Ce texte a été édité dans le recueil "C’est mon histoire...La Belgique", pour publics alpha et FLE, édité en 2016 par Ages et Transmissions.
Je suis né en 1944 dans la région de Liège. Pendant la guerre, mon père est prisonnier en Allemagne. Quand il revient, sa boucherie est en faillite. Il va travailler à la FN, la Fabrique Nationale d’armes de guerre. Elle se situe à Herstal, près de Liège.
Mes parents ont quatre enfants. Ma mère s’occupe de la famille. Mais le couple a des dettes. Maman doit travailler à la FN, elle aussi. Elle sera « femme machine ». Elle part tous les matins à l’usine. Elle doit surveiller plusieurs machines en même temps. Tout doit aller très vite. Chaque geste est minuté. Les pauses sont très courtes et peu nombreuses. La semaine est de 45 heures. Le travail est dur. Les femmes gagnent beaucoup moins que les hommes.
En 1966, les ouvrières décident de faire grève. Elles veulent un salaire égal à celui de l’homme. La radio annonce l’arrêt total du travail. Nous sommes en février. Il fait très très froid. Mais toutes les femmes sont dans la rue. Elles manifestent, elles crient : « À travail égal, salaire égal ». L’usine est à l’arrêt. Les hommes sont au chômage technique. Les salaires ne sont plus payés. L’argent manque dans toutes les familles.
Devant l’usine, les grévistes sont en colère. Les patrons proposent une petite augmentation de salaire. Ce n’est pas suffisant. Les femmes refusent. Les syndicats soutiennent les femmes. Sur la place communale, 3800 femmes discutent, crient, se révoltent. J’ai 22 ans et je les admire. Elles sont très courageuses. Bien sûr, je les soutiens, moi aussi.
Les semaines passent, sans changement. L’atmosphère est lourde. Ma mère pleure souvent. Elle se demande comment nous nourrir et nous chauffer. Nous n’avons plus d’argent. L’angoisse est terrible.
Le 16 mai, enfin, la grève est terminée. Un accord est signé. Le travail sera de 44 heures par semaine au lieu de 45 heures. Les salaires sont augmentés. Maman pleure de joie. La vie redevient normale.
Cette grève de trois mois était nécessaire pour les femmes. Elles sont allées jusqu’au bout, avec courage et volonté. Les ouvrières ont gagné un premier combat.
Le slogan « À travail égal, salaire égal » sera repris aux 4 coins du monde.
Aujourd’hui, des différences de salaire entre hommes et femmes existent encore. C’est fort injuste. Le combat continue.