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    Ce soir du 25 novembre 2011, je me mets à l’ordi pour écrire ces quelques lignes quand mon mari émerge de sa « tanière » au premier étage de notre maison : « rien ne va plus », dit-il… Jamais en cinquante ans de mariage, je n’ai entendu ou vu mon mari aussi découragé. Il y a de quoi : Elio di Rupo a baissé les bras, tout le monde est reparti chez le roi, les nouvelles d’ordre financier ne sont pas bonnes et nous ne savons pas quelle surprise une grande banque va encore nous sortir de sa poche pour nous endetter davantage. Il n’y a vraiment pas de quoi se réjouir. Chez le libraire, cet après-midi certains échangeaient des propos désabusés et inquiets au sujet de la situation de la Belgique, de la situation future de chaque citoyen. Notre pays qui s’en sortait toujours, qui avait le diplôme du compromis se tire des balles dans les pieds ; le fils de… et le fils de…, ne sont pas encore rompus à faire des compromis, à animer des négociations… Et cela devient urgent et l’horizon est fort sombre. Le Belge a perdu le sens de l’humour et de l’auto-dérision.

    Les médias sont devenus le réceptacle de tous les faits divers les plus effrayants et qui d’entre nous n’a pas un pincement quand il rentre chez lui le soir en espérant n’avoir pas été cambriolé ? Nous devenons conditionnés à avoir peur, à adopter le profil bas de la future victime, nous avons des alarmes, des verrous, des portes renforcées. Attention au repli sur soi-même ! S’il faut parler de changements, il y a en là des quantités, lents ou brusques mais inexorables. Les sans papiers, les sans domicile, les sans le sou, les sans … de tout, sont légion et je me demande comment nous allons faire face à plus long terme. Pourquoi sommes-nous effrayés aujourd’hui par des populations qui envahissent nos quartiers ? Est-ce leur nombre, leur façon d’occuper la place, leur religion ? Je ne voudrais pas faire de l’angélisme : les arnaques et les coups bas se multiplient et il est important de chercher à savoir pourquoi. Je voudrais parfois éclater, me sentir libre, oublier que je dois faire attention à mon sac à main, à ceci et à cela, partir en ignorant que le mal existe, récupérer la place dont je crois qu’on m’a privée dans la société, dans mon voisinage où je déambulais sereine.

    Jusque récemment quand je parlais à mon mari de mes craintes dans la rue, il ne disait rien et j’avais l’impression qu’il me voyait comme un peu infirme. Et puis il a été victime d’un essai d’arnaque à la banque. Son attitude me semble avoir changé surtout depuis qu’il a lu que le repère des arnaqueurs étaient les cheveux blancs. Les aînés de la société étaient intouchables, il était scandaleux de s’y attaquer. Mais dans une société de l’avoir est-il vraisemblable de faire des différences ? Les aînés ont parfois des poches bien remplies car ils sont moins attentifs, ils sont moins axés sur les services bancaires et trimballent du « cash ». Un des aspects de nos sociétés qui a fort changé en quelques décennies est l’évolution de la banque de son attitude patriarcale rassurante et immobiliste à un tout à l’ordinateur et la dépersonnalisation qui l’accompagne. Sommes-nous pour autant des « experts en adaptation ». J’ai des doutes car les changements ont été trop rapides. Quand mon mari achevait ses études universitaires en 1958, le boulot ne manquait pas. Ce furent les trente glorieuses et en 1985 les premiers dégraissements, les restructurations comme on aime les appeler, les retraites anticipées jetaient sur le carreau des employés stupéfaits, des « cols blancs », écœurés de se trouver traités comme des objets. On appelait cela « les charrettes de condamnés » comme ceux qu’on envoyait jadis à la guillotine. Nos grands enfants, en particulier dans l’enseignement, n’ont pas trouvé d’emploi et ont pointé au bureau de chômage. Ils se sont orientés différemment, ont repris des études.

    Quand ce fut le tour de mon mari de perdre son emploi, quelque chose en moi s’est cassé et le fait que trois mois plus tard on le rappelait pour reprendre sa place n’a pas arrangé les choses. Et je vois aujourd’hui des licenciements collectifs très durs, des ouvriers et des employés qui se battent espérant retenir ce salaire qui leur échappe et je pense à leurs emprunts éventuels pour leur maison, pour les études de leurs enfants. Quand des sidérurgistes défilent en disant qu’il faut préserver l’outil pour leurs enfants, je crois mal entendre, il faut le préserver pour eux-même d’abord. Quelle débâcle ! Quelle difficulté pour les ménages, pour les plus âgés dont les retraites sont insuffisantes. Et il y a des générations qui arrivent, pleines de leurs jeunes certitudes, de leurs études, de leurs diplômes, de leurs espoirs. Nous sommes assis entre deux chaises car le passé est terminé et le futur est dans l’ombre, le flou. Peut-être sont-ce les certitudes qui nous manquent, ces certitudes qui étaient celles de nos parents. Quelles valeurs avons-nous présentées, quel sens avons-nous su donner à notre vie ? Les valeurs de vie sont toujours nécessaires mais comment faire quand les arnaques, les harcèlements descendent de la génération des adultes aux cours de récréation des primaires ? Quelque chose nous échappe.

