• Site interactif d’Ages & Transmissions asbl dédié aux tranches de vie et aux débats

  • Extrait du cahier « Je raconte ma vie » dans un groupe multiculturel à la bibliothèque de Laeken 2012-2013

    Saïme

    Je suis arrivée en Belgique en 1975 pour me marier. Je ne connaissais personne et ne connaissais pas non plus le français, juste le kurde qui ressemble un peu au français et aussi le turc que j’ai appris vers 10 ans. J’avais 20 ans et n’avais jamais été à l’école. En fait, je ne voulais ni me marier ni venir en Belgique. Ce sont mes grands-parents qui ont décidé du mariage avec les grands-parents de mon mari. Mon mari et moi, nous sommes cousins.

    Arrivée en Belgique, j’ai pleuré pendant 2 ans. Ma famille me manquait. Mon mari, heureusement était très gentil. Il travaillait dans les mines du Limbourg.

    Deux ans après mon arrivée, j’ai décidé de travailler comme femme de ménage dans des bureaux. Mon mari n’était pas d’accord car il trouvait qu’il gagnait assez d’argent pour nous deux. Mais j’ai tenu bon et j’ai arrêté de pleurer.

    J’ai appris le français sur le tas ; à cette époque, il n’y avait pas de cours de français pour les étrangers comme maintenant.

    Si je veux rentrer en Turquie pour toujours ? Non parce qu’en Turquie, si tu vas à l’hôpital, tu dois avoir à tes côtés quelqu’un de la famille et moi, je ne veux déranger personne. J’ai contracté une assurance qui permettra à mon corps d’être transféré en Turquie à ma mort. Je retourne chaque année en Turquie et je me sens aussi étrangère là-bas qu’ici. Si je reste trop longtemps en Turquie, la Belgique me manque.

    Rosa

    A 18 ans, je suis arrivée de Sicile en Belgique en 1957 avec mon mari, qui était aussi mon cousin. Il travaillait à la mine dans les environs de Binche. Ma tante était déjà ici.

    J’étais contente d’être ici parce que j’avais envie de voir autre chose.

    Les jumeaux sont arrivés rapidement. Quand ils ont eu deux ans et demi, j’en ai eu marre de rester à la maison et de faire la lessive. Cela n’a pas été facile de faire garder les enfants. Finalement, on s’est arrangé : mon mari gardait les enfants le matin avant d’aller travailler. Il les laissait à ma belle-sœur et moi je les reprenais quand j’avais terminé mon travail de repasseuse. J’aime avoir mon indépendance financière. Mon mari m’a toujours aidée pour les enfants et le ménage. On travaillait beaucoup mais on ne gagnait pas beaucoup.

    Si je veux rentrer en Sicile pour toujours ? Non parce que tous mes amis sont ici et aussi mes enfants et petits-enfants. Je suis une grand-mère heureuse. Nous retournons chaque année en Italie et je me sens plus étrangère là-bas qu’ici.

    Nicole

    Je me suis toujours sentie belge ; je suis née ici. Même si mes parents ont fui l’Allemagne nazie puisqu’ils étaient juifs. A 18 ans j’ai choisi d’être uniquement belge, pas allemande ! Je me suis toujours sentie intégrée et comme les autres, tout en étant juive. Je reconnais être juive mais je ne le revendique pas. Jamais je n’ai senti de discrimination.

    La Belgique ? C’est un pays de cocagne !

    Nadia

    Je suis arrivée du Maroc en 1978 pour des vacances avec un passeport touristique. J’avais 16- 17 ans et je voulais voir l’Europe ; je croyais que c’était comme New-York ! Mais ici c’était sombre, ce n’était pas New-York …

    Au Maroc, j’ai été quelques années à l’école, j’ai suivi 3 années de français et je regardais aussi la télévision en français.. En Europe, j’aimais la démocratie et le droit des femmes.

