Nous sommes un mercredi matin aux environs de 10 heures.
Ce dont je me souviens, c’est d’un mal au ventre tenace et constant naturellement couplé à un problème intestinal majeur.
Ce qui est surprenant, c’est qu’en soi, il n’y a aucune raison. La journée a bien débuté et aucune difficulté ne se profile à l’horizon non seulement pour aujourd’hui mais aussi pour les trois jours à venir.
Bien que je n’aie pas encore fait d’études supérieures, j’ai à peine 11 ans, je suis capable de faire mon propre diagnostic. C’est la peur qui me tenaille.
La peur, parce que dans une heure je vais quitter mes parents.

Oh... ce n’est pas la première fois que je me retrouve séparé d’eux, mais cette fois-ci c’est la première fois que je pars sans un membre de ma famille, avec des gens qui me sont totalement inconnus sans compter ce petit village où nous allons, tenu secret d’ailleurs, et qui me parait au bout du monde.
Cinq minutes avant 11 heures, heure précise prévue pour le départ, je suis déposé en hâte devant le bus pour y être embarqué sans même avoir le temps de dire au revoir à mes parents.
C’est ce qu’a imaginé mon père, Roi d’un petit pays à ce jour annexé à la Russie.
Homme richissime mais menacé, il a décidé de m’écarter du milieu familial.

Et me voilà, moi, « François-Thierry Sokoloff Vodjijkovsky », entouré d’une dizaine de jeunes de mon âge que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam, tous un peu surpris de ma présence et très méfiants vis-à-vis de moi, m’interrogeant sans cesse pour finalement m’accepter.

Evidemment, je suis protégé, gâté, soigné, dorloté ... le paradis.
Evidemment, je suis aussi kidnappé, moment désagréable, pour être libéré 24 heures plus tard grâce au courage, la ténacité et la force parfois non contrôlée de mes camarades ( j’en plains encore mes ravisseurs)...

Mais quel souvenir pour moi.
Ce fut « la première fois », mais aussi, « l’unique fois » de ma vie que je fus un « petit prince ».

Et aujourd’hui, quand un moment de nostalgie me tient, je prends mon globe et couvre ma rose pour que le mouton ne la mange pas ...
Puis, je regarde le ciel et ses étoiles et pense à un autre petit prince, celui d’Antoine de Saint-Exupéry...

Alors, pendant un instant, je souris et redeviens un peu « un » petit prince.

Philippe.

2 commentaires Répondre

  • Répondre

    c’est très bien raconté,je trouve.

    c’est à la fois intéressant et émouvant,
    joli récit plein de poésie et grave en même temps.

    Agréable lecture

    merci

    isabelle

  • Jacqueline Répondre

    Pauvre petit Prince émigré qui a gardé assez de courage pour préserver sa Rose ! Comme j’ai envie de connaître la suite de l’histoire...Est-il arrivé en Belgique cet enfant ? Dans notre terre du surréalisme, a t’il trouvé de nombreux moments de bonheur ? Je le souhaite de tout coeur.
    Amicalement. Jacqueline.

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