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    12. L’ECOLE COMMUNALE ET L’ECOLE DES SOEURS

    Nous avons continué tout naturellement l’école primaire après le jardin d’enfants à l’école communale de la rue de Fierlant. Mon souvenir le plus marquant est celui d’un de nos premiers actes d’indépendance, à ma soeur et à moi. Arrivées à l’école accompagnées de notre mère, comme tous les jours, nous avions constaté qu’il était encore fort tôt et avions décidé de ressortir pour aller chercher des “boules” au “bollewinkel” qui se trouvait dans la même rue, évidemment. Notre sortie ne fut pas repérée mais notre deuxième arrivée, sans Maman, fut remarquée. Nous dûmes avouer la vérité : nous étions sorties de l’école sans permission. L’affaire se solda par une mauvaise note de conduite après que ma mère ait été convoquée à l’école pour apprendre l’affreuse conduite de ses filles. Vingt ans après on en parlait encore.

    Mes parents avaient cependant des doutes quant à la qualité de l’enseignement dans cette école. Pour ma part, j’avais appris à lire et à écrire selon la bonne vieille méthode d’apprendre une lettre à la fois et d’en couvrir des pages entières, dans un cahier à lignes rouges horizontales, deux pour contenir les lettres et une pour arrêter les t, f, g, etc. Avant d’écrire dans un cahier nous avions employé bien sûr une ardoise, rayée d’un côté et quadrillée de l’autre, et une touche. Nous avions une petite éponge pour effacer. Une fois lancées dans les cahiers, nous avions un porte-plume, une plume “ballon”, un petit pot d’encre inséré dans le banc de la classe, et un essuie-plume pour enlever le surplus d’encre sur la plume.

    Le hic c’était que l’école croyait à des méthodes modernes. Ma classe par exemple éditait un journal et comme j’étais bonne élève et que je pouvais me permettre de manquer une partie des cours, c’était toujours moi et quelques autres sans doute, qui me retrouvait à l’”imprimerie”. Mes parents trouvaient ce genre de fantaisie parfaitement superflu. J’allais à l’école pour être en classe et non pas pour faire des fantaisies inutiles. Le comble fut atteint lorsque ma soeur appris à lire par la méthode “globale”. Elle avait appris à écrire une phrase par coeur, en la photographiant littéralement des yeux. Elle savait écrire “le petit écureuil a une queue en panache” mais ma mère n’arrivait pas à lui faire écrire “petit” ou “écureuil”. Elle ne connaissait qu’une chose : “le petit écureuil a une queue en panache”. Au bout de ma troisième année et de sa deuxième année, ils en ont eu marre et nous avons été à l’école des soeurs Apostolines de Saint-Joseph, rue Pierre De Coster, où sans doute un peu de bon sens prévalait.

    L’école des soeurs n’était pas aussi gaie et claire que l’école communale, mais je l’adorais. Il y régnait une atmosphère paisible, les couloirs sentaient la cire et la bougie, le grand préau où nous nous mettions en rangs était sombre. Les soeurs étaient encore habillées comme de vraies religieuses, avec une longue robe noire, une coiffe avec un bord blanc, un chapelet à la ceinture, elles glissaient sans bruit. Il y avait un jardin où nous ne pouvions pas aller mais nous pouvions apercevoir de loin une grotte avec une statue de la Vierge. Il y avait surtout une chapelle où nous passions tous les vendredis après-midi à dire des rosaires. C’est-à-dire que je ne disais rien du tout, n’ayant jamais appris les paroles. J’égrenais les graines de mon chapelet en marmonnant vaguement et en essayant de suivre les autres. Nous avions un tablier noir avec de longues manches et qui se fermait par derrière, des tresses bien serrées, des chaussettes jusqu’aux genoux.

    Soeur Benedicta, qui faisait la classe en quatrième année quand je suis arrivée, a eu pitié de moi qui n’avait même pas de missel et elle m’en a donné un. Une merveille toute simple avec une couverture noire mais en papier bible, doré sur tranche, et contenant tout un monde de mots latins sur la moitié de la page et de leur traduction en français de l’autre. J’apprenais le catéchisme avec ardeur, j’étais bonne élève, je dessinais bien, je cousais bien, je faisais de beaux marquoirs et je brodais bien. Nous écrivions de très belles lettres à nos parents pour la Nouvelle année en leur promettant d’être très sages. Ma soeur n’a jamais vraiment rattrapé son retard en apprentissage de l’écriture et a toujours fait plus de fautes d’orthographe que moi.

    En fait, je n’étais pas complètement convertie. Je me souviens que nous faisions des échanges avec des écoles françaises et notamment avec une école niçoise. Nous leur avions envoyé du chocolat, denrée rare et de moins bonne qualité en France qu’en Belgique et qu’en retour nous avions reçu du mimosa. Je me fichais complètement du mimosa. Je n’avais pas mangé le chocolat et n’avait eu rien d’autre comme friandise à la place. Je pense que l’éducation religieuse avait manqué son but ! En fait ce que j’appréciais c’était le décorum, le mystère et le tralala ! J’adorais les médailles de la Sainte Vierge, les porte-plumes en ivoire qui comportaient un petit renflement en forme de loupe où pouvait voir aussi la Sainte-Vierge, les broderies des aubes et le moment sacré à la messe où les prêtre élevait le calice (en or !) et que où nous ne pouvions pas lever la tête, grand péché ! J’allais à confesse, faisait des actes de contrition, j’étais une parfaite petite catholique mais, sans le savoir, c’était l’aspect extérieur des choses qui me séduisait. Ma soeur était beaucoup plus convaincue et a même parlé un moment de devenir religieuse. Mes parents étaient horrifiés !

