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    Extrait du cahier « Je raconte ma vie » dans un groupe multiculturel à l’ONA (Œuvre Nationale des Aveugles), Woluwe-Saint-Lambert 2015-2016.

    Salvatore

    A l’école, j’ai eu des problèmes pour apprendre à lire et écrire. Le calcul, ça allait. A 14 ans, quand je suis arrivé à Bruxelles, l’école n’a pas voulu de moi parce que je ne savais ni lire ni écrire. Mes parents m’ont payé des cours particuliers, mais ça n’allait pas.

    C’était très difficile. Tous mes amis lisaient des BD. Ils me disaient « T’as lu, ça, c’est chouette ! » et moi je ne savais que regarder les images.

    Pour me repérer dans la ville, je demandais, sinon je me perdais.

    Je n’ai pas pu suivre mes enfants à l’école. C’est mon ex-femme qui le faisait, mais elle n’avait pas un bon niveau non plus… Heureusement, les enfants n’ont pas eu les mêmes problèmes que moi. Ils ont eu leurs diplômes.

    Dans les administrations, je devais savoir lire ce que m’on demandait, c’était très difficile. Quand j’allais au bureau de chômage ou au travail, je devais toujours passer chez quelqu’un qui savait écrire. J’ai travaillé à la SABENA en cuisine, mais il fallait quand-même remplir des papiers p.ex. pour les congés. En fait, je suis toujours tombé sur des gens gentils : je leur expliquais mon problème et ils m’aidaient, même à l’administration communale.

    Quand j’ai arrêté à la Sabena à cause de la faillite, c’est devenu plus critique : je me présentais chez un patron, je prenais les papiers ; j’allais les faire remplir et ensuite je revenais avec les papiers complétés.

    Alors je me suis dit « Pense un peu à toi, et essaie de t’améliorer ». J’ai commencé à aller à Lire et Ecrire, en 1995-96, il y a 20 ans. Au début, j’avais un peu honte, je ne savais pas qui allait être en face de moi, si on allait se moquer de moi ou pas. Finalement, cela s’est bien passé. Aujourd’hui, je sais lire même si je ne lis pas assez. Je sais aussi écrire mais je fais encore beaucoup de fautes.

    Même en ne sachant pas lire et écrire, je me suis bien débrouillé dans la vie. J’ai appris des métiers, sur le tas, en regardant. Peut-être que si j’avais su lire et écrire, je n’aurais pas pu le faire.

    Je suis fier de moi.

    Bernadette

    Moi, j’ai honte d’avoir des problèmes pour lire et écrire. J’ai difficile à l’avouer. C’est dur pour chercher du travail. Je n’ai encore jamais travaillé en Europe ; j’ai envie mais c’est dur de savoir comment chercher, il faut demander de l’aide, il faut tout le temps chercher sur internet. Remplir des papiers aussi, c’est difficile.

    Avant, je m’appuyais beaucoup sur mon mari. Maintenant, je me débrouille mieux mais parfois, je n’ai pas confiance en moi : je lâche, je panique et je préfère que mon mari ou ma fille le fasse pour moi. Mais si je me concentre, ça va.

    L’école au Congo était en français. Je me débrouillais bien en mathématiques. Je ne comprends pas pourquoi je n’arrive pas à lire et à écrire. En Afrique, si tes parents ne savent pas payer l’école pendant un trimestre, tu ne peux plus aller à l’école. Quand finalement tu y retournes, les autres ont avancé. En Afrique, si tu t’en sors, tu t’en sors, mais si tu ne t’en sors pas, on te laisse là. Ma maman ne savait pas lire. Dans ma famille, il n’y a que moi, qui n’arrivais pas à lire.

    Cela fait trois ans que j’ai commencé à apprendre à Alpha-Andromède. Mes enfants me demandaient : « Maman, je veux que tu me lises ça ». Je ne savais pas (larmes aux yeux). Ma fille a 8 ans, elle sait lire comme moi. Je ne me décourage pas, mais c’est long, c’est dur. Parfois je veux faire plaisir à mes enfants : je leur fais la lecture. Et je me trompe, ma fille me corrige, et ça, ça fait mal.

    Malgré tout, je me sens bien parce que je peux aider mes enfants en calcul. Mais en tant que maman je veux participer à tout.

    Mohammed

    Au Maroc, j’ai appris le français à l’école trois fois par semaine. Parfois on ne s’occupait pas bien de nous parce qu’on était quarante dans la classe. Alors je laissais tomber parce que je ne croyais pas que j’en aurais besoin plus tard. Ma langue maternelle est l’arabe et en arabe, je sais lire et écrire. Quand je suis arrivé en Belgique à l’âge de 25 ans, je me sentais mal parce que je devais recommencer à zéro. Je connaissais le français mais pas assez. Parfois, ça me gêne, mais ce n’est pas ma faute.

    Il y a un an que j’ai commencé à Alpha-Andromède. Aujourd’hui, j’arrive à lire et parler mais écrire est plus compliqué.

    Je suis entouré par des Européens, je sors beaucoup. J’ai envie d’apprendre. C’est dur mais c’est normal que ce soit dur parce que ce n’est pas ma langue maternelle. Je ne suis pas honteux. J’apprends. Il ne faut pas avoir honte d’apprendre.

    Ameneh

    En Iran, j’ai été à l’école normalement. J’ai appris à lire et à écrire le persan.

    Je n’ai pas du tout appris le français en Iran et donc quand je suis arrivée en Belgique avec mon mari dans le coma, je ne connaissais pas un mot de français. A un certain moment, j’ai cru que jamais je n’apprendrais le français. Mais il fallait bien parler avec les gens. Quand le kiné s’occupait de mon mari, j’ai pu un peu commencer à apprendre le français à l’extérieur mais pas régulièrement. L’alphabet en français, ce n’est pas du tout la même chose qu’en farçi qui ressemble à l’arabe. Il a fallu réapprendre de zéro, essayer, essayer, encore essayer. Parfois, j’essayais jusqu’à 4 heures du matin après m’être occupée de mon mari. Je restais réveillée et je lisais en français avec un dictionnaire.

    Quand mon mari est décédé, je suis tombée en dépression. Quand ma fille est arrivée en Belgique, je l’ai aidée. Maintenant, je peux aller régulièrement à Alpha-Andromède.

    Aujourd’hui, le français reste difficile, il y a des mots que je ne connais pas, mais ça va mieux. Je dois toujours travailler. J’aime bien le français. Je suis contente quand je reçois une lettre en français et que je peux la lire, sans demander. Pour écrire une lettre, parfois je dois demander à l’assistant social de Wolu-Services, ou à mon fils. Depuis que je suis venue chez Marie-Paule, j’ai mieux appris à lire et à écrire.

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    • message  16809

      Handicaps et différences (partie 2)

      27 mars 2018, par melodie

      Bonjour, votre article m’est vraiment interessant, merci beaucoup.


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    • message  16808

      Handicaps et différences (partie 2)

      14 mars 2018, par clodomir

      bravo à tous; vous avez du courage!
      de tout coeur avec vous!


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