='float:right' src='https://agesettransmissions.be/local/cache-vignettes/L99xH150/arton315-f491d.jpg?1779783472' width='99' height='150' /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Elle s'appelait Madame Topart, elle devait avoir entre 75 et 80 ans. Moi, j'en avais 5 ou 6, je ne me souviens plus exactement. Je sais seulement qu'aujourd'hui, alors que moi-m&#234;me j'approche de mes 70 ans, son souvenir est encore bien vivant dans ma m&#233;moire et mon c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous habitions, elle comme moi, le m&#234;me immeuble bourgeois du 15&#232;me arrondissement de Paris. Je vivais avec mes parents, dans un grand appartement confortable. Elle, logeait &#224; l'&#233;tage au-dessus, dans une chambre de bonne. Son domaine, une petite pi&#232;ce de quatre m&#232;tres sur trois, avec une fen&#234;tre donnant sur la cour int&#233;rieure de l'immeuble, n'avait ni eau, ni sanitaires ni chauffage. Il fallait sortir sur le palier, partag&#233; par les sept autres locataires, pour acc&#233;der &#224; un w.c. &#224; la turque et un point d'eau. Un petit po&#234;le &#224; charbon &#233;tait connect&#233; &#224; une chemin&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans quelles circonstances avons-nous li&#233; amiti&#233;, elle, la vieille dame, et moi, la petite fille ? Probablement au magasin de &#171; plats pr&#233;par&#233;s &#187; de mes parents o&#249; elle venait sans doute aider &#224; la cuisine, se chauffer et d&#233;jeuner pendant la matin&#233;e. &lt;br&gt;
Ce dont je me souviens tr&#232;s bien, c'est qu'elle exer&#231;ait sur moi une v&#233;ritable fascination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque fin de journ&#233;e, lorsque je rentrais de l'&#233;cole apr&#232;s le go&#251;ter et mes devoirs, je demandais &#224; ma grand-m&#232;re pour monter chez Madame Topart. Elle m'accueillait toujours avec un grand sourire et avait visiblement plaisir &#224; me voir. Elle n'avait plus de famille, son mari et son fils &#233;taient morts &#224; la guerre de 14. Je suppose que j'&#233;tais, dans sa solitude, un rayon de soleil. Lorsque j'arrivais chez elle, il y avait toujours, sur la petite table de bois blanc qui lui servait de table &#224; d&#233;jeuner, une surprise pour moi. Un jour c'&#233;tait un biscuit, un autre jour deux ou trois caramels, ou encore une belle pomme bien rouge lorsqu'elle pouvait s'en procurer. Ces petites douceurs avaient une saveur incomparable et je les d&#233;gustais, ces merveilles, avec d&#233;lice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelquefois elle me demandait de descendre chez l'&#233;picier pour faire une course. Cette responsabilit&#233; m'enchantait. Lorsque je remontais, nous bavardions : elle me demandait ce que j'avais fait &#224; l'&#233;cole, si ma journ&#233;e avait &#233;t&#233; bonne, &#224; quoi j'avais jou&#233; &#224; la r&#233;cr&#233;ation avec mes amies. Moi, je lui confiais tous mes petits secrets, mes joies mais aussi mes peines, mes disputes avec les copines, la ma&#238;tresse qui m'avait punie injustement, ma s&#339;ur qui avait mang&#233; ma ration de chocolat que l'on obtenait, une fois par mois, en &#233;change de tickets J2 ou J3 (junior 2 ou junior 3). Je lui racontais combien j'avais peur le soir de m'endormir seule dans la chambre noire au fond du couloir de notre appartement ; je n'y parvenais que lorsque ma s&#339;ur venait m'y rejoindre. Elle m'&#233;coutait toujours avec beaucoup d'attention et trouvait le mot juste pour me r&#233;conforter ou me faire r&#233;fl&#233;chir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aimais qu'elle me raconte des histoires de sa jeunesse. A l'&#226;ge de 16 ans, elle &#233;tait entr&#233;e comme ouvri&#232;re chez Citro&#235;n. Elle y &#233;tait rest&#233;e 40 ans. A son &#233;poque, les semaines de travail avaient plus de 60 heures et le travail du dimanche existait toujours. Les cong&#233;s pay&#233;s, &#171; &#231;a n'existait pas de mon temps &#187; me disait-elle. &#171; On travaillait toute l'ann&#233;e sans s'arr&#234;ter. &#187; Pour ce labeur et les loyaux services rendus chez Citro&#235;n, on lui avait remis une jolie m&#233;daille dor&#233;e dans un &#233;crin de velours rouge, la m&#233;daille du travail. Elle &#233;tait expos&#233;e sur la chemin&#233;e entre la photo de son mari et celle de son fils. La prendre en main pour l'admirer &#233;tait un grand privil&#232;ge. Sa toute petite retraite lui suffisait &#224; peine pour survivre, surtout en ces temps de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment imaginer qu'elle avait &#233;t&#233; jeune, coquette, heureuse malgr&#233; les difficult&#233;s. Le bal de quartier du samedi soir avec des copines, l'orchestre musette qui