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    Extrait du cahier « Je raconte ma vie » dans un groupe multiculturel à la bibliothèque de Laeken 2012-2013

    Emma

    En Espagne, j’habitais à la campagne, en Castille. Nous étions quatre enfants. Je jouais beaucoup dans la rue avec les garçons. Je me rappelle que nous piquions les nids des oiseaux. Le souvenir le plus marquant de mon enfance ? Ma première communion ! C’est un souvenir de tristesse et d’injustice parce que je n’ai pas pu faire la fête avec les autres. J’ai dû aller garder les vaches ; ma mère ne voulait pas que je joue avec les « autres », les riches, elle avait honte.

    Martine

    Mes grands-parents sont arrivés de Flandre à Bruxelles. Un de mes grands-pères était boucher, l’autre cheminot. Enfant, j’ai d’abord habité à Schaerbeek, j’étais la petite pauvre du quartier et de l’école. Un souvenir marquant ? A 7 ans, j’étais en deuxième primaire, la directrice savait que mon papa ne travaillait pas. Elle m’a fait venir dans son bureau et m’a donné un pull trop large en laine rêche, réservée aux petits déshérités, et des chaussures « d’handicapé ». Lorsque je suis retournée en classe, j’avais honte devant les autres d’être ainsi habillée. De retour à la maison, maman était très fâchée parce qu’elle était couturière, et que moi, j’étais toujours bien habillée ! Un an après, nous avons déménagé dans une habitation sociale, une maison de cité à Anderlecht. En fait c’était la maison de mon grand-père, cheminot. Du coup, nous devenions « les riches » ! J’ai découvert des familles avec douze enfants, des femmes et des enfants battus, des pères alcooliques …

    Nicole

    Mes parents sont juifs, originaires d’Allemagne. Ils ont fui l’Allemagne nazie avant la guerre. Ils se sont connus en Belgique en 1938. Papa était gantier. Il adorait les photos et avait une voiture. C’était un papa « moderne » : il s’est beaucoup occupé de moi, bébé ; il me donnait le bain et à manger. Il a été dans les premiers déportés en 1940. Il est mort du typhus en août 1940 ; j’avais 6 mois. Avec maman, mon oncle et ma tante, nous avons dû nous cacher pendant la guerre, d’abord dans un hôtel à Corbion sur Semois, au sud de la Belgique, ensuite à Biemme où une dame âgée, Emma, nous a recueillis dans sa grande maison. Je me souviens que le curé du village n’avait jamais vu de juif, il voulait en voir un. Mais enfin, cela ne se voit pas les juifs … rires … Ce curé est devenu l’ami de mon oncle. Un souvenir marquant ? et bien justement, à Biemme, je nous revois tous les quatre cachés derrière une porte dans la grande maison. Et devant la porte, il y avait cette dame, que j’appelais tante Emma, qui discutait calmement avec les allemands en pleine rafle !

    Nadia

    Mon enfance s’est déroulée au Maroc. J’étais fille unique. Mon père et ma mère étaient très gentils et m’ont beaucoup gâtée. J’étais très attachée à mon père. Il était menuisier. Papa était moderne, il me laissait aller au cinéma. Il aimait la ponctualité. Il a eu la tuberculose à 25 ans et à 51 ans, il est mort. Mes parents sont toujours restés au Maroc. Enfant, je me sentais toujours seule et souvent triste. Je me souviens que je jouais à l’élastique entre deux chaises. D’abord j’ai été à l’école espagnole ensuite à l’école arabe. C’était une école mixte. L’instit tapait les jambes, donnait des gifles. Si on ne comprenait pas, alors il tapait. Non, je n’ai pas aimé l’école. J’ai raté mon certificat d’études, et comme je ne voulais pas être la « vieille » de l’école, je n’y suis plus retournée !

    Saïme

    J’ai vécu mon enfance en Turquie, dans un village. Au rez-de-chaussée de la maison, vivaient des taureaux, vaches, chèvres, moutons, poules, … Dès l’âge de 5 ans, j’ai élevé ma sœur, je m’occupais aussi des animaux dès 5 heures du matin et de mes autres frères et sœurs. Jamais je n’ai été à l’école. Ma mère voulait que j’y aille mais mon grand-père ne le voulait pas. J’ai beaucoup joué avec les autres enfants, à l’extérieur, avec de l’eau. J’ai fabriqué des poupées. A la maison, nous fabriquions nous-même le yaourt, le fromage, le beurre. Tous les jours, il fallait nettoyer la maison et battre le tapis. Il fallait être propre. Le soir, mon père et ma mère racontaient des histoires autour du feu devant trente personnes. Papa chantait beaucoup. Le plus beau cadeau que j’ai reçu ? Deux bagues : une bleue, une rouge, reçues de ma mère quand j’avais 9 – 10 ans. Mais je les ai perdues un mois après en jouant dans l’eau. J’ai vraiment eu une enfance heureuse !

