Au début de ma carrière d’infirmière, j’avais l’impression d’être en stage permanent. Petit à petit, j’ai gagné en autonomie, puis en responsabilités. Depuis mes études en 1967, j’ai vu évoluer la médecine et les techniques : il fallait constamment se tenir à jour. Plus tard, en maison de repos, le rythme des évolutions était moins marqué, mais le problème récurrent restait le même : le manque de personnel.
J’ai toujours connu la pénurie. Les raisons sont simples : salaires bas, horaires difficiles, peu de reconnaissance. Être infirmière est vraiment une vocation. Il faut beaucoup prendre sur soi : c’était très dur, par exemple de concilier ce travail avec une vie de famille, surtout avec des enfants.
Au fil des années, j’ai vu plus d’hommes entrer dans le métier, et beaucoup d’aides-soignantes en formation, souvent d’origine africaine. Les profils du personnel d’hôpital ont changé, tout comme les patients : ils restent de moins en moins longtemps, ce qui rend le travail plus difficile, plus pressé, parfois plus frustrant. A mon départ à la pension en 2007, j’ai pu constater qu’il y avait moins de contacts humains par rapport à mon début de carrière : on n’a plus le temps. L’infirmière fait beaucoup plus qu’avant, mais elle est maintenant très déconsidérée et toujours épuisée. Pourtant, elle porte une lourde responsabilité : une erreur, un oubli peuvent entraîner des conséquences graves pour le patient. Et l’informatisation n’aide pas vraiment notre secteur. Au contraire, on passe un temps fou à de l’administratif qui se multiplie sans vraiment de sens.