    Je n’étais pourtant pas complètement idiote. Je me souviens d’une séance de vaccination en masse où toute l’école y passait. Je ne sais plus s’il s’agissait de polio ou de diphtérie, mais je sais que le vaccin, une piqûre dans le haut du dos, faisait très mal. Une à une, mes compagnes tombaient dans les pommes ou vomissaient. Quand ma classe a dû y passer et que j’étais comme d’habitude, dans les dernières (j’étais toujours dans les dernières, par ordre de taille ou par ordre alphabétique), devant la terreur des premières, j’ai préféré passer devant, que l’affaire soit faite.

    Comme j’ai dit, j’avais un problème, c’est que j’étais la plus grande de chaque classe. A la fin de l’année, il y avait une fête scolaire où nous dansions des danses folkloriques. A chaque fois, j’étais déguisée en garçon et j’avais horreur de ça. J’aurais tellement préféré avoir une jupe à tenir en l’air d’une main d’un air gracieux ! La dernière année, devant mes supplications, l’institutrice a cédé et m’a donné un rôle de fille. J’étais tellement ridicule avec ma petite partenaire qui tenait le rôle du garçon que j’ai dû me rendre à l’évidence, ça n’allait pas ! J’ai dû reprendre mon rôle de grande asperge déguisée en garçon.

    Je ne me souviens pas du tout d’avoir eu des amies dans cette école. Ca a dû cependant être le cas, puisque j’ai encore la photo d’une Marguerite Monnier qui a fait sa communion en même temps que moi.

    MA COMMUNION

    Mes parents avaient obtenu que nous puissions faire notre communion ensemble, ma soeur et moi, pour économiser les frais. Ces frais faisaient terriblement peur à ma mère. Il fallait faire les choses convenablement et ne pas perdre la face vis-à-vis de la famille et du voisinage. Elle se demandait pourtant où elle allait trouver l’argent pour équiper tout le monde de pied en cap, elle-même, mon père et nous les filles, robes de communion et de “deuxième jour”, sans compter les victuailles du dîner. C’est alors qu’un miracle se produisit. Le mari d’une de ses cousines, cousine Adrienne (la soeur de celle qui était rousse) s’appelait Lucien et était représentant en rubans. Grâce à lui nous n’étions jamais en panne de rubans pour attacher nos tresses. Un jour qu’ils étaient en visite quelque temps avant la communion, ce Lucien donna MILLE francs à ma mère pour l’aider à faire face aux frais. Pour vous donner une idée de la splendeur du cadeau, il faut savoir que six ans plus tard, lorsque j’ai commencé à travailler, je gagnais quatre mille francs par mois. Ma mère n’a jamais su ce qui l’avait poussé à faire ce don, mais elle en parlait souvent et lui en a toujours été reconnaissante.

    Après l’achat des robes, du béguin et du voile, de l’aumônière, des gants et du mouchoir orné de dentelle devant entourer le tout nouveau missel, des chaussures blanches, des chaussures beiges, du sac et du chapeau de “deuxième jour”, nous fûmes emmenées chez le coiffeur. Celui-ci nous fit une permanente (je sens encore l’odeur de l’ammoniaque) ce qui après les lavages au savon noir, n’arrangea pas nos cheveux. Pendant des mois, par la suite, nous avons eu des cheveux qui frisottaient parce qu’il n’était plus question de mise en plis pour faire de belles boucles.

    Je ne me souviens absolument pas de la cérémonie. Je me souviens seulement du cortège qui la précédait. Je suppose que nous partions du local paroissial, dans le haut de la rue du Croissant pour rejoindre l’église Saint-Antoine. En tout cas, je me revois très bien en queue de cortège une fois de plus, parce que j’étais plus grande que tout le monde, filles et garçons.

    Ma mère était également inquiète quant à la préparation du dîner. Il devait être servi dans la salle à manger et préparé à la cuisine, qui n’était pas à côté. Il serait pantagruélique et ma mère ne se voyait pas, même en préparant un maximum de choses la veille, passer tout son temps dans la cuisine en laissant ses invités en plan. Comme elle parlait de ses soucis à une de ses locataires, celle-ci lui dit qu’elle avait été cuisinière et qu’elle pouvait l’aider. Pour ma mère se fut une catastrophe complète, car il s’avéra que la soi-disant cuisinière ne savait rien faire, les plats n’arrivaient pas et chaque fois que ma mère allait à la cuisine elle trouvait la bonne femme faisant la vaisselle, ayant d’ailleurs cassé un des verres de cristal du “beau service”. Ma mère avait beau lui dire que la vaisselle pouvait attendre le soir ou le lendemain, rien n’y changeait. Finalement c’est quand même elle qui a dû s’occuper de toutes les préparations. J’ai entendu cette histoire cent fois pour le moins.

    Il faut dire qu’en plus du fait de préparer et de servir de nombreux plats, il a fallu nous rhabiller (nous avions mangé dans notre robe de dessous) pour retourner à l’église pour les vêpres. Nous avons continué les agapes par après. A cette occasion nous avons bu notre premier verre de vin et pas le dernier !

    Suzanne R. 12

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