    On voit cependant fleurir parfois des expériences de solidarité : habitat intergénérationnel, habitat partagé afin de se maintenir le plus longtemps possible en autonomie, les papas poules des après-midi de congé pour s’occuper des jeunes enfants, les congés parentaux qui ne sont pas pris uniquement par la maman … L’homme, être masculin, a-t-il changé ? Quand les femmes se sont éveillées dans les années ’60-’70, qu’ont-elles pris aux hommes et que leur ont-elles laissé ? Mes parents étaient complètement dépassés par la nouvelle situation et je me souviens de ma mère me disant : « si tu as un lave-vaisselle et toutes ces machines, que vas-tu faire de ce temps libre ? ». Toute mon enfance je l’avais vue étourdie de travaux durs et même parfois dangereux, de tâches répétitrices et lassantes mais toujours à refaire. Et elle s’étonnait que la vie des femmes s’allège. J’avais considéré cela comme pratiquement insultant. Nos mères avaient été débordées par un nombre trop grand d’enfants et elles mirent du temps à accepter la contraception et le pouvoir qu’elle représentait pour nous, le pouvoir de décider. Nous avons heureusement dépassé ce stade-là et nous sommes entraînés à toute vitesse dans un nouveau siècle par les jeunes générations qui croient que la vie leur appartient. Si je regarde la crise que nous traversons, leur vie leur appartiendra-t-elle vraiment ?

    Comment retrouver un optimisme qui ne soit pas irréaliste ? Je me demande parfois si le premier optimisme n’est pas de vivre honnêtement notre temps et de nous dire que les générations qui nous suivent feront leur temps, à leur manière et le monde changera encore. L’homme est appelé à trouver un perpétuel équilibre et l’équilibre, par essence, est toujours menacé. Ce n’est pas pour cela qu’il n’existe pas, ne serait-ce que périodiquement.

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    • message  3564

      Mes insécurités par Lucille

      30 janvier 2012, par anne-marie f

      marie f.Bonjour Lucille, tout ce que vous dites est malheureusement vrai.Mais il y peut être une autre vérité : il y a toujours eu des périodes dans l’histoire où les choses allaient très mal, et toujours les puissants( généralement une poignée) ont eu raison des faibles.
      Pourtant l’homme est toujours là ; il y a ce qu’on appelle une capillarité sociale,des nouvelles générations tirent profit de l’expérience vécue par leurs parents,et c’est d’eux que vient le renouveau et la réflexion.
      Ne pouvons-nous pas envisager que ça arrive aujourd’hui? Que nos jeunes trouvent des issues?
      La Chine, les Indes nous polluent, c’est vrai : ils en veulent, ils découvrent ce que nous avons appelé "le progrès".Mais nous qu’avons-nous fait à la révolution industrielle?
      C’est sûr que ce ne sera pas facile pour nos jeunes, mais moi je leur fais confiance. Ils trouveront une façon de sauver leur monde. D’ailleurs ils ont déja commencé..;


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    • message  3563

      Mes insécurités par Lucille

      26 janvier 2012

      Le sentiment d’insécurité
      Il me semble aussi que la crise économique est loin de se terminer et que nous nous trouvons à la veille d’une mutation importante de notre société. Ne rêvons pas ; dans cette économie mondialisée les droits acquis ne resteront pas acquis, notre pouvoir d’achat risque de diminuer. Quoique fassent nos hommes politiques ils ne peuvent pas grand-chose à l’échelle de la planète face à des géants comme les USA et la Chine. Notre seule chance est de dépasser l’égoïsme communautaire ou nationaliste et de nous intégrer politiquement , économiquement, socialement, financièrement,écologiquement dans une Europe ou les gouvernements auront accepté de se dépouiller de leur autorité. Cette Europe solidaire, démocratique, si elle est déjà ébauchée, est encore à construire. Ce ne sera pas facile mais y renoncer, face à la mondialisation envahissante, ce serait pour beaucoup de nations européennes ,dont probablement la nôtre, le règne de l’insécurité et de l’appauvrissement.
      Jean P


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    • message  3561

      Mes insécurités par Lucille

      24 janvier 2012, par jeannineK

      Bonjour Lucille,
      Merci pour votre texte
      Il m’inspire quelques réflexions
      une certaine angoisse est générée par les médias
      ils sautent à pieds joints dans les situations problématiques, amplifient, assurent leur fond de commerce
      bien sûr la situation générale est difficile, mais nous avons connu d’autres périodes troublées
      sans doute cela va-t-il nous apprendre
      à éliminer enfin toutes ces choses inutiles que le système de consommation nous a imposé
      à réfléchir avant d’agir,à analyser les sources d’infos,
      à relativiser tout évènement.
      l’angoisse n’aide pas , ne fait que se transmettre en s’amplifiant
      il est vain de comparer le quotidien avec le lointain passé
      adaptons nous aux nécessités du moment , faisons preuve d’imagination, de créativité.
      vous terminez d’ailleurs par une belle note d’optimisme
      faisons confiance aux jeunes.
      Tout change, tout bouge et tout se résouds mieux qu’on ne le craint !


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    • message  3559

      Mes insécurités par Lucille

      24 janvier 2012

      Bonjour,
      Je pense que le dernier paragraphe de ce texte est la juste voie à suivre.
      Agréable jeudi à toutes et tous.
      Yvette.


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