J’ai commencé à enseigner au milieu des années 1970, avec pour seuls outils un livre, un tableau noir et de la craie. Le matériel a évolué progressivement : on a introduit les magnétophones, puis les cassettes audios, suivis par la télévision. Il fallait non seulement apprendre à les utiliser, mais aussi aller les chercher, souvent à l’autre bout de l’établissement, s’organiser avec les collègues pour le prêt. À la fin de ma carrière, j’ai connu l’arrivée d’internet et des tableaux interactifs. Là aussi il a fallu apprendre, s’adapter, gérer. Aujourd’hui, les élèves n’écrivent presque plus : ils prennent simplement des photos du tableau.
L’enseignement du français comme langue étrangère a également changé. Au départ, les textes étaient plutôt littéraires ou complètement farfelus. Puis, peu à peu, ils se sont adressés à un public désirant avoir une maîtrise minimale de la langue et de la culture du pays qu’ils allaient visiter. Les situations étaient explicites : apprendre à se présenter, demander son chemin, commander une boisson ou un repas, etc.
Personnellement, j’ai aimé utiliser la technologie comme soutien. Ce qui était le plus important pour moi, c’était de faire parler les étudiants, de créer du lien, d’établir une relation. Je n’ai jamais enseigné à distance. Les étudiants n’aiment pas cela en général, car ils prennent plaisir à se retrouver en salle, à échanger, à vivre un moment ensemble. Une classe est faite de relations humaines.
Je me suis investie humainement dans mon métier, et les étudiants me le rendaient bien. Ce lien humain, justement, me semble menacé aujourd’hui. Je crains que le professeur de demain ne regarde plus vraiment ses élèves en étant vissé à son écran d’ordinateur.