l'enchantait, surtout l'accord&#233;oniste, un beau gar&#231;on brun, qui semblait ne jouer que pour elle&#8230; Il &#233;tait devenu son mari, c'&#233;tait un homme tr&#232;s gentil. Elle me parlait de la naissance de son fils et de toutes les difficult&#233;s pour l'&#233;lever en travaillant et avec si peu d'argent&#8230; Les cr&#232;ches communales n'existaient pas, les nourrices &#233;taient ch&#232;res et pas toujours gentilles. Sa fatigue &#233;tait immense mais elle &#233;tait heureuse, sa vie semblait claire et limpide, jusqu'&#224; la guerre o&#249; elle avait tout perdu&#8230; Son regard se tournait vers la chemin&#233;e, vers les deux photos de ses ch&#233;ris et je voyais une larme dans ses yeux&#8230; Je me souviens combien cela me touchait et me fascinait. Je m'approchais d'elle et lui donnais un gros baiser sur sa joue rid&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains soirs, je m'attardais chez elle et si ma grand-m&#232;re ne martelait pas le plafond de sa chambre avec son balai, signal convenu pour me dire de redescendre, Madame Topart me proposait de partager son souper. Oh ! comme j'adorais cela ! Son repas se composait le plus souvent de pommes de terre cuites &#224; l'eau puis assaisonn&#233;es en salade avec des oignons coup&#233;s fins et, quand elle en trouvait, de petits morceaux de harengs fum&#233;s. Aujourd'hui encore, en me souvenant du go&#251;t de ces repas partag&#233;s avec mon amie, je crois que jamais homard ou caviar n'ont eu pour moi plus tard la m&#234;me saveur. J'ai gard&#233; de cette &#233;poque une v&#233;ritable passion pour la salade de pommes de terre et de hareng fum&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Madame Topart est-elle sortie de ma vie ? A son d&#233;c&#232;s dont je n'ai aucun souvenir et que peut-&#234;tre on m'a cach&#233; ?&#8230; Lors de mon d&#233;part &#224; la fin de la guerre, avec ma grand-m&#232;re et ma s&#339;ur, dans l'Yonne pour fuir Paris devenu trop dangereux ?... Je ne sais plus. Ce qui est certain c'est que, apr&#232;s plus de 60 ans, le souvenir de cette amie d&#233;licieuse demeure extr&#234;mement vif, clair et charg&#233; d'&#233;motions. Ce fut, sans nul doute, la relation humaine qui, apr&#232;s ma famille, a le plus marqu&#233; mon enfance.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'amiti&#233; (Philippe)</title>
		<link>https://agesettransmissions.be/spip.php?article102</link>
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		<dc:date>2004-10-04T13:08:58Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Souris verte</dc:creator>


		<dc:subject>Amiti&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Il fait beau, un tout petit vent souffle. &lt;br class='autobr' /&gt;
Devant moi, le sable, la plage. &lt;br class='autobr' /&gt;
Plus loin, la mer. &lt;br class='autobr' /&gt; Assis, bras &#233;cart&#233;s, mes deux mains dans le sable, d'un geste ample je les ram&#232;ne devant moi. Des milliards de petits grains viennent ainsi s'empiler pour cr&#233;er une petite montagne. Le soleil chauffe mon oeuvre tandis que certaines petites particules roulent d&#233;j&#224; jusqu'&#224; leur base. &lt;br class='autobr' /&gt; Plac&#233;s en forme de grue, je plonge une premi&#232;re fois mes deux mains dans ce sable chaud pour capturer puis lib&#233;rer (...)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il fait beau, un tout petit vent souffle. &lt;br&gt;
Devant moi, le sable, la plage.&lt;br&gt;
Plus loin, la mer.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assis, bras &#233;cart&#233;s, mes deux mains dans le sable, d'un geste ample je les ram&#232;ne devant moi. Des milliards de petits grains viennent ainsi s'empiler pour cr&#233;er une petite montagne. Le soleil chauffe mon oeuvre tandis que certaines petites particules roulent d&#233;j&#224; jusqu'&#224; leur base.&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plac&#233;s en forme de grue, je plonge une premi&#232;re fois mes deux mains dans ce sable chaud pour capturer puis lib&#233;rer progressivement l'ensemble de ces &#233;l&#233;ments que le vent l&#233;ger emporte d&#233;licatement vers d'autres lieux. Ce qui me surprend, c'est la chaleur intense de chacun de ces grains qui, une fois partie, me laisse une impression de terrible froideur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense alors &#224; Mumu, jolie fille aux cheveux longs dont elle retirait les fourches &#224; longueur de journ&#233;e. Durant trois ans, nous nous sommes confi&#233;s, tap&#233;s dessus, moqu&#233;s l'un de l'autre, remplissant ainsi nos longues journ&#233;es scolaires. Une amiti&#233; sinc&#232;re qui s'est &#233;vanouie lorsque chacun de nous s'en est all&#233; chercher l'amour, comme si amour et amiti&#233; &#233;taient incompatibles.&lt;br&gt;
