Ce texte a été édité dans le recueil "C’est mon histoire...La Belgique", pour publics alpha et FLE, édité en 2016 par Ages et Transmissions.

Je suis née à Ostende en 1940 dans une famille flamande. Ostende est une ville située en Flandre occidentale, sur la côte belge. J’allais à l’école primaire du quartier.
À 6 ans, j’ai eu une maladie grave : la diphtérie. Mes parents m’ont confiée à mes grands-parents maternels. Ils avaient une ferme près d’Ypres, une autre ville flamande. La famille de mon papa habitait dans le même village. Tout le monde respectait les deux familles. Là aussi, je parlais le flamand.

À 11 ans, j’ai rejoint mes parents qui avaient déménagé à Bruxelles. À l’époque, il n’y avait qu’une seule école néerlandophone pour filles. Elle était dans le bas de la ville. Nous habitions à Ixelles, dans le haut de la ville. Maman me disait : « C’est dangereux pour une jeune fille de circuler seule en ville ! » C’est pourquoi, mes parents m’ont inscrite dans une école proche de la maison. Je pouvais y aller à pied. C’était une école francophone.

Certaines filles de l’école se moquaient des Flamands. Elles disaient :
  Les Flamands s’habillent mal, parlent mal. Ils n’ont pas de culture. Ils sont seulement de bons travailleurs.
  Le flamand n’est pas une vraie langue.

Quand je suis arrivée à l’école, je ne connaissais pas bien le français. Pendant la dictée, je faisais une faute à chaque mot ! Mais j’ai vite rattrapé mon retard. À la fin de l’année, j’étais première en grammaire. J’étais bonne élève. Mes compagnes et mes professeurs avaient de l’estime pour moi.

À 18 ans, je suis allée à l’Université de Louvain à Leuven. Elle était encore bilingue à l’époque. Certains de mes compagnons se moquaient des Flamands. Ils les appelaient "les sales Flamands". Ils imitaient l’accent flamand de manière grossière et vulgaire.

À la fin de mes études, je suis allée faire des stages en France. À Paris, on disait que les Flamands étaient courageux, travailleurs, malins et réalistes. Les Français se moquaient volontiers des francophones parce qu’ils avaient un accent belge.
Tout au long de ma vie, j’ai senti le mépris des francophones pour les Flamands : dans les magasins en ville, à l’école, à l’université, au travail. Mais petit à petit, j’ai enlevé de ma tête cette « honte » d’être flamande.

Vu mon expérience de vie, je comprends les personnes qui souffrent à cause d’attitudes et de paroles racistes. J’ai appris à mes enfants à ne jamais mépriser quelqu’un à cause de sa langue et de ses origines. J’ai transmis à mes enfants la curiosité d’autres langues et d’autres cultures.

Texte écrit en 2014

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