    C’est quand je suis venue en Belgique pour les vacances, que j’ai rencontré mon futur mari. Et moi, je voulais me marier, ici, en Belgique pour pouvoir y vivre ! Mais ce n’était pas le bon mari … il buvait … Mon mari voulait que je devienne femme de ménage ; j’étais d’accord et je le suis donc devenue. C’est comme ça que j’ai rencontré Guislaine qui est devenue comme ma mère. Quand j’ai divorcé de mon mari, c’est elle qui m’a vraiment aidée.

    Je retourne au Maroc en vacances, un mois, un mois et demie. Après, ça suffit ! Je me sens chez moi, ici même si là-bas j’ai une maison avec toutes mes affaires. Ici, j’ai plein de copines. D’ailleurs, au début du mois de mai, je pars pendant 5 jours à Istanbul avec mes copines !

    Si j’avais vécu au Maroc, comment j’aurais imaginé vivre ? J’aurais divorcé 10 fois ! Je dis ce que je pense et l’homme arabe, il n’aime pas ça ! Sans diplôme, être femme de ménage au Maroc, c’est pire qu’une esclave. Tandis qu’ici, femme de ménage, tu es respectée …

    Emma

    Des filles espagnoles partaient à Paris et disaient qu’on pouvait gagner de l’argent. Moi, à la campagne, en Espagne, j’en avais marre de ne pas avoir d’argent pour pouvoir bien m’habiller.

    Alors, âgée de 22 ans, je me suis rendue à Barcelone, le temps de gagner mon billet de train pour aller en Belgique. En 1964, avec ma tante et une autre femme, je suis arrivée en Belgique. Je me rappelle à la frontière entre l’Espagne et la France, j’ai été choquée de voir un « énorme » noir ! Arrivée, à Bruxelles, je n’étais pas vraiment attendue. On me demandait : « tu as des sous ? » J’ai dû acheter une couverture avec mes sous… Le lendemain, j’ai cherché du travail. J’ai vite trouvé un emploi d’ « interne » dans une maison à St Josse ; je m’occupais de faire à manger, du ménage, de la petite fille de la maison. J’y suis juste restée quelques mois. Ensuite j’ai été apprentie dans une maison de couture, rue du Lombard. Par après, je me suis mariée, j’ai eu 3 enfants et j’ai toujours continué à travailler.

    Si j’ai eu les sous que je voulais ? Oui !

    Si je veux retourner pour toujours en Espagne ? Non ! Quand je suis là-bas, je regrette des choses d’ici et quand je suis ici je regrette des choses de là-bas. D’ailleurs, je ne suis pas espagnole, je ne suis pas belge, je suis une migrante …

    Martine

    Je suis née à Bruxelles de parents bruxellois, eux-mêmes issus de parents néerlandophones venant des 4 coins de la Flandre qui était très pauvre à l’époque. Dans les années 70 je suis venue habiter un petit village dans le Brabant flamand proche de Bruxelles. Au début l’intégration ne s’est pas vraiment faite dans le village ; les amis, le boulot, l’école des enfants étaient dans la capitale. Nous parlions le flamand mais n’allions pas à l’église, ni au café, ni au foot et durant de longue années nous sommes restés les "bruxellois" ! C’était l’époque d’un retour vers la nature : les potagers, le partage, le bricolage, la cuisine macrobiotique … toutes des idées issues du mouvement hippie. Dans le village, il y avait 8 couples ou copains qui occupaient des fermes : c’était une mini-communauté très mal vue par certains des habitants de souche qui s’imaginaient que nous étions tous des drogués !

    Si un jour, j’ai eu envie de quitter la Belgique ? A vingt ans, avant de me connaître, mon compagnon qui est devenu mon mari et le père de nos deux enfants, a immigré en Australie pendant deux ans. A un moment donné il a émis le souhait de retourner là-bas en famille, mais j’ai refusé car je trouvais que priver les enfants de leurs grands-parents était une erreur. En outre, je ne concevais pas la vieillesse de mes parents sans l’aide de leurs enfants ; j’étais présente lors du décès de mon père et plus tard j’ai soigné maman de ses 93 à 96 ans et là j’ai compris que j’avais eu raison de ne pas partir …

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