Je me souviens bien du 1er août 1993. C’était un dimanche, et donc pas de réveil ce matin-là pour mon épouse et moi, mais plutôt l’occasion de faire grasse matinée et de gazouiller dans le lit avec notre premier fils, Thomas, né 3 mois plus tôt, en mai. Ensuite, je suis allé chercher quelques croissants et couques en chocolat chez le boulanger, pour agrémenter notre petit déjeuner dominical. C’est à mon retour, alors que nous allions passer à table, que ma femme m’interpella, bouleversée. Elle venait d’allumer la radio pour avoir les nouvelles de 8h.

Et c’est ainsi que j’appris la mort du Roi Baudouin ! Oui, Baudouin 1er, Roi des Belges, était décédé la veille au soir, en Espagne, à Motril, précisément dans la villa Astrida, la maison de vacances du couple royal. Cette information, apprise au matin du dimanche 1er août 1993, a été pour moi à la fois choquante et triste.

Pourquoi choquante ? Tout simplement, car personne ne s’y attendait. On savait que le souverain avait une santé fragile. Il avait été opéré à deux reprises dans les années qui précédaient, mais, dans l’ensemble, tout le monde était convaincu qu’il allait bien et avait retrouvé une bonne santé. Ses récentes apparitions souriantes en public semblaient le confirmer.

Pourquoi triste ? Personnellement je ne suis pas spécialement royaliste. Je ne suis pas non plus excessivement sensible ni sentimental. Mais malgré tout, cette nouvelle m’a envahi, avec une profonde tristesse. J’ai vécu la mort du Roi Baudouin comme celle de la perte d’un grand-père. Comme si quelqu’un de ma famille proche était disparu. Tout comme moi, beaucoup de Belges ont été fort attristés par la mort du Roi. Il incarnait la bonté, la gentillesse, la bienveillance. Sa manière de parler, de se déplacer et sa légendaire bonhommie ont forgé, durant toutes ses années de règne, l’image d’un homme au grand cœur, simple et familier.

Ce dimanche 1er août 1993, je suis allé chez le fleuriste acheter un beau bouquet de fleurs blanches. Alors que j’habitais déjà dans le Brabant wallon, je me suis rendu au palais royal de Laeken. Déjà beaucoup de personnes s’étaient rassemblées devant les grilles du palais. Un gendarme en faction est venu à ma rencontre pour prendre mon bouquet et le déposer auprès des nombreuses fleurs déjà alignées sur le terre-plein derrière la grille menant au château.

Rentré à la maison, j’ai feuilleté l’album de collection de timbres-poste que mon père m’avait donné. Celui-ci était philatéliste amateur et avait passé de nombreuses années à constituer une collection complète de tous les timbres-poste émis par la France et la Belgique, d’après lui, les plus beaux timbres du monde. Mon frère a reçu la collection « France » et moi la « Belgique ». J’ai eu plaisir de feuilleter à nouveau l’album et revoir la page consacrée aux premiers timbres-poste belges à l’effigie du Roi Baudouin. C’était une série de 6 timbres : de la plus petite valeur faciale de 1,50 franc, à la plus élevée de …4 francs ! Sur cette première série, le Roi Baudouin paraît si jeune (il faut se rappeler qu’il fut sacré Roi en 1951, alors qu’il n’avait que ….. 20 ans, suite à l’abdication de son père, Léopold III). Autre image qu’il me reste du Roi Baudouin, c’est son visage angélique sur le billet de 20 francs. Un peu plus tard, il apparaîtra aussi sur le billet de 50 francs, mais cette fois pas tout seul, puisque son épouse, la reine Fabiola, était à ses côtés.

André D., né en 1959, le 26 mars 2026

Ce témoignage répond à un appel à textes réalisé en avril 2026 autour de la mémoire collective belge. Découvrez les autres textes pour avoir un tableau contrasté de divers ressentis et regards liés à la mort du Roi Baudouin.

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