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    Enfance

    Je suis né au Zaïre en 1972, je suis le neuvième de 12 enfants. J’ai passé mon enfance à Kinshasa.

    Mes parents ont travaillé très dur et avaient peu de moyens matériels. Mon père était ouvrier aux travaux publics, ma mère vendait du poisson fumé au marché. Le poisson fumé, ce n’était pas un produit de luxe comme ici. Très jeunes, nous avons eu l’habitude de nous débrouiller à la maison. Mon père était très sévère. Je l’en remercie aujourd’hui. Nous étions 8 garçons et 4 filles. Il fallait obéir, bien se comporter, ne jamais fumer. Nous n’avons pas manqué d’affection. Le but de mes parents était notre instruction : tout faire pour payer des études aux enfants, même si on n’avait pas grand-chose à manger. L’école publique, à l’époque post-coloniale, était payante. Mes parents se débrouillaient pour payer les études à tout prix. J’ai eu mon premier slip à 6-7 ans !

    Les cours se donnaient par demi-journées : mon frère allait à l’école le matin, moi j’y allais l’après-midi. Nous n’avions qu’une seule paire de basket pour deux. J’attendais son retour avec impatience, car j’avais besoin des baskets pour aller à l’école.

    Nous avions un petit bout de terrain, situé derrière la maison familiale, dans la même parcelle où on cultivait des légumes. Nous mangions rarement du poulet et de la viande. Nous avons tous obtenu le certificat des humanités.

    Ce que j’ai retenu de cette éducation : en tant que parent, on doit tout faire pour l’instruction de nos enfants !

    Travail

    J’ai quitté le Zaïre à 20 ans pour faire des études supérieures à l’Université de Liège. En 1997, j’ai terminé mes études de santé publique et gestion hospitalière.

    J’ai eu très difficile pour trouver du travail. Je suis parti au Congo sans succès. Ce n’était pas le moment. Mais je voulais travailler malgré tout. A l’époque, toute personne qui avait fait des études dans le domaine médical pouvait recevoir un numéro Inami pour travailler comme aide-soignant. A mon retour en Belgique j’ai obtenu un n° d’INAMI et en 2000 j’ai accepté un emploi d’aide-soignant dans une maison de repos à Auderghem.

    Le directeur était âgé, sa fille assumait la direction. Puis, ils se sont disputés et le directeur m’a proposé de reprendre la direction de l’établissement.

    Le 13 mai 2003. C’est une date que je n’oublierai jamais. Du jour au lendemain, j’ai quitté ma veste d’aide- soignant et je me suis présenté en costume et cravate. J’avais fait l’université mais en tant qu’aide – soignant, mes collègues disaient que j’étais courageux de travailler comme eux. Toutefois, dès que je suis devenu directeur, mes premiers ennemis étaient mes collègues d’hier ; certains de mes compatriotes prétendaient obtenir des privilèges que je n’acceptais pas d’octroyer. S’imposer était difficile en particulier avec les Africains. J’avais la responsabilité de 51 lits et d’un personnel de 27 personnes.

    Le directeur était souvent en vacances, je gérais seul la maison de repos.

    En 2006, l’établissement a été vendu. Je me suis retrouvé sans travail, au chômage. Mon épouse était aux études. Ce fut une année très difficile. Je me suis investi dans la politique communale en 2006 et je suis devenu conseiller au CPAS.

    En 2008, je suis devenu adjoint de direction dans une maison « résidence services » à Uccle. J’y suis resté jusqu’en 2011. Ensuite j’ai eu la possibilité de devenir directeur d’une maison de repos à Auderghem. En apprenant mon départ les résidents à Uccle ont tout fait pour me garder ; une pétition a même circulé afin que je reste avec eux.

    Je suis actuellement directeur-adjoint d’une maison de repos à Anderlecht. J’ai demandé à redevenir directeur-adjoint afin de pouvoir avoir plus de temps pour ma famille et pour la politique.

    Aujourd’hui j’ai de très bons contacts avec tous mes collègues mais les plus récalcitrants sont mes compatriotes d’origine africaine qui croient toujours au copinage et attendent de moi des privilèges que je n’ai aucune raison de leur donner. Ils disent parfois : « il se prend pour qui ? il est orgueilleux ! ». Mais moi, je ne suis pas pour le copinage, j’ai des objectifs.

    Mon premier salaire m’a servi à payer mon loyer, mais j’ai aussi envoyé des cadeaux à mes parents, c’est une coutume, une bénédiction pour l’avenir.

    Entre ici et là-bas

    Mon premier choc en arrivant à Bruxelles à l’aéroport en 1992 a été de voir une dame embrasser sur la bouche son mari venu l’attendre à l’arrivée. Dans ma famille c’était une chose tout à fait scandaleuse, même à la maison, on ne voyait pas ça ! J’étais choqué. J’en ai parlé avec mes frères, étudiants à Bruxelles, qui m’ont dit : tu n’as encore rien vu, tu t’y habitueras ! Je m’y suis habitué !

    Je n’avais pas de bourse d’études. Peu de temps après, mes parents n’ont plus pu payer mes études et mon installation en Belgique ; je payais 800 € de minerval car la Belgique et le Congo ont une convention pour les étudiants congolais.

