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  • Au premier trimestre 2014, des habitants de Molenbeek se sont rencontré à raison d’une fois par quinzaine à la Fonderie, rue Ransfort, pour « raconter leur vie »… Une animatrice de l’asbl Ages & Transmissions, Michèle Piron, propose à chaque séance un nouveau thème. Une expérience de tolérance et de rencontre humaine.

    La religion : chaud devant ! C’est le thème du jour. Comment se situe-t-on au cours de la vie par rapport à la religion, à la foi, à Dieu…Ousmane, Lutgarde, Carsten, Jeannine, Bernadette, Jamila et Thérèse se tortillent sur leur chaise. Pas évident, le sujet du jour. « Qui se lance ? »… Jeannine prend la parole : « Dans les moments difficiles, on a besoin de croire en quelque chose. Souvent dans ces moments-là je m’adresse à mes proches disparus, plutôt qu’à un dieu… »

    « J’entre facilement dans une église. Ça me fait du bien »

    Puis c’est le tour de Bernadette. Elle s’anime, raconte sa foi, l’Afrique, les bonnes sœurs, les épreuves de la vie, la perte d’un enfant…

    « Je ne peux vivre sans la prière, sans la religion. C’est quelque chose de très important chez nous »

    Chacun écoute. Une écoute respectueuse et active. Une fois qu’une personne a achevé son récit, Michèle, l’animatrice d’Ages & Transmissions, reprend la parole : « quelqu’un souhaite-t-il poser une question? »

    « Dieu est amour. Dieu est pour tout le monde. »

    Deux trois questions fusent. Bernadette reprend la parole pour préciser un point, affiner une idée, livrer un questionnement. Ecoute. Respect. Paroles.

    « Je crois en une religion personnelle, basée sur l’amour de l’autre, l’altruisme. Pour moi, c’est plus une philosophie qu’une religion »

    Chacun sait qu’il aura son tour. Que lui aussi pourra témoigner de ses croyances, de ses représentations, peut-être les re-découvrir ou les réaffirmer, sous le regard et aux oreilles de ceux ici présents qui ne partagent pas ses convictions mais les accueillent comme autant de trésors, de partages.

    « Entre musulmans, on s’entraide. La mosquée, c’est pour être ensemble. Le Coran, c’est un code de vie. Tu oublies tes problèmes derrière toi. Tu es face à Dieu »


    Ici pas de place pour les jugements. On n’est pas ici pour convaincre mais pour dire. Se dire. Dans un espace-temps unique, une bulle hors du quotidien. Ecoute. Respect. Paroles.

    « Aujourd’hui, la religion pour moi, c’est une lien avec une communauté. Je laisse à Dieu la liberté de se révéler aux gens comme il veut».


    Peu se connaissent d’avant. C’est donc une découverte. La rencontre de l’autre dans sa différence. La rencontre de soi aussi. On se livre. On se délivre. Les mots sont des ponts pour rejoindre l’autre sur sa rive, avant de regagner la sienne.

    « Petit, on avait surtout la crainte de Dieu : attention à ce que tu fais, Dieu voit tout ce que tu fais, tu seras puni… »


    Les matinées s’égrainent à raison d’une rencontre par quinzaine. Le groupe est peu nombreux : ce matin-là ils sont cinq femmes et deux hommes. Certains sont d’ici, belges de souche, d’autres viennent d’ailleurs. Parfois depuis peu. Ou de longue date. De l’extérieur, on ne voit que les différences : l’une est voilée, l’autre homosexuel, l’une veuve, l’autre mère de famille, l’un travaille, l’autre cumule les petits boulots, l’une est musulmane, l’autre agnostique, etc. Tout semble les séparer.

    « Ma foi a évolué. Actuellement je cherche toujours »
    « Dieu c’est là où je retournerai et où je retrouverai ma famille »


    Mais ce matin, les mots sont des passerelles : ils leur font prendre conscience des valeurs qui les unissent au-delà de leurs convictions ou en raison-même de leur foi. On sent qu’ils ont déjà tissé un maillage depuis leur première rencontre : ils sont à l’aise entre eux et dans la prise de parole.

    « Toutes les religions co-existent. Les rites sont différents »


    La fin de la matinée s’annonce. Beaucoup de choses ont été dites. « On ne parle pas souvent de ces choses-là », dit l’animatrice. Chacun repart avec le sentiment d’un moment unique, exceptionnel. Preuve que les mots VIVRE et ENSEMBLE peuvent cohabiter dans cette écoute, ce moment partagé. Respect. Le projet « Je raconte ma vie » est mené à Molenbeek par l’asbl Ages & Transmissions en collaboration avec la Fonderie, avec le soutien de l’échevine des seniors.

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