Ma formation d’orfèvre dans une école supérieure ne m’a pas préparée à la réalité du métier. À l’époque, en filière artistique, parler de vente était presque tabou. Très jeune, en sortant des études, j’ai ouvert mon magasin. L’accompagnement d’un indépendant dans sa création d’entreprise n’existait pas ou était très peu visible. Rapidement, j’ai été débordée par la charge de travail. Je devais faire un choix : soit refuser des commandes, soit déléguer, sous-traiter. D’artisane, je suis peu à peu devenue cheffe d’entreprise. Je ne travaillais plus souvent de mes mains, je me concentrais sur les prototypes et la création de bijoux.
Malgré tout j’ai adoré mon métier. Le contact avec les clients et le travail en équipe m’ont apporté énormément de plaisir et satisfaction.
Le secteur a profondément changé. Aujourd’hui, on achète beaucoup en ligne sans rencontrer personne. La production est aujourd’hui en grande partie faite dans des pays où les conditions de travail sont précaires. Pour un artisan en Belgique, la concurrence étrangère devient écrasante. Il faudrait pourtant plutôt pouvoir penser en termes de bijou éthique et responsable.
L’impression 3D et les machines à commande numérique ont aussi fait leur apparition : on envoie des fichiers en Asie, et la pièce revient toute faite. La gravure laser qui a détrôné la gravure « fait-main » est parfaite, mais sans âme, sans sensibilité. Le lien humain se perd.
Les vrais créateurs, ceux qui perpétuent la tradition du fait main, deviennent rares. L’informatique a aussi bouleversé la manière de vendre et de payer dans tous les secteurs.
Aujourd’hui les jeunes se lancent souvent via les réseaux sociaux. Ils ont à leur disposition plus d’aide au démarrage : du coaching, des plateformes, des conseils. Mais la formation technique reste un point noir. Trop souvent, les filières manuelles sont dévalorisées. Les écoles techniques n’ont plus la cote. En bijouterie la formation en alternance pose des problèmes, car les stages deviennent difficiles à trouver. De moins en moins de magasins ont leur propre atelier pour accueillir des élèves. Les artisans n’ont plus le temps de former les jeunes et de transmettre leur savoir. En Fédération Wallonie-Bruxelles il n’y a aucune école supérieure enseignant la bijouterie, contrairement à la Flandre où un master est possible et même un doctorat.