    Botayna

    Mon enfance, je l’ai vécue au Nord du Maroc, d’abord à la campagne dans une maison en terre où il n’y avait ni chauffage, ni toilettes. Ensuite nous avons déménagé à Tanger où nous avons suivi mon grand frère qui y était parti travailler. Ma mère s’est mariée à 14 ans ; à 15 ans, elle a eu son premier garçon ; il est né tout seul ! Nous nous sommes retrouvés à 9 : 6 filles dont deux sont mortes très jeunes et 3 garçons. J’étais la petite dernière, très gâtée ! Maman a toujours beaucoup joué avec moi et moi, j’ai joué toute ma vie, encore aujourd’hui ! Un souvenir de jeu ? Je me rappelle qu’on donnait de la farine à manger aux escargots ; ensuite on les mangeait et puis on jouait aussi avec les coquilles. A l’école ? Ils tapaient les garçons mais pas les filles ! Ma mère a tout donné à ses enfants. Mon père est parti en France en 1967, un peu après ma naissance. Il était saisonnier, revenait un mois au Maroc pendant les vacances et nous donnait de l’argent.

    Rosa

    Mes parents se sont mariés à 17 ans en Sicile. Ils ont cultivé des légumes et notamment des tomates dans les montagnes, ensuite ils les vendaient. Ils étaient marchands ambulants. Ils ont eu 7 enfants, trois garçons et 4 filles. Je suis la dernière. Papa était très honnête, minutieux, respectueux. Il ne mentait jamais. A 5 ans et demi, j’ai commencé à travailler chez une dame ; je faisais la vaisselle, les courses …

    Un souvenir marquant de mon enfance ? J’avais 4 ans ; c’était la guerre, je me souviens de plusieurs bombardements à Allessandria della Rocca, dans la Province d’Agrigente en Sicile. Moi aussi, je fabriquais des poupées et parfois, elles étaient enceintes ! A l’exception de mes frères, je n’ai jamais eu de contact vraiment avec les garçons avant le mariage. Un cadeau important ? Lors de ma première communion, j’ai eu une boucle d’oreille en or de ma marraine. J’ai terminé l’école à 9 ans. Adolescente, je me sentais seule, je n’avais pas beaucoup de contacts avec les autres jeunes, j’en ai été fort triste.

    Paule

    Je suis originaire d’une famille favorisée. Mon grand-père maternel travaillait à la banque, il avait un appartement de fonction rue du Midi, près de la Bourse. Mon autre grand-père était orfèvre, chaussée d’Anvers. Des souvenirs marquants de mon enfance ? Mon premier souvenir est celui d’un bombardement : j’ai deux ans, je suis dans le jardin de mes grands-parents près de la gare du Nord, une bombe tombe dans le jardin … J’ai eu horriblement peur des avions pendant longtemps ! Voici un autre souvenir d’enfance : j’ai 6 ans et c’est ma première communion. Cela se passe pendant la messe de minuit à Noël à l’église Saint Roch. Je me revois dans la procession : j’étais un petit ange et j’apportais le petit jésus. C’était la première fois que je communiais et tout ça avait un côté un peu magique … A 14 ans, je me souviens d’un cadeau extraordinaire : un vélo ! Ma liberté ! Je devais être première de classe pour l’avoir … j’ai été deuxième et je l’ai quand même eu ! Pendant mon enfance et mon adolescence, j’ai donc habité près de la gare du Nord. A quelques mètres de chez nous, vivait une femme très pauvre, moi j’étais née dans une famille favorisée et en voyant toute cette pauvreté dans le quartier, je trouvais cela injuste.

    Mijanou

    Un de mes grands-pères était mineur de fonds, du côté de La Louvière. Il est mort assez jeune à la suite des nuisances dues à son métier. Mon autre grand-père a fait un peu tous les métiers, il a vendu du lait, du poisson, … il a été majordome dans une famille de la noblesse Bruxelloise. Mon père avait 18 ans et ma mère 16 ans quand ils se sont connus et tout de suite aimés. Mais, ils ont dû attendre les 21 ans de maman pour avoir la permission de se marier ! Moi, je suis la petite dernière. Enfant, j’ai habité Uccle, dans un appartement avec jardin, mais sans salle de bain. Nous nous lavions dans une grande bassine d’eau chaude. Un souvenir marquant de mon enfance ? La mer du Nord que j’ai vue pour la première fois à l’âge de 3 – 4 ans. A la maison, je jouais toute seule avec des jeux d’imagination. Je jouais aussi sur le trottoir, avec des amies du quartier. Je me souviens des processions catholiques au mois de mai : nous, les enfants de l’école, nous y participions, déguisés en anges.

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