    J’ai donc fait des petits boulots pour survivre et étudier malgré tout : la plonge dans les restaurants, la cueillette des fruits à St Trond. Quand j’avais payé toutes mes charges, il me restait 100 francs belges d’argent de poche. Pour un jeune étudiant, c’était vraiment très dur. C’est ainsi que j’ai vécu et étudié pendant 5 ans.

    Quand j’ai fait la cueillette des fruits, j’ai réalisé la valeur de l’argent : beaucoup de fruits récoltés d’un côté et de l’autre une toute petite rétribution ! Cela m’a donné une idée exacte de la valeur de l’argent : il ne tombe pas du ciel !

    Pour m’habiller, j’allais à Borgerhout chez une dame qui s’occupait du secours catholique et qui nous donnait des vêtements de seconde main et de la nourriture. C’est ainsi que j’arrivais à subvenir à l’essentiel pour vivre.

    Malgré toutes les difficultés, je suis arrivé à poursuivre mes études et j’ai terminé avec une grande distinction. J’en suis fier !

    En 1997 j’avais un beau diplôme et je suis parti au Congo. Mais, sans recommandation et sans « réseau », je n’arrivais à rien. Au Congo, c’est le piston qui te permet de trouver du travail, pas le diplôme. Je suis donc rentré en Belgique.

    Non, je n’ai pas souffert de discrimination en Belgique. C’est plutôt au Congo que je sens que les Blancs passent avant moi aux contrôles ! Tout cela n’a pas été facile mais j’ai eu beaucoup d’aides et aussi de la chance.

    Je retourne actuellement régulièrement au Congo car j’y ai toujours ma maman.

    Si je retournerai au Congo un jour définitivement ? Peut-être, quand je serai à la retraite. La personne âgée y est très respectée. « Un vieux qui meurt est une bibliothèque qui brûle » n’est-il pas un proverbe africain ?

    Etre homme

    La différence entre l’éducation des filles et des garçons ? En ce qui concerne le partage des tâches à la maison, il n’y avait pas de différence, pour les études non plus. Par contre, mes sœurs à l’époque et ma fille maintenant sont plus encadrées, on est plus sévère avec elles notamment par rapport à leurs fréquentations car sinon il y a des risques de dérapage : qu’est-ce qui arriverait si elle est en train de faire ses études et qu’elle tombe enceinte ? Donc, p.ex. si moi, j’arrivais avec 5 minutes de retard après l’école, ce n’était pas grave ; par contre si ma sœur arrivait avec 5 minutes de retard …

    Mes parents avaient 4 filles et 8 garçons, ils étaient exigeants avec les filles et cela a bien réussi, donc je fais pareil avec mes filles. Moi, j’ai 5 garçons et 2 filles.

    Quand je suis arrivé en Belgique et que j’ai vu une copine qui invitait son petit copain à dormir dans la maison des parents, j’ai été choqué … sourires …

    J’ai rencontré ma première copine à 23 ans, je me suis informé des choses de l’amour dans des magazines, des vidéos.

    Etre homme aujourd’hui : c’est plus difficile car les femmes sont plus libres. Hier les hommes étaient les rois ;-)

    Religion

    Dans mon enfance, la religion était importante. Mes parents étaient catholiques, donc moi aussi. J’allais à l’église mais sans conviction, parce qu’il fallait y aller. J’allais dans une école officielle, il n’y avait donc pas de prières. A la maison, non plus.

    Fin des années 80, une vague est arrivée au Congo avec les Eglises de Réveil ; elles disaient que les Eglises traditionnelles ne servaient à rien. Aux alentours de mes 18 ans, je me suis retrouvé impliqué là-dedans. Moi-même, j’ai prêché en 91 et aussi un peu après en Belgique. Mais très vite, je me suis posé beaucoup de questions par rapport aux gens qui encadraient. Je trouvais que les pasteurs n’étaient pas exemplaires par rapport aux messages de la Bible. J’ai connu un pasteur qui est arrivé du Zaïre en Belgique vers 1992. Dans un premier temps, il nous rassemblait pour prier chez lui dans son salon. Son mouvement a pris de l’ampleur, on s’est cotisé pour lui payer une salle. Et puis, on s’est aperçu qu’il ne payait pas le loyer. J’ai été complètement dégouté et j’ai arrêté. Ce pasteur est en Allemagne aujourd’hui et cela marche très bien pour lui, y compris au niveau financier !

    Où j’en suis aujourd’hui ? Je me suis posé beaucoup de questions et j’ai trouvé des contradictions. Je crois en un être suprême : Dieu qui a créé ce monde. Mes croyances s’arrêtent là. Rentrer dans une église, aujourd’hui, cela ne me dit plus rien. Je n’y vais plus ! Aucun de mes enfants n’est baptisé, ils n’ont pas fait leur communion. Je leur laisse le choix. Moi, tout cela ne me manque pas du tout.

    Je me considère croyant mais pas chrétien, ni bouddhiste …

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    • message  16811

      Du Zaïre à la Belgique: la réussite passe par le travail ! (Acco)

      18 avril 2018, par JeannineKe

      Acco démontre que le travail, l’ambition, le courage, la volonté peuvent vaincre toutes les difficultés
      cet exemple est parlant pour ses enfants


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