Je pense aussi &#224; Albert avec qui j'ai fait les quatre cent coups des vendredis soirs, n'osant m&#234;me pas d&#233;crire ici l'&#233;tat dans lequel certaines de nos soir&#233;es s'achevaient. Longtemps nous sommes rest&#233;s en contact jusqu'au jour o&#249;, non plus le vent mais le tourbillon de la mort l'a emport&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je pense aussi &#224; V&#233;ro, Martine, Patrick... et bien d'autres, autant d'amiti&#233;s aujourd'hui &#233;teintes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je replonge mes mains dans ce sable, mais cette fois, beaucoup plus profond&#233;ment. Je ne ressens plus cette m&#234;me chaleur intense de ma premi&#232;re exp&#233;rience mais &#224; ma grande surprise, l'ensemble des grains ne forme plus qu'une masse humide et collante qui, &#224; sa lib&#233;ration, retourne en un seul bloc &#224; son origine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense alors &#224; ces gens qui s'agglutinent dans des r&#233;ceptions, dans des r&#233;unions priv&#233;es ou professionnelles, et o&#249; tous sont amis. J'ai connu cela. C'est le genre d'endroit o&#249; il vous est impossible de parcourir deux m&#232;tres sans qu'une main ne s'abatte brutalement sur votre &#233;paule et que vos tympans ne vibrent anormalement sous le hurlement du &#171; ah, mon ami, comment vas-tu ? On m'a dit qu'un... &#187; ou &#171; il para&#238;t que... Tu ne devrais pas te laisser faire... Moi, je connais quelqu'un qui... &#187;. Toute l'assembl&#233;e ainsi pr&#233;venue de votre arriv&#233;e, se permettra, au nom de l'amiti&#233;, de vous abreuver de conseils. Ce sont ces m&#234;mes amis, qui plus tard, hors de port&#233;e de votre oreille et sous le sceau du secret, bien s&#251;r, vous critiqueront. Pendant ce temps-l&#224;, vous n'avez encore rien dit ni m&#234;me eu la possibilit&#233; de demander un peu de discr&#233;tion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;-bas, dans le lointain, le soleil a perdu ses reflets jaunes vifs pour afficher une lumi&#232;re teinte rouge orange. Je m'en retourne chez moi ou d&#232;s mon arriv&#233;e, j'occulte tout pour retrouver ma solitude. J'ai rencontr&#233; des milliards de grains de sable, autant d'amis potentiels, ils sont tous partis au fil du temps, au gr&#233; du vent. Du moins, je le crois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ouvre ma main &#224; nouveau, je cherche et&#8230; surprise, il subsiste encore quatre ou cinq petits grains. Je r&#233;fl&#233;chis et d&#233;cide ici de vous en parlez bri&#232;vement. Ce sont quatre ou cinq amis &#224; qui je peux parler et qui m'&#233;coutent. Ils me parlent et je les &#233;coute. Aucun jugement ne sera &#233;mis, aucunes paroles ne seront trahies. Seule chose autoris&#233;e &#233;ventuellement : une suggestion. Entre nous r&#232;gne le plus grand respect. Je ne peux r&#233;sister &#224; vous donner un exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre soir, apr&#232;s un coup de t&#233;l&#233;phone plus que d&#233;plaisant, je me suis retrouv&#233; dans un &#233;tat de tristesse et de solitude extr&#234;me. J'ai repris mon t&#233;l&#233;phone pour composer un num&#233;ro. Je savais lequel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle : allo&lt;br&gt;
Moi : salut, comment tu vas, je ne te d&#233;range pas au moins ?&lt;br&gt;
Elle : je mange avec mon mari et le fils. Comment vas-tu ?&lt;br&gt;
Moi : Excuse-moi, mais j'ai une demande &#224; te faire. Je n'ai pas envie de parler, je suis &#233;nerv&#233;. Tu n'as pas quelque chose d'agr&#233;able &#224; me raconter ?&lt;br&gt;
Elle : nous rentrons juste de vacances et &#8230;&lt;br&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pendant cinq minutes, j'entends un merveilleux r&#233;cit que j'interromps moi-m&#234;me par une derni&#232;re question : &#224; propos, que mangez vous ? Du poisson me r&#233;pond-elle.&lt;br&gt;
Directement apr&#232;s cela, je lui dis : &#171; je pense que je ferais mieux de vous laisser manger. Passez une bonne soir&#233;e &#187;. Notre &#233;change se termine non sans que je ne re&#231;oive une invitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voila&#8230; Comme dans ma demande initiale, aucune question en ce qui concerne mon &#233;nervement. Juste une r&#233;ponse &#224; ma demande. Alors pour moi, voil&#224; quelqu'un qui m&#233;rite vraiment le titre d' &#034;AMIE&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ces amis-l&#224;, cinq doigts suffisent pour les compter. Mais au moins, &#171; EUX &#187;, ce sont de &#171; VRAIS AMIS &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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