Texte partagé dans le cadre de "Nous écrivons notre vie" 2023-25
Un deuxième bébé est tombé dans les bras de mon fils et de ma belle-fille. Cette fois, un bébé garçon. Il est tout tendre et se laisse aller sur le ventre de sa maman. Il sent bon. Ses yeux, plus bleus que le bleu du ciel, sont de la profondeur du centre de la Terre.
La présence d’une jeune fille au pair se justifie pleinement. Elle est blonde et vient d’un pays de l’Est. Elle est belle, sautillante, curieuse et pleine d’amour.
La jeune fille au pair tend les bras au bébé.
Et moi, je balance les miens d’avant en arrière, dans un élan de joie, inconsciente. Je regarde le bébé avec intensité. Je plonge mes yeux dans son regard.
Je tourne le dos à l’enfant et je pars !
À peine consciente d’être grand-mère, je me sens libérée d’une responsabilité maternelle dévolue aux grands-parents.
Je viens de recevoir une médaille de récompense pour ma longue vie professionnelle.
Je regarde avec espoir ma nouvelle vie qui se pointe à l’horizon.
Une lourde porte s’est refermée définitivement sur ma vie de travail !
Sur le trottoir, mes pas sont légers et mon corps ressemble à celui d’une danseuse débutante et heureuse. Je peux enfin regarder le ciel et m’attarder aux odeurs de la rue.
Je peux enfin marcher lentement et partir voyager autour du monde.
Qu’est-ce que la vie est belle et légère quand on commence à vivre la jeunesse d’une vieillesse qui s’annonce longue et parsemée de petits escaliers qui montent jusqu’au ciel !
Me voici gonflée à bloc pour vivre à fond la partie de ma vie, où mon corps petit à petit diminuera de force et de vigueur.
Me voici prête pour contempler la luminosité de mon esprit et me réfugier dans l’ombre inconnue de la fin de vie.
La fin de vie ? Mais qu’est-ce que je raconte ? Mon entrée dans la « retraite » me rend plus belle, tournée vers mes envies, mes besoins, mes désirs, et je saute de gaieté à chacun de mes pas.
Vive le recul, le repli face à la vie trépidante des personnes actives !
Vive la liberté du dernier tournant de ma vie.
Je ferai le tour du monde.
Je ferai le pèlerinage de Compostelle.
Je reprendrai des cours de chinois, des cours de dessin.
Je raconterai des histoires dans les écoles.
Je ferai des ateliers d’écriture, je deviendrai écrivaine !
Je réinventerai ma vie à travers des mots jaillissant de ma mémoire trouée, et je boucherai tous les trous.
Waw ! Génial la vie d’écrivaine. Dans la tête j’ai déjà plein de romans à écrire avant que la vivacité de ma mémoire ne sombre dans un nuage noir.
Vive la vie de pensionnée